SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN ÉTHIOPIE

26 janvier 2000

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Faits saillants de la mission

  • Les pluies insuffisantes de la campagne belg et l'arrivée tardive de celles de la campagne principale ont eu pour conséquences une mauvaise préparation du sol, des retards dans les semis, une réduction de la superficie ensemencée et de graves infestations de plantes adventices. Cependant, les pluies de la campagne principale ont été en général abondantes et bien réparties et elles se sont prolongées jusqu'en octobre, ce dont les cultures semées tardivement ont tiré profit.

  • Les cultures de la campagne principale (meher) ont quelque peu récupéré par rapport aux prévisions précédentes, sauf dans le nord et dans certaines parties du sud et de l'est.

  • On prévoit une production nationale de céréales et de légumineuses de 10,72 millions de tonnes, soit 6 pour cent de moins que l'an dernier.

  • En 2000, la situation en matière de sécurité alimentaire sera caractérisée par un très net clivage. Pour la plupart des zones excédentaires, l'année a été productive, tandis que dans les zones déficitaires, la production a notablement diminué par rapport à l'an dernier. La commercialisation et le transport seront des questions cruciales en 2000.

  • Les besoins d'importations céréalières pour 2000 sont estimés à 764 000 tonnes, qui devraient être essentiellement couverts par l'aide alimentaire.

  • Il devrait être possible d'acheter sur place environ 200 000 tonnes d'aide alimentaire (céréales).

  • Il est recommandé d'organiser une mission complémentaire en avril 2000 pour évaluer la récolte de la campagne belg et établir définitivement les estimations pour la campagne meher de 1999.

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1. VUE D'ENSEMBLE

La mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires pour 1999 a été divisée en deux parties, portant sur deux périodes différentes et menées avec deux organismes de contrepartie distincts. Les conclusions des deux évaluations ont été réunies dans le présent rapport spécial. La première opération, la plus importante, a été celle conduite du 6 novembre au 31 décembre par le PAM et par la Commission de prévention et de planification des interventions en cas de catastrophe (DPPC). Elle a mobilisé 20 équipes (comprenant des personnels de la Commission, du PAM et d'autres donateurs) qui se sont rendues dans toutes les régions du pays et dans une grande partie des worredas en déficit vivrier. L'objectif était d'évaluer la vulnérabilité tant chronique qu'actuelle des populations locales à l'égard de l'insécurité alimentaire, et de quantifier les quantités d'aide nécessaires pour l'an 2000. L'analyse des

résultats de cette enquête a été achevée début janvier 2000. La deuxième partie de la mission, une enquête sur les récoltes, a été conduite par la FAO avec l'aide du Ministère de l'agriculture, du 18 au 30 novembre 1999. Elle avait pour tâche d'établir les estimations définitives de la production de céréales et de légumineuses de la campagne principale de 1998 et de préparer les prévisions pour 1999. Ces dernières ont été établies au niveau des zones et récapitulées pour donner une vue d'ensemble des disponibilités de céréales et de légumineuses à l'échelon national pour 2000, ainsi qu'une estimation des besoins d'importation du pays. L'équipe FAO/Ministère de l'agriculture a communiqué ses conclusions préliminaires au gouvernement et aux donateurs les 6 et 7 décembre 1999.

L'équipe d'évaluation des récoltes, composée de consultants locaux et internationaux et épaulée par des agronomes du Ministère de l'agriculture, s'est rendue pendant 12 jours dans toutes les zones, à l'exception de Gambella et de Benshangul, et dans la plupart des worredas spéciaux, en se divisant en six groupes distincts. Ils se sont entretenus avec le personnel des bureaux régionaux et de tous les bureaux de zone du Ministère afin d'obtenir les estimations après récolte de la production meher de 1998 et les prévisions du Ministère avant récolte pour 1999. Outre les statistiques agricoles, des données ont été obtenues des bureaux de zone du Ministère concernant les conditions de végétation, les disponibilités d'intrants, le moment de la récolte, les stocks céréaliers et l'évolution récente des cours des céréales en 1999. Les équipes ont ensuite examiné les cultures dans différentes parties de chaque zone et ont eu des entretiens avec les agriculteurs et les négociants. Les images satellites des précipitations et de la végétation (NDVI et CDD) ont été également utilisées sur le terrain pour indiquer la répartition des pluies et les caractéristiques de la croissance en 1999 par rapport aux années précédentes. Grâce à ces informations, les équipes ont revu les prévisions du Ministère avant récolte à l'échelon des zones et ont établi indépendamment leurs propres prévisions de rendement pour les appliquer aux données sur les emblavures enregistrées par le Ministère. Les prévisions préliminaires de chaque équipe ont été ensuite analysées par l'ensemble de la mission et des modifications finales ont été apportées. La mission a ainsi préparé une série de données qui contient, pour chaque zone et worreda spécial, les emblavures et la production prévues pour chaque céréale ou légumineuse, pour la campagne meher de 1999, plus des séries chronologiques de chiffres réels sur trois ans (de 1996 à 1998). Toutes ces données reposent sur les statistiques du Ministère.

Si l'on compare les données globales sur la production après récolte pour 1998 au rapport de mission de l'an dernier, on constate que les prévisions de la mission étaient 2,6 pour cent trop élevées, s'agissant de la production totale de céréales et de légumineuses de la campagne meher. La production effective (d'après les séries chronologiques basées sur les données du Ministère) s'est élevée à 11,39 millions de tonnes pour la campagne meher de l'an dernier. Pour celle de 1999, la mission prévoit une récolte de 10,72 millions de tonnes de céréales et de légumineuses, soit quelque 6 pour cent de moins que l'an dernier mais 22 pour cent de plus que la mauvaise récolte de 1997. La production de 1999 reste encore inférieure de 9 pour cent à la récolte exceptionnelle de 1996. La réduction de la production, par rapport à l'an dernier, est en grande partie imputable à la diminution de la superficie ensemencée (inférieure de 4 pour cent), encore que le rendement moyen de toutes les céréales et légumineuses ait également chuté (de 2 pour cent). L'insuffisance des pluies belg, l'arrivée tardive de celles de la campagne meher et, dans les régions à régime unimodal de l'ouest, l'arrivée tardive des pluies pour les cultures de la campagne longue sont les facteurs les plus importants qui ont pesé cette année sur les emblavures et les rendements.

Par suite du temps sec qui a sévi pendant la campagne belg dans une grande partie du pays (en particulier dans le nord), l'état du bétail est peu satisfaisant et le cheptel a diminué. Le nombre de b_ufs de labour disponibles et leur rendement ont été sensiblement réduits et la préparation du sol en a souffert. Du fait de l'arrivée tardive des pluies de la campagne principale, les semis et les opérations de culture ont été retardés et, dans certaines régions, les plantes à tige à cycle long (principalement le sorgho) n'ont pas pu être semées. Dans la plupart des régions, les cultures à cycle long ont été abandonnées au profit de celles ayant un cycle court (cultures à tige de la campagne courte et céréales à paille). Les superficies totales ensemencées en sorgho et en maïs ont régressé par rapport à l'an dernier, de 15 et de 8 pour cent respectivement, mais celles sous blé, légumineuses et teff ont augmenté de 4,2 et de 1 pour cent. Les semis, la culture et le désherbage des différentes plantes ont été concentrés sur peu de temps et ces opérations ont été moins efficaces que d'habitude.

Le début tardif de la campagne, conjugué à une moins bonne préparation du sol, a eu pour conséquence des infestations exceptionnellement importantes de plantes adventices, qui ont entraîné des pertes de rendement. Cependant, après l'arrivée des pluies de la campagne principale, une fois les semis terminés, la campagne a été relativement bonne dans la plupart des régions, à l'exception du nord (Tigré, Wag Hamra et Wollo) et du sud (Omo Nord et Sud, Konso, Burgi et Borena). Les pluies ont été en général abondantes et bien réparties, et elles ont souvent duré jusque vers le milieu ou la fin d'octobre, ce dont ont tiré profit les cultures semées tardivement. Bien que l'on ait signalé des cas d'engorgement, des inondations et des dégâts dus à la grêle, ainsi que des vagues de sécheresse désastreuses dans quelques régions, la campagne meher a été dans l'ensemble bonne et, dans une certaine mesure, les cultures ont récupéré après leur mauvais démarrage. Les zones productrices excédentaires, en particulier, semblent avoir obtenu de bons résultats, tandis que la production des zones déficitaires du nord, de l'est et du sud est inférieure à la moyenne. Les ravageurs et les maladies n'en sont pas les principaux responsables dans l'ensemble, mais les infestations de plantes adventives ont sans aucun doute été lourdes de conséquences. Les agriculteurs ont été plus nombreux que jamais à adhérer au programme de vulgarisation du Ministère de l'agriculture, d'une durée de cinq ans, et la consommation d'engrais, de semences améliorées et même d'herbicides a augmenté. La récolte est nettement en retard (d'un mois environ dans de nombreuses régions), mais celle de maïs est presque terminée, celle de sorgho vient à peine de commencer et celle de blé et de teff est en cours.

C'est au Tigré que le fléchissement de la production par rapport à l'an dernier est le plus marqué (35 pour cent), mais on s'attend également à un recul de 12 pour cent dans la région du sud (SEPAR). Par rapport à 1998, la production est inférieure de 5 pour cent dans la région d'Amhara et on prévoit qu'elle sera inférieure de 1 pour cent dans celle d'Oromia. S'agissant des diverses céréales, la plus grande baisse de production concerne le sorgho qui régresse de 26 pour cent, tandis que le maïs recule de 13 pour cent et que l'orge fléchit légèrement par rapport à l'an dernier. On s'attend à ce que les récoltes de blé, de teff et de légumineuses soient toutes supérieures à celles de l'an dernier.

Les cours de la plupart des céréales sont en train de chuter, ceux du maïs en particulier, qui a atteint 75 dollars E.-U. la tonne dans certaines zones excédentaires de l'ouest. Le sorgho reste cher (150 dollars E.-U. la tonne) étant donné que la récolte vient à peine de commencer, et les cours du blé baissent en prévision d'une bonne production. Le teff reste surcoté, mais les prix sont généralement en train de fléchir. Dans le nord et dans d'autres régions déficitaires, les prix sont plus élevés en raison du coût du transport à partir des zones excédentaires et des pénuries locales. Début décembre 1999, les stocks céréaliers commençaient à s'épuiser, situation aggravée par la récolte tardive, ce qui explique en partie les cours relativement soutenus pour cette époque de l'année.

Etant donné que la production intérieure devrait être notablement inférieure à celle de l'an dernier, les disponibilités seront insuffisantes pour une consommation normale, mais il existe des différences marquées entre les zones habituellement déficitaires, qui ont obtenu de mauvais résultats en 1999, et les zones excédentaires où les récoltes sont bonnes (Godjam, Arsi, Wollega). Le clivage entre ces deux vastes régions d'Éthiopie sera encore plus net en 2000, tout au moins sur le plan de la sécurité alimentaire.

Compte tenu de la récolte de la campagne belg inférieure à la moyenne attendue en 2000 (en raison des pénuries chroniques de b_ufs de trait et peut-être de semences), la mission estime les besoins nationaux d'importation à 764 000 tonnes- chiffre nettement supérieur à celui de l'an passé- sur la base d'une consommation par habitant analogue à celle de l'année dernière et d'exportations comparables (principalement des légumineuses), et sans aucun prélèvement sur les stocks. Ces besoins d'importation accrus devraient être presque entièrement couverts par l'aide alimentaire, qui permettra de secourir 7,8 millions de personnes victimes de graves pénuries alimentaires dues aux sécheresses, à l'engorgement et aux autres conséquences des intempéries. A cause de la nette dégradation des actifs enregistrée ces dernières années, les quantités d'aide alimentaire nécessaires sont de plus en plus importantes. Les bénéficiaires ne disposent plus d'expédients, du fait entre autres de la perte des moyens traditionnels de création de revenu et de la réduction de la production agricole. Outre les secours consécutifs aux catastrophes naturelles, une aide alimentaire sera également nécessaire pour les personnes déplacées venant des zones de frontière avec l'Érythrée, qui n'ont pas pu ensemencer leurs terres et ont perdu des occasions d'échanges commerciaux transfrontaliers et de travail à cause du conflit.

La mission suggère qu'environ 200 000 tonnes d'aide alimentaire pourraient être achetées sur place, dans les régions productrices excédentaires.

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2. CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE

2.1 Situation macro-économique 1/

1/ La présente section s'inspire de diverses sources, dont les aperçus sectoriels FAO sur l'économie et l'agriculture des pays, le rapport du PNUD sur la coopération du développement en Éthiopie et le rapport de l'Economist Intelligence Unit.

Avec un PIB de 102 dollars E.-U. par habitant en 1998, contre 339 dollars E.-U. pour l'Ouganda et 342 dollars E.-U. pour le Kenya, l'Éthiopie est classée parmi les économies les plus pauvres du monde. La disparité des revenus y est très forte, une infime partie de la population étant extrêmement riche, tandis que 60 pour cent des habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté absolue. De un à cinq millions de personnes reçoivent chaque année une aide du gouvernement, des donateurs internationaux et des ONG, principalement pour atténuer les effets des famines dues à la sécheresse ou provoquées par l'homme. Les politiques économiques actuelles visent à lutter contre la pauvreté (en particulier dans le secteur rural) et à améliorer l'accès à un approvisionnement alimentaire suffisant.

L'économie est fortement tributaire de l'agriculture qui, avec la foresterie, a assuré 50 pour cent du PIB en 1996/97. Le secteur industriel est peu développé (11 pour cent du PIB, dont seulement 4 pour cent pour les produits manufacturés). Les services, parmi lesquels les secteurs en expansion du transport, du bâtiment et du tourisme - tous soutenus par les récentes mesures de libéralisation - ont assuré 39 pour cent du PIB en 1996/97.

De 1981 à 1991, la croissance de l'économie n'a atteint que 1,6 pour cent par an (l'accroissement démographique étant de 3 pour cent), en raison principalement des mauvais résultats de l'agriculture, imputables à des politiques qui se sont avérées incapables de proposer des mesures d'incitation suffisantes aux 7 millions d'agriculteurs du pays. Cependant, depuis 1991, la croissance économique s'est améliorée, en partie grâce à l'accroissement de la production agricole (due aux politiques de libéralisation) et en partie grâce à une meilleure utilisation des capacités dans le secteur industriel et à des améliorations dans le secteur des services. De 1994 à 1998, le taux de croissance réel du PIB a atteint 5 pour cent en moyenne par an.

L'inflation a été tenue en échec pendant ces cinq dernières années et elle est actuellement de 3 pour cent par an pour les prix à la consommation. Le taux de change a baissé, passant de 5,09 birr/dollar E.-U. en 1994 à 8,20 birr/dollar E.-U. fin 1999.

Depuis 1992, les politiques économiques ont fait l'objet d'importantes réformes visant à réduire le rôle de l'État, à encourager la privatisation et à libéraliser les marchés et les politiques de change. Malgré le succès incontestable de ces nouvelles orientations, l'économie se heurte encore à de graves problèmes structurels et liés aux politiques, notamment l'insécurité alimentaire chronique et la pauvreté persistante dont souffre une grande partie de la population.

Un dispositif d'ajustement structurel amélioré (ESAF) avait été mis en place jusqu'en octobre 1999, pour faciliter le passage à une économie de marché avec une ample participation du secteur privé. La plupart des donateurs et des investisseurs nationaux estiment cependant que le rythme des réformes a été lent et que plusieurs mesures gouvernementales doivent encore être pleinement appliquées (notamment la réforme de la propriété foncière). Le conflit avec l'Érythrée commence à peser sur l'économie étant donné que la part des dépenses publiques relative aux équipements nationaux diminue au profit du budget de la défense. La communauté des donateurs réduit maintenant progressivement son aide au développement et il est peu probable que le FMI renouvelle le dispositif d'ajustement structurel amélioré jusqu'à ce que la guerre ne semble terminée. Les propositions d'allégement de la dette concernant l'Éthiopie sont également bloquées tant que le conflit avec l'Érythrée n'est pas résolu.

Il est donc improbable que la croissance du PIB prévue pour 1998/99 ( 6,7 pour cent) soit atteinte en raison du détournement des ressources dû à l'effort de guerre, de la réduction de l'appui des donateurs, et de la faiblesse des cours mondiaux du café (le café compte pour 65 pour cent des exportations éthiopiennes). Par ailleurs, cette année, la production agricole a fortement influé sur les performances de l'économie. Au début de l'année, la récolte belg a été mauvaise dans de nombreuses régions et, même s'il est possible que la récolte meher soit moyenne en 1999, la faiblesse des cours du café aura pour conséquences de réduire les recettes en devises et de creuser le déficit commercial.

2.2 Population

Le Bureau de la Commission de recensement de la population et des logements de l'Office central de statistiques a publié les résultats du recensement de 1994 en juin 1998. D'après ce rapport, la population était de 53,48 millions d'habitants, dont 86 pour cent de ruraux et 14 pour cent de citadins, le taux d'accroissement moyen étant de 3,09 pour cent par an. En extrapolant les données de ce recensement, la population serait en juillet 2000 de 63,49 millions d'habitants - chiffre utilisé par la mission pour estimer les besoins de consommation alimentaire en 2000. La répartition de la population par région est donnée au tableau 4.

2.3 Résultats récents du secteur agricole

La production agricole s'est notablement accrue, augmentant de manière générale au même rythme que la population depuis le début des années 90. Ceci est dû à l'application plus importante d'engrais et à une légère progression des emblavures. Cependant, la dégradation de l'environnement est généralisée ; en effet, les pentes abruptes sont cultivées sans véritables travaux de construction de terrasses et les collines sont régulièrement déboisées pour le bois de feu et le charbon de bois destinés à la vente. Bien que des progrès aient été accomplis dans la protection de certains coteaux dégradés par l'érosion, dont l'accès a été interdit, il reste beaucoup à faire si l'on veut que la production agricole augmente suffisamment pour nourrir à long terme la population croissante.

S'il est vrai que les pertes de récolte dues à la mauvaise répartition des pluies, aux ravageurs et aux maladies, ainsi qu'à d'autres facteurs, étaient encore importantes en 1999, les mauvais résultats de l'agriculture ont pour principale cause les politiques agricoles (régime foncier, approvisionnements en intrants, en herbicides modernes et en autres produits chimiques à usage agricole, et offre limitée de semences améliorées).

Dans le cadre du système actuel, la sécurité de jouissance est loin d'être absolue et les redistributions de terres sont relativement courantes ; de ce fait, il arrive souvent que les investissements de main-d'_uvre et d'argent nécessaires pour la bonification des terres ne soient pas faits par crainte d'une réaffectation de ces exploitations améliorées à d'autres personnes. Les agriculteurs ne sont pas autorisés à posséder des terres, si bien que le patrimoine personnel dont ils disposent comme garantie pour les prêts est très limité, voire inexistant, et qu'ils ne sont guère incités à investir dans des améliorations. Faute d'intérêt personnel, les travaux de conservation des sols sont rarement effectués sur les vastes superficies des terres communales. Les autorités régionales et quelques ONG ont convaincu les agriculteurs des avantages que comporte la fermeture des versants montagneux, grâce aux résultats encourageants obtenus dans certaines parties de l'Oromia et du Tigré. L'initiative visant à attribuer aux agriculteurs des droits plus sûrs, bien qu'ils ne soient pas privés, sur des terres du Wollo Nord auparavant communes, fortement endommagées par l'érosion, a été probante. Trois ans plus tard, les coteaux dégradés et dénudés et les terres ravinées sont maintenant couverts d'herbe et d'arbustes, qui peuvent être exploités sélectivement et durablement pour fournir du fourrage, du bois de feu et, à plus longue échéance, des poteaux pour le bâtiment. L'administration provinciale applique maintenant cette démarche à l'ensemble de la zone.

La très petite superficie de nombreuses exploitations pose également un grave problème, des familles de cinq personnes n'ayant pas plus de 0,25 hectare (worreda de Delanta dans le Wollo Nord). Même avec des conditions de végétation parfaites, des exploitations si petites ne peuvent pas produire suffisamment de vivres pour un an et de nombreux paysans comblent ce déficit en exploitant les forêts locales pour le bois de feu et le charbon de bois et en coupant le couvert herbacé pour le vendre comme chaume et comme fourrage. L'accroissement démographique se maintenant à environ trois pour cent, la concentration sera inévitablement de plus en plus forte sur ces très petites superficies. Dans de nombreuses zones du Tigré et du Wollo Nord, il n'est jamais possible de produire suffisamment de vivres pour un an, ce qui oblige le chef de famille à partir travailler comme ouvrier ou à abattre des arbres pour le bois de feu et le charbon de bois, ce qui a de graves répercussions sur l'environnement.

La combinaison d'engrais recommandée est le même dans tout le pays: 100 kg de phosphate diammonique et 50 kg d'urée par hectare. L'application d'engrais a augmenté de 64 pour cent depuis 1994, ce qui a contribué à faire progresser les rendements dans les régions les plus favorisées du pays du pays (Arsi, certaines parties de Bale, Godjam et Gondar). Dans la région d'Amhara, qui absorbe 26 pour cent de l'offre nationale, l'utilisation d'engrais a été portée de 45 000 tonnes en 1994 à 74 000 tonnes en 1999. Dans les zones d'Amhara où les terres sont meilleures, telles que le Godjam, les engrais donnent de bons résultats et l'investissement est vite récupéré. De très hauts rendements agricoles peuvent être achevés, et le sont, dans plusieurs régions (Arsi, Godjam, certaines parties de Shoa et Gondar, Wollega, Illoubator) où des pratiques agricoles améliorées ont été appliquées conjointement.

Dans des régions telles que le Tigré, le Wag Hamra et le Wollo Nord, où le stress hydrique est un problème chronique, l'application d'engrais n'a pas permis d'obtenir l'accroissement de rendement souhaité, objectif souvent impossible à atteindre, et il en résulte que les agriculteurs accumulent des dettes que dans bien des cas, ils ne peuvent pas rembourser. Dans ces zones marginales, la quantité d'engrais recommandée à l'échelon national devrait être révisée. Il est également nécessaire de faire preuve d'une plus grande souplesse pour les remboursements de manière à éviter que les b_ufs et d'autres biens essentiels ne soient vendus pour couvrir les dettes.

En 1999, faute de pluies belg dans le Tigré et le Wollo Nord, les cultures de maïs et de sorgho à cycle long et haut rendement n'ont pas pu être plantées. Il a été impossible de cultiver les terres à cause du temps sec et de la pénurie de b_ufs. Lorsque les pluies de la campagne meher sont enfin arrivées, fin juin, elles étaient très fortes et ont provoqué un grave engorgement dans les sols peu profonds et les vertisols. On pense que les engrais appliqués ont été rapidement lessivés pendant cette période, et qu'ils n'ont donc eu qu'un effet limité, voire aucun, sur le rendement final.

2.4 Sécurité alimentaire et nutrition

D'après les prévisions de la mission, la récolte totale serait inférieure de 6 pour cent à celle de 1998. Même si ce résultat est meilleur que ce que laissaient craindre les chiffres d'août-septembre 1999, il ne rend pas compte des très graves pénuries alimentaires sévissant dans des régions spécifiques englobant une grande partie du Tigré, certaines zones septentrionales d'Amhara, l'est et le sud d'Oromia, Somali, le sud-est de la SEPAR et Afar. Ce qui revient à dire que la sécurité alimentaire et le niveau nutritionnel, déjà précaires, s'en ressentiront fortement, surtout dans l'Omo Sud et l'Omo Nord, le worreda spécial de Konso, les worredas d'Abergele, d'Atsbi et de Hawzien dans le Tigré, et dans de nombreux worredas du Wag Hamra, du Wollo Nord et du Wollo Sud, et du Gondar Sud, où plusieurs milliers de familles seront obligées d'émigrer vers des régions plus favorisées pour survivre et trouver un emploi.

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3. PRODUCTION VIVRIÈRE EN 1999

3.1 Superficies ensemencées

Dans l'ensemble, la superficie cultivée a diminué de 3,6 pour cent en raison de l'insuffisance des pluies de la campagne meher dans les basses terres du Tigré et du Wollo, de l'abandon des fermes le long du front à cause de la guerre avec l'Érythrée, et de diverses autres causes (inondations dans la région de Gambella, sécheresse dans Somali, Omo Sud, Oromia oriental et Oromia méridional, et autres facteurs). Du fait de l'insuffisance des pluies belg, le sorgho et le maÏs de la campagne longue, qui sont normalement semés à la fin de ces pluies, ne l'ont pas été cette année dans certaines zones du Tigré, d'Amhara, d'Oromia et d'autres régions. En conséquence, les superficies totales ensemencées en sorgho et en maïs ont diminué de 8 et 15 pour cent respectivement. Les plantes à tige à cycle long ont été remplacées par du sorgho à cycle court, et par du teff, du blé et de l'orge.

La pénurie de b_ufs pose actuellement un grave problème dans le Wollo Nord et le Wag Hamra, 19 pour cent seulement des agriculteurs du Wollo Nord disposant de la paire d'animaux nécessaires. On signale que les b_ufs font également défaut dans les zones du Gurage et du Harar Est et Harar Ouest. Ce problème a été aggravé par l'insuffisance des pluies au moment des semis, qui a eu pour conséquence de concentrer les opérations de culture sur une brève période.

La superficie totale ensemencée en céréales et en légumineuses est estimée à 10 885 400 hectares - le chiffre le plus bas des quatre dernières années. La superficie sous légumineuses a augmenté de 2,1 pour cent, passant à 1 519 200 hectares, et celle sous blé de 3,6 pour cent, pour atteindre 1658000 hectares. Les emblavures de teff sont supérieures de 3 pour cent au chiffre de l'an passé, mais celles de toutes les autres céréales sont inférieures.

3.2 Précipitations et état des cultures

Il n'y a eu pratiquement pas de pluies belg dans le Wollo et le Tigré et elles ont été considérablement réduites dans le Harar Est et Harar Ouest, dans la région d'Oromia et dans l'Omo Nord. Dans les régions d'Arsi et de Bale, la production belg de 1999 a marqué un très net recul. Les récoltes de cette campagne assurent normalement de 5 à 10 pour cent de la production totale, mais dans des régions telles que le Wollo Nord, elles représentent jusqu'à 17 pour cent de la production annuelle. L'absence de pluies belg a entraîné non seulement la perte des récoltes potentielles de cette campagne, mais elle a également rendu impossibles les semis de sorgho et de maïs à haut rendement de la campagne longue. Ces cultures à haut rendement ont été remplacées par du teff, du blé et de l'orge et par des variétés de sorgho à cycle court et à rendement moins élevé. Les travaux de préparation du sol ont été également très perturbés par le temps sec ; les lits de semences ont donc été de qualité médiocre, ce qui a entraîné un mauvais établissement des cultures et de graves infestations de plantes adventices, surtout l'avoine sauvage, diverses mauvaises herbes vivaces et la Striga.

Dans certaines régions telles que le Wollo Nord, le fourrage est si rare que les agriculteurs laissent les plantes adventices pousser presque jusqu'à maturité pour nourrir le bétail, ce qui a toutefois des effets désastreux sur les rendements des cultures.

Les pluies de la campagne principale meher ont été retardées d'une à six semaines, selon les régions, mais lorsqu'elles sont arrivées, elles étaient très fortes et ont provoqué l'engorgement de certaines cultures en juillet et en août. Elles ont pris fin plus tôt que d'ordinaire dans certaines parties du Tigré, du Wollo Nord et du Wag Hamra, ce qui a empêché les cultures de se développer complètement. Cependant, les pluies ont persisté jusqu'en octobre dans la majeure partie du pays et de bons rendements ont été obtenus, pour le blé et le teff en particulier. Les pluies tardives qui sont tombées la dernière semaine d'octobre ont entraîné des pertes pour les cultures de teff du Wollo Nord, et les agriculteurs du Tigré, craignant ces pluies, n'ont pas attendu le moment optimal pour récolter leur teff, réduisant ainsi le rendement potentiel.

De fortes gelées sur les hauts plateaux du Wollo ont empêché les grains d'orge et de blé de se gonfler normalement et de sérieux dégâts dus à la grêle ont été enregistrés dans certaines parties du Tigré et du Wag Hamra, où neuf averses de grêle ont sérieusement abîmé les cultures de pois, de haricots, de teff, de blé et d'orge, en juillet, août et octobre.

3.3 Facteurs de production

Des progrès continuent à être accomplis en matière d'approvisionnement en semences améliorées, mais beaucoup reste à faire. L'offre nationale de maïs hybride s'est élevée au total à 1 450 tonnes, tandis que 4 676 tonnes de semences de maïs à pollinisation libre, suffisantes pour ensemencer 187 000 hectares (11 pour cent des emblavures totales) ont été vendues. Les approvisionnements en semences de blé améliorées se sont montés à 12 364 tonnes, quantité suffisante pour environ cinq pour cent seulement des superficies ensemencées. La grande majorité des agriculteurs a encore recours aux semences mises de côté à la ferme, qui ne bénéficient pas de traitement ; les plantes qui lèvent sont donc à la merci des nombreux ravageurs vivant dans le sol et des maladies transmises par les semences telles que le charbon, qui réduit considérablement le rendement potentiel, pour les années en cours et à venir.

Après un accroissement de l'utilisation d'engrais de 27 pour cent en 1998, une nouvelle augmentation de 2,6 pour cent a été enregistrée en 1999, les quantités appliquées atteignant 192 995 tonnes de phosphate diammonique (DAP) et 92 828 tonnes d'urée. Compte tenu des taux d'application recommandés à l'échelon national (100 kg/ha de DAP et 50 kg/ha d'urée pour les céréales), ces quantités sont suffisantes pour couvrir environ 20 pour cent des cultures céréalières nationales, en supposant que seules les céréales soient traitées. Ainsi que ces chiffres le laissaient prévoir, des pénuries locales d'engrais ont été signalées dans plusieurs centres dans l'ensemble du pays, ce qui indique qu'il est nécessaire d'augmenter les approvisionnements et d'améliorer les systèmes de distribution à l'échelon régional.

La demande d'herbicides efficaces n'est pas satisfaite. Les principaux produits utilisés (2-4D et MCPA) font défaut. Même dans les régions à fort potentiel où leur application pourrait permettre d'augmenter les rendements, on ne dispose pas d'herbicides modernes, à plus large spectre, qui sont plus sûrs, combattent un plus grand nombre de plantes adventices et n'ont pas d'indications aussi spécifiques quant au moment d'application que les herbicides à base d'hormones.

3.4 Ravageurs, maladies et plantes adventices

Au total, 260 687 hectares de diverses cultures ont subi des attaques de chenilles processionnaires dans neuf des onze régions. On a pulvérisé 113 000 litres d'insecticide liquide et 54 783 kg de WP sur 92 749 hectares. Par ailleurs, 318 138 hectares de pâturages au total ont été traités. Les cultures des régions d'Amhara et SEPAR ont été les plus touchées (79 000 et 80 000 hectares). Somali (47 437 hectares), Tigré (17 092 hectares) et Oromia (21 042 hectares) ont été également frappées. Au total, 2 014 hectares ont dû être réensemencés.

Dans l'ensemble, en 1999, les dégâts dus aux ravageurs et aux maladies ont été inférieurs à la normale. Les hannetons du sorgho ont énormément endommagé les cultures de sorgho et de teff dans le Wollo Sud et, dans une moindre mesure, dans le Wollo Nord. Le grillon des broussailles a provoqué localement des dégâts dans le Wag Hamra et le Wollo.

La Striga, une plante adventice parasite, a fait baisser le rendement du sorgho et, à un moindre degré, celui du maïs, en particulier dans les zones soumises à un grave stress hydrique. On a fréquemment constaté la présence d'avoine sauvage dans les champs d'orge, de blé et de teff du Tigré et d'autres régions. Les mauvaises herbes, surtout le chiendent vivace, deviennent de plus en plus difficiles à contrôler, en particulier à cause de la pénurie de b_ufs de labour dans le Wollo, le Tigré et d'autres régions.

3.5 Rendements

La saison des pluies plus courte que la moyenne et l'absence totale de précipitations pendant la campagne belg dans le nord ont dans l'ensemble fait chuter les rendements moyens nationaux de 1,009 tonne/hectare à 0,985 tonne/hectare. A cause de l'insuffisance des pluies en avril/mai, le sorgho et le maïs à cycle long et à haut rendement ont dû être remplacés par des variétés de sorgho à rendement inférieur et par du teff. En conséquence, le rendement du maïs est tombé de 1,63 à 1,47 tonne/hectare, tandis que celui du sorgho fléchissait également, pour la même raison, de 1,02 à 0,91 tonne/hectare. Celui du blé, en revanche a été porté de 1,20 tonne/hectare à 1,27 tonne/hectare grâce aux pluies bénéfiques qui sont arrivées plus avant dans la campagne. Le rendement du teff a été en règle générale comparable à celui de l'an dernier, bien que les variétés à cycle long et à haut rendement aient dû être remplacées par du teff à cycle court. On a appliqué davantage d'engrais pour le blé et le teff, mais les quantités utilisées restent largement inférieures aux niveaux requis. Le rendement de l'orge a légèrement progressé, de 0,99 à 1,02 tonne/hectare, même si dans certaines zones de hauts plateaux comme le Wollo Nord, il a été sérieusement réduit à cause des dégâts dus au gel.

Le manque d'humidité suivi par des pluies torrentielles dans le Tigré et le Wollo Nord a eu pour effet de réduire presque à néant les bienfaits de l'application d'engrais dans ces zones. Les basses terres du Tigré, du Wag Hamra et du Wollo Nord ont souffert de la sécheresse, qui a parfois rendu impossible toute culture cette année. Comme on pouvait le prévoir, les rendements des cultures ayant souffert de stress hydrique ont été faibles.

3.6 Prévisions de production de céréales et de légumineuses

La mission estime (tableau 1) que la production de céréales et de légumineuses sera de 9,69 millions de tonnes et de 1,03 million de tonnes respectivement, ce qui donne une production totale de 10,72 millions de tonnes, contre 11,39 millions de tonnes en 1998 (chiffre revu après récolte), soit un recul de 0,67 million de tonnes (5,9 pour cent). Une comparaison avec les trois dernières campagnes, par région, figure au tableau 2 pour toutes les céréales et légumineuses. Les légères divergences pour 1997/98 entre le présent rapport et le rapport spécial de 1998 s'expliquent par l'utilisation d'une série de données historiques améliorées pour le présent rapport.

Tableau 1. Éthiopie : superficie (milliers d'ha), production (milliers de tonnes) et rendement (tonnes/ha) des céréales et des légumineuses pour la campagne meher de 1999/2000

Région/Culture   Teff Orge Blé Mil Avoine Riz Maïs Sorgho Total Céréales Légumi-neuses Céréales et légumineuses
Tigré Superficie 194.4 130.3 103.2 101.1 - - 70.8 208.6 808.3 56.5 864.8
  Rendement 0.42 0.58 0.66 0.54 - - 0.75 0.78 0.61 0.45 0.60
  Production 81.7 76.1 67.9 54.4 - - 53.2 162.6 495.9 25.1 521.0
Afar Superficie 2.3 0.0 0.1 - - - 4.7 1.9 9.0 0.7 9.7
  Rendement 0.50 0.80 0.80 - - - 1.20 1.40 1.06 0.57 1.02
  Production 1.1 0.0 0.1 - - - 5.7 2.7 9.6 0.4 10.0
Amhara Superficie 1 118.2 500.8 508.1 234.9 36.4 2.7 331.3 462.1 3 194.4 662.3 3 856.7
  Rendement 0.83 0.91 1.13 1.07 0.79 3.01 1.94 1.01 1.05 0.73 1.00
  Production 927.4 458.1 576.4 251.7 28.6 8.0 644.2 465.0 3 359.6 481.6 3 841.2
Oromia Superficie 1 149.0 567.9 891.2 75.3 5.0 0.4 875.2 548.0 4 112.0 616.1 4 728.1
  Rendement 0.73 1.21 1.38 0.75 0.61 0.78 1.44 0.95 1.12 0.65 1.06
  Production 836.3 686.3 1 229.9 56.2 3.0 0.3 1 256.5 518.3 4 586.9 401.7 4 988.6
Somali Superficie - 12.7 7.1 - - - 89.9 63.6 173.3 5.1 178.4
  Rendement - 0.25 0.20 - - - 0.32 0.17 0.26 0.14 0.26
  Production - 3.2 1.4 - - - 29.1 11.1 44.8 0.7 45.5
Benshangul- Gumuz Superficie 20.2 2.0 3.0 24.3 - - 20.9 30.0 100.4 5.2 105.6
  Rendement 0.42 0.60 0.60 0.09 - - 1.70 0.98 0.78 0.68 0.78
  Production 8.5 1.2 1.8 2.2 - - 35.5 29.4 78.6 3.5 82.1
SEPAR Superficie 241.3 120.9 170.6 2.8 - - 328.4 70.6 934.5 171.4 1 105.9
  Rendement 0.66 0.97 1.41 0.86 - - 1.51 0.97 1.16 0.68 1.08
  Production 158.3 117.3 239.7 2.4 - - 495.9 68.6 1 082.2 116.0 1 198.2
Gambella Superficie - - - - - - 4.7 1.2 5.9 0.2 6.1
  Rendement - - - - - - 1.20 1.00 1.16 0.90 1.15
  Production - - - - - - 5.6 1.2 6.8 0.2 7.0
Harari Superficie - - 0.7 - - - 1.6 8.2 10.5 - 10.5
  Rendement - - 1.00 - - - 1.50 0.90 1.00 - 1.00
  Production - - 0.7 - - - 2.4 7.4 10.5 - 10.5
Addis Abeba Superficie 4.3 0.3 3.0 - - - - 0.0 7.5 1.8 9.4
  Rendement 0.90 1.31 1.50 - - - - 0.80 1.15 0.66 1.06
  Production 3.9 0.4 4.4 - - - - 0.0 8.7 1.2 9.9
Dire Dawa Superficie - - - - - - 0.5 9.7 10.2 - 10.2
  Rendement - - - - - - 1.60 0.70 0.75 - 0.75
  Production - - - - - - 0.8 6.8 7.6 - 7.6
Total Superficie 2 729.7 1 334.8 1 687.0 438.3 41.4 3.1 1 728.1 1 403.9 9 366.3 1 519.2 10 885.4
  Rendement 0.74 1.01 1.26 0.84 0.76 2.72 1.46 0.91 1.03 0.68 0.98
  Production 2 017.2 1 342.6 2 122.5 366.8 31.6 8.3 2 529.0 1 273.1 9 691.2 1 030.5 10 721.7

Tableau 2. Éthiopie - production de céréales et de légumineuses: comparaison des campagnes meher de 1996/97 à 1999/00

RÉGION       Céréales Légumineuses Céréales & Légumineuses
Superficie
(milliers d'ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers d'ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers d'ha)
Production
(milliers de tonnes)
Tigré 1996/97 840.0 638.1 70.2 36.3 910.2 674.4
  1997/98 889.1 505.2 56.5 17.7 945.6 522.9
  1998/99 907.1 774.5 53.8 26.9 960.9 801.4
  1999/00 808.3 495.9 56.5 25.1 864.8 521.0
Afar 1996/97 NA NA NA NA NA NA
  1997/98 NA NA NA NA NA NA
  1998/99 19.3 7.7 0.9 0.1 20.1 7.8
  1999/00 9.0 9.6 0.7 0.4 9.7 10.0
Amhara 1996/97 3 192.2 3 412.8 645.2 430.6 3 837.3 3 843.3
  1997/98 3 216.5 2 503.1 692.4 325.7 3 908.9 2 828.8
  1998/99 3 354.3 3 567.9 692.0 464.2 4 046.3 4 032.1
  1999/00 3 194.4 3 359.6 662.3 481.6 3 856.7 3 841.2
Oromia 1996/97 4 034.1 5 354.7 552.7 386.9 4 586.8 5 741.6
  1997/98 4 001.0 3 846.9 582.6 266.8 4 583.6 4 113.6
  1998/99 4 181.2 4 664.5 545.1 374.0 4 726.2 5 038.5
  1999/00 4 112.0 4 586.9 616.1 401.7 4 728.1 4 988.6
Somali 1996/97 85.3 27.3 0.0 0.0 85.3 27.3
  1997/98 82.4 17.8 0.0 0.0 82.4 17.8
  1998/99 172.1 19.2 5.5 0.4 177.5 19.6
  1999/00 173.3 44.8 5.1 0.7 178.4 45.5
Benshangul-Gumuz 1996/97 97.0 87.6 7.9 4.1 104.8 91.7
  1997/98 124.5 110.2 6.8 3.6 131.3 113.8
  1998/99 109.4 100.2 7.6 5.8 117.0 106.0
  1999/00 100.4 78.6 5.2 3.5 105.6 82.1
SEPAR 1996/97 1 154.0 1 277.4 198.6 137.3 1 352.6 1 414.6
  1997/98 1 136.5 1 092.4 185.1 87.5 1 321.6 1 179.9
  1998/99 1 026.1 1 231.1 181.8 123.0 1 207.9 1 354.1
  1999/00 934.5 1 082.2 171.4 116.0 1 105.9 1 198.2
Gambella 1996/97 8.7 10.9 0.0 0.0 8.7 10.9
  1997/98 13.3 10.0 0.0 0.0 13.3 10.0
  1998/99 11.8 9.2 0.0 0.0 11.8 9.2
  1999/00 5.9 6.8 0.2 0.2 6.1 7.0
Harari 1996/97 11.2 11.3 0.3 0.2 11.5 11.6
  1997/98 11.9 12.4 0.3 0.2 12.2 12.6
  1998/99 8.8 8.0 0.0 0.0 8.8 8.0
  1999/00 10.5 10.5 0.0 0.0 10.5 10.5
Addis Abeba 1996/97 8.8 10.9 2.1 1.6 11.0 12.6
  1997/98 7.3 5.6 2.0 0.5 9.3 6.1
  1998/99 7.5 6.7 1.8 1.1 9.3 7.8
  1999/00 7.5 8.7 1.8 1.2 9.4 9.9
Dire Dawa 1996/97 11.2 11.1 0.0 0.0 11.2 11.1
  1997/98 2.0 0.8 0.0 0.0 2.0 0.8
  1998/99 9.5 9.6 0.0 0.0 9.5 9.6
  1999/00 10.2 7.6 0.0 0.0 10.2 7.6
Total 1996/97 9 442.5 10 842.2 1 477.0 996.9 10 919.4 11 839.1
  1997/98 9 484.4 8 104.5 1 525.7 701.8 11 010.1 8 806.3
  1998/99 9 807.0 10 398.6 1 488.4 995.5 11 295.3 11 394.1
  1999/00 9 366.3 9 691.2 1 519.2 1 030.5 10 885.4 10 721.7

3.7 Autres cultures

La production de riz se développe rapidement dans la région du Gondar/Godjam. La patate douce est une culture importante à Sidama dans la région SEPAR. La pomme de terre occupe une place de choix sur les hauts plateaux du Godjam Est, dans le Gondar Sud, à Awi et à Alemaya dans le Harar. Les approvisionnements en semences de pommes de terre sont cependant limités: 355 tonnes seulement ont été vendues au cours de l'année. On cultive des oléagineux tels que le nuq, le tournesol et le carthame. La banane Ensete reste un important aliment de base dans la zone du Gurage et à Wollega, Illoubator et Kaffa. Le café et le khat, ce dernier se développant dans le Wollo, sont les principales cultures commerciales de Kaffa, Illoubator et Harar. Les prix du café à la production ont nettement chuté, mais cette année, les rendements sont bons. Les piments rouges sont largement utilisés en Éthiopie, mais une maladie fongique non identifiée sévit dans la zone du Gurage, l'une des principales régions de production.

3.8 Élevage

Selon les données de la FAO pour 1999, l'Éthiopie compte 36 millions de bovins, 22 millions d'ovins, 17 millions de caprins, un million de camélidés, trois millions d'équins et plus de cinq millions d'ânes. Le pays manque de manière chronique de pâturages et de fourrage de saison sèche pour nourrir cette immense population animale. Ce problème de l'alimentation du bétail est particulièrement aigu dans les très petites exploitations des zones fortement peuplées du Wollo, du Tigré, du Gurage et d'autres régions.

Du fait de l'arrivée tardive des pluies belg ou de leur absence, qui a entraîné des pénuries de fourrage et d'eau, on signale que plus de 20 000 bovins sont morts dans les worredas de Kobo et d'Alamata dans le Wollo Nord et le Tigré Sud. Une mortalité animale élevée a été également signalée dans la zone de la vallée du Rift dans la région d'Oromia et dans les régions d'Oromia oriental et Oromia méridional, SEPAR et Somali. Faute de fourrage et de demande suffisante pour les nombreux animaux à vendre, les prix du bétail dans le Tigré n'atteignent que la moitié de leur niveau de l'an dernier. Dans les basses-terres de Bale, Tigré, Wollo et Wag Hamra, l'état des pâturages est peu satisfaisant, et les habitants de ces régions ont déjà commencé à émigrer avec leurs troupeaux à la recherche de fourrage et de travail.

De graves pertes de bovins ont été signalées à Jijiga dans la région Somali et dans l'Omo Sud et le Borena, ce qui aura de profondes répercussions sur la disponibilité de b_ufs pour la prochaine saison. Il existe toujours un important commerce de bovins de boucherie vers le port de Berbera en Somalie.

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4. SITUATION MEHER PAR RÉGION

4.1 Tigré

Dans le Tigré, la production de céréales et de légumineuses de la campagne meher est estimée à 521 000 tonnes, chiffre inférieur de 35 pour cent à celui de l'an dernier. Etant donné que les pluies belg qui, dans le Tigré Sud, apportent l'humidité nécessaire pour le sorgho et le maïs de la campagne longue (meher), ont fait totalement défaut, les superficies consacrées à ces deux cultures à haut rendement ont été considérablement réduites. Par ailleurs, l'absence de pluies belg et l'arrivée tardive des pluies de la campagne meher ont fortement nui aux travaux de préparation du sol, qui est donc resté dur et difficile à travailler. Les b_ufs, rares dans de nombreuses régions, étaient affaiblis par le manque de fourrage et d'eau. Dans l'ensemble, la superficie cultivée dans le Tigré est inférieure de 10 pour cent à celle de l'an passé.

La zone méridionale du Tigré compte huit worredas, dont quatre engrangent normalement une importante récolte belg. Cette récolte belg, qui habituellement représente jusqu'à 17 pour cent de la production annuelle, a été mauvaise pour la cinquième année consécutive. Par ailleurs, les pâturages ont beaucoup souffert de la sécheresse, surtout dans les worredas de Raya, Azebo et Samre.

Les pluies de la campagne meher sont arrivées avec deux à six semaines de retard et, dans de nombreuses régions, elles ont cessé plus tôt que d'ordinaire, privant ainsi les céréales de l'humidité nécessaire pour le gonflement des grains.

Cependant, les fortes précipitations enregistrées dans certaines régions en juillet et en août ont provoqué des engorgements et, dans une moindre mesure, des inondations, tandis que d'autres zones (souvent dans le même worreda) souffraient de sécheresse. Tous les worredas du Tigré oriental et ceux de moyenne altitude du Tigré occidental, Tigré central et Tigré méridional ont souffert d'un excès de pluie. On a signalé des gelées et de la grêle localisées dans toutes les zones. En règle générale, les hauts plateaux et les terres de moyenne altitude ont reçu trop de pluie alors que les basses terres n'en ont pas reçu suffisamment.

Les infestations de plantes adventices ont été extrêmement graves dans toute la région du Tigré à cause de la mauvaise préparation du sol, et les adventices telles que la striga dans les zones centrales et occidentales ont sérieusement affaibli la récolte sur pied de sorgho, déjà rabougri.

La guerre avec l'Érythrée a entraîné le déplacement de plus de 349 000 personnes et l'abandon de milliers d'hectares de terres dans les zones frontalières. La superficie cultivée et la terre disponible pour le pacage s'en sont évidemment trouvées réduites. Les prix des bovins sont largement inférieurs aux niveaux moyens en raison des pénuries de fourrage et du manque de demande effective. Les informations sur les ventes de b_ufs font état de grosses difficultés.

Les engrais n'ont pas donné de bons résultats, surtout dans les basses terres plus arides et dans les régions touchées par l'engorgement au mois d'août. De nombreux agriculteurs se sont donc retrouvés criblés de dettes et certains d'entre eux ont été contraints de vendre leur bétail pour rembourser leurs emprunts, ce qui aura de lourdes conséquences sur leur capacité de cultiver toute leur terre à l'avenir.

4.2 Amhara

Dans la région d'Amhara , on prévoit une production de céréales et de légumineuses de 3841000 tonnes, chiffre inférieur de 4,7 pour cent à celui de l'an dernier. La superficie récoltée a diminué de 5 pour cent à cause du mauvais temps et du manque de b_ufs. Dans l'ensemble, les rendements ont été comparables à ceux de l'an passé (1 tonne/hectare), mais ce chiffre ne rend pas compte des différences marquées entre les diverses zones, telles que le Wollo Nord, où les rendements ont été très faibles à cause du gel et de la sécheresse, et le Godjam Est qui a enregistré des rendements céréaliers moyens de 1,5 tonne/hectare.

Faute de pluie en avril et en mai, le sorgho et le maïs à cycle long n'ont pas pu être semés en avril. Ils ont été remplacés par des variétés de teff, de sorgho et de maïs à cycle court et rendement moins élevé, qui ont été semés en juin/juillet lorsque les pluies de la campagne meher sont arrivées avec une à huit semaines de retard. Les précipitations ont été alors très fortes, en juillet et jusqu'en août, provoquant l'engorgement des vertisols. Dans la région de Wag Hamra, les pluies de la campagne meher ont cessé plus tôt que d'ordinaire, ce qui a empêché les cultures de se développer normalement.

La pénurie de b_ufs a gêné les opérations de culture dans le Wollo Nord et le Wollo Sud. En raison de l'absence de pluies belg et de la précipitation en résultant pour les semis, entrepris lorsque les pluies de la campagne meher sont enfin arrivées, les opérations de culture n'ont pas été conduites dans les règles, ce qui a eu pour conséquence une infestation de plantes adventices beaucoup plus grave que d'habitude. Les pluies excessives tombées sur les hauts plateaux en juillet et en août ont provoqué l'engorgement des vertisols. Les pluies tardives d'octobre ont causé de graves dégâts aux cultures de teff à cycle court dans les basses terres de Kobo. Sur les hauts plateaux, les pluies ont cessé prématurément, vers la mi-septembre, ce qui a nui au gonflement des grains, tandis que les gelées survenues en octobre dans ces zones ont empêché les céréales de se développer normalement, réduisant ainsi considérablement le rendement de l'orge dans les zones touchées.

Le temps sec qui a sévi de mars à juin dans presque toutes les zones d'Amhara, suivi d'une pénurie de pâturages et d'eau, aurait eu pour conséquence un taux de mortalité élevé et une dégradation de l'état du bétail. Même si aucune importante poussée de maladies n'a été signalée, la taille des troupeaux n'a pas augmenté à cause du nombre élevé de morts, conjugué à une offre de bétail exceptionnellement abondante sur le marché. Les prix du bétail dans la zone de Wag Hamra, où la demande d'animaux a fortement régressé, ont chuté de manière spectaculaire. Par ailleurs, dans toute la région, de nombreux ménages doivent faire face à des dettes non amorties qui devront être remboursées sur la récolte meher de cette année, ce qui aura une incidence sur la sécurité alimentaire.

4.3 Oromia

On prévoit une récolte de céréales et de légumineuses de 4 988 600 tonnes, chiffre inférieur de un pour cent à celui de l'an dernier et marquant un recul de 13,1 pour cent par rapport à la production exceptionnelle de 1996. L'Oromia est divisée en région Nord-Ouest et région Sud, qui couvrent une énorme partie du pays avec toute une gamme d'écosystèmes, allant des worredas semi-désertiques limitrophes du Kenya aux terres fertiles d'Arsi et aux hauts plateaux de Shoa Nord et, à l'ouest, jusqu'à la frontière avec le Soudan.

La zone d'Arsi est l'une des plus productives d'Éthiopie, et la récolte de céréales et de légumineuses de 1999 est estimée à 954 000 tonnes, chiffre supérieur de près de 33 pour cent à celui de 1998. Ceci, malgré l'arrivée tardive des pluies belg, qui a retardé les semis du sorgho et du maïs à cycle long ou a contraint les paysans à les remplacer par des cultures à cycle court comme le blé. Dans la zone d'Arsi, la production de blé a augmenté de 59 pour cent par rapport à l'an dernier, passant à 445 680 tonnes, grâce aux précipitations généralement bénéfiques et à l'absence relative de rouille, responsable de fortes pertes de rendement en 1998. Dans la zone de Bale, les pluies ont été suffisantes, sauf dans quelques zones de basses terres, et les rendements ont progressé de 30 pour cent, atteignant 0,95 tonne/hectare. Dans cette zone, la production de céréales et de légumineuses a augmenté de 50 pour cent par rapport à l'an précédente, passant à 206 000 tonnes.

Les pluies belg sont arrivées avec quatre semaines de retard dans le Harar Est et Harar Ouest et elles ont été irrégulières et mal réparties, à tel point que la récolte belg a été entièrement mauvaise. Ces précipitations insuffisantes ont eu un effet préjudiciable sur l'état des b_ufs et sur leur nombre, en raison des pénuries de fourrage et d'eau, et le temps sec ainsi que l'arrivée tardive des pluies de la campagne meher ont rendu les opérations de culture difficiles. En conséquence, les superficies ensemencées pour la campagne meher ont été réduites. Même si les pluies de cette campagne sont arrivées en retard, elles ont duré suffisamment longtemps pour que les cultures des hauts plateaux puissent achever leur cycle de développement. Dans les basses terres, les précipitations ont été insuffisantes et on s'attend à de moins bons rendements. La fréquence des infestations de ravageurs et des maladies a été plus faible que d'habitude dans le Harar Est et Harar Ouest, et aucune augmentation notable de l'application d'engrais ou de pesticides n'a été enregistrée.

Les agriculteurs des worredas Gechi et Hallu Bure d'Illoubator et Jimma ont souffert du paludisme et de fièvres récurrentes, d'où une réduction de la superficie ensemencée. Six worredas d'Illoubator et sept de la zone de Jimma étaient en difficulté. Les averses de grêle et les pluies excessives ont abîmé le maïs, le sorgho, le teff et le café. Les cours du café sont bas et on signale qu'en octobre, les prix du bétail étaient très faibles.

Dans les worredas de Shoa Est (Adami Tulu, Zewaya Dugda et Dugda Bora), les cultures de maïs qui n'ont pas pris à cause de l'arrivée tardive des pluies ont été remplacées par du blé et du teff. Les précipitations ont duré suffisamment longtemps pour que ces nouvelles cultures donnent de bons rendements, surtout dans les exploitations utilisant des semences améliorées et des engrais.

Dans le Borena, le temps sec a eu des conséquences désastreuses pour la production agricole : la superficie cultivée a été réduite de 58 pour cent, passant à 52 000 hectares, et la production est tombée à 32 360 tonnes, contre 78 190 tonnes en 1998. Les pluies hagaya, qui normalement durent d'octobre à décembre, jouent un rôle très important dans le Borena. Elles ont fait défaut pendant les deux dernières campagnes, surtout dans les basses terres. On signale que les précipitations cumulées de la période septembre-novembre ont été largement inférieures à la moyenne, et la pénurie de pâturages pose un très grave problème dans les worredas de Dire, Arero, Yabello central/méridional, et Teltele oriental. L'empiètement de la brousse sur des zones qui étaient auparavant des pâturages de bonne qualité est également un problème. Les responsables des zones et des worredas ont signalé un nombre anormalement élevé d'animaux morts. A cet égard, les veaux et les vaches reproductrices auraient été particulièrement frappés, ce qui a une incidence sur la sécurité alimentaire à court terme des ménages (moins de lait pour la consommation familiale) et sur leurs actifs, qui s'amenuisent. Les prix du bétail chutent et les termes de l'échange ne sont pas favorables aux pasteurs qui vendent leurs animaux pour acheter des céréales. Les prochaines pluies devraient durer de mars à mai, mais si les pluies hagaya n'apportent pas suffisamment d'humidité pour que l'état des parcours s'améliore, il est à prévoir qu'un nombre encore plus élevé de bovins mourront.

Les prix des céréales dans la région d'Oromia étaient élevés au moment de l'évaluation, en particulier sur les marchés des zones suivantes : Harar Ouest, Shoa Est, Wellega Est, Illoubator, Jimma, Bale, Shoa Nord et Shoa Ouest. Ceci est dû en partie à la crainte d'une mauvaise récolte meher dans certaines zones, et en partie à la récolte tardive, les nouvelles céréales arrivant sur le marché un mois après la date normale. Les prix du bétail étaient anormalement bas pour cette époque de l'année dans la plupart des zones à l'exception de Harar Est, où ils avaient récemment retrouvé des niveaux comparables à ceux des années précédentes à la même époque.

4.4 Benshangul-Gumuz

La production totale de céréales et de légumineuses dans le Benshangul-Gumuz est estimée à 82 000 tonnes, chiffre inférieur de 23 pour cent à celui de l'an dernier. De nombreuses zones ont reçu en septembre-octobre des pluies excessives, souvent accompagnées d'averses de grêle, de crues subites et d'engorgement. Les localités particulièrement touchées sont notamment les suivantes : worredas Guba et Pawe (zone de Metekel), worredas Assosa, Bambasi et Kumruk (zone d'Assosa), worreda Bello Jegonfoy (zone de Kemashi) et worreda spécial de Mao Komo.

4.5 Gambella

La production de céréales et de légumineuses de Gambella est estimée à 7 000 tonnes, contre 9 000 tonnes l'année précédente. Le maïs et le sorgho sont les principales cultures de cette région, mais les pratiques agricoles y étant primitives, les rendements sont faibles. Les premières pluies, en mai et en juin, ont été insuffisantes ; elles ont été suivies par des précipitations excessives et les principales rivières drainant les hauts plateaux occidentaux ont été en crue en juillet et en octobre. Ces graves inondations ont été provoquées par les fortes pluies qui ont arrosé les hauts plateaux déboisés de l'Éthiopie occidentale. Certaines céréales sont semées en octobre et récoltées en janvier et, cette année, fin octobre, la décrue n'était pas encore amorcée, ce qui a retardé la préparation du sol et les semis. Une situation analogue avait été observée pendant la campagne 1998/99 ; c'est la principale cause d'insécurité alimentaire dans cette région qui, par ailleurs, est dotée de ressources suffisantes.

La trypanosomiase est un grave problème qui touche les bovins de Gambella.

4.6 Addis-Abeba

Dans la zone administrative d'Addis-Abeba, la superficie totale ensemencée en céréales et en légumineuses en 1999 est estimée à 9 400 ha et la production à 9 900 tonnes, soit une augmentation de 17 pour cent par rapport à l'année précédente. Les principales cultures sont le teff et le blé.

4.7 SEPAR

La production de céréales et de légumineuses de SEPAR en 1999 est estimée à 1 198 000 tonnes, contre 1 354 000 tonnes en 1998. La superficie et la production ont reculé en 1999 de 8 et de 12 pour cent respectivement par rapport à l'année passée.

Une attaque de chenilles processionnaires en avril, mai et juin a causé des dégâts aux céréales immatures, en particulier dans le Gurage. Toujours dans cette zone, sous l'effet conjugué de l'absence de pluies pendant la campagne belg, de l'irrégularité des précipitations de la campagne meher et de la mauvaise préparation du sol, la production a fléchi de 25 pour cent (chiffre estimatif) par rapport à l'an dernier. La forte poussée de maladie fongique qui a touché le piment rouge, culture commerciale de première importance dans le Gurage, aura de sérieuses répercussions sur les revenus agricoles de cette zone densément peuplée.

Après que les pluies de la campagne principale meher et les pluies courtes d'octobre-décembre aient fait défaut en 1998, les précipitations de la campagne belg ont été elles aussi insuffisantes dans la zone d'Omo Nord et dans les worredas spéciaux de Konso, Burgi et Amara. A Konso, la production de céréales et de légumineuses est estimée à moins de 4 000 tonnes, contre 18 000 en 1998, ce qui a entraîné de graves pénuries alimentaires à Konso et nécessitera un suivi fréquent pendant les premiers mois de 2000. Dans l'Omo Nord, la production de céréales et de légumineuses, qui atteint 14 240 tonnes, a progressé de 3 pour cent par rapport au très mauvais résultat de 1998, mais elle reste largement inférieure à la récolte exceptionnelle de 39 600 tonnes engrangée en 1996. Dans les zones densément peuplées autour de Sodo dans l'Omo Nord, les prix du bois de feu avaient chuté de 75 pour cent en août par rapport à l'année dernière à la même époque - ce qui est un sérieux indice de mauvaise récolte. Dans les worredas tels que Kindo Koysha dans la zone d'Omo Nord, certaines terres n'ont pas été ensemencées faute de b_ufs de labour et de semences. On a signalé dans cette même zone des dégâts causés aux cultures par des chenilles processionnaires en mai et en juin, mais des mesures adéquates de lutte phytosanitaire ont été prises par la suite. La patate douce est particulièrement importante dans les worredas densément peuplés autour de Sodo mais, faute de pluies en octobre-décembre 1998, la récolte de cette plante à rendement potentiel élevé a été mauvaise.

Dans l'Omo Sud, on estime que la production est tombée de 33 500 tonnes de céréales et de légumineuses en 1998 à 15 500 tonnes cette année, soit un recul de 54 pour cent.

De nombreux bovins sont morts dans la région à cause de la sécheresse prolongée et les animaux sont très affaiblis en raison du manque de pâturages. L'état du bétail s'est particulièrement dégradé dans les worredas spéciaux de Konso et Burgi. A Konso, les pâturages et l'eau potable sont devenus rares et la plupart des étangs se sont déjà asséchés. Aucune poussée inhabituelle ou non maîtrisée de maladies du bétail n'a été enregistrée, mais des maladies endémiques telles que la trypanosomiase et la fièvre aphteuse se sont généralisées. Cette dernière aurait tué un grand nombre de bovins dans le worreda de Kindo Koisha dans l'Omo Nord. Les points de vente des bovins au Kenya ont été fermés par le Gouvernement éthiopien afin de faciliter le recouvrement de l'impôt. CARE met en _uvre une opération d'urgence visant à réduire le cheptel, au titre de laquelle les bovins trop faibles pour être commercialisés sont abattus, la viande étant séchée en vue d'être distribuée aux populations sinistrées.

4.8 Harare

Harare est une petite région située autour de la ville de Harrar où les principales cultures sont le maïs et le sorgho à cycle long, qui représentent conjointement environ 85 pour cent de la production vivrière. En raison de l'insuffisance des pluies belg et de l'arrivée tardive de celles de la campagne meher, le maïs et le sorgho à cycle long ont été remplacés par du sorgho à maturation rapide. Grâce aux bonnes conditions de végétation dont a bénéficié cette culture, la production céréalière a progressé dans le Harare de 31 pour cent par rapport à la campagne précédente, passant à 10 500 tonnes.

4.9 Somali

La campagne de 1998 avait été très mauvaise dans la région Somali et, dans l'ensemble, une amélioration est attendue cette année. Les pluies belg de 1999 sont arrivées en temps voulu, en mars, et se sont prolongées jusqu'en avril. La plupart des cultures de maïs et de sorgho à cycle long ont été également semées pendant cette période. Une infestation localement grave de chenilles processionnaires a suivi en avril, ainsi qu'une vague de chaleur prolongée plus généralisée en mai et en juin, qui a détruit environ 90 pour cent des cultures. Les pluies de la campagne meher, qui ont commencé en juillet, ont été beaucoup plus abondantes et mieux réparties que l'année précédente, ce qui s'est traduit par un accroissement de rendement, la production ayant plus que doublé (de 20 000 à 46 000 tonnes). Cependant, certaines parties de la région Somali ont souffert cette année de l'insuffisance des pluies, en particulier autour de Gode, qui est à cheval sur la rivière Wabi-shebele dans le sud de la région. Les zones voisines de Gode (certains secteurs de Korahe, Afder, Fiq, Liben, Degehabour et Warder) font également l'expérience de mauvaises campagnes successives.

L'insuffisance des pluies belg et l'arrivée tardive de celles de la campagne meher ont eu un effet désastreux sur le bétail dans la région Somali, où plusieurs milliers d'animaux meurent à cause de la sécheresse. La disponibilité de b_ufs de labour pendant la campagne 2000 s'en ressentira fortement, surtout qu'il existe un commerce d'exportation florissant après la levée de l'interdiction de l'Arabie saoudite concernant les exportations. De manière générale, on rapporte que la disponibilité de pâturages pendant cette campagne est largement inférieure à la normale pour cette époque de l'année. On signale que la migration du bétail dans la zone de l'Afder s'effectue en dehors des zones traditionnelles de migration. Les longs trajets que doivent parcourir les animaux pour aller vers les pâturages et les points d'eau et en revenir contribuent à les affaiblir. On a signalé un taux élevé de mortalité des bovins près de Gode, ainsi qu'une importante migration due aux difficultés.

4.10 Dire Dawa

Le sorgho et le maïs irrigué sont les principales cultures de la région de Dire Dawa et, cette année, la production totale de maïs sur les 500 hectares ensemencés s'est élevée à 820 tonnes. Au total, 9 700 hectares de sorgho ont été ensemencés et ont produit 6 790 tonnes de céréales. A cause de la sécheresse, 1 820 hectares de sorgho emblavés en début de campagne ont dû être réensemencés et la production céréalière totale devrait fléchir de 13 pour cent par rapport à la récolte de 1998.

4.11 Afar

La région d'Afar est peuplée de pasteurs, et la production agricole est une activité secondaire. Aucune pluie n'est tombée pendant la campagne belg et les précipitations de la campagne meher sont arrivées en retard par rapport aux années normales. Dans les zones septentrionales (2, 4 et une partie de 1), la campagne meher a été anormalement brève, avec des pâturages en mauvais état dès le début. Le maïs, le sorgho et le teff sont les principales cultures, et la mission prévoit une production de 9 600 tonnes de céréales et de 410 tonnes de fèves et de pois chiches, soit un accroissement de 28 pour cent par rapport à l'année précédente, marquée par un faible rendement. Cette zone, qui n'est jamais auto-suffisante en céréales, est tributaire des ventes de bétail pour couvrir ses besoins céréaliers.

La sécheresse a obligé les nomades Afar à emmener leur bétail dans les régions situées près de la rivière Awash à la recherche d'eau et de pacages, ce qui a entraîné un surpâturage temporaire des terres le long de la rivière.

Les difficultés d'accès aux marchés sont un problème chronique dans toute la région de l'Afar. Les pasteurs qui vendent leur bétail doivent parcourir de longues distances jusqu'aux marchés des régions voisines, ce qui nuit à la qualité des animaux de l'Afar et fait baisser les prix.

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5 RÉCOLTES BELG 1998 ET 1999

La campagne belg commence normalement en février et se prolonge jusqu'en mai (dans les zones de production belg). Sur les hauts plateaux du nord, l'orge est semé dès l'arrivée des pluies de cette campagne pour être récolté avant celles de la campagne meher en juin-juillet. Mais dans les basses terres des zones de production belg (dans le nord, dans le Bale et dans certaines parties du sud), le rôle le plus important joué par les pluies belg est de permettre les semis des cultures de sorgho et de maïs à cycle long, qui assurent la soudure pendant la période sèche jusqu'à l'arrivée des pluies de la campagne meher et durent pendant toute cette dernière campagne, avant d'être récoltées après la fin des pluies principales. Les cultures qui sont semées pendant la campagne belg et récoltées avant le 31 août sont classées parmi les « récoltes belg » par le Ministère de l'agriculture. Normalement, la moitié des récoltes belg provient de l'Oromia, 30 pour cent de SEPAR et 17 pour cent d'Amhara.

En 1999, la campagne belg a été extrêmement médiocre et même inexistante dans le nord - en net recul par rapport à la production normale. Dans les zones orientales et méridionales, les pluies belg ont été plus proches de la normale et des récoltes acceptables ont été engrangées. Le chiffre de 160 000 tonnes (production totale) a été retenu par la mission pour la récolte belg 1999, d'après la définition du Ministère de l'agriculture. Il est inférieur de plus de 50 pour cent à la moyenne à long terme

Selon les prévisions prudentes de la mission pour 2000, la récolte belg s'établirait à 250 000 tonnes - ce qui reste largement inférieur à la moyenne - en raison des pénuries prévues de b_ufs de trait, dues aux fortes pertes de 1999, et de certaines difficultés à se procurer des semences appropriées. Si la récolte belg s'écartait de cette prévision, les besoins d'importation (tableau 3) devraient être relevés ou abaissés en conséquence par rapport à l'estimation de la section 6. En raison des incertitudes entourant en ce moment les prévisions concernant les récoltes belg, la mission recommande qu'une petite équipe étudie la production belg vers avril 2000. Un examen des prévisions relatives aux récoltes meher de 1999 pourrait également être conduit à ce moment-là, ce qui permettrait de mettre à jour la situation nationale de l'offre et de la demande de céréales.

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6. BILAN DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE ALIMENTAIRES EN 2000

6.1 Situation du marché

Fin 1998, les perspectives de récolte étant bonnes, les cours de toutes les céréales ont chuté pendant la période de la récolte. Cependant, des pluies parfois extrêmement tardives et la fréquence élevée de rouille observée sur le blé ont suscité quelques doutes quant au volume de la récolte, et les prix ont commencé à se raffermir en février 1999. Cette évolution a été exacerbée par les pluies belg extrêmement médiocres, en particulier dans le nord du pays où pratiquement aucune récolte belg n'a été engrangée. Les prix ont continué à grimper de mars à août, sous l'effet de la faible production belg et de l'arrivée tardive des pluies de la campagne principale. La saison des pluies meher a fini par commencer, avec deux mois de retard, mais les précipitations ont été bonnes et bien réparties. Une certaine confiance dans la production est réapparue et la plupart des marchés céréaliers se sont détendus à partir de septembre 1999. Ces fluctuations sont présentées à la figure 1, qui indique les prix des cinq principales céréales sur le marché urbain le plus important pour chacune d'entre elles. La série se termine en septembre 1999 et ne fait donc pas apparaître les fléchissements des cours, qui se sont produits plus tard en octobre-novembre. Dans les zones productrices de maïs excédentaires de l'ouest (par exemple Nekempte), la récolte était pratiquement rentrée fin novembre et les prix sont tombés bien au-dessous de 100 birr/quintal, chutant à 60 birr/quintal sur les marchés moins importants. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec les cours mondiaux actuels d'environ 75 dollars E.-U. la tonne. Les cours du sorgho sont plus fermes car la récolte est très en retard et on s'attend en général à ce que la production marque un recul à cause de l'arrivée tardive des pluies. Il est probable que les prix du sorgho restent largement supérieurs aux cours mondiaux, même en décembre au moment du début de la récolte. Les prix de l'orge et du blé ont suivi tous les deux la même évolution en 1999 et ont déjà chuté au moment de la récolte - en particulier le blé dans les zones excédentaires telles que Arsi. La figure 1 fait apparaître clairement le surprix du teff, mais il est lui aussi en train de fléchir en raison d'une bonne récolte, en cours actuellement.

Dans les zones déficitaires (ne figurant pas à la figure 1), les prix sont plus élevés que ceux indiqués ; c'est ainsi que le teff à Mekelle est resté environ 70 birr par quintal au-dessus du prix de Debre Markos pendant tout l'année. Même si dans les zones déficitaires les prix chuteront en décembre-janvier, ils resteront largement supérieurs à ceux des zones excédentaires. Cette situation a des répercussions évidentes sur l'accès des populations appauvries aux approvisionnements vivriers dans les zones déficitaires qui ont subi de nouveaux revers cette année, avec les pertes de bétail et de cultures vivrières dues à la sécheresse.

Il existe certes des stocks de report de 1998 dans les zones productrices excédentaires, mais ils s'épuisent rapidement étant donné que l'arrivée de la nouvelle production céréalière est retardée à cause de la récolte tardive. En effet, la production de 1998 a nourri le pays un mois de plus cette année, d'où l'épuisement des anciens stocks de céréales. Si la récolte avait eu lieu en temps voulu, des stocks auraient pu être constitués en 1999. La mission a estimé le stock de clôture, telle que se présente la campagne actuellement, à un niveau correspondant environ à un mois de consommation (voir bilan céréalier national, tableau 3).

Après la baisse enregistrée par la plupart des prix des céréales après la récolte, il est probable que les cours commenceront de nouveau à grimper en février, à mesure qu'il apparaîtra clairement que la récolte de la campagne principale de 1999 est inférieure à celle de l'an dernier. A partir de mars, l'intensité des pluies belg et la possibilité pour les agriculteurs de semer des cultures à cycle long (maïs et sorgho) au début de la campagne influeront sur les prix. Une bonne campagne belg contribuerait à atténuer les pressions à la hausse qui s'exercent normalement sur les prix d'avril à juillet, mais le contraire pourrait également se vérifier. Une autre récolte belg médiocre en 2000 ferait grimper les prix bien au-dessus des niveaux observés en 1999. Mis à part les précipitations, les perspectives ne sont pas bonnes pour la campagne belg, tout au moins dans le Tigré, le Wollo et le Shoa Nord, à cause de la raréfaction des b_ufs et d'une certaine pénurie de semences.

6.2 Bilan alimentaire national

Après la récolte médiocre de 1997, le niveau des stocks d'ouverture en janvier 1998 était exceptionnellement bas. Malgré une récolte belg secondaire insuffisante, la production accrue de 1998 a permis de constituer des stocks en 1999. Le bilan national des céréales et des légumineuses pour 2000 est indiqué au tableau 3 ; il est fondé sur l'hypothèse qu'il n'y aura aucune évolution des stocks au cours de l'année. Le niveau du stock de clôture (860 000 tonnes) représente un peu plus d'un mois de consommation. La production de céréales et de légumineuses comprend les prévisions de la mission concernant la récolte meher (10,72 millions de tonnes), plus une récolte belg de 250 000 tonnes (estimation prudente) - inférieure à la moyenne à long terme - car on présume qu'il sera difficile de conduire les cultures comme il convient faute de b_ufs et de semences. Les disponibilités céréalières totales sont donc de 11,83 millions de tonnes - chiffre proche de celui de l'an dernier.

Tableau 3: Ethiopie - Bilan céréalier total, janvier-décembre 2000 (en milliers de tonnes)

  (Population 63.49 million)
Disponibilités intérieures 11 830.0
Stocks d'ouverture 860.0
Production 10 970.0
- Meher 10 720.0
- Belg 250.0
Utilisations totales 12 594.0
Consommation alimentaire (150 Kg) 9 524.0
Alimentation animale 200.0
Autres utilisations (17 pour cent) 1 860.0
Exportations 150.0
Stocks de clôture 860.0
Besoins d'importations 764.0 1/

1/ Essentiellement couverts par l'aide alimentaire.

S'agissant de la demande, les prévisions concernant la consommation alimentaire sont établies sur la base d'une population de 63,49 millions d'habitants (Office central des statistiques) à la mi-2000 et d'une consommation de 150 kg par personne (comme en 1999). Il existe d'importantes variations régionales dans les niveaux de consommation céréalière, et la mission a tenté d'estimer les différents taux selon les zones, en fonction de l'importance locale des racines, des tubercules et des produits animaux dans le régime alimentaire. Les résultats de cette opération figurent au tableau 4, qui indique également un niveau national pondéré de consommation de 150 kg en moyenne par habitant. L'utilisation des céréales et des sous-produits céréaliers pour l'alimentation animale devrait marquer un recul en 2000 en raison de la diminution du nombre de têtes de bétail et des approvisionnements céréaliers plus difficiles qu'en 1999.

Les autres utilisations et pertes sont encore estimées à 17 pour cent, dont 11 pour cent de pertes après récolte et 6 pour cent d'utilisation de semences en moyenne pondérée. On considère que les céréales utilisées localement pour le brassage de la bière font partie de la chaîne alimentaire. Le malt et l'orge importés pour le brassage commercial de la bière sont compris dans le chiffre des importations.

Les exportations seront probablement inférieures en 2000 ; elles seront principalement limitées aux légumineuses, en particulier les haricots et les fèves, pour lesquels cette campagne a été favorable. Les exportations céréalières sont complètement bloquées en direction du nord et il est peu probable que de grandes quantités soient exportées en direction du Soudan ou du Kenya, en partie à cause des prix peu concurrentiels par rapport aux faibles cours mondiaux.

Ainsi qu'il est indiqué au tableau 3, les besoins d'importation sont de 764 000 tonnes - chiffre supérieur de plus de 100 000 tonnes à celui de l'an dernier, et ils seront presque entièrement couverts par l'aide alimentaire. Il devrait être possible d'acheter sur place environ 200 000 tonnes dans les zones de production excédentaires du pays. Il est prévu qu'en 2000, les importations commerciales seront négligeables, comme en 1996 et 1997.

6.3 Bilans alimentaires régionaux

On a cherché à identifier dans le tableau 4 les zones excédentaires et déficitaires au niveau zonal et régional. Les besoins de consommation sont établis à partir des estimations de population par zone de l'Office central de statistiques et des taux de consommation par habitant calculés par la mission. Ils varient de 116 kg par habitant dans les zones pastorales à 164 kg dans les hauts plateaux du nord, avec une moyenne nationale de 150 kg, qui correspond à l'hypothèse du tableau 3. Les zones ont été classées selon l'importance des céréales dans le régime alimentaire, compte tenu de la consommation de banane Ensete, de racines et de produits de l'élevage. Certaines zones ont été divisées en plusieurs catégories avec des proportions différentes. Les chiffres de la consommation de céréales et de légumineuses par habitant ont été calculés pour chaque type de régime alimentaire en consultation avec le nutritionniste de la mission, et ajustés pour obtenir une moyenne pondérée de 150 kg.
Les besoins de consommation totaux pour chaque zone sont établis sur la base des prévisions nettes de production, déduction faite des semences, des déchets et de l'alimentation animale. Les excédents et déficits qui en résultent, exprimés en quantités totales de céréales, figurent dans la sixième colonne du tableau 4. Ainsi, les plus gros excédents seront dans le Shoa Est, Shoa Ouest et Arsi (Oromia) et dans le Godjam Est et Godjam Ouest (Amhara). Le sud (SEPAR) est largement déficitaire, seul l'Hadiya étant nettement excédentaire cette année. Le Tigré pris dans son ensemble est largement déficitaire, malgré l'excédent du Tigré Ouest.
Il convient de noter que, pour établir ces excédents et ces déficits, on n'a tenu aucun compte de l'évolution des stocks ou des échanges d'une zone à l'autre. Les chiffres se limitent à confronter les besoins et la production nette. Malgré ces imperfections, le tableau a pour objet de fournir des renseignements utiles pour repérer les zones excédentaires, en vue d'éventuels achats locaux d'aide alimentaire, ainsi que celles qui sont caractérisées par d'importants déficits. Les chiffres par habitant (en kg) figurant dans la dernière colonne du tableau 4 indiquent la gravité de ces déficits. Ainsi, mis à part les zones urbaines, les zones où le déficit vivrier par habitant est le plus grave sont le Tigré oriental et Tigré central, Wollo Nord et Wag Hamra dans le Nord, l'Harar Est, Borena, Afar et Somali dans l'Est et le Sidama, Gedeo, Omo Sud et Omo Nord, Yem et Konso dans le Sud. Gambella, à l'extrême ouest, est également largement déficitaire cette année. Les excédents et les déficits par habitant sont représentés sur la carte de la figure 2.

Tableau 4: Ethiopie: Estimations des excédents/déficits céréaliers par zone en 2000

Région Zone Population
(milliers)
Besoins de Consommation
(milliers de tonnes)
Production nette
(milliers de tonnes)
Excédent (+) ou Déficit (-)
(milliers de tonnes)
Excédent (+) ou Déficit (-)
par habitant (kg)
Tigré Ouest 865 142 202 60 69.7
  Centre 1 111 182 82 -100 -90.4
  Est 689 113 32 -82 -118.4
  Sud 1 029 169 111 -58 -56.0
  Tigré Total 3 694 606 426 -179 -48.5
Afar Toutes 1 216 141 8 -133 -109.5
Amhara Gondar Nord 2 460 403 560 157 63.8
  Gondar Sud 2 083 341 268 -74 -35.4
  Wello Nord 1 485 244 96 -148 -99.6
  Wello Sud 2 501 410 260 -150 -60.0
  Shoa Nord 1 838 301 414 113 61.3
  Gojam Est 2 003 328 626 298 148.6
  Godjam O.+Bah.D 2 209 362 618 256 115.9
  Wag Hamra 325 53 21 -32 -99.7
  Awie 845 139 243 104 123.1
  Oromia 545 64 49 -15 -27.8
  Amhara Total 16 294 2 645 3 153 508 31.2
Oromia Wellega Ouest 1 847 303 342 39 21.0
  Wellega Est 1 496 245 286 41 27.6
  Illubabor 1 011 147 170 22 22.0
  Jimma 2 340 342 270 -72 -31.0
  Shewa Ouest 2 780 455 746 291 104.6
  Shewa N-O 1 382 227 289 62 44.8
  Shewa Est 1 991 320 541 221 110.7
  Arsi 2 646 434 812 379 143.0
  Hararghe Ouest 1 518 234 202 -32 -21.2
  Hararghe Est 2 184 347 244 -103 -47.1
  Bale 1 453 191 204 13 9.1
  Borena 1 706 266 34 -231 -135.6
  Oromia Total 22 354 3 512 4 140 628 28.1
Somali Toutes 3 698 429 40 -389 -105.2
Beni-Shangul Toutes 537 85 67 -19 -34.5
SEPAR Gurage 1 877 236 199 -37 -19.7
  Hadiya 1 267 160 239 80 62.8
  K.A.T. 877 110 129 19 21.2
  Sidama 2 466 310 116 -194 -78.9
  Gedeo 680 86 10 -76 -111.1
  Omo Nord 3 142 396 133 -263 -83.6
  Omo Sud 395 48 13 -36 -90.9
  Kaffa Shaka 875 110 99 -12 -13.4
  Bench-Maji 393 48 37 -11 -28.5
  Yem 78 10 3 -7 -94.8
  Amaro 119 14 7 -7 -61.1
  Burgi 46 5 15 10 220.6
  Konso 190 31 12 -19 -100.3
  Derasha 108 17 20 2 22.5
  SEPAR Total 12 513 1 584 1 033 -552 -44.1
Gambella Toutes 211 33 6 -27 -128.3
Harari Toutes 160 26 9 -17 -109.0
Addis Abeba Toutes 2 495 410 8 -402 -161.0
Dire Dawa Toutes 318 52 6 -46 -144.0
Ethiopie Total   63 490 9 523 8 896 -627 1/ -9.9

1/ Exception faite des aliments pour animaux et des exportations.

6.4 Besoins d'aide alimentaire

Bilan des distributions de secours alimentaires en 1999

Les besoins de secours alimentaires et les distributions effectives en Éthiopie ont été extrêmement variables au cours des dernières années ainsi qu'il est indiqué au tableau 5.

Tableau 5. Ethiopie: Secours alimentaires - Estimations et distributions,1995-99

Année   Volume estimatif FAO/PAM initial
(A)
 
Volume révisé final
(B)
 
Volume distribué
(C)
 
Volume distribué en pourcentage du vol. estimatif
(D) = (C)/(A)
 
Population visée (millions)
Initiale
(E)
Révisée
(F)
1995 427 000 492 848 347 379 81 4.0 4.0
1996 291 000 262 060 219 000 75 2.3 2.7
1997 186 000 329 450 306 000 165 1.9 3.4
1998 420 000 602 134 294 932 70 4.7 5.3
1999 181 871 460 609 391 558 * 215 2.2 6.6
Moyenne 301 174 429 420 311 774 104 3.0 4.4

Sources pour (B), (C), (E) et (F): dossiers d'appel de la DPPC.
* Chiffre estimatif

En décembre 1998, la mission conjointe FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires a estimé que l'Éthiopie aurait besoin de 181 871 tonnes de secours alimentaires pour 1999, afin de couvrir les besoins de 1,89 million de personnes. Les bénéficiaires pouvant prétendre aux secours, identifiés par la mission, étaient principalement des agriculteurs dont la production avait souffert des faibles pluies belg, suivies de précipitations insuffisantes, tardives et irrégulières durant la campagne meher. La mission a estimé que la durée moyenne de l'assistance en 1999 serait de six mois. Les estimations ne comprenaient pas les besoins de secours des Éthiopiens déplacés à cause du conflit frontalier entre l'Éthiopie et l'Érythrée, ni ceux des pasteurs.
La Commission nationale de prévention et de planification des interventions en cas de catastrophe (DPPC) a lancé un appel pour une aide alimentaire d'urgence en décembre 1998, estimant les besoins de secours alimentaires pour 1999 à 282 753 tonnes pour 2,2 millions de personnes. La prise en compte des personnes déplacées dans les chiffres de la Commission explique l'augmentation par rapport à l'estimation FAO/PAM de décembre.
Par la suite, l'année a été cependant caractérisée par des besoins croissants, dus à l'absence presque totale de pluies belg et à divers phénomènes généralisés (infestations de ravageurs et d'adventices, inondations, grêle, et excès ou absence de pluie, selon les régions). Dans de nombreuses parties du pays, la situation nutritionnelle, en particulier celle des jeunes enfants, des femmes enceintes et des mères allaitantes, et des personnes âgées, s'est détériorée au cours de l'année. En raison des besoins accrus et de la pratique consistant à redistribuer largement les produits, les rations ont été notablement réduites, certaines familles ne recevant parfois que 12,5 kg de céréales par mois. En conséquence, la Commission nationale de prévention et de planification des interventions en cas de catastrophe a été obligée de lancer une série d'appels actualisés, ainsi qu'il est indiqué au tableau 6.

Tableau 6. Ethiopie: Appels lancés par la DPPC pour des secours alimentaires, 1999

Date de
l' Appel
No. de bénéficiaires Besoins de secours totaux (tonnes)  Période couverte 
Causes naturelles Causes anthropiques Total
Avril 8 2 857 318 396 983 3 254 301 319 586 Janv.-Déc.
Mai 27 4 218 620 384 858 4 603 478 358 950 Juin-Déc.
Juillet 16 4 993 725 384 858 5 378 583 436 158 Juin-Déc.
Octobre 18 6 619 586 365 316 6 984 902 274 023 Oct.-Déc.
Novembre 5 5 457 300 316 000 5 773 300 260 069 Janv.-Mars.2000

Secours aux victimes de la sécheresse et des mauvaises récoltes

Les premières dispositions prises par les donateurs après l'appel du gouvernement de décembre 1998 étaient très insuffisantes, l'unique contribution annoncée étant celle de l'Union européenne (30 000 tonnes). Cependant, en considération des informations faisant de plus en plus état d'une détérioration de la situation dans l'ensemble du pays, les donateurs ont examiné attentivement les demandes de la DPPC présentées dans l'appel de mai. Compte tenu de cet appel, le PAM a approuvé l'opération d'urgence 6 143 destinée à fournir 93 600 tonnes de céréales à 1,2 million de bénéficiaires, ce qui couvrait environ 30 pour cent des besoins. Globalement, l'accueil réservé à l'appel de mai a été extrêmement favorable, les donateurs ayant fourni au total 375 012 tonnes de produits alimentaires, y compris un report de contributions s'élevant à 19 528 tonnes. En conséquence, 97 pour cent des 386 586 tonnes requises pour les victimes des mauvaises récoltes au titre de l'appel de juillet étaient couverts. Plus récemment, en réponse aux appels d'octobre et de novembre, le PAM a préparé une révision du budget de l'opération d'urgence 6 143 demandant au total 58 216 tonnes de céréales, quantité sur laquelle seules 29 997 tonnes ont été annoncées à ce jour. Il convient de noter que le Gouvernement d'Éthiopie (par l'intermédiaire de la DPPC) a lui-même emprunté 20 000 tonnes à la Réserve de sécurité alimentaire d'urgence, dans le cadre de l'intervention officielle de l'Etat.
Ainsi qu'il est indiqué au point d) ci-dessus, le volume révisé total de céréales requis pour la période allant de juin à décembre 1999 s'élevait à 460 609 tonnes. En décembre 1999, les promesses de contributions des donateurs se montaient à 405 009 tonnes de céréales, ce qui laissait un déficit de 55 600 tonnes, soit 12 pour cent. Sur ces contributions annoncées, 352 134 tonnes de céréales avaient été livrées, dont 294 289 tonnes empruntées à la Réserve de sécurité alimentaire d'urgence au titre d'engagements non livrés mais confirmés. Le délai moyen entre la confirmation d'un engagement et le moment où les vivres arrivent effectivement dans le pays est de cinq mois, de sorte que le fait de pouvoir faire des emprunts immédiats auprès de la Réserve a permis d'éviter une grave catastrophe. Les stocks de secours et les contributions annoncées reportés de 1999 à 2000 sont estimés à 32 000 tonnes et à 52 875 tonnes respectivement. Une part importante des contributions reportées comprend les produits demandés au titre de la révision du budget de l'opération d'urgence 6 143, qui n'a été approuvée que le 23 novembre.

Les distributions totales de secours effectuées par la DPPC et les ONG en 1999 se sont élevées à 391 558 tonnes, soit 85 pour cent des besoins révisés pour 1999. Compte tenu des remboursements destinés à la Réserve de sécurité alimentaire d'urgence, les stocks de report pour 2000 ne s'élèvent qu'à 32 000 tonnes, l'un des chiffres les plus bas des dernières années, ce qui rend compte de la difficulté de la situation et des besoins pressants de secours alimentaires rencontrés en 1999.

Tableau 7. Ethiopie: Bilan des secours alimentaires (tonnes) de 1999

1. Disponibilités totales de secours alimentaires en 1999 476 433
- Stocks de report et contributions annoncées de 1998 60 3591/
- Secours livrés en 1999 (janv-déc) 363 199
- Contributions non livrées en 1999 (janv-déc) 52 875
2. Distributions estimées en 1999 391 558
3. Stocks et annonces de contribution reportés sur 2000 84 875
1/ Dont 1 080 tonnes de légumineuses

Secours aux personnes déplacées

Les quantités annuelles totales de céréales requises par le gouvernement pour 384 858 personnes déplacées se sont élevées à 49 572 tonnes. Pour faire face à ces besoins, le PAM a approuvé en mars 1999 l'opération d'urgence 6 080, au titre de laquelle 36 720 tonnes de céréales étaient demandées pour neuf mois. Cependant, du fait de l'étalement dans le temps des mesures prises par les donateurs, l'acheminement des céréales a été interrompu pendant deux mois, en septembre et en octobre. En dépit de cette interruption, les donateurs ont annoncé d'importantes contributions et, à la fin de l'année, 35 398 tonnes de céréales, soit 96,4 pour cent des quantités requises pour l'opération appuyée par le PAM, avaient été engagées. Sur ces contributions, 26 514 tonnes de céréales avaient été livrées, dont 15 800 tonnes d'emprunts venant de la Réserve de sécurité alimentaire d'urgence, au titre d'engagements non livrés mais confirmés. L'Etat a lui-même emprunté 5 000 tonnes de céréales à la Réserve en novembre.

Outre les livraisons d'aide alimentaire reçues pour couvrir les besoins de secours, l'Éthiopie a reçu en 1999 140 871 tonnes de céréales pour des programmes ordinaires d'aide alimentaire.

Méthodologie d'estimation des besoins de secours alimentaires pour 2000

Vers le milieu de 1999, sous l'égide du Groupe de travail d'alerte rapide de la DPPC, trois groupes de travail restreints ont été constitués, avec pour mandat de planifier et de conduire l'évaluation des besoins d'aide d'urgence pour 1999. La DPPC, le PAM, l'UE, l'USAID, le CIDA, l'UNICEF, le Ministère de l'agriculture et le SCF (Royaume-Uni) ont activement participé au groupe de méthodologie, qui comprenait un certain nombre d'institutions. D'août à octobre 1999, ce groupe s'est réuni fréquemment pour mettre au point une méthodologie d'estimation des besoins, comprenant des éléments qualitatifs et quantitatifs. Un atelier de sensibilisation et de formation d'une journée a été organisé début novembre à l'intention des équipes, avant leur départ sur le terrain.

La méthodologie appliquée cette année a été sensiblement améliorée par rapport à celles qui étaient utilisées les années précédentes, l'accent étant surtout mis sur les points suivants :

La vulnérabilité « actuelle » face à l'insécurité alimentaire a été évaluée en utilisant des facteurs qui rendent compte de l'accès aux vivres. Plus concrètement, l'évolution du revenu du ménage (cultures, élevage, revenu non agricole, commerce et envois de fonds) et l'évolution du pouvoir d'achat (prix du marché des aliments de base) ont été examinées pour évaluer dans l'ensemble l'insécurité alimentaire actuelle. Les variations de cette vulnérabilité ont été analysées pour la plupart des années de la période 1994-98. Les échanges de vue ont eu principalement lieu avec les membres des familles vivant dans les zones touchées, ainsi qu'avec les chefs des communautés, les spécialistes locaux et les fonctionnaires des services publics compétents.

Les circonstances défavorables de la campagne 1999 ont été interprétées dans le contexte de la « vulnérabilité chronique », pour laquelle un indice de vulnérabilité chronique a été créé. Cet indice inclut divers indicateurs de sécurité alimentaire et de pauvreté basés sur des données de 1994-98, telles que : production agricole, possession de bétail, qualité/disponibilité des pâturages, accès routier, prix des produits alimentaires, besoins évalués précédemment, risque de sécheresse, variabilité de la production agricole, et phénomènes météorologiques cumulatifs dans le temps. Cet indice a été établi pour plus de 400 worredas de l'ensemble du pays, couvrant surtout des régions tributaires de l'agriculture.

Les classifications « vulnérabilité actuelle » et « vulnérabilité chronique » ont été regroupées pour permettre une compréhension plus globale de la vulnérabilité conjuguée/générale. Les équipes ont évalué comment la vulnérabilité générale était en train d'évoluer par rapport aux années passées, puis elles ont utilisé les données sur les besoins estimés des années précédentes pour calculer approximativement ceux de l'année à venir. Un dialogue a ensuite été noué entre les membres des équipes d'évaluation et les membres des comités locaux de la DPPC, ce qui a permis de prendre connaissance des informations apportées par toutes les parties concernées et de leurs demandes, avant d'établir les estimations finales des besoins.

Besoins de secours alimentaires en 2000

La mission estime que les besoins de secours alimentaires pour l'Éthiopie s'élèvent en 2000 à 764 455 tonnes destinées à environ 7 767 594 personnes pendant six mois en moyenne. Ce chiffre, supérieur de 66 pour cent aux estimations révisées finales de 1999, est le plus élevé en huit ans. Les détails par zone figurent au tableau 8. Trente-huit pour cent des besoins de secours alimentaires concernent la région d'Amhara, 20 pour cent celle d'Oromia, 17 pour cent le Tigré, 10 pour cent la région SEPAR et 15 pour cent la région Somali. Les calculs relatifs aux besoins d'aide alimentaires continuent à être effectués sur la base de la ration standard de 15 kg de céréales par bénéficiaire et par mois.
Les estimations des besoins de secours alimentaires ne comprennent pas ceux des Éthiopiens déplacés à cause du conflit frontalier entre l'Éthiopie et l'Érythrée, ni ceux des diverses autres personnes déplacées. Le Gouvernement d'Éthiopie estime que 47 115 tonnes de secours alimentaires sont nécessaires pour les 349 000 personnes déplacées et pour les Éthiopiens expulsés d'Érythrée. Du fait de la situation particulière des personnes déplacées, l'évaluation de leurs besoins de secours n'était pas du ressort de cette mission.

Compte tenu du faible volume des contributions annoncées (52 875 tonnes) et des stocks de secours alimentaires (32 000 tonnes) reportés de 1999 à 2000, et soustraction faite des 28 219 tonnes qui doivent encore être mobilisées au titre de la révision du budget de l'opération d'urgence 6 143 du PAM, approuvée en novembre, les besoins nets de secours d'aide alimentaire en 2000 pour les victimes de catastrophes naturelles sont estimés à 651 361 tonnes. Comme pour les années précédentes, cette estimation est fondée sur l'hypothèse d'une récolte belg normale en 2000, et de travaux de préparation normaux en vue de la prochaine récolte. Ainsi que cela a été le cas en 1999, il est possible que des événements inattendus se produisent et qu'il soit nécessaire de revoir l'estimation. Ces révisions, établies d'après des évaluations conjointes, seront communiquées officiellement aux donateurs par la DPPC, dans le cadre de son processus d'appel continu récemment adopté.

Les secours alimentaires seront cette année une ressource essentielle pour environ 8 millions d'Éthiopiens ruraux et permettront à nombre d'entre eux d'éviter la famine et d'améliorer leur apport en éléments nutritifs. Dans de nombreuses zones isolées, où les marchés fonctionnent mal en raison de la faible demande, les vivres seront plus facilement accessibles grâce aux distributions d'aide alimentaire. Le rôle que joue cette aide en permettant aux ménages de ne perdre pas entièrement leurs actifs, ce qui augmente leurs chances de pouvoir surmonter ces moments difficiles, est également important.
Les estimations des besoins d'aide alimentaire pour 2000 sont résumées au tableau 8 et sont représentées sur les cartes des figures 3 et 4.

Tableau 8. Ethiopie: Population visée (excepte personnes déplacées) et besoins d'aide alimentaire en 2000

Zone Nombre de bénéficiaires Bénéficiaires en % de la population rurale Durée moyenne
en mois
Besoins de se-cours alim. (t)
Tigré Ouest 74 000 10 10 10 815
Tigré Centre 481 600 49 9 62 718
Tigré Est 256 000 44 8 29 306
Tigré Sud 235 800 31 7 25 759
Tigré Total 1 047 400     128 598
Afar zone 1 3 369 1 4 202
Afar zone 3 7 752 6 6 698
Afar zone 5 1 650 1 6 149
Afar Total 12 771     1 048
Gondar Nord 209 935 10 7 21 779
Gondar Sud 504 383 27 7 53 033
Wollo Nord 553 663 41 7 54 785
Wollo Sud 920 931 42 7 96 003
Shoa Nord 377 737 24 7 38 273
Godjam Est 730 < 1 5 51
Wag Hamra 114 966 38 7 12 247
Oromia 124 871 26 7 12 993
Amhara Total 2 807 216     289 164
Illubabor 75 900 9 4 4 869
Jimma 28 500 1 6 2 558
Shoa Ouest 94 448 4 7 9 897
Shoa Nord 203 409 16 6 19 050
Shoa Est 171 500 11 7 19 125
Arsi 108 145 5 7 10 996
Harar Ouest 112 500 8 6 9 728
Harar Est 254 024 13 5 20 783
Bale 161 181 13 6 14 831
Borena 411 280 27 6 37 015
Oromia Total 1 620 887     148 851
Shinile 84 340 26 4 5 060
Jigjiga 54 560 8 4 3 274
Fiq 170 660 77 6 15 359
Degehabur 140 000 54 6 12 600
Warder 130 000 41 6 11 700
Korahe 99 000 45 6 8 910
Gode 307 650 76 6 27 689
Afder 205 530 59 6 18 498
Liben 129 260 28 6 11 633
Somali Total 1 321 000     114 723
Asosa 4 201 2 5 315
Tongo SO 250 2 5 19
Beneshangul Gumuz 4 451     334
Guraghe 19 600 1 3 1 019
Hadiya 32 600 3 4 1 742
KAT 58 800 8 4 3 453
Omo Nord 433 800 15 6 41 054
Omo Sud 92 240 26 6 8 764
Burji SO 28 500 72 6 2 565
Konso SO 157 000 90 6 14 130
Derashie Sud 30 200 32 6 2 718
SEPAR Total 852 740     75 443
Gambella Zone 1 14 000 49 6 1 343
Gambella Zone 2 12 800 40 5 1 013
Gambella Zone 3 13 800 22 4 855
Gambella Zone 4 6 000 18 7 630
Gambella Total 46 600     3 840
Harari 7 070 10 3 318
Dire Dawa 47 459 50 3 2 136
Grand Total 7 767 594     764 455

Tableau 9. Ethiopie: Population visée et besoins d'aide alimentaire en 2000 (personnes déplacées uniquement)

  Zone     Nombre de bénéficiaires Bénéficiaires en % de la popu- lation rurale Durée moyenne de l'assistance en mois Besoins de secours alimen- taires en tonnes
Tigré Ouest 116 416 16 9 15 716
Tigré Centre 88 978 9 9 12 012
Tigré Est 110 542 19 9 14 923
Tigré Total 315 936     42 651
Afar 33 064 3 9 4 464
Grand Total 349 000     47 115

La carte de la figure 3 indique les estimations des besoins totaux d'aide d'urgence en 2000 (à l'exception des personnes déplacées). Les zones plus foncées auront besoin de quantités plus importantes de secours alimentaires (céréales) et les zones plus claires de quantités moindres. Les zones blanches ont été considérées d'après l'évaluation comme n'ayant pas besoin de secours.

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La deuxième carte (figure 4) indique la répartition géographique des populations considérées d'après l'évaluation comme démunies (à l'exception des personnes déplacées), en pourcentage de la population rurale totale d'une zone/worreda.
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Phénomènes ayant une incidence sur la sécurité alimentaire en 2000

Les raisons de ces besoins d'aide alimentaire importants en 2000 sont complexes et liées à plusieurs facteurs conjugués et interdépendants, notamment les suivants :

Les effets de ces phénomènes cumulatifs dans le long terme (associés aux points 2-4 ci-dessus) sont évidents pour ce qui est de l'amenuisement des actifs et de la dégradation des moyens de suivie de nombreux ménages ruraux. Dans le passé, les fermes d'élevage des agriculteurs étaient en règle générale plus importantes et ils pouvaient vendre sur le marché des petits ruminants tels que caprins ou ovins, ce qui assurait au ménage un revenu des plus utiles pour les achats de céréales alimentaires pendant la période de soudure. Après la récolte belg désastreuse enregistrée cette année dans une grande partie du nord du pays, de nombreux agriculteurs ont été contraints de vendre leurs animaux plus tôt si bien que ce type de cession d'actifs n'est plus possible. La migration de la main-d'_uvre vers les zones de production excédentaires (ou les zones de production de cultures commerciales) a constitué pendant longtemps un important moyen d'obtenir un revenu supplémentaire indispensable aux ménages pauvres des régions en déficit vivrier. Cette année, dans de nombreuses zones de production habituellement excédentaires, la demande de main-d'_uvre est faible en raison des mauvaises perspectives de récolte. Il est donc beaucoup moins facile aujourd'hui d'avoir recours à la solution du travail salarié.

Bien que les catastrophes et les circonstances défavorables liées à des événements spécifiques soient dans l'ensemble le facteur qui déclenche le besoin d'aide d'urgence, de l'avis général, l'insuffisance du développement contribue de manière déterminante à accroître les quantités de secours nécessaires.
Dans l'ensemble de l'Éthiopie, divers phénomènes météorologiques, qui ont souvent pris la forme de vagues de sécheresse ou à l'inverse de pluies excessives, ont sévi dans de nombreuses régions pendant la campagne meher de 1999 (voir section 4). Dans le nord du pays (surtout les régions de Tigré et d'Amhara), l'absence de pluies belg n'a pas seulement eu pour conséquence une mauvaise récolte belg en juin-juillet, elle a également eu de graves répercussions sur la récolte meher. Les pluies belg jouent un rôle essentiel dans de nombreuses zones où il n'y a pas de production belg, car elles sont utiles pour la préparation du sol et déterminantes pour les premiers semis des cultures à cycle long telles que le sorgho et le maïs. Bien des agriculteurs ont été contraints d'abandonner les cultures à cycle long et à rendement élevé (sorgho et maïs) au profit de cultures à cycle court et à rendement inférieur telles que le teff, ce qui a eu une grave incidence sur la sécurité alimentaire dans de nombreuses régions. De plus amples informations sur la situation en matière d'agriculture et d'élevage à l'échelon régional figurent dans la section 4.

En résumé, les récoltes meher ont été en règle générale bonnes dans les zones excédentaires (Arsi, Godjam, Ouest Wellega), mais, dans les zones déficitaires plus marginales, la production agricole été fortement compromise par le mauvais temps. Elle a nettement diminué notamment dans la majeure partie du Tigré, du Wollo et du Wag Hamra, dans le nord, qui connaîtront en 2000 des déficits vivriers plus importants que la normale. Dans le sud, dans l'Omo Nord et l'Omo Sud, le Konso, le Burgi et le Borena, la campagne a été extrêmement médiocre tandis que, dans l'est, les régions Somali et Afar connaîtront comme d'habitude d'importants déficits céréaliers. Les pâturages ont également souffert de l'insuffisance, voire de l'absence, des pluies belg et de l'arrivée tardive des pluies meher dans les zones tributaires de l'agriculture et, ensuite, de l'insuffisance des pluies gu et deyr dans les zones traditionnellement pastorales. Des pertes d'animaux importantes ont été enregistrées, en particulier dans les zones marginales de l'est, du sud et du nord, ce qui a évidemment réduit les actifs des ménages (notamment du fait de la faiblesse des prix du bétail), mais risque également de compromettre la prochaine campagne agricole à cause de la pénurie de b_ufs qui limitera la préparation du sol dans les zones les plus touchées.

Au Tigré, outre la récolte meher insuffisante, la vulnérabilité de nombreuses communautés a été aggravée par la perte d'activités rémunératrices La migration de la main-d'_uvre vers les exploitations commerciales autour d'Humera (Tigré Ouest), moyen utilisé couramment par les ménages pour se procurer un revenu monétaire, s'est ralentie pour des raisons de sécurité. Le commerce local a également souffert de la fermeture de la frontière avec l'Érythrée. Les taux locaux des salaires ont chuté de 25 à 30 pour cent dans toutes les zones du fait de l'offre excédentaire de main-d'_uvre.
Par ailleurs, dans la région d'Amhara, où le travail salarié est une importante source de revenu dans la plupart des zones sujettes à l'insécurité alimentaire chronique, les salaires ont diminué car les habitants à la recherche de travail occasionnel sont plus nombreux. Les prix du bois de feu et du charbon de bois ont également fléchi en raison du nombre plus élevé de personnes vendant ces produits dans toute la région.

Dans certaines zones de l'Oromia Ouest (Illoubator, Jimma et Wellega Ouest), en raison de l'offre accrue de main-d'_uvre et des faibles cours du café, les taux moyens des salaires pour le travail journalier devraient diminuer. D'autres activités rémunératrices auraient également marqué un recul dans l'Oromia, notamment celles liées à la vente de bois de feu et de charbon de bois. Les volumes importants de ces deux produits sur les marchés d'Arsi, Bale, Harar Est et Harar Ouest, et de certaines zones de Shoa Est sont à l'origine de la baisse des prix.

Dans la région SEPAR, on a fréquemment signalé des problèmes de malnutrition touchant des enfants de moins de cinq ans dans un certain nombre de zones, dont les worredas d'Omo Nord, Konso, Derashe et Burgi. Dans ces zones, le risque que la malnutrition devienne le problème de santé le plus grave, si elle n'est pas enrayée grâce à une aide alimentaire supplémentaire, est un sujet de préoccupation. L'insuffisance de l'alimentation complémentaire, voire son absence, pose un très grave problème dans la plupart des worredas inspectés dans le sud du pays, et il faut y accorder toute l'attention voulue et prendre immédiatement des mesures en particulier dans la zone de l'Omo Nord et le worreda spécial de Burgi. La densité de population élevée dans une grande partie de la région méridionale, notamment l'ancien Wolayita awaraja de l'Omo Nord, Sidama et certains worredas de la zone KAT, est un important facteur ayant une incidence sur la sécurité alimentaire à long terme.

Alerte rapide et évaluation de la vulnérabilité

En Éthiopie, plusieurs organisations s'occupent d'alerte rapide et d'évaluation de la vulnérabilité: la Commission de prévention et de planification des interventions en cas de catastrophe (DPPC), organisme public, le système USAID d'alerte rapide en cas de famine (FEWS), l'Unité locale de sécurité alimentaire de l'UE, le Service d'analyse et de cartographie de la vulnérabilité du PAM (ACV), ainsi que divers dispositifs dans le cadre d'ONG et d'autres organisations. Sous l'égide du Service d'alerte rapide de la DPPC, un Groupe de travail sur l'alerte rapide a été créé en 1999 pour coordonner les activités d'évaluation préalable et de planification.

Cette année, l'évaluation a été améliorée en partie grâce à une augmentation des ressources mobilisées - 20 équipes comptant environ 90 évaluateurs. Ces équipes sont restées plus longtemps sur place, ce qui a permis une évaluation plus détaillée et plus complète et une bien meilleure couverture des régions pastorales, et elles ont adapté leur tournée de manière à ce que des éléments tardifs ou postérieurs à la récolte puissent être mieux incorporés aux conclusions. La méthodologie utilisée cette année avait un caractère plus participatif, elle a permis de recueillir davantage d'informations auprès des ménages touchés et a adopté une approche plus soucieuse d'équité entre les sexes.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'informations le cas échéant.

Abdur Rashid
Chef, SMIAR, FAO, Rome
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Courrier électronique: GIEWS1@FAO.ORG

Mohamed Zejjari
Directeur régional, OAP, PAM, Rome
Télécopie: 0039-06-6513-2839
Courrier électronique: Mohamed.Zejjari@WFP.ORG

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