SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO

ALERTE SPÉCIALE No. 292

Date: 29 avril 1999

(Série diffusée uniquement pour les pays dans lesquels l'état des cultures vivrières ou la situation des approvisionnements sont préoccupants)

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LA CRISE DU KOSOVO MENACE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE DES MÉNAGES RURAUX EN ALBANIE ET DANS L'EX-RÉPUBLIQUE YOUGOSLAVE DE MACÉDOINE

La crise dans la province du Kosovo (République fédérative de Yougoslavie) a entraîné un exode massif de réfugiés vers les pays voisins, notamment vers l'Albanie et L''ex-République yougoslave de Macédoine. Selon des estimations du HCR, environ 365 000 personnes se seraient réfugiées en Albanie au 27 avril, et 140 000 personnes dans L'ex-République yougoslave de Macédoine. Une vaste action internationale est en cours pour porter secours aux réfugiés. Pour les habitants des économies agraires fragiles des zones avoisinant le Kosovo, la crise et l'afflux de réfugiés ont des effets directs et indirects immenses. Il existe un risque évident d'insécurité alimentaire, particulièrement parmi les ménages qui hébergent des réfugiés.

Aucun des deux pays ne peut vraiment être considéré comme étant à l'abri de l'insécurité alimentaire, même avant la crise. Selon les informations disponibles à la FAO, la consommation alimentaire moyenne par habitant de l'Albanie et de L'ex-République yougoslave de Macédoine est inférieure à la moyenne européenne de respectivement 24 et 27 pour cent. En Albanie, où le PIB par habitant était de 650 dollars E.-U. en 1997, on estime que 30 pour cent de la population rurale vit dans un état de pauvreté. Environ 50 pour cent des actifs travaillent dans l'agriculture. Les taux de croissance économique ont été positifs mais faibles depuis 1996. Malgré quelques signes de redressement de la production agricole, depuis les réformes sectorielles de 1991, les techniques de production utilisées sont assez rudimentaires et la productivité est faible. Le pays a été largement tributaire de l'aide alimentaire internationale dans les années 90.

Même si le PIB par habitant de l'ex-République yougoslave de Macédoine était, en 1997, plus du double de celui de l'Albanie, les revenus des familles rurales sont en général limités et il existe des îlots de pauvreté, notamment dans les zones frontalières, moins développées. Les revenus des ménages ont souffert à la fois des réformes économiques et de la réduction des échanges avec les pays voisins. Le secteur agricole ne s'est pas encore remis pleinement de la restructuration des fermes d'Etat et la production reste en général inférieure aux niveaux atteints au début des années 90. Le pays est un importateur net de denrées alimentaires et d'aliments du bétail.

Dans ces deux pays, les zones frontalières montagneuses, où s'est concentré l'afflux de réfugiés, sont des zones pauvres et largement tributaires de l'agriculture à petite échelle. Plusieurs camps de réfugiés fonctionnent déjà ou sont actuellement créés grâce à une assistance internationale, mais un grand nombre de réfugiés est hébergé par des familles locales. L'hébergement de réfugiés (nourriture et logement) a débuté bien avant l'escalade de la crise en mars 1999 et a contribué dans une large mesure à atténuer les effets immédiats de la crise humanitaire.

Une mission d'évaluation de la FAO, envoyée en Albanie du 7 au 14 avril 1999, signalait que les familles locales hébergeaient des familles kosovares qui comprenaient en moyenne huit membres et utilisaient leurs maigres ressources pour pourvoir en partie aux besoins essentiels des réfugiés. Les rapports provenant de L'ex-République yougoslave de Macédoine vont dans le même sens, bien que l'hébergement des réfugiés soit moins répandu.

La situation est intenable. Normalement, les ressources dont disposent les familles locales dans les zones touchées sont juste suffisantes pour couvrir leurs propres besoins et ces ressources sont maintenant mises à rude épreuve puisqu'il s'agit de satisfaire également les besoins essentiels des réfugiés qu'elles hébergent. Les ressources en espèces sont à peine suffisantes et on peut se demander si les familles hôtes auront les moyens d'acheter suffisamment d'aliments pour couvrir leurs propres besoins et ceux de leurs hôtes. Certains ménages ruraux ont déjà consommé les stocks conservés comme semences. Les ménages agricoles n'ont pas suffisamment d'argent pour acheter des intrants agricoles pour les semis de printemps et d'automne 1999 et le crédit est limité.

Les effets socio-économiques alarmants liés à l'hébergement des réfugiés doivent être abordés dans le contexte des diverses retombées indirectes de la crise.

Tout d'abord, l'insécurité dans les zones frontalières et aux frontières mêmes a freiné le flux des échanges informels transfrontières. Avant la crise, le petit commerce avec la province du Kosovo constituait une source importante de revenus pour les personnes vivant dans les zones frontalières. Deuxièmement, l'afflux de réfugiés a déstabilisé les marchés locaux. Nombre des réfugiés n'amenaient avec eux que peu de ressources en espèces et peu de biens pouvant être échangés, mais la demande d'aliments a naturellement augmenté. On signale par endroits des hausses des prix des aliments, notamment en Albanie, en raison de l'isolement relatif de certaines zones. Troisièmement, les marchés locaux du travail saisonnier seront probablement inondés par les nouveaux arrivants. Les opérations de secours offrent quelques possibilités limitées de travail, mais cela ne compensera nullement la forte réduction des possibilités de travail à court terme offertes par les échanges frontaliers. Tous ces effets ne feront qu'aggraver un chômage déjà très élevé dans les deux pays. Cela pourrait déterminer un exode permanent (pour raisons économiques) des habitants de ces zones et exacerber les tensions sociales.

Selon les informations disponibles, les communautés hôtes des deux pays sont exposées à l'insécurité alimentaire et une assistance internationale sera nécessaire de toute évidence au cours des prochains mois. Des activités sont en cours pour identifier et recenser les familles hôtes, afin de permettre un ciblage précis des secours. Plusieurs organismes prévoient également de lancer des programmes destinés à fournir aux familles des aliments et des médicaments, mais il est également important de prendre des mesures pour garantir le maintien, voire si possible l'augmentation, de la production agricole pour la sécurité alimentaire future des hôtes et des réfugiés dans les zones concernées.

Les familles hôtes vivant dans les zones où affluent les réfugiés ont besoin de toute urgence d'intrants agricoles pour les semis de printemps. Des aliments du bétail sont également nécessaires car l'élevage de petit bétail et de volaille et la production laitière sont des éléments fondamentaux des économies rurales de ces deux régions. La réduction des échanges frontaliers a perturbé l'approvisionnement en aliments du bétail, notamment dans L'ex-République yougoslave de Macédoine. A moyen terme, il faudra également fournir une assistance pour les semis d'automne (principalement de blé, qui est la principale céréale) vers le mois d'octobre.

La FAO a déjà pris des mesures lorsque cela était possible. En Albanie, un projet du Programme de coopération technique d'un montant total de 400 000 dollars E.-U. a été réalisé pour fournir d'urgence des intrants agricoles essentiels aux familles rurales hébergeant des réfugiés provenant du Kosovo. Un projet similaire a été approuvé également pour L'ex-République yougoslave de Macédoine. En outre, on a approuvé l'utilisation de ressources du Fonds spécial du TeleFood de la FAO pour financer dans ces deux pays des projets de distribution d'engrais. D'autres propositions de projets visant à fournir immédiatement des engrais, des aliments du bétail et des animaux de basse-cour ont été préparées, mais il faudra, pour leur mise en œuvre, des contributions volontaires des gouvernements et des organisations internationales.

 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO (Télex 610181 FAO I; Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: GIEWS1@FAO.ORG).

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