SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL: TIMOR ORIENTAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES AU TIMOR ORIENTAL

19 avril 2000

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1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s'est rendue au Timor oriental du 30 mars au 7 avril avec les objectifs suivants; (i) évaluer les perspectives immédiates de la récolte principale de maïs et de riz, qui est en cours ou qui devrait débuter dans les semaines à venir; (ii) fournir une prévision globale des disponibilités alimentaires et estimer les besoins d'aide alimentaire supplémentaires pour la campagne de commercialisation 2000/2001; (iii) réévaluer le degré de vulnérabilité des divers groupes et étudier de nouveaux moyens pour un ciblage effectif de l'aide alimentaire. L'information existante et les données essentielles, notamment sur l'agriculture et les institutions sociales, ayant été détruites en grande partie durant les troubles, la mission s'est fondée sur les données statistiques publiées en Indonésie, des discussions avec des organismes internationaux et bilatéraux clés, des ONG, le Conseil national de la résistance timoraise (CNRT), des producteurs ainsi que sur des visites de terrain dans les régions agricoles et vulnérables, plus ou moins accessibles.

La mission actualise l'évaluation FAO/PAM réalisée en novembre 1999, dont l'objectif était d'estimer le degré de désorganisation du secteur agricole occasionné par la violence extrême et par les grands déplacements de populations qui se sont produits après le référendum du 30 août sur l'indépendance. Selon les estimations, un grand nombre de personnes a été tuées et la quasi totalité de la population a été contrainte de se réfugier dans d'autres parties du pays ou au Timor occidental. L'infrastructure, les services essentiels et les biens matériels ont également été très endommagés, ce qui a gravement perturbé les activités économiques et commerciales. En ce qui concerne le secteur agricole, le conflit civil s'est surtout traduit par la perte des stocks alimentaires et semenciers, la destruction des biens de production et le déplacement de la population agricole, ce qui a entravé les opérations de semis de la campagne principale en novembre/décembre. La mission a constaté que, même si ces facteurs se sont répercutés sur les travaux agricoles, notamment au niveau du retard des semis, la production sera sans doute moins gravement touchée qu'elle n'aurait pu l'être, vu l'ampleur des dégâts.

Le maïs de la campagne actuelle n'a pas été semé à la période optimale; toutefois, ce retard n'a pas eu une sérieuse incidence sur les rendements, compte tenu essentiellement des précipitations en général satisfaisantes du fait du phénomène La Niña. Les semis de riz, qui s'étalent de janvier à mars, en fonction du régime des pluies pour une année et une localité données, n'ont pas été trop retardés. Toutefois, il a fallu faire face à de nouvelles contraintes par rapport aux années normales : les agriculteurs déplacés ne sont pas toujours revenus à temps pour effectuer les semis; les moyens de traction animale et motorisée ont fait défaut; et la main d'_uvre a manqué, les agriculteurs ayant dû terminer les semis de maïs avant de commencer ceux du riz. Cette situation, pourtant, ne risque pas de faire beaucoup diminuer la production globale, compte tenu des précipitations généralement favorables et de la campagne qui a pu être prolongée grâce aux pluies continuant à tomber. Au vu de ces facteurs, la production de maïs et de riz devrait être satisfaisante, et certainement meilleure que celle de 1997/98, qui avait été très réduite par la sécheresse consécutive à El Niño.

Afin d'établir les prévisions concernant la production de maïs et de riz cette année, la mission a pris en considération les principaux facteurs suivants : la disponibilité d'intrants agricoles, notamment de semences, le taux de retour des agriculteurs déplacés et la répartition des pluies. Après ajustement (éventuel1) de la production pour tenir compte de ces facteurs, la mission prévoit que la production de maïs pour la campagne de commercialisation 2000/2001, en cours (avril/mars), se chiffrera à environ 94 600 tonnes et que celle de riz (usiné) s'établira approximativement à 30 500 tonnes, soit une production totale de quelque 125 100 tonnes. Selon les estimations, des stocks d'aide alimentaire de report, équivalant à un volume d'environ 5 900 tonnes, seraient détenus soit par des organismes, soit par des ménages. Au total, 131 000 tonnes de céréales seraient donc disponibles. Par ailleurs, en considérant, à mi-année, que la population sera égale à 800 000 personnes en 2000/2001, les besoins d'utilisation (vivres, semences, pertes et stocks de clôture) s'établissent à quelque 132 200 tonnes de maïs et 43 400 tonnes de riz, ce qui donne un déficit céréalier total de 44 600 tonnes, avant livraison de l'aide alimentaire et des importations commerciales. Une grande partie de ce déficit sera couvert par des contributions d'aide alimentaire ainsi que par une quantité de manioc et de patate douce en équivalent céréales. Compte tenu de ces facteurs, le déficit net en céréales devrait s'élever à 14 100 tonnes. Ce déficit sera compensé d'une part, par des importations commerciales/privées, en augmentation au cours des dernières semaines, et d'autre part, par des contributions supplémentaires d'aide alimentaire.

La quantité de vivres disponibles pour les ménages est très hétérogène dans le pays, étant donné que les approvisionnements et la sécurité alimentaires sont essentiellement fonction de l'accès à des terres agricoles et à des marchés de qualité et de types différents. En dépit de l'amélioration des disponibilités alimentaires, un grand nombre de personnes seront exposées à l'insécurité alimentaire l'an prochain du fait de la désorganisation de l'économie, et des marchés plus particulièrement, de la perte des biens de production et de la disparition d'activités génératrices de revenus. La désorganisation des marchés intérieurs, le mauvais état des routes et l'interruption des réseaux de transport commerciaux et privés menacent la sécurité alimentaire dans de nombreuses régions. La situation s'est considérablement aggravée depuis la fermeture soudaine des axes de commerce, de distribution et d'approvisionnement avec le Timor occidental et le reste de l'Indonésie. Ces axes étaient indispensables à un large éventail d'activités économiques, comme, par exemple, les emplois salariés, l'approvisionnement en intrants et le commerce. La perte de cette interaction économique se répercutera sur la vie des habitants, notamment à Oecussi, Suai, Maliana et Ermera, dans l'ouest du pays.

La suspension des activités du BULOG2 se fait fortement ressentir au niveau de la fourniture et de la commercialisation du riz tandis qu'au niveau des villages, de nombreux commerçants, qui achetaient des produits aux agriculteurs pour les revendre sur les marchés locaux, ont quitté le pays. On s'inquiète donc déjà vivement des problèmes considérables que les producteurs rencontreront cette année pour commercialiser et entreposer les excédents de riz, et de maïs en particulier, et des risques de pertes de stockage qui en résulteront. La suspension des ventes de riz subventionné par le BULOG dans les zones rurales appauvries augmentera également la vulnérabilité aux pénuries alimentaires. La réduction considérable des emplois officiels, notamment dans le secteur public, qui constituaient une source de revenus considérable dans le passé, contribuera à aggraver la situation.

En général, l'information sur le Timor oriental est extrêmement rare, la plupart des données ayant été détruites durant les troubles l'an dernier. La mission a donc tenté d'évaluer la vulnérabilité en fonction (I) des sources de revenus des ménages, notamment lorsque ces revenus ont été perdus, comme dans le cas des cultures commerciales non exportables, qui ne peuvent plus être écoulées sur les marchés intérieurs du fait du chômage ainsi que de la chute du pouvoir d'achat et de la diminution des échanges commerciaux; (ii) de l'importance de la culture du café en tant que source de revenus des ménages (iii) du retour tardif des agriculteurs de subsistance tributaires de la culture du maïs; enfin, (iv) des ménages dirigés par une femme. Sur la base des observations et des facteurs mentionnés précédemment, la mission estime que des pénuries alimentaires risquent de toucher plus particulièrement quelque 46 000 personnes, à Oecussi, et qu'au total, environ 292 000 personnes auront besoin d'une aide alimentaire jusqu'en juin, époque à laquelle la récolte de café, à mi-année, permettra d'obtenir des revenus. A partir de juillet, si l'on considère que la même proportion de la population sera touchée, 285 000 personnes seront encore vulnérables et auront besoin d'une aide alimentaire.

Outre l'aide alimentaire, une assistance internationale substantielle devra être apportée pour relever le secteur agricole et remettre en état les services qui y sont liés, tels que la commercialisation et la livraison d'intrants. Des interventions adaptées pourront considérablement contribuer à accroître la productivité agricole, encore très peu développée.

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2. L'ECONOMIE ET L'AGRICULTURE

L'économie du Timor oriental repose surtout sur une agriculture de subsistance caractérisée par une faible utilisation d'intrants et une production peu élevée. Les cultures itinérantes sont largement pratiquées, ce qui a entraîné un déboisement très important et des problèmes liés à l'érosion des sols, en raison notamment de pentes raides et de sols peu profonds. Le climat et le régime pluviométrique influent également beaucoup sur la production agricole. La saison des pluies, au cours de laquelle la majorité des précipitations sont reçues sur une période relativement brève, est suivie par une saison sèche très marquée. Ces conditions peuvent modifier la structure des sols et leur contenu en minéraux tandis que les brûlis utilisés dans le cadre de l'agriculture itinérante peuvent réduire la quantité de matière organique des sols.

Les précipitations annuelles varient, en moyenne, de 1 200 à 1 500 mm, et sont plus abondantes sur la côte sud (de 1 500 à 2 000mm) que dans le nord (de 500 à 1 000 mm). Les zones montagneuses, aux alentours de Ainaro, Same, Lolotoi et Soibada reçoivent de 2 500 à 3 000 mm de pluie par an. Les précipitations se produisent, en plus grande partie, durant la mousson du nord-est, de novembre à mars. Cette mousson constitue la principale saison humide dans les régions septentrionales de l'île tandis que dans le sud, la saison des pluies, plus longue, s'étend de décembre à juin, ce qui créé des conditions plus propices pour une campagne secondaire de maïs, et éventuellement de riz. L'île est régulièrement soumise à des anomalies météorologiques liées à El Niño, ce qui diminue encore la production vivrière. La dernière anomalie notable a eu lieu durant la campagne agricole de 1997/98, lorsque la sécheresse a gravement touché plusieurs pays dans la région du sud-est asiatique. Selon les estimations, environ 600 000 hectares pourraient se prêter à l'agriculture qui n'est pratiquée que sur approximativement la moitié de cette superficie. La Figure 1 indique la distribution des précipitations.

Le potentiel d'augmentation de la productivité est considérable. Cependant, il faudra fortement investir pour mettre en valeur les richesses agricoles et pour développer des services essentiels, tels que les services de vulgarisation, la commercialisation et la livraison d'intrants. Défini dans le cadre d'une politique adaptée, le développement agricole jouera un rôle capital pour l'essor économique à venir, et présente le plus grand potentiel pour les exportations et le commerce. A l'heure actuelle, le secteur représente la principale composante du PIB, emploie près des trois-quarts de la main d'_uvre et constitue une source de revenus pour plus de 70 pour cent de la population. Outre l'accroissement de la productivité des cultures céréalières, il est également possible de développer d'autres cultures importantes, telles que le café, le cacao et les bananes.

A long terme, il existe un énorme potentiel pour exploiter les réserves d'or, de cuivre, de chrome, de gypse, de phosphate, de graphite et d'amiante. Les champs pétroliers existants pourraient également être mis en production.

Selon les indices de développement principaux, la majorité de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, une grande partie des habitants sont illettrés et les prestations de services, telles que la distribution d'électricité et d'eau, laissent encore beaucoup à désirer.

Outre les dégâts infligés à l'agriculture et aux biens matériels, le Timor oriental a perdu des ressources humaines essentielles. La violence a ciblé plus particulièrement les dirigeants instruits et les employés assurant les prestations de services; la majorité des fonctionnaires, souvent Indonésiens, ont quitté la province. La réduction des effectifs des administrations et des services ainsi que la pénurie de main d'_uvre qualifiée aura inévitablement des répercussions sur les activités économiques à court et à moyen termes.

2. 1 Population

Avant la crise de l'an dernier, le Timor oriental comptait environ 890 000 habitants et le taux annuel de croissance était de 2,4 à 2,6 pour cent par an. La violence qui a éclaté après le référendum dans de nombreuses provinces a entraîné le déplacement de la quasi totalité des populations, aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur de ses frontières. De plus, bien que les chiffres précis ne soient pas encore connus, un très grand nombre de personnes ont été tuées et plusieurs milliers d'habitants vivent encore au Timor occidental, où elles se sont réfugiées.

La situation s'améliore progressivement depuis l'adoption de la Résolution 1264 du Conseil de sécurité et du déploiement d'une force internationale de maintien de la paix (INTERFET). De nombreuses personnes déplacées ont déjà regagné leur lieu d'origine. Le Tableau I indique la répartition relative de la population et des personnes ayant regagné leur lieu d'origine, par district, pour la période allant de novembre 1999 à février 2000, en comparaison à 1998 d'après les chiffres des organismes des Nations Unies à Dili. Fin février, environ 85 pour cent de la population vivant au Timor oriental avant les événements, soit environ 753 000 personnes, étaient revenues, ce qui signifie que quelque 134 000 personnes ont quitté le pays. Le taux de retour au mois de novembre donne également une indication du nombre de personnes revenues plus ou moins à temps pour mener à bien les travaux agricoles. Ainsi, dans les zones agricoles principales, telles que Viqueque, toute la population agricole aurait été de retour en novembre, ce qui a ainsi permis de commencer les travaux à temps.

Aux fins du bilan des disponibilités et de la demande en céréales, on estime que la population pour la campagne de commercialisation 2000/2001, qui est en cours, s'élève à 800 000 personnes à mi-année. Ce chiffre tient compte de la croissance et du nombre net de personnes revenues, mais exclut une proportion importante des Timorais orientaux qui ont sans doute définitivement quitté le pays, comme, par exemple, les anciens fonctionnaires indonésiens et leur famille, de nombreux petits commerçants et négociants, y compris les fournisseurs de denrées de base, les immigrés originaires d'Indonésie, et ceux n'approuvant pas l'indépendance du Timor oriental. Au début de la campagne de commercialisation 2000/2001, la population a été estimée à 770 000 personnes.

Tableau 1: Statistiques démographiques de 1998 en comparaison à novembre 1999 et février 2000

 District Population Pourcentage Pourcentage
1998 Nov. 1999 Fév. 2000 Nov. 99/1998 Fév. 2000/1998
Aileu 34 922 32 225 32 225 92 92
Ainaro 51 082 38 142 49 034 75 96
Oecussi 57 289 40 378 43 225 70 75
Baucau 93 551 63 501 63 501 68 68
Bobanaro 86 933 51 656 67 437 59 78
Covalima 60 839 40 062 48 746 66 80
Dili 156 488 138 777 138 777 89 89
Ermera 90 795 73 394 75 692 81 83
Lautem 52 487 53 268 53 760 101 102
Liquica 55 580 21 934 38 603 39 69
Manatuto 39 674 36 365 36 557 92 92
Manufahi 43 419 40 716 40 725 94 94
Viqueque 64 627 64 907 64 907 100 100
Total 887 686 695 325 753 189 78 85

Source: UN OCHA/PAM, Dili.
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3. PERSPECTIVES RELATIVES A LA PRODUCTION ET AUX DISPONIBILITES ALIMENTAIRES POUR LA CAMPAGNE DE COMMERCIALISATION 2000/2001 (AVRIL/MARS)

Durant les années normales, le cycle agricole du Timor oriental commence en novembre, avec la préparation de la terre et les semis du maïs; la préparation des pépinières et le repiquage du riz ont ensuite lieu en décembre/janvier. Ces activités coïncident avec le début de la principale saison des pluies, durant la mousson du nord-est. Le maïs est récolté en avril et le riz de la saison humide, en mai ou juin. Dans les zones méridionales où il y a une seconde saison des pluies et dans les régions disposant de moyens d'irrigations supplémentaires, une deuxième campagne de maïs ou de riz est possible, mais son importance est toutefois relativement faible. Le dolique et la patate douce sont également cultivés au début de la saison des pluies en novembre. Outre les céréales, le manioc et la patate douce sont des cultures de sécurité et constituent la principale source d'alimentation durant les années difficiles, comme en 1997/98, lorsque le phénomène El Niño avait entraîné une grave sécheresse.

En comparaison avec les pratiques agricoles des années précédentes, les principaux facteurs risquant de faire diminuer la production céréalière de la campagne 1999/2000 sont les suivants:

Analyse de chacun de ces facteurs:

A. Distribution d'intrants et de semences: Le maïs est la principale céréale cultivée au Timor oriental et constitue la première source d'hydrate de carbone dans le régime alimentaire des familles. Le système le plus utilisé est la culture sur brûlis, et le maïs est cultivé en association avec d'autres plantes comme le dolique, le manioc et la patate douce. Comme pour d'autres cultures vivrières, la productivité et la production totale de maïs restent fortement limitées par la faible utilisation d'intrants, en particulier les engrais et les semences améliorées. De plus, d'autres technologies permettant d'accroître les rendements, telles que le paillage et l'utilisation de légumineuses fixatrices d'azote, sont peu employées. Les rendements restent donc faibles et atteignent en moyenne 700 kg/ha sur les sols de mauvaise qualité, et de 1 300 à 1 500 kg/ha sur les sols plus fertiles. Les variétés locales ont des cycles de maturation courts, allant de 90 à 110 jours. Avec le système actuel de cultures intercalaires, il est nécessaire d'utiliser 5 à 10 kilos de semences par hectare. Selon les données historiques disponibles, la production de maïs est d'environ 125 000 tonnes lorsque les années sont normales ou bonnes. Il est toutefois très difficile de concilier les statistiques officielles, en particulier en ce qui concerne les rendements, avec les observations effectuées sur le terrain et le niveau général des investissements consacrés à la production agricole. Le riz est également important aussi bien comme culture vivrière que comme culture commerciale; il est semé en pépinière à la fin du mois de décembre et repiqué à la mi-janvier. La campagne principale est celle de la saison humide, de novembre à mars, mais une deuxième récolte a lieu dans les zones irriguées par des cours d'eau et des canaux, qui représentent environ 10 pour cent des superficies totales cultivées en riz. Dans les zones où l'irrigation est assurée, les rendements peuvent atteindre environ 2 tonnes/ha, et il serait assez facile de les porter à 3 tonnes/ha en utilisant des engrais. On utilise surtout des variétés traditionnelles de riz ainsi que, dans une certaine mesure, des variétés améliorées comme IR 64.

La perte des stocks de semences subies par la majorité des agriculteurs, puis des stocks alimentaires des ménages incendiés pendant les événements, ont été de vives sources de préoccupations pour la campagne de commercialisation 1999/2000. En novembre, une fois la sécurité mieux assurée, la première priorité des organismes internationaux a été d'évaluer les besoins en semences et de mettre en place des programmes destinés à distribuer des graines à semer dans les zones déficitaires afin de rétablir la production. Ces programmes ont été particulièrement critiques pour le maïs qu'il convient de semer fin novembre/début décembre. Par ailleurs, il a été constaté que les pertes de stocks de semences traditionnelles avaient été plus importantes dans les zones situées à proximité des routes, et donc plus facilement accessibles, que dans les régions plus reculées qui ont presque totalement été épargnées par les troubles. Selon les évaluations, les organismes internationaux devaient distribuer environ 25 pour cent des semences de maïs nécessaires chaque année, soit approximativement 1 500 tonnes, pour que les agriculteurs puissent procéder aux semis dans les villages et dans les zones situées près des axes routiers. Dans les autres régions, ce sont les ménages qui ont fourni et échangé des semences. Grâce aux programmes de distribution de graines de maïs qui ont très bien réussi et aux approvisionnements locaux, le manque de semences n'a pas constitué un obstacle majeur aux travaux de semis cette année.

Toutefois, les semences de maïs distribuées étaient différentes des variétés traditionnelles en deux aspects principaux. Il s'agissait tout d'abord de variétés à haut rendement ne pouvant atteindre leur plein potentiel que si les conditions de sol et d'eau sont favorables et bien gérées. Or, compte tenu de la faible utilisation des engrais, de la nature de l'association agriculture-élevage et du manque d'approvisionnement fiable en eau dans le Timor oriental, les rendements sont loin d'avoir été atteints; toutefois, les précipitations, en général favorables cette année, ont permis d'obtenir certains résultats. Il s'agissait ensuite de variétés nécessitant un stockage particulier. Les variétés traditionnelles ont été adaptées et choisies au cours des années afin de diminuer les risques de pertes durant l'entreposage tandis que les nouvelles variétés, à plus haut rendement, risquent de présenter des pertes plus importantes car elles ne sont pas adaptées physiologiquement aux conditions du Timor oriental. Cette année, les pertes survenant après la récolte et pendant l'entreposage seront nettement plus élevées que les années précédentes, ce qui, de toute évidence, diminuera les disponibilités céréalières globales.

La situation ne s'est pas présentée de la même manière pour le riz, parce que non seulement, il pouvait être semé plus tard (soit jusqu'en janvier/février), mais aussi que des semences ont été en général disponibles en quantité suffisante. Toutefois, après avoir identifié des zones excédentaires et déficitaires en semences de riz, le PAM a lancé un programme "vivres contre semences" pour permettre de distribuer dans les régions déficitaires les semences en excédents disponibles ailleurs. Le programme a également réussi à fournir des semences à temps pour permettre aux agriculteurs d'effectuer les semis. Au total, 350 tonnes de semences adaptées, de bonne qualité, ont été distribuées, couvrant ainsi environ 40 percent des besoins totaux. Le manque de semences de riz n'a donc pas été non plus un obstacle majeur aux opérations de semis lors de la dernière campagne agricole.

Outre les semences de maïs et de riz, 110 tonnes, au total, de semences assorties de légumineuses et de légumes ont été distribuées par des ONG.

B. Taux de retour de la population agricole: L'un des facteurs déterminants pour les semis de la dernière campagne agricole a été de savoir si les agriculteurs seraient revenus à temps et en nombre suffisant pour s'occuper des semis. La situation était particulièrement critique pour le maïs dont la période optimale de semis approchait rapidement. En général, le nombre des agriculteurs revenus, sur lequel s'est appuyée la mission pour évaluer les semis, et donc le potentiel de production cette année, indique que la majorité d'entre eux (soit environ 78 pour cent de la population agricole) avaient regagné leurs communautés en novembre. De plus, dans les principales régions agricoles telles que Aileu, Baucau, Bobanaro, Covalima et Viqueque, le taux d'agriculteurs rentrés chez eux tardivement, a été relativement élevé, allant d'environ 60 à 100 pour cent. Le manque de traction animale et mécanisée a été un obstacle majeur aux semis de riz tout comme, dans une certaine mesure, la pénurie de main d'_uvre, les agriculteurs se consacrant à d'autres activités (terminer les semis de maïs ou reconstruire les maisons, par exemple). Cependant, les conséquences sur les semis de riz, plus flexibles, ne semblent pas critiques.

Le retour tardif de la population agricole a plus particulièrement touché les régions occidentales, proches de la frontière, où la menace d'une recrudescence de la violence de la part de la milice a entravé les travaux agricoles. En général, même lorsque les semis ont été retardés, le facteur temps a été moins problématique qu'il n'aurait pu l'être en raison des précipitations en général satisfaisantes. La saison des pluies a commencé plus tard que d'habitude et les agriculteurs ont donc disposé de plus de temps pour effectuer les semis; elle se poursuivra jusqu'en avril, permettant ainsi de prolonger la campagne.

L'apparition éventuelle du mildiou a été une source de préoccupation dans les zones où le maïs a été semé en retard, compte tenu des risques de baisse des rendements et de la production totale. La mission note cependant qu'aucune signalisation sérieuse concernant cette maladie n'a été reçue.

C. Répartition des précipitations: Il n'existe aucune donnée sur la quantité et la répartition des précipitations, mais selon le consensus général, la saison des pluies a été satisfaisante cette année, tant au niveau de la quantité que de la répartition.

En s'appuyant sur les points A, B et C mentionnés ci-dessus, la mission a conclu que la campagne agricole 1999/2000 se déroule dans d'assez bonnes conditions, notamment dans le contexte des difficultés rencontrées à son commencement, en novembre.

3.1 Vue d'ensemble de l'agriculture dans les divers districts

Bobanaro, composé de 6 sous-districts, est un producteur important de maïs, bien que le riz prédomine dans les sous-districts de Maliana, Ataibai et Cailaco. Les semis de maïs de la campagne principale commencent normalement en novembre , puis sont suivis de ceux du riz, vers décembre/janvier. Une campagne de riz secondaire est également semée en mars/avril et récoltée aux alentours de septembre. En ce qui concerne l'année en cours, environ 60 pour cent seulement de la population serait revenue à temps pour effectuer les semis de maïs, ce qui a entraîné une réduction des superficies cultivées. Par ailleurs, compte tenu des destructions infligées à cette région, les agriculteurs ont comparativement consacré plus de temps à reconstruire les logements que dans d'autres zones. Toutefois, grâce aux programmes de distribution et aux stocks des ménages, des semences ont été disponibles en quantité suffisante. La production de riz se ressentira moins du taux de retour des agriculteurs déplacés puisque les semis de paddy s'étendent de janvier à mars. Certaines superficies rizicoles appartenant à des exploitants immigrés - nombreux à avoir quitté le Timor oriental - n'ont pas été cultivées ou cultivées de façon non systématique par d'autres agriculteurs.

Covalima a deux campagnes agricoles de maïs, la première étant semée en novembre/décembre. La campagne principale représente environ 67 pour cent de la production totale. Dans le cadre de la campagne en cours, le maïs n'a pu être semé dans les zones en bordure du Timor occidental; en revanche, il a été semé jusqu'à la mi-janvier dans les basses terres et les hautes terres qui sont éloignées de la frontière. Toutefois, compte tenu de la proximité de la frontière et du retour tardif des agriculteurs, les emblavures de maïs ont été très inférieures à la normale. Comme à Bobanaro, les semis de riz, qui ont normalement lieu en janvier, ont été considérablement retardés du fait du manque de traction mécanisée, de carburant et de main d'_uvre. Le repiquage s'est donc prolongé jusqu'en mars, où près de 50 pour cent des superficies avaient été ensemencées en début de mois. Des engrais, normalement fournis par l'Indonésie et constitués principalement d'urée, n'ont pas non plus été apportés, ce qui compromettra les rendements rizicoles. Certaines régions ont également manqué de semences de riz bien que des opérations locales d'échange permettant de transférer des semences des zones excédentaires dans les zones déficitaires aient en partie remédié la situation. Le retard des semis de riz d'un ou deux mois dans les basses terres ne devrait pas compromettre la production étant donné que le district peut compter sur des moyens d'irrigation fiables. La préparation de la terre pour la campagne secondaire de maïs est également en cours et les superficies cultivées devraient être nettement supérieures à la normale afin de compenser la réduction de la première campagne.

Liquisa produit peu de denrées alimentaires mais, comme Ermera, beaucoup de café. Le district est divisé en deux zones de production : les zones les plus hautes se consacrent à la culture du café et les zones les plus basses, à celle du maïs. Le riz n'est cultivé qu'aux alentours du sous-district de Maubara. La production vivrière est en général insuffisante pour couvrir les besoins des ménages et les revenus tirés de la culture du café sont extrêmement importants pour assurer la sécurité alimentaire.

Le taux de retour, par rapport au déplacement de la population, est faible. Toutefois, bien que les villes de Liquica et de Maubara, dans les basses terres, et de Bazartete, dans les hautes terres, aient été durement frappées, les cultures vivrières et le café, ainsi que les stocks, n'en souffriront guère. En effet, ces cultures sont essentiellement produites sur des sols fertiles, dans des zones d'une altitude supérieure à 500 mètres, peu perturbées par le conflit civil. En novembre, moins de 40 pour cent de la population était revenue. Le retour tardif des agriculteurs, et leur faible nombre, auront donc des répercussions sur les semis du maïs. Selon des observations effectuées sur le terrain, un grand nombre de superficies ont été ensemencées trop tard et la production devrait donc nettement baisser.

Baucau est un important producteur de denrées alimentaires. On y cultive surtout le riz, qui représente les deux tiers de la production agricole totale, et du maïs. Le district produit également une grande quantité de haricots, d'arachides, de manioc et de patates douces. Par rapport aux autres districts agricoles, Baucau est plus développé, plus mécanisé et dispose de semences de meilleure qualité qu'il obtient auprès de centres spécialisés. En conséquence, le maïs n'est pas cultivé sur brûlis, comme le veut la tradition, mais sur des terres qui ont été retournées. Les rendements sont en général plus élevés que dans les autres régions, du fait de la meilleure répartition des pluies et de la qualité des sols. Enfin, la densité de la population est comparativement plus élevée que dans les autres districts.

Lors des événements qui ont fait suite aux troubles l'an dernier, peu de bâtiments ont été détruits, à l'exception des infrastructures publiques. La majorité de la population s'est réfugiée dans les collines avoisinantes. Bien que les chiffres officiels relatifs au taux de retour de la population ne le confirment pas et que la mission s'appuie sur des entretiens avec les responsables du secteur agricole et des exploitants dans diverses zones, il semble que la plupart des agriculteurs soient revenus à temps pour semer le maïs et le riz; les emblavures devraient donc être proches de la normale et la production, cette année, devrait être normale, voire supérieure à la moyenne.

Lautem produit peu de denrées alimentaires. La culture sur brûlis est utilisée pour le maïs, qui est la principale culture du district. Le riz est essentiellement cultivé dans les basses terres, au nord, autour de Iliomar, et représente environ 10 pour cent de la production céréalière du district. En revanche, la patate douce, la banane et les légumes sont largement cultivés. Avant les événements, le district était une zone d'élevage et de pisciculture importante dont les produits étaient exportés à Dili et dans d'autres centres urbains. Toutefois, Lautem a été durement touché par les destructions (biens de production, population, stocks et semences des ménages) et 20 pour cent des habitants ont été déplacés au Timor occidental. Le taux de mortalité des animaux, laissés sans soins, a été élevé. En général, les statistiques portant sur le retour de la population montrent que la majorité des agriculteurs sont rentrés à temps chez eux pour semer le maïs. Toutefois, ceux déportés au Timor occidental ont rejoint le district plus tard, ce qui a retardé les semis de maïs. Par ailleurs, de nombreuses familles se ressentiront fortement de la chute catastrophique de la production halieutique.

Manatutu s'étend le long de la côte, du nord au sud. Dans les zones du nord, on cultive surtout du riz tandis que dans sur les hautes terres, au centre, on pratique une culture de subsistance à base de maïs associé à la patate douce, aux haricots, aux courges et autres denrées. Le café est cultivé à des altitudes plus élevées.

Les villes de la côte nord ont été entièrement détruites et la majorité de la population a pris refuge dans les collines alentours. Quelque 1 500 personnes ont été déportées au Timor occidental. Les rizières et l'infrastructure n'ont pas du tout été touchés. La plupart des habitants ont rejoint le district à temps pour planter le maïs à l'époque où l'on semait le riz. A Bariques, dans le sud du district de Manatuto, la production rizicole dans les zones où s'étaient installés les agriculteurs immigrés sera réduite en raison du départ de ces derniers et de l'accès difficile à cette zone. Cette année, la production céréalière totale devrait être proche de la normale ou avoisiner le volume d'une année relativement bonne.

Viqueque est un important producteur de maïs et de riz. Le riz est surtout cultivé dans les sous-districts de Uatularo et de Uatu Carbau, où deux récoltes par an pourraient être assurées sur 80 pour cent des terres. Le district a été relativement peu touché par les troubles civils de l'an dernier, à l'exception de quelques lieux isolés. La majorité de la population a rejoint le district à temps pour les semis de maïs; la production devrait donc être normale, voire bonne, compte tenu des précipitations qui ont été assez favorables. Les semis de riz sont en cours et la production devrait également être satisfaisante dans l'ensemble, sauf dans l'ouest du district où les rendements sur les superficies cultivées par des agriculteurs immigrés seront nettement inférieurs à la normale. Ce district qui, dans le passé, était l'un des producteurs et des exportateurs principaux du pays, devra résoudre le problème du manque des installations de broyage, de nombreuses minoteries ne fonctionnant plus en raison de la pénurie de pièces de rechange. Le transport constitue également un obstacle important et le nombre de commerçants a nettement diminué.

Le district de Dili n'est pas une zone agricole importante mais les superficies cultivées sont en général proches de la normale.

Oecussi est un district de production céréalière important. Le riz, essentiellement cultivé aux alentours de Pante Macassar, représente environ 60 pour cent de la production céréalière totale. D'autres zones ne produisent que du maïs. Au cours de la campagne agricole en cours, la saison des pluies a commencé avec un peu de retard et 70 pour cent seulement des habitants sont rentrés chez eux à temps pour semer le maïs. L'insécurité et les dégâts importants infligés à l'infrastructure n'ont pas permis de cultiver de nombreuses superficies proches de la frontière. Selon les prévisions, et en raison du retour tardif des agriculteurs, les emblavures, cette année, devraient représenter 50 pour cent des superficies normalement ensemencées.

3.2 Production céréalière en 1999/2000

Il est très difficile d'obtenir des données historiques fiables sur la production agricole au Timor oriental, comme d'ailleurs, sur la majorité des indicateurs socio-économiques. En général, l'information provenant d'Indonésie est considérée comme étant partiale et sujette à divers problèmes d'estimation. Vu la fourchette des rendements indiquée (de 3,5 à 4 tonnes/ha), les chiffres avancés pour les zones et les rendements semblent contestables. Compte tenu de ces observations et du manque de ventilation des données, la mission s'est servie des chiffres de production totale en 1996/97 comme année de référence pour établir ses prévisions. Afin d'évaluer les rendements de maïs et de riz en 1999/2000, la production de l'année de référence a été ajustée de manière à tenir compte des facteurs mentionnés aux points A, B et C plus haut. Voir Tableau 2.

Tableau 2: Production de riz et de maïs en 1999/2000

District 1996/97 1999/2000
Riz (paddy) Maïs Riz (paddy) Maïs
Covalima 5 000 16 000 3 600 12 160
Ainaro 1 600 4 500 1 072 3 195
Manufahi 2 200 5 000 1 848 5 000
Viqueque 17 200 14 000 13 760 14 000
Lautem 3 200 7 700 2 880 7 392
Baucau 12 000 14 000 9 720 13 300
Manatutu 4 800 4 000 3 984 3 680
Dili 200 2 000 172 1 900
Aileu 1 700 10 500 1 411 9 240
Liquica 500 5 000 210 1 400
Ermera 3 300 6 200 2 838 4 774
Bobonaro 15 000 28 600 8 100 15 444
Oecussi 5 300 8 800 1 325 3 080
TOTAL 72 000 126 300 50 920 94 565
  (43 200)1   (30 552)1  

1 Le pourcentage de transformation de paddy en riz est évalué à 60 pour cent. L'équivalent en riz usiné est indiqué entre parenthèses.

3.3 Marchés et prix

Outre le coût humain très élevé occasionné par les troubles civils l'an dernier, les systèmes de commercialisation des produits alimentaires ainsi que la vie économique et commerciale ont été très gravement perturbés. Dans de nombreuses régions, l'activité économique n'a pas repris son cours normal en raison de la désorganisation des marchés intérieurs, de la diminution du nombre de petits commerçants et de négociants, du mauvais état des routes et de l'interruption des réseaux de transport commerciaux et privés. La situation est également aggravée par la coupure soudaine des axes de commerce, de distribution et d'approvisionnement avec le Timor occidental et le reste de l'Indonésie. Ces axes étaient indispensables pour assurer de nombreuses activités économiques (travail salarié, approvisionnement d'intrants et commerce).

La suspension des activités du BULOG3 se fait fortement ressentir au niveau de la fourniture et de la commercialisation du riz; par ailleurs, dans les villages, de nombreux commerçants, qui achetaient les produits agricoles pour les vendre sur les marchés locaux, ont quitté le pays. On s'attend d'ores et déjà à ce que les producteurs aient de sérieux problèmes pour commercialiser et entreposer les excédents de riz, et de maïs en particulier, ce qui risque de se traduire par des pertes de stockage cette année. De plus, le manque d'infrastructure et de transport a pour conséquence des prix de transport très élevés; le riz produit localement ne peut donc rivaliser avec les importations, qui font actuellement leur entrée sur le marché. Compte tenu du type et de l'état des routes et des transports, le coût interne des transports terrestres est de 2,54 à 3 fois plus élevé au Timor oriental que dans d'autres pays à faible revenu. L'émigration d'un grand nombre d'anciens fonctionnaires et de leur famille risque également de changer la composition globale de la demande dans le futur, en faveur d'articles de base plutôt que de produits de consommation de plus haute qualité.

Dans l'ensemble, bien que le prix des denrées de base aient augmenté au lendemain des événements, comme on peut s'y attendre, ils se sont stabilisés en début d'année et ont maintenant commencé à baisser. Cette diminution est attribuable aux importations commerciales et aux perspectives d'obtenir des produits frais grâce aux récoltes locales cette année. Conformément aux tendances saisonnières, les prix sont actuellement proches de ceux en vigueur avant la crise. Le marché de Dili est amplement approvisionné en riz dont le prix varie de 3 500 à 4 000 roupies le kilo. Les prix se situent dans une fourchette similaire dans les villes plus importantes, telles que Baucau et Los Palos, alors qu'ils sont moins élevés (de 2 666 à 3 333 roupies le kilo, selon la qualité) dans la région de Viqueque, où la production de riz est excédentaire. Le marché principal de l'enclave d'Oecussi n'était approvisionné ni en riz ni maïs, et un grand nombre de marchés dans les districts n'en disposaient qu'en petites quantités.Voir Figure 1.

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Source : CARE Dili
Le mois d'oût est pris comme référence pour les cours en vigueur avant la crise. Vu les problèmes de transport et de distribution, les prix à Dili sont plus faibles que dans les zones reculées du pays.

3.4 Bilan des disponibilités et de la demande de denrées alimentaires, avril 2000/mars 2001

Le bilan pour la campagne de commercialisation actuelle 2000/2001 a été établi en fonction de la population, des besoins alimentaires et des utilisations suivants :

Le bilan céréalier est présenté au Tableau 3.

Tableau 3 : Bilan céréalier du Timor oriental (avril 2000/mars 2001), en tonnes

  Maïs Riz1 Total
Disponibilités totales 2 96 250 34 750 131 000
Stocks d'ouverture 1 650 4 250 5 900
Production 94 600 30 500 125 100
Utilisations totales2 132 200 43 400 175 600
Besoins alimentaires 107 200 39 400 146 600
Semences et pertes 22 500 1 500 24 000
Stocks de clôture 2 500 2 500 5 000
Déficit 2 35 950 8 650 44 600
-Aide alimentaire (en cours d'acheminent) 8 000 10 000 18 000
Déficits/excédents de maïs et de riz 3 (27 950) 1 350 (26 600)
Manioc et tubercules4     12 500
Total du déficit céréalier     (14 100)

1 Le pourcentage de transformation de paddy en riz est évalué à 60 pour cent.
2 Chiffres arrondis.
3 Les chiffres placés entre parathèses indiquent un déficit.
4 En équivalent céréales.

3.5 Nutrition

Bien que diverses ONG aient recueilli des données sur la nutrition, aucune étude approfondie n'a été encore réalisée. Une évaluation plus précise devrait pouvoir être obtenue dans les mois qui viennent grâce au système de surveillance nutritionnelle récemment mis au point par l'ONG Action Contre la Faim.

Au cours de visites sur le terrain, des informations ont été rassemblées sur l'état nutritionnel des mères et des enfants, et des mesures ont été prises pour connaître le degré de malnutrition des enfants (MUAC)5. Ces données ne sont toutefois qu'indicatives et doivent être replacées dans le contexte suivant: (a) l'évaluation s'est déroulée à l'époque de la récolte du maïs, (b) les enquêtes ont été menées dans des villages peu accessibles par route, et (c) elles n'ont porté que sur quatre villages.

Au total, 114 enfants ont été examinés et aucun ne souffraient de malnutrition grave. Cinq enfants ont été classés dans la catégorie de la malnutrition modérée; 24, dans celle d'un risque de malnutrition; et 22, dans celle d'un risque modéré de malnutrition. Tous les enfants considérés comme souffrant d'une malnutrition modérée avaient été récemment malades, mais il a été noté qu'aucun n'avait reçu un traitement médical et qu'aucune attention particulière n'avait été prêtée à leur alimentation durant la maladie ou la convalescence.

En général, à l'exception de certains cas, l'état nutritionnel des mères et des enfants semble satisfaisant. La majorité des femmes interrogées espacent raisonnablement les grossesses et ont, en moyenne, 4,8 enfants. La quasi totalité des femmes ont leur premier enfant aux alentours de 20 ans. D'après les observations, les nouveau-nés ont un poids normal à la naissance et semblent robustes et en bonne santé. Il apparaît que certaines restrictions alimentaires, dictées par des facteurs culturels, s'appliquent à la consommation de produits durant l'allaitement, comme celle des oranges et d'autres aliments "au goût acide", qui contiennent souvent des vitamines et des minéraux essentiels. La plupart des femmes allaitent jusqu'à ce que les enfants aient un an, ou un an et demi.

Au sein des ménages, l'alimentation des enfants occupe une place primordiale. Les parents sont très attentifs à ce que mangent les enfants. Ceux-ci sont nourris les premiers; puis vient le tour des personnes âgées et enfin, des parents. Le régime alimentaire des ménages varie selon les saisons. La période de soudure s'étend d'octobre à mars, mois de la récolte du maïs. Lorsque les vivres se font rares, les parents se nourrissent de manioc et réservent le riz pour les enfants âgés de moins de cinq ans.

Quelques cas de malnutrition grave ont été signalés chez les enfants et les adultes mais il est peu probable qu'ils aient été provoqués par manque de nourriture. Deux explications peuvent être avancées: (a) chez les adultes, les villageois considèrent qu'une personne est morte de "malnutrition" lorsque le corps est décharné; or ce phénomène n'est souvent qu'un symptôme d'une maladie plus grave et chronique, comme par exemple la tuberculose ou un cancer en phase finale; (b) chez les jeunes enfants, la malnutrition réelle provient de mauvaises habitudes alimentaires qui les affaiblissent. La mission a ainsi constaté que dans certaines régions, les mères nourrissent les enfants d'une bouillie de riz ou de maïs à partir du moment où ils sont sevrés jusqu'à ce qu'ils soient en âge d'aller à l'école, soit jusqu'à six ans, sans que d'autres sources de calories ou de nutriments ne leur soient apportées. Dans de tels cas, la malnutrition ne relève pas d'un manque de nourriture ou d'un manque d'accès aux produits alimentaires mais peuvent justifier le besoin d'organiser une campagne en matière d'éducation nutritionnelle de base.

Des données nutritionnelles fiables, diffusées correctement, sont donc extrêmement importantes. L'un des problèmes essentiels pour mener cette tâche à bien sera de déterminer la langue et le mode de transmission. En 1998, 52 pour cent des filles âgées de plus de 10 ans n'avaient jamais été à l'école et le même pourcentage était alphabètes6. Dans de nombreuses régions de ce petit pays, le Tetum, considéré comme lingua franca, n'est pas compris - notamment par les femmes - et seules les langues vernaculaires sont utilisées.

En février 2000, l'OMS et l'Autorité provisoire des Nations Unies au Timor Oriental (APNUTO), conjointement au personnel local des services de santé, ont proposé de restructurer le Ministère de la santé; cette proposition sera toutefois fonction du financement disponible. En attendant, les ONG internationales actives dans le domaine de la santé ont été chargées de un ou plusieurs districts. Ces ONG travaillent en tout premier lieu au niveau médical; dans certains cas toutefois, elles ont été appelées à remettre en état les hôpitaux pour pouvoir soigner les malades dans un environnement sain et organisé. A la fin du mois de mars, il a été estimé que les consultations hebdomadaires réalisées dans plus des 36 dispensaires dispersés dans l'ensemble du Timor Lorosa'e7 étaient de l'ordre de 7 000; les diagnostiques les plus fréquents concernent des infections de l'appareil respiratoire supérieur, puis la malaria et enfin des troubles du système digestif.

Les organisations commencent seulement à recueillir des données sur la problématique hommes-femmes et l'APNUTO prévoit de réaliser une évaluation sur l'incidence de la discrimination entre les sexes afin d'évaluer les effets des événements de l'an dernier sur la société du Timor oriental. A titre d'indication, les seules informations disponibles aujourd'hui sont issues des statistiques de 1998 ainsi que des premières observations et des entretiens réalisés lors de visites sur le terrain.

En ce qui concerne la répartition des rôles au Timor oriental, la principale responsabilité des femmes consiste à nourrir et à élever les enfants; elles assument donc une fonction traditionnelle. Au cours des entretiens réalisés par la mission, les femmes ont indiqué qu'elles sont responsables de la distribution et de la gestion des produits alimentaires au sein du ménage. Comme il a été noté plus haut, les enfants sont nourris d'abord, avant les adultes. Il ne semble pas que les femmes soient servies les dernières, bien que cela puisse sans doute se produire dans certains villages. Elles affirment également consommer la même quantité et le même type d'aliments que les autres membres de la famille.

Les femmes veuves et divorcées dirigent sans doute un quart de tous les ménages au Timor oriental (voir Tableau 4). La violence et les événements qui ont fait suite au référendum d'août ont certainement changé la situation. Toutefois, dans l'attente d'une enquête complète, il est impossible de mesurer l'ampleur du changement. Selon l'expérience de situations similaires dans d'autres pays, ces ménages sont probablement les plus vulnérables à l'insécurité alimentaire.

Tableau 4: Femmes veuves et divorcées, par district, en 1998

District Veuves Divorcées Ménages probable-ment dirigés par une femme % des ménages probablement dirigés par une femme
Covalima 3 053 878 3 930 30
Ainaro 1 917 270 2 186 24
Manufahi 1 462 89 1 550 22
Viqueque 3 324 282 3 607 28
Lautem 3 136 490 3 626 31
Baucau 6 170 675 6 845 36
Manatuto 2 013 156 2 168 25
Dili 5 553 669 6 222 17
Aileu 1 353 33 1 386 25
Liquica 2 262 51 2 313 20
Ermera 4 238 725 4 964 24
Bobonaro 3 956 1 190 5 146 26
Oecussi 2 414 264 2 678 22
Total 40 850 5 770 46 620  
Moyenne       25

Source: Statistik Kesejahteraan Rakyat Propinsi Timor Timur, 1998.
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4. MECANISMES D'ADAPTATION ET ACCES DES MENAGES AUX PRODUITS ALIMENTAIRES

4.1 Mécanismes d'adaptation traditionnels

Suite au retrait de l'Indonésie en septembre dernier, l'appui gouvernemental dont bénéficiait le Timor oriental, comme par exemple la vente de riz subventionné aux familles rurales appauvries, n'est plus fourni. Les habitants ont appris au fil du temps à faire face à de telles situations en raison des difficultés qu'ils ont connu à maintes reprises dans le passé tant du point de vue de la sécurité alimentaire que des catastrophes naturelles (tel le phénomène El Niño qui a provoqué la sécheresse régnant dans le pays) et des crises politiques.

En zones urbaines, les femmes des anciens fonctionnaires ont ainsi créé des micro-entreprises dans le secteur informel pour préparer et vendre de la nourriture ainsi que pour fournir des articles non alimentaires. En fonction de leur pouvoir d'achat, les ménages n'hésitent pas à se nourrir de manioc et de patate douce au lieu de riz et de maïs.

En zones rurales, à défaut de riz (denrée de base privilégiée) ou de maïs, les ménages s'alimentent traditionnellement de tubercules (manioc, patate douce, igname et taro), de bananes et de sagou dans les régions où poussent ces cultures.

Dans les zones tant urbaines que rurales, l'un des premiers mécanismes d'adaptation consiste à cultiver des jardins potagers. Les habitants des campagnes comme des villes (qui sont à quelques heures de marche des montagnes) ont appris à se nourrir des plantes sauvages de la forêt, notamment de tubercules de divers types, de racines d'une plante similaire au palmier ainsi que de fruits, sources d'alimentation non négligeables. Les hommes et les femmes âgés s'occupent en général de la collecte de ces produits. Les hommes chassent également le sanglier sauvage, le cerf, des oiseaux, le singe et le kangourou arboricole). Par ailleurs, la pêche se pratique dans les zones situées à proximité de la mer ou des rivières.

L'élevage (buffles, bovins, chevaux, cochons, chèvres, moutons, poulets et canards) servent essentiellement à se procurer un revenu plutôt qu'à se nourrir. Il est rare que les ménages élèvent les animaux pour les manger, sauf à l'occasion des funérailles et des fêtes. Un ménage abattra parfois une bête, mais informera la famille, les amis et les voisins pour s'assurer de la vente de la viande excédentaire. Les ménages mangent rarement des _ufs et préfèrent élever la volaille. Le taux de mortalité animale, notamment de la volaille, peut être élevé, surtout au cours de la saison sèche (d'avril à octobre).

A l'heure actuelle, les ménages hésitent à vendre ou à consommer les produits de l'élevage (ou les _ufs) en raison des pertes considérables enregistrées à la suite des événements de l'an dernier et préfèrent reconstituer les stocks. Les pertes ont été particulièrement importantes dans l'enclave de Oecussi/Ambeno.

4.2 Accès des ménages aux produits alimentaires

Les marchés réapparaissent dans l'ensemble du pays, bien qu'ils soient moins approvisionnés qu'en temps normal. Les enquêtes de marché réalisées en plusieurs endroits indiquent que les prix sont plus élevés que ceux pratiqués l'an dernier à la même époque tandis que le pouvoir d'achat des ménages est très faible ou non existant. Des entretiens effectués auprès de ménages indiquent que de nombreux habitants n'ont pas les moyens d'acheter de la nourriture ou d'autres articles sur les marchés. Afin d'obtenir un revenu, certains marchands tentent de vendre de la nourriture sur le marché (des oranges, par exemple) à des prix très bas plutôt que d'être contraints à jeter une grande partie de leur production. Compte tenu du manque de pouvoir d'achat, les marchés, dans certains districts (tels que ceux de l'enclave Oecussi/Ambeno), représentent des lieux d'échanges sociaux plutôt qu'économiques, les vendeurs étant plus nombreux que les acheteurs.

Les possibilités commerciales sont également limitées par le mauvais état des routes secondaires et tertiaires qui résultent des précipitations plus élevées qu'en temps normal du fait du phénomène La Niña. Dans les zones côtières du sud, l'axe principal à l'est et à l'ouest de Viqueque est même coupé et impraticable par endroits. La perte ou la destruction de la majorité des véhicules de transport en commun ainsi que le mauvais état des routes et les difficultés à se procurer du carburant ont entraîné une nette augmentation des prix de billets des passagers par rapport à ceux qui étaient en vigueur avant la crise.

Les activités génératrices de revenus sont rares et les emplois formels ont été considérablement réduits par le manque de postes dans le secteur public. Le commerce reprend lentement à l'intérieur du pays mais les échanges commerciaux avec l'Indonésie (notamment dans la zone frontalière avec le Timor occidental) ont été totalement interrompus, ce qui se répercutera sur la vie économique des habitants des villes de Suai, Maliana et Ermera, par exemple, dans la région occidentale.

Depuis le retour des personnes déplacées et des réfugiés, de nombreux ménages continuent, comme dans le passé, à compter avant tout sur les produits des jardins potagers plutôt que sur ceux de l'agriculture. Dans certaines des régions à l'ouest du pays, proches de la frontière avec le Timor occidental, la peur d'une reprise des activités de la milice subsiste et les habitants hésitent à préparer la terre et à la cultiver. Au cours d'entretiens réalisés sur le terrain auprès d'agriculteurs, la mission a remarqué que les habitants revenus récemment risquent de ne pas avoir assez de semences de légumes pour la prochaine époque de semis.

Le café représente le produit le plus exporté et constitue de fait la source principale d'emplois au Timor oriental.8 Le nombre de commerçants privés a diminué depuis les événements de septembre 1999, car ils étaient, en grande partie, originaires d'autres pays. Les petits agriculteurs risquent donc cette année de vendre une plus petite quantité de leurs produits à des acheteurs privés; toutefois, les premières indications révèlent que certains entrepreneurs, non originaires de l'île, commencent lentement à revenir. The National Co-operative Business Association (NCBA), ONG travaillant dans le pays depuis de longues années, est le principal acheteur de café. L'Association compte 17 000 agriculteurs membres et a employé 3 500 personnes l'an dernier pendant 4 à 5 mois, à l'époque de la transformation du café. Afin de garantir la qualité, l'Association achète les baies de café mais ne verse aux producteurs que 60 pour cent du prix d'exportation, les profits étant réinvestis dans des services sociaux (dispensaires, par exemple). En termes réels, le prix d'achat était de 1 100 à 1 500 roupies par kilo l'an dernier et la Coopérative s'attend à ce que ce prix soit identique cette année. Toutefois, la NCBA s'est engagée à acheter 30 pour cent, au plus, de la production de cette année, qui devrait être élevée du fait des précipitations favorables.

4.3 Disponibilités alimentaires des ménages

La quantité de vivres disponibles pour les ménages est très hétérogène dans l'ensemble du pays, étant donné que les approvisionnements et la sécurité alimentaires sont essentiellement fonction de l'accès aux terres agricoles de divers types et qualités (parcelles pour cultures irriguées ou pluviales). Ainsi, les ménages ruraux ne disposent pas tous de superficies irriguées. Aucun des villages cultivant du riz irrigué et visité par la mission n'a été épargné par les troubles civils de l'an dernier. La mission a constaté que les superficies normalement cultivées en riz irrigué étaient en jachère, en raison de l'endommagement des canaux d'irrigation et/ou de la perte des biens de production.

La perte des biens de production, tels que les outils de labour manuels, le bétail, les bateaux de pêche, ainsi que la destruction des stocks alimentaires et semenciers ont considérablement compromis la sécurité alimentaire des ménages. Diverses activités de relèvement, comme, par exemple, la distribution de semences et d'outils, sont actuellement en cours d'exécution, ce qui, à long terme, permettra d'améliorer la situation.

Afin de compenser le manque de buffles et de tracteurs, le CNRT et des ONG internationales ont encouragé la création de groupes de travail communautaires depuis janvier 2000. Il était jusqu'alors très rare que ces groupes se forment d'eux-mêmes. Les coopératives n'ont cependant pas toujours réussi à traiter, de manière institutionnelle, la question du partage des biens de production ou des avantages que peuvent en tirer les propriétaires. Certains ménages continuent donc à assurer seuls les travaux agricoles, équipés parfois seulement d'outils manuels. Dans d'autres cas, les problèmes institutionnels ont été résolus, soit par la location des services (à des prix élevés - comme par exemple, 100 000 roupies pour faire retourner la terre par des buffles d'eau ou 150 000 roupies pour louer un tracteur une journée), soit en garantissant aux propriétaires de buffles ou de tracteurs le versement de 50 pour cent de la production obtenue.

Tous les groupes interrogés par le PAM dans les 26 communautés dispersées dans le pays, depuis l'enclave d'Oecussi jusqu'à la pointe est de l'île, s'attendent à ce que la production de maïs soit inférieure à celle obtenue lors d'une campagne normale, c'est-à-dire lorsque les précipitations tombent en temps voulu et que le nombre de ravageurs est limité. Les agriculteurs estiment en général que la diminution de la production sera de l'ordre de 30 à 40 pour cent. Parmi les raisons les plus fréquemment avancées par les groupes spécialisés d'agriculteurs, la réduction s'explique par le retard des semis, le manque de préparation des terres, l'insuffisance des pluies et les dégâts provoqués par les rongeurs. Il est certainement difficile de quantifier la baisse des rendements, surtout lorsque des étrangers reconnus comme membres d'une organisation d'aide alimentaire arrivent dans les communautés en voiture - ou pire, en hélicoptère; toutefois, il est important de noter dans tous les cas, qu'une chute de production, réelle ou anticipée, a été signalée.

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5. VULNERABILITE

L'information sur le Timor oriental est rare, une grande quantité de données ayant été détruites durant les événements de l'an dernier. Leur qualité est en outre contestable. Une évaluation provisoire de la vulnérabilité tient donc compte des constatations générales suivantes. Les ménages les plus vulnérables sont ceux tirant la plus grande partie de leurs revenus en espèces des cultures commerciales non exportables, qui ne peuvent plus être écoulées sur le marché intérieur du fait du chômage et du manque de pouvoir d'achat effectif ainsi que de l'interruption des échanges avec le Timor occidental. Les ménages qui produisent à la fois des cultures de rapport non exportables et des cultures vivrières exportables seront également exposés à l'insécurité alimentaire jusqu'en juin/juillet; en effet, ce n'est qu'à cette époque qu'ils pourront obtenir des revenus substantiels (grâce essentiellement au café), une fois la vente de baies de café commencée. Les agriculteurs de subsistance, revenus tardivement, qui ne cultivent que le maïs (c'est-à-dire ceux ayant peu ou pas accès à des rizières irriguées), constituent le troisième groupe de ménages risquant d'être modérément ou fortement vulnérable. La Figure 2 ci-dessous montre comment ces facteurs sont interdépendants. La première carte décrit la situation telle qu'elle se présente en avril 2000; les districts classés comme "particulièrement vulnérables" sont ceux qui sont surtout tributaires de cultures commerciales non exportables ainsi que ceux pour lesquels le maïs constitue, depuis longtemps, la production principale même si celle-ci ne représente qu'une fraction des cultures vivrières de base cultivées9. La deuxième carte donne une prévision de la situation en juillet 2000, soit environ un mois après la récolte de café. Cette analyse ne tient pas compte de la perte des biens de production, de la perte des vies humaines et de la disparition des secteurs officiel et public suite aux événements de septembre, tout simplement parce que des données quantitatives font défaut. En gardant ces observations à l'esprit, la situation décrite par les cartes établies pour les districts de Oecussi (Ambeno) et de Dili doit être examinée avec objectivité. En fonction des observations et des critères mentionnés ci-dessus, la mission considère que le district d'Oecussi est le plus vulnérable du pays.

Figure 2. Niveau de vulnérabilité, actuel et anticipé

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5.1 Détermination du nombre de personnes vulnérables

Afin d'estimer le nombre de personnes qui risquent d'être exposées à des pénuries alimentaires, il a été considéré que seulement 70 pour cent des femmes veuves et divorcées continueront à diriger un ménage, compte tenu des conventions culturelles et religieuses au Timor oriental. En d'autres termes, une grande partie de ces ménages ont regagné le foyer de leur famille ou de leurs parents. Toutefois, vu les circonstances actuelles, la main-d'_uvre supplémentaire que représentent ces personnes en temps normal ne pourra être employée en raison du manque de possibilités économiques et des contraintes subis par le secteur agricole, comme détaillé plus haut. Il est donc raisonnable d'assumer que 90 pour cent de ces ménages continueront à être particulièrement exposés à l'insécurité alimentaire - et de fait, leur simple présence dans les familles peut amener celles-ci à être confrontées à leur tour à une situation d'insécurité. En s'appuyant sur la composition moyenne des ménages dans chaque district, il a été estimé que le groupe le plus vulnérable représente 158 450 personnes; ce chiffre ne tient pas compte d'une augmentation résultant des événements violents de l'an dernier.

Par ailleurs, on peut considérer que toute la population de l'enclave d'Oecussi est très vulnérable, à l'exception des personnes vivant dans la plaine côtière, à proximité de la capitale, Pante Macassar. Selon l'ONU, le nombre des habitants de l'enclave s'élève aujourd'hui à 46 500, soit environ 10 000 personnes de moins qu'en septembre 1999. La mission considère que 75 pour cent de la population, soit près de 35 000 personnes, auront besoin d'une aide alimentaire au cours des prochains mois. Le nombre de personnes qui regagnent l'enclave sera probablement égal à celui des personnes qui se trouvent actuellement en situation de vulnérabilité.

La situation du district de Dili est plus complexe. Le chômage est très élevé, notamment chez les jeunes, malgré l'activité économique générée par la présence de l'ONU et d'autres organismes. Le marché à Dili semble florissant et se caractérise par des échanges commerciaux entre habitants, locaux et non locaux, et expatriés. Dans l'ensemble, le district ne semble pas immédiatement menacée par la faim mais la situation pourrait changer en cas de détérioration du statut quo, du niveau de l'emploi, etc. Afin d'éviter une telle situation, on estime qu'une aide alimentaire devra être apportée à un quart de la population (soit 37 500 personnes), ne bénéficiant pas déjà du programme en faveur des ménages dirigés par une femme.

Les populations des districts de Bobonaro et de Covalima, considérés sur la Figure 2 comme étant très vulnérables, sont aujourd'hui estimées, respectivement, à 67 000 et 49 000 personnes. Le district de Covalima est sans doute plus exposé à l'insécurité alimentaire que Bobonaro puisqu'il produit moins de manioc et de tubercules par habitant. Selon les évaluations, une aide alimentaire devra être fournie à 40 pour cent de la population de Covalima (soit 19 600 personnes), contre 33 pour cent (soit 22 100 personnes) à Bobonaro.

Aileu, classé comme district très vulnérable, compte actuellement quelque 33 000 habitants. Selon les estimations, 20 pour cent de la population (soit 6 600 personnes) ont besoin d'une aide. Quant aux deux districts modérément vulnérables, Manufahi et Viqueque, 12 pour cent de la population, soit respectivement 8 200 et 13 000 personnes, nécessiteront une assistance.

En s'appuyant sur l'analyse ci-dessus, il est estimé que le nombre total de personnes vulnérables ayant besoin d'une aide alimentaire jusqu'à ce que des revenus soient dégagés en début de récolte de café à mi-année s'élève à 292 000, comme l'indique le Tableau 5.

Tableau 5: Prévision du nombre de bénéficiaires vulnérables jusqu'en juillet 2000

District Population Nombre de personnes vulnérables Nombre de personnes vulnérables par rapport à la population totale, en %
n.p.: nb. de ménages dirigés par une femme 158 450 158 450 100
Oecussi 46 500 34 900 75
Dili 150 000 37 500 25
Covalima 49 000 19 600 40
Bobonaro 67 000 22 100 33
Aileu 33 000 6 600 20
Manufahi 41 000 8 200 12
Viqueque 65 000 13 000 12

 

En utilisant les mêmes principes pour estimer la situation en juillet 2000 et les mêmes pourcentages de bénéficiaires ciblés conformément au classement par vulnérabilité, on obtient les résultats suivants: le nombre de ménages dirigés par des femmes veuves ou divorcées ainsi que les bénéficiaires des districts de Dili, Oecussi, Bobonaro, Aileu et Viqueque ne change pas (soit respectivement 158 450, 37 500, 34 900, 22 100, 6 600 et 13 000 personnes). Le nombre de bénéficiaires à Covalima diminue pour s'établir à 9 800 personnes. Le district de Manufahi n'est plus exposé à l'insécurité alimentaire, mais Baucau devient modérément vulnérable, avec environ 7 600 bénéficiaires. En juillet 2000, on estime donc que le nombre total de bénéficiaires sera de 285 000. L'Unité de l'ACV à Dili continuera à suivre l'évolution de la situation au cours des prochains mois, en raison notamment de la récolte de café et de riz à mi-année qui est imminente. Le tableau 6 récapitule le nombre de bénéficiaires prévu à partir de juillet.

Tableau 6 : Prévision du nombre de bénéficiaires à partir de juillet 2000

District Population Nombre de personnes vulnérables Nombre de personnes vulnérables par rapport à la population totale, en %
n.p.: nb. de ménages dirigés par une femme 158 450 158 450 100
Oecussi 46 500 34 900 75
Dili 150 000 37 500 25
Covalima 49 000 9 800 20
Bobonaro 67 000 22 100 33
Aileu 33 000 6 600 20
Baucau 63 500 7 600 12
Viqueque 65 000 13 000 12

 

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6. OPERATIONS D'URGENCE ET AIDE ALIMENTAIRE

6.1 Opérations d'urgence du PAM

Deux jours après l'arrivée de la force internationale de maintien de la paix au Timor oriental le 23 septembre, le PAM (au titre de l'opération d'urgence EMOP 6175) a commencé à parachuter des biscuits à forte teneur en protéine et des rations quotidiennes humanitaires aux personnes déplacées qui avaient pris refuge dans les hautes terres du centre. En octobre, la sécurité s'était améliorée et il était devenu possible d'entrer en contact avec les personnes déplacées qui rentraient chez elles : plus de 2 700 tonnes d'aide alimentaire ont pu alors être acheminées par transport terrestre et par hélicoptère aux groupes qui regagnaient leur lieu d'origine.

L'EMOP 6175, au titre de laquelle plus de 6 000 tonnes de produits alimentaires ont été mobilisées et livrées, a pris fin en novembre. Elle a été suivie d'EMOP 6177, d'une durée de six mois (un prolongement de cette opération est en cours d'étude). La quantité totale de vivres distribuées, par diverses méthodes, est indiquée au Tableau 7.

Tableau 7: Aide alimentaire distribuée au titre de EMOP 6175 et EMOP 6177 ainsi que par des ONG

Mois Céréales
(en tonnes)
Légumi-
neuses
(en tonnes)
Huile végétale
(en tonnes)
Sucre, Sel
(en tonnes)
MRE
(en tonnes)
Nb. de bénéficiaries
23-30 Septembre 0 150       200 123 000
Octobre 2 750       40 275 000
Novembre 4 900       20 486 000
Décembre 3 721       -- 412 000
Janvier 2000 3 698       -- 371 000
Février 2000 2 334       -- 188 000
Mars 2000 1 772       -- 183 000
Q. tot. liv. par le PAM 19 325 1 720 1 824 90 460 2 038 000
Q. tot. liv. par le CARE 5 003 1 670 n.p. 0 0  
Q. tot. liv. par le CICR 2 828 2 275 n.p 46 0  
Total de l'aide alimentaire distribuée1 27 136 5 665   136 460  

1 3 000 tonnes de riz et 300 tonnes de haricots seront livrées en juin par CARE.


Au cours des premiers mois de l'exécution de EMOP 6177, le PAM a procédé à des distributions généralisées en faveur de la majorité des personnes revenant du Timor occidental. Dans le cadre de cette opération d'urgence, le nombre de bénéficiaires avait été initialement estimé à 413 000, dont la moitié devait recevoir des rations complètes et l'autre moitié, des demi-rations. Environ 58 000 personnes de plus devaient recevoir des rations supplémentaires d'aliments mélangés; toutefois, les activités d'alimentation complémentaire ont été moins importantes que prévu, en raison du succès de la distribution généralisée.

6.2 Méthodes de distributions d'aide alimentaire

La situation politique est maintenant plus stable et les gens peuvent commencer à reprendre leurs activités normales, bien que l'offre d'emplois demeure l'une des préoccupations majeures du pays, notamment dans les zones urbaines. En outre, les programmes d'aide alimentaire sont maintenant ciblés et le nombre de bénéficiaires devrait donc baisser.

Début janvier 2000, les partenaires du PAM (ONG internationales et nationales, APNUTO et CNRT) ont décidé d'encourager des distributions d'aide alimentaire ciblées tenant compte du degré d'autonomie de la population et de la désorganisation de leur activité économique. La transition des distributions généralisées à une aide alimentaire ciblée a été préparée avec soin afin d'éviter la dépendance et de revenir rapidement à une situation normale.

Depuis le début de l'opération d'urgence, le rôle de l'aide alimentaire au Timor oriental a changé. Il ne s'agit plus seulement de maintenir l'état nutritionnel, de parer aux imprévus et d'éviter que les habitants ne continuent à se défaire de leurs possessions, mais aussi d'assurer la transition entre la phase des secours et de redressement à celle du développement. Les premiers objectifs sont encore en vigueur mais le Groupe alimentaire se concentre aujourd'hui davantage sur les activités de reconstruction et de relèvement.

Par ailleurs, les organisations d'aide alimentaire ont récemment commencé à utiliser des vivres pour catalyser des projets de développement. A cette fin, divers programmes ont été mis en place : vivres-contre-travail, alimentation scolaire, protection des semences, interventions sur les marchés, échanges de semences contre du riz, et autres programmes destinés à aider la population à reconstruire et à remettre le pays en état. Ces programmes sont détaillés ci-après.

_ Alimentation des groupes vulnérables: Ce programme a été mis en place à la suite de l'arrêt progressif des distributions généralisées. Au titre de ce projet, le PAM et les autres organismes d'aide alimentaire (Care, World Vision, Christian Relief Services, Caritas et autres partenaires d'exécution) fournissent un assortiment de produits alimentaires équilibré aux groupes traditionnellement considérés comme vulnérables (femmes enceintes et allaitant, veuves, femmes dirigeant un ménage, handicapés et orphelins). Cet assortiment se compose de 400 g de maïs, 25 g d'huile végétale, 60 g de légumineuses et de 5 g de sel. Le programme s'applique également à des groupes de personnes vivant dans des zones géographiques où l'insécurité alimentaire représente un risque élevé (districts de Liquica, Oecussi, Bobonaro et Covalima, en particulier).

Il convient de noter que l'analyse et la cartographie des risques ainsi qu'un suivi rigoureux de la situation seront renforcés au cours des prochains mois afin de mieux définir les zones d'insécurité alimentaire. Un suivi plus étroit permettra d'organiser des secours alimentaires ponctuels aux moments critiques de l'année agricole (période de soudure, par exemple). A cette fin, une ration à base de maïs, considérée comme étant adaptée à l'auto-ciblage, sera distribuée.

_ Projet d'échange de semences contre des vivres: Ce projet continuera à être exécuté dans les zones agricoles disposant d'un excédent de production (soit, dans les districts de Viqueque, Liquica et Covalima). Le programme portera plus particulièrement sur l'échange de riz contre des semences de paddy.

_ Vivres-contre-travail: Des projets traditionnels vivres-contre-travail sont actuellement mis en oeuvre pour relever l'agriculture, réparer les routes et nettoyer les villes et les marchés. Dans le cadre de ces projets, 3 kg de riz par jour et par famille sont en général distribués pour un minimum de 5 heures de travail effectuées.

Le PAM souhaite à l'avenir que les activités vivres-contre-travail visent plus particulièrement les zones rurales exposées à l'insécurité alimentaire. Ces activités seront concentrées sur le relèvement du secteur agricole, la remise en état de l'infrastructure communautaire, la réparation des routes et le rétablissement des marchés. Etant donné qu'elles nécessiteront des intrants et des compétences techniques ainsi que des articles non alimentaires, les organismes d'aide alimentaire rechercheront des partenaires d'exécution qualifiés parmi les ONG, d'autres organisations internationales et APNUTO.

_ Vivres-contre-formation: Ce type de projet est envisagé pour encourager les gens à participer à divers activités éducatives dans les domaines, par exemple, de l'alphabétisation fonctionnelle des adultes, de l'amélioration des méthodes agricoles, des campagnes sur la santé/la nutrition/l'assainissement, de l'adoption de techniques plus performantes pour le traitement et le stockage des céréales à la ferme, et de la formation professionnelle.

_ Alimentation scolaire: Le PAM, conjointement à l'UNICEF, a lancé un programme d'alimentation scolaire dans l'ensemble du pays en mettant l'accent sur la participation des communautés locales et le partenariat avec les ONG. L'alimentation scolaire ne sert pas seulement à encourager les élèves à suivre des études mais aussi à fournir un repas supplémentaire aux enfants des villages. Un repas sera assuré dans les écoles et des rations pourront être emportées, en fonction de la capacité des écoles primaires à les préparer sur place. Selon les estimations, près de 600 écoles et jusqu'à 140 000 élèves bénéficieront de ce programme. Etant donné que l'année scolaire se termine en juin cette année, le PAM propose d'élaborer un projet d'alimentation scolaire complet et à long terme pour l'année scolaire 2000/2001, qui commencera en octobre 2000.

De concert avec l'UNICEF, le PAM a également prévu de distribuer des compléments alimentaires au personnel enseignant dans les écoles primaires et secondaires comme mesure d'encouragement. Ce projet devrait prendre fin en avril 2000, époque où l'APNUTO devrait recommencer à verser un salaire aux enseignants.

_ Hôpitaux et orphelinats: Les programmes en cours pour l'alimentation des personnes hospitalisées devraient se poursuivre pour une durée indéfinie. Le PAM participe activement au Programme national contre la tuberculose qui a été lancé en mars 2000. Le PAM distribue également des compléments alimentaires aux travailleurs du secteur de la santé. L'assortiment alimentaire fourni dans le cadre de ces programmes d'alimentation institutionnelle se compose de 400 g de maïs, 60 g de légumineuses, 25 g d'huile végétale et 2,5 g de sel. Des rations de mélange maïs-soja sont également ajoutées dans certains cas.

_ Santé maternelle et infantile: L'exécution de ce programme nécessite un niveau minimal de fonctionnement du système de santé publique dans les zones urbaines et rurales, ce qui constitue encore un point faible à l'heure actuelle.

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7. LOGISTIQUE

Le manque de capacité logistique au Timor oriental dû au retrait de l'administration indonésienne ayant encore aggravé les importants dégâts infligés à une infrastructure déjà limitée, le PAM a pris en main la fourniture et la coordination des biens logistiques. Dans le cadre d'une Opération spéciale (SO 6178) financée par des donateurs, le PAM a mobilisé divers moyens de transport pour acheminer l'aide alimentaire au cours des premiers jours de la crise.

Le PAM a également assumé la responsabilité des entrepôts dans l'ensemble du pays. Une fois mis en état pour répondre aux besoins du Programme, ces entrepôts ont été mis à disposition des partenaires nationaux et internationaux.

Depuis le début de l'opération en septembre 1999 et jusqu'au 31 mars 2000, le PAM a transporté 23 000 tonnes d'aide alimentaire par voie terrestre, aérienne et maritime. Le PAM a progressivement augmenté les quantités livrées au cours des premiers mois de la crise jusqu'à ce que celles-ci atteignent 5 000 tonnes, en novembre 1999. Du fait des récoltes de maïs et de riz à mi-année, en cours ou imminentes, les besoins, estimés jusqu'à fin 2000, devraient diminuer pour s'établir à 1 700 tonnes par mois, de mai à juillet 2000. Puis ils augmenteront à nouveau, depuis août jusqu'à fin décembre, en raison de la période de soudure; le volume d'aide alimentaire devrait alors être d'environ 2 200 tonnes par mois.

7.1 Opérations aériennes

Les opérations du PAM réalisées par hélicoptère ont contribué à convaincre les personnes déplacées en raison des troubles qui ont fait suite au référendum à regagner leur lieu d'origine; un exode massif vers les zones urbaines a pu ainsi être évité. Ces opérations n'ont pas seulement permis au pays de rétablir la production vivrière du pays; elles ont aussi évité que les populations ne se rapprochent des routes carrossables à la recherche d'une aide alimentaire.

A la fin du mois de mars 2000, 2 100 tonnes d'aide alimentaire avaient été acheminées par hélicoptère à des zones reculées ou inaccessibles. Outre la distribution d'une aide alimentaire, le PAM a soutenu les activités des programmes exécutés par des ONG et des organisations appartenant au système des Nations Unies.

Les opérations aériennes diminueront progressivement à mesure que l'APNUTO, PKF et des ONG identifieront les urgences et les besoins locaux, et leur affecteront un ordre de priorité. Afin que les livraisons et les évaluations puissent se poursuivre, et tant que les opérations aériennes dureront, le PAM continuera à assurer le transport du personnel partenaire dans les zones impossibles à atteindre par la route.

A mi-janvier 2000, le PAM a mis un terme au "transport de passagers" entre Dili et Darwin (Australie). La compagnie The Charter Air North a depuis ouvert les premières lignes couvrant cet itinéraire. De plus, le PAM opère un Casa 212 trois fois par semaine entre Kupang (Timor oriental) et Dili. En mars 2000, 39% des passagers étaient membres du système des Nations Unies, 44 pour cent appartenaient au personnel de ONG, le reliquat étant constitués de donateurs et d'autres personnes.

7.2 Opérations terrestres

12 000 tonnes de vivres ont été acheminées par camion, à partir de Dili, entre le mois de septembre et le 31 mars. Les convois routiers du PAM n'ont pas seulement servi à livrer l'aide alimentaire; ils ont également été utiles aux organisations nationales et internationales pour assurer le transport des réfugiés, du matériel de construction et d'articles non alimentaires.

Le mauvais état des routes continue à réduire l'accès aux points de livraison avancés; la ville de Viqueque, en particulier, est isolée, les routes étant inondées et les rivières ne pouvant plus être franchies par les gués. En raison de l'état des routes secondaires, le PAM a limité le poids des camions à 5 tonnes pour éviter d'endommager l'infrastructure. En conséquence, le prix du transport est élevé (environ 0,30 dollar la tonne par kilomètre contre quelque 0,10 dollar la tonne par kilomètre dans les pays où l'on peut utiliser des camions d'un poids supérieur).

Afin de réduire les opérations aériennes, le PAM étudie le réseau routier, en consultation avec les responsables locaux, pour étudier un moyen d'acheminer les produits dans certaines zones. Le PAM envisage d'entreprendre des travaux mineurs de réparation et d'entretien des routes (aménagement de rigoles canaux, par exemple) tandis que l'APNUTO, le PNUD, la Banque de développement asiatique et la Banque mondiale se chargeront de poursuivre cette initiative en réalisant les travaux majeurs de remise en état des routes.

7.3 Opérations maritimes

Le cargo ET Carrier a quitté le pays le 20 mars et le PAM n'en affrétera pas un autre. Plus de 5 500 tonnes d'aide alimentaire ont été acheminées par voie maritime. Le cargo a également été utile aux organisations nationales et internationales pour transporter des articles non alimentaires à Suai, Betano et Oecussi. Trois sociétés commerciales gèrent maintenant le commerce maritime le long des côtes et assurent les besoins de transport de tous les clients.

Le présent rapport a été préparé sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour tout complément d'information.

Abdur Rashid
Chef, SMIAR FAO
Télex 610181 FAO I
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Courrier électronique:
GIEWS1@FAO.ORG

Mme J. Cheng-Hopkins
Directeur régional, OAP, PAM
Télex: 626675 WFP 1
Télécopie: 0039-06-6513-2863
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1 Production possible pour une année normale, voir bonne.

2 Office national de logistique alimentaire d'Indonésie.

3 Office national de logistique alimentaire de l'Indonésie.

4 Le coût des transports terrestres intérieurs au Timor oriental est estimé à environ 30 cents E.-U./ tonne/km.

5 Instrument d'utilisation simple et rapide permettant d'évaluer le degré de malnutrition chez les enfants âgés de 6 à 59 mois en fonction de la mesure de la circonférence du bras au milieu de la partie supérieure. Cette méthode, utilisée lors des situations d'urgence, ne remplace pas la mesure du poids par rapport à la taille, mais permet d'obtenir instantanément une information fiable sur le degré de malnutrition dans un contexte donné.

6 Statistic Kesejahteraan Rakyat Propinsi Timor Timur 1998. Badan Pusat Statistik Timor Timur.

7 Chiffres tirés de la base de données de l'OMS, établie à partir des rapports fournis par des ONG travaillant sur place, à partir de la 39ème semaine de 1999. Les rapports n'ayant pas tous été transmis, les chiffres indiqués sont sous-estimés.

8 Le café, cultivé à l'ombre, est entièrement biologique bien que les agriculteurs ne soient certifiés comme producteurs biologiques.

9 Les denrées de base sont le riz, le maïs, le manioc, la patate douce et la pomme de terre.