SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL 

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN TANZANIE

15 février 1999


1. VUE D’ENSEMBLE

Des conditions météorologiques inhabituelles, notamment les graves inondations survenues fin 1997, l’arrivée tardive des pluies et la sécheresse qui a sévi tout au long de la campagne Vuli en cours, ont eu de graves répercussions sur la production vivrière nationale. Au vu des informations faisant état de graves pénuries alimentaires dans le pays et du renchérissement du maïs, principal aliment de base national, le gouvernement a sollicité une mission FAO/PAM d’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires début janvier 1999. La mission était chargée d’évaluer la situation, particulièrement en ce qui concerne le maïs, et d’actualiser les conclusions d’une précédente mission d’évaluation FAO/PAM qui s’est rendue en Tanzanie en août 1998. Pour répondre à cette demande, une mission d’évaluation de courte durée a été envoyée sur place entre le 17 et le 29 janvier. Cette mission avait pour objectif spécifique d’évaluer les perspectives de production de maïs de la récolte Vuli en cours, d’évaluer la situation générale en matière de disponibilités alimentaires, d’établir un bilan de l’offre et de la demande de maïs pour les quatre derniers mois de la campagne de commercialisation en cours et de donner de premières indications sur les prévisions concernant les prochaines récoltes principales (Musumi et Masika). L’évaluation a été établie à partir de visites de terrain dans les zones à pluviosité bimodale et unimodale et d’échanges de vues avec des fonctionnaires des principaux ministères et services de l’État, ainsi que des représentants d’organismes bilatéraux, du secteur privé et d’ONG actives dans le domaine alimentaire.

La mission a constaté qu’à l’exception des régions de Kigoma et Kagera, dans toutes les autres zones de la campagne Vuli, les précipitations avait été fortement retardées et très inférieures à la normale et que cette situation avait eu des effets préjudiciables sur la préparation du sol et les semailles. Les régions les plus touchées étaient la région côtière et les basses terres des régions d’Arusha, de Morogoro et du Kilimandjaro, où les précipitations ont été inférieures à 25 pour cent des précipitations normales. Les superficies plantées et la production ont donc chuté et la récolte de maïs de la campagne Vuli sera sensiblement inférieure au niveau habituel. Les précipitations des deux prochains mois auront, elles aussi, une influence déterminante sur les récoltes et les perspectives en matière de disponibilités alimentaires dans la mesure où le résultat des récoltes principales Musumi et Masika qui auront lieu à partir du mois de mai en dépend. Si ces récoltes ne sont pas satisfaisantes, la situation alimentaire risque de se détériorer fortement.

En outre, l’offre nationale de maïs pour la campagne de commercialisation en cours a été réduite par des pertes plus élevées que prévu lors du stockage. Ces pertes s’expliquent par la combinaison de trois facteurs: utilisation inefficace des pesticides, installations de stockage généralement inappropriées et graves infestations d’insectes térébrants. On estime, au vu d’inspections après récolte des installations de stockage, que le niveau des pertes est très supérieur à ce qu’avait prévu la dernière mission FAO/PAM du mois d’août, qui n’avait pas eu le loisir de procéder à de telles inspections. Il est également possible que les disponibilités aient diminué en raison de l’augmentation du commerce transfrontalier clandestin de maïs avec la Zambie, qui s’explique par l’augmentation des prix imputable au net recul de la production l’année dernière. Ces écoulements ont toutefois été compensés dans une certaine mesure, des importations ayant eu lieu au nord en provenance du Kenya, pays où les prix sont restés bas en raison de la bonne récolte de maïs et des importations élevées de l’année dernière. Aux difficultés d’approvisionnement est venue s’ajouter une augmentation de la demande de maïs dans des régions comme celle de Dodoma et Singida, où les récoltes principales de sorgho et de mil ont été presque nulles l’année dernière. Dans ces régions, la situation alimentaire est plus précaire que dans d’autres parties du pays après trois années de mauvaises récoltes successives; d’autre part, la population a moins accès qu’ailleurs à des aliments de substitution tels que les bananes ou les tubercules.

La flambée des prix du maïs fin octobre et début novembre sur une période relativement courte semble indiquer qu’à des pénuries progressives, qui auraient eu un effet moins brutal sur les cours, est venu s’ajouter un phénomène général de rétention de stocks. Ce phénomène s’explique principalement 1) par l’absence, pendant les mois considérés, de précipitations, indispensables à la préparation de la terre tant pour la campagne secondaire que pour la campagne principale et 2) par les nombreux articles qu’a consacrés la presse nationale aux rumeurs de pénuries alimentaires imminentes. Ce point de vue est étayé par les entretiens qu’ont eu des membres de la mission avec les détaillants petits et moyens des régions méridionales excédentaires qui disposaient de stocks suffisants et qui avaient commencé à réviser leurs prix à la baisse dans la deuxième quinzaine de janvier lorsque les prévisions météorologiques se sont améliorées. Bien que les disponibilités en maïs et les cours de cette céréale aient suscité certaines craintes dans les autres principales zones de production, les approvisionnements en denrées alimentaires, exception faite du sorgho et du mil, sont satisfaisantes et les cours normaux. Cette situation s’explique par les bonnes récoltes de riz, de bananes et de tubercules obtenues lors de la dernière campagne principale grâce à l’abondance des précipitations. Le riz reste cependant hors de la portée des catégories des plus défavorisés de la population, qui disposent d’un pouvoir d’achat limité tandis que des produits tels que le manioc et les bananes ne sont disponibles que dans les principales zones de production car difficiles à transporter sur de longues distances vers les zones à déficit vivrier.

Sur la base des estimations en matière de superficies et de rendements et du régime des précipitations durant cette année, la production de maïs Vuli est estimée pour 1999 à 228 000 tonnes, soit 60 pour cent de moins que l’année dernière et 40 pour cent de moins que la moyenne sur longue période. Compte tenu des estimations relatives aux stocks disponibles début février, soit 120 000 tonnes, on évalue à 348 000 tonnes les quantités de maïs disponibles sur le plan national pour les quatre derniers mois de la campagne de commercialisation en cours. La majeure partie de ces stocks est détenue par de gros négociants et la réserve céréalière stratégique. Les besoins d’utilisation quant à eux (alimentation humaine, semences, alimentation animale, déchets et stocks de clôture des réserves stratégiques) sont estimés à 909 000 tonnes. Les besoins d’importation estimés nécessaires pour répondre à ces besoins sont donc de 561 000 tonnes, dont un volume réduit d’importations commerciales estimées à 75 000 tonnes et une aide alimentaire dans la filière représentant 3 000 tonnes supplémentaires. Les besoins d’importation restant à satisfaire représentent donc 483 000 tonnes, dont 20 000 tonnes seront demandées à titre d’aide alimentaire supplémentaire par l’intermédiaire du PAM. Dans l’intervalle, le gouvernement a débloqué 10 000 tonnes d’aide d’urgence par l’intermédiaire de la réserve stratégique. Bien que le déficit global reste important concernant cette céréale, on estime qu’une importante substitution par d’autres produits alimentaires limitera les besoins en maïs. Le secteur commercial peut également importer davantage étant donné que la taxe à l’importation sur le maïs a été supprimée et que les prix intérieurs restent élevés par rapport aux cours internationaux.

En raison du faible niveau de la récolte Vuli en cours et des mauvaises récoltes successives dans certaines régions du pays, le nombre des personnes touchées par des pénuries alimentaires a beaucoup augmenté. De surcroît, l’abondance des précipitations ayant eu une incidence bénéfique sur les pâturages l’année dernière, le cheptel a sensiblement augmenté et les termes de l’échange bétail/céréales se sont considérablement détériorés cette année. Les pasteurs constituent donc une importante catégorie de la population soumise à des difficultés croissantes. Lors de la dernière évaluation FAO/PAM, le nombre de personnes nécessitant une assistance d’urgence sous une forme ou sous une autre a été estimé à 300 000. Or, ce chiffre supposant une récolte Vuli normale, étant donné la chute de production enregistrée au cours de la présente campagne, un nombre beaucoup plus élevé de personnes auront besoin d’une aide alimentaire supplémentaire. Le nombre de personnes devant bénéficier d’une assistance a aussi été évalué à un million environ, ce qui représente 20 000 tonnes supplémentaires.

Compte tenu des graves problèmes de disponibilités alimentaires qui se sont posés ces dernières années à la suite de catastrophes naturelles, il est indispensable que les pouvoirs publics adoptent des stratégies appropriées pour parer aux conséquences de ces catastrophes à l’avenir. Dans un premier temps, une telle stratégie suppose le maintien de réserves céréalières stratégiques suffisantes, qui devront être contrôlées et qui serviront à satisfaire aux besoins alimentaires d’urgence et à empêcher le renchérissement des produits si nécessaire. A plus long terme, la sécurité alimentaire suppose un niveau d’investissements suffisants dans le secteur agricole. La mission note cependant avec préoccupation qu’en dépit de ce besoin de financement, on constate en fait une diminution des crédits consacrés à des services de soutien indispensables comme la recherche et la vulgarisation. Une telle politique décourage le secteur agricole et se traduit par une baisse de productivité. Le Programme spécial pour la sécurité alimentaire élaboré conjointement par le gouvernement et la FAO constitue un cadre très utile pour améliorer l’accès des populations aux denrées alimentaires sur longues périodes au moyen de techniques d’amélioration de la production adaptées aux besoins et durables. La création d’un groupe de travail spécial sur la sécurité alimentaire chargé de coordonner diverses initiatives bilatérales et multilatérales dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture apparaît également comme très utile.


2. MARCHÉ DU MAÏS, RÉSERVES CÉRÉALIÈRES STRATÉGIQUES ET PRIX


L’économie tanzanienne est très tributaire de l’agriculture, qui représente quelque 57 pour cent du PIB, contre moins de 10 pour cent au secteur manufacturier et 22 pour cent pour l’ensemble transports et commerce. Les principales cultures de rapport et d’exportation sont, par ordre d’importance, le café, le coton, le thé, le sisal, le tabac, les noix de cajou et les clous de girofle. Malgré l’importance du secteur agricole, les dépenses publiques qui lui sont consacrées depuis vingt ans sont en diminution et l’inefficacité croissante de services de soutien à l’agriculture tels que la recherche et la vulgarisation est de plus en plus préoccupante. Cette inefficacité des services a nécessairement des répercussions durables pour la sécurité alimentaire du pays et des mesures à moyen et à long terme sont indispensables pour redresser la situation.

D’une manière générale, la commercialisation du maïs en Tanzanie est le fait d’un grand nombre de petits négociants installés dans les principales zones de production et les grands centres urbains. Des études récentes [ Wangwe and Associates (1997); Bryceson (1993)] indiquent que, pour la plupart, les échanges internes se font directement entre les négociants et les producteurs, les intermédiaires ne jouant qu’un rôle limité. Dans les principales zones présentant un excédent, les détaillants assument aussi les fonctions d’intermédiaire (échanges interrégionaux et commerce de gros) dans la mesure où, en temps normal, les disponibilités sont abondantes. Dans les zones présentant habituellement un déficit en maïs, au contraire, les fonctions de producteur, de négociant et de détaillant sont plus distinctement séparées. C’est principalement à Dar-es-Salaam que l’on trouve d’importants grossistes spécialisés.

Les principales régions présentant un excédent de maïs sont celles d’Iringa, Mbeya, Rukwa et Ruvuma, qui a elles quatre assurent l’essentiel des approvisionnements du pays. La région de Rukwa approvisionne principalement la région du nord-ouest, qui reçoit également du maïs des régions de Moshi et Arusha. La majeure partie du maïs produit dans les régions d’Iringa et Mbeya est destinée à celle de Morogoro et à Dar-es-Salaam. La région de Dodoma reçoit l’essentiel du maïs qu’elle consomme des régions d’Iringa, de Singida et d’Arusha tandis que l’approvisionnement des régions de Lindi et Mtwara situées au sud provient principalement de la région de Ruvuma.

A l’échelle nationale, on estime [ MDB, Etude de marché sur le maïs et le riz (1996/1997)] que 40 pour cent du maïs produit est commercialisé, bien qu’on pense que la proportion est beaucoup plus élevée (60 pour cent) dans les régions présentant un excédent comme celles d’Iringa. Le tableau ci-après présente des estimations des quantités de maïs commercialisées entre 1991/92 et 1997/98.

Tableau 1. Estimation des quantités de maïs commercialisées entre 1991/92 et 1997/98

Campagne de
commercialisation
Quantité de maïs
commercialisée

(milliers de tonnes)
1991/92 932
1992/93 890
1993/94 913
1994/95 864
1995/96 1 027
1996/97 1 068
1997/98 733

Source : FSD et MDB

Compte tenu de la longueur des distances et de l’agrodiversité qui caractérise la Tanzanie, les flux de denrées alimentaires entre régions excédentaires et régions déficitaires - zones très déficitaires en particulier - sont d’une importance déterminante pour la sécurité alimentaire nationale. Or, les échanges de produits vivriers sont considérablement entravés par des réseaux de transport parfaitement inadaptés et une capacité (camions et wagons) tout à fait insuffisante. La plupart des transporteurs privés opèrent depuis Dar-es-Salaam en utilisant les grands axes et sont peu motivés pour transporter des céréales alimentaires dans des zones isolées et éloignées, où le réseau routier est en mauvais état, le marché limité et le pouvoir d’achat généralement faible. C’est la raison pour laquelle en période de difficultés, quelle que soit la situation alimentaire sur le plan national, un grand nombre de personnes sont confrontées aux risques de pénuries alimentaires. Alors que cette situation devrait inciter l’Etat à adopter une politique à long terme en matière de sécurité alimentaire fondée sur le maintien d’une réserve céréalière stratégique suffisante, on constate que ces dernières années la capacité d’intervention de ladite réserve a diminué.

La réserve céréalière stratégique a été créée dans les années 70. L’objectif avait été fixé à 150 000 tonnes, quantité jugée suffisante pour assurer pendant trois mois la soudure nécessaire avec d’éventuelles importations en cas de situation d’urgence. Dans une économie de plus en plus ouverte aux mécanismes du marché, la réserve apparaissait également comme un important moyen de contrôle permettant de maîtriser les prix si nécessaire, comme c’est le cas cette année. Or, la réserve a peu à peu perdu de sa capacité à répondre à des besoins d’urgence en général dans les années 90, les stocks ayant peu à peu diminué et étant maintenus à un niveau inférieur à l’objectif. Outre qu’elle est limitée, la réserve est moins à même de neutraliser les augmentations de prix en raison de problèmes d’ordre administratif et politique qui ne permettent plus de réagir rapidement au renchérissement du produit en mettant sur le marché une partie des stocks. Ainsi, cette année, les prix du maïs ont commencé à se raffermir fortement en novembre mais les achats auprès de la réserve sont restés très limités, les prix ayant été fixés à un niveau trop élevé (voir tableaux 2 et 3 et figure 1).

Tableau 2. Réserve céréalière stratégique - Stocks 1991/92 - 1998/99 (tonnes)

Campagne de
commercialisation
Achats effectifs Achats prévus Stocks d’ouverture Stocks totaux
1991/92 83 805
14 300 98 105
1992/93 69 482
60 787 130 269
1993/94 27 798 28 000 94 700 122 498
1994/95 24 275 56 000 41 247 65 522
1995/96 73 109 105 000 15 661 88 851
1996/97 59 154 90 000 23 017 82 171
1997/98 43 145 57 000 16 974 60 119
1998/99 3 500 25 000 40 847 44 347

Source : FSD/Ministère de l’agriculture

Tableau 3. Réserve céréalière stratégique allouée, ventes effectives et solde au 21 janvier 1999

Zone Région Quantités allouées
(tonnes)
Ventes
(tonnes)
Solde des
ventes
allouées
Arusha Arusha 1 400
1 400

Kilimandjaro 1 000
1 000

Tanga 1600 131 1469
Dodoma Dodoma 1 000 892 108

Singida 1 000 265 735

Tabora 500
500

Kigoma

 
Kipawa Dar-es-Salaam 6 400 50 6 350

Pwani 2 600
2 600

Lindi 500
500

Morogoro 1 900
1 900

Mtwara 600
600
Makambako Iringa 4 000 647 3 353

Mbeya 1 000
1 000
Shinyanga Shinyanga 1 500 2 1 498

Mara 1 000
1 000

Kagera 1 000
1 000

Mwanza 1 500
1 500
Songea Ruvuma 1 500 14 1 486
Sumbawanga Rukwa 5 000 74 4 926
Total
35 000 2 074 32 926

Source : FSD

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3. PRODUCTION VIVRIÈRE



3.1 Production agricole

La Tanzanie compte 63 zones agro-écologiques définies en fonction de l’altitude, du type de sol et du régime des précipitations. Cette diversité lui permet de disposer d’une gamme très large de cultures de rente et de cultures vivrières, les superficies cultivées représentant quelque 100 000 km². Le pays compte quelque 16 millions de bovins et 15 millions d’ovins et de caprins élevés dans le cadre de systèmes pastoraux sur une superficie évaluée à 600 000 km² de pâturages et de parcours [ Ministère de l’agriculture et de la coopération (1998), Données de base, Secteur de l’agriculture et de l’élevage] .

Les systèmes de cultures pluviales peuvent être classés en trois grandes catégories : une petite saison des pluies (Vuli) de septembre/octobre à janvier/février et une longue saison des pluies (Masika) de février/mars à juin/juillet, ainsi qu’une combinaison des deux (Musumi) de novembre à juin. Les régimes Vuli et Masika coexistent dans les régions du nord. Toutefois, les pluies Vuli ne permettent la production de céréales que dans quelques districts des dix régions. Dans les régions du centre et du sud, le régime unimodal Musumi prédomine.

En moyenne, la production Vuli a représenté quelque 17 pour cent de la production céréalière nationale au cours des six dernières années. Or, la production céréalière Vuli est, dans la plupart des zones, irrégulière et imprévisible. Les pluies Vuli ne constituent le principal régime de production céréalière que dans les régions de Kagera, Kigoma et Mwanza ainsi que dans quelques districts des régions du Kilimandjaro et du Mara. Ailleurs, les récoltes Vuli jouent un rôle important en complétant les disponibilités en denrées alimentaires et en semences pendant l’intervalle entre les campagnes Masika.

Le maïs représente généralement 70 pour cent de l’ensemble de la production céréalière pendant la campagne Vuli, contre 22 pour cent environ pour le sorgho, 6 pour cent pour le paddy et 2 pour cent pour le blé et le mil. Pendant la campagne, le sorgho est produit presque exclusivement dans la région de Mwanza, où une récolte de maïs Vuli est généralement obtenue.

La contribution des autres cultures à la production alimentaire de la campagne Vuli varie d’une région à l’autre en fonction des zones agro-écologiques. Dans les régions de Kagera et du Mara, les bananes, le manioc et les patates douces présentent la même importance que le maïs. Il en va de même pour le manioc dans la région côtière et dans la région de Mwanza et pour les bananes dans la région du Kilimandjaro. Ensemble, les trois cultures présentent la même importance que le maïs dans les régions de Kigoma, Tanga et Morogoro. Dans la région d’Arusha, après le maïs, le blé est la seule culture d’une certaine importance (quelque 28 pour cent de la production de maïs). Dans la région de Mbeya, aucune autre culture que le maïs ne donne lieu à une production d’une certaine importance.

Dans toutes les régions, les pluies Vuli ont un effet généralement très bénéfique sur les pâturages. Les déplacements agropastoraux et pastoraux et les pratiques en matière d’élevage tendent donc à tirer parti des avantages que peuvent présenter les pluies de la campagne Vuli.

Parallèlement aux trois régimes de cultures pluviales mentionnés, du maïs et du riz irrigué sont également produits pendant la campagne Vuli. L’irrigation traditionnelle par captage des eaux de ruissellement et la récolte des eaux de pluies contribue aux cultures Vuli dans les hautes terres et sur les escarpements exposés aux précipitations. Il existe également un certain nombre de réseaux d’irrigation alimentés par les cours d’eau non saisonniers dans les basses terres.

3.2 Production de maïs Vuli 1998/99

Le maïs produit pendant la campagne Vuli constitue une source de glucides facile à transporter mais les superficies ensemencées et le rendement par unité de surface, très tributaires des précipitations, peuvent fluctuer fortement d’une année sur l’autre.

3.2.1 Pluviosité

Sauf dans les régions de Kagera et Kigoma, les pluies Vuli sont partout arrivées avec deux mois de retard.

Dans les basses terres des régions d’Arusha, du Kilimandjaro et de Morogoro ainsi que dans la région côtière, la pluviosité a été inexistante ou inférieure à 25 pour cent du niveau normal, alors qu’elle avait été deux à trois fois supérieure à la normale en 1997/98.

Dans les hautes terres et les zones exposées aux pluies de la région du Kilimandjaro, les précipitations sont arrivées moins tardivement, les premières pluies Vuli étant apparues en novembre, et le déficit a été moins marqué. Mais même dans ces zones comparativement plus épargnées, la pluviosité a été irrégulière et mal répartie.

Dans les régions de Mwanza, Tanga et Mbeya, des retards analogues et une pluviosité irrégulière ont aussi été constatés, le niveau des précipitations étant estimé à un niveau inférieur de quelque 50 pour cent à la normale en janvier. Dans toutes les régions, il est indispensable que les pluies Vuli soient suffisantes en février pour assurer le développement des céréales de la campagne Vuli ou le développement du maïs tardif jusqu’au début des pluies Masika.

3.2.2 Superficie ensemencée

Dans les zones Vuli, la campagne a commencé en septembre/octobre (en prévision des pluies habituelles). Selon la mission, aucun obstacle n’a entamé la capacité de production des agriculteurs. En septembre/octobre, les animaux de trait étaient en parfaite condition grâce à l’excellente qualité des pâturages l’année dernière. Dans les hautes terres cultivées manuellement, la main-d’œuvre était abondante. Dans le secteur mécanisé, les approvisionnements en carburant étaient suffisants et l’accès aux terres n’a été rendu difficile ni par l’engorgement des sols ni par l’inondation des routes. Etant donné que dans la plupart des zones Vuli, 95 pour cent au moins des agriculteurs utilisent des semences prélevées sur la précédente récolte, les semences de maïs ne faisaient pas défaut et des semis en sec ont été signalés dans diverses zones des régions suivantes: Tanga, Morogoro, Kilimandjaro et Arusha.

L’arrivée tardive des pluies a entraîné des pertes de semences et quand la germination a eu lieu, le très faible niveau de précipitations jusqu’en novembre/décembre a obligé les agriculteurs à réensemencer leurs champs. De surcroît, l’accès à des variétés de maïs à maturation précoce se prêtant à une plantation tardive, notamment dans les régions de Mwanza, du Mara, de Mbeya et de Morogoro, a été limité en raison du niveau élevé des prix et du manque de crédit. Des problèmes d’accès aux intrants se sont également posés dans d’autres régions Vuli.

En raison du faible niveau des précipitations, la superficie pouvant se prêter à une production Vuli dans les régions d’Arusha, du Kilimandjaro et de Morogoro ainsi que dans la région côtière devrait être très réduite par rapport à l’année dernière. Néanmoins, dans les régions suivantes : Kagera, Kigoma, Mwanza, Mara, Mbeya et Tanga, on estime que la superficie ensemencée en maïs devrait atteindre un niveau analogue ou à peine inférieur aux évaluations habituelles. Cependant, dans les quatre dernières régions, toutes les superficies plantées ne seront sans doute pas récoltées en raison des pertes de récoltes enregistrées au début de la campagne.

Les estimations en matière de superficie utilisées par la mission ont été obtenues des responsables chargés des cultures au niveau régional et des recoupages ont été effectués avec celles communiquées par les responsables des cultures et de la vulgarisation et par différents agents spécialisés au niveau des districts. Ces estimations portent sur la superficie ensemencée en maïs, dont on a pu constater qu’elle était inférieure à la superficie habituelle en raison à la fois du faible niveau des ressources en eau et des dégâts qu’ont fait subir aux canaux les très graves inondations de l’année dernière.

On estime la superficie totale plantée en maïs dans le cadre de la campagne Vuli à 311 017 hectares, soit 20 pour cent de moins que la moyenne habituelle des six dernières années et 28 pour cent que celle de l’année dernière.

3.2.3 Rendements

Les facteurs influant sur les rendements de maïs sont les suivants: i) pluviosité notamment au moment de la germination, de la floraison, de la mise à grain et du remplissage du grain; ii) taux d’ensemencement; iii) variété de semence; iv) application d’engrais; v) infestation de ravageurs et foyers de maladies et vi) prolifération de plantes adventices.

Sauf dans les régions de Kagera et Kigoma, le faible niveau des précipitations a limité la germination, entraîné un flétrissement permanent, provoqué une floraison prématurée et gravement compromis la mise à grain et le remplissage du grain dans les champs qui n'avaient pas été touchés en moyenne altitude. En conséquence, sauf dans les zones irriguées, les cultures de maïs n’ont rien produit. Seules les cultures de hautes terres ou de coteaux exposés aux pluies n’ont pas gravement souffert du manque d’eau.

Les variétés locales, utilisées partout, donnent des rendements moyens de 1,2 à 1,8 tonne les bonnes années. La culture intercalaire de haricots est pratiquée sur 30 pour cent des superficies plantées en maïs les années normales. Cette année, elle a souffert du manque d’humidité, sauf dans les régions de plateau. Si l’on excepte le fumier, l’utilisation d’engrais est négligeable dans la production de maïs Vuli. Des engrais sont cependant commercialisés par des détaillants privés à des prix voisins de 10 000 shillings tanzaniens le sac de 50 kg. Il s’agit notamment d’urée, de sulfate d’ammoniaque, de superphosphates triples et d’engrais composés (NPK). Les engrais sont surtout utilisés dans les plantations de café des plateaux et pour les cultures horticoles irriguées des basses terres. Bien que commercialisés, les autres intrants chimiques - pesticides, fongicides et herbicides notamment - sont rarement utilisés pour la production de maïs.

L’absence de crédit aggrave les problèmes que les agriculteurs rencontrent pour acheter et utiliser des intrants agricoles, notamment dans les zones d’irrigation pluviales marginales.

En raison du faible niveau des précipitations cette année, aucune infestation importante de ravageurs ou de foyers de maladies n’a été notée, même si des infestations de chenilles foreuses de la tige d’un niveau correspondant au seuil de tolérance ont été signalées dans les régions de Mwanza, du Mara et de Morogoro. La présence de rats et d’animaux sauvages a suscité certaines inquiétudes à l’échelon local et à tous les stades de la campagne dans de nombreuses zones. La présence de ravageurs migrateurs n’a pas été signalée.

La concurrence des plantes adventices, quoique plus limitée que l’année dernière, a cependant nécessité des opérations de sarclage à deux reprises après les semailles sur les plateaux. Dans toutes les zones, des saisonniers étaient disponibles aux mêmes salaires que l’année dernière.

D’une manière générale, le rendement en maïs estimé par les responsables de la culture et de la vulgarisation au niveau des districts et confirmé par les observations de la mission sur le terrain était inférieur à la normale (0,7 tonne à l’hectare contre 1,3 tonne l’année dernière et 1,2 tonne en moyenne au cours des six dernières années).

3.2.4 Production

La production de maïs par région établie à partir des prévisions relatives aux superficies récoltées et aux rendements, est indiquée au tableau 1, qui présente également les rendements moyens et les chiffres des productions des six dernières années (de 1992 à 1997) ainsi que les estimations du ministère pour l’année dernière. Aucune évaluation définitive après récolte n’ayant été établie, il est impossible de connaître la valeur de ces prévisions. Les estimations relatives aux superficies sont fondées sur les chiffres globaux communiqués par les vulgarisateurs de village, totalisés au niveau des districts et soumis aux bureaux régionaux. Il n’est, semble-t-il, procédé à aucune vérification, en l’absence de relevés cadastraux des parcelles agricoles.

De même, les prévisions en matière de rendement restent très approximatives dans la mesure où la coupe-échantillon est limitée aux études pilotes et que la plupart des bureaux de district sont dépourvus du matériel et des installations élémentaires nécessaires pour la pratiquer. Néanmoins, la mission a corrigé les estimations régionales en fonction des observations qu’elle a pu faire sur place, des mesures qu’elle a prises et des entretiens qu’elle a eus avec divers interlocuteurs: membres d’ONG, négociants et agriculteurs.

En conséquence, et pleinement consciente du manque de fiabilité de la base de données, la mission évalue la récolte nationale du maïs pour la campagne Vuli 1998/99 à 228 222 tonnes pour 311 017 hectares. Cette quantité est inférieure de quelque 60 pour cent à la production de l’année dernière et elle est inférieure d’environ 50 pour cent aux quantités que représentait en moyenne cette céréale dans la production nationale annuelle de denrées vivrières entre 1992 et 1997.

3.2.5 Autres cultures

Les cultures céréalières autres que le maïs ont joué un rôle très négligeable. Seules les régions de Kagera et Kigoma devraient avoir une production normale de sorgho. Dans les régions de Mwanza et du Mara, la production de sorgho devrait être sensiblement inférieure à la moyenne habituelle. Ailleurs, aucune culture pluviale de céréales autres que le maïs n’a été observée.

Dans les zones irriguées, il est apparu que la culture de paddy était tardive et qu’elle ne devrait jouer aucun rôle dans les approvisionnements vivriers au cours des quatre prochains mois.

Selon les prévisions, la production de patates douces et de haricots ne devrait atteindre son niveau normal que dans les régions de Kagera et Kigoma. Dans les autres régions Vuli, ces cultures se sont limitées aux zones de plateau et la chute de production devrait être analogue à celle prévue pour le maïs.

A l’inverse, les cultures pérennes comme la banane et le manioc ont manifestement bénéficié des fortes précipitations de l’année dernière et les niveaux élevés de production actuels se traduisent par des prix réduits sur les marchés locaux dans toutes les régions de culture.

De même, les cultures de sisal et de café se sont bien développées mais selon les informations disponibles, la production de café de 1998/99 sera inférieure à la normale dans les régions où les fortes pluies Masika n’ont pas favorisé l’inflorescence.

Tableau 1.Production de maïs Vuli par région

Région 1998/99 1/ 1997/98 2/ 1992/93 – 1996/97 2/
Superficie (hectares) Rendement (tonnes/ha) Production (tonnes) Superficie (hectares) Rendement (tonnes/ha) Production (tonnes) Superficie (hectares) Rendement (tonnes/ha) Production (tonnes)
Mara 25 250 0.50 12 625 14 892 1.00 14 892 24 000 1.30 31 200
Arusha 9 200 1.503 13 800 28 546 1.80 51 380 16 000 1.00 16 000
Kilimanjaro 12 000 0.80 9 600 33 286 1.13 37 613 20 000 1.08 21 600
Tanga 26 217 0.60 15 730 36 244 1.00 36 244 29 000 1.40 40 300
Morogoro 21 600 0.67 14 467 40 698 1.54 63 488 51 000 1.20 61 000
Mbeya 23 750 0.80 19 000 23 997 2.00 47 994 25 683 1.62 41 730
Coast - - - 30 624 0.84 25 724 3 500 0.74 2 600
Kagera 53 000 1.00 53 000 70 272 1.09 76 596 50 300 1.00 50 219
Kigoma 40 000 1.20 48 000 39 500 1.80 71 000 39 000 1.38 64 785
Mwanza 100 000 0.40 42 000 112 300 1.28 143 744 131 000 1.03 134 600
TOTAL 311 017 0.73 228 222 430 359 1.32 568 675 389 483 1.19 464 034


1/ Chiffres de la mission (1999)
2/ Ministère de l’agriculture et de la coopération 1998, données de base corrigées des indices Vuli TFS
3/ Rendement supérieur à la normale, la production n’étant possible que dans les basses terres irriguées.

 


4. PREMIÈRES PERSPECTIVES CONCERNANT LES RÉCOLTES DE LA CAMPAGNE MASIKA ET MUSUMI


4.1 Récoltes de la campagne Masika dans les régions à pluviosité bimodale

L’absence de pluies dans les plaines et l’arrivée tardive des premières pluies sur les plateaux dans les régions à pluviosité bimodale a entraîné une baisse de 27 pour cent des superficies plantées en maïs Vuli par rapport à l’année dernière et de quelque 20 pour cent par rapport à la moyenne des superficies plantées entre 1992 et 1997.

Toutefois, au mois de janvier, les précipitations ont encouragé les agriculteurs à ensemencer leurs champs en prévision d’un chevauchement des pluies Vuli et Masika. Il est apparu que des champs étaient en cours d’ensemencement dans des zones de basses terres des régions d’Arusha et du Kilimandjaro. Dans cette dernière région, les agriculteurs ont appliqué la méthode qui consiste à tremper dans l’eau les semences de maïs pendant deux jours avant l’ensemencement pour accélérer et uniformiser les dates de germination.

Dans les zones des autres régions à pluviosité bimodale, les objectifs de la campagne Masika annoncés par les responsables des récoltes au niveau régional et au niveau des districts étaient optimistes. Le succès de l’ensemencement précoce Masika observé est conditionné à de bonnes précipitations tout au long du mois de février. Si les pluies cessent durant ce mois, non seulement le développement des cultures en pâtira mais les agriculteurs risquent en outre d’avoir des difficultés à trouver des semences de qualité pour réensemencer les champs lorsque les pluies normales de la campagne Masika reprendront en mars. Le recours aux engrais et à des semences améliorées étant limité, il est prévu des rendements analogues à la moyenne des six dernières années, sous réserve que les infestations de ravageurs et foyers de maladies restent relativement limités.

4.2 Pluies Musumi dans les régions à pluviosité unimodale

Lors de ses déplacements dans les régions du centre et du sud, où les cultures de la campagne Masika sont généralement plantées à partir du mois de novembre, la mission a constaté une arrivée tardive des premières pluies dans la plupart des districts, qui s’est traduite par un ensemencement tardif. Dans toutes les régions, les précipitations ont été très inférieures à la moyenne en octobre, novembre et décembre.

Dans la région de Tabora, la situation était à peu près satisfaisante dans trois districts sur cinq; les agriculteurs ont demandé à pouvoir acheter des engrais à crédit.

Dans les régions de Singida et Dodoma, on craint de plus en plus des pénuries de vivres et de semences. Si les pluies qui arrivent tardivement à la mi-janvier sont entrecoupées de périodes de sécheresse, il sera difficile de replanter. Il a été noté que les quantités de semences de sorgho et de mil disponibles étaient insuffisantes en raison des mauvaises récoltes de l’année dernière.

Dans la région de Shinyanga, l’arrivée très tardive des pluies (jusqu’à six semaines plus tard que la normale) a entraîné une réduction de la superficie ensemencée; les agriculteurs ont réclamé des semences de sorgho à cycle court.

Les semailles ont été retardées dans la région de Lindi en raison de l’arrivée tardive des pluies. Dans la région côtière, vu l’absence totale de récoltes Vuli, il faudra réensemencer les superficies cultivées. Or, on estime que les stocks de semence sont limités.

Ailleurs, il est prévu une campagne Masika normale sous réserve que la pluie continue de tomber.

4.3 Problèmes communs

Des retards dans les semailles se traduiront par des récoltes tardives qui prolongeront l’intervalle entre deux récoltes successives obligeant ainsi les petits agriculteurs à compter sur les moyens d’existence restant encore à leur disposition.

Il a été constaté que les stocks des ménages étaient réduits dans toutes les régions, notamment en raison d’un accroissement des ventes, les agriculteurs ayant utilisé les céréales - et en particulier le maïs - comme culture de rente pour satisfaire leurs besoins immédiats après la dernière récolte. De plus, d’après les évaluations, les pertes après récolte ont été particulièrement élevées l’année dernière. Selon une opinion générale, la chenille foreuse de la tige a causé beaucoup de dégâts, attaquant la plante sur pied puis le grain une fois qu'il a été stocké. Il a été indiqué que les pesticides généralement utilisés sur l’ensemble du pays se révélaient de peu d’effet et des pertes atteignant 70 pour cent ont été signalées. C’est la crainte de subir des pertes de cette importance qui explique pour l’essentiel l’ampleur des ventes de maïs après la récolte.

L’utilisation réduite d’intrants pour les cultures céréalières représente un frein artificiel à la production dans les régions Masika et Musumi bénéficiant de précipitations suffisantes. Actuellement, les petits agriculteurs n’ont quasiment pas accès au crédit. Or, payer au comptant 10 000 shillings un sac d’engrais de 50 kg et 5 000 shillings un sac de semences améliorées de 2 kg est hors de la portée de la plupart des ménages. C’est la raison pour laquelle les agriculteurs comptent largement sur les ONG et les organismes de développement pour obtenir des semences et d’autres intrants pour un coût modique, voire gratuitement. D’autre part, après plusieurs cas de vente de produits chimiques frelatés ou dilués, les agriculteurs paraissent n’avoir qu’une confiance limitée dans les intrants vendus par le secteur privé et préfèrent se tourner vers les organismes de développement ou l’Etat pour obtenir une garantie de qualité. Ces deux problèmes de crédit et d’intrants doivent être résolus, à défaut de quoi les objectifs de production ne pourront être atteints.


5. RÉSUMÉ DE LA SITUATION AGRICOLE PAR RÉGION


La situation prévalant dans les différentes régions de production de maïs à pluviosité bimodale de la campagne Vuli est résumée ci-après. A l’exception des régions de Kagera et Kigoma, pour lesquelles des données ont été obtenues du Département tanzanien de la sécurité alimentaire, la mission s’est rendue dans les principaux districts producteurs de maïs de chaque région.

5.1 Mwanza

Les équipes de la mission se sont rendues dans cinq des sept districts de Mwanza, à savoir Missunguri, Sengerema, Magu et Kwimba. Dans chaque district, la même situation a été constatée. Les pluies, qui ont eu jusqu’à deux mois de retard par rapport à la normale, sont en outre tombées de façon irrégulière. La campagne Vuli assurant généralement 94 pour cent de la récolte annuelle de maïs, ces retards auront des répercussions graves sur les disponibilités en maïs au cours des prochains mois. De surcroît, on estime que la superficie ensemencée en maïs sera inférieure de 30 pour cent à la superficie normale. La superficie ensemencée en légumineuses ainsi qu’en coton - principale culture de rapport de la région - devrait être inférieure de 80 pour cent aux superficies habituelles. La culture de manioc - aliment de base de même importance que le maïs dans la région - est satisfaisante grâce aux pluies abondantes de l’année dernière. A l’inverse, les superficies plantées en sorgho sont plus réduites et le report de la plantation devrait entraîner une diminution des rendements et des disponibilités.

Les stocks de semences de maïs sont réduits en raison de l’importance des pertes après récolte (20 à 30 pour cent). Les possibilités de réensemencement avec des céréales à cycle court sont limitées. Des demandes d’assistance pour la fourniture de variétés appropriées de maïs et de sorgho ont été adressées à la mission.

Les prix du maïs sur les marchés lors du passage de la mission se situaient entre 16 000 et 18 000 shillings les 100 kg mais l’amorce d’une évolution à la baisse explicable par des importations en provenance du Kenya a été signalée. Si les pluies continuent pendant le mois de février, assurant ainsi la soudure avec les pluies de la campagne Masika, les approvisionnements en maïs seront assurés, après la récolte, à condition toutefois que la campagne soit relativement épargnée par les ravageurs et les maladies.

5.2 Mara

Les équipes de la mission se sont rendues dans quatre des cinq districts du Mara, à savoir Terime, Bunda, Serengeti et Musoma rural. Les pluies de la campagne Vuli ont fait leur apparition à l’époque habituelle dans les districts de Tarime et Serengeti mais elles ont fait défaut au moment de la floraison du maïs en novembre et en décembre. Dans les districts de Bunda et Musoma rural les précipitations, qui ont commencé tardivement, ont été irrégulières et une récolte médiocre est prévue. Les superficies ensemencées en maïs correspondent aux superficies habituelles mais les rendements devraient être inférieurs. Il est à signaler que les autres cultures vivrières (bananes, manioc et patates douces) représentent chacune des quantités équivalentes aux quantités de maïs chaque année. Cette année, les récoltes de bananes et de manioc devraient être satisfaisantes, tandis qu’une récolte de patates douces inférieure à la normale est prévue.

En raison de l’arrivée tardive des pluies, la plupart des agriculteurs ont choisi de ne pas cultiver de coton, principale culture de rente. L’éventail des autres cultures possibles est limité faute de semences et de crédit.

Le prix du maïs se situe actuellement entre 15 000 et 18 000 shillings le sac de 100 kg, prix élevé si on le compare au prix du bétail puisque les caprins adultes se négocient entre 1 000 et 2 000 shillings.

On estime à quelque 30 pour cent les pertes après récolte de l’année dernière; ces pertes s’expliquent essentiellement par le manque d’efficacité des pesticides utilisés pour lutter contre les térébrants. Les conditions de stockage ont de plus été mauvaises l’année dernière, notamment en ce qui concerne la campagne Vuli, la récolte et le stockage ayant été marqués par un taux d’humidité élevé.

5.3 Arusha

Les équipes de la mission se sont rendues dans six des dix districts de la région qui pratiquent des cultures Vuli, à savoir Monduli, Karatu, Mbulu, Kileto, Simanjero et Arumeru. Les régimes de pluies observés étaient semblables en ce sens que, dans les basses terres, les pluies Vuli ont été pratiquement inexistantes jusqu’à la mi-janvier. Sur les hautes terres, les pluies tombées par endroit en novembre et décembre ont incité les agriculteurs à semer du maïs dans le district de Keratu mais, d’une manière générale, les seules cultures ont été des cultures pérennes ou annuelles arrosées grâce à de petits réseaux d’irrigation traditionnelle. Les superficies ensemencées étaient inférieures de quelque 70 pour cent aux superficies moyennes de maïs Vuli des six dernières années. Les semis de blé n’ont eu lieu que durant le dernier trimestre de 1998.

Les précipitations qui ont eu lieu en janvier ont toutefois encouragé nombre d’agriculteurs à planter du maïs et du blé dans l’espoir que comme durant les années sans campagne Vuli les dernières pluies Vuli durent jusqu’au début des pluies de la campagne Masika. Les agriculteurs ont utilisé des semences provenant de la campagne précédente dans la quasi totalité des cas. Ils font gonfler les semences de maïs dans de l’eau pour obtenir une germination accélérée et uniforme. Il a été signalé qu’en raison de l’importance des pertes après récolte de l’année dernière, qui ont encouragé les agriculteurs à procéder à des ventes immédiatement après la récolte, les stocks des ménages sont très limités. Les prix du maïs sur les marchés se situant entre 18 000 et 20 000 shillings le sac de 100 kg contre 2 000 à 3 000 pour une chèvre et 20 000 à 30 000 pour un bovin, les termes de l’échange bétail/céréales sont très défavorables aux pasteurs et aux agropasteurs.

D’autres produits vivriers - bananes en particulier - sont proposés en abondance et à des prix réduits sur la plupart des marchés à la suite des bonnes récoltes réalisées grâce aux pluies abondantes de l’année dernière. Pour que la sécurité alimentaire de la région soit assurée, il faut cependant que les pluies se poursuivent pendant le mois de février jusqu’à l’arrivée des pluies Masika.

5.4 Kilimandjaro

Les équipes de la mission se sont rendues dans cinq des six districts de la région, à savoir Moshi, Hai, Rombo, Mwanga et Same. La situation est variable selon les zones. Dans les basses terres, le déficit de pluies Vuli a été total. En conséquence, les champs des basses terres n’ont pas été ensemencés - sauf dans les zones irriguées avant que les pluies commencent à tomber à la mi-janvier.

Dans les zones de moyenne altitude, la situation des cultures pérennes - manioc, bananes et café notamment - est très satisfaisante mais il a été constaté que le maïs et les haricots plantés en novembre/décembre souffraient de l’irrégularité et de l’insuffisance des pluies.

Sur les plateaux, les cultures se développaient de façon satisfaisante et des rendements normaux sont prévus.

Sur les escarpements exposés à l’est et au nord-est, les cultures se développaient également de façon satisfaisante n’étant pas abritées des pluies. Du paddy irrigué selon des méthodes traditionnelles a été planté; les pâturages étaient en excellent état. En raison du déficit des précipitations dans les basses terres, la superficie plantée en maïs est inférieure de quelque 30 pour cent à celle des années précédentes.

L’année dernière, les ventes de maïs ont été supérieures à la normale dans la plupart des districts grâce à une combinaison de facteurs : humidité, moyens de stockage de mauvaise qualité, présence de térébrants et inefficacité probable des pesticides. Les agriculteurs qui avaient vendu leur maïs 2 000 à 3 000 shillings le sac de 100 kg après la récolte devront le racheter sept ou huit fois ce prix.

D’autres produits - bananes et manioc par exemple - sont disponibles pour un prix réduit sur l’ensemble des marchés. L’état du bétail est satisfaisant malgré les inquiétudes apparemment suscitées par des maladies virales. La région étant frontalière du Kenya, les prix du bétail paraissent soutenus.

5.5 Morogoro

La mission s’est rendue dans deux districts de la région qui produisent habituellement du maïs Vuli, à savoir les districts de Morogoro rural et de Kibsa. Les observations, corroborées par des entretiens, ont confirmé l’arrivée tardive des pluies Vuli qui ont entraîné un report des semis et une réduction de 60 pour cent des superficies plantées. Les précipitations ayant été limitées et irrégulières jusqu’au mois de janvier, les rendements en maïs devraient être très inférieurs à la normale. Les stocks des ménages, qui sont limités, ont subi des attaques de ravageurs depuis la récolte. D’autres cultures - canne à sucre notamment - se développent de façon satisfaisante grâce aux pluies abondantes de l’année dernière. De même, le fourrage et l’herbe sont abondants et l’état du bétail est satisfaisant.

Les prix du maïs sur les marchés sont élevés (de 17 500 à 24 000 shillings le sac de 100 kg), ce qui constitue une inversion de tendance très nette par rapport aux quatre derniers mois.

5.6 Tanga

Les équipes de la mission se sont rendues dans quatre districts de la région représentant une grande variété de hautes et de basses terres, à savoir les districts de Pangani, Lushoto, Tanga Urban et Handeni. En dépit de l’arrivée tardive des pluies Vuli, les superficies ensemencées en maïs sont restées assez proches des superficies habituelles. Les agriculteurs ont principalement utilisé des semences de la dernière campagne. Les pluies Vuli ont cependant été limitées et irrégulières et les rendements devraient être sensiblement réduits.

Les autres produits vivriers - manioc notamment - jouent un grand rôle dans les approvisionnements alimentaires. Il a été noté que la production de manioc était conforme à la normale. De même, il est apparu que d’importantes cultures de rente, à savoir les noix de coco, les noix de cajou et le sisal, se développaient d’une façon satisfaisante grâce aux pluies abondantes de l’année dernière. Les prix du maïs sur les marchés lors du passage de la mission traduisaient un manque de disponibilités aggravé par des pertes après récolte, de 15 à 20 pour cent selon les indications obtenues.

5.7 Région côtière

Les équipes de la mission qui se sont rendues dans la région côtière ont signalé qu’il n’avait été procédé à aucun semis de maïs en raison de l’arrivée tardive des pluies. La région n’est habituellement pas considérée comme faisant partie des régions où est cultivé du maïs Vuli, la superficie moyenne ensemencée en maïs entre 1992 et 1997 n’ayant été que de 3 500 hectares. La dernière campagne a été exceptionnelle: les superficies ensemencées et les rendements normaux ayant été multipliés par dix. Il a été signalé que les autres cultures, cultures pérennes de rapport notamment, se développaient normalement. Les problèmes de disponibilités alimentaires apparus dans certaines zones de la région côtière sont dus principalement aux mauvaises récoltes successives de ces dernières années.

5.8 Mbeya

Lors de son passage dans les régions du sud-ouest, la mission a noté qu’en raison des pluies très limitées de la campagne Vuli les plantations de maïs avaient été retardées. Les rendements devraient être inférieurs à la normale pour la campagne Vuli dans les hautes terres. Toutefois, l’essentiel du maïs produit provient de la campagne principale, qui a lieu plus tard dans l’année. En prévision de cette campagne, les agriculteurs ont demandé à pouvoir disposer dans les meilleurs délais de variétés de semences à maturation précoce en prévision des précipitations limitées qui devraient caractériser la campagne principale. D’une manière générale, les agriculteurs ont différé les semis sur l’ensemble des hautes terres jusqu’à l’arrivée des pluies pour éviter de gaspiller des semences.

5.9 Kigoma et Kagera

Les statistiques des services météorologiques et les informations fournies par le Département tanzanien de la sécurité alimentaire ont confirmé que les précipitations étaient proches de la normale. D’une manière générale, les rendements devraient être satisfaisants; les cultures ont été épargnées par les ravageurs migrateurs et les maladies. Il n’a pas été signalé de problèmes de main-d’œuvre susceptibles d’influer sur les travaux de sarclage et la récolte.

6. BILAN DE L’OFFRE ET DE LA DEMANDE DE MAïS


Pour évaluer le bilan de l’offre et de la demande de maïs pour les quatre derniers mois (février-mai) de la campagne de commercialisation en cours, la mission s’est servie des estimations suivantes :

Le bilan de l’offre et de la demande de maïs pour février-mai 1999 figure au tableau 4.

Tableau 4. Tanzanie - Bilan de l’offre et de la demande de maïs, février-mai 1999 (en milliers de tonnes)

Disponibilités alimentaires 348
Stocks au 1er février 120
Production Vuli 1999 228
Utilisation 909
Alimentation humaine [ Sur la base de 120 jours.] 785
Semences, alimentation animale, pertes 44
Stocks au 31 mai 80
Besoins d’importation 561
Importations commerciales [ 50 000 tonnes fournies par les négociants et 25 000 par l’État.] 75
Aide alimentaire dans la filière 3
Besoins d’importation non satisfaits
(dont aide alimentaire)
483 20

6.1 Evaluation de l’aide alimentaire d’urgence

Le début de l’année 1997 ayant été marqué par une grave sécheresse, le PAM a approuvé une opération d’urgence destinée à aider 1,5 million de personnes environ dans quatorze des vingt régions du pays. A la suite des inondations catastrophiques qui ont suivi et qui ont, d’une part, entravé la distribution de l’aide alimentaire d’urgence et, d’autre part, entraîné de nouvelles pertes en vies humaines, l’opération a été prolongée au-delà de la récolte 1997/98. Dans les régions de Dodoma et Singida, particulièrement touchées par les inondations, une aide alimentaire a été fournie à quelque 600 000 personnes en janvier 1999. Cette aide a été ciblée grâce aux évaluations et à l’analyse de données sur la vulnérabilité actuellement effectuée par le bureau VAM du PAM, travaillant en étroite coopération avec la FAO et les organisations non gouvernementales spécialisées dans la sécurité alimentaire et les interventions d’urgence, ainsi qu’avec le FEWS et les administrations locales et nationales. Les ressources alimentaires disponibles au titre de l’opération en cours ont seulement permis de maintenir le niveau actuel de l’assistance fournie à ces deux régions jusqu’en mars 1999.

Le nombre de personnes susceptibles de connaître l’insécurité alimentaire dans les mois à venir et le nombre de régions touchées s’accroissent sensiblement compte tenu des conséquences cumulées des pluies anormales enregistrées depuis 1997. La pénurie et la cherté des céréales ainsi que le prix réduit du bétail aggravent encore les problèmes auxquels sont confrontés les ménages ruraux dans les zones où les autres aliments de base sont rares et les pasteurs, qui comptent sur les ventes de bétail pour satisfaire leurs besoins alimentaires.

Les pouvoirs publics ont procédé en novembre 1998 à une évaluation qui a permis de définir, dans les autres régions, les zones dans lesquelles le manque croissant de disponibilités alimentaires et les prix élevés du maïs ont compromis la sécurité alimentaire de la plupart des ménages vulnérables.

Les pouvoirs publics ont décidé, à la suite de cette évaluation, d’autoriser en novembre 1998, la vente de 35 000 tonnes de maïs de la réserve céréalière stratégique. Les ventes ont été limitées en raison du prix élevé fixé initialement. En janvier 1999, le gouvernement a approuvé la distribution gratuite de 10 000 tonnes de maïs sur ses propres stocks de la réserve stratégique d’urgence. Il a par ailleurs organisé l’importation de 25 000 tonnes de maïs pour faciliter la reconstitution de la réserve et demandé parallèlement qu’une autre mission d’évaluation conjointe FAO/PAM actualise les conclusions de la précédente mission.

La présente mission a confirmé que le nombre de personnes risquant de connaître la faim et la malnutrition avait sensiblement augmenté. Si la sécurité alimentaire reste très précaire dans la zone centrale, dans nombre des régions confrontées à une situation d’urgence en 1997/98, la plupart des groupes à risque de la population connaissaient à nouveau l’insécurité alimentaire.

La situation alimentaire risque de se détériorer très gravement si les pluies Masika ou Musumi sont insuffisantes pendant la phase de croissance actuelle. Selon les prévisions météorologiques du mois de janvier, la probabilité que les pluies principales soient insuffisantes en janvier est de 45 pour cent; il n’y a pas eu du tout de précipitations dans la plupart des zones au cours des dix premiers jours de février.

Même si les signes extérieurs d’une famine - perte de poids, indigence, migration, mortalité due à des épidémies et morbidité notamment - ne sont pas encore réunies, dans plusieurs régions, tous les signes avant-coureurs sont déjà là: mauvaises récoltes successives, disponibilités alimentaires très limitées, augmentation des prix des aliments de base et forte détérioration des termes de l’échange bétail/céréales.

Pour la région de Singida, où l’insécurité alimentaire a été la plus grave, la mission recommande également un relèvement de la ration de maïs de base pour assurer un apport en calories suffisant. Les ménages nécessitant une aide alimentaire d’urgence jusqu’à mars 1999 selon les dernières évaluations effectuées, devront bénéficier d’une période d’assistance supplémentaire pour satisfaire leurs besoins nutritionnels minimum jusqu’à la prochaine récolte, qui ne pourra avoir lieu avant mai 1999.

D’autres aliments de base comme les bananes ou le manioc sont disponibles dans plusieurs des zones souffrant d’un déficit de pluies Vuli, mais les évaluations effectuées avant et durant la mission actuelle ont défini, dans 11 autres régions, des zones où ce déficit s’est traduit par de graves difficultés pour la plupart des ménages à risque. Dans les districts touchés, qui ont souvent connu trois cycles agricoles successifs, les groupes ciblés représentent au maximum 5 pour cent de la population. Il s’agit des ménages dont les stratégies de survie habituelles sont difficiles à appliquer en raison des effets cumulés des catastrophes successives qui se sont produites.

Zones bénéficiant actuellement d’une assistance

Les régions bénéficiant déjà d’une assistance - celles de Dodoma et Singida - sont des zones de production à pluviosité unimodale. La mission FAO/PAM du milieu de l’année 1998 avait désigné ces deux régions comme des régions en situation de grave insécurité alimentaire en raison de la sécheresse et des inondations survenues en 1997/98, qui ont entraîné une chute de la production - de sorgho et de mil en particulier - en 1998. Alors que la population ciblée pour l’aide d’urgence en 1997/98 dans la zone centrale avait été évaluée à 712 000 personnes, seule la moitié d’entre elles ont effectivement reçu une assistance en raison des dommages occasionnés aux infrastructures par les inondations.

Dans la région de Singida, une proportion importante de la population a souffert des effets cumulés de plusieurs mauvaises récoltes consécutives. Les stocks de denrées alimentaires étaient réduits et les prix des faibles quantités de céréales disponibles exceptionnellement élevés tandis que les prix du bétail étaient exceptionnellement bas. A cette dernière difficulté s’est ajoutée la quarantaine imposée au niveau régional pour empêcher la propagation de péripneumonie contagieuse des bovins. De plus, les patates douces, qui constituent le principal aliment de base après le maïs, le sorgho et le mil, devenaient de plus en plus rares. A partir de novembre 1998, 88 villages ont bénéficié d’une assistance du PAM et, en janvier, 52 autres villages ont été désignés pour bénéficier d’une assistance à partir du mois de février. Les districts concernés sont ceux de Singida Urban, Singida rural, Manyoni et Iramba. L’évaluation des besoins a été déterminée au vu d'enquêtes sur la sécurité alimentaire des ménages effectuées par l’organisation britannique Save the children. Les enquêtes, sur l’assortiment alimentaire et l’utilisation de nourriture, effectuées dans trente villages ont confirmé que la quasi totalité (plus que 90 pour cent) de l’aide alimentaire était consommée par les ménages ciblés. En se fondant sur l’hypothèse d’une récolte normale en mai/juin, la mission a recommandé le maintien de l’aide alimentaire jusqu’au mois de mai.

La mission a également recommandé la mise sur le marché de 4 000 tonnes de vivres pour la région de Singida.

Dans la région de Dodoma, la campagne a été déficitaire en 1998. Une étude réalisée par les pouvoirs publics et le PAM avant la mission conjointe FAO/PAM du milieu de l’année 1998 a fait apparaître que les récoltes de céréales ne correspondraient au mieux qu’à six mois de consommation. En fait, une proportion élevée de la production de maïs a été vendue au début de la campagne et a quitté la région. Au moment du passage de la mission, la situation était en voie de stabilisation grâce à l’intervention des pouvoirs publics sur les marchés et à l’accroissement de l’assistance du PAM, étendue récemment à 327 villages (contre 107 auparavant). Bien que la situation générale soit analogue à la situation prévalant à Singida, les termes de l’échange élevage/maïs étaient légèrement moins défavorables dans la région de Dodoma. La mission a recommandé le maintien de l’aide jusqu’en avril pour cette région en préconisant une évaluation constante de la situation.

Zones n’ayant pas bénéficié d’une assistance après la récolte de 1997/98

L’insuffisance des petites pluies dans de nombreuses zones à pluviosité bimodale et l’accumulation des difficultés dans plusieurs zones à pluviosité unimodale se sont traduites par une augmentation du nombre des zones où la population est très exposée. Si certaines zones défavorisées par une pluviosité anormale disposent encore d’autres aliments de base (bananes ou manioc par exemple) dans d’autres, en raison du manque de pluies, les ménages les plus vulnérables ont épuisé tous les autres mécanismes de survie qui leur auraient permis de tenir jusqu’à la prochaine récolte. Les districts et les villages touchés sont dans une large mesure les mêmes que ceux déjà ciblés dans le cadre de l’opération d’urgence du PAM de 1997/98, bien que leur nombre ait été supérieur à celui des ménages pour lesquels une assistance est jugée nécessaire en 1999.

Dans la région de Shinyanga, les familles à faible revenu ne possédant pas de bétail ont peu à peu épuisé les mécanismes de survie à leur disposition dans les districts de Bariadi, Maswa et Meatu. Dans ces districts de l’est, l’arrivée tardive des pluies a aggravé l’état du bétail et les termes de l’échange bétail/céréales se sont donc détériorés. Si certaines personnes ont pu trouver une issue grâce à des travaux occasionnels en travaillant les champs ou en s’occupant des troupeaux des fermiers les plus nantis, les possibilités offertes sont limitées et ne valent pas pour tous.

Dans la région de Tabora, zone de production à pluviosité unimodale, les districts de Nzega et Igunda, frontaliers des zones touchées de la région de Shinyanga, ont été désignés comme les plus gravement frappés par la chute de la production agricole au cours de la campagne 1997/98 ainsi que par les inondations et les infestations de ravageurs qui ont suivi. Les prix des denrées alimentaires et l’état du bétail dans ce district révèlent la gravité de la situation alimentaire.

Dans les régions de Mwanza et du Mara, l’essentiel des denrées alimentaires actuellement utilisées a été produit au cours de la précédente campagne 1997/98. Il s’agit pour l’essentiel de manioc et, dans une moindre mesure, de maïs et de sorgho en provenance des districts de Serengeti et Tarime. En temps normal, les récoltes de la campagne des petites pluies auraient permis d’assurer la soudure. Or, les pluies Vuli ont totalement fait défaut dans de nombreuses zones, qui assurent habituellement jusqu’à 60 pour cent de l’ensemble des besoins alimentaires dans la région.

Dans la région de Mwanza, la dernière récolte de maïs et de coton n’a pas été bonne mais la récolte de riz a été excellente. Or, le riz a été vendu, principalement dans les pays voisins, en début de campagne et à des prix très bas. Les pluies Vuli assurent plus de 90 pour cent de la production annuelle de maïs et de sorgho de la région. Cette année toutefois les faibles pluies tombées en septembre ont cessé ensuite et la plupart des agriculteurs ne disposaient plus de quantités suffisantes de semences pour replanter. Les prix du maïs sur les marchés ont diminué un temps en raison des importations de maïs en provenance du Kenya. Ces importations sont désormais limitées, le Kenya ayant décrété une interdiction d’exporter. Les cours du riz s’étant raffermis, les stocks des ménages sont limités ou inexistants dans plusieurs districts. La population consomme du manioc sec et des chips de patates douces tandis que certaines familles ne mangent pas à tous les repas. Les prix du bétail ont chuté considérablement. Ainsi, une vache qui se négociait entre août et octobre entre 50 000 et 80 000 shillings n’en valait plus que 15 000 à 25 000 au moment du passage de la mission. Les districts les plus touchés sont ceux de Magu, Kwimbe et Missungwi. Si les disponibilités en manioc demeurent abondantes dans les districts de Sengerema et Geita, certains arrondissements ont aussi été touchés.

Si tous les districts de la région du Mara sont touchés à des degrés divers, les plus frappés sont ceux de Musoma et Bunda.

Dans la région d’Arusha, les zones à pluviosité bimodale ont pâti de l’arrivée très tardive des pluies. Les récoltes de la campagne Vuli devraient être quasiment nulles. Les agriculteurs procèdent à des réensemencements et si les pluies ne cessent pas la prochaine récolte prévue pour le mois de mai devrait être relativement bonne. Néanmoins, la détérioration des termes de l’échange bétail/céréales pose de graves problèmes notamment aux pasteurs possédant de petits troupeaux. Des zones très circonscrites où la population est confrontée à des difficultés particulières sur le plan alimentaire ont été définies dans les districts suivants: Simanjaro, Kileto, Ngorongoro, Mbulu, Babati, Arumeru, Monduli et Karatu.

Dans la région du Kilimandjaro, les basses terres de la partie occidentale, très sèches, n’avaient pas été ensemencées. Des zones très circonscrites où la situation alimentaire est difficile ont été identifiées dans les districts de Mwanga, Rombo, Same et Moshi.

Dans les régions de Morogoro et de Tanga, où les pluies Vuli ont été déficitaires, les prix des céréales sont élevés. Les récoltes de la campagne Vuli représentent la moitié environ des principales cultures vivrières en année normale. Les travaux nécessaires à la préparation des terres, procurent des emplois et donc un moyen de survie aux populations, et les pluies étaient suffisantes pour assurer le développement des cultures. Des zones souffrant de pénuries de nourriture ont été définies dans les districts de Kilosa, Morogoro rural et Ulanga (Morogoro) et dans ceux de Handeni, Korogwe et Muheza (Tanga).

Dans la région de Lindi, trois districts ont été jugés très vulnérables: ceux de Ruangwe, Liwale et Kilwa, qui ont souffert de la sécheresse en 1996/97 et des inondations en 1998. Dans le district de Liwale, deux arrondissements souffrent de pénuries alimentaires; les stocks des ménages sont quasiment inexistants et les familles en sont réduites à consommer des racines sauvages.

De même, dans la région côtière, les pluies ne sont arrivées que très tardivement en janvier. Les difficultés s’accumulent et la situation s’aggrave. Dans de nombreux districts les mécanismes de survie ont joué leur rôle, mais des poches caractérisées par une insécurité alimentaire grave ont été identifiées dans les districts de Bagamoyo, Kbaha et Rufiji.

On peut estimer que les hautes terres du sud ont connu de bonnes récoltes dans l’ensemble lors de la campagne 1998 mais il a été indiqué que des zones connaissaient des problèmes de sécurité alimentaire, même si les semis étaient bien avancés au moment du passage de la mission. Dans la région d’Iringa, l’arrondissement de Pawaga (district d’Iringa rural) connaissait une grave pénurie alimentaire et les habitants les plus pauvres des villages en étaient réduits à se nourrir de baies sauvages, aliments qui ne sont consommés qu’en période d’extrême disette. Toutefois, cette zone qui connaît des problèmes de sécurité alimentaire de façon chronique fait déjà partie d’un projet vivres-contre-travail du PAM. Dans le cas où ce projet devrait être retardé ou s’il était estimé que la couverture est insuffisante, il y aurait lieu de prévoir une aide d’urgence supplémentaire.

Evaluation et ciblage des besoins d’aide alimentaire

Les besoins d’aide alimentaire ont été déterminés à partir d’une évaluation rapide effectuée par la mission et de données obtenues auprès de VAM, USAID/FEWS et Save the children ainsi qu’au vu de l’expérience acquise par le PAM et des organismes ayant participé à l’exécution de ses programmes lors de précédentes crises alimentaires. La mission a examiné les informations disponibles en matière nutritionnelle. De telles informations sont systématiquement collectées dans les hôpitaux et dispensaires du ministère de la santé dans toute la Tanzanie. La principale donnée collectée est le coefficient poids/âge. Ce paramètre ne constitue pas un indice extrêmement utile pour déterminer les situations d’urgence sur le plan nutritionnel car ne tenant pas compte de la taille, il ne permet pas de distinguer entre les enfants de petite taille ayant un poids corporel normal et les enfants de grande taille ayant une insuffisance pondérale. En Tanzanie, pays où le retard de croissance est très fréquent, une telle mesure ne fournit pas d’indications sur les risques de mortalité des enfants ou les risques auxquels est exposée la population à l’inverse du coefficient poids/taille. Le coefficient poids/taille est également un indicateur plus précis - bien que très tardif - de l’insécurité alimentaire.

Les données nutritionnelles actuellement collectées en Tanzanie ne permettent pas d’évaluer la gravité de la situation relative aux disponibilités alimentaires, pas plus qu’elles ne permettent de cibler les populations à risques alors que les instruments d’évaluation de la sécurité alimentaire des ménages mises au point par l’organisation britannique Save the children et d’autres ONG, en association avec l’unité VAM du PAM se sont révélés très efficaces tant pour cibler les populations que pour suivre la situation et il est donc recommandé de continuer à les appliquer.

Il importe de ne confier les distributions de nourriture qu’à des organisations fiables travaillant de concert avec les administrations locales pour éviter de perturber les marchés et les stratégies de survie des ménages. Une expérience précieuse a été acquise en matière d’évaluation et d’analyse des situations de vulnérabilité coordonnée par l’unité VAM du PAM. Pour suivre la situation en cours, il convient cependant de disposer de ressources humaines supplémentaires.

Les besoins globaux d’assistance alimentaire pour la période février-mai 1999 (120 jours) sont évalués à quelque 50 000 tonnes de maïs, quantité comprenant celle fournie par le Gouvernement tanzanien. La ration actuelle de 400 g de maïs par personne et par jour suffit dans la plupart des régions sauf dans les zones les plus gravement frappées où une ration de 500 g est recommandée.

Compte tenu des stocks d’aide alimentaire d’urgence disponibles dans le pays dans le cadre de l’opération d’urgence du PAM numéro 5889 (assistance aux personnes frappées par la sécheresse en Tanzanie), le besoin d’aide alimentaire d’urgence extérieure est estimé à quelque 20 000 tonnes de maïs.

Le tableau ci-après indique le nombre de personnes pour lesquelles une assistance d’urgence est jugée nécessaire:

 

Région Nombre de personnes
Singida 216 000
Dodoma 499 000
Shinyanga 49 000
Tabora 31 000
Mara 28 000
Lindi 36 000
Région côtière 33 000
Arusha 75 000
Kilimandjaro 9 000
Mwanza 82 000
Morogoro 39 000
Tanga 25 000
Iringa 18 000
TOTAL 1 140 000


Des mesures à plus long terme destinées à limiter l’insécurité alimentaire et à mettre en place un filet de sécurité satisfaisant sont indispensables pour réduire la fréquence et l’importance des opérations d’aide alimentaire d’urgence. A cette fin, le gouvernement a indiqué qu’il accorderait aux problèmes d'insécurité alimentaire le degré de priorité le plus élevé. Le PAM réexamine également ses stratégies à plus long terme en élaborant un programme de pays, qui met principalement l’accent sur les moyens d’appuyer les efforts du gouvernement dans ce secteur à travers l’aide alimentaire.


7. PROBLÈMES À MOYEN ET À LONG TERME

Pour satisfaire les besoins alimentaires immédiats des secteurs les plus vulnérables de la société, il importe que le gouvernement prenne des mesures, avec l’aide de la communauté internationale, pour régler le problème de la sécurité alimentaire à plus long terme. A cette fin, il convient de constituer des stocks stratégiques pour répondre aux futures situations d’urgence, notamment dans les zones difficiles d’accès. Des systèmes efficaces d’alerte précoce permettant de prévoir les difficultés imminentes faciliteront le traitement des catastrophes. A cet égard, il y a lieu de tenir compte des considérations suivantes :

a) Il faut améliorer la collecte et l’analyse des statistiques agricoles pour pouvoir évaluer la production et faciliter le suivi de la situation et la planification. Les unités agricoles de district ne disposant ni du matériel ni de la formation essentiels nécessaires pour procéder à de simples enquêtes locales ou à des évaluations de rendement et des évaluations après récolte sont rarement effectuées.

b) Compte tenu de l’irrégularité des conditions météorologiques, des efforts adéquats doivent être entrepris en matière de recherche adaptative et de recherche orientée vers l’action pour modifier les systèmes de culture. Ainsi, le recours généralisé à la préparation des semences, technique dont la mission a constaté l’application dans le district du Keratu (région d’Arusha) doit être envisagé. Il convient également d’étudier d’autres techniques telles que le repiquage des céréales en concevant des programmes de formation et des programmes pilotes appropriés. Les techniques d’irrigation sur une petite échelle, dont l’application est actuellement encouragée par le Programme spécial pour la sécurité alimentaire de la FAO, doivent être élargies si elles se révèlent économiques et transposables.

c) Le faible niveau actuel des prix du bétail révèle la vulnérabilité des agriculteurs nomades et des éleveurs lorsque les disponibilités en céréales (maïs) sont limitées. Des stratégies appropriées de commercialisation de la viande fondées sur une diversification des produits doivent être appliquées dans le secteur de l’élevage. A plus grande échelle, pour donner une meilleure image des produits carnés tanzaniens sur le plan international, il convient d’imposer des normes satisfaisantes dans le domaine sanitaire et en matière d’abattage.

d) Le niveau élevé des pertes après récolte observées l’année dernière en ce qui concerne le maïs, notamment en raison d’une infestation de térébrants, rend nécessaire l’adoption de mesures de lutte efficaces. Les pesticides, par exemple, continuent de poser de nombreux problèmes: niveau d’application inapproprié ou frelatage des produits qui limitent les propriétés de l’agent actif. Il convient de renforcer les dispositifs de contrôle de la qualité des produits chimiques commercialisés par le secteur privé, de redonner confiance aux agriculteurs dans les produits proposés et de vérifier la résistance des térébrants aux pesticides.

 

 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'information le cas échéant.

Abdur Rashid
Chef, SMIAR, FAO
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Mohamed Zejjari
Directeur régional pour l'Afrique, PAM
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