SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO

ALERTE SPÉCIALE No. 297

Date: 7 octobre 1999

(Série diffusée uniquement pour les pays dans lesquels l'état des cultures vivrières ou la situation des approvisionnements sont préoccupants)

LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE DES POPULATIONS DÉPLACÉES DANS LE NORD DU CAUCASE EST PRÉOCCUPANTE

Les récentes opérations militaires en Tchétchénie ont provoqué un déplacement massif de population: quelque 120 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, ont fui la Tchétchénie vers les zones voisines. L'essentiel de la population déplacée s'est dirigé vers l'Ingouchie, tandis que d'autres groupes ont fui vers d'autres zones adjacentes, y compris l'Ossétie du Nord, la région de Stavropol et le Daghestan. Bien que les réfugiés tchétchènes aient trouvé refuge auprès des populations locales d'Ingouchie, ils ont besoin de vivres et d'autres articles essentiels, y compris de couvertures et de réchauds. Ceux qui n'ont pas trouvé à se loger auprès des populations locales ont également besoin d'abris d'urgence.

L'Ingouchie est une petite république autonome, pauvre, montagneuse et sans littoral au sein de la Fédération de Russie; elle accueille actuellement quelque 105 000 réfugiés tchétchènes déplacés et n'est pas en mesure de faire face à cet afflux soudain et massif. Environ la moitié de la population d'Ingouchie (300 000 personnes environ) est au chômage, et c'est la Fédération de Russie qui assure une grande part du budget annuel de cette République. Toutefois, la capacité de la Russie à soutenir l'économie de l'Ingouchie sera sans doute limitée par les graves difficultés économiques auxquelles doit faire face la Fédération elle-même, et par la baisse considérable de la production vivrière en 1998/99, nécessitant la fourniture de près de 2 millions de tonnes d'aide alimentaire internationale à la Fédération. Le Gouvernement russe a récemment demandé 5 millions de tonnes d'aide alimentaire supplémentaire pour la campagne en cours et instamment prié la communauté internationale de fournir une aide au Gouvernement ingouche pour les personnes déplacées.

Selon les statistiques officielles, la production céréalière annuelle en Ingouchie est de l'ordre de 40 000 tonnes, dont 14 000 tonnes de blé et 11 000 tonnes d'orge. Les fruits, les légumes et les produits d'élevage complètent le régime alimentaire, mais la République est loin de satisfaire ses besoins alimentaires. Avec une production de blé par habitant de moins de 50 kg par personne, elle est tout juste en mesure de répondre aux besoins alimentaires de base de sa propre population, sans parler d'aider les réfugiés. Les stocks alimentaires des ménages ingouches s'épuisent rapidement. Comme les températures peuvent être inférieures à moins 20º, l'hiver prochain risque d'être très dur pour les réfugiés.

Les perspectives à court terme de l'agriculture et de la production vivrière en Tchétchénie sont mauvaises à cause des dégâts et des troubles civils provoqués par les opérations militaires, en particulier dans les zones les plus fertiles au nord de Grozny. La crise actuelle pourrait entraîner la perte d'une grande partie des récoltes de 1999 qui viennent d'être rentrées, du bétail et des céréales d'hiver semées pour la moisson de l'an 2000. Avant le conflit militaire de 1994-96, sur les 400 000 ha de terre arable de Tchétchénie, quelque 150 000-120 000 ha étaient consacrés aux céréales d'hiver et le reste aux cultures de printemps et au fourrage. Toutefois, le secteur agricole a été bouleversé par les destructions imputables au conflit de 1994-96, au cours duquel 80 000 personnes auraient été tuées, de nombreux habitants se sont retrouvés sans logis, une grande partie des infrastructures essentielles a été détruite et de nombreux champs ont été minés. La crise actuelle, mises à part ses conséquences négatives sur le secteur agricole, aura aussi pour effet de ralentir le flux des échanges clandestins transfrontières, mettant gravement en péril la sécurité alimentaire de la population tchétchène, en ville comme en milieu rural. Les conditions de vie à Grozny, déjà extrêmement difficiles à la suite des destructions que la ville a subies pendant le conflit de 1994-1996, se sont encore aggravées. La ville n'a ni électricité, ni gaz, ni eau. Les fournitures de gaz à la République sont totalement interrompues.

Vu la situation extrêmement précaire en Tchétchénie et ses conséquences pour les républiques autonomes voisines, il est essentiel que la communauté internationale élabore des plans d'urgence pour fournir une aide humanitaire face à la détérioration de la situation. L'absence quasi totale à l'heure actuelle d'organismes humanitaires dans les républiques touchées rend difficile toute vérification indépendante du nombre des personnes vulnérables et de leurs besoins alimentaires. Toutefois, il ne fait guère de doute qu'une aide humanitaire importante sera nécessaire dans les prochains mois.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO; (Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: GIEWS1@FAO.ORG).

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