SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO

RAPPORT SPÉCIAL

SITUATION DES APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES EN INDONÉSIE


18 janvier 2000



1. GÉNÉRALITÉS

En mars 1999, une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires en Indonésie avait signalé un certain nombre de difficultés en matière d'approvisionnements alimentaires, dues essentiellement aux effets de la crise économique qui avait sévi dans le pays en 1997/98, aggravés par une mauvaise campagne agricole due à la sécheresse liée au phénomène El Niño. Au cours du deuxième semestre de 1998, l'économie indonésienne s'était contractée de 20 pour cent environ, ce qui avait entraîné une augmentation rapide et imprévue du chômage. Ces bouleversements avaient érodé les moyens de subsistance d'importants groupes de population, aggravant les niveaux de pauvreté et la vulnérabilité face à l'insécurité alimentaire. L'effet de contagion des bouleversements économiques avait entraîné début 1998 une hausse brutale des prix des denrées alimentaires, alors que le pouvoir d'achat chutait de manière spectaculaire du fait de la montée du chômage et de la baisse des salaires réels. Début 1999, le pronostic général était que la croissance et le redressement économiques resteraient extrêmement limités, avec des répercussions sur la sécurité alimentaire, notamment des pauvres, qui avaient été les plus durement touchés par la crise.

Les secteurs les plus pauvres de la population s'inquiétaient notamment de ce que leurs économies et avoirs risquaient de continuer à fondre, ce qui compromettrait leur accès aux marchés alimentaires et leur capacité de survie avec des approvisionnements alimentaires réduits. La situation était jugée sensiblement plus grave en milieu urbain, où le chômage était plus prononcé, que dans les zones rurales, qui disposaient, en outre, d'autres stratégies face à la crise. Outre les problèmes économiques généralisés, en 1998/99, dans certaines régions du pays, les approvisionnements alimentaires ont aussi été affectés par l'insécurité et les troubles civils, responsables de défaillances du marché, les négociants ayant réduit leurs stocks et leurs opérations pour des raisons de sécurité. Ces dysfonctionnements et le rôle de moins en moins important de l'Office national de planification de la logistique, le BULOG, ont causé d'importantes variations des prix et des approvisionnements dans le pays, réduisant d'autant l'accès des plus pauvres aux marchés.

Pour faire face à la crise, le gouvernement a introduit en juillet 1998 le programme OPK visant à assurer la sécurité alimentaire des familles les plus vulnérables en leur permettant d'acheter du riz à des prix subventionnés. Le pays a également bénéficié d'une aide alimentaire et financière internationale importante à l'appui des efforts nationaux pour limiter l'impact social de la crise. Les objectifs visés étaient essentiellement le maintien de la sécurité alimentaire, la création d'emplois et de possibilités de travail rémunérateur et l'accès aux services sociaux essentiels.

La mission de mars a conclu que, d'une manière générale, si l'on attendait une légère reprise de l'agriculture et de l'économie en 1999, les perspectives à plus long terme concernant l'emploi, la croissance et la sécurité alimentaire, notamment parmi les populations les plus vulnérables, demeuraient incertaines.

2. SITUATION ACTUELLE

Une mission du SMIAR (FAO) en Indonésie effectuée en décembre dernier indique que depuis la mission de mars 1999, la situation a évolué dans un sens plutôt favorable à la sécurité alimentaire.

Si l'Indonésie a connu une forte contraction économique en 1998, dès le milieu de 1999, l'économie commençait déjà à se redresser. En outre, les taux d'inflation et d'emprunt sont retombés à des niveaux plus raisonnables, donnant confiance aux consommateurs et incitant à une reprise des activités. Cette évolution aura un impact positif sur des secteurs comme l'aviculture, puisque la demande de viande, et donc d'aliments pour animaux, devrait augmenter. En outre, les perspectives économiques à court terme de l'Indonésie bénéficieront aussi de l'évolution positive de la situation au niveau régional, dans la mesure où, parmi les pays touchés par la crise financière, ceux qui donnent des signes de reprise et de stabilité sont plus nombreux que prévu.

Bien que la reprise de la croissance économique soit sans doute faite pour durer, elle n'en restera pas moins inférieure à 5 pour cent, c'est-à-dire au niveau d'avant la crise. Dans l'ensemble, les perspectives de stabilisation de l'économie ont eu un impact positif sur les taux de change et sur les prix des denrées alimentaires, qui manifestent les uns comme les autres une stabilité relative et une amélioration par rapport au paroxysme de la crise, fin 1997-début 1998 (graphiques 1 et 2). On constate un déclin pratiquement continu de l'indice des prix à la consommation, mois après mois, depuis le début de 1999.

Un autre aspect positif en ce qui concerne la sécurité alimentaire est que le taux de chômage ouvert n'a pas été aussi important qu'on ne le craignait initialement après la crise. Selon des études récentes, de l'Organisation internationale du travail (OIT), le taux de chômage est passé de 4,7 pour cent en 1997 à 5,4 pour cent en 1998, soit une augmentation bien inférieure aux estimations initiales. Toutefois, l'impact de la crise sur l'emploi s'est fait sentir de diverses autres manières; le nombre de personnes occupées dans l'agriculture a augmenté sensiblement, passant de 35,8 millions (41 pour cent de la main-d'_uvre totale) en 1997 à 47 millions (soit 45 pour cent de la main-d'_uvre totale) en 1998, les flux migratoires des villes vers les campagnes ayant augmenté alors que l'importance relative des secteurs secondaire et tertiaire diminuait. La proportion de personnes sous-employées et/ou travaillant dans le secteur informel a également beaucoup augmenté.

Graphique 1
Graphique 2

On prévoit également une légère reprise de la production agricole en 1999/2000, compte tenu de la stabilité économique retrouvée, du regain de confiance des consommateurs et des programmes et efforts gouvernementaux visant à accroître la sécurité alimentaire intérieure et l'autosuffisance. La riziculture, en milieu de campagne (octobre-mars), a bénéficié de précipitations généralement favorables pendant cette campagne. En outre, aucun problème grave de ravageurs n'a été signalé à ce jour. Bien que la campagne agricole ne soit guère avancée, compte tenu de l'état actuel de la récolte principale, de l'accent mis sur la riziculture (intensification, intrants et vulgarisation) et des superficies plantées, la production de paddy de 1999/2000 devrait atteindre le niveau cible de 51 millions de tonnes (soit 33 millions de tonnes environ de riz usiné) pour une superficie cultivée d'environ 11,6 millions d'hectares. Si ce niveau de production se concrétise, il signifierait une augmentation de 3 pour cent environ par rapport aux estimations officielles définitives de la production de l'an dernier et rejoindrait le niveau de 1996/97, dernière année favorable (graphique 3).

Graphique 3
Source: Ministère de l'agriculture (estimations FAO/PAM en 1998)

La production de riz de cette année s'annonçant meilleure, les perspectives sont également favorables en ce qui concerne le redressement de l'économie rurale et l'accès des ménages aux denrées alimentaires.

Les approvisionnements en riz devraient demeurer satisfaisants jusqu'à la récolte de la campagne principale, qui aura lieu à partir de mars, et les prix devraient rester compétitifs, compte tenu des importations et de la récolte raisonnable attendue. D'après les projections du BULOG, les stocks de clôture se situeraient à la fin de la campagne commerciale 1999/2000 en cours (avril/mars) aux environs de 1,1 million de tonnes, contre des stocks d'ouverture de 2,3 millions de tonnes. Malgré des importations évaluées à quelque 1,3 million de tonnes pour 1999/2000, le BULOG aura donc dû puiser environ 1,2 million de tonnes dans les stocks au cours de l'année.

En outre, fin 1998, le gouvernement a autorisé des importations privées de riz. Comme les prix du riz importé, notamment pour les qualités inférieures (25 pour cent et A1), sont restés bien inférieurs aux prix intérieurs pendant toute l'année 1999, les importations privées ont été limitées en septembre à 5 pour cent de brisures ou aux qualités supérieures uniquement pour prévenir une chute encore plus grave des prix intérieurs. (Voir graphique 4).

Graphique 4

Toutefois, comme le riz importé est resté malgré tout meilleur marché et que des quantités importantes ont continué à être importées à titre privé en octobre et novembre, ce qui a contribué à une nouvelle chute des prix, fin 1999, le gouvernement a imposé une taxe de 30 pour cent sur le riz importé pour prévenir de nouvelles baisses des prix intérieurs. Cette taxe sur le riz importé, qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2000, augmentera de 430 rupiahs le prix du kilogramme de riz importé. Du coup, l'interdiction faite au secteur privé d'importer du riz de qualité inférieure à 5 pour cent brisures a été levée.

Les importations totales de riz sont indiquées dans le graphique 5.

Graphique 5

Malgré les terribles épreuves que la population indonésienne, et notamment les plus pauvres, ont endurées au cours des deux dernières années, en raison de la crise économique et de la chute de leur niveau de vie, il semble désormais que le pire soit passé. Depuis le second semestre de 1999, on constate des tendances positives et encourageantes et des signes d'une plus grande stabilité économique. Des indicateurs comme le PIB, les prix, les taux de change et les taux créditeurs ne cessent de s'améliorer, ce qui aura un impact positif sur la confiance des consommateurs et des investisseurs. Cette confiance est indispensable pour étayer l'investissement dans les secteurs clés, notamment l'agriculture considérée comme prioritaire, susciter des emplois productifs, soutenir la reprise économique et renforcer par là même la sécurité alimentaire.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO (Télex 610181 FAO I; Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: GIEWS1@FAO.ORG).

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