SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO

ALERTE SPÉCIALE  No. 300

Date: 22 février 2000

(Série diffusée uniquement pour les pays dans lesquels l'état des cultures vivrières ou la situation des approvisionnements alimentaires sont préoccupants)

DES INONDATIONS ET DES PLUIES IRRÉGULIÈRES PROVOQUENT D'IMPORTANTS DÉGÂTS DANS CERTAINES ZONES D'AFRIQUE AUSTRALE

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RÉSUMÉ

Les inondations les plus graves de ces quarante dernières années ont dévasté certaines zones d'Afrique australe, faisant des milliers de sans-abri et mettant en péril les disponibilités alimentaires. Les dégâts subis par les habitations, les biens et les infrastructures sont également considérables, et le relèvement ne se fera pas sans une aide importante. La situation varie d'un pays à l'autre, mais les pluies ont dans l'ensemble été irrégulières depuis le début de la campagne. Dans certaines zones, elles ont été excessives, tandis que dans d'autres, on a enregistré des vagues de sécheresse prolongées. Pendant la première décade de février, des pluies torrentielles ont frappé le Mozambique, l'Afrique du Sud, le Botswana et le Swaziland, et ont provoqué des pertes en vies humaines et de graves dégâts aux habitations et aux infrastructures. L'évaluation des dommages subis par les cultures n'est pas encore disponible mais des pertes importantes sont à prévoir dans les zones les plus touchées.

C'est le Mozambique qui a subi les plus graves inondations, et 300 000 personnes sont d'ores et déjà sinistrées. Toutefois, ce chiffre va encore augmenter, suite au cyclone "Eline" qui vient de frapper le pays. Le Gouvernement du Mozambique a lancé un appel à l'aide internationale d'un montant de 2,7 millions de dollars E.-U. pour faire face à cette catastrophe. Le PAM distribue actuellement une aide alimentaire d'urgence à 150 000 personnes dans le pays. En Afrique du Sud, le nombre des sans-abri est provisoirement évalué à 100 000 tandis qu'au Botswana il est de 4 000. Aucune évaluation n'est encore disponible pour le Swaziland. Au Lesotho, les pluies abondantes de début février ont soulagé les cultures qui souffraient d'une sécheresse antérieure, mais elles sont peut-être arrivées trop tard pour empêcher une baisse des rendements. Par contre, des pluies sont encore nécessaires au Malawi, en Namibie, à Madagascar et en Zambie, où les précipitations de février ont été inférieures à la normale. Au Zimbabwe, les conditions de développement des cultures sont satisfaisantes car les pluies ont été suffisantes depuis le début de la campagne, mais la production de maïs sera sans doute affectée par une réduction des superficies plantées, certaines terres étant consacrées à des cultures plus rentables. Les approvisionnements alimentaires sont difficiles pour un grand nombre de personnes vulnérables dans les centres urbains, à cause de l'inflation et des pénuries de carburant. La situation alimentaire reste extrêmement grave dans l'Angola en guerre, où l'aide alimentaire d'urgence continue à être nécessaire pour 1,1 million de personnes déplacées, ainsi que pour de très nombreux réfugiés angolais en Zambie et en Namibie.

Bien qu'il soit trop tôt pour estimer les conséquences des inondations et des pluies insuffisantes sur la production régionale, on peut craindre une baisse sensible de la production céréalière et des pénuries alimentaires dans les zones les plus gravement touchées. Le Système mondial d'information et d'alerte rapide sur l'alimentation et l'agriculture de la FAO suit de près la situation et organisera en avril 2000, avec le PAM, des missions conjointes d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires dans les pays les plus gravement touchés.

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SITUATION DANS LES PAYS

Mozambique

Les pluies torrentielles qui ont frappé le sud du pays depuis le début de février ont provoqué les inondations les plus graves de ces dernières décennies, entraînant des pertes en vies humaines et des dégâts considérables aux infrastructures et aux habitations. De nombreuses villes sont isolées car les routes et les ponts sont coupés, tandis que les pluies incessantes entravent les opérations d'évacuation et de secours. Du fait de la contamination de l'eau potable, des maladies comme le paludisme et le choléra pourraient faire leur apparition dans les semaines à venir. Quelque 300 000 personnes sont déjà gravement touchées par les inondations, mais leur nombre augmente. La zone la plus sinistrée est la province de Maputo; le nombre des personnes déplacées à Maputo, la capitale, et dans la ville de Matola, est évalué à 150 000. Le gouvernement a lancé un appel à l'aide internationale d'un montant de 2,7 millions de dollars E.-U. pour faire face à la catastrophe mais ce chiffre ne comprend pas le coût de l'aide alimentaire. Le PAM distribue actuellement une aide alimentaire d'urgence à 150 000 personnes dans le pays.

Les perspectives de la récolte de céréales sont peu encourageantes cette année à cause des pertes de récolte prévues dans le sud et des réductions des emblavures imputables aux pluies irrégulières et extrêmement localisées depuis le début de la campagne en novembre. Une évaluation des pertes agricoles et de cultures est en cours. Toutefois, selon des indications préliminaires, il faudra fournir d'urgence des semences et des outils pour accroître les semis qui pourront être faits lorsque les eaux se retireront.

Botswana

Des pluies torrentielles du 7 au 9 février dont le cumul a été égal aux trois quarts des précipitations annuelles dans les zones du sud, ont provoqué les inondations les plus graves de ces trente dernières années, entraînant des pertes en vies humaines et des dégâts considérables aux infrastructures et aux habitations. Les principales routes et voies ferrées du pays ont été coupées en plusieurs endroits. Selon des évaluations préliminaires, 25 000 personnes seraient touchées et quelque 4 000 maisons détruites. On ne dispose pas encore d'une évaluation des dégâts provoqués dans l'agriculture mais des pertes de récolte sont signalées en plusieurs endroits. Les perspectives des récoltes céréalières de l'an 2000, essentiellement du sorgho, sont incertaines.

La situation alimentaire est difficile pour les gens qui ont perdu tous leurs biens et pour ceux qui restent isolés par les eaux. Le gouvernement fourni une assistance d'urgence aux sans-abri et a lancé un appel à l'aide humanitaire, pour que lui soient fournies des tentes, des couvertures et des rations alimentaires. Toutefois, dans l'ensemble, la situation des approvisionnements alimentaires reste stable du fait de la capacité d'importation des circuits commerciaux du pays.

Swaziland

Des pluies torrentielles dans la première décade de février ont provoqué des inondations, et les rivières ont débordé. On signale des pertes en vies humaines, et les routes, les ponts et les habitations ont subi des dégâts importants. Des pénuries d'eau potable sont signalées dans la capitale, Mbabane. On ne dispose pas encore d'une évaluation des dommages dans l'agriculture car les champs sont sous l'eau. Les perspectives de la récolte de maïs de 1999/2000 sont incertaines. Les précipitations au début de la saison des pluies ont été dans l'ensemble adéquates, mais les inondations ont sans doute compromis les cultures à un stade critique de leur développement.

Lesotho

Les perspectives des cultures céréalières de 1999/2000, à récolter en mai, sont incertaines. Des pluies abondantes dans la première décade de février ont apporté un certain soulagement aux cultures céréalières de 1999/2000 qui avaient souffert de précipitations inférieures à la normale en janvier, mais elles sont peut-être arrivées trop tard pour limiter les baisses de rendement. Les pluies ont commencé tard et ont été irrégulières jusqu'à maintenant.

La production de blé de 1999 est évaluée à 14 000 tonnes, soit la moitié du niveau attendu précédemment, à cause des effets de la sécheresse sur la récolte. La production de céréales secondaires de 1999 a aussi été révisée en baisse à 158 000 tonnes, mais elle reste supérieure de 12 pour cent au niveau réduit de l'année précédente.
La situation des approvisionnements alimentaires reste stable car les importations commerciales ont été suffisantes.

Afrique du Sud

Des pluies abondantes au nord du pays au cours de la première décade de février ont provoqué des inondations, entraînant des pertes en vies humaines et des dégâts aux habitations et aux infrastructures. Plusieurs villes sont isolées et on estime que les sans-abri sont au nombre de 100 000 à cause des inondations. Les zones les plus gravement touchées sont la Province du Nord, et celles de Mpumalanga et de Guateng. Selon des estimations préliminaires concernant seulement la Province du Nord, les dégâts aux infrastructures atteindraient 33 millions de dollars E.-U. On n'a pas encore d'estimation des dégâts agricoles.

Malgré des pertes localisées de cultures qui étaient prévues, les pluies abondantes du début février ont sans doute profité aux cultures de maïs qui souffraient du fait que les précipitations avaient été inférieures à la normale lors des deuxième et troisième décades de janvier dans les zones du centre. Toutefois, les résultats de la campagne dépendront des aléas météorologiques des prochaines semaines. Selon des estimations préliminaires, la superficie plantée en maïs aurait augmenté de 10 pour cent par rapport à l'année dernière, car des terres habituellement consacrées à d'autres cultures ont été cette année semées en maïs. Selon les dernières estimations officielles, la production de blé de 1999 a atteint 1,52 million de tonnes, un peu moins que la récolte inférieure à la normale de l'année dernière. Cela correspond pour l'essentiel au fait que des superficies ont été consacrées à des cultures plus rentables, mais aussi à des baisses de rendement dans certaines zones.

La situation alimentaire est difficile pour ceux qui ont perdu tous leurs biens ou qui sont isolés par les inondations. Toutefois, les disponibilités alimentaires restent dans l'ensemble satisfaisantes. Malgré une récolte réduite de céréales secondaires l'année dernière, les importations commerciales de maïs, de blé et de riz sont suffisantes pour couvrir les besoins.

Angola

Les perspectives de récoltes céréalières pour l'an 2000 sont incertaines. Les pluies, bonnes dans l'ensemble depuis le début de la campagne, ont été favorables pour les semis et le démarrage des cultures, malgré des inondations localisées au début de janvier dans le sud. Toutefois, les déplacements incessants de population provoqués par la guerre civile, qui s'est intensifiée ces derniers mois, ont des effets négatifs sur la production.

Les combats ont repris ces derniers mois le long de la frontière sud avec la Namibie et dans de nombreuses autres zones de la province de Kuando Kubango. Le nombre de réfugiés angolais en Namibie est passé à 9 000, tandis qu'à la frontière orientale avec la Zambie, le nombre de réfugiés a atteint 170 000. Des accrochages ont aussi été signalés dans les provinces de Huila, Huambo et Benguela.

La situation alimentaire est particulièrement critique pour les personnes déplacées à l'intérieur du pays, au nombre de 2 millions. La malnutrition augmente parmi cette population et on signale chaque jour des décès dus à la famine dans la municipalité de Coconda (province de Huila) et dans d'autres zones. Toutefois, l'insécurité qui persiste ne permet pas de secourir cette population démunie en de nombreux endroits, y compris Andulo de Bie, Kuando Kubango, Kuito, Moxico et Zaïre.

Une aide alimentaire est fournie à quelque 1,1 million de personnes, y compris 6 000 sinistrés à la suite des inondations récentes. Par rapport aux 180 000 tonnes de céréales nécessaires au titre de l'aide alimentaire pour la campagne commerciale 1999/2000 (avril/mars), 123 000 tonnes avaient été promises fin janvier, dont 100 000 tonnes ont été livrées.

Madagascar

Les perspectives de la récolte de riz de 1999/2000 ne sont pas bonnes. Après un bon démarrage de la saison des pluies en novembre, les précipitations ont été inférieures à la normale entre la troisième décade de décembre et la première décade de février dans les grandes zones de culture du nord, ce qui a entraîné une réduction des semis et des rendements. Dans la grande région de production du lac Alaotra, 20 à 25 pour cent seulement de la superficie normalement plantée en riz est en culture au cours de cette campagne. La production de paddy devrait donc baisser par rapport au bon niveau de 1999.

Les disponibilités alimentaires sont satisfaisantes, ce qui correspond à la bonne récolte de céréales de 1999, en particulier dans les zones de déficit structurel du sud.

Malawi

La récolte de maïs de 1999/2000 est incertaine, car les pluies ont été irrégulières et très localisées depuis le début de la campagne. Après de bonnes pluies en novembre, qui ont facilité les opérations de semis et le démarrage des plantules, une longue vague de sécheresse en décembre, en particulier dans les principales zones de culture du sud, a beaucoup freiné le développement des jeunes cultures. Des pluies généralisées au cours de la première moitié de janvier ont apporté un répit à ces cultures qui manquaient d'eau, mais elles sont arrivées trop tard dans certaines zones et on s'attend à des réductions de rendement. Le temps sec a repris pendant la troisième décade de janvier et des précipitations irrégulières début février pourraient encore avoir fait baisser les rendements.

Les disponibilités alimentaires restent satisfaisantes après la récolte céréalière record de l'année dernière, qui a permis de disposer d'un excédent exportable et de quantités importantes pour reconstituer les stocks de maïs. Les prix des denrées alimentaires sont restés stables.

Namibie

Après un bon démarrage de la saison des pluies, les perspectives de récolte de maïs et de sorgho de l'an 2000 se sont détériorées après un mois de sécheresse dans les zones de culture du nord. De nouvelles précipitations sont nécessaires pour empêcher des baisses de rendement. On signale que les pâturages et le bétail sont en bon état grâce aux bonnes pluies du début de la campagne.

La récolte de blé de l'an 2000 devrait être moyenne (5 000 tonnes).

Les disponibilités alimentaires restent stables grâce à l'augmentation de la production l'année dernière et à la capacité d'importation du pays.

Zambie

Les perspectives des cultures céréalières de 1999/2000 sont incertaines. Les pluies ont été irrégulières et très localisées depuis le début de la campagne, avec des périodes de sécheresse prolongées en décembre et janvier. Des pluies généralisées sont nécessaires bientôt pour empêcher des baisses de rendement.

Les estimations concernant la moisson de 1999 ont été révisées en baisse à 90 000 tonnes, mais cela représente encore 27 pour cent de mieux que l'année précédente.

Les disponibilités alimentaires restent stables dans l'ensemble du fait de la reprise de la production de maïs en 1999 et d'une bonne récolte de produits non céréaliers.

Des combats intenses au sud-ouest de l'Angola entre les forces gouvernementales et les rebelles de l'UNITA ces dernières semaines ont fait craindre un nouvel afflux de réfugiés en Zambie, où près de 170 000 Angolais sont déjà arrivés.

Zimbabwe

Des pluies normales à supérieures à la normale pendant la première décade de février ont soulagé les cultures céréalières de la campagne 1999/2000 qui souffraient du temps sec de fin janvier. Bien que les pluies aient été irrégulières depuis le début de la campagne, les conditions de végétation ont généralement été adéquates pour le démarrage des cultures. Toutefois, les perspectives de récolte sont médiocres du fait de la réduction de la superficie plantée. Cela est dû pour l'essentiel à une vague de sécheresse généralisée en décembre qui a compromis les semis. Des terres précédemment consacrées au maïs ont été affectées à d'autres cultures après la baisse des prix de soutien du maïs, et à cause des prix élevés des intrants agricoles et de leur faible disponibilité. La récolte de blé de 1999, moissonnée en novembre dernier, a atteint le niveau record de 320 000 tonnes. Ce résultat correspond à une augmentation des emblavures et des rendements.

Les disponibilités alimentaires sont satisfaisantes grâce au redressement de la production l'année dernière et compte tenu du volume adéquat des importations de maïs. Toutefois, les prix seraient en hausse dans les zones déficitaires, ainsi que dans les villes.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO (Télex 610181 FAO I; Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: GIEWS1@FAO.ORG).

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