SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL : MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES EN ANGOLA

16 juin 1999

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Points saillants

    • La reprise des hostilités a entraîné le déplacement d'environ 1 million de personnes, dont le nombre total se trouve ainsi porté à 1,7 million avec, en perspective, de nouveaux mouvements au cours des prochains mois.

    • La production céréalière de 1998/99 marque un recul de 11 pour cent par rapport à l'année précédente, en dépit de conditions météorologiques généralement favorables; ce recul est attribuable à l'aggravation de l'insécurité et des déplacements de populations.

    • Les besoins d'importations de céréales pour la campagne 1999/2000 sont estimés à 505 000 tonnes, contre un volume réel d'importations de 420 000 tonnes au cours de la campagne de commercialisation précédente.

    • Il faudra prévoir, pour la campagne de commercialisation 1999/2000 (mai-avril), un volume estimatif de 180 000 tonnes de maïs au titre de l'aide alimentaire internationale d'urgence. Sur ce volume, 56 000 tonnes ont déjà été promises, ce qui laisse un déficit non couvert de 124 000 tonnes.

    • La distribution d'aide alimentaire par voie de superficie est entravée par les hostilités, et le transport aérien, fort coûteux, représente la seule autre option. En outre, il est urgent de fournir un complément de soutien logistique afin d'accélérer la distribution de l'aide humanitaire.
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1. APERÇU GÉNÉRAL

L'échec du processus de paix et la reprise des hostilités, fin 1998, ont entraîné une forte augmentation des populations rurales déplacées, dont le nombre a été estimé à 1,7 million en mai 1999. En outre, la reprise des hostilités s'étant produite au début de la campagne agricole, l'on craint de plus en plus que la production alimentaire ne s'en trouve gravement réduite et que le pays soit contraint de recourir massivement à l'aide alimentaire internationale.

C'est dans ce contexte qu'une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires a été dépêchée en Angola du 11 au 22 mai 1999, afin d'évaluer l'incidence du déplacement de familles d'agriculteurs sur la production alimentaire pour la campagne agricole 1998/99, d'estimer les besoins nationaux en importations de céréales pour la campagne de commercialisation 1999/2000 (avril-mars) et d'examiner les besoins d'aide alimentaire des populations touchées. La mission a été renforcée par des observateurs de l'Union européenne (UE), du Système d'alerte rapide de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID FEWS), de la Communauté du développement de l'Afrique australe (SADC-REWU) et du Save the Children Fund (SCF) (Royaume-Uni). Cette année, la mission a été aidée dans ses préparatifs par le projet d'alerte rapide, appuyé par la FAO, qui soutient le Ministère de l'agriculture et du développement rural (MINADER), ainsi que par l'Unité de cartographie et d'analyse de la vulnérabilité (VAM) du Bureau du PAM en Angola. Une évaluation préliminaire de la situation a été entreprise sur la base de visites sur le terrain effectuées dans certaines provinces, ainsi que de rapports émanant des bureaux provinciaux du MINADER. Ces informations, notamment celles concernant les populations rurales et les superficie ensemencées, ont joué un rôle important dans les évaluations et les conclusions de la mission.

A son arrivée, la mission a eu des entretiens à Luanda avec des représentants du MINADER, du Ministère de l'aide sociale et de la réintégration (MINARS), du Ministère du commerce et de l'industrie, des institutions des Nations Unies, des donateurs ainsi que des ONG. La mission s'est ensuite répartie en deux équipes : l'équipe A, chargée de visiter cinq provinces septentrionales (Luanda, Bengo, Uige, Kwanza Norte, Lunda Sul) et l'équipe B, pour trois provinces centrales et méridionales. Le MINADER était représenté, dans les deux équipes, par du personnel de son siège. Cependant, l'insécurité grandissante ainsi que l'intensification des agressions contre les véhicules devaient limiter considérablement les déplacements par voie routière, contraignant la mission à prendre l'avion pour se rendre dans les capitales provinciales, où elle a été reçue par le gouverneur, le personnel local du MINADER, du MINARS et des ONG. Les entretiens tenus lors de ces visites ont permis de compléter les données de base déjà recueillies et ont joué un rôle important pour l'évaluation des approvisionnements alimentaires au niveau provincial. Des visites de terrain ont été entreprises dans la mesure du possible. Cependant, en raison de l'insécurité régnante, il a fallu le plus souvent les limiter aux environs immédiats de la capitale provinciale. Des entretiens ont été organisés avec des agriculteurs et des commerçants, et la mission a procédé à des inspections sur le terrain ainsi qu'à des prélèvements destinés à mesurer le rendement des récoltes. Les rapports émanant du projet d'alerte rapide du MINADER ont été la principale source d'information concernant les régions inaccessibles ainsi que les provinces non visitées.

Par suite des contraintes pesant cette année sur les visites de terrain, la mission a fait un usage intensif des images recueillies par satellite pour estimer les précipitations, en se servant notamment des images concernant la durée des nuages à sommet froid et de la pluviométrie fournies par l'Unité de télédétection SADC et par l'USAID-FEWS, dont le siège se trouve à Harare. De manière générale, le pays a bénéficié de précipitations moyennes ou supérieures à la moyenne, et, de l'avis des agriculteurs comme des représentants officiels provinciaux, la campagne a été meilleure que celle de l'an dernier, ou tout au moins aussi bonne. Cependant, dans les régions centrales du pays, la répartition des pluies a été irrégulière. Ainsi, les provinces du Sud ont eu la meilleure saison des pluies depuis vingt ans, alors que dans les provinces septentrionales, les précipitations ont été bien réparties entre les différentes zones et bien échelonnées.

Les lacunes des statistiques agricoles ont rendu difficile l'estimation des superficies ensemencées pour les différentes cultures. Comme pour les années précédentes, la mission a calculé ces superficies en s'appuyant sur les estimations concernant les ménages agricoles provenant de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Précisons toutefois que, cette année, ces estimations ont été complétées par les enquêtes concernant les ménages effectuées par la FAO et par l'UNICEF, ainsi que par les estimations du PNUD et du Ministère des travaux publics à l'échelon provincial. Les chiffres communiqués ont fait l'objet de recoupements avec les autorités locales durant la visite sur le terrain.

Les approvisionnements en semences ont été jugés satisfaisants, suite à la bonne récolte de 1998/99, et l'on n'a pas enregistré d'infestations importantes de ravageurs. Par conséquent, le principal facteur ayant entravé, cette année, l'augmentation de la production alimentaire, a été le déplacement d'une proportion importante des ménages agricoles.

La mission prévoit, pour la campagne 1998/99, une production céréalière de 533 000 tonnes se décomposant comme suit : 428 000 tonnes de maïs, 102 000 tonnes de mil-sorgho et 3 000 tonnes de riz, soit 11 pour cent de moins que la campagne précédente, essentiellement du fait des nouveaux déplacements de populations rurales. La production de manioc, important aliment de base, devrait avoir légèrement baissé par rapport à l'an dernier, tandis que la production de haricots aurait, selon les estimations, chuté de 21 pour cent.

S'agissant de la campagne de commercialisation 1999/2000, l'offre interne de céréales, estimée à 562 000 tonnes - en postulant un stock d'ouverture de 29 000 tonnes - est loin de répondre aux besoins nationaux. Alors que selon l'estimation de milieu de campagne de commercialisation, la population s'élève à 13,4 millions de personnes, les besoins d'importations céréalières pour la campagne 1999/2000 sont estimés à 505 000 tonnes, à comparer avec les importations céréalières réelles de 420 000 tonnes pendant la campagne de commercialisation précédente. La mission estime que 325 000 tonnes seront importées à titre commercial, ce qui laisse 180 000 tonnes de céréales à importer dans le cadre de l'aide alimentaire.

Il faudra, en outre, affecter des terres cultivables aux personnes déplacées à l'intérieur du territoire et prévoir une fourniture correspondante d'intrants agricoles d'ici à la prochaine campagne, qui commencera au mois d'octobre.

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2. L'ÉCONOMIE ET L'AGRICULTURE 1/

1/ Le contenu de cette section est basé sur un éventail de sources, parmi lesquelles : Angola : Economic Developments in 1998 (PNUD); Rapport sur le développement humain - Angola 1998; Country Profile -Angola 1998-99 and Country Report - Angola 1 Quarter 1999 (The Economist Intelligence Unit); Angola - Agricultural Recovery and Development Options Review, déc. 1996 (MINADER/FAO).

L'Angola, qui pourrait être l'un des pays les plus riches d'Afrique, figure au contraire parmi les plus pauvres en raison de la guerre civile qui se poursuit sans répit depuis son accession à l'indépendance, en 1975. L'Angola occupait en 1998 le cent cinquante-sixième rang dans l'Indice du développement humain établi par le PNUD, avec 60 pour cent de la population vivant en deçà du seuil de pauvreté. Le pays dispose d'importantes réserves de pétrole ainsi que de gisements de diamants et d'autres minéraux, son potentiel hydroélectrique est énorme et il a en outre de très abondantes ressources agricoles, forestières et halieutiques.

Alors qu'avant l'indépendance, le taux de croissance réel du PIB atteignait une moyenne de 7,8 pour cent (1960-74), les estimations officielles font état d'un déclin de 2,5 pour cent par an entre 1990 et 1995. La découverte récente de très importants gisements de pétrole au large des côtes a stimulé la croissance économique au cours des dernières années; cependant, ce phénomène masque les mauvais résultats au niveau sectoriel. La contribution du secteur minier - dominé par le pétrole et les diamants - au PIB, est passée de 25 pour cent en 1981 à plus de 50 pour cent en 1997; en revanche, la contribution du secteur secondaire est tombée de 16 pour cent en 1973 à 4,4 pour cent en 1997. Enfin, le secteur des hydrocarbures représente 90 pour cent du total des exportations et 75 pour cent des recettes de l'Etat.

Le processus de paix, qui avait été amorcé fin 1994 dans le cadre du Protocole de paix de Lusaka et avait semblé devoir améliorer la sécurité et permettre l'accès à la plupart des régions du pays, a subi un coup d'arrêt pendant le deuxième semestre de 1998. Fin décembre, la situation avait dégénéré au point que la guerre civile faisait rage de nouveau, notamment dans les régions d'altitude du centre du pays.

La situation économique s'est aussi gravement détériorée en 1998, en raison principalement de la chute des prix du pétrole; en effet, en décembre 1998, les cours étaient tombés de moitié par rapport à l'an dernier à la même époque, si bien que malgré l'augmentation régulière de la production, le gouvernement a dû amputer d'un quart son enveloppe budgétaire. L'accord que l'on prévoyait avec le Fonds monétaire international (FMI) et qui devait, entre autres, aider l'Angola à gérer sa dette extérieure de 12 milliards de dollars E.-U., ne s'est pas concrétisé en raison de la reprise des hostilités internes. Parallèlement, la mise en _uvre du programme gouvernemental de redressement et de stabilisation 1998/2000 a été interrompue. Quant à l'inflation, qui avait été ramenée de son sommet de 3 780 pour cent en 1995 à 64 pour cent en 1997, elle a connu une nouvelle flambée, atteignant 135 pour cent en décembre 1998. Par ailleurs, la dépréciation progressive de la devise nationale, le Kwanza, a exercé une pression à la hausse sur les prix nationaux.

C'est le secteur agricole qui a le plus souffert du conflit. Le pays, autrefois autosuffisant pour ce qui est des aliments de base, se trouve aujourd'hui largement tributaire de l'aide alimentaire. La production de café, traditionnellement une culture d'exportation, mais aussi de sisal, de coton, de sucre, de bananes, de palmiers à huile et de tabac, a fortement décliné au cours des vingt années de guerre. Malgré le riche patrimoine de terres arables, les paysans s'en trouvent réduits à pratiquer l'agriculture de subsistance. Le pillage généralisé du bétail a considérablement réduit l'utilisation des animaux de trait, et la mécanisation ainsi que l'utilisation d'intrants agricoles commerciaux n'atteignent que quelques fermes à vocation commerciale. Enfin, le morcellement du marché, dû à l'inaccessibilité de vastes régions du pays, a également entravé l'extension des superficies cultivées.

 

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3. LA PRODUCTION VIVRIÈRE EN 1998/99

3.1 L'incidence des hostilités sur la production agricole

Les importants déplacements de populations rurales à la recherche de sécurité se sont soldés par un nombre estimatif de 1,7 million de personnes déplacées à l'intérieur du territoire en mai 1999. Ces déplacements, qui se faisaient dans un premier temps depuis les zones rurales vers les municipalités, ont ensuite intéressé les capitales provinciales. Les hostilités ont touché la quasi-totalité des provinces; cependant, ce sont les provinces centrales où l'on cultive le maïs qui ont été le plus durement touchées. En outre, l'insécurité persistante a entraîné la fermeture de la plupart des routes.

Parallèlement à la situation difficile des personnes déplacées, qui seront peu nombreuses à pouvoir récolter quoi que ce soit cette année, les activités agricoles et économiques ont été, de façon globale, gravement perturbées par le conflit. L'escalade de la violence et, partant, la plupart des déplacements, se sont produits au mois de décembre, alors que les semis étaient achevés ou déjà bien engagés. Dans ces conditions, dans les champs qui n'ont pas été pillés, les récoltes seront moissonnées soit par d'autres agriculteurs installés, soit par les personnes déplacées qui ont accès à leurs champs - situés à distance de 2 à 5 km des villes. Cependant, dans les provinces septentrionales, où le maïs est semé en février, on a enregistré des réductions des superficies ensemencées du fait des déplacements de populations.

Bien que, dans l'ensemble, les réductions des superficies ensemencées n'aient pas été très importantes, on s'attend à une baisse des rendements dans de nombreuses régions par suite de l'abandon des champs. Même pour les cultivateurs installés, les rendements ont subi un déclin dans les régions où les combats ont été intenses. Dans les provinces de Bie, le nord de Huambo, Malange, Kwanza Sul Est, le nord-est de Moxico et le nord de Huila en particulier, les mouvements incessants de populations ont empêché le déroulement normal des activités agricoles. En outre, le pillage des récoltes avant qu'elles ne parviennent à maturité a encore aggravé la chute de la production.

Par ailleurs, le conflit a entraîné la clôture de la plupart des routes, compromettant gravement la circulation des personnes et des marchandises. Cette situation, qui empêchera les excédents disponibles dans certaines provinces d'atteindre les régions déficitaires, gêne en outre le transfert des produits d'importation depuis les trois principaux ports du littoral vers l'intérieur du pays. Elle est particulièrement inquiétante dans des capitales et municipalités provinciales qui ont absorbé un grand nombre de personnes déplacées et qui se trouvent isolées. Dans ces zones urbaines, on s'attend à ce que la sécurité alimentaire se détériore au cours des prochains mois. Dans les zones rurales, où l'on trouve de la nourriture, les agriculteurs ont du mal à commercialiser leurs récoltes.

La seule région jouissant d'une certaine stabilité dans le domaine sécuritaire est celle du Sud-Ouest, où l'on prévoit une bonne récolte. En outre, les échanges avec la Namibie voisine s'effectuent sans difficulté notable, et la production, ainsi que la sécurité alimentaire, sont jugées satisfaisantes par les observateurs.

3.2 Les précipitations

En Angola, le régime des pluies devient progressivement plus abondant du sud vers le nord. Les pluies, qui commencent normalement en septembre/octobre, s'interrompent généralement pour laisser la place à une brève saison sèche en décembre/janvier, avant de reprendre jusqu'au mois de mai. La longue saison des pluies offre, en Angola, un immense potentiel de diversification des cultures.

Pendant la campagne 1998/99, la plus grande partie du pays a bénéficié de précipitations supérieures à la moyenne. Les images de Meteosat font état d'un niveau normal dans tout le pays, confirmé par les observations sur le terrain et par les agriculteurs interrogés. Cependant, plusieurs sources ont fait état de poches touchées par une sécheresse prolongée - de novembre à janvier - dans les régions centrales. Le MINADER de la province de Benguela signale, par exemple, une période sèche prolongée durant les mois de décembre et janvier qui a sensiblement abaissé les rendements du maïs et des haricots. Dans la province de Huila, l'arrivée tardive des pluies a contraint les fermiers à attendre le mois de février pour planter le maïs, et dans la province de Huambo, les pluies excessives du mois de mars ont entraîné un engorgement des sols et fait baisser le rendement du maïs.

3.3 La fourniture d'intrants agricoles

Grâce à la bonne récolte de 1997/98, on a disposé cette année des semences nécessaires, distribuées par l'Etat, les organisations internationales et les ONG. Cependant, les engrais et les pesticides ont été disponibles en quantités insuffisantes, ou à des prix trop élevés pour la plupart des agriculteurs.

La pénurie d'intrants agricoles ou les prix élevés ont constitué les principales entraves à la production pour les nouvelles personnes déplacées auxquelles on a affecté des terres. De nombreuses ONG ont participé à la distribution de semences et d'outils à main aux petits agriculteurs. Cependant, la plupart des cultivateurs et des représentants officiels interrogés considéraient que la fourniture d'intrants était insuffisante, tant au plan quantitatif qu'au plan qualitatif.

3.4 Les superficies ensemencées

Le maïs, qui est la principale culture céréalière, représente normalement plus de 80 pour cent de la production céréalière en Angola. Le mil et le sorgho sont cultivés dans le sud, où les pluies sont moins importantes que dans le reste du pays. C'est la pénurie de main-d'_uvre familiale qui demeure la principale entrave à l'extension des superficies cultivées, étant donné que la préparation des terres, le désherbage et les récoltes se font généralement au moyen de simples outils à main. Rappelons, en effet, que la traction animale n'est pas utilisée pour la préparation des terres, sinon dans le sud-ouest du pays et principalement dans la province de Huila, et que le parc de tracteurs utilisés par les exploitations agricoles commerciales est très limité. En outre, les difficultés de commercialisation interne liées à l'insécurité ont également contribué à réduire les superficies ensemencées.

On estime que 51 pour cent des superficies totales ensemencées en cultures vivrières de base, cette saison, l'ont été en céréales. Le maïs représente 78 pour cent des superficies cultivées en céréales, la majeure partie étant située dans le centre (voir les tableaux 1 et 2).

Les superficies ensemencées en céréales sont restées voisines de celles de l'an dernier. Toutefois, on enregistre des différences marquées d'une région à l'autre. Ainsi, dans le nord, la Superficie cultivée en maïs a été inférieure de 9 pour cent à celle de l'an dernier, en raison des déplacements de populations qui ont précédé la période des semis. En revanche, dans le sud, touché par la sécheresse l'an dernier, les bonnes précipitations enregistrées cette année et une meilleure sécurité, ont permis une augmentation marquée des semis. Dans le centre, les superficies ensemencées en céréales ont progressé de 5 pour cent par rapport à l'an dernier.

On observe, pour le manioc et les haricots, un déclin des superficies ensemencées de 10 et de 11 pour cent respectivement. Cependant, ces chiffres sont peut-être en partie attribuables au fait que les méthodes de recensement des récoltes sont plus précises cette année.

3.5 Les rendements

En dépit des précipitations généralement bonnes durant la campagne 1998/99, les déplacements incessants de populations dans les régions touchées par des combats intenses ont nui aux soins à apporter aux cultures, dont le rendement s'est trouvé réduit. En outre, la répartition irrégulière des pluies dans certaines régions, notamment dans le centre, a fait baisser les rendements (voir 3.2). Par ailleurs, une période sèche qui a sévi en octobre-novembre dans la province de Lunda Sul a également entraîné un fléchissement des rendements du maïs et des haricots.

Dans les régions qu'elle a visitées, la mission n'a pas noté d'incidence grave des ravageurs ou des maladies des végétaux. L'utilisation des pesticides est limitée aux cultures de légumes, et bien que l'on ait disposé d'engrais dans certaines provinces comme le Benguela, leur prix était trop élevé pour les agriculteurs. Cependant, certains agriculteurs déplacés de la zone côtière du Benguela ont bénéficié de l'aide d'ONG locales, sous forme d'engrais pour leurs cultures irriguées.

L'observation des pieds de céréales dans les champs ainsi que les procédures de mesure des rendements effectuées par la mission ont fait ressortir, pour le maïs, le sorgho et le mil, des rendements plus élevés que ceux rapportés par le MINADER, notamment dans la province de Huila. Il est difficile, du fait que toutes les zones de culture ne sont pas accessibles, de déterminer dans quelle mesure ces secteurs sont représentatifs des provinces auxquelles ils appartiennent. Ni le gouvernement, ni les ONG responsables de programmes agricoles n'ont entrepris d'estimer les rendements des cultures. Il est par conséquent essentiel que le MINADER, en collaboration avec les institutions des Nations Unies et les ONG compétentes, s'attache sérieusement à mettre en _uvre les enquêtes permettant d'estimer les rendements des cultures vivrières dans les municipalités de leur ressort. Une telle tâche devrait être exécutée préalablement aux futures missions d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires.

3.6 Les prévisions de production

La mission prévoit, pour 1999, une production céréalière d'environ 530 000 tonnes, soit environ 11 pour cent de moins que l'an dernier. Le maïs, qui représente 80 pour cent de la production céréalière nationale cette année et qui pousse principalement dans le centre, accuse un déclin d'environ 15 pour cent par rapport à l'an dernier. En revanche, le sorgho et le mil, dont la plus grosse partie est produite dans le sud, enregistrent une augmentation de 12 pour cent, passant à près de 102 000 tonnes; cela est en partie dû au fait que l'insécurité qui règne dans le centre a poussé les agriculteurs à renoncer au maïs en faveur de cultures relativement moins vulnérables au pillage.

Le manioc, dont la production est localisée à 70 pour cent dans le nord, devrait atteindre un volume de 3 millions de tonnes, soit 2 pour cent de moins que l'an dernier. Quant à la production de haricots, elle devrait être, selon les estimations, inférieure de 21 pour cent à celle de 1998/99.

On trouvera, aux tableaux 1 à 4, les estimations de superficies ensemencées et de la production des principales cultures, avec ventilation par province et certaines comparaisons avec les années précédentes.

Tableau 1: Angola, superficies ensemencées et production des principales cultures céréalières, 1999

Région/Province Maïs Mil/Sorgho Total
Superficie (ha) Redement (kg/ha) Prod. (tonnes) Superficie (ha) Redement (kg/ha) Prod. (tonnes) Superficie (ha) Prod. (tonnes)
Nord 79 463   59 070 - - - 79 463 59 070
Cabinda 2 652 700 1 857 - - - 2 652 1 857
Zaire 6 149 850 5 227 - - - 6 149 5 227
Uige 16 219 850 13 786 - - - 16 219 13 786
Bengo 9 176 900 8 258 - - - 9 176 8 258
Luanda 1 617 800 1 294 - - - 1 617 1 294
Kwanza Norte 9 510 750 7 132 - - - 9 510 7 132
Malange 20 651 650 13 423 - - - 20 651 13 423
Lunda Norte 6 241 600 3 745 - - - 6 241 3 745
Lunda Sul 7 248 600 4 349 - - - 7 248 4 349
Centre 465 120   288 724 48 364   28 023 513 484 316 745
Kwanza Sul 64 344 750 48 258 1 192 600 715 65 536 48 973
Benguela 110 877 600 66 526 27 265 600 16 359 138 142 82 885
Huambo 178 446 600 107 068 14 391 550 7 915 192 837 114 983
Bie 90 110 600 54 066 5 517 550 3 034 95 627 57 100
Moxico 21 343 600 12 806 - - - 21 343 12 806
Sud 128 359   80 252 143 542   73 713 271 901 153 965
Namibe 7 817 300 2 345 2 373 350 831 10 190 3 176
Huila 83 217 700 58 252 60 521 600 36 313 143 738 94 565
Cunene 13 700 400 5 480 51 914 400 20 766 65 614 26 246
Kuando Kubango 23 626 600 14 175 28 734 550 15 804 52 360 29 979
TOTAL 672 941 636 428 045 191 907   101 736 864 848 529 780

* Superficie irriguée.

Tableau 2: Angola - Superficies cultivées et production des autres cultures principales, 1998/99

  Céréales Haricots Manioc Total
Région/Province Superf.
(ha)
Prod.
(tonnes)
Superf.
(ha)
Rend.
(kg/ha)
Prod.
(tonnes)
Superf. (ha) Rend. (kg/ha) Prod.1/ (tonnes) Superf. (ha) Prod. (tonnes)
Nord 79 463 59 070 50 304   18 663 364 928   2 190 121 494 696 2 267 854
Cabinda 2 652 1 857 2 021 350 707 6 567 6 000 39 403 11 240 41 967
Zaire 6 149 5 227 5 637 350 1 973 35 357 5 500 194 461 47 143 201 661
Uige 16 219 13 786 14 597 450 6 569 115 153 5 500 633 341 145 969 653 696
Bengo 9 176 8 258 2 676 400 1 071 20 646 6 000 123 875 32 498 133 204
Luanda 1 617 1 294 1 532 500 766 4 086 5 000 20 431 7 235 22 491
Kwanza Norte 9 510 7 132 5 811 300 1 743 31 699 7 000 221 890 47 020 230 765
Malange 20 651 13 423 8 503 350 2 976 82 603 7 000 578 219 111 757 594 618
Lunda Norte 6 241 3 745 6 809 300 2 043 38 015 5 500 209 085 51 065 214 873
Lunda Sul 7 248 4 349 2 718 300 815 30 803 5 500 169 415 40 769 174 579
Centre 513 484 316 745 114 891   40 976 139 289   863 767 767 664 1 221 488
Kwanza Sul 65 536 48 973 15 490 400 6 196 23 831 6 000 142 987 104 857 198 156
Benguela 138 142 82 885 18 177 250 4 544 10 906 5 000 54 530 167 225 141 959
Huambo 192 837 114 983 40 294 400 16 118 37 416 6 500 243 205 270 547 374 306
Bie 95 627 57 100 36 780 350 12 873 40 458 6 500 262 975 172 865 332 948
Moxico 21 343 12 806 4 150 300 1 245 26 679 6 000 160 071 52 172 174 122
Sud 271 901 153 965 24 347   7 870 18 961   75 846 315 209 237 681
Namibe 10 190 3 176 977 200 195 - - - 11 167 3 371
Huila 143 738 94 565 15 130 350 5 296 15 130 4 000 60 521 173 998 160 382
Cunene 65 614 26 246 5 047 250 1 262 - - - 70 661 27 508
Kuando Kubango 52 360 29 979 3 193 350 1 117 3 831 4 000 15 325 59 384 46 421
TOTAL 864 848 529 780 189 542   67 509 523 179   3 129 734 1 577 569 3 727 023
1/ Racines fraîches.
Source: Estimation de la mission.

Tableau 3: Angola - Production de céréales secondaires de 1993/94 à 1998/99 (en milliers de tonnes)

Province 1993/94 1994/95 1995/96 1996/97 1997/98 1998/99
Benguela 60 20 82 65 84 83
Bie 19 32 58 84 98 57
Huambo 17 45 108 112 159 115
Huila 69 59 71 49 70 95
Kwanza Sul 33 30 44 21 48 49
Malange 11 9 25 11 21 13
Moxico n/a n/a 16 21 21 13
Autres provinces 45* 77* 96 68 93 105
Total production 254 272 500 431 594 5301/
Total ha (en milliers) 841 852 783 782 862 865

* Y compris Moxico
n/a: Non disponible.
1/ A l'exclusion de 3 000 tonnes de riz usiné.

3.7 Autres cultures

Dans les régions fortement arrosées des provinces du nord et du centre, on trouve une vaste gamme d'autres cultures alimentaires : patate douce, pomme de terre, arachide, niébé, banane et autres fruits. Compte tenu des bonnes précipitations de cette année, on s'attend à ce que ces cultures donnent des récoltes abondantes; en dépit de problèmes logistiques, les marchés du nord présentaient un vaste éventail de produits. Dans les provinces centrales, les légumes sont surtout cultivés en plaine durant la saison sèche, et l'offre était rare au moment de la visite de la mission. Dans le sud, où les céréales constituent la principale denrée de base, l'offre d'autres denrées alimentaires était faible.

On ne dispose pas de données rétrospectives de la production pour la plupart des cultures citées plus haut; cependant, on trouvera au tableau 4 quelques chiffres préliminaires concernant certaines cultures pour la campagne 1999.

Tableau 4: Angola - Production des autres cultures en 1999

  Patates douces Pommes de terre Arachides
Région/Province Superficie (ha) Redement (kg/ha) Prod. (tonnes) Superficie (ha) Redement (kg/ha) Prod. (tonnes) Superficie (ha) Rend. (kg/ha) Prod. (tonnes)
Nord 25.5   82 150 0.9   1 800 18.0   5 480
Cabinda 0.6 3 500 2 100 - - - 0.6 250 150
Zaire 2.1 3 000 6 300 - - - 2.1 200 420
Uige 9.7 3 500 33 950 - - - 3.2 350 1 120
Bengo 3.4 2 500 8 500 0.4 2 000 800 1.1 300 330
Luanda 0.7 2 500 1 750 - - - - - -
Kwanza Norte 2.1 3 500 7 350 0.5 2 000 1 000 2.1 300 630
Malange 3.6 3 500 12 600 - - - 4.9 350 1 715
Lunda Norte 2.3 3 000 6 900 - - - 1.7 250 425
Lunda Sul 0.9 3 000 2 700 - - - 2.3 300 690
Centre 27.4   76 450 4.1   11 700 17.8   5 155
Kwanza Sul 2.4 2 500 6 000 1.2 2 500 3 000 8.3 250 2 070
Benguela 9.1 2 500 22 750 - - - 1.8 300 540
Huambo 8.6 3 000 25 800 2.9 3 000 8 700 2.9 350 1 015
Bie 5.5 3 000 16 500 - - - 1.8 350 630
Moxico 1.8 3 000 5 400 - - - 3.0 300 900
Sud 10.5   23 450 1.9   5 700 1.9   665
Namibe 0.8 1 500 1 200 - - - - - -
Huila 5.7 2 500 14 250 1.9 3 000 5 700 1.9 350 665
Cunene 1.4 2 000 2 800 - - - - - -
Kuando Kubango 2.6 2 000 5 200 - - - - - -
TOTAL 63.4   182 050 6.9   19 200 37.7   11 300


Source
: Estimation de la mission FAO/PAM.

3.8 L'élevage

Les précipitations favorables de 1998/99 ont considérablement amélioré les pâturages, notamment dans le sud qui avait été touché par la sécheresse de 1997/98. Dans les provinces du nord et du centre, particulièrement vulnérables aux maladies transmises par les tiques, les bovins ont pratiquement disparu et seules les chèvres, les porcs et les poulets sont élevés par les agriculteurs, à des fins de subsistance.

Les troubles civils ont, par ailleurs, gravement touché l'élevage dans les régions de pâturage du sud, où se trouvaient 90 pour cent des bovins du pays. Selon l'unité du MINADER à Cunene, les bovins sont tombés à environ 1 million de têtes, soit 45 pour cent de moins que les chiffres enregistrés il y a 15 ou 20 ans. Cependant, au cours des dernières années, grâce à une amélioration de la sécurité dans le sud, les effectifs de bovins se sont stabilisés.

Toutes les provinces souffrent d'une pénurie de vaccins et d'autres fournitures vétérinaires nécessaires à la lutte contre les maladies du bétail. Des projets à financement externe destinés à remettre sur pied les services vétérinaires - autrefois extrêmement actifs - et à fournir des intrants vétérinaires ont été élaborés; ils pourront être mis en _uvre dès que les conditions de sécurité le permettront.

La mission a pu noter une très large utilisation de b_ufs de trait dans la province de Huila, avec comme résultat une bonne préparation des terres et des semis en rangée. Les projets de réintroduction de la traction animale à Bie et Huambo restent entravés par les hostilités.

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4. SITUATION PAR RÉGION/PROVINCE

4.1 Nord

La mission n'a pu visiter que cinq des neuf provinces de la région, à savoir Luanda, Bengo, Uigi, Kwanza Norte et Lunda Sul. L'insécurité a empêché la mission de visiter Cabinda, Lunda Norte, Zaire et Malange. Cependant, les bureaux provinciaux du MINADER à Cabinda, Malange et Zaire ont fait parvenir des rapports sur la situation qui prévaut cette année.

La région bénéficie d'une bonne pluviométrie, ce qui permet une grande variété de cultures. La moyenne annuelle des précipitations va de 800 à 1600 mm. Selon les indications reçues, les précipitations ont été meilleures cette année que l'année précédente dans la plus grande partie de la région, à l'exception des provinces de Malange, Lunda Norte et Lunda Sul, où les pluies ont été légèrement inférieures à celles de la campagne précédente.

On pratique surtout un système de cultures où le manioc prédomine dans la région. Le manioc, culture vivrière principale de la région, est cultivé parallèlement au maïs, à la patate douce et à la banane comme cultures secondaires.

Cabinda:

Selon les informations fournies par le MINADER, cette campagne agricole a bénéficié de pluies suffisantes; les principales cultures de la province sont le manioc, le maïs et le haricot. Les travaux de préparation des champs se sont déroulés à temps, et les semences nécessaires aux diverses cultures ont été distribuées dans la province par les ONG. On a signalé de légères infestations de chenilles légionnaires et de sauteriaux. La production totale de maïs de la province a été estimée à 1 857 tonnes, pour une population de 23 000 familles d'agriculteurs.

Zaire:

Selon les données de télédétection et les rapports du MINADER, la pluviométrie a été plus élevée, cette campagne, que durant celle de 1997/98. Les conditions de sécurité ont été décrites comme mauvaises dans l'ensemble de la province, à l'exception de la zone côtière. Le maïs, le manioc, le haricot, l'arachide et la patate douce représentent les principales cultures de la province. La pénurie de semences et d'outils à main a été considérée comme l'une des principales entraves aux productions vivrières. Aucune incidence de ravageurs ou de maladies des cultures n'a été signalée.

Uige:

Les principales cultures sont le manioc, le maïs, le haricot et la patate douce. Les pluies ont été plus abondantes durant cette saison que pendant la campagne précédente. La parcelle par famille agricole résidente va de 0,5 à 1,5 ha, alors que les personnes déplacées cultivent en moyenne 0,25 ha. Le maïs est la deuxième culture, après le manioc, au point de vue de la superficie ensemencée. L'insécurité a nui à la production agricole; en effet, quelque 10 000 familles d'agriculteurs sur les 164 000 que compte la province ont fait l'objet de déplacements internes depuis décembre 1998. Selon les observations, le maïs a été touché par le foreur des céréales, et les semences ainsi que les outils à main distribués par le gouvernement et les ONG ont été jugés insuffisants. La production totale de maïs a été estimée à 13 786 tonnes. En outre, le prix des aliments de base a connu une augmentation très marquée depuis le mois de mars, par suite des difficultés de transport.

Bengo:

Selon les estimations, la communauté agricole compterait 39 000 familles. L'insécurité et la reprise des hostilités, fin 1998, ont provoqué le déplacement d'environ 6 600 familles agricoles dans la province, où le manioc, le maïs, le haricot et la patate douce sont les principales cultures vivrières. Selon les observations des membres de la mission, confirmées par les rapports du MINADER et par les entrevues avec les agriculteurs et les ONG de la province, on a enregistré dans toutes les municipalités une pluviométrie supérieure à la moyenne et aux précipitations enregistrées l'an dernier, avec comme résultat des rendements plus élevés des cultures vivrières. Les distributions de semences et d'outils par le gouvernement et par les ONG ont été jugées insuffisantes. La production totale de maïs est estimée à 8 258 tonnes.

Luanda:

On estime à 7 700 le nombre des familles agricoles de Luanda. Selon les images de Meteosat, la pluviométrie a été beaucoup plus élevée que l'année précédente. Le maïs, le manioc, la patate douce et le haricot constituent les principales cultures vivrières. La production totale de maïs de la province est estimée à 1 294 tonnes.

Kwanza Norte:

Le nombre total des familles agricoles est estimé à 64 000, dont 14 000 sont déplacées. Cette année, la pluviométrie a été jugée adéquate, avec cependant, selon les rapports reçus, une répartition irrégulière durant le mois de février. Le manioc est la principale culture vivrière de la province, où l'on fait également pousser des haricots, du maïs, de la banane, de la pomme de terre et de la patate douce. Les résidents comme les personnes déplacées ont bénéficié d'une assistance sous forme de semences et d'outils. L'insécurité a fait baisser la production et de nombreux agriculteurs, ayant abandonné leurs maisons, n'ont pas pu récolter leurs cultures vivrières. La production totale de maïs est estimée à 7 132 tonnes.

Malange:

Selon des données de détection et les rapports du MINADER concernant la situation agricole, les précipitations ont été normales au cours de cette campagne. Cependant, les rendements ont été compromis par des vagues de sécheresse, par l'insécurité et par l'absence d'intrants agricoles essentiels. Plus de 25 000 familles ont été déplacées depuis le mois de décembre 1998. Les principales cultures vivrières sont le maïs, le manioc, les haricots, l'arachide et la patate douce. La production totale de maïs a été estimée à 13 423 tonnes, pour une population agricole totale de 132 000 familles.

Lunda Norte:

La mission ne s'est pas rendue dans la province. Cependant, les images recueillies par satellite indiquent que la province a bénéficié durant cette saison de pluies supérieures à la moyenne, bien que légèrement moins abondantes que l'an dernier. Pour une population totale de 55 702 familles agricoles, la production totale de maïs est estimée à 3 745 tonnes.

Lunda Sul:

Les images recueillies par satellite et les informations émanant du Ministère de l'agriculture indiquent que les précipitations ont été suffisantes, bien qu'inférieures à celles de l'an dernier. Cependant, certaines parties de la province ont subi une période de sécheresse entre fin octobre et début novembre. Le manioc, principale culture vivrière de la province, représente plus de 70 pour cent des superficies cultivées, avec, comme autres cultures, le maïs, la patate douce, les haricots, l'arachide et les légumes. Le maïs est généralement consommé à l'état frais. On estime à 7 706 le nombre des familles agricoles déplacées, pour une population totale de 42 254 ménages agricoles. Du fait de l'insécurité régnante, les ONG n'ont pu intervenir que dans la capitale provinciale et sa banlieue. Les personnes déplacées et les agriculteurs résidents ont bénéficié, de la part des ONG et du MINADER, d'une assistance limitée sous forme de semences et d'outils à main.

4.2 Centre

Le Centre est composé de cinq provinces: Benguela, Bie, Huambo, Kwanza Sul et Moxico, et constitue la principale région céréalière du pays. La pluviométrie a été inférieure à celle de l'année précédente, qui a en outre été marquée par des périodes de sécheresse ou de précipitations trop abondantes. Par ailleurs, l'intensification des hostilités a gravement perturbé la campagne agricole dans de nombreux secteurs de la région.

Kwanza Sul:

Les données de télédétection donnent une pluviométrie inférieure à celle de l'an dernier. Le maïs, les haricots, le manioc et l'arachide représentent les principales cultures vivrières de la province. Avec une population agricole active de 94 000 familles, dont 11 000 ont été déplacées, la production totale de maïs est estimée à 48 258 tonnes.

Benguela:

La mission a inspecté les champs irrigués qui bordent la zone côtière. La population agricole de la province est d'environ 164 000 familles, dont près de 13 000 ont été déplacées des régions rurales vers la capitale et les municipalités. Les principales cultures vivrières de la province sont le maïs, le sorgho, le mil, le manioc et le haricot. La plus grosse partie du maïs provient de deux zones de l'intérieur où l'insécurité a entraîné des déplacements de populations. Dans la zone côtière, où les précipitations annuelles ne dépassent pas 250 mm, on pratique exclusivement la culture irriguée. Les cultures commerciales représentent 80 pour cent des activités agricoles, qui font appel à l'irrigation par pompage. Les familles déplacées ont été aidées par les ONG à ensemencer des petites parcelles, ne dépassant pas 0,25 ha par famille. Les engrais sont disponibles dans la province, mais à un prix prohibitif pour les agriculteurs. L'application d'engrais dans les champs irrigués permet d'obtenir un rendement dépassant les deux tonnes à l'hectare. Le gouvernement et les ONG ont distribué des semences de maïs, de haricots et de sorgho, mais en quantités insuffisantes. Selon les données de télédétection, les précipitations n'ont pas atteint le niveau de l'an dernier. On estime à 110 000 ha les superficies ensemencées en maïs, et la production à 66 526 tonnes.

Huambo:

La mission s'est rendue dans la province, mais a dû limiter ses déplacements aux environs de la capitale. On estime la population active agricole de la province à environ 272 000 familles. Les principales cultures sont le maïs, le sorgho, le mil, l'arachide, la pomme de terre et la patate douce. Les précipitations ont été inférieures à celles de l'an dernier et la campagne a été marquée par des périodes sèches ainsi que par des pluies excessives. Les récentes hostilités ont entraîné le déplacement de plus de 40 000 familles agricoles, au lendemain des semis. On estime la superficie totale des cultures à 287 000 ha, dont 178 000 ha de maïs. Les quantités de semences et d'outils distribués par le MINADER et les ONG ont été jugées insuffisantes. La production de maïs est estimée à 107 000 tonnes.

Bie:

La mission ne s'est pas rendue dans la province, où l'insécurité a provoqué des déplacements massifs de populations rurales, qui ont gravement touché la production agricole de la province. Avec une population agricole active estimée à 163 000 familles, la production totale de maïs serait de 54 066 tonnes, soit 43 pour cent de moins que l'an dernier.

Moxico:

les données de Meteosat font état de précipitations légèrement inférieures à celles de l'an dernier. Les principales cultures de la province sont le maïs, les haricots, l'arachide et le manioc. Selon les informations communiquées par le MINADER, la pénurie d'intrants essentiels a constitué l'une des principales difficultés pour les agriculteurs, dont la population active totale est estimée à 66 000 familles. L'insécurité a entraîné le déplacement de près de 30 pour cent de la population agricole avec, comme corollaire, une chute brutale de la production. On estime à 21 343 ha la superficie totale ensemencée dans la province, dont la production totale de maïs est estimée à 12 806 tonnes, soit 40 pour cent de moins que l'an dernier.

4.3 Sud

Le Sud comprend quatre provinces: Huila, Cunene, Kuando Kubango et Namibe. La région est considérée comme relativement sûre, à l'exception de poches d'insécurité dans la province de Huila. Lors de la visite de la mission, des réunions ont été tenues avec des représentants du MINADER de Cunene et de Namibe. Les précipitations ont été jugées bonnes cette année et bien meilleures, dans la plupart des régions, que les précipitations médiocres enregistrées l'an dernier.

Namibe:

Les images recueillies par Meteosat comme les observations sur place font état de bonnes précipitations, meilleures que l'an dernier. La quantité de semences et d'outils distribués aux personnes déplacées a été jugée insuffisante par rapport aux besoins, et la présence de foreurs du maïs a été signalée dans plusieurs endroits. La province, dont la population agricole totale est de l'ordre de 12 000 familles, a une production céréalière totale estimée à 3 176 tonnes.

Huila:

La province de Huila est la plus productive de la région. La mission, qui l'a visitée, a parcouru de longues distances pour inspecter les champs de céréales. Le maïs, le sorgho et le mil sont les principales cultures vivrières de la province, dont la population agricole est estimée à quelque 140 000 familles. L'insécurité régnante a entraîné le déplacement de plus 14 500 familles depuis les régions rurales vers les capitales ou les municipalités. Les ONG et le gouvernement ont distribué des semences et des outils, mais en quantité insuffisante. La traction animale est utilisée par la plupart des agriculteurs de la province, ce qui permet d'étendre les surfaces cultivées, et les engrais étaient disponibles, mais à des prix inabordables pour les petits cultivateurs aux faibles moyens. Les cultures sur pied du nord-est de la province ont un bon aspect, et les estimations de rendements de la mission ont été supérieures à celles indiquées par les représentants du MINADER. La production céréalière totale est estimée à 58 252 tonnes de maïs et 36 313 tonnes de sorgho et de mil. La mission a noté d'importants troupeaux de bétail en bonne santé dans différents secteurs de la province; cependant, le manque de services et de médicaments vétérinaires a été cité comme l'une des difficultés rencontrées par les éleveurs de bétail.

Cunene:

La mission ne s'est pas rendue dans la province; toutefois, elle a rencontré des représentants du MINADER présents à Huila lors de sa visite dans cette province. Les principales cultures de Cunene sont le sorgho, le mil, le maïs et les haricots et la province, dont la population agricole est estimée à 48 533 familles, a une production céréalière estimative de 26 246 tonnes, dont 20 766 tonnes de sorgho et de mil. Les distributions de semences et d'outils par les ONG ont été jugées inadéquates, au plan quantitatif comme au plan qualitatif. Les précipitations ont été meilleures, durant cette campagne, que l'an dernier. Au mois de mars, on a enregistré des inondations dues aux fortes pluies. Enfin, les seuls ravageurs signalés ont été les oiseaux.

Kuanda Kubango:

La mission ne s'est pas rendue dans la province, où les conditions de sécurité sont jugées mauvaises dans plusieurs municipalités, entraînant le déplacement d'environ 11 600 familles agricoles. Des pluies très abondantes ont été enregistrées dans la province, provoquant des inondations dans plusieurs secteurs. Le maïs, le sorgho, le mil et le manioc sont les principales cultures de la province, dont la population active agricole est estimée à 63 360 familles, avec une production céréalière totale estimative de 29 979 tonnes, dont 15 804 tonnes de sorgho et de mil. La distribution tardive de semences et d'outils à main a gêné la production agricole.

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5. SITUATION DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES

5.1 Accès aux aliments et prix

L'Angola est un pays traditionnellement autosuffisant en ce qui concerne le maïs, dont il était même exportateur, tandis que le blé et le riz devaient être importés pour compléter la production locale. Cependant, plus de vingt années de troubles intérieurs, de déplacements des populations, de minage des terres agricoles et d'autres conséquences de la guerre ont gravement affecté la production agricole. En outre, les carences de l'infrastructure de commercialisation ont entravé le transport des denrées alimentaires depuis les régions excédentaires vers les zones déficitaires. Compte tenu de tous ces facteurs, la production nationale de céréales ne couvre guère que la moitié des besoins intérieurs et l'on voit persister un important déficit céréalier; celui-ci doit être couvert par des importations commerciales ou sous forme d'aide alimentaire visant à aider d'importants groupes de populations vulnérables dont le pouvoir d'achat et/ou la capacité de production n'ont cessé de s'affaiblir, du fait du chômage et de l'inflation élevés, mais aussi des déplacements de population à l'intérieur du territoire.

L'autre culture importante est le manioc, dont la contribution énergétique aux apports alimentaires quotidiens de la population nationale équivaut pratiquement à celle des céréales. Les principales régions productrices et consommatrices de manioc sont les provinces septentrionales; le manioc, qui continue de jouer un rôle important dans certaines parties des provinces centrales, est moins consommé dans les provinces méridionales. Le manioc et le maïs sont, dans une large mesure, interchangeables dans l'alimentation des ménages; toutefois, en cas de mauvaise récolte, le déficit en manioc devra être couvert par des importations de maïs car, de manière générale, le manioc n'est pas une denrée d'importation.

Les céréales et le manioc fournissent près de 70 pour cent, en moyenne, de l'apport énergétique journalier. Les légumes secs, les fruits, les légumes et les sucres représentent 12 pour cent dans ce régime, le solde étant couvert par la viande, le poisson, les _ufs, le lait, les graisses et les huiles.

La reprise des troubles intérieurs depuis la fin de 1998 a encore aggravé les carences d'un réseau de commercialisation déjà inefficace. Le transfert des denrées en excédent vers les régions déficitaires, soit entre les provinces soit à l'intérieur d'une province, est extrêmement risqué et coûteux, tout comme est onéreuse la distribution des articles de première nécessité. Cette situation a entraîné de très importantes variations dans le prix des produits, d'un marché provincial à l'autre (voir le tableau 5 ci-dessous). Ainsi, la fourchette des prix du maïs va de 150 000 KZR/kg à Malange à 555 000 KZR/kg à Benguela, et dans la province de Huambo, en raison des difficultés du transport routier, les prix sont deux fois plus élevés que dans la province adjacente de Huile. Les prix réels des aliments de base augmentent également dans les régions urbaines, sous l'effet de l'isolement des villes de l'intérieur - le diagramme 1 décrit l'évolution des prix sur les marchés de Huambo au cours des 12 derniers mois; on peut voir que les prix de certains aliments de base, exprimés en KZR, ont triplé, voire quintuplé, soit beaucoup plus que le taux annuel d'inflation de 1998 - 136 pour cent. Cette augmentation des prix des denrées alimentaires demeure substantielle lorsqu'on l'exprime en dollars E.-U. (convertis au taux du marché parallèle). Le prix du maïs en grain a augmenté de 38 pour cent par rapport à l'an dernier, tandis que les cours de la farine de maïs et des haricots ont augmenté de 28 pour cent et de 19 pour cent respectivement. Cette rapide hausse des prix altère gravement l'accès des couches les plus démunies de populations aux denrées alimentaires de première nécessité.

Tableau 5: Angola - Relevé des prix sur les marchés en avril 1999 (millions de KZR par kilo)

  Maïs en grain Farine de maïs Riz Haricots Huile végétale Sel Sucre
Luanda 0.400 0.800 0.800 2.000 1.800 0.400 1.000
Malange 0.150 0.200 0.600 1.000 0.800 0.300 1.000
Kwanza N. 0.250 0.300 1.000 2.100 2.000 0.300 1.000
Benguela 0.550 0.600 0.700 2.500 2.000 0.050 0.750
Huambo 0.500 0.700 1.700 1.500 3.000 1.000 1.600
Moxico 0.250 0.450 1.300 1.400 3.300 1.200 2.000
Cunene 0.280 0.400 0.800 1.300 1.600 0.200 0.900
Huila 0.250 0.350 0.850 1.300 1.800 0.150 0.850
Namibe 0.270 0.300 0.650 1.200 1.800 0.050 0.900

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5.2 Bilan de l'offre et de la demande de céréales pour 1999/2000

La prévision concernant le bilan de l'offre et de la demande de céréales pour la campagne de commercialisation 1999/2000 (avril/mars) que nous résumons au tableau 6 ci-dessous, contient des chiffres illustrant l'importance relative du manioc par rapport aux céréales, même si sa production et sa consommation intéressent principalement les provinces du Nord:

· On ne dispose pratiquement d'aucune information concernant les stocks céréaliers nationaux; en conséquence, aucune modification des stocks n'a été inscrite depuis la visite de la dernière mission;
· Concernant la demande, les besoins céréaliers nationaux ont été calculés en fonction d'une estimation de l'OIM, qui fixe la population du pays en milieu de campagne de commercialisation à 13,4 millions, avec une consommation de céréales par habitant de 70 kg/an; ces chiffres sont tirés des bilans céréaliers stabilisés couvrant les cinq dernières années;
· D'autres utilisations sont prises en compte, notamment la conservation par les agriculteurs de semences pour la campagne suivante, au volume estimatif de 13 000 tonnes, les pertes après récolte représentant 15 pour cent de la production, et l'usage pour l'alimentation animale, soit 7 000 tonnes selon les estimations du MINADER - de maïs, sorgho/mil destinés aux porcs et à la volaille des élevages de subsistance;
· La capacité d'importations commerciales est calculée en fonction des importations céréalières réelles des dernières années.

Tableau 6: Angola - Bilan céréalier 1999/2000 (en milliers de tonnes)

  Blé Riz 1/ Céréales
secondaires
Total
céréales
Manioc 2/
Disponibilités intérieures - 3 530 533 3 130
Prélèvements sur les stocks - - - - -
Production de 1999 - 3 530 533 3 130
Utilisation intérieure 220 73 745 1 038 3 130
Alimentation humaine 220 73 645 938 2 3603/
Autres utilisations - - 100 100 770
Besoins d'importations 220 70 215 505 -
Capacité d'importations commerciales 220 70 35 325 -
Besoins d'aide alimentaire d'urgence - - 180 180 -
Aide alimentaire annoncée/livrée - - 56 56 -
Déficit non couvert       124 -

1/ Sous forme usinée.
2/ Précisons que le manioc est principalement produit et consommé dans les provinces du Nord.
3/ Environ 810 000 tonnes d'équivalent maïs.

Les besoins d'importations de céréales sont estimés à 505 000 tonnes, alors que les importations réelles de céréales pour la campagne de commercialisation 1998/1999 ont été de 420 000 tonnes. Sur ce volume de 505 000 tonnes importées, la mission estime que 325 000 tonnes seront importées commercialement, ce qui laissera un déficit de 180 000 tonnes à couvrir par l'aide alimentaire d'urgence. A la fin du mois de mai, les engagements d'aide alimentaire et les livraisons se montent à 56 000 tonnes : il reste donc un déficit non couvert de 124 000 tonnes.

5.3 Besoins d'aide alimentaire d'urgence

Le PAM a procédé à l'évaluation des besoins de secours d'urgence et d'aide alimentaire à la réinstallation, par des visites approfondies précédant la mission et, au cours de la mission, par des consultations étroites avec les agences et organismes gouvernementaux qui participent à la livraison et à la coordination de l'aide humanitaire. A cette fin, des entretiens ont été organisés dans tout le pays avec les représentants des ONG, des donateurs, des organismes gouvernementaux et des institutions des Nations Unies opérant au niveau national comme au niveau des provinces. On notera, cependant, que la collecte d'informations détaillées concernant la sécurité alimentaire a été entravée, cette année, par les restrictions liées à la reprise du conflit, qui ont rendu inaccessibles de vastes zones du pays.

La reprise d'hostilités généralisées a eu une incidence extrêmement marquée sur les besoins d'aide alimentaire de l'Angola pour 1999. Le rapport de la mission qui s'est rendue dans le pays l'an dernier faisait état des lenteurs de la normalisation de l'administration rurale, des retards dans le processus de réconciliation nationale et de l'insécurité, au nombre des principaux facteurs limitant les activités des organismes humanitaires et décourageant le retour, dans leurs foyers, des personnes déplacées et des réfugiés. Or, l'instabilité n'a fait que s'aggraver tout au long de l'année 1998, et l'on pouvait parler, au mois de décembre, de conflit généralisé. A partir du mois d'avril 1998, cette intensification des hostilités s'est accompagnée d'une augmentation régulière des populations déplacées, en juillet 1998; mais entre novembre 1998 et février 1999 également, d'importants mouvements de population ont été enregistrés. Au début du mois de mai 1999, on signalait plus d'un million de personnes récemment déplacées1, alors que le nombre total confirmé était d'environ 930 000.De manière générale, au cours de la période initiale d'insécurité, les personnes qui se sont déplacées ont fait mouvement depuis les zones rurales vers les capitales de district et autres centres régionaux. Avec l'intensification du conflit, on a signalé de nouveaux mouvements en direction des capitales provinciales, mais aussi vers les zones sûres tenues par le gouvernement le long du littoral, de même que vers le sud-ouest des provinces méridionales. C'est ainsi que Malange, Kuito et Huambo ont été les capitales provinciales le plus directement touchées par le conflit actuel, car elles ont accueilli le nombre le plus important de personnes déplacées, en provenance de leur arrière-pays rural. On a également observé des déplacements massifs en direction et à partir des provinces de Huila, Kwanza Norte et Benguela; en outre, l'insécurité s'est considérablement aggravée dans ces provinces depuis la fin de l'an dernier.

1 La différence entre le nombre « signalé » et le nombre « confirmé » de personnes déplacées traduit les restrictions que le niveau actuel d'insécurité fait peser sur les opérations d'évaluation et de vérification. On notera par ailleurs que ces données portent uniquement sur les personnes déplacées se trouvant dans les régions tenues par le gouvernement, et que l'on ne dispose pas d'informations équivalentes sur les personnes déplacées se trouvant dans les régions tenues par l'UNITA.

Les personnes déplacées sont, dans la plupart des cas, les plus touchées par l'insécurité alimentaire. Cependant, il est évident que le conflit a également altéré la sécurité alimentaire de la majorité de la population et a bouleversé les modes de vie. Ce phénomène est particulièrement perceptible dans les localités et dans les villes qui ont accueilli le plus grand nombre de personnes déplacées.

C'est pourquoi, en dépit de conditions climatiques favorables et de l'existence du potentiel nécessaire à l'augmentation de la production, une forte proportion de la population souffre aujourd'hui de l'insécurité alimentaire. Selon les évaluations de la mission, le nombre total de personnes ayant aujourd'hui besoin d'une aide alimentaire humanitaire a augmenté d'environ 50 pour cent par rapport aux estimations de 1998. En outre, le volume de nourriture nécessaire aux programmes d'aide humanitaire a lui aussi notablement augmenté, en raison des réaménagements de programmes imposés par l'évolution de la situation dans le pays. En effet, les programmes de transition prévoient une aide destinée à compléter la couverture des besoins alimentaires, dans la mesure où l'on compte sur les bénéficiaires pour satisfaire le reste de ces besoins par d'autres activités. En revanche, les programmes d'urgence, auxquels il faudra recourir de façon beaucoup plus intense cette année, couvrent généralement une proportion accrue des besoins alimentaires, car l'insécurité alimentaire des bénéficiaires est beaucoup plus marquée.

Les niveaux élevés d'insécurité alimentaire que nous avons évoqués sont attribuables à plusieurs facteurs, et principalement:

Compte tenu de tous ces facteurs, les estimations pour cette année ont été basées sur l'élaboration de scénarios pour chacune des provinces, dans le contexte général du pays. Chaque scénario contient des estimations concernant les secours, la réinstallation et la colonisation temporaire de terres agricoles; il comprend également un volet de programmes tels que l'échange vivres-contre-travail et la fourniture d'aide alimentaire aux groupes vulnérables, afin de répondre de manière sélective, là où la situation le permet, aux besoins des groupes les plus touchés par l'insécurité alimentaire dans chaque région.

Les estimations concernant le nombre de bénéficiaires de l'aide alimentaire postulent l'accessibilité de la récolte de saison sèche de cette année, ainsi que la possibilité d'atteindre les champs cultivables dans les basses terres et hautes terres pour y effectuer les semis durant la saison humide. L'estimation des besoins prend également en compte un certain volume d'échanges transfrontaliers entre les régions touchées par les hostilités.

Compte tenu de l'imprévisibilité de la situation, au plan de la sécurité comme des disponibilités alimentaires, il sera peut-être nécessaire de réviser les besoins d'aide alimentaire au cours des prochains mois. Si la sécurité devait encore se détériorer, il conviendrait de tenir compte des besoins des résidents de certaines villes jouant un rôle clé comme Malange, Kuito, Huambo, Menongue et Luena). Par ailleurs, si l'accès à certaines régions devait s'améliorer, on pourrait alors voir surgir des besoins supplémentaires dans des villes jouant un rôle critique le long du couloir Huambo/Kuito/Benguela, de même que dans des régions tenues par l'UNITA comme Andulo et Bailundo.

En Angola, le PAM utilise toute une panoplie de modalités d'intervention pour atteindre les bénéficiaires. Pour faire face à la crise actuelle, l'aide humanitaire immédiate est fournie grâce à des rations d'urgence distribuées aux personnes nouvellement déplacées. Afin d'atteindre les catégories de populations physiologiquement et socialement vulnérables, qu'il s'agisse des résidents ou des personnes déplacées, on utilise une palette de programmes d'alimentation à ciblage spécifique. Cependant, au-delà de la satisfaction des besoins immédiats des populations éprouvées par la guerre qui sévit en Angola, le PAM s'efforce de préparer l'avenir en promouvant des programmes durables destinés à réduire la dépendance envers l'aide extérieure. A cette fin, il appuie les activités de réinstallation des personnes déplacées à titre temporaire sur des terres agricoles, ainsi que les programmes de relèvement tournés tant vers les résidents vulnérables que vers les personnes déplacées, dans le but de reconstruire les infrastructures sociales.

Tableau 7: Nombre moyen de bénéficiaires par type d'intervention

Province Aide d'urgence Alimentation
des collectivités
Aide alimentaire
de complément /

thérapeutique
Installations
et vivres-
contre-travail
Total
Bengo 36 480 13 680 1 520 9 120 60 800
Benguela 79 560 29 835 3 315 19 890 132 600
Bie 63 180 23 692 2 633 15 795 105 300
Cunene 11 820 4 432 493 2 955 19 700
Huambo 68 760 25 785 2 865 17 190 114 600
Huila 63 120 23 670 2 630 15 780 105 200
Kuando K. 35 580 13 343 1 482 8 895 59 300
Kwanza N. 28 260 10 598 1 178 7 065 47 100
Kwanza S. 22 860 8 572 953 5 715 38 100
Luanda 28 620 10 733 1 192 7 155 47 700
Lunda N. 6 360 2 385 265 1 590 10 600
Lunda S. 23 760 8 910 990 5 940 39 600
Malange 91 860 34 448 3 828 22 965 153 100
Moxico 28 440 10 665 1 185 7 110 47 400
Namibe 9 120 3 420 380 2 280 15 200
Uige 31 560 11 835 1 315 7 890 52 600
Zaire 47 100 17 663 1 962 11 775 78 500
Total 676 440 253 665 28 185 169 110 1 127 400

 

Types d'interventions:

Aide d'urgence: Ce type d'intervention, qui prend la forme de distributions de rations d'urgence, vise principalement les personnes récemment déplacées par suite de la reprise des hostilités, ainsi qu'environ 3 500 réfugiés provenant de la RDC.

Alimentation des collectivités: Cette catégorie comprend les groupes vulnérables aux plans physiologique et social, quelle que soit leur origine (personnes déplacées).

Aide alimentaire de complément/thérapeutique: Ce type d'intervention est en grande partie tourné vers les enfants de 0 à 5 ans souffrant de malnutrition légère ou sévère. Les femmes enceintes et les mères allaitantes sont également comprises dans ces interventions.

Installations et vivres-contre-travail: Cette catégorie comprend les personnes déplacées présentes et à venir, qui seront installées sur des terres de colonisation temporaire, ainsi que des personnes déplacées et résidents de zones exposées, pour toutes les activités connexes au programme vivres-contre-travail ainsi que les membres de leurs familles respectives, avec une moyenne de cinq personnes par groupe.

En principe, la stratégie de partenariat établie par le PAM avec les autorités locales et avec les ONG consiste à offrir des conditions de mise en culture adéquates afin de permettre aux personnes déplacées de constituer leurs propres réserves alimentaires et d'atteindre l'autosuffisance alimentaire à court terme. La plupart des activités liées au programme vivres-contre-travail seront axées sur la remise sur pied des infrastructures sociales et agricoles, la formation professionnelle et la planification de l'utilisation des terres dans les secteurs de colonisation agricole temporaire.

Tableau 8: Besoins d'aide alimentaire d'urgence en fonction du nombre de bénéficiaires (en tonnes/an)

Catégories Bénéficiaires Maïs Légumes secs Huile végétale Préparation céréales/soja Sucre Sel TOTAL
Personnes déplacées et réfugiés 567 500 91 935 8 172 6 129 - - 1 022 107 258
Réinstallation 217 000 35 154 3 125 2 344 - - 391 41 013
Remise en état 215 000 34 830 3 096 2 322 - - 387 40 635
Groupes vulnérables 127 900 18 418 1 381 1 215 5 247 503 230 26 995
Total 1 127 400 180 337 15 774 12 010 5 247 503 2 029 215 900

Si l'on tient compte à la fois des stocks de report au 31 mars 1999 et des livraisons et des engagements en cours de réalisation, on obtient 55 705 tonnes de maïs, 8 945 tonnes de légumes secs, 5 610 tonnes d'huile végétale, 4 725 tonnes de préparation céréales/soja, ce qui donne un déficit à combler sous forme d'aide alimentaire de 124 632 tonnes de maïs, 6 829 tonnes de légumes secs, 6 400 tonnes d'huile végétale et 522 tonnes de préparations céréales/soja.

5.4 Moyens logistiques

En Angola, le PAM reçoit ses livraisons alimentaires par les trois principaux ports maritimes; Luanda au nord (45 pour cent du volume total), Lobito au centre (45 pour cent) et Namibe au sud (10 pour cent). Etant donné que le PAM n'assure pas une présence permanente à Namibe, les cargaisons qui transitent par ce port sont immédiatement transportées à Lubango pour être entreposées. Outre les denrées reçues directement par le PAM, cette organisation assure également le transport de la nourriture pour les instances humanitaires opérant en Angola.

A l'heure actuelle, les moyens logistiques dont on dispose pour assurer l'aide alimentaire en Angola sont étroitement tributaires des conditions de sécurité. Alors que, précédemment, le PAM organisait des livraisons par route à plus de 200 destinations, du fait de la reprise des hostilités, le nombre des points de livraison aujourd'hui accessibles par voie routière est inférieur à 50. La fréquence des actes de brigandage, les fluctuations des droits prélevés sur les routes ainsi que la pénurie de carburant dans certaines provinces, tous ces facteurs ont contribué à augmenter le coût des transports et à en réduire la capacité.
Le couloir nord, qui commence aujourd'hui à Luanda, n'autorise l'accès routier vers l'est que jusqu'à Malange, et vers le nord jusqu'à Sumbe, dans des conditions de risque élevé. Les livraisons par route à partir de Lobito s'arrêtent à Chongoroi et à Cubal, qui demeurent accessibles mais dans de très mauvaises conditions de sécurité. Quant au couloir sud, qui couvre les provinces de Namibe, Cunene et Huila, il est encore praticable par voie routière; cependant, plutôt que d'y envoyer ses propres convois accompagnés, le PAM traite actuellement avec des transporteurs commerciaux qui doivent assumer la pleine responsabilité de la bonne livraison de la cargaison.

Les difficultés du transport routier ont contraint le PAM à accroître de façon notable la livraison de denrées par voie aérienne. A l'heure actuelle, près de 3 500 tonnes sont transportées mensuellement à partir de plaques tournantes situées à Luanda et près de Lobito; ce volume devrait passer à 5 000 tonnes en juin 1999. Cependant, les livraisons aériennes sont elles aussi entravées par l'insécurité, et toute une série de facteurs contribuent à augmenter le coût du transport aérien: manque d'informations d'ordre aéronautique, mauvaise qualité des services de soutien au sol, mauvais entretien des aéroports et des pistes, nombre limité d'opérateurs aériens fiables et disposés à opérer dans des secteurs aux conditions précaires, pénurie de carburant et primes d'assurance extrêmement élevées.

A l'échelon provincial, la distribution des denrées à partir des entrepôts du PAM est assurée par des ONG locales et internationales avec lesquelles le PAM a conclu des accords de coopération. Cependant, depuis le départ de la MONUA début 1999, le PAM joue un rôle accru dans le soutien des opérations humanitaires au niveau local. Signalons que, du fait de la pénurie de carburant et de l'insécurité, les coûts de transport local que doit assumer le PAM ont également augmenté.

Compte tenu de tous ces facteurs, on enregistre une augmentation des coûts de transport intérieur, entreposage et manutention (TIEM) lesquels sont passés de 219 dollars E.-U./tonne l'an dernier à 330 dollars E.-U./tonne cette année. On ne peut exclure un abaissement de ces coûts dans l'hypothèse d'une amélioration des conditions de sécurité; cependant, il faudra sans doute procéder dans ce cas au déminage et à la remise en état des principaux couloirs routiers avant de pouvoir reprendre les livraisons par route de volumes importants.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'information le cas échéant.

Abdur Rashid
Chef, SMIAR, FAO
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Courrier électronique:giews1@fao.org

Mohamed Zejjari
Directeur OSA, PAM
Télécopie: 0039-06-6513-2839
Courrier électronique:Mohamed.Zejjari@wfp.org

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