SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES AU SOUDAN


12 janvier 2000

PRINCIPALES CONCLUSIONS DE LA MISSION

  • Malgré des conditions météorologiques généralement bonnes, la production de sorgho a été bien inférieure, en 1999, à la récolte record de l'année précédente, essentiellement parce que les agriculteurs se sont tournés vers des cultures de rente plus lucratives.

  • La production céréalière totale de 1999/2000, constituée à plus de 75 pour cent de sorgho est estimée à quelque 3,9 millions de tonnes, soit près d'un tiers de moins que la production de la campagne précédente.

  • Dans la plupart des États du Sud, cependant, la production céréalière du secteur traditionnel non mécanisé a augmenté d'environ 12 pour cent grâce à l'amélioration de la sécurité, à l'exception des États de Bahr el Ghazal et de l'Union où il y a de graves déficits alimentaires.

  • Les besoins d'aide alimentaire d'urgence des régions touchées par la guerre et à déficit vivrier s'établissent à quelque 103 000 tonnes.

  • Compte tenu de l'excédent de la production céréalière dans certains États du Sud, en particulier Équatoria Ouest, il est vivement recommandé de procéder à des achats locaux pour des programmes d'aide alimentaire afin de soutenir les marchés et d'encourager la production.


1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s'est rendue dans le Sud du Soudan du 10 octobre au 3 novembre 1999 et dans le Nord du pays du 24 novembre au 13 décembre afin d'estimer la production céréalière de 1999 et d'établir une première prévision de la production de blé des zones actuellement emblavées. La mission a pu se rendre dans 24 des 26 États, qu'ils soient contrôlés par le gouvernement ou aux mains des rebelles. Sur la base de ces estimations de la production et d'une estimation des stocks de report, la mission a évalué la situation globale des disponibilités céréalières, y compris les besoins d'aide alimentaire, pour la campagne de commercialisation 1999/2000 (novembre/octobre).

La mission a bénéficié de la coopération sans réserve du Ministère fédéral de l'agriculture et de la Commission d'aide humanitaire (CAH), dont de hauts fonctionnaires ont accompagné la mission. Les données avant récolte sur les superficies et les prévisions de rendement fournies par les ministères de l'agriculture des États ont été vérifiées par la mission lors d'enquêtes sur le terrain et d'entretiens avec les agriculteurs et les négociants. Des échanges de vues ont également eu lieu avec les principaux auteurs des informations dans les administrations des gouvernements des États fédérés et les organisations non gouvernementales (ONG), notamment ACCORD, le Croissant rouge soudanais, Agro Action (Allemagne), Action contre la faim, Care International, Oxfam, le PNUD et l'UNICEF.

Dans le Sud, les zones tenues par les rebelles ont été visitées à partir du Kenya et des informations détaillées ont été fournies par l'Unité de l'économie alimentaire du PAM, la section de la sécurité alimentaire des ménages de l'UNICEF et le Système d'alerte précoce en cas de famine de l'USAID. Des données et opinions supplémentaires ont été obtenues auprès de la Sudan Relief and Rehabilitation Agency (SRRA), de la Relief Association of Southern Sudan (RASS), de Save-the-Children - Royaume-Uni, de la Christian Mission Aid, de Tearfund et de World Vision International. Étant donné l'absence d'infrastructures et de
moyens de collecte des données, les superficies agricoles et les rendements ont été obtenus à partir de statistiques de la population en utilisant des données rétrospectives pour les dimensions des exploitations et la répartition des cultures, ajustées en fonction des observations de la mission sur le terrain et de l'analyse de données secondaires de sources diverses.

Cette année, la répartition des pluies a été bonne presque partout, les premières pluies ayant été abondantes, ce qui a encouragé les semis dans le secteur traditionnel, en particulier dans le Sud. Bien que les premières pluies aient généralement été bien réparties dans le temps et dans l'espace dans les États du Nord, des périodes de sécheresse entrecoupées de fortes averses ont été à l'origine de résultats très inégaux dans les États du Sud. Cependant, à partir de juillet, toutes les régions, à l'exception des zones orientales d'Équatoria Est, ont reçu de bonnes pluies qui se sont poursuivies jusqu'à novembre. La pluviométrie n'a donc pas été un facteur limitant majeur cette année.

Dans les États du Nord, la faiblesse, pendant la plus grande partie de 1999, des prix du sorgho, qui sont parfois tombés au-dessous des coûts de production, a incité les grandes exploitations mécanisées du Centre, de l'Est et du Sud à réduire de 50 pour cent environ les superficies semées en sorgho. Ces exploitations mécanisées représentent plus de 60 pour cent de la production de sorgho du pays. Nombre d'agriculteurs sont passés à la production de sésame, beaucoup plus lucrative l'année dernière, tandis que d'autres ont simplement réduit les superficies ensemencées. Dans les périmètres d'irrigation, les agriculteurs ont également semé moins de sorgho, mais la rotation des cultures dans les périmètres a limité la baisse. Les semis d'arachide et de coton ont en conséquence augmenté légèrement dans les principaux périmètres d'irrigation. Les facteurs économiques ont également incité les agriculteurs des périmètres d'irrigation de la Gezira, de Rahad, de New Halfa, du Nil blanc et de Sennar à semer beaucoup moins de blé cet hiver, choisissant de cultiver des légumes, essentiellement des oignons, et de laisser davantage de terres en jachère.

Cette année, les agriculteurs ont d'autant plus décidé de ne plus produire de céréales que les crédits pour l'achat d'intrants agricoles faisaient défaut. Dans le secteur pluvial mécanisé, les possibilités de crédit pour la production de sorgho étaient nulles ou négligeables cette année. De même, le blé a été rayé de la liste officielle des cultures des périmètres d'irrigation, perdant du même coup tous les crédits en nature (engrais et semences améliorées). Deux années consécutives de bonnes pluies ont également favorisé le développement des organismes nuisibles, en particulier le ver du mil et la cécidomyie du sorgho, qui ont eu des effets dévastateurs sur les rendements. Le ver du mil est responsable d'environ 25 pour cent de la baisse de la production pour la seule région du Kordofan et du Darfour.

Dans les États du Sud, à l'exception des exploitations mécanisées de Renk et Malakal, qui ont été touchées par la baisse des prix du sorgho, le principal facteur ayant une incidence sur les superficies et les rendements est l'insécurité. Les troubles civils ont déplacé nombre d'agriculteurs et limité les activités agricoles aux alentours des villes de garnison. Ils ont aussi détruit les infrastructures de commercialisation et le réseau de communications, faisant obstacle au transport des excédents céréaliers à l'intérieur des États, et à plus forte raison entre eux. Cette année, cependant, une certaine amélioration de la sécurité et des conditions de végétation favorables ont permis d'obtenir une augmentation de 12 pour cent de la production céréalière du secteur traditionnel. L'État d'Équatoria Ouest, qui est habituellement excédentaire, a produit le double des quantités nécessaires pour satisfaire les besoins locaux grâce à des conditions extrêmement favorables et aux débouchés supplémentaires offerts par les ONG implantées dans cet État.

En revanche, dans l'État de l'Union, où la mission n'a pas pu se rendre du fait de l'insécurité, les populations ont été très touchées par les combats internes et par les affrontements entre les forces gouvernementales et les factions rebelles. On estime également qu'il y a eu d'importants déficits céréaliers dans les États des lacs et de Bahr el Jebel, essentiellement en raison d'inondations, ainsi que dans certaines localités du Jonglei, du Haut Nil et de l'Équatoria Est où les conditions n'étaient pas très favorables.

Pour la campagne agricole 1999/2000, la mission prévoit une production céréalière totale du Soudan de l'ordre de 3,9 millions de tonnes, dont 3,05 millions de tonnes de sorgho, 499 000 tonnes de mil et 288 000 tonnes de blé (qui sera récolté pendant le premier trimestre 2000), et 65 000 tonnes de maïs (produit dans le Sud). La production céréalière serait donc inférieure d'environ 31 pour cent à la récolte record de la campagne précédente.

Les prévisions de récoltes moins abondantes de sorgho et de mil pour cette année et l'épuisement des stocks essentiellement dû à une forte augmentation des exportations, ont fait monter les prix des céréales. C'est ainsi que les prix du sorgho sont passés en moyenne de 14 000 LSd le sac de 90 kg, prix au détail de janvier à octobre 1999, à plus de 23 000 LSd en novembre et décembre. On attend de nouvelles hausses de prix en 2000. Cette hausse des prix aura un effet négatif sur les couches les plus pauvres de la population, mais devrait inciter les agriculteurs à semer davantage de céréales pendant la prochaine campagne.

Globalement, avec une production céréalière estimative de 3,9 millions de tonnes et des prévisions d'importation de blé et de riz de 680 000 et de 38 000 tonnes respectivement, les besoins du pays en céréales, de l'ordre de 5,2 millions de tonnes en 1999/2000 devraient être satisfaits par un destockage de près de 240 000 tonnes.

Pour les diverses interventions dans le Soudan méridional, les zones touchées par la guerre et les zones à déficit vivrier des États du Nord, on estime que 103 453 tonnes d'aide alimentaire seront nécessaires pour l'an 2000.

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2. ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE ET SECTEUR AGRICOLE

Le Soudan a une superficie de 2,5 millions de km2, dont 12 pour cent de terres agricoles, 18 pour cent de forêts, le reste étant principalement constitué de zones désertiques et semi-désertiques. Sa population, essentiellement concentrée le long du Nil et dans les régions du Sud et de l'Ouest, s'élève, d'après les estimations, à plus de 31 millions d'habitants en 1999, avec un taux de croissance démographique de 2,7 pour cent par an. Quarante-cinq pour cent environ des habitants ont moins de 14 ans et 31 pour cent vivent en milieu urbain. La population active progresse de 2,6 pour cent l'an et le PIB par habitant s'élevait à 86 dollars E.-U. en 1998, faisant du Soudan l'un des pays les plus pauvres du monde.

L'agriculture, qui représentait 48 pour cent du PIB en 1998, est le principal secteur de l'économie du pays. La forte dépendance à l'égard du secteur agricole assujettit la croissance économique à l'irrégularité des conditions climatiques et à l'instabilité des marchés des produits primaires. Le secteur agricole, qui emploie quelque 65 pour cent de la population active et a connu des taux de croissance de plus de 12 pour cent depuis 1997, demeure néanmoins le moteur de la croissance réelle de 6,2 pour cent du PIB enregistrée en 1998 et 1999.

Traditionnellement, l'agriculture représente environ 80 pour cent des recettes d'exportation du pays. En 1998, les principales exportations concernaient les produits de l'élevage et le sésame, représentant respectivement une valeur de 169,7 millions et de 104,7 millions de dollars E.-U. Le coton, qui était jadis la principale source de recettes en devises, arrivait au troisième rang avec 95,5 millions de dollars E.-U. Les autres produits agricoles et agro-industriels importants dans le secteur de l'exportation sont l'arachide et l'huile d'arachide, le sucre et la mélasse, les farines et tourteaux et la gomme arabique. Le sorgho, et, dans une moindre mesure, le mil, le blé, le maïs et les tubercules sont les aliments de base dans le pays.

Le Gouvernement soudanais est sérieusement engagé dans les réformes économiques et les politiques de libéralisation depuis le milieu des années 90. Bien que le déficit commercial augmente encore en valeur absolue, passant de 629,1 millions de dollars E.-U. en 1995 à 1 328,9 millions de dollars E.-U. en 1998, l'inflation est maîtrisée puisqu'elle est passée d'un taux annuel moyen de 144,3 pour cent en 1996 à 7,9 pour cent en 1998, avec cependant un dérapage à 13 pour cent en 1999.

Le resserrement du crédit par la "Bank of Sudan" et son action visant à restaurer des pratiques saines de crédit au sein du système bancaire ont limité les prêts au secteur agricole, en particulier pour les approvisionnements en intrants. Jusqu'à une date récente, la Bank of Sudan affectait une partie de ses plafonds de crédit en priorité à l'agriculture. Cette proportion, considérée comme un minimum, est tombée de 50 pour cent 1992 à 30 pour cent en 1998. Et en 1999, aucun minimum n'est requis pour l'agriculture dans le cadre du plafond de crédit de la Bank of Sudan. En application des politiques de libéralisation orientées vers le marché, les institutions financières sont maintenant libres de choisir les activités des secteurs prioritaires qu'elles souhaitent appuyer, essentiellement sur la base de critères financiers. La conséquence inévitable est qu'elles ont eu tendance à se détourner des prêts à risques relativement élevés à la production agricole en faveur de secteurs plus sûrs comme le commerce, qui garantit des recettes plus rapides et plus élevées.

Les troubles civils persistants dans le Sud et les affrontements interethniques dans d'autres zones sont encore lourds de conséquences pour l'économie, et en particulier l'agriculture. Ils ont obligé nombre d'agriculteurs à réduire les superficies ensemencées, et les ont aussi empêché de s'occuper convenablement des parcelles, de sorte que les rendements ont été généralement médiocres. Mais surtout, les troubles civils ont exacerbé le cloisonnement du marché des produits alimentaires dans le Sud en coupant littéralement des communautés entières du reste de l'économie, outre les difficultés habituelles des échanges dans certaines régions du pays dues à la faiblesse des infrastructures de transport. Ainsi, l'excédent de production dans une zone est rarement acheminé vers les zones déficitaires.

Le gouvernement n'est guère en mesure de prendre en charge les populations qui en ont besoin et de les aider à s'assurer des moyens d'existence durables. Malgré les très gros efforts déployés pour réduire les dépenses et maîtriser l'inflation, il a jusqu'ici recouru au déficit budgétaire pour faire face à ses obligations financières, notamment les dépenses liées aux troubles civils en cours et les remboursements d'arriérés au FMI, d'un montant de 4,5 millions de dollars E.-U. par mois. L'espoir tient à l'exploitation du pétrole, qui a commencé récemment, ainsi qu'à l'exploitation des mines d'or qui pourraient à l'avenir réduire la dépendance de l'économie à l'égard de l'agriculture, stimuler les investissements, la croissance industrielle et la création d'emplois. En attendant, une aide internationale massive est nécessaire pour lutter contre l'insécurité alimentaire chronique et passagère à laquelle sont encore confrontées des couches nombreuses de la population soudanaise.

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3. PRODUCTION CÉRÉALIÈRE EN 1999/2000

Les céréales sont les principaux aliments de base au Soudan, le sorgho fournissant quelque 65 pour cent des céréales consommées. Seuls les États du Sud consomment d'autres hydrates de carbone, en particulier sous forme de manioc et de patates, utilisés en quantités importantes. Le sorgho, le mil et le maïs sont cultivés dans tout le pays pendant la saison des pluies, d'avril à octobre. Pendant les mois d'hiver (novembre à mars) on cultive le blé dans les périmètres d'irrigation et le maïs cultivé sur des parcelles restreintes, mais ayant une importance locale, selon des méthodes traditionnelles non mécanisées, sur les rives des cours d'eau dans le Sud grâce à l'humidité résiduelle après les décrues.

En 1999, les superficies des cultures de sorgho ont reculé d'environ 50 pour cent par rapport à l'année précédente, les grandes exploitations mécanisées des plaines argileuses du Centre-Est et les exploitations traditionnelles de toutes les régions, à l'exception du Kordofan, ayant réduit leurs semis en raison de la faible rentabilité des cultures l'année dernière. Cette faible rentabilité a été particulièrement dissuasive pour la culture des terres dans la zone de transition et dans les zones de conflit de l'Est, où les superficies cultivées ont reculé de 70 à 90 pour cent environ. Ailleurs, dans l'Est, il y a eu une augmentation nette des superficies cultivées en sésame, les agriculteurs recherchant une augmentation des recettes après la hausse des prix du sésame l'année dernière.

Les superficies cultivées en mil, actuellement récolté, devraient aussi, d'après les estimations, être inférieures à celles de l'année dernière, les exploitations traditionnelles du Kordofan Nord et du Darfour Ouest, durement touchées par les infestations de ver du mil l'année dernière, étant de nouveau atteintes cette année.

La superficie actuellement ensemencée en blé et pour laquelle la récolte aura lieu au printemps prochain est inférieure de 27 pour cent à celle de l'année dernière, la culture du blé n'étant plus soutenue par les programmes de paiement différé des semences et des engrais dans les périmètres d'irrigation de la Gezira, de Rahad et de New Halfa. Les agriculteurs sont donc libres de décider s'ils veulent cultiver du blé, planter des légumes ou accroître les superficies laissées en jachère. Beaucoup ont choisi de ne pas semer de blé, cette culture étant peu rentable depuis quelques années, les rendements ayant baissé et les coûts augmenté au point que la production de blé n'est plus considérée comme économique par beaucoup d'entre eux.

Malgré une répartition quasi-optimale des pluies dans la plupart des régions du pays cette année, les rendements moyens des céréales principales ont baissé, d'après les estimations, les grandes exploitations ayant réduit les coûts en limitant le nombre de façons culturales et de désherbages. Ces décisions ont renforcé la concurrence des adventices et rendu le microclimat encore plus favorable aux ennemis et maladies des plantes, des quantités de paille et de chaume ayant été laissées dans les champs après les cultures extensives de l'année dernière. Ces résidus et les fortes pluies de la fin 1998, ainsi que la croissance exceptionnelle de la végétation cette année ont encouragé la multiplication des organismes nuisibles au point que les vers ont gravement réduit les rendements du mil dans l'Ouest, et la cécidomyie a fait baisser les rendements du sorgho semé au milieu de la campagne dans tout l'Est. En revanche, on attend des rendements de blé plus élevés, en raison d'une préparation des terres meilleure et effectuée au bon moment.

En ce qui concerne les céréales irriguées d'été, dont la principale est le sorgho, la campagne a été meilleure. Cette année, la gestion des eaux dans les périmètres d'irrigation a été facile, les pluies, plus abondantes que l'année dernière, ayant cependant été mieux réparties. Les engrais étaient disponibles à temps à des prix inférieurs à ceux de l'année dernière de sorte qu'ils ont été utilisés durablement, quoique de manière insuffisante. Du fait de l'application de programmes d'assolement et de campagnes de pulvérisation tant directe qu'indirecte (pour le coton), les problèmes d'organismes nuisibles observés dans le secteur pluvial n'ont pas été aussi graves que dans le secteur irrigué. Cependant, la faiblesse des prix du sorgho l'année dernière se traduit par une baisse des superficies ensemencées, qui, tout en restant conformes aux prévisions des assolements dans les périmètres d'irrigation, sont inférieures de 12 pour cent à celles de la campagne précédente; en revanche, des superficies plus importantes ont été consacrées aux cultures d'arachides et de coton. Malgré la réduction des superficies, la production globale du secteur irrigué officiel est supérieure d'environ 10 pour cent à celle de la campagne précédente. Dans le sous-secteur irrigué non structuré, la production a baissé en raison d'une réduction des semis et d'un fléchissement des rendements dans les zones de décrue (demira), les crues ayant elles aussi diminué. Cependant, une gestion améliorée de l'eau a permis de maintenir la production dans les périmètres d'irrigation de Gash et Tokar.

3.1 Facteurs ayant une incidence sur la production en 1998/99

3.1.1 Pluviométrie

La pluviométrie annuelle au Soudan se situe littéralement entre zéro millimètres (dans les États du Nord) et 1800 mm dans l'État d'Équatoria Ouest, dans le sud du pays. Cette année, on peut dire que les précipitations ont été excellentes. Malgré une arrivée tardive dans certaines zones des États du Centre et de l'Est, les pluies ont été généralement normales à partir de juin/juillet, persistant régulièrement pendant tout le mois d'août et en septembre et prenant fin entre octobre et novembre. Des précipitations supérieures à la moyenne ont été enregistrées, et les fortes tempêtes de 1998 ne se sont pas reproduites, mais il y a eu des inondations et des engorgements. Les premières pluies sont arrivées alors que certaines communautés n'étaient pas prêtes à cultiver, mais les pluies ont été prolongées, de sorte que les agriculteurs qui n'avaient pas été découragés par les mauvaises recettes de la campagne précédente et qui pouvaient obtenir un appui financier pour la préparation des terres ou n'en n'avaient pas besoin ont été en mesure de procéder à des cultures tardives.

Dans les États du Sud, bien que les images de l'indice différentiel normalisé de végétation montrent que le couvert végétal est meilleur que la moyenne de l'ensemble du pays, les vérifications au sol effectuées par la mission mettent en évidence une mosaïque plus complexe où l'on observe des problèmes locaux, notamment l'absence de germination due à la sécheresse, la pollinisation et la fructification perturbées par les tempêtes, des rendements abaissés par l'engorgement et des crues tardives emportant les cultures et les stocks. Cependant, les effets positifs des pluies ont été plus importants et ont permis notamment de bonnes récoltes de maïs et de sorgho hâtifs, un bon développement des cultures semées tardivement, la prévention des infestations de chenilles légionnaires, d'excellents pâturages et de l'eau en abondance dans les khors et les lacs, ouvrant de bonnes possibilités de pêche et de constitution de réserves d'eau.

3.1.2 Intrants agricoles

Les engrais, les pesticides et les herbicides, ainsi que les semences améliorées, ne sont utilisés que dans le secteur irrigué. Dans le secteur pluvial, les intrants, dans le cadre du système agricole dans lequel la plupart des agriculteurs utilisent leurs propres semences de la récolte précédente, sont les services d'entretien des tracteurs ou le carburant, les lubrifiants et les pièces détachées, ainsi que la main-d'_uvre pour le désherbage, la récolte et le battage. Ces systèmes à faible apport d'intrants et à faible production sont prédominants aussi bien dans le sous-secteur mécanisé que dans le sous-secteur traditionnel, aucun de ces deux sous-secteurs n'offrant de garantie pour les investissements à long terme dans les infrastructures à l'exploitation ou le maintien de la fertilité et de l'état des sols. En outre, à l'exception des campagnes organisées par les ministères des États contre les migrateurs nuisibles, la protection des cultures céréalières n'a jamais été considérée comme économiquement viable par les agriculteurs.

Cette année, les carburants et lubrifiants ont été disponibles à temps dans tous les principaux États producteurs à des coûts analogues à ceux de l'année dernière. La disponibilité de pièces détachées n'a pas posé de problème et par conséquent, les services d'entretien des tracteurs étaient possibles pour tous les agriculteurs qui avaient les fonds nécessaires. Malheureusement, étant donné la médiocrité des recettes de l'année dernière, les principales banques qui avaient précédemment financé la production céréalière pluviale hésitaient à consentir des prêts. L'absence de fonds a donc aussi fait obstacle à la production de sorgho du secteur pluvial.

De même, pour essayer de réduire les coûts, nombre d'agriculteurs ont limité la culture à un seul passage de disques munis d'une boîte à semences et le désherbage a été réduit à un seul passage au lieu de deux, ou éliminé complètement. Ces mesures d'économie ont réduit les rendements en renforçant la concurrence des adventices et ont rendu les conditions plus propices aux infestations d'organismes nuisibles.

Dans le secteur irrigué, le sorgho est considéré comme une culture "programmée" qui bénéficie de paiements différés pour les intrants fournis en nature (eau, engrais et semences) aux agriculteurs par les inspecteurs des sections du périmètre d'irrigation. L'utilisation de semences certifiées est générale, puisqu'elle est de l'ordre de 94 pour cent, mais si le prix de l'urée a été ramené de quelque 12 dollars E.-U. à 8 dollars E.-U. le sac de 50 kg, l'utilisation d'engrais est bien inférieure aux quantités recommandées et moins de 60 pour cent des agriculteurs utilisent les engrais pour leurs cultures de sorgho dans la Gezira et moins de 30 pour cent dans les deux autres grands périmètres d'irrigation, New Halfa et Rahad. En conséquence, les rendements des exploitations situées à l'intérieur des périmètres qui utilisent des semences améliorées et des moyens analogues, mais n'emploient pas d'urée, vont de 1,2 à 3,8 tonnes par hectare et ne s'élèvent en moyenne qu'à 1,9 tonne environ.

3.1.3 Adventices, organismes nuisibles et maladies

Les deux années consécutives de bonnes pluies ont fait des adventices l'un des principaux facteurs limitant les rendements. La mission a noté que l'absence de lutte contre les adventices qui accompagne la réduction des façons culturales caractérise les trois systèmes agricoles. Cette année, les adventices les plus nocives ont été l'herbe du Soudan et le chiendent, respectivement pour le secteur pluvial et le secteur irrigué.

Le striga était présent dans tous les systèmes sur les sols pauvres ou épuisés, en particulier autour des villes de garnison du Sud et dans les zones de monoculture continue de sorgho des régions marginales du Nord. La mission a noté un accroissement des semis de patates à Djouba et de mil à Butana, les agriculteurs s'efforçant d'éviter les effets débilitants du striga en changeant de culture. Comme il a été noté l'année dernière, l'application différentielle de l'urée dans les zones infestées par le striga où les assolements ne sont pas considérés comme facultatifs, n'est pas pratiquée, mais on sait que l'application d'engrais compense l'effet négatif du striga sur les rendements. Néanmoins, la pratique consistant à ensemencer excessivement, puis à procéder à un éclaircissage mécanique par passage du disque après l'apparition du striga est considérée comme un moyen efficace de lutte. Cette méthode réduit également les autres adventices du même coup.

Dans les périmètres d'irrigation de décrue de Gash et Tokar, et dans le périmètre de New Halfa et les zones pluviales de l'État de Kassala, l'invasion des terres agricoles par le "mesquite" (Prosopis juliaflora et P. chilensis) est si préoccupante que des ateliers ministériels ont été tenus pour examiner les moyens d'éradiquer cet arbre. Des dizaines de milliers d'hectares sont maintenant envahis par le mesquite dans les zones en question.

Heureusement, cette année a été presque complètement dépourvue d'infestations de migrateurs nuisibles. Les infestations initiales de chenilles légionnaires dans les États du Sud ont été combattues naturellement par les fortes pluies d'août et des campagnes de lutte contre le quéléa ont été organisées comme d'habitude. Les organismes nuisibles non migrateurs, cependant, ont prélevé cette année un tribut beaucoup plus lourd sur les rendements des cultures. Les infestations de rats et de sauteriaux dans les États de l'Ouest et du Centre au début de la campagne ont obligé à ressemer et ont réduit les superficies récoltées. Plusieurs campagnes menées à l'échelle des États ont été organisées contre ces ravageurs pour la première fois depuis dix ans.

Les problèmes dus aux oiseaux non migrateurs étaient également préoccupants en bordure des forêts, notamment autour des villes de garnison dans les zones tenues par les forces gouvernementales dans le Sud, où l'accès aux champs à l'aube et au crépuscule est limité par des restrictions des déplacements pour des raisons de sécurité et dans les zones de conflit de l'Est, où la lutte aérienne contre les organismes nuisibles n'est pas possible.

Cependant, cette année, deux insectes nuisibles ont infligé les plus grands dégâts. Le ver du mil (Heliochelitus albipuntelle) a très gravement compromis les rendements et réduit les superficies à récolter dans l'ouest. De même, la cécidomyie du sorgho (Contarinia sorghicola) a gravement attaqué les cultures en floraison à la fin de septembre et début d'octobre dans les États de l'Est. Dans les deux cas, ces infestations sembleraient être dues à un développement non contrôlé des organismes nuisibles dû aux monocultures prolongées, aux résidus végétaux excessifs laissés dans les champs après les semis record de l'année dernière et à l'humidité relative particulièrement élevée cette année imputable aux pluies régulières et prolongées.

En ce qui concerne les maladies des plantes, le charbon du sorgho reste la plus grave menace. À l'heure actuelle, tous les périmètres d'irrigation fournissent des semences traitées. Les semences des agriculteurs issues des récoltes précédentes dans les deux sous-secteurs pluviaux sont également traitées dans la plupart des États du Nord. Cependant, la mission a noté de graves attaques de charbon dans le périmètre d'irrigation de décrue de Gash où l'enrobage des semences était apparemment inopérant et dans les périmètres cultivés à la main selon les méthodes traditionnelles des États du Sud où les semences ne sont pas enrobées. Dans les États du Sud également, la mosaïque du manioc est universellement présente.

3.1.4 Prix

Alors qu'en 1999, les faibles prix du sorgho ont de façon générale favorisé la consommation locale, ils ont eu des incidences négatives sur la production. En effet, les prix au détail de 13 000 à 15 000 LSd par sac de 90 kg que l'on a relevés au début de la campagne agricole 1999/2000 (c'est-à-dire de mai à juillet 1999) étaient bien inférieurs aux 18 000 LSd considérés comme le prix minimal rémunérateur pour la production pluviale à ce moment là. Pour les principaux partenaires du secteur - agriculteurs et banquiers en particulier - le sentiment qui prévaut est que les prix resteront à ces faibles niveaux pendant toute la campagne, de sorte que la Banque commerciale des agriculteurs, par exemple, est convenue avec ses clients d'un prix "Salem"1 de 13 000 à 14 000 LSd par sac, ce qui n'incite guère à la production. Comme il a été noté pendant les visites de terrain, cela a conduit nombre d'agriculteurs, en particulier dans les périmètres d'irrigation, non seulement à réduire les superficies ensemencées en sorgho, mais à diminuer progressivement les opérations agricoles telles que la préparation des terres, l'application d'engrais, le désherbage et l'irrigation, de sorte que les rendements s'en sont ressentis.

3.2 Prévisions de la production céréalière

La production céréalière totale est présentée au tableau 1 par culture, État et secteur avec, pour comparaison, les données après récolte de 1998. On trouvera au tableau 2 une série chronologique des superficies récoltées, des rendements et de la production par État et par culture.

Les données correspondant aux États du Nord fournies par les ministères de l'agriculture de ces États ont été mises à jour pendant la mission après les visites sur le terrain. Cependant, il est à noter qu'étant donné l'effondrement du système de collecte des données agricoles dans les États du Sud, à l'exception du secteur pluvial mécanisé dans l'État du Haut Nil, les données de la production ont été obtenues à partir des statistiques de populations utilisées par le PAM (ONU) et la mission a obtenu des estimations du nombre de ménages agricoles, des dimensions des exploitations et des modes de culture.

Cette année, la production céréalière s'établit, d'après les prévisions, à 3,899 millions de tonnes, dont 2 000 tonnes de riz, soit environ 31 pour cent de moins que l'année dernière et 17 pour cent de moins que la moyenne des cinq dernières années.

Tableau 1. Soudan: Prévisions de la production céréalière pour 1999/2000 (milliers de tonnes), et comparaison avec les chiffres de 1998/99

État   Sorgho Mil Blé Total céréales 1999/2000 en %
de 1998/99
 
1998/99 1999/2000 1998/99 1999/2000 1998/99 1999/2000 1998/99 1999/2000
Secteur irrigué                  
Nord 6 11 0 0 88 182 94 193 205
Nil 80 82 0 0 20 52 100 134 134
Nil Bleu 32 38 0 0 0 0 32 38 119
Nil Blanc 45 24 0 0 2 0 47 24 51
Gezira 222 316 0 0 34 42 256 358 140
Rahad 39 66 0 0 3 0 42 66 157
Suki 17 11 0 0 0 0 17 11 65
New Halfa 44 36 0 0 20 12 64 48 75
Gash 21 26 0 0 0 0 21 26 124
Tokar 5 2 3 0 0 0 8 2 25
Kassala 35 11 0 0 0 0 35 11 31
Total partiel 546 623 3 0 167 288 716 911 127
Secteur mécanisé                  
Kassala 314 17 0 0 0 0 314 17 5
Gedaref 1 395 574 8 14 0 0 1 403 588 42
Damazin 191 53 3 5 0 0 194 58 30
Sennar 454 195 6 33 0 0 460 228 50
Nil Blanc 241 100 8 10 0 0 249 110 44
Kordofan Nord 154 78 2 1 0 0 156 79 51
Darfour Sud 2 0 0 0 0 0 2 0 0
Sud 139 75 3 0 0 0 142 75 53
Total partiel 2 890 1 092 30 63 0 0 2 920 1 155 40
Secteur traditionnel                  
Gezira 371 154 0 0 0 0 371 154 42
Damazin 22 68 1 0 0 0 23 68 296
Sennar 30 8 12 0 0 0 42 8 19
Nil Blanc 113 87 12 17 0 0 125 104 83
Kassala 1 5 0 0 0 0 1 5 500
Nil 7 23 0 0 0 0 7 23 329
mer Rouge 6 3 3 3 0 0 9 6 67
Kordofan Nord 26 250 28 14 0 0 54 264 489
Kordofan Sud 165 27 36 13 0 0 201 40 20
Kordofan Ouest 61 104 74 80 0 0 135 184 136
Darfour Nord 15 4 251 80 0 0 266 84 32
Darfour Sud 79 160 79 118 0 0 158 278 176
Darfour Ouest 104 117 138 111 0 0 241 228 94
Sud* 345 385 5 0 0 0 401 385 96
Total partiel 1 345 1 395 639 436 0 0 2 034 1 831 90
Total général 4 781 3 110 672 499 167 288 5 670 3 897 69

* En 1998/99 et 1999/00, comprend 51 000 tonnes et 65 000 tonnes de maïs et d'autres céréales respectivement.

Tableau 2. Soudan: Superficies, rendements et production prévus par culture et par région, pour 1999/2000, par rapport aux années précédentes

Région   Superficies (milliers d'ha) Rendements (t/ha) Production (milliers de tonnes)
1995/
1996
1996/
1997
1997/
1998
1998/
1999
1999/
2000
1995/
1996
1996/
1997
1997/
1998
1998/
1999**
1999/
2000
1995/
1996
1996/
1997
1997/
1998
1998/
1999
1999/ 2000
Sorgho                              
Nord 95 81 36 64 72 0.9 1.8 2.3 1.3 2.7 93 146 85 93 116
Est 1 403 1 843 1 759 2 377 1 199 0.5 0.7 0.5 0.7 0.6 701 1 331 870 1 860 740
Centre 2 162 2 582 1 925 2 027 1 359 0.6 0.8 0.6 0.8 0.8 1 282 1 952 1 127 1 738 1 054
Kordofan 559 773 799 627 987 0.2 0.4 0.4 0.5 0.5 115 287 332 406 459
Darfour 245 267 269 299 353 0.6 0.8 1.9 0.9 0.8 154 200 530 200 281
Sud* 272 706 538 917 468 0.3 0.5 0.4 0.7 0.8 89 319 215 535 460
Total partiel 4 736 6 252 5 326 6 311 4 438           2 434 4 235 3 159 4832 3 110
Mil                              
Est 14 19 36 19 75 0.4 0.4 0.4 0.5 0.2 5 8 14 13 17
Centre 53 70 54 92 142 0.4 0.4 0.4 0.5 0.5 19 27 24 42 65
Kordofan 1 033 906 1 632 1 061 683 0.04 0.1 0.1 0.1 0.1 41 116 230 140 108
Darfour 1 310 763 1 086 1 571 1 138 0.2 0.4 0.3 0.5 0.3 319 288 374 468 309
Sud 8 22 18 20 0 0.2 0.2 0.3 0.8 0 1 5 6 7 0
Total partiel 2 418 1 780 2 826 2 763 2 038           385 444 648 670 499
Blé                              
Nord 76 97 113 55 81 2.6 2.8 2.8 2.8 2.9 194 275 315 108 234
Est 31 32 24 28 8 1.4 1.4 1.7 1 1.4 44 45 40 21 12
Centre 199 191 137 55 25 1.5 1.6 1.7 2 1.7 305 306 239 36 42
Darfour 8 11 3 3 0 0.9 1.3 1 1.5 0 7 14 3 3 0
Total partiel 314 331 277 141 114           550 640 597 168 288
Total général 7 468 8 363 8 429 9 215 6 590           3 369 5 319 4 404 5 670 3 897

* En 1999/2000 sont comprises 65 000 tonnes de maïs.
** Données après récolte communiquées par le Ministère de l'État, ajustées par la mission.

3.3 Autres cultures et élevage

Les pluies abondantes et bien réparties ont été favorables à la production des cultures permanentes, et aux principales cultures oléagineuses, le sésame et l'arachide. Les superficies consacrées à ces deux dernières cultures ont nettement augmenté cette année, les agriculteurs se détournant du sorgho, peu rentable l'année dernière, pour se tourner vers les oléagineux, qui devraient être plus lucratifs. Les possibilités d'exportation du sésame sont bonnes et cette culture a permis de dégager, depuis 1997, plus de recettes en devises que le coton. Cette année, les rendements du sésame et de l'arachide devraient être supérieurs à la moyenne. De même, le coton et la canne à sucre, deux cultures d'exportation tributaires de l'irrigation, devraient donner de bons résultats.

La production animale dans les États du Nord a largement bénéficié de deux années consécutives de bonnes pluies. Les pâturages plus que suffisants et les bonnes possibilités de constitution de réserves d'eau ont réduit les ventes en catastrophe et stimulé les prix. Les systèmes de production qui sont essentiellement fondés sur le fourrage se sont développés grâce aux unités d'engraissement utilisant du sorgho à bon marché. Pendant la campagne 1998/99, plus de 1,3 million de têtes d'ovins ont été exportées après 40 à 60 jours d'engraissement. Les prix très bas du sorgho en 1999 ont été très favorables à l'embouche. Cette année, cette activité perdra peut-être de son intérêt en raison de la hausse des prix du sorgho.

En revanche, le secteur de l'élevage traditionnel a été touché par la suppression des soins gratuits aux animaux qui tient à des contraintes financières dans les ministères des États. Les usines d'aliments pour animaux fonctionnent au ralenti ou ferment et les services vétérinaires offrent moins de prestations qu'auparavant. Jusqu'ici, la couverture vaccinale a empêché que des maladies contagieuses telles que la peste bovine ne se déclarent. Les principaux États du Nord où se pratique l'élevage sont restés indemnes de la maladie cette année. La situation des deux États du Sud où les services vétérinaires sont appuyés par l'Opération survie au Soudan (OSS), a été décrite séparément pour chacune de ces deux régions.

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4. SITUATION DE L'AGRICULTURE PAR RÉGION

4.1 Région septentrionale (Nord et Nil)

La région septentrionale, composée des États du Nord et du Nil, qui ont respectivement 593 000 et 913 000 habitants, se trouve en grande partie sur les rives du Nil et de l'Atbara. La production céréalière de ces deux États est essentiellement fondée sur l'irrigation; on y fait pousser du blé en hiver et du maïs et du sorgho en été.

Les céréales d'été sont cultivées par des périmètres irrigués équipés de pompes sur les rives des cours d'eau et dans les demiras (zones de décrue) des vallées de l'intérieur des États. La culture dans les périmètres d'irrigation s'effectue par tracteur et à l'aide de b_ufs de trait et la plantation à la "salucca" est utilisée dans les demira. Les superficies inondées ayant été moindres cette année, la production des demiras a été inférieure.

Dans les deux États, on a disposé en temps utile de carburants et d'engrais, ainsi que de crédits pour les semences de blé et les engrais consentis par le Ministère de l'agriculture, la Banque agricole et la Compagnie arabo-soudanaise. Il a été noté que la disponibilité de semences certifiées de blé était inférieure à la demande en raison de la faible production de l'année dernière, d'autant plus que les stocks de semences de la récolte précédente des agriculteurs vont être utilisés. On n'a pas signalé d'infestation de migrateurs nuisibles ou de foyers de maladies importantes pendant l'été. Cependant, les oiseaux locaux ont posé problème pendant la période des moissons, de sorte qu'il a fallu employer des agents de dispersion des oiseaux et des campagnes de dératisation ont été organisées par le Ministère de l'agriculture dans la province d'Abu Hamad.

Si les semis du blé sont terminés à la fin de décembre, quelque 80 000 ha devraient être récoltés au printemps prochain. Le temps frais que l'on a actuellement dans la région, avec des températures inférieures de 2oC à la normale, donne des conditions de végétation meilleures que l'année dernière. La production céréalière totale de la région septentrionale (les deux États) s'établit, d'après les estimations, à 350 000 tonnes, dont 234 000 tonnes de blé, le reste constitué essentiellement de sorgho. Ces chiffres sont supérieurs d'environ 75 pour cent aux estimations après récolte de l'année dernière.

4.2 Région orientale (Gedaref, Kassala, mer Rouge)

La région orientale, qui a une population de 3,48 millions d'habitants, fournit habituellement quelque 20 pour cent de la récolte nationale de céréales. Gedaref est de loin le plus gros producteur, et fournit habituellement 80 à 90 pour cent de la production de la région, dans laquelle se trouvent les principaux périmètres d'irrigation (New Halfa et Rahad), deux périmètres d'irrigation de décrue (Gash et Tokar) et une zone importante de demiras (Gash Die) ainsi que la plus vaste zone d'agriculture mécanisée du pays. Le sorgho, semé généralement entre juillet et septembre, est la principale céréale cultivée dans la région. Le blé d'hiver est généralement cultivé dans les deux périmètres d'irrigation structurés.

Dans toute la région, les pluies sont arrivées au bon moment et ont été supérieures à la moyenne dans le centre et le sud de Gedaref. Néanmoins, le nord de Gedaref a reçu moins de pluies que l'année dernière. Malgré des précipitations moins intenses cette année, il y a eu des inondations et des engorgements dans les zones d'agriculture pluviale du Sud et du Centre. En revanche, il y a eu moins de problèmes de drainage dans les principaux périmètres d'irrigation, les pluies de cette année ayant été plus faciles à maîtriser.

L'utilisation d'intrants varie d'un secteur à l'autre. Dans le secteur pluvial, la plupart des agriculteurs ont utilisé leurs propres semences de la récolte 1998/99 qu'ils enrobent eux-mêmes pour les protéger contre le charbon, tandis que dans les secteurs irrigués, la plupart des agriculteurs ont utilisé des semences obtenues en prêt auprès de la direction des périmètres d'irrigation. Ces semences sont améliorées, enrobées de produits qui les protègent du charbon et coûtent deux fois plus cher que les semences ordinaires de sorgho.

Le système à faible apport d'intrant et à faible production pratiqué par toutes les exploitations d'agriculture pluviale de la région repose exclusivement sur la fertilité naturelle des sols. Les agriculteurs dépendent également des ministères de l'agriculture des divers États pour lutter contre les organismes nuisibles. Cette année, des campagnes ont été organisées contre Agonoscelis pubescens qui s'attaque au sorgho, pour protéger les secteurs irrigué et pluvial et on a distribué aux agriculteurs des produits chimiques à utiliser contre les rats et les sauteriaux dans l'État de Kassala. Cependant, le principal organisme nuisible était la cécidomyie (Contarinia sorghicola) qui s'attaque au sorgho en fleur à la fin de septembre - au début d'octobre. Le conseil du Ministère de l'agriculture d'éviter de semer des cultures qui fleuriront pendant la période critique n'a pas toujours été suivi, les agriculteurs étant souvent assujettis à la contrainte de l'accès plus tôt dans la saison ou craignant que les pluies ne prennent fin trop tôt. Aucune lutte chimique contre la cécidomyie n'a été tentée.

Dans les périmètres d'irrigation structurés, moins de 30 pour cent des agriculteurs ont utilisé des engrais (urée), bien que ceux-ci aient été disponibles en temps utile et malgré une baisse des prix de l'ordre de 40 pour cent cette année. Les rendements moyens, par conséquent, bien que meilleurs que l'année dernière, auraient pu être plus élevés si l'on avait utilisé davantage d'engrais. Aucun engrais n'a été utilisé dans les périmètres d'irrigation de décrue ou dans les systèmes de demira, où le limon qui se dépose chaque année maintient la fertilité des sols. Les résultats de ces systèmes devraient rester stables cette année.

L'année dernière, la faiblesse des prix du sorgho, qui sont demeurés à 47 dollars E.-U. la tonne pendant la plus grande partie de l'année, a incité les agriculteurs à essayer d'abaisser les coûts en réduisant le nombre de façons culturales pendant la préparation des terres et le nombre de désherbages des cultures. Cependant, phénomène beaucoup plus significatif, la majorité des grandes exploitations mécanisées de la région ont réduit les superficies de leurs cultures de sorgho de 30 à 40 pour cent par rapport à l'année dernière. Par conséquent, la production de sorgho a beaucoup baissé. Il en est résulté une hausse rapide des prix, qui ont atteint une centaine de dollars E.-U. la tonne à la fin de novembre.

L'absence de crédit a été un autre problème important cette année. Dans le Gedaref, seuls 33 pour cent des fonds de l'année dernière étaient disponibles pour la production de sorgho. En outre, les exploitations mécanisées de l'État de Kassala hésitaient à cultiver près des frontières de l'Érythrée en raison de problèmes d'insécurité et les superficies ensemencées ont donc baissé d'environ 90 pour cent. Les agriculteurs du périmètre d'irrigation de décrue de Tokar ont également vu les tarifs des salaires augmenter fortement en raison de ces problèmes de sécurité.

Sous l'effet conjugué de ces facteurs, la production de céréales de la région est donc tombée à quelque 40 pour cent du chiffre de l'année dernière (769 000 tonnes). C'est ainsi que l'on prévoit également une récolte de blé de printemps inférieure aux prévisions, le blé ne bénéficiant plus d'un soutien officiel en tant que culture des périmètres d'irrigation. Il n'a pas été semé de blé du tout dans le périmètre de Rahad et seuls 8 400 ha ont été semés à New Halfa.

Les principales autres cultures de la région sont le sésame pluvial et le coton irrigué, l'arachide et la canne à sucre. Cette année, les superficies des cultures de sésame dans le Gedaref ont presque doublé pour atteindre 504 000 ha et les superficies des cultures d'arachide et de coton ont augmenté chacune de 20 pour cent environ à New Halfa et de 144 et 57 pour cent respectivement à Rahad. Toutes les cultures étaient en bon état et on attendait des rendements supérieurs à la moyenne.
Alors que le principal problème des associations d'agriculteurs et des administrations l'année dernière était la commercialisation effective des excédents, cette année, les exportations du Gedaref par Port Soudan semblent avoir fait baisser les stocks officiels de la région, qui sont tombés, d'après les estimations, à moins de 150 000 tonnes.

Grâce aux bonnes pluies, les pâturages et les arbres et arbustes fourragers sont verdoyants, comme en témoignent le bon état et les prix très élevés du bétail, les ventes étant rares. La région est également restée indemne de maladies contagieuses, de sorte que la productivité devrait être supérieure à la moyenne.

4.3 Région centrale (Gezira, Sennar, Damazin, Nil blanc)

Avec une population de 6 638 000 habitants, la région englobe quatre grands périmètres d'irrigation: Gezira, Sennar (Nil bleu), Nil blanc et Suki ainsi que des étendues considérables de cultures pluviales traditionnelles et mécanisées.

Les méthodes de production sont analogues à celles de la région orientale, avec des systèmes à faible apport d'intrants et à faible production dans le secteur pluvial et l'utilisation de semences améliorées et d'engrais dans le secteur irrigué structuré. Les principales céréales sont cultivées sans irrigation, et on a du sorgho irrigué et du mil pluvial pendant l'été et du blé irrigué pendant l'hiver. Cette année, il n'a pas été semé de blé et il n'en sera pas semé dans les périmètres du Nil blanc et dans la région de la Gezira, les superficies du blé ont été réduites de 50 pour cent, les agriculteurs ayant pour la plupart choisi de laisser davantage de terres en jachère ou de cultiver des oignons.

Cette année, les pluies ont commencé plus tard que d'habitude dans le sud de la région et elles ont été intermittentes en août. Dans le nord, elles ont commencé à temps et ont été moins irrégulières. Grâce à une répartition plus régulière, il y a eu moins d'inondations/ d'engorgements cette année que pendant la campagne 1998/99. La gestion de l'eau a posé moins de problèmes dans le périmètre de la Gezira, où la remise en état des canaux a facilité le drainage.

Dans le secteur pluvial, les semences de sorgho et de mil étaient disponibles partout, les agriculteurs utilisant généralement leurs propres semences de la campagne précédente qu'ils enrobent de produits qui les protègent du charbon (sorgho). Cependant, pour les mêmes raisons économiques de faible rentabilité et de pénurie de crédit, comme dans la région orientale, les superficies ensemencées en sorgho cette année ont été réduites de 23 pour cent dans l'État de Gezira, 50 pour cent dans l'État du Nil blanc, 52 pour cent dans la région de Damazin. Les agriculteurs se sont également retirés de la région de Damazin pour des raisons de sécurité et se sont déplacés vers le Kordofan Sud.

La plupart des agriculteurs des périmètres d'irrigation ont utilisé des semences certifiées issues d'unités de multiplication des semences de la Gezira. Ces semences améliorées ont été fournies enrobées de produits les protégeant contre le charbon dans le cadre de programmes de paiement différé, avec les engrais. Dans la Gezira, quelque 60 pour cent des agriculteurs ont utilisé de l'urée. Les baisses des prix des engrais de 38 pour cent en ont stabilisé l'utilisation mais les quantités appliquées restent inférieures aux recommandations. Dans les petits périmètres d'irrigation, on n'a pas utilisé d'engrais.

Les pulvérisations effectuées en avril-mai dans les sites d'hivernage d'Agonoscelis pubescens dans le périmètre de la Gezira et dans la plupart des zones de cultures pluviales de l'État de la Gezira ont été efficaces. En revanche, elles ont été moins efficaces à Sennar et Damazin. Les rats ont posé de gros problèmes dans toute la région, de sorte que des campagnes de dératisation ont été organisées dans la Gezira et à Damazin. Comme dans la région orientale, la cécidomyie a été l'organisme nuisible qui a fait le plus de dégâts, les oiseaux faisant aussi des ravages. Des pulvérisations aériennes contre le quéléa ont été effectuées. Les oiseaux locaux n'ont pas fait l'objet de mesures de lutte particulière, de sorte qu'il a fallu avoir recours à des agents de dispersion pour limiter les dégâts. La dispersion des oiseaux n'est pas pratiquée dans les grandes exploitations mécanisées, ce qui fait baisser d'autant les rendements. On n'a pas signalé de maladies des plantes importantes.

Cette année, les adventices ont sérieusement réduit les rendements, les agriculteurs ayant choisi de réduire les façons culturales et les désherbages pour abaisser les coûts. Des invasions massives d'adventices et les difficultés d'accès aux fonds ont réduit l'efficacité du désherbage dans les grandes exploitations mécanisées, d'autant plus que les coûts de la main-d'_uvre ont augmenté parce que le sésame avait été semé plus tôt dans la saison, de sorte que la récolte du sésame coïncidait avec le désherbage du sorgho. En conséquence, les rendements du sorgho pluvial devraient être inférieurs à ceux de l'année dernière.

De même, les rendements du secteur irrigué ont été supérieurs à ceux de l'année dernière grâce à une meilleure gestion de l'eau. En conséquence, la mission estime que la production globale de la région s'établit à 1,054 million de tonnes de sorgho sur 1,359 million d'hectares, soit à peu près 60 pour cent de la récolte de l'année dernière. La production de mil pluvial est supérieure de 30 pour cent, grâce à une augmentation des superficies de 54 pour cent, et elle s'établit à 65 000 tonnes. Des hausses des prix du sorgho, qui ont atteint 100 dollars E.-U. la tonne contre 50 à 60 dollars E.-U. environ en septembre/octobre, ont été observées par la mission dans toute la région.

Le bon état des pâturages, des approvisionnements suffisants en eau et l'absence de maladies contagieuses cette année font que le secteur de l'élevage a eu de bons résultats. Ainsi, les prix du bétail sont en hausse de 80-90 pour cent environ par rapport à ceux de l'année dernière.

4.4 Kordofan (Nord, Ouest et Sud)

La région comprend les trois États du Kordofan Nord, du Kordofan Ouest et du Kordofan Sud, dont la population s'établit à 3 804 000 habitants. Les monts Nouba, dans le Kordofan Sud, sont le théâtre de conflits entre les forces gouvernementales et l'Armée de libération du peuple soudanais (ALPS) depuis 1985.

La culture pluviale du sorgho et du mil, que ce soit dans le secteur mécanisé ou dans le secteur traditionnel, est la principale activité agricole de la région. Étant donné que la pluviométrie augmente du nord vers le sud, l'essentiel de la production provient généralement des zones méridionales de chaque État. Le sorgho est cultivé dans les sols argileux lourds et fournit la production la plus régulière. Le mil, cultivé dans les sols sableux des zones septentrionales de la région, subit des fluctuations très importantes de la superficie ensemencée en fonction de la répartition des pluies. Les semis en sec effectués selon les conditions et avec un minimum de soins signifient que si des centaines de milliers d'hectares peuvent être ensemencés, la récolte n'est généralement effectuée que sur une partie de ces superficies.

La situation de l'agriculture dans les monts Nouba a notamment fait l'objet d'un rapport distinct. Dans les zones tenues par l'ALPS, l'agriculture et l'élevage ont été gravement touchés. Les mécanismes officiels d'appui à l'agriculture ont été démantelés et il est pratiquement impossible de consulter des données. Des renseignements non scientifiques laissent penser que la répartition des pluies cette année dans les monts Nouba a été irrégulière, de nouveaux semis ayant parfois été nécessaires dans certaines zones. À l'heure actuelle, les agriculteurs utilisent des semences de variétés locales provenant de la récolte précédente mais étant donné les difficultés d'accès aux terres et la nécessité de cultiver à toutes les campagnes, les rendements sont médiocres, d'autant plus que le striga est présent. Faute d'engrais, on a recommandé de cultiver du manioc et des patates afin de surmonter l'obstacle des mauvais rendements. On ne dispose pas d'enrobage des semences et les cultures de sorgho sont exposées au charbon.

La production agricole dans les zones des monts Nouba contrôlées par les forces gouvernementales est meilleure. Cependant, les problèmes d'insécurité et de déplacements des populations ont réduit les superficies cultivables. Les services d'entretien des tracteurs sont limités et il n'y a pas de crédit disponible. Les prix, dans les zones de production, sont restés faibles en raison de l'absence de pouvoir d'achat/d'infrastructures de commercialisation.

Fort heureusement, la zone de conflit est limitée aux monts Nouba et n'a pas gagné le reste de la région. Les conclusions de la mission pour le reste de la région montrent que si les pluies ont commencé aux dates habituelles, les bonnes pluies sont venues plus tard, à la fin de juillet et en août et se sont poursuivies régulièrement jusqu'à la fin d'octobre. Dans les trois États, on a estimé que les pluies étaient bien réparties. Cependant, la répartition géographique était moins étendue qu'en 1998, en particulier dans le Kordofan Nord où le mil est semé en sec.

Étant donné que toutes les cultures sont pluviales et que l'on utilise des systèmes à faible apport d'intrants et à faible production, les intrants agricoles sont limités aux carburants, aux lubrifiants et à la main-d'_uvre. Les agriculteurs utilisent leurs propres semences de la récolte précédente ou achètent des variétés locales au marché ou à d'autres agriculteurs. Ils ne disposent pas de crédit, et les grandes exploitations mécanisées qui cultivent du sorgho dans le Kordofan Sud s'appuient sur leurs propres ressources. Cette année, il y a eu une expansion des grandes exploitations dans le Kordofan Sud qui s'est traduite par une augmentation de 10 pour cent des cultures de sorgho dans la région. Cela tenait au fait que les sociétés et les petits agriculteurs quittaient Damazin pour des raisons d'insécurité. Cette évolution a neutralisé une tendance des agriculteurs cultivant le sorgho implantés dans la région à passer à la culture de sésame pour des raisons économiques.

L'enrobage des semences contre le charbon du sorgho était universellement pratiqué dans la région, mais on a signalé qu'il avait une efficacité douteuse. L'enrobage des semences à l'exploitation à l'aide de produits chimiques achetés au "souk" laisse beaucoup à désirer au point de vue de la sécurité et de l'efficacité.

Il a été noté que les pratiques de culture étaient normales, certains agriculteurs effectuant deux façons culturales pour le sorgho. Cependant, la fréquence du désherbage a été réduite, 10 à 15 pour cent environ des agriculteurs, dans les sous-secteurs traditionnel et mécanisé, renonçant à toute opération de désherbage en raison des coûts élevés de la main-d'_uvre. C'était généralement le cas lorsque la récolte du sésame coïncidait avec le désherbage du sorgho semé en septembre.

Cette année, les organismes nuisibles ont posé davantage de problèmes que pendant la campagne 1998/99. Au début de la campagne, les infestations de sauteriaux et de rats ont nécessité l'organisation de campagnes dans le Kordofan Nord et Ouest. Plus tard, le ver du mil ("nafasha") a gravement réduit les superficies à récolter et les rendements comme pendant la campagne précédente. La production de mil est donc décevante pour une campagne pendant laquelle les pluies étaient bien réparties.

Les cultures de sorgho ont aussi été attaquées par la cécidomyie, mais étant donné que la plus grande partie de cette culture a été semée plus tard, ce ravageur a fait moins de dégâts que dans les régions orientale et centrale. En général, le Kordofan Sud a été relativement épargné par rapport au reste de la région.

Cette année, la production de mil devrait être en baisse, la récolte étant moins abondante. La production de sorgho devrait, d'après les estimations, être supérieure à celle de l'année dernière en raison de l'arrivée d'agriculteurs provenant de Damazin. La mission estime que la production céréalière totale de la région s'établira à 567 000 tonnes obtenues sur 2,24 millions d'hectares, dont 81 pour cent de sorgho. Ce chiffre est supérieur de 39 pour cent à l'estimation établie l'année dernière après la récolte.

Dans cette région, il y a d'autres cultures importantes: l'arachide et la pastèque, cette dernière cultivée pendant la saison sèche grâce à l'humidité résiduelle. Cette année, l'arachide a bénéficié de la bonne répartition des pluies et on attend une bonne production. Cependant, les pastèques ont été attaquées par des punaises. Cette année, il semble que l'infestation ait été aggravée par la tendance à cultiver des pastèques pendant la campagne principale en vue de les vendre à Khartoum, qui a fait la soudure entre les campagnes et a permis la persistance des infestations d'une année à l'autre.

Dans la région, le bétail se porte bien grâce aux pâturages et au brout bien entretenus par deux bonnes saisons des pluies. Hormis les vols de bétail, il n'y a pas eu d'événements malencontreux cette année, les prix sont élevés, supérieurs de 40 à 50 pour cent à ceux de l'année précédente.

4.5 Darfour (Nord, Ouest, Sud)

La région comprend trois États, le Darfour Nord, le Darfour Ouest et le Darfour Sud, qui comptent 5 742 000 habitants. L'agriculture pluviale est prédominante, les principales cultures étant le mil, dans toute la région, et le sorgho dans l'ouest et le sud. Les exploitations sont généralement plus petites que dans les autres régions car il y a moins de grandes unités mécanisées. Le Darfour Nord est particulièrement vulnérable aux variations de la pluviométrie, de sorte que les superficies ensemencées et les superficies récoltées, comme dans le Kordofan Nord, varient énormément d'une année à l'autre. Par exemple, les superficies ensemencées de l'année dernière étaient sans précédent, mais ne se sont pas concrétisées en récolte, toutefois la campagne a été meilleure que la moyenne, sans atteindre les chiffres records que l'on attendait.

Cette année, la campagne a été caractérisée par une arrivée précoce des pluies qui ont ensuite été bien réparties pendant toute la saison jusqu'à octobre. Les précipitations ont été supérieures à la moyenne dans tous les États et elles ont été meilleures que l'année dernière. En conséquence, les conditions de végétation ont été favorables à la fois aux cultures, aux pâturages et aux adventices.

Étant donné que les agriculteurs traditionnels, qui sont la majorité, pratiquent la production pluviale et utilisent des systèmes à faible apport d'intrants et à faible production, des variétés locales sont utilisées pour toutes les cultures et les agriculteurs utilisent habituellement des semences issues de la récolte précédente. Ils pratiquent un enrobage limité des semences de sorgho, mais les semences de mil ne sont pas traitées du tout. La densité des semis est faible et la récolte ayant été abondante l'année dernière, on disposait de grandes quantités de semences.

Les façons culturales sont minimes et la terre est essentiellement cultivée à la main. Des trous faits à la houe/"salucca" et bien espacés puis les semis en sec constituent la pratique habituelle dans les sols sableux. Quelques tracteurs sont utilisés dans les sols plus lourds qui reçoivent davantage de pluies et la traction animale progresse chaque année, en particulier pour le désherbage. Cette année, les agriculteurs ont désherbé régulièrement dans les petites exploitations, souvent deux ou trois fois. Étant donné les graves problèmes dus aux rats qui se sont posés au début de la campagne, il a fallu semer plusieurs fois dans certaines zones et des campagnes de lutte contre les rats et les sauteriaux ont été organisées dans le Darfour Ouest.

Des pulvérisations aériennes dirigées contre les oiseaux ont été effectuées dans le Darfour Sud, mais tous les États ont signalé des dégâts étendus infligés par les oiseaux. Le ver du mil ("nafasha") reste un problème que l'on ne parvient pas à maîtriser dans la région. Étant donné que les céréaliculteurs ne disposent pas de crédit, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes ou sur un appui informel des négociants. Cependant, les coûts sont généralement faibles et la main-d'_uvre familiale est généralement suffisante pour l'agriculteur moyen. Cette année, on attend des rendements aussi faibles que d'habitude. Les prévisions de 90 kg/ha ou moins tiennent à une production très inégale où de vastes étendues ne produisent que de la paille. Cette paille est un produit de valeur pour construire des habitations et des palissades. Les toits, les murs et les enclos sont reconstruits régulièrement avec ce matériau local.

Cette année, la production de sorgho de la région devrait être plus élevée que l'année dernière, les superficies ayant augmenté de 18 pour cent. La production de mil devrait être en forte baisse, les superficies ayant fléchi de 30 pour cent. La production céréalière totale s'établit, d'après les estimations, à 590 000 tonnes dont 52 pour cent devraient être du mil, soit 12 pour cent de moins que l'estimation établie l'année dernière après la récolte.

Les prix en vigueur dans la région tiennent au fait que l'agriculture n'est pas orientée vers la vente, mais plutôt vers la subsistance. Pendant la mission, les prix du mil étaient inférieurs à ceux pratiqués dans le Kordofan et les prix du sorgho inférieurs à ceux relevés dans les régions centrale et orientale.

La mission a remarqué que les pâturages sont très verdoyants après deux années de bonnes pluies. L'état des animaux reflétait l'abondance des pâturages, les bonnes possibilités de constituer des réserves d'eau et l'absence de foyers de maladie. Les prix des animaux étaient beaucoup plus élevés que l'année dernière.

Les problèmes de sécurité signalés dans le Kordofan (Sud), dans la région centrale (Damazin) et dans la région orientale (Kassala-mer Rouge) n'ont pas été relevés par les équipes de la mission dans le Darfour, en raison de la période de calme et de stabilité relatifs dans la région de Bahr el Ghazal.

4.6 Soudan méridional

Le Soudan méridional, qui a une superficie de 640 000 km2 et une population estimative de 5,67 millions d'habitants, est en état de conflit pratiquement ininterrompu depuis 1983. Il est divisé en trois régions et dix États, comme indiqué ci-après:

Région États Capitale de l'État
Équatoria: Bahr El-Jebel Juba
  Équatoria Est Kapoeta
  Équatoria Ouest Yambio
Haut Nil Haut Nil Malakal
  Jonglei Bor
  Union Bentui
Bahr-El-Ghazal Bahr-El-Ghazal Ouest Wau
  Bahr-El-Ghazal Nord Aweil
  El-Buheirat (Lacs) Rumbek

Les services publics ont été anéantis par 16 ans de guerre civile, de sorte que l'on ne recueille plus officiellement de statistiques agricoles dans aucune zone, à l'exception du secteur mécanisé de l'État du Haut Nil. Ailleurs, bien qu'il existe des bureaux du Ministère de l'agriculture dans les zones contrôlées par les forces gouvernementales, ils n'ont pas les moyens opérationnels nécessaires pour réunir des informations et ont un accès restreint aux zones agricoles. De même, dans les zones tenues par les rebelles, les coordonnateurs agricoles de la SRRA (Armée populaire de libération du Soudan - APLS) et de la RASS (Armée de libération du Soudan Sud - ALSS) sont tout aussi mal équipés et s'appuient sur des données non scientifiques et sur les déclarations de tiers pour estimer les superficies et prévoir les rendements.

Le PAM et d'autres partenaires de l'OSS (UNICEF et ONG) qui opèrent dans des endroits donnés fournissent l'essentiel des données de terrain, glanées à partir d'évaluations rapides ou auprès d'agriculteurs contacts qui travaillent dans de petites exploitations. L'ensemble de ces données fournit les meilleures estimations dont on dispose pour calculer la production par extrapolation du nombre des ménages corrigé pour tenir compte des dimensions de l'exploitation moyenne de telle ou telle zone agro-écologique. La mission a adopté les divisions régionales ci-dessus pour calculer la production et les besoins. Les effectifs des populations utilisés dans les calculs sont fondés sur les chiffres actualisés du NIDS (1999) du secteur méridional, les statistiques du secteur septentrional étant ajoutées pour compléter la couverture. Les variations par rapport à 1998 tiennent compte du réalignement des zones, ainsi que du retour des personnes déplacées. On trouvera au tableau 3 les estimations de la population et des superficies utilisées par la mission en 1999.

Les diverses ressources sur lesquelles reposent les systèmes de subsistance complexes, notamment l'agriculture, la pêche, le pastoralisme, la chasse et le négoce, ont été rendues inaccessibles à divers degrés selon l'emplacement, en raison de la guerre civile, des conflits tribaux, des rivalités entre les factions, des pillages, des vols de bovins et des tactiques visant à répandre la terreur, qui ont perturbé les activités ou fait fuir quelque 85 pour cent de la population.

Malgré tout, le Soudan méridional a eu en 1999 une période de végétation allant de 150 jours dans le nord à 300 jours dans la zone verte du sud. Dans cette dernière, on a pu pratiquer plusieurs cultures sur une même superficie et dans la première, on a pu ressemer si les premiers semis avaient échoué.

Table 3. Soudan méridional: Estimations de la population et des superficies

Région Population1 (en milliers de personnes) Ménages
(milliers)
Ménages agricoles en 1999
(milliers)
Pourcentage ha/ménages agricoles en 1999 ha
Haut Nil 1 634 270 181 67 0,66 120 000
Haut Nil 361 60 42 70 0,80 34 000
Union 523 86 52 60 0,40 21 000
Jonglei 750 124 87 70 0,75 65 000
Équatoria 1 730 288 181 63 1,05 190 000
Bahr el Jebel 280 47 36 76 0,66 24 000
Est 828 138 52 38 0,86 45 000
Ouest 622 103 93 90 1,30 121 000
Bahr el Ghazal 2 311 386 297 76 0,53 158 000
Nord 991 165 107 65 0,32 34 000
Ouest 300 50 45 90 0,64 29 000
Lacs 1 020 171 145 85 0,65 95 000
TOTAL 5 675 944 659 69.8 0,71 468 000

1/ NIDS 1999 + zones du secteur septentrional.

Les prévisions des rendements sont établies sur la base de l'analyse des facteurs ayant une incidence sur la production cette année, de séries chronologiques à partir de 1995 et des contrôles ponctuels de la mission concernant les calculs de densité des semis, des coupes témoins et des mesures de superficie.

La production céréalière, qui concerne essentiellement le sorgho (60 pour cent), le maïs (29 pour cent) et le mil (9 pour cent), commence par les premiers semis de printemps. Cette année, ceux-ci ont commencé en février et les semis se sont poursuivis jusqu'à octobre. Les estimations de la production préparées par la mission concernent toutes les cultures récoltées pendant l'année, y compris les céréales qui ont été consommées en 1999. Pour équilibrer les disponibilités et les besoins de céréales, on suppose qu'une quantité équivalente sera disponible pendant l'année à venir (2000). Cette hypothèse n'est guère hasardeuse dans la plupart des zones qui ont de premières pluies relativement abondantes pendant les années normales, à moins qu'il y ait des problèmes de sécurité, comme ce fut le cas dans la région de Bahr el Ghazal en 1998.

Dans le secteur méridional (traditionnel), la production céréalière s'est améliorée dans la plupart des régions en raison de l'augmentation du nombre de ménages agricoles et de l'accroissement des dimensions des exploitations. Cependant, la production n'est nulle part revenue à son niveau d'avant guerre. Les pourcentages de ménages agricoles sont encore inférieurs à la normale, sauf dans l'Équatoria Ouest où les ONG fournissent des incitations à l'agriculture en offrant des débouchés pour les semences et les céréales vivrières. Les rendements devraient être légèrement inférieurs à ceux indiqués par la mission l'année dernière, tout en restant comparables.

Dans le secteur septentrional, la production devrait fléchir, les grandes exploitations mécanisées de Renk étant passées du sorgho au sésame et celles de Malakal et Malut ayant totalement renoncé à semer. En outre, les problèmes d'insécurité cités plus haut, et le fait que les agriculteurs n'étaient pas prêts au moment des premières pluies dans l'État du Haut Nil, ont aussi réduit les superficies ensemencées dans le secteur traditionnel. Les rendements moyens devraient être légèrement inférieurs à ceux de l'année dernière, les pluies n'ayant pas été optimales, les semis ayant été tardifs et le désherbage moins fréquent ou non effectué au bon moment.

La mission estime que la production céréalière de 1999/2000 dans le Soudan méridional s'établit à 460 000 tonnes et concerne 556 000 hectares. La production du secteur traditionnel s'établit, d'après les estimations, à 385 000 tonnes (obtenues sur 468 000 hectares), soit 12 pour cent de plus que les estimations calculées par la mission l'année dernière. En revanche, le secteur mécanisé devrait produire quelque 75 000 tonnes sur 88 000 hectares, soit 39 pour cent seulement des estimations établies par la mission l'année dernière.

Le tableau 4A récapitule la production céréalière en 1999 et donne, pour comparaison, les estimations de 1996, 1997 et 1998. On reconnaît généralement que 1998 et 1999 ont été des années bien meilleures que les deux qui les ont précédées. La production céréalière comprend quelque 60 pour cent de sorgho, le reste étant essentiellement constitué de maïs, bien que le mil chandelle (Haut Nil), l'éleusine cultivée (Équatoria) et le riz pluvial (Équatoria) aient également été cultivés cette année. Pour 1998 et 1999, les estimations de la production tiennent compte de la double récolte dans l'Équatoria et des récoltes de céréales obtenues en début de campagne et consommées pendant l'année dans toutes les régions.

On trouvera au tableau 4B une récapitulation de la production de céréales (sorgho et un peu de mil chandelle) du secteur mécanisé. La très forte baisse de cette année tient essentiellement au choix des agriculteurs de cultiver du sésame ou de ne pas semer, la production très abondante de l'année dernière n'étant vendable qu'à très bas prix. De surcroît, dans la région de Renk, les stocks de sorgho détenus par la Banque agricole se sont accumulés et dépassent 12 000 tonnes depuis 1996/97. Les banques n'ont donc aucune raison d'offrir des crédits aux céréaliculteurs.

Tableau 4A. Production céréalière traditionnelle par État (arrondie) (et série chronologique 1996-1999)

Région   1996 1997 1998 1999 Différence en pourcentage entre 1999 et 1998
Superficie
(milliers d'ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers d'ha)
Rendement (tonnes/ha) Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers d'ha)
Rendement (tonnes/ha) Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers d'ha)
Rendement (tonnes/ha) Production
(milliers de tonnes)
Superficie Production
Haut Nil 196 0,36 70 151 0,30 45 133 0,64 85 120 0,73 88 -10 +3%
Haut Nil 69 0,49 34 53 0,42 22 52 0,79 41 34 0,67 23 -35 -44
Union 47 0,28 13 41 0,24 10 40 0,43 17 21 0,66 14 -48 -18
Jonglei 80 0,29 23 57 0,22 13 41 0,66 27 65 0,78 51 +58 +88
Équatoria 214 0,64 136 148 0,48 71 194 0,86 166 190 0,99 189 -2 +14
Bahr el Jebel 53 0,45 24 43 0,30 13 39 0,72 28 24 0,79 19 -39 -32
Équatoria Est 89 0,46 41 54 0,35 19 55 0,71 39 45 0,82 37 -18 -5
Équatoria Ouest 72 0,93 71 51 0,76 39 100 0,99 99 121 1,10 133 +21 +34
Bahr el Ghazal 247 0,44 109 192 0,30 58 134 0,72 96 158 0,70 112 +18 +16
Bahr el Ghazal Nord1 55 0,25 14 41 0,24 10 22 0,68 15 34 0,68 23 +54 +53
Bahr el Ghazal Ouest2 54 0,39 21 42 0,31 13 30 0,66 22 29 0,75 22 -3 0
Lacs3 93 0,55 51 70 0,33 23 42 0,78 33 95 0,70 67 +126 +103
Warrab 45 0,51 23 39 0,31 12 40 0,65 26 - - - - -
Total secteur
Traditionnel
657 0,48 315 491 0,35 174 461 0,75 347 468 0,83 389 +1% +12%

1/ Nord en 1999: Aweil Ouest, Wau, Aweil Est, Twic, Gogrial, Abyei.
2/ Ouest en 1999: Raga et Wau.
3/ Lacs en 1999: Tonj, Rumbek, Yirol (y compris Warrab).

Tableau 4B. Production céréalière mécanisée par État (arrondie) (et série chronologique 1996-1999)

Région   1996 1997 1998 1999 Différence en pourcentage entre 1999 et 1998
Superficie
(milliers d'ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers d'ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers d'ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers d'ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie Production
Renk 166 0,44 73 140 0,90 127 207 0,76 157 61 0,87 53 -70% -67%
Malakal 2 1,00 2 4 1,00 4 6 0,66 4 3 0,66 2 -50% -50%
Melut 0 0,00 0 8 1,00 8 10 0,80 8 0 0 0 -100% -100%
Tayara 44 0,36 16 38 0,42 16 36 0,64 23 24 0,83 20 -33% -14%
Total secteur Mécanisé 212 0,43 91 190 0,82 155 259 0,74 192 88 0,85 75 -66% -61%

Autres cultures

Le potentiel agricole du sud du Soudan est considérable. Il est possible de pratiquer de très nombreuses cultures tropicales dans la plupart des États. À l'heure actuelle, il n'est pas possible d'aller au-delà de la culture de subsistance et de la vente locale des excédents des ménages. Cependant, dans certains États, il y a un patrimoine de cultures pérennes héritées d'une époque plus sûre. Par exemple, dans l'Équatoria Ouest, il y a un excédent de mangues, papayes, bananes et de manioc, sans débouchés. Même aussi au nord qu'à Wau, il y a un excédent de mangues à la saison qui est à l'origine de l'intérêt que l'administration porte aux techniques de conservation.

Toutes les cultures pérennes et les cultures de tubercules ont donné de bons résultats cette année, grâce aux pluies prolongées et abondantes. Les arachides et les courges se trouvent dans des zones différentes, les premières dans des zones séparées (Bahr el Ghazal) ou intercalées avec le sorgho (Équatoria), les dernières cultivées à la ferme, souvent avec du tabac, après les premières récoltes de sorgho ou de maïs (Bahr el Ghazal, Haut Nil). Cette année, les premières récoltes d'arachides semblent avoir été bonnes dans les sols sableux mais les récoltes suivantes (sols plus lourds) ont souffert de l'engorgement.

La production de sésame du secteur mécanisé devrait doubler. Les superficies de cette culture dans la région de Renk sont passées de 42 000 à 81 000 ha. La récolte est en cours et les rendements devraient être élevés.

Élevage

La contribution de l'élevage à la sécurité alimentaire dans le Soudan méridional varie d'un État à l'autre selon la sensibilité locale à la trypanosomiase. En général, la production animale joue un rôle important dans la plus grande partie des États de Bahr el Ghazal, du Haut Nil, de Jonglei et d'Équatoria Ouest. Cette année, humide comme l'année dernière, les pâturages de la savane et les parcours ont été abondants et les pluies prolongées assureront un fourrage plus que suffisant pour la prochaine saison sèche dans toutes les régions sauf la partie orientale de l'Équatoria Est, où les sécheresses précoces ont limité les déplacements habituels des bovins hors des montagnes.

Malheureusement, l'humidité persistante a aussi encouragé le développement des ectoparasites et des endoparasites, et de panaris, de sorte que l'état du bétail n'est pas aussi bon que prévu. La douve du foie et les ascaris gastro-intestinaux ont été signalés comme provoquant de graves problèmes dans les pâturages de bas-fond. De même, les tiques et la dermatose nodulaire contagieuse ont été signalées comme préoccupantes dans les États du Haut Nil et de Jonglei. En revanche, l'Accord de paix de Wunlit a permis le pâturage commun Dinka/Nuer dans les parcours des lacs - du Haut Nil de l'Ouest, remédiant dans une certaine mesure à la perturbation des modes de pâturage imputables aux conflits dans l'État de l'Union.

Le programme de l'OSS a formé et installé 718 agents vétérinaires et 32 agents de vaccination, ce qui a permis de procéder à la vaccination stratégique de plus de 271 000 bovins contre diverses maladies, en particulier la peste bovine (149 000). Étant donné la mobilité des troupeaux nomades et semi-nomades, le maintien des programmes de vaccination intéresse non seulement les animaux du Soudan méridional mais encore le bétail des pays voisins. Cette année, il n'y a pas eu de cas confirmés de peste bovine, le seul foyer suspect de Torit (Équatoria Est) n'ayant pas été confirmé à l'examen vétérinaire. D'autres maladies importantes sont notamment la theilériose (Bahr el Jebel et Équatoria Est) et les infections pulmonaires, souvent diagnostiquées comme péripneumonie contagieuse des bovidés.

Cette année, le commerce des bovins est dynamique, les prix des animaux sont élevés partout et on n'a pas signalé de vente en catastrophe. La récolte relativement abondante laisse penser que cette situation va se maintenir pendant la prochaine campagne de commercialisation.

Disponibilités alimentaires dans le Soudan méridional

L'amélioration de la distribution de l'aide alimentaire, en particulier dans la région de Bahr el Ghazal, a considérablement amélioré la situation. Plus peut-être que la disponibilité de tonnes de céréales, l'amélioration de la sécurité dans la région a encouragé les agriculteurs à semer sur de plus grandes superficies. Ce facteur, auquel s'ajoutent les pluies prolongées, est à l'origine des résultats du secteur traditionnel meilleurs que ceux de l'année dernière, malgré les divers problèmes identifiés plus haut.

En revanche, le secteur mécanisé a une production qui ne s'élève qu'à 37 pour cent de la récolte de sorgho de l'année dernière, les grandes exploitations ayant choisi soit de passer au sésame, soit de ne pas semer du tout. Tout au long de l'année, les prix des céréales s'en sont ressentis. À l'heure actuelle, dans les zones tenues par les rebelles, les prix du sorgho se situent entre 28 000 et 33 000 LSd. Les prix n'ont atteint les niveaux élevés de 1998 que dans les zones contrôlées par les forces gouvernementales et qui sont tributaires d'approvisionnements intermittents provenant du nord, telles que Bor et Juba. À Bor, par exemple, le quintal coûtait 120 000 LSd en juillet, mais ce prix est tombé à 50 000 LSd lorsque les péniches sont arrivées en septembre.

On trouvera au tableau 5 la situation des approvisionnements céréaliers et de la demande par État.

Table 5.Secteur traditionnel des États méridionaux - Population et estimation de la production de céréales et de l'excédent/déficit

  Population
(milliers
d'habitants)
Superficie cultivée (milliers d'ha) Rendements (tonnes/ha) Production (milliers de tonnes) Disponibilité par habitant (kg/an) Consom-mation par habitant (kg/an) Excédent/
déficit (tonnes)
Haut Nil 361 34 0,67 23 63 60 1 083
Union 523 21 0,66 14 27 60 (17 529)
Jonglei 750 65 0,78 51 68 60 6 000
Équatoria Ouest 622 121 1,10 133 213 110 64 580
Bahr el Jebel 280 24 0,79 19 67 80 (3 400)
Équatoria Est 828 45 0,82 37 82 80 1 656
Bahr el Ghazal Nord 991 34 0,67 23 23 73 (49 550)
Bahr el Ghazal Ouest 300 29 0,76 22 75 73 600
Lacs 1 020 95 0,70 67 65 73 (6 120)
TOTAL 5 675 468 0,83 389 68.5 69 (2 680)

On a ajouté 38 500 tonnes pour permettre une consommation accrue de céréales dans les populations des villes de garnison. Cela porte les besoins céréaliers totaux de la population des États méridionaux à 430 000 tonnes, dont 10 000 tonnes de blé importé. Si on ajoute des pertes de stockage des céréales de production locale de 15 pour cent (57 000 tonnes) et un besoin de semences céréalières mélangées pour 500 000 hectares à raison de 12 kg par hectare (6 000 tonnes), les besoins pour l'année prochaine s'établissent à 494 000 tonnes. La production de cette année, y compris celle des exploitations mécanisées du Haut Nil, s'établit à 460 000 tonnes, mais il faut savoir que les excédents ne peuvent pas être transportés, même à l'intérieur des États.

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5. SITUATION DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES

5.1 Situation actuelle du marché

Contrairement à 1998, qui s'était caractérisé par des prix élevés et fluctuants des céréales, 1999 a vu les prix sont restés remarquablement stables et assez bas dans la plupart des régions du pays en 1999. Cela tenait essentiellement à la récolte record de sorgho et de mil en 1998 et donc à l'abondance des stocks en 1999, aux conditions climatiques généralement favorables et à une interdiction triennale d'exportation du sorgho. La figure 1 ci-après montre que les prix moyens mensuels du sorgho en 1999 dans le Gedaref, région grosse productrice de sorgho, étaient relativement stables, avec une pointe à un peu moins de 15 000 LSd le sac de 90 kg de mai à septembre et beaucoup plus bas que l'année dernière. Il y a néanmoins des exceptions dans le sud, où les prix sont influencés par l'insécurité, la fragmentation du marché et la très grande faiblesse du pouvoir d'achat.

Figure1

Cependant, les perspectives de récoltes céréalières moins abondantes (sorgho et mil) en 1999 par rapport à l'année dernière et l'épuisement des stocks dû essentiellement à une augmentation des exportations ont entraîné une flambée des prix en novembre et décembre 1999. On attend une nouvelle hausse des prix en 2000. Ce raffermissement du marché aura un effet négatif sur les couches les plus pauvres de la population mais devrait inciter les agriculteurs à semer davantage de céréales pendant la prochaine campagne.

5.2 Bilan offre/demande pour 1998/99 et 1999/2000

On trouvera au tableau 6 le bilan céréalier national prévu par la mission pour 1999/2000, ainsi que le bilan de la campagne précédente.

Tableau 6. Soudan: Bilan céréalier pour 1999/2000 (milliers de tonnes)

 
Céréales
Riz
Sorgho
Mil
Blé
Autres
Disponibilités
4 471
2
3 541
574
288
66
Stocks d'ouverture
572
0
496
75
0
1
Production
3 899
2
3 045
499
288
65
Utilisation
5 189
40
3 541
574
968
66
Vivrière
4 204
40
2 728
495
892
49
Fourragère
240
0
230
10
 0
 0
Semencière et autres utilisations
409
0
284
33
76
16
Exportation
0
0
0
0
0
 0
Stocks de clôture
336
0
299
36
0
1
Importations
718
38
 0
 0
680
0
Commerciales
718
38
 0
 0
680
0
Aide alimentaire
1/
0
0
0
0
0

1/ S'établissant, d'après les premières estimations, à 103 453 tonnes pour le secteur du Sud, y compris les monts Nouba.

En ce qui concerne l'offre, on estime que les stocks d'ouverture de céréales s'établissent à 572 000 tonnes, dont environ 87 pour cent de sorgho. La récolte record de l'année dernière, en particulier en ce qui concerne le sorgho, a maintenu à un niveau élevé l'ensemble des stocks pendant la plus grande partie de l'année 1999, de sorte que les prix commerciaux du sorgho dans de nombreuses zones sont restés modérés. Cependant, la reprise des exportations en 1999 a entraîné une forte baisse des stocks. La Banque agricole du Soudan, qui stocke les céréales acquises dans le cadre des prêts Salem, ainsi que les réserves stratégiques de l'État, a indiqué que les stocks sont tombés de 143 408 tonnes à 90 000 tonnes entre décembre 1998 et novembre 1999. À la fin de 2000, la Banque pense que les stocks ne dépasseront pas 100 000 tonnes. Dans les zones productrices de sorgho du Gedaref, de la Gezira et de Sennar, la plupart des négociants n'avaient pas d'installations de stockage et détenaient donc des stocks minimaux. Même les grands négociants possédant des installations d'entreposage ont indiqué qu'il ne leur restait guère de stocks, car ils avaient vendu à Khartoum ou exporté directement la plus grande partie des céréales qu'ils avaient accumulées en 1999. Cependant, les petits exploitants dans les périmètres d'irrigation et les exploitants traditionnels des zones pluviales, on le sait, mettent une partie de leur récolte de côté pour la consommation du ménage. La mission a estimé cette quantité à environ 10 pour cent de la production de l'année dernière.

La récolte céréalière globale s'établit, d'après les prévisions, à quelque 3,9 millions de tonnes, ce qui, si on ajoute les stocks de report de 572 000 tonnes, donne une disponibilité intérieure de 4,47 millions de tonnes de céréales.

En ce qui concerne la consommation/utilisation, en se fondant sur des estimations plus fiables, la mission a pris acte de différences régionales des modes d'alimentation, de la production et de la disponibilité de denrées alimentaires, des tendances antérieures, ainsi que des conditions créées par les troubles civils en cours. Pour les États du Nord et les villes de garnison du Sud, la consommation de céréales par habitant en 2000 s'établit, d'après les estimations, à 145 kg, dont 91 kg de sorgho, 18 kg de mil, 34 kg de blé, et 2 kg d'autres céréales. Cela est conforme à une tendance antérieure de 140 kg, mais inférieur aux chiffres de l'année précédente, lorsque les prix, modérés par l'abondance de la récolte, avaient favorisé une consommation vivrière accrue. Avec une population estimative de 26,3 millions d'habitants dans les États du Nord et les villes de garnison du Sud, on obtient une consommation de céréales de l'ordre de 3,813 millions de tonnes. Pour les zones rurales du Soudan méridional, qui consomment davantage de manioc et d'autres racines, la consommation par habitant de l'ensemble des céréales, s'établit `d'après les estimations, à 69 kg (Tableau 5), dont 12 kg de maïs. Sur la base d'une population de l'ordre de 5,67 millions d'habitants, les besoins en céréales dans les zones rurales du Soudan méridional s'élèvent à 391 230 tonnes. Globalement, on pense de 4,20 millions de tonnes de céréales vivrières seront consommées en 2000.

Utilisation non vivrière: en 1998/99, l'utilisation de sorgho en alimentation animale a augmenté avec l'accroissement des disponibilités et les prix relativement bas. La forte hausse des exportations de bétail (essentiellement moutons) vers les pays du Moyen-Orient a également contribué à l'augmentation de l'emploi de sorgho pour l'embouche. La proportion prévue des pertes a été revue à la hausse pour l'année dernière compte tenu de l'abondance des disponibilités de sorgho. Cependant, en 1999/2000, la récolte réduite de sorgho et une éventuelle hausse des prix plus tard dans l'année devraient faire baisser l'utilisation fourragère et on l'estime à environ 240 000 tonnes de sorgho. La densité des semis s'établit, d'après les estimations, à 7,5 kg/ha pour le sorgho, 5 kg/ha pour le mil et 150 kg/ha pour le blé. Cette année, on prévoit un pourcentage plus faible de pertes de récolte, en raison de la réduction des superficies et de la production.

Exportations: le maintien des exportations de sorgho dépend de certaines conditions, en particulier la compétitivité de la production locale qui est elle-même déterminée par le coût des intrants, notamment la main-d'_uvre, le transport et le stockage, ainsi que les redevances payées par l'agriculteur et/ou le négociant. L'augmentation des exportations de sorgho en 1999 tient essentiellement au fait que l'on a puisé dans les stocks qui avaient été achetés aux bas prix qui se sont maintenus pendant la plus grande partie de l'année. Étant donné la baisse de production et la hausse prévue des prix du sorgho (les cours mondiaux des céréales étant faibles) la mission suppose que le sorgho du Soudan ne sera plus concurrentiel sur le marché international, rendant inutile toute incitation à exporter.

Importations: les importations de blé ont été pratiquement multipliées par 5 entre 1990 et 1999 (figure 2). Cela peut tenir à une évolution des goûts du consommateur favorisées par l'urbanisation et l'augmentation du revenu de certaines couches de la société. La consommation de blé, qui s'élève, selon les estimations, à 892 000 tonnes en 1999/2000, est bien supérieure à la production intérieure prévue de 288 000 tonnes. Par conséquent, il faut importer environ 680 000 tonnes de blé pour satisfaire les besoins de consommation.

Une autre céréale qui fait l'objet d'importations assez limitées mais croissantes est le riz, qui est passé de 5 600 tonnes seulement en 1990 à quelque 35 000 tonnes en 1999. Les importations d'aide alimentaire, destinées pour l'essentiel au secteur méridional de l'OSS s'établissent, d'après les estimations, à 103 000 tonnes environ de céréales.

Figure2

5.3 Situation nutritionnelle

Les enquêtes nutritionnelles menées dans l'État de Bahr el Ghazal pour 1999, mettent en évidence une amélioration sensible du taux global de malnutrition, qui est à moins de 15 pour cent contre 45 pour cent en 1999, ce chiffre élevé étant imputable à une situation d'urgence massive. L'alimentation sur place et la livraison d'aide alimentaire d'urgence par le PAM et ses partenaires avaient alors été entreprises. La réduction de la malnutrition dans la plus grande partie de la région de Bahr el Ghazal est l'une des grandes réussites de l'aide alimentaire humanitaire en 1999. Cependant, cette amélioration nutritionnelle ne peut être durable que grâce à l'aide alimentaire2.

Les améliorations des capacités de production et l'aide alimentaire régulière ont stabilisé la malnutrition dans la plus grande partie de l'Équatoria à des niveaux analogues à ceux que l'on connaît dans la région de Bar el Ghazal. Ailleurs, la malnutrition demeure fréquente, et s'aggrave de façon saisonnière. Dans l'État de l'Union, l'état nutritionnel va probablement se détériorer.

La sécurité alimentaire des ménages reste préoccupant pour les personnes déplacées à l'intérieur du pays, en particulier dans certains endroits des États de Bahr el Ghazal, du Haut Nil et d'Équatoria Est en raison des raids des milices, des combats militaires et des affrontements inter-tribaux. En outre, les pluies tardives et irrégulières suivies d'inondations ou de sécheresses ont sensiblement abaissé les rendements des cultures dans un certain nombre de zones. l'État de l'Union souffre depuis le début de 1999 d'une insécurité persistante qui a entraîné des déplacements de populations, provoquant des pertes d'avoirs et perturbant les activités agricoles. Dans les villes, la malnutrition devrait s'aggraver et elle pourrait dépasser le taux global de 30 pour cent que l'on avait enregistré en 1998. Cependant, il pourrait être difficile de suivre la situation, l'accès à l'État de l'Union étant limité.

5.4 Besoins d'aide alimentaire d'urgence pour 2000

L'insécurité est la principale cause des besoins d'aide alimentaire au Soudan. En outre, les pertes de cultures dues aux organismes nuisibles, à l'irrégularité des pluies, aux inondations et au passage du sorgho à la culture du sésame ont contribué à réduire la production de céréales. La plus grande partie de l'aide alimentaire continuerait à aller vers des localités ayant une grande concentration de personnes déplacées dans les États de Bahr el Ghazal, d'Équatoria, de Jonglei, du Haut Nil, de l'Union et de Kassala.

La situation dans la région de Bahr el Ghazal est restée calme en 1999 et la situation nutritionnelle s'est améliorée. Cependant, une aide alimentaire est nécessaire lorsque l'insécurité et les conditions météorologiques défavorables pendant la campagne agricole ont entraîné une perte de récolte et d'autres avoirs. Les besoins alimentaires se feront le plus sentir dans les comtés d'Aweil Ouest et de Gogrial. L'aide alimentaire dans la région de Bahr el Ghazal devrait être inférieure de 34 pour cent à celle de 1999.

Dans l'Équatoria Est, la sécheresse et l'insécurité ont entraîné des pénuries alimentaires pour l'année à venir qui toucheront quelque 168 000 personnes dans les comtés de Torit et de Kapoeta.

L'intensification des combats dans l'État de l'Union a entraîné le retrait temporaire du personnel humanitaire et a empêché la livraison de l'aide humanitaire dont on avait besoin d'urgence. Le suivi révélera peut-être un accroissement des besoins alimentaires pour l'État de l'Union.

Dans les États de l'Union, du Haut Nil et de Jonglei, les conflits inter-tribaux et l'insécurité ont entraîné des déplacements massifs, des pertes de cultures et d'autres avoirs depuis avril 1999. L'insécurité alimentaire devrait s'aggraver dans les régions de Ruweng, Leech, Pibor, la ville de Bor, le bas Sobat et le Haut Nil Ouest. Ces zones seront particulièrement suivies par le PAM en 2000 car les déficits vivriers sont plus graves et l'accès aux bénéficiaires est plus difficile que dans les autres régions du Soudan méridional.

Dans l'État de Kassala, l'insécurité le long de la frontière érythréenne a déjà entraîné des déplacements massifs de populations qui reçoivent une aide alimentaire depuis 1998. Cette année, l'aggravation de l'insécurité et les pertes de cultures dues à l'irrégularité des pluies, aux organismes nuisibles et aux maladies, ont empêché le déroulement normal de l'agriculture et de l'élevage et limité les possibilités de travail salarié, rendant la région plus vulnérable aux pénuries alimentaires chroniques.

Les petits agriculteurs du Kordofan Nord et du Darfour Sud ont perdu leurs cultures à cause d attaques massives d'organismes nuisibles et d'oiseaux. Dans certaines zones, où une production limitée est possible pour les personnes déplacées à l'intérieur du pays, 50 pour cent des parcelles agricoles ont été touchées, en raison des semis tardifs et des inondations. Les conflits tribaux et les vols de biens dans le Kordofan Ouest ont également touché les personnes de retour et les petits agriculteurs.

Le PAM propose de fournir 103 453 tonnes d'aide alimentaire en faveur d'un maximum de 2,4 millions de personnes pendant l'année 2000 (Tableau 7). Ce chiffre englobe les aliments affectés aux populations des monts Nouba. En outre, les quantités totales demandées comprennent un stock de 7 pour cent - soit 6 768 tonnes - visant à satisfaire les besoins d'urgence imprévus découlant des catastrophes naturelles telles qu'inondations et échec des cultures, ainsi que les besoins accrus imputables aux déplacements de populations provoqués par l'élargissement du conflit. Les fonds restants de 1999 seraient reportés sur 2000. Par conséquent, les besoins non couverts pour lesquels de nouvelles contributions sont nécessaires s'élèvent à 55 471 tonnes de vivres.

Tableau 7. Besoins alimentaires totaux en 2000

  Secteur méridional Aide alimentaire
(tonnes)
Bahr el Ghazal 20 915
Équatoria 5 588
Jonglei 1 121
Union 15 187
Haut Nil 5 870
Total partiel 48 680
Secteur septentrional  
Khartoum 869
Nil Blanc 835
Kassala 5 356
Kordofan Ouest 812
Kordofan Sud 114
Darfour Sud 6 153
Bahr el Ghazal 10 625
Haut Nil 2 221
Union 4 562
Jonglei 2 512
Équatoria 5 887
Hors secteurs OSS  
Vivres-contre-travail 517
Projets d'alimentation* 2 374
Total partiel 42 837
Monts Nouba  
Monts Nouba SS 2 543
Monts Nouba SN 2 625
Total partiel 5 168
Imprévus 6 768
Total général 103 453

Quelque 45 462 tonnes d'aliments seraient nécessaires pour couvrir les besoins d'une moyenne mensuelle de 435 122 bénéficiaires ou d'une moyenne de 573 056 personnes pendant la période de soudure avril-juin dans le secteur septentrional. Par ailleurs, les besoins totaux d'aide alimentaire pour le secteur méridional s'élèvent à 51 223 tonnes pour un total de 1,62 million de personnes souffrant d'insécurité alimentaire avec une moyenne mensuelle d'environ 1,11 million de bénéficiaires. Des denrées alimentaires supplémentaires seraient également nécessaires pour les enfants souffrant de malnutrition dans les centres de soins et d'alimentation complémentaire comme indiqué dans le tableau ci-joint.

Dans le secteur méridional, les aliments continueraient à être distribués par des agents de terrain opérant à partir de Lokichoggio ainsi que par les bases de terrain avancées de Mapel et Rumbek. Dans le secteur septentrional, 41 pour cent des aliments seraient distribués par des ONG, tandis que le reste serait distribué par les agents de terrain du PAM. Celui-ci prévoit de coordonner les activités avec ses ONG partenaires dans certaines zones de Bahr El Ghazal, d'Équatoria et du Haut Nil. Le PAM continuera à travailler en étroite collaboration avec la Commission d'aide humanitaire, la Sudan Relief and Rehabilitation Association (SRRA), la Relief Association of Southern Sudan (RASS) ainsi que les comités locaux de secours.

5.5 Autres interventions du PAM

Le PAM appuie deux activités de développement au Soudan: des projets vivres contre travail et des projets d'alimentation scolaire.

Vivres contre travail: en étroite collaboration avec les institutions de l'État et les ONG nationales et internationales, le PAM aide les communautés rurales à améliorer l'approvisionnement en eau dans les régions à déficit vivrier chronique et les régions sujettes à la sécheresse du Kordofan Nord et du Darfour Nord, grâce à des projets vivres contre travail.

Les hafirs sont utilisés au Soudan depuis plus de 50 ans et permettent de mieux approvisionner en eau les ménages dans les zones semi-arides, où la pénurie d'eau est la principale préoccupation des communautés locales. Plus de 65 pour cent des 150 000 personnes qui, depuis deux ans, participent directement à des projets appuyés par le PAM sont des femmes. En échange d'aliments, ces femmes ont construit des hafirs qui ont pu être utilisés par 400 000 personnes au moins vivant dans ces quatre régions du nord, où l'approvisionnement quotidien en eau est un problème aigu. En 2000, 6 000 tonnes de denrées alimentaires seront distribuées par ce projet en faveur de plus de 150 000 personnes.

Alimentation scolaire: le PAM fournit une aide à toutes les écoles primaires dans douze provinces réparties dans les États du Kordofan Nord, du Darfour Nord, du Darfour Ouest, du Kordofan Ouest et des collines de la mer Rouge où il y a des déficits vivriers. En 2000, environ 300 000 élèves bénéficieront d'un repas servi en milieu de matinée qui les aidera à mieux se concentrer et les incitera à fréquenter régulièrement l'école. Pour remédier au déséquilibre national entre les sexes au point de vue de la scolarisation, le PAM aide les communautés locales à remettre en état ou à construire des salles de classe, des sanitaires et à améliorer l'approvisionnement en eau dans 650 écoles de filles. En 2000, les distributions de vivres représenteront quelque 12 200 tonnes.

Opérations prolongées en faveur des réfugiés: le programme d'aide aux réfugiés éthiopiens et érythréens dans l'est du Soudan est en cours depuis 1967. Outre les rations alimentaires quotidiennes fournies à tous les réfugiés, le PAM donne des compléments nutritionnels aux enfants, aux femmes enceintes et aux femmes allaitantes. Il renforce le rôle des femmes dans la gestion de l'aide alimentaire en recrutant des femmes réfugiées pour aider aux activités de distribution des aliments.

En 2000, quelque 31 000 tonnes d'aliments seront fournies à un nombre estimatif de 138 000 réfugiés au Soudan, dont 123 000 Éthiopiens et Érythréens (90 pour cent du total) réfugiés dans 23 camps des quatre États orientaux de Kassala, de Sennar, de Gezira et de Gedaref. Un petit nombre d'Ougandais et de Congolais à Djouba reçoivent également une aide alimentaire du PAM.

5.6 Logistique

Les secours alimentaires d'urgence gérés par les bureaux du PAM dans le secteur septentrional sont soit achetés sur place dans des zones excédentaires, soit importés par Port Soudan, selon la contribution du donateur. Le PAM a des bases opérationnelles et logistiques dotées d'installations appropriées de stockage à Khartoum, Port Soudan, Kosti, El Obeid, Malakal, Djouba, Wau, Bentiu et Ed Daein. Les secours alimentaires d'urgence de ces bases sont livrés aux bénéficiaires dans les deux secteurs après un transport par voies routière, fluviale et aérienne. Le PAM a des Ilyushin-76, Hercules C-130 et Antonov-12 qui opèrent à partir des bases du secteur septentrional afin de desservir le secteur méridional, essentiellement à Bahr El Ghazal. Des péniches sont utilisées pour livrer l'aide alimentaire d'urgence et les articles non alimentaires aux bénéficiaires se situant le long des quatre couloirs fluviaux: Sobat, Bentiu, Zeraf et Djouba.

Par le couloir méridional, les aliments sont soit achetés au Kenya, soit importés par le port kényen de Mombasa. Les secours alimentaires sont livrés après un transport par voies ferroviaire, routière et aérienne. Les produits sont transportés de Mombasa par route et par rail jusqu'à Lokichoggio, ou par rail jusqu'aux installations de stockage intermédiaire du PAM à Kampala, et continuent par route vers Koboko, dans le nord de l'Ouganda. À partir de Koboko, l'aide alimentaire est livrée par voie routière par des transporteurs commerciaux aux bénéficiaires, essentiellement dans la région de Bahr El Ghazal. À partir de Lokichoggio, les livraisons sont essentiellement effectuées par des avions C-130 Hercules et Buffalo. Des livraisons limitées sont également effectuées par voie routière vers des destinations de l'Équatoria Est et de Jonglei. Les destinations du secteur septentrional qui peuvent être desservies à partir de Lokichoggio à moindres frais, telles que les villes contrôlées par l'État d'Équatoria Est, sont également desservies à partir de Lokichoggio.

Le PAM étudie actuellement les possibilités d'achats sur place dans la région de l'Équatoria Ouest où on a signalé des excédents de production et où aucune intervention de secours n'est prévue en 2000.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour tout complément d'information, le cas échéant.
Abdur Rashid
Chef, SMIAR FAO
Télex 610181 FAO I
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Mohamed Zejjari
Directeur régional, OSA, PAM
Télex: 626675 WFP 1
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1 Les prêts "Salem" des banques sont servis en espèces mais remboursés en nature sous forme de sorgho à un prix que l'on escompte être celui de l'après-récolte mais qui est fixé avant le début des semis.

2 Rapport sur la nutrition de l'UNICEF, octobre 1999.