SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO

ALERTE SPÉCIALE  No. 301

Date: 3 mars 2000

DANS LE SUD DU MOZAMBIQUE, LES CULTURES SONT ANÉANTIES PAR LES INONDATIONS ET LES POPULATIONS TOUCHÉES RISQUENT DE DÉPENDRE DE L'AIDE ALIMENTAIRE PENDANT TOUTE L'ANNÉE 2000

La sécurité alimentaire dans le sud du Mozambique est gravement compromise par les inondations les plus graves qu'ait connu ce pays depuis près d'un demi-siècle. Des dégâts importants ont été infligés aux récoltes (sur pied ou entreposées) et au bétail, ainsi qu'aux habitations et aux infrastructures de communication (routes, ponts, chemins de fer, lignes téléphoniques, etc.) qui ont parfois été complètement détruits. Il est impossible pour l'instant d'évaluer tous les dégâts causés à l'agriculture et à l'élevage. Toutefois, des pertes de récolte pratiquement totales sont à peu près certaines dans les provinces méridionales de Maputo, Gaza et Inhambane, où les zones les plus productives, telles que Boane et Chokwe, sont complètement submergées, tandis que d'importantes pertes sont prévues dans les provinces centrales de Manica et Sofala. Selon des estimations préliminaires des autorités provinciales, 150 000 ha au moins de cultures vivrières auraient été submergées par les inondations dans les cinq provinces touchées. Les pertes de bétail des trois provinces méridionales sont provisoirement évaluées à 30 pour cent du cheptel. Des pertes importantes de petits animaux, chèvres et poulets par exemple, sont également signalées. Dans ces provinces traditionnellement déficitaires, à la forte réduction de la production céréalière de 2000 viendront s'ajouter des pertes de denrées alimentaires et de semences stockées dans les greniers familiaux.

Bien que les principales zones céréalières du Nord n'aient pas été affectées par les inondations, à ce jour au moins, et aient bénéficié de pluies favorables en janvier et en février, les perspectives d'ensemble pour la récolte qui aura lieu à partir d'avril se sont dégradées. Les provinces du sud ravagées par les inondations assurent normalement quelque 13 pour cent de la production céréalière totale et celles de la région centrale 20 pour cent supplémentaires. Par conséquent, un tiers environ de la production céréalière nationale a souffert de pertes et de réductions de rendement importantes. Toutefois, les résultats finaux dépendront des conditions météorologiques pendant le reste de la campagne agricole, notamment dans le nord.

Après cinq années consécutives de production en hausse, le Mozambique était parvenu à enregistrer des excédents exportables de maïs, estimés à 150 000 tonnes pour la campagne commerciale 1999/2000. Les inondations réduiront ces excédents. Bien que les perspectives de récolte soient légèrement plus favorables dans les grandes régions de production de maïs du Nord, des importations limitées de maïs pourraient être nécessaires en 2000-2001 (avril/mars).

La situation humanitaire dans les zones touchées par les inondations est extrêmement critique, de nombreux décès étant signalés et des centaines de milliers de personnes isolées risquant de se noyer ou de mourir de faim ou de maladies, telles que la malaria, le choléra, la méningite et la diarrhée. Selon les estimations actuelles, qui ne cessent d'augmenter, le nombre de personnes déplacées/isolées serait supérieur à 300 000, tandis que le nombre total de personnes touchées par cette catastrophe serait d'environ un million. Bien que les agences humanitaires du système des Nations Unies et des donateurs bilatéraux fournissent des secours d'urgence aux personnes touchées dans des conditions d'accès très difficiles, les opérations de secours sont loin de répondre aux besoins, faute d'hélicoptères et de bateaux en nombre suffisant. Une assistance internationale à cet effet est demandée de toute urgence. Sont également nécessaires d'urgence des aliments, des médicaments, de l'eau potable, des tentes et des couvertures.

La situation alimentaire est particulièrement critique. La capitale Maputo est isolée d'une grande partie du pays par les inondations et les prix des denrées alimentaires de base auraient fortement augmenté. La situation est particulièrement grave dans certains districts du nord de la capitale, où les approvisionnements sont insuffisants, même pendant les campagnes agricoles normales. On prévoit qu'un grand nombre de personnes auront besoin d'une aide alimentaire jusqu'à la prochaine récolte d'avril 2001. Pour réduire ces besoins, il est urgent de fournir des semences et des outils agricoles aux agriculteurs touchés, pour qu'ils puissent semer pour la prochaine campagne secondaire qui débutera en avril. Une assistance pour la reconstitution des troupeaux est également nécessaire. A moyen et long termes, le Mozambique aura besoin d'une aide internationale massive pour reconstruire ses infrastructures. En se fondant sur l'expérience acquise, la sous-région a mis au point des plans d'intervention d'urgence en cas de sécheresse. Toutefois, il faudrait aussi accorder une attention prioritaire à l'élaboration de plans d'intervention d'urgence en cas d'inondations.

Une mission FAO/PAM d'évaluation des cultures et des approvisionnements alimentaires est prévue après le retrait des eaux d'inondation pour évaluer la production et les approvisionnements alimentaires, ainsi que les besoins d'importation de denrées alimentaires du pays pour la campagne commerciale 2000-2001, y compris les besoins en aide alimentaire.

Ailleurs dans la sous-région, les autres pays gravement touchés sont l'Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Botswana.

En Afrique du Sud, c'est la province du Nord qui a été la plus touchée par les inondations début février, puis par le cyclone Éline le 22 février, qui a causé des dégâts supplémentaires aux logements et aux infrastructures et fait des victimes supplémentaires. Bien que les eaux aient commencé à se retirer, de nombreux villages demeurent isolés, les routes étant impraticables et les ponts ayant été détruits, ce qui gêne les opérations de secours.

On ne dispose pas encore d'évaluation détaillée des dégâts causés à l'agriculture dans la province septentrionale, mais selon certaines sources, les pertes de culture (légumineuses, maïs et légumes essentiellement) seraient évaluées à quelque 70 millions de rand (11 millions de dollars É.-U.). Parmi les dégâts graves causés aux infrastructures d'irrigation, il faut citer la destruction de 16 barrages. Des pertes de culture sont également signalées dans la province du Nord-Ouest. Dans l'ensemble, les prévisions pour la récolte de maïs de l'an 2000 sont mitigées, car les inondations n'ont pratiquement pas affecté la zone de culture du maïs. Le 21 février, avant l'arrivée du cyclone Éline, les prévisions officielles indiquaient une récolte de maïs record proche de 9 millions de tonnes, contre 7,1 millions de tonnes l'an dernier, grâce à l'expansion des emblavures et aux pluies favorables tombées début février dans les principales zones de culture. A cause du cyclone Éline et compte tenu de l'impact des dernières inondations dans certaines régions des provinces du Nord-Ouest et du Nord, la production sera sans doute inférieure à ces prévisions. Toutefois, à supposer que le temps soit favorable pendant les prochaines semaines, la production céréalière de l'an 2000 sera suffisante pour reconstituer les stocks et répondre aux besoins d'importation d'autres pays touchés de la sous-région.

Au Zimbabwe, le cyclone Éline a provoqué des inondations et d'importants dégâts dans les provinces de l'Est et du Sud de Manicaland, Masvingo et Matabeleland, en bordure du Mozambique et de l'Afrique du Sud. Les inondations ont emporté des routes, des ponts, des barrages et des lignes électriques et laissé quelque 250 000 personnes sans abri. Le Gouvernement a déclaré les trois provinces affectées zones sinistrées et a lancé un appel à l'aide internationale. Parmi les zones les plus affectées, figure le pont Beitbridge sur le fleuve Limpopo, qui relie le Zimbabwe à l'Afrique du Sud, son principal partenaire commercial. Cette situation a aggravé les pénuries de combustible de ces derniers mois.

Il n'est toujours pas possible d'évaluer les dégâts causés au secteur agricole dans la mesure où plusieurs régions demeurent inaccessibles. Toutefois, les inondations ont gravement endommagé les cultures situées dans les vallées et le long des cours d'eau des trois provinces affectées. En particulier, dans la province méridionale semi-aride de Matabeleland, la production irriguée sera réduite du fait des dégâts causés aux infrastructures, notamment à huit barrages appartenant à des exploitations agricoles. Les inondations ont
épargné les principales zones de culture du maïs du Nord-Est, qui assurent l'essentiel des récoltes céréalières. Toutefois, malgré des conditions de croissance satisfaisantes dans ces régions, la production de maïs de cette année, qui représente normalement 90 pour cent de la production céréalière totale, devrait accuser une baisse due à la réduction des emblavures.

Au Botswana, le cyclone Éline a aggravé la situation humanitaire déjà préoccupante causée par les inondations du début du mois, qui avaient détruit une dizaine de milliers de maisons et forcé quelque 60 000 personnes à partir. Avant le cyclone, le Gouvernement avait estimé les dégâts causés par les inondations à 8,5 millions de dollars É.-U. et lancé un appel à l'assistance internationale pour faire face à la situation d'urgence. On ne dispose pas encore d'évaluation des pertes de culture enregistrées dans les régions agricoles de l'Est. Toutefois, on s'inquiète beaucoup des conséquences des inondations pour le bétail, qui joue un rôle important dans la sécurité alimentaire des agriculteurs.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO (Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: GIEWS1@FAO.ORG).

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