SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

ALERTE SPÉCIALE

NO. 309

(Série diffusée uniquement pour les pays dans lesquels l'état des cultures vivrières ou la situation des approvisionnements alimentaires sont préoccupants)

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN AFGHANISTAN

Pays: Afghanistan

Date: 8 juin 2000

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FAITS SAILLANTS

  • L'Afghanistan traverse actuellement une profonde crise alimentaire due à une grave sécheresse et à des difficultés économiques persistantes.

  • Selon les prévisions, la production céréalière totale de l'année 2000 sera de 1,82 million de tonnes, soit 44 pour cent de moins que la récolte réduite par la sécheresse de 1999.

  • Pour des millions d'Afghans - cultivateurs sédentaires, nomades et population transhumante, notamment - l'accès aux denrées alimentaires est limité, voire inexistant, et la situation est destinée à s'aggraver progressivement au cours de la campagne de commercialisation de 2000/2001.

  • Les besoins d'importations céréalières en 2000/2001 devraient atteindre le niveau sans précédent de 2,3 millions de tonnes, soit plus du double du volume de 1,1 million de tonnes indiqué pour la campagne précédente.

  • L'aide alimentaire d'urgence pour 2000/2001, mobilisée par le PAM, s'élève à 225 000 tonnes de céréales. Si le volume des importations commerciales atteint 1 million de tonnes comme prévu, il faudra combler un déficit important, dépassant le million de tonnes. S'il n'est pas couvert, un déficit d'une telle ampleur aura inévitablement des répercussions nutritionnelles graves et généralisées, avec des pertes de vie humaine.

  • Une aide d'urgence est également nécessaire pour fournir des semences de blé pour la campagne non irriguée et du fourrage pour le bétail, pour remettre en état les infrastructures agricoles, et notamment les systèmes d'irrigation, et pour aider les populations touchées à élaborer des stratégies de survie.

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1. VUE D'ENSEMBLE

Après une nette reprise en 1998, la production intérieure de céréales a reculé en 1999, en raison de l'insuffisance de l'eau d'irrigation due à l'hiver le plus doux enregistré depuis 40 ans, avec de très faibles chutes de neige, des pluies tardives et irrégulières au printemps et une forte incidence de la rouille jaune et du souné qui ont endommagé les cultures dans le nord et dans l'ouest du pays. La situation a pris une mauvaise tournure en 2000 à cause d'une grave sécheresse généralisée due à des pluies insuffisantes et de très faibles chutes de neige pendant l'hiver. C'est dans un tel contexte qu'une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires, appuyée par le PNUD, s'est rendue en Afghanistan de fin avril à fin mai afin d'estimer la récolte céréalière et les besoins d'importations, y compris les besoins d'aide alimentaire, pour la campagne de commercialisation 2000/2001.

La mission s'est rendue dans 17 provinces dans différentes régions du pays. A l'appui des travaux de la mission, le PAM a envoyé sur le terrain des équipes d'enquêteurs composées d'agronomes locaux et chargées de recueillir des informations détaillées concernant la situation de la production agricole et animale. Ces équipes ont effectué plusieurs enquêtes échantillons dans 28 des 31 provinces du pays. La mission a également eu des entretiens avec les institutions du système des Nations Unies, les donateurs multilatéraux et bilatéraux, les autorités afghanes et de nombreuses ONG. Les rapports et les documents pertinents disponibles ont été examinés. Les estimations concernant les superficies et les rendements des diverses cultures dans les différentes régions reposent sur les visites de terrain, au cours desquelles les membres de la mission ont rencontré les agriculteurs et effectué des coupes-témoins lorsque cela a été possible, sur les données fournies par les équipes d'enquêteurs et sur des entretiens avec les agents des Nations Unies et des ONG bien informés sur des régions et zones particulières.

Au cours de ses longues visites sur le terrain, la mission a noté que la récolte des cultures non irriguées (blé et orge) avait été presque totalement nulle, à l'exception de quelques poches dans certaines régions. La production céréalière irriguée a été elle aussi gravement affectée par la sécheresse, avec une réduction estimée de la production de blé (irrigué) de quelque 33 pour cent par rapport à 1999. La production de céréales secondaires (riz, maïs, orge) devrait avoir fléchi elle aussi et serait inférieure de 53 pour cent à la récolte de 1999 et de 66 pour cent à celle de 1998. La mission a donc estimé la production totale de céréales de la campagne 2000 à 1,82 million de tonnes - soit un recul de 44 pour cent par rapport à 1999 et de 53 pour cent par rapport à 1998. De ce fait, les besoins d'importations céréalières pendant la campagne de commercialisation 2000/2001 (juillet/juin) devraient atteindre le niveau record de 2,3 millions de tonnes, soit plus du double du volume de 1,1 million de tonnes de la campagne précédente. Une estimation généreuse des importations commerciales de céréales, indiquant un volume d'un million de tonnes environ, soit quelque 31 pour cent de plus que l'estimation relative à la campagne précédente, laisse un déficit considérable de 1,3 million de tonnes. L'aide alimentaire d'urgence du PAM, actuellement en cours d'acheminement et de mobilisation, s'élevant à 225 000 tonnes, le déficit résiduel à combler dépasse le million de tonnes. S'il n'était pas couvert, un déficit d'une telle ampleur pourrait avoir des répercussions désastreuses pour la population.

Des millions d'Afghans - sédentaires, nomades et transhumants - n'ont pas accès ou n'ont qu'un accès limité aux denrées alimentaires disponibles sur le marché, tandis que l'approvisionnement alimentaire qu'ils tirent de leur propre production vivrière a été gravement compromis par la sécheresse. Leur pouvoir d'achat a été fortement affaibli par l'insuffisance des possibilités d'emploi dans le secteur agricole et non agricole, par le fléchissement de la production de cultures de rente telles que les oignons, les pommes de terre, les amandes, les abricots et le pavot (une source de travail pour beaucoup d'entre eux, même s'il s'agit d'emplois de courte durée) et par les mauvaises conditions du bétail et des taux de mortalité animale élevés. La situation s'aggravera probablement dans les prochains mois, les quelques mécanismes de réponse à la crise mis en place étant désormais épuisés. En Afghanistan, les pluies démarrent habituellement en octobre/novembre. Même si les précipitations devaient s'améliorer au cours de la prochaine campagne, les récoltes de blé ne seront pas disponibles avant mai/juin 2001. En revanche, si les pluies sont une fois de plus insuffisantes, l'ampleur et les dimensions des besoins, même pour une simple intervention de sauvetage, seraient alors considérables.

Il faut souligner que l'évolution positive enregistrée cette année avec la réduction des superficies consacrées à la culture du pavot, grâce aux efforts déployés par la communauté internationale, avec le soutien des autorités afghanes et la contribution de la sécheresse, pourrait se renverser l'an prochain à moins d'améliorer l'accès des populations à la nourriture et de les aider à trouver d'autres débouchés économiques viables, par ailleurs de plus en plus rares.

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2. LE CADRE SOCIO-ÉCONOMIQUE 1/

L'Afghanistan est un pays enclavé de 652 000 km2. Il occupe une position stratégique entre les plaines d'Asie centrale et les montagnes de la CEI (Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan) au nord, la Chine au nord-est, le Pakistan à l'est et au sud, et la République islamique d'Iran à l'ouest. Les terres arables ne couvrent que 12 pour cent de la superficie totale du pays, le couvert forestier représentant 3 pour cent, les pâturages permanents 46 pour cent environ, le reste (39 pour cent) étant constitué de montagnes.

Près de deux décennies de troubles civils ont pratiquement détruit les secteurs de l'industrie et de l'exportation. Les systèmes de transport et de communication sont extrêmement précaires. L'infrastructure agricole, elle aussi gravement endommagée pendant les troubles, a continué à se dégrader du fait de l'absence de programmes de remise en état.

Le commerce interne est opérationnel dans l'ensemble du pays et les échanges transfrontaliers avec les pays voisins, notamment avec le Turkménistan au nord, la République islamique d'Iran à l'ouest et le Pakistan à l'est et au sud, ont été assez animés. Toutefois, en l'absence d'un cadre macro-économique, l'économie nationale est pratiquement dépourvue de toute orientation. Les opérations budgétaires sont inexistantes et aucune banque n'est en service dans le pays. Des cambistes autorisés offrent cependant un certain nombre de services financiers. Le taux de change a considérablement fléchi. Il existe une double monnaie - dont l'une a cours dans le nord et le nord-est et l'autre dans le reste du pays. Dans le premier cas, le taux de change est passé d'environ 16 000 Afs pour 1 dollar E.-U. en 1996 à quelque 111 000 Afs pour 1 dollar E.-U. en mai 20000, l'autre de 15 000 Afs environ pour 1 dollar E.-U. en 1996 à quelque 56 000 Afs pour 1 dollar E.-U. en mai 2000 (voir Graphique 1).

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Note: Depuis 1996 deux taux de change différents sont utilisés dans le pays - l'un dans le Nord/N-E et
l'autre dans le reste du pays (voir le texte).

L'agriculture est la colonne vertébrale de l'économie afghane. Elle est la principale source de production intérieure et d'emplois. En effet, près de 85 pour cent de la population du pays, estimée à 21,9 millions d'habitants, dépend directement de ce secteur. Toutefois, après avoir enregistré un redressement appréciable grâce à la paix relative qui règne ces derniers temps dans la plus grande partie du pays, l'agriculture a été fortement touchée par la sécheresse. Si l'an dernier la sécheresse avait frappé certaines régions du pays, c'est aujourd'hui la totalité du territoire qui en est victime.

Près de la moitié des superficies cultivables sont irriguées, l'autre moitié étant aride ou non irriguée. Le blé est la principale culture vivrière, et représente plus des trois quarts de la production de céréales vivrières. D'autres cultures vivrières importantes sont le riz, le maïs et l'orge. Les pommes de terre et diverses cultures fruitières sont également produites, à la fois pour la consommation domestique et comme cultures de rente. Les fruits séchés (notamment les amandes et les abricots) d'Afghanistan qui représentaient 60 pour cent du marché mondial en 1982, ne comptaient plus que pour 16 pour cent environ en 1990; cette part de marché est bien inférieure aujourd'hui, mais ces produits restent une importante source de devises.

Dans les années 90, au moment où les troubles civils étaient les plus intenses, on estimait que 30 pour cent de la population avait quitté le pays ou s'était déplacée à l'intérieur des frontières. Avec le rétablissement de la paix sur la plus grande partie du territoire, la plupart des quelque 3 millions de réfugiés recensés l'an dernier, devraient regagner le pays dans le courant de l'année. Toutefois, la sécheresse enregistrée cette année et ses graves répercussions sur l'agriculture et les conditions de vie en général, ont fortement ralenti ce processus. Aucun réfugié ne revient actuellement du Pakistan, tandis qu'environ 1200 personnes rentrent chaque semaine de la République islamique d'Iran, même si l'on attendait un flux hebdomadaire de 3000 rapatriés. La mission a été informée que de nombreuses personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) s'étaient réinstallées dans des campements ou avaient regagné leurs villages d'origine, mais que d'autres n'avaient pas encore réussi à s'installer.

La communauté internationale est encore active en Afghanistan, où elle cherche à assurer un rétablissement durable de la paix, et où elle intervient par des activités de recours, de remise en état et de développement (de l'agriculture notamment). La FAO, le PAM, l'UNOPS et le PNUCID ont ainsi réalisé plusieurs projets dans le secteur agricole; de son côté, le HCR fournit une assistance aux rapatriés au moment de leur retour dans le pays en couvrant leurs besoins immédiats et en les aidant à se réinstaller; tandis que le PAM a apporté un secours d'urgence aux populations nécessitant une aide alimentaire urgente.

Dans l'attente de la mise en place effective d'un gouvernement véritablement opérationnel et bien organisé, le système des Nations Unies s'occupe de la phase de transition vers le redressement en Afghanistan au titre de la Stratégie commune de programmation, qui s'appuie sur un cadre stratégique convenu pour le pays et dont le but est de renforcer la synergie entre la stratégie politique des Nations Unies dans le pays et les activités de l'aide internationale, et d'améliorer l'efficacité et la cohérence du programme d'aide internationale. Dans le cadre des "Prochaines étapes" convenues, il y a eu une certaine évolution de l'aide, avec le passage d'une stricte intervention de sauvetage à une situation consistant plutôt à saisir, lorsque et là où elles existent, les possibilités de mise en _uvre d'un programme d'action basé sur les droits. Après l'appel lancé en 1999 par les Nations Unies, auquel les donateurs ont généreusement répondu pour une aide de secours, tandis que les besoins de réhabilitation ont été négligés, l'Appel 2000 a été lancé pour financer des activités de secours, de remise en état et de développement (à hauteur de 235 millions de dollars E.-U. pour un total de 488 projets). Cette année, toutefois, l'effondrement des moyens d'existence de millions d'individus après le résultat désastreux des récoltes et à la suite de la décimation du cheptel, aura probablement des répercussions catastrophiques au niveau social. Le sauvetage de vies humaines est aujourd'hui une nécessité réelle et impérieuse en Afghanistan.

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3. PRODUCTION ALIMENTAIRE EN 1999/2000

3.1 Précipitations

La raison profonde des problèmes de production alimentaire est le niveau extrêmement faible des précipitations et des chutes de neige enregistrées au cours de l'hiver et du printemps derniers. Cette année, les pluies ont été tardives, fortement réduites, mal réparties et ont cessé plus tôt que d'habitude dans la quasi-totalité du territoire ; dans certaines zones, elles ont même été inexistantes. Tout cela s'est traduit par une sécheresse désastreuse dans l'ensemble du pays.

Le Graphique 2 confronte les données relatives à 1999/2000 aux précipitations moyennes sur longue période dans quatre localités représentatives situées dans l'est, le sud, l'ouest et le nord du pays, faisant ainsi apparaître l'ampleur du déficit actuel.

Le fléchissement des précipitations moyennes a atteint jusqu'à 70 pour cent dans la plupart des régions, avec des pointes de 90 pour cent. Dans les provinces du nord (la seule partie du pays où les pluies ont eu une certaine consistance, atteignant 70 pour cent de la moyenne), les précipitations ont été abondantes au début de l'automne, mais elles se sont ensuite considérablement affaiblies en janvier et en février, pour cesser totalement en mars. Les céréales pluviales d'hiver ont donc eu une humidité insuffisante aux stades clés de leur croissance et les semis du blé de printemps n'ont pu être effectués. La station pluviométrique de l'aéroport de Jalalabad a enregistré un niveau de précipitations correspondant à 40 pour cent de la moyenne, mais quelques pluies en janvier et en mars ont permis de limiter les dégâts causés aux cultures de blé irrigué. Dans la partie orientale de la province de Nangarhar, toutefois, la récolte de blé irrigué et de blé pluvial a été mauvaise.

Le pays est largement tributaire, pour son eau d'irrigation, de la fonte des neiges qui alimente le réseau fluvial et les systèmes d'irrigation, et qui dans les zones non irriguées, fournit au sol l'humidité dont celui-ci a besoin. Aux faibles pluies de cette année s'est ajouté l'hiver le plus doux jamais observé, qui a déterminé une réduction importante des chutes de neige. Dans la province de Ghazni, les chutes de neige n'ont représenté cette année que 33 pour cent de leur volume normal. De plus, les températures minimales quotidiennes ont augmenté (se situant entre 3° et 5°). Ce réchauffement a provoqué une fonte des neiges précoce et accélérée dans les montagnes de Hindu Kuch, faisant augmenter le débit du réseau fluvial dans les provinces du nord et du nord-est à la mi-mai. Toutefois, un tel accroissement des disponibilités en eau d'irrigation a été inopportun aussi bien pour la maturation des cultures de blé, que pour les céréales de la campagne secondaire dont les semis n'ont pas encore démarré.

Cette situation atmosphérique désastreuse dans l'ensemble du pays a causé cette année un échec total des cultures de blé pluvial et un affaiblissement très marqué du rendement en blé irrigué.

Graphique 2 : Les précipitations dans les différentes régions de l'Afghanistan - Campagne agricole 1999/2000

3.2 Superficies cultivées

La superficie semée en céréales devrait avoir diminué de 5 pour cent par rapport à 1999.

Au moment des semis d'automne, les prix du blé sur le marché et la récolte réduite de 1999 (par rapport à 1998) étaient considérés comme des indicateurs d'une expansion sensible de la superficie consacrée aux céréales. En effet, malgré des précipitations et des chutes de neige particulièrement faibles et la pénurie d'eau qui en résulte, la superficie cultivée en blé irrigué est restée plutôt stationnaire (- 0,5 pour cent) et les semis de blé non irrigué ont même marqué une légère progression de l'ordre de 1,1 pour cent. La superficie des cultures de blé d'hiver non irrigué n'a augmenté de façon notable que dans le nord du pays grâce à des pluies favorables en automne. Toutefois, cette tendance s'est renversée au moment des semis du blé de printemps, lorsque les précipitations ont été insuffisantes. Dans la plupart des régions, il n'y a eu du tout de semis de blé de printemps.

À cause de la pénurie d'eau, les semis d'orge irrigué ont considérablement diminué cette année (-31 pour cent); d'ordinaire, cette culture n'est pas destinée à la consommation humaine directe. Après le mauvais résultat des récoltes de blé d'hiver, les agriculteurs ont tenté de semer du paddy partout où une culture secondaire était jugée possible comme par exemple dans les provinces de Kunar, de Kunduz et de Baghlan. Cette année, la superficie consacrée au riz devrait reculer de 7 pour cent par rapport à la campagne précédente, en raison du manque d'eau d'irrigation. On prévoit un fléchissement des semis de maïs allant jusqu'à 40 pour cent, bien que cette culture ait des besoins en eau plutôt limités. Toutefois, le maïs n'est généralement pas destiné à l'alimentation humaine.

Du fait de la pénurie d'eau d'irrigation et de l'absence de précipitations, les superficies consacrées aux pommes de terre d'hiver et aux légumineuses d'été devraient avoir reculé respectivement de 46 et de 49 pour cent.

3.3 Intrants agricoles

Semences

L'amélioration des variétés et l'identification des variétés les mieux adaptées, à haut rendement et les plus résistantes aux ravageurs, ainsi que la production des semences de base correspondantes sont des activités dont la FAO est responsable en Afghanistan. Cette année, des semences améliorées ont été livrées à quelque 20 000 cultivateurs par le biais d'ONG et de producteurs de semences sous contrat dans 146 districts. La production annuelle de semences améliorées (de 3 500 à 4 500 tonnes) permet de satisfaire environ 10 pour cent des besoins du pays en semences de blé irrigué. Les agriculteurs utilisent en moyenne chaque année quelque 170 000 tonnes de semences pour une superficie en blé irrigué d'environ 1,2 million d'hectares et ils remplacent leur matériel végétal tous les quatre ans.

Le programme de sécurité alimentaire par le biais d'une production végétale durable, mis en _uvre par la FAO en partenariat avec plusieurs ONG locales et internationales, a fourni aux agriculteurs 3 495 tonnes de semences de qualité certifiée. Il a également délivré 925 tonnes de semences de cultures d'été - riz, maïs et légumineuses principalement.

Malgré la sécheresse enregistrée cette année, la FAO sera néanmoins encore en mesure de produire, conjointement avec les ONG partenaires et des agriculteurs sous contrat, quelque 3 800 tonnes de semences de qualité certifiée à remettre aux cultivateurs pour la prochaine campagne de blé irrigué. Du fait de l'échec quasi total des récoltes dans la plupart des zones non irriguées, la disponibilité de semences pour terrains arides en vue de la prochaine campagne constitue un sujet de grande inquiétude.

Engrais et pesticides

On signale une disponibilité satisfaisante d'engrais (urée, DAP, SSP/TSP sont les engrais minéraux les plus utilisés). La sécheresse enregistrée cette année a causé un fléchissement de la demande d'engrais. Cela s'est répercuté sur le prix de ces produits, comme la mission a pu le constater sur les marchés de Kaboul et de Kandahar. Les prix qui en octobre 1999 étaient stationnaires par rapport à l'année précédente en valeur réelle, avaient baissé de 17 pour cent à l'époque de la mission. D'ordinaire, la dose d'azote qui est appliquée aux cultures de blé convenablement irriguées est proche des niveaux recommandés: 100 kg/hectare.

L'essentiel des besoins en engrais du pays - les besoins en azote sont estimés à quelque 500 000 tonnes d'équivalent urée - sont couverts par des importations, principalement du Pakistan, d'Iran et du Turkménistan. L'usine d'engrais de Mazar-e-Charif a habituellement une capacité de production intérieure nominale de 105 000 tonnes par an d'urée produite à partir du gaz naturel. Selon les indications, elle tourne actuellement à 70 pour cent de sa capacité.

La sécheresse n'a causé aucune maladie importante ni infestation notable de ravageurs cette année, à la seule exception de quelques attaques de criquets pèlerins dans deux provinces du Nord. L'approvisionnement en herbicides, pesticides et fongicides est problématique dans l'ensemble du pays et il n'est pas rare que les cultivateurs achètent sur le marché des produits chimiques frelatés ou périmés.

Machines agricoles

Dans les zones irriguées, les opérations de préparation du sol sont effectuées le plus souvent à l'aide de tracteurs pris en location. La disponibilité limitée de ces machines dans le pays et la concentration de la demande pendant la période précédant les semis de blé, ont causé au fil des années une accélération excessive de ces opérations et contribué à un travail insuffisant du sol. L'outil le plus utilisé est un cultivateur à neuf dents rigides qui travaille peu en profondeur et ne permet pas d'améliorer la capacité de rétention d'eau du sol ni de détruire le matériel de multiplication des plantes adventices. Les agriculteurs font souvent appel à leurs animaux de trait pour compléter les opérations mécaniques. Cette année, aucun retard imputable à une disponibilité insuffisante de machines agricoles, n'a été signalé dans les opérations d'ensemencement. En revanche, les infestations de plantes adventices (comme la folle avoine, le seigle et les roseaux sauvages) ont été fréquentes dans toutes les zones irriguées, déterminant une compétition non négligeable pour l'eau avec les cultures vivrières, dont le rendement a souffert.

Irrigation

La superficie effectivement irriguée en Afghanistan oscille chaque année entre 1,3 et 1,4 million d'hectares (1,9 million d'hectares de terres cultivées). Les réseaux de canaux acheminent 80 à 85 pour cent environ de l'eau d'irrigation, tandis que les 15-20 pour cent restant proviennent des karezes traditionnels, des sources et des puits. Les puits revêtent une importance grandissante, en particulier dans les provinces du sud-ouest du pays. Les sources d'eau d'irrigation individuelles se sont révélées particulièrement efficaces au cours des deux dernières années de sécheresse, en permettant aux agriculteurs de creuser des puits pour assurer une irrigation correcte aux cultures, selon les besoins spécifiques des plantes. On signale depuis quelques années un abaissement d'un mètre par an du niveau des nappes phréatiques dans certaines zones équipées de puits tubulaires. Cela dit, l'eau souterraine étant encore faiblement exploitée dans l'ensemble du pays, il n'y a pas de véritable risque que cet affaiblissement prenne trop d'importance; de plus, le potentiel de développement durable de l'irrigation par l'eau souterraine est encore vaste. En revanche, du fait de l'extrême faiblesse des précipitations cette année, notamment des chutes de neige, la plupart des karezes sont taris ou sur le point de l'être, tandis que les systèmes plus courants d'irrigation collective par canaux ont beaucoup souffert du manque d'eau. On a signalé un bon fonctionnement de l'irrigation en tête de réseaux dans de nombreuses zones, mais les tronçons intermédiaires et finals n'ont été alimentés en eau d'irrigation qu'une fois ou deux pendant toute la campagne. Le système d'irrigation du pays est dans des conditions désastreuses par manque d'entretien, par détérioration naturelle et par suite de ruptures causées par l'homme, voire même dans certains cas à cause d'erreurs de conception et d'une expansion mal avisée. Les efforts déployés par la communauté internationale par le biais de l'UNOPS pour restaurer l'infrastructure, notamment dans les provinces de Kandahar et de Farah (dans le sud-ouest et l'ouest du pays), ont permis de remettre quelque 35 000 hectares sous irrigation. Une étendue additionnelle de 15 000 hectares de terres irriguées a été récupérée dans les provinces de Kaboul, de Bamiyan, de Balkh et de Badagshan. Environ 60 pour cent de ces terres ont été remises en état pendant la période de végétation 1999/2000.

Il reste encore beaucoup à faire non seulement au niveau des infrastructures d'irrigation par canaux, mais aussi pour nettoyer les karezes et les débarrasser des pierres et des sédiments qui s'y sont déposés avec le temps, puisque dans les zones éloignées de cours d'eau ils constituent la seule source d'eau d'irrigation. Cette année plus que jamais, le réseau obstrué n'a pas été en mesure de transporter le peu d'eau disponible dans les sources, causant ainsi l'effondrement des récoltes de blé qui en dépendaient.

3.4 Rendements et production de céréales

Blé: Cette année, la production de blé irrigué devrait atteindre 1,329 million de tonnes, avec un fléchissement d'environ 33 pour cent par rapport à la récolte de 1,988 million de tonnes engrangée en 1999. Ce recul est entièrement imputable à une irrigation insuffisante des plantes aux stades les plus critiques de leur croissance (tallage, épiaison, floraison et démarrage des plantes) dans l'ensemble du pays. Les rendements ont été meilleurs dans certaines zones: dans les provinces orientales de Kunar et de Laghman, dans les provinces centrales de Bamiyan et de Ghor (où une expansion de la superficie cultivée a permis de maintenir le niveau de production), dans les provinces du centre-est de Wardak et de Logar, et dans les provinces septentrionales de Baghlan et de Kunduz. Dans ces régions, une certaine amélioration de la configuration des pluies ou du débit hydrique dans le réseau d'irrigation a atténué la gravité de la situation régionale globale respective. Dans toutes les autres provinces, comme les coupes-témoins l'ont révélé, la récolte n'a été normale que dans les tronçons initiaux du réseau d'irrigation par canaux.

L'absence de précipitations efficaces a été responsable de l'effondrement quasi total de la production de blé pluvial dans l'ensemble du pays. Cette année, la production de blé non irrigué est en effet estimée à 140 000 tonnes, soit 27 pour cent à peine de la récolte de 1999 et 17 pour cent de celle de 1998. Comme la mission a pu le constater, dans les principales zones productrices non irriguées (c'est-à-dire dans les régions de l'ouest et du nord, ainsi que - mais loin derrière en termes de superficie ensemencée - dans le sud-ouest), partout où il y a eu une certaine croissance végétative, le tallage a été extrêmement faible (de 1 à 3 talles) et l'épiaison très limitée, tandis que les graines des épis mûrs ont été petites et peu nombreuses. Les estimations relatives au rendement ont été confirmées par les coupes-témoins effectuées en divers endroits. L'absence de pluies au printemps, période pendant laquelle les besoins en eau des cultures de blé sont à leur maximum, a annulé l'effet des pluies d'automne légèrement plus favorables qui avaient été enregistrées dans les provinces du nord. Parmi les régions où la superficie cultivée a été assez importante, les plus productives ont été les provinces centrales de Bamiyan et de Ghor où, selon les estimations, la production devrait être équivalente à celle de l'an dernier, qui était toutefois inférieure de 77 pour cent à la récolte de 1998.

Les autres facteurs susceptibles d'affecter le rendement des cultures de blé n'ont pas été déterminants cette année. On n'a signalé aucune épidémie de maladies courantes comme la rouille jaune du blé. Le souné qui constitue habituellement une menace, n'a posé aucun problème cette année. Dans les provinces septentrionales de Samangan et de Baghlan, la mission a observé des attaques de criquets pèlerins.

Riz: La production attendue est de 156 000 tonnes, ce qui représente un affaiblissement d'environ 44 pour cent par rapport au résultat de 1999, du fait d'une réduction à la fois des superficies cultivées et des rendements, causée à son tour par le manque d'eau d'irrigation. Les opérations de repiquage du riz étaient en cours pendant le séjour de la mission dans les provinces de Baghlan (dans le nord du pays) et de Laghman (dans l'est). Malgré la pénurie d'eau, la préférence des cultivateurs pour le riz sera maintenue dans la mesure du possible; cette culture est d'ordinaire vendue par les producteurs et n'est pas destinée à leur propre consommation alimentaire.

Maïs: Le maïs est utilisé principalement pour l'alimentation des animaux. Cette année, on prévoit une diminution de 40 pour cent des semis par rapport à l'an dernier. La production devrait atteindre 115 000 tonnes, environ 48 pour cent de moins que l'année passée.

Orge: Sur la base de ses observations directes sur le terrain, la mission prévoit un échec total des cultures pluviales et une réduction globale de 64 pour cent de la production, due à la diminution des superficies cultivées et à des rendements extrêmement faibles dans les zones irriguées.

Les détails de l'estimation de la mission concernant la production céréalière de la campagne 2000 figurent au tableau 1.

Tableau 1 - Afghanistan: Superficie, rendement et production des cultures céréalières par région en 1998 et en 1999, et prévisions

concernant la campagne 2000

RÉGION
1998 1999 2000
Superficie (milliers d'ha) Rende-ment (tonnes/
ha)
Production (milliers de tonnes) Superficie (milliers d'ha) Rende-ment (tonnes/
ha)
Production (milliers de tonnes) Superficie
(milliers d'ha)
Superficie- % 2000/1999 Superficie- % 2000/1998 Rendement (tonnes/ha) Production
(milliers de tonnes)
Production % 2000/1999
Production
%
2000/1998

Blé irrigué
                         
Centre
69 1.7 117 70 1.6 112 77 110 112 1.25 96 86 82
Nord-Est
200 1.6 320 200 1.6 320 188 94 94 1.1 207 65 65
Est
75 1.7 128 72 2.1 151 66 92 88 1.8 119 79 93
Sud
95 1.5 143 92 1.4 129 95 103 100 0.9 86 66 60
Sud-Ouest
270 1.7 459 260 1.9 494 274 105 101 1.1 301 61 66
Ouest
190 1.9 361 184 1.9 350 176 96 93 1.0 176 50 49
Nord
280 1.5 420 274 1.4 384 265 97 95 1.1 292 76 69
Est-Centre
55 1.3 72 44 1.1 48 48 109 87 1.1 53 109 74
Total
1 234 1.6 2 020 1 196 1.66 1 988 1 189 99 96 1.12 1 329 67 66
Blé pluvial
                         
Centre
20 0.9 18 5 0.2 1 3 60 15 0.2 1 60 3
Nord-Est
260 0.7 182 260 0.5 130 250 96 96 0.2 50 38 27
Est
10 0.9 9 5 0.4 2 4 80 40 0.3 1 60 13
Sud
42 0.8 34 10 0.4 4 8 80 19 0.1 1 20 2
Sud-Ouest
90 0.9 81 66 0.5 33 55 83 61 0.1 6 17 7
Ouest
230 1 230 220 0.8 176 220 100 96 0.1 22 13 10
Nord
250 0.9 225 225 0.7 158 260 116 104 0.2 52 33 23
Est-Centre
50 0.7 35 40 0.2 8 40 100 80 0.2 8 100 23
Total
952 0.9 814 831 0.62 512 840 101 88 0.17 140 27 17
Total blé irrigué et pluvial
2 186   2 834 2 027   2 499 2 029 100 93   1 469    
Cultures secondaires
                         
Riz
180 2.5 450 140 2 280 130 93 72 1.2 156 56 35
Maïs
200 1.65 330 160 1.5 240 96 60 48 1.2 115 48 35
Orge (céréale)
200 1.2 240 180 1.2 216 124 69 62 0.6 74 34 31
Total
580   1 020 480   736 350 73 60   346 47 34
TOTAL CÉRÉALES
2 766   3 854 2 507   3 236 2 379 95 86   1 815 56 47

3.5 Autres cultures

Légumes : Environ 6 pour cent des terres irriguées sont destinées aux cultures légumières. Melons, pastèques, oignons, pommes de terre et tomates couvrent 90 pour cent de la superficie consacrée aux légumes en Afghanistan. Selon les estimations, cette année la récolte devrait être inférieure de près de 35 pour cent à celle de l'an dernier. La superficie cultivée a sensiblement diminué, les agriculteurs donnant la préférence au blé pour une pleine utilisation de leurs maigres ressources en eau. De plus, pour les légumes, la principale période de semis est le printemps, époque à laquelle les cultivateurs étaient tout à fait conscients des faibles disponibilités en eau d'irrigation.

Fruits : Selon une récente enquête de la FAO, les cultures fruitières couvriraient environ 10 pour cent de la superficie irriguée totale. Les vignes et les plantations d'amandiers, d'abricotiers, de grenadiers et de pommiers couvrent 87 pour cent de la surface consacrée aux cultures fruitières. La mission a constaté que dans les principales zones de production fruitière, les cultures arbustives manquaient d'eau, carence qui se manifestait par un taux de coulure important. Toutefois, les arbres fruitiers sont visiblement considérés comme un investissement coûteux à protéger et cette année les agriculteurs ont eu tendance à utiliser une bonne partie de l'eau d'irrigation disponible pour assurer la survie des arbres et limiter les pertes. De ce fait, on ne prévoit aucune perte en capital notable due à l'assèchement des plantations, mais la production sera faible avec des fruits de petit calibre. La teneur élevée en sucre attendue et l'offre réduite rendront probablement plus avantageux les prix de vente.

Pavot : Selon les estimations du PNUCID, 91 000 hectares ont été consacrés à la culture du pavot pendant la campagne 1998/99 en Afghanistan, avec un rendement de quelque 4 581 tonnes d'opium. Dans la province de Helmand cette culture s'est étendue sur 44 6000 hectares, soit 49 pour cent de la superficie totale consacrée au pavot, suivie par celle de Nangarhar avec 23 000 hectares (25 pour cent) ; le restant a été cultivé dans d'autres provinces du sud-ouest et de l'est du pays, et dans les régions du nord et du nord-est. A l'époque de la mission, le PNUCID effectuait une enquête pour évaluer la production et la superficie cultivée pendant la campagne en cours. La mission a procédé à sa propre évaluation, par le biais d'entretiens avec des sources d'information primaires et secondaires, et d'observations sur le terrain. Elle a ainsi pu constater un fléchissement notable (-20 pour cent) de la superficie cultivée dans la province de Helmand et une situation stationnaire dans celle de Nangarhar. Plusieurs facteurs ont contribué à la diminution de la superficie consacrée au pavot observée cette année : a) le manque d'eau d'irrigation (avec aggravation de la situation) pour la deuxième année consécutive, qui a fait chuter la production de cette culture onéreuse ; b) la substitution du pavot par des cultures vivrières moins exigeantes en eau ; c) les sanctions imposées au pays et, en ce qui concerne les cultivateurs, la crainte d'une pénurie alimentaire ; d) la consigne des Talibans de réduire d'un tiers la surface consacrée au pavot ; et e) les résultats positifs des activités du PNUCID visant à réduire la production d'opium. Parallèlement, le rendement devrait fléchir cette année de 30 à 40 pour cent environ à cause des graves pénuries d'eau dans les deux principales provinces productrices et d'importantes invasions d'aphidés (ces dernières directement observées par la mission). Pour que la tendance positive à la réduction de la superficie cultivée se maintienne au cours de la prochaine campagne, beaucoup dépendra de l'aide alimentaire que la communauté internationale fournira et du soutien qu'elle apportera à la mise au point de nouveaux mécanismes de parade. S'il ne tient qu'à eux, il est probable que les agriculteurs considéreront la culture du pavot comme la solution la plus efficace.

3.6 Pâturages et élevage

Selon les évaluations les plus récentes de la FAO dans 28 provinces du pays, le cheptel recensé en Afghanistan en 1999 est ainsi réparti:

Tableau 2. Cheptel en Afghanistan, classement des effectifs par espèce et par type d'éleveurs

Cheptel Agriculteurs % Kuchies (nomades) % Total
Bovins 3 373 532 97 104 017 3 3 477 549
Ovins 9 257 514 52 8 432 908 48 17 690 422
Caprins 5 248 208 71 2 124 685 29 7 372 893
Ânes 752 474 82 167 466 18 919 940
Chameaux 81 590 28 208 794 72 290 384
Cheveaux 91 601 88 12 553 12 104 154

Sur la base des statistiques disponibles concernant le cheptel recensé avant 1978, le taux de reconstitution des troupeaux au cours de ces cinq dernières années a été remarquable: 82 pour cent pour les ovins, 96 pour cent pour les bovins et les chameaux, 69 pour cent pour les ânes et les mulets. La population caprine a plus que doublé, la préférence allant à cette espèce pour sa contribution à la sécurité alimentaire grâce à ses besoins réduits en fourrage et à sa productivité laitière élevée.

Cette année, le mauvais état des parcours désertiques d'hiver dans la région du sud-ouest (zones de Helmand et Kandahar dans le Regestan) et la croissance végétative insuffisante de biomasse comestible dans la plupart des hauts pâturages dans les régions de l'ouest et du sud, au printemps, auxquels s'est ajoutée la raréfaction de l'eau potable disponible, ont causé des pertes considérables dans le cheptel des éleveurs nomades (kuchies), notamment parmi les moutons, les chèvres et les chameaux. Les routes traditionnellement utilisées par les nomades en ont été bouleversées, changeant les habitudes et donnant lieu à des départs anticipés (de 30 à 40 jours) des zones de pâturage d'hiver et de printemps (du sud-ouest et de l'est, dans les deux cas) vers les hauts pâturages d'été de la région centrale (Ghazni, Urozgan, Ghor et Paktika), où le surpâturage imputable à une concentration majeure d'animaux sur des herbages moins productifs cette année devrait causer des problèmes dans les mois prochains. Le dessèchement des pâturages traditionnels d'été dans le sud (Zabul et partiellement Ghazni) et de printemps dans l'est (Paktia, Logar) a contraint certains groupes kutchies (en particulier les petits éleveurs), dans l'impossibilité de poursuivre leur marche vers les pâturages d'été, à conduire leurs troupeaux vers Kaboul pour y vendre le cheptel rescapé.

Des taux d'abattage et de mortalité du bétail, par dénutrition et déshydratation, de 67 pour cent en moyenne ont été signalés à la mission par les éleveurs kuchies contactés dans les provinces du sud et du sud-ouest du pays, où se concentre quelque 50 pour cent du cheptel total appartenant aux nomades, soit 5,5 millions d'animaux. Dans les provinces de l'ouest et de l'est (3,5 millions d'animaux), on signale une mortalité moyenne légèrement inférieure, atteignant un taux de 50 pour cent. Une augmentation de ces taux est attendue dans les prochains mois d'été. On estime à 80 000 le nombre global des familles kuchies touchées.

Dans les zones irriguées par canaux et puits, les éleveurs sédentaires ont généralement réussi à maintenir leurs effectifs, grâce au fourrage disponible, complété par des résidus de récolte et des plantes adventices. Les taux de mortalité déclarés sont de l'ordre de 10 à 20 pour cent. Là où l'irrigation repose sur le système traditionnel des karezes et des sources (Helmand, Kandahar, Farah, Ghazni, Zabul, Nangarhar et Jauzjan), qui fournissent cette année des quantités d'eau négligeables ou se sont taris, il n'a pas été possible de produire du fourrage en quantité suffisante tandis que les disponibilités en paille, foin et céréales pour les animaux seront probablement faibles du fait du recul marqué des cultures de blé et d'orge. Dans ces régions, les éleveurs ont indiqué des pertes moyennes d'effectifs de 56 pour cent. Le cheptel de référence est estimé à 1 million de petits ruminants pour 65 000 familles.

Dans les provinces du nord, où les pâturages de plaine ont souffert et se sont desséchés plus tôt que d'ordinaire, en revanche les principales zones de pâturage de montagne ne semblent pas avoir été trop touchées. Dans cette région, la situation générale du cheptel dans les systèmes d'élevage semi-nomades et transhumants (3,5 millions de petits ruminants) est stabilisée, avec des taux de mortalité de l'ordre de 20 à 25 pour cent. Dans les plaines irriguées, les grandes étendues de terres en jachère sont aussi utilisées pour le pacage des animaux. Toutefois, la compétition pour le pâturage sera forte et se répercutera négativement l'an prochain sur la production de biomasse. Dans les grandes régions non irriguées (dans l'ouest et le nord du pays), la mission a constaté que les conditions physiques du cheptel déjà réduit des éleveurs n'étaient pas bonnes. La consommation de céréales pluviales avortées, la sécheresse des pâturages disponibles et la rareté de l'eau ont causé des taux de mortalité élevés.

Les kuchies et les éleveurs sédentaires dont la production s'est affaiblie et qui n'ont pas pu faire appel au crédit pour l'achat de denrées alimentaires, ont cherché à anticiper la vente de leurs animaux de boucherie et de reproduction, de poids inférieur, faisant ainsi baisser les prix sur le marché et réduisant leur potentiel de profit. Il est donc logique de prévoir une hausse des prix de la viande plus tard dans l'année, mais d'ici là les grands éleveurs et les spéculateurs seront probablement les seuls à avoir encore des bêtes à offrir sur le marché.

Associée aux taux de mortalité et aux pertes d'effectifs indiqués ci-dessus, la diminution des disponibilités en pâturages et en fourrage a produit les effets suivants:

Pour compenser ces taux de mortalité élevés et la réduction de la capacité de charge des pâturages, et de manière à pouvoir assurer l'entretien de troupeaux plus réduits, les éleveurs de moutons et de chèvres vendent leurs femelles reproductrices et de réforme, faisant ainsi tomber les prix sur le marché à 200 000-300 000 Afs, contre 1,5-2,0 millions d'Afs l'an dernier.

Selon les estimations de la mission, la production intérieure de lait de brebis et de chèvre serait inférieure de quelque 60 à 70 pour cent à celle de l'an dernier. Les taux de mortalité et de vente élevés devraient se traduire par un déficit de la production nationale de viande ovine et caprine dans les trois ou quatre prochaines années.

L'élevage est largement tributaire du pâturage pendant 10 à 11 mois de l'année. Or, la qualité des pâturages afghans risque fort d'être compromise dans l'avenir, du fait d'un appauvrissement de la végétation comestible de qualité sous l'effet du surpâturage observé cette année. Comme en 1999, la population animale s'est approchée de la capacité de charge maximale (0,5-1,25 équivalent brebis par hectare). Paradoxalement, la diminution de la population animale peut donc être considérée comme un bienfait pour les pâturages et devrait favoriser un meilleur aménagement des pacages et des herbages.

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4. SITUATION PAR RÉGION

4.1 Nord (Faryab, Jaozjan, Sar-e Pul, Balkh, Samangan) et Nord-Est (Baghlan, Kondoz, Takar, Badakhchan)

Cette année, la superficie consacrée au blé pluvial a augmenté de 5 pour cent (passant de 480 000 à 510 000 hectares), tandis que la production a chuté de 65 pour cent par rapport à 1999. Des perspectives favorables, après le bon démarrage des pluies à l'automne et la production réduite de l'année précédente, avaient incité les agriculteurs à étendre leurs cultures de blé d'hiver non irrigué. Or, la cessation des précipitations au printemps a interrompu les semis du blé de printemps et causé une baisse sensible du rendement des céréales pluviales. Comme elles ne conviennent ni pour les semis de la prochaine campagne, ni pour la consommation humaine, les cultures sur pied sont pour la plupart destinées au pâturage du bétail.

La région connaît encore des problèmes d'insécurité et la superficie cultivable est de ce fait limitée. L'expansion des cultures non irriguées intervient donc principalement dans les zones habitées sécurisées, malgré son impact négatif sur l'environnement: la mission a noté la présence de cultures sur des pentes très abruptes et constaté la destruction de la végétation ligneuse, situation qui comporte d'importants risques d'érosion du sol.

La région est en grande partie irriguée grâce à un réseau de canaux alimentés par les cours d'eau. On y pratique une irrigation extensive, utilisant de faibles volumes d'eau et laissant de vastes surfaces en jachère par rotation tous les deux ou trois ans dans les provinces tournées vers l'ouest. Dans ces zones (de Faryab à Balkh/Samangan), le réseau fluvial est tributaire de la fonte des neiges dont les eaux se déversent dans un bassin hydrographique montagneux d'altitude inférieure par rapport aux provinces situées plus à l'est (de Baghlan à Badakhchan) qui dépendent de l'Hindu Kuch. Les chutes de neige extrêmement faibles de cette année et le ruissellement nival réduit qui en a résulté, sont responsables du rendement amoindri des cultures de blé irrigué, avec quelques variations selon la zone. En outre, les faibles volumes d'eau disponibles pour l'alimentation des réseaux d'irrigation ont compromis l'équilibre de l'organisation traditionnelle "mirab" des utilisateurs de l'eau. Les irrigants situés en tête de réseau ont utilisé des quantités d'eau plus importantes, de sorte que l'eau a été insuffisante pour les usagers situés en aval et les tours d'irrigation moins nombreux. Les conditions économiques générales de l'agriculture et des cultivateurs étant parmi les plus précaires du pays, le recours aux intrants est faible et les moyens de production inadéquats, ce qui donne lieu à des rendements médiocres même en année normale. Selon les estimations, l'étendue des cultures de blé irrigué serait en recul de 4,5 pour cent par rapport à 1999 à cause du manque d'eau, avec un fléchissement de 30 pour cent de la production.

4.2 Ouest (Harat, Farah, Badghis)

Avec les régions du nord et du nord-est, la région ouest est celle qui compte la plus grande étendue de terres cultivées non irriguées. La superficie des cultures de blé non irriguées est restée stationnaire, couvrant 220 000 hectares, mais il y a eu un effondrement de 87 pour cent de la production par rapport à l'an dernier. Les terres irriguées ont légèrement diminué (-4 pour cent), mais n'ont produit que 50 pour cent de la production de l'année précédente, ce qui représente le plus mauvais rendement régional pour l'ensemble du pays. La présence dans les provinces de Farah et de Badghis d'un nombre relativement plus important de réseaux d'irrigation alimentés par des karezes et se trouvant dans des conditions critiques (30 à 40 pour cent de la superficie irriguée totale) et l'écoulement extrêmement faible de l'eau dans les canaux d'irrigation, sont les causes principales du résultat si désastreux des cultures de blé.

4.3 Centre-Est (Ghor, Bamiyan), Centre (Kaboul, Parwan, Kapisa, Logar, Wardak) et Sud (Paktia, Paktika, Khost et Ghazni)

Selon les indications, dans ces provinces, les agriculteurs auraient étendu leurs cultures de blé irrigué (+7 pour cent) en raison des prix favorables pour le blé par rapport à l'an dernier et du prix des oignons, une culture concurrente. La récolte exceptionnelle obtenue par les producteurs d'oignons en 1999 a en effet entraîné une forte baisse des prix. L'arrivée de nouveaux rapatriés a également favorisé l'expansion des superficies cultivées. La mission a noté des rendements extrêmement faibles partout où le réseau d'irrigation était alimenté par des karezes (à Ghazni, les karezes représentent 60 pour cent du réseau d'irrigation). Globalement, la production totale de blé irrigué de ces régions serait inférieure de 19 pour cent à celle de l'an dernier.

4.4 Est (Nangarhar, Laghman, Kunar)

La superficie irriguée a diminué de 8 pour cent à la suite de l'absence des pluies d'automne. Aucune substitution de culture ne semble avoir eu lieu, puisque toutes les autres cultures vivrières enregistrent un fléchissement analogue en termes de surface ensemencée ou sont restées stationnaires. La superficie consacrée au pavot ne devrait pas avoir augmenté non plus, même si les cultivateurs auraient pu consacrer leurs maigres ressources en eau à cette culture plus rémunératrice. Dans les zones irriguées de Karez (25 pour cent, principalement dans la province de Nangarhar) et dans les tronçons finals des réseaux d'irrigation par canaux, les cultures n'ont été arrosées qu'une ou deux fois, ce qui a sensiblement affaibli la production globale de blé (-21 pour cent). Comme dans la région du nord, les réseaux d'irrigation par canaux de Kunar et de Laghman sont alimentés par les cours d'eau et les bassins versants qui ont bénéficié de chutes de neige comparativement plus favorables, de sorte que dans ces zones la production de blé irrigué a été bonne.

4.5 Sud-Ouest (Kandahar, Helmand, Zabul, Nimrod, Urozgan)

L'expansion des semis de blé (+5 pour cent) est imputable principalement à l'augmentation de la superficie irriguée dans le cadre du programme de redressement mis en oeuvre par l'UNOPS dans la province de Kandahar. Il est également probable que le blé ait remplacé le pavot et d'autres cultures de rente (oignons, pommes de terre et pastèques), les agriculteurs préférant cette culture vivrière de base moins gourmande en eau. Les réseaux d'irrigation alimentés par des karezes occupent une place importante dans la région (30 pour cent de la superficie irriguée totale) et ils ont donc été peu efficaces cette année : ceux en état de marche n'ont fonctionné qu'à 10 pour cent de leur capacité de débit habituelle. A Helmand, les semis tardifs de blé irrigué ont donné des résultats inférieurs à ceux des cultures ensemencées au moment opportun. Selon les indications, les agriculteurs pratiquant un système de culture associant pavot et blé, auraient intentionnellement retardé leurs semis de blé pour mener d'abord à terme la récolte du pavot, culture de rente plus importante.

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5. SITUATION DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE DE CÉRÉALES, 2000/2001

Le bilan céréalier pour 2000/2001 (tableau 3) repose sur les hypothèses suivantes:

Tableau 3 - Afghanistan: Bilan céréalier, 2000/2001 (en milliers de tonnes)

  Blé Riz
(usiné)1/
Maïs Orge Total
Disponibilités nationales 1 470 104 115 74 1 763
Déstockage - - - - -
Production nationale 1 470 104 115 74 1 763
Utilisation totale 3 574 321 115 74 4 084
Consommation alimentaire (nécessaire) 3 154 300 40 10 3 504
Alimentation animale (disponible) - - 49 40 89
Semences (fourniture) 275 13 7 16 311
Pertes (à couvrir) 145 8 19 8 180
Besoins d'importation 2 104 217 - - 2 321
Capacités d'importations commerciales 1 000 49 - - 1 049
Aide alimentaire (prévue) 225 - - - 225
Déficit non couvert 879 168 - - 1 047

1/ Le taux de conversion du paddy en riz utilisé est de 67 pour cent.

Les besoins totaux d'importations céréalières en 2000/2001 devraient atteindre le niveau sans précédent de 2,3 millions de tonnes, soit plus du double de ceux de la campagne précédente (1,1 million de tonnes). Avec une capacité d'importation par les voies commerciales prévue de 1,049 million de tonnes et l'aide alimentaire de 225 500 tonnes annoncée par le PAM, le déficit alimentaire estimatif (à couvrir) en 2000/2001 dépasse le million de tonnes, soit 4,4 fois de plus que l'année passée. Un tel déficit serait bien entendu désastreux et exposerait des millions d'Afghans - sédentaires, transhumants et nomades (kuchies)4 - à la misère et à la famine.

La prochaine saison des pluies démarre en novembre. Si les pluies sont encore une fois mauvaises, la situation déjà catastrophique s'aggravera ultérieurement et se manifestera probablement par une famine généralisée si des mesures de prévention adéquates ne sont pas prises à temps. Même dans l'hypothèse d'une pluviosité adéquate au cours de la campagne à venir, la prochaine récolte de blé ne sera pas disponible avant mai/juin 2001, ce qui signifie que les populations n'auront aucun répis pendant la campagne 2000/2001 (juillet/juin).

La situation relative à l'excédent ou au déficit céréalier par région est indiquée au tableau 4 ci-après.

Tableau 4 - Afghanistan - Excédents/déficits céréaliers par région (en tonnes)

Région Population Production céréalière 1/ Utilisation non alimentaire Disponibilités pour la consommation Besoins de consomma-tion Excédents/ déficits Rapport Production/con-sommation (%)
Centre 4 828 626 96 850 28 170 68 680 772 580 -703 900 13
Nord-Est 3 394 151 375 810 138 240 237 570 543 064 -305 494 69
Est 2 144 408 210 218 81 225 128 993 343 105 -214 112 61
Sud 2 229 317 90 690 26 875 63 815 356 691 -292 875 25
Sud-Ouest 2 973 288 306 900 89 265 217 635 475 726 -258 091 65
Ouest 2 030 321 201 780 60 215 141 565 324 851 -183 287 62
Nord 3 304 663 419 621 137 667 281 955 528 746 -246 792 79
Est-Centre 995 225 60 800 17 684 43 116 159 236 -116 120 38
Total/
Moyenne
21 900 000 1 762 670 579 342 1 183 328 3 504 000 -2 320 672 50

1/ Riz usiné.
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6. BESOINS D'AIDE ALIMENTAIRE

6.1 Besoins d'aide alimentaire pour 2000/2001

La plupart des ménages afghans tirent encore l'essentiel de leurs moyens d'existence de l'agriculture. Les communautés rurales représentent environ 85 pour cent de la population. Elles vivent des cultures céréalières et des revenus provenant de l'élevage. Dans les zones à déficit vivrier des hauts plateaux du centre et dans le nord-est du pays, l'élevage joue un rôle de plus en plus important pour la subsistance des populations rurales. Au sein de ces communautés, les plus vulnérables sont les membres des ménages ayant des liens faibles avec la terre et l'élevage (par exemple les paysans sans terre, les métayers, les travailleurs salariés).

Les populations urbaines sont avant tout tributaires des céréales qu'elles se procurent sur le marché grâce aux revenus tirés d'emplois occasionnels, de sorte que les groupes vulnérables sont généralement ceux qui ont des liens faibles avec le marché du travail (notamment, les ménages dont le chef est une femme).

Les moyens d'existence de la plupart des Afghans, dans les villes comme en milieu rural, sont proches du minimum vital dans des conditions normales. Or 1998/1999 n'a pas été une année normale. La sécheresse généralisée et le déficit de plus de 1,1 million de tonnes de la production céréalière nationale enregistrés cette année-là peuvent être considérés comme le premier des deux coups portés aux moyens d'existence de la plupart des populations pauvres, urbaines et rurales. Les conditions défavorables de 1998/99 ont dégradé les systèmes traditionnels de sécurité sociale, imposé la liquidation des avoirs et surtout réduit la capacité des communautés et des ménages de faire face au deuxième choc - la sécheresse de la campagne 1999/2000, la plus grave de mémoire d'homme.

6.2 Mécanismes de parade

Au niveau national, provincial et des districts

Selon les estimations, les autorités talibanes contrôlent actuellement 90 pour cent de l'Afghanistan; toutefois, malgré l'ampleur du territoire qu'ils commandent, les Talibans n'ont pas mis en place une structure gouvernementale véritablement opérationnelle et bien organisée. Les ministères et départements ministériels actuellement en place constituent une organisation faible.

Au début de l'année, la gravité de la situation s'est tout d'abord manifestée par l'arrivée dans les centres urbains des tribus nomades du sud (kuchis), déclarant des pertes importantes dans leurs troupeaux. L'intervention humanitaire des autorités, face à la sécheresse, a notamment comporté le transport d'environ 8 000 personnes du sud du Regestan vers la ville de Kandahar. Dans le nord du pays, les autorités se sont engagées à tout mettre en _uvre pour faciliter les activités de secours de la communauté internationale.

Au niveau provincial et dans les districts, des « comités de la sécheresse » ont été constitués. A ce jour, le plus actif est le comité établi à Kandahar qui prend des mesures sérieuses pour réglementer l'utilisation de l'eau provenant des deux fleuves qui alimentent en eau la plupart des cultures irriguées cultivées dans le sud.

Au niveau des ménages

Dans les années normales, un système traditionnel de « redistribution » assure à tous les membres de la société afghane, y compris les plus démunis, suffisamment de nourriture pour survivre. Aujourd'hui, alors que le pays entre dans sa deuxième année de grave sécheresse, les ressources à redistribuer ne sont plus suffisantes. De plus en plus de ménages parmi les plus vulnérables, notamment ceux dont le chef est une femme ou un enfant (les enfants étant les principaux producteurs de revenu), sont contraints de mendier au grand jour dans les rues. Ce phénomène est particulièrement manifeste à Mazar-e-Charif, la capitale du nord, où le nombre des mendiants et de ceux qui liquident les avoirs du ménage a considérablement augmenté au cours de l'année passée.

L'élevage joue un rôle important pour la subsistance de bien des ménages afghans. Que la liquidation de ce patrimoine soit une des stratégies de survie mises en _uvre par bon nombre de familles est démontré clairement par le niveau exceptionnellement bas du cheptel dans de nombreuses régions du pays. A Kandahar et à Harat, les animaux d'élevage n'ont rapporté que 10 pour cent du produit de l'an dernier. Ce fléchissement reflète également la vente forcée des animaux par les familles désormais dans l'incapacité de les nourrir - à la fois en raison de l'improductivité des pâturages cette année et parce que la plupart des ménages n'ont pas les moyens d'acheter du fourrage.

Les ménages qui en ont la possibilité, ont envoyé au Pakistan leurs hommes valides pour qu'ils se procurent quelque revenu sur le marché du travail occasionnel. Beaucoup d'hommes kuchis, n'ayant plus à s'occuper de leurs troupeaux, pratiquement décimés par la maladie et la sécheresse, peinent cette année dans les champs de blé et dans les vergers de Kandahar.

On ne signale pas encore de migrations massives de familles entières. Toutefois, vu les conditions dramatiques dans lesquelles se trouvent les ménages dans certaines des régions les plus touchées, on peut raisonnablement s'attendre à ce que bon nombre d'entre eux n'aient d'autre choix que de se déplacer pour survivre. Le PAM Afghanistan estime avoir un rôle important à jouer pour la prévention d'une migration à grande échelle cette année.

6.3 Rations alimentaires

En 1999, le PAM a livré en Afghanistan plus de 82 600 tonnes d'aide alimentaire à plus de 1 250 000 bénéficiaires (dont plus de la moitié étaient des femmes). Pour la campagne agricole allant de juillet 2000 à juin 2001, il prévoit de tripler quasiment ce volume et de fournir 105 500 tonnes d'aide alimentaire au titre d'une intervention ordinaire prolongée de secours et de redressement (IPSR), en ajoutant 120 000 tonnes de blé à l'intention des plus gravement touchés par la sécheresse, dans le cadre d'une opération d'urgence (OPUR). Il est prévu de livrer le volume total de 225 500 tonnes aux bénéficiaires par le biais d'une série d'activités, notamment "vivres-contre-travail", "distribution d'urgence" et (de préférence) "vivres pour la constitution d'avoirs" (FOODAC). Cette intervention d'urgence devrait venir en aide à 1,5 million de personnes, dont la plupart vivent dans des localités reculées et extrêmement difficiles d'accès. En raison de l'ampleur et des difficultés logistiques de l'opération, le PAM Afghanistan prévoit de livrer aux ménages les plus vulnérables des rations individuelles de blé. Grâce à cette denrée facilement acceptable, il sera possible d'assurer aux bénéficiaires un apport énergétique adéquat, tout en menant l'opération sur une vaste échelle. Le PAM Afghanistan continuera de distribuer une gamme de produits par le biais de ses activités "alimentation des collectivités" et "vivres pour l'éducation".

Tableau 5 - Aide alimentaire du PAM en Afghanistan, 2000/2001 (en tonnes)

  juillet 2000 à juin 2001
Activités IPSR OPUR
Urgence (y compris FOODAC) 17 600 120 000
Boulangeries 53 200  
Alimentation des collectivités 1 840  
Alimentation des rapatriés 6 700  
Personnes  (PDI) 800  
Vivres pour l'éducation 3 400  
Vivres pour la formation 160  
Vivres-contre-travail 16 400  
Vivres-contre-semences 5 400  
Total 105 500 120 000
Total général 225 500

6.4 Justification de l'aide alimentaire internationale

L'Afghanistan est actuellement victime de la sécheresse la plus grave de mémoire d'homme. A la différence du Pakistan, le pays ne bénéficie pas de pluies d'été. Il n'y aura donc probablement aucune précipitation d'ici la fin de l'année (si toutefois les pluies ne manquent pas encore une fois à l'appel). Il faudra attendre 2001 avant d'avoir la possibilité d'enregistrer une récolte normale dans les zones non irriguées, la grande majorité des terres cultivées ne produisant qu'une seule récolte par an. Contrairement à l'Inde, au Pakistan, à l'Iran et au Tadjikistan (les autres pays de la région frappés par la sécheresse), l'Afghanistan n'a pas un gouvernement opérationnel en mesure d'intervenir à l'échelle voulue ou de mobiliser les ressources nécessaires pour atténuer les effets de cette catastrophe.

Si les estimations initiales indiquaient le sud-ouest de l'Afghanistan comme la région la plus touchée, cela ne semble plus être le cas et il est désormais confirmé que l'ensemble du territoire a été gravement affecté. Dans le sud, on observe des pénuries d'eau potable et le tarissement des puits, tandis que de vastes étendues de cultures non irriguées ont été perdues dans le nord. En outre, les marchés du bétail se sont effondrés dans l'ouest et les nomades autochtones qui ont sillonné le pays de long en large pendant des siècles, voient aujourd'hui leur mode de vie s'écrouler avec la perte de leurs troupeaux et de l'investissement de toute une vie.

L'instabilité et la fermeture hermétique des frontières affectent le nord et se manifestent par le niveau élevé du prix des céréales et le pouvoir d'achat exceptionnellement bas de la population. A Mazar, le salaire d'une journée de travail (d'ordinaire suffisant pour nourrir une famille de quatre personnes) ne permet plus désormais que l'achat de l'équivalent calorie de blé nécessaire pour une personne et demie.

L'objectif immédiat d'une intervention d'urgence du PAM Afghanistan est de procurer au cours de l'année à venir des vivres à la plupart des Afghans les plus touchés, qui autrement n'auraient aucun accès à la nourriture dans les prochains mois. Cela permettra en outre d'éviter que les familles ne migrent vers des centres urbains déjà surchargés ou vers le Pakistan et l'Iran, abandonnant ainsi de fait leurs terres.

Le déficit de la production céréalière estimé à 2,3 millions de tonnes de céréales et auquel s'ajoutent les restrictions imposées par les pays voisins victimes de la sécheresse aux importations de céréales par le secteur privé, justifie la livraison de quantités importantes d'aide alimentaire de préférence à d'autres formes d'intervention.

6.5 Groupes cibles

Cette année, les efforts du PAM Afghanistan se concentreront principalement sur les ménages victimes de la sécheresse qui ne sont pas en mesure de subvenir aux besoins alimentaires de base de la famille. L'objectif de l'aide du PAM sera avant tout de stabiliser la population sur place, grâce à la livraison de vivres aux plus nécessiteux. De plus, en collaboration avec ses partenaires, le PAM s'efforcera de couvrir les besoins en eau potable et en soins de santé.

Ces ménages « les plus vulnérables » sont ceux qui présentent une ou plusieurs des caractéristiques suivantes :

6.6 Logistique de l'aide alimentaire

Pour ses livraisons d'aide alimentaire en Afghanistan, qui est un pays enclavé, le PAM emprunte à la fois les couloirs du sud et du nord. L'usage de deux voies d'accès permet de contourner les difficultés d'accès dues à la fermeture fréquente des frontières ou aux problèmes internes de sécurité. Il répond également à la nécessité d'approvisionner les provinces du nord pendant l'hiver. Plus de 90 pour cent de l'aide alimentaire arrive par la voie méridionale, qui est économiquement plus avantageuse. Les conteneurs arrivent par le port de Karachi et les cargaisons en vrac par Port Qasim. Les denrées sont alors acheminées par voie terrestre jusqu'aux bases de réexpédition du PAM au Pakistan à Quetta, 700 km, et à Peshawar, 1 400 km, pour être entreposées, usinées et renvoyées vers les provinces de l'est et du sud de l'Afghanistan (Jalalabad, Kaboul, Kandahar, Harat et Mazar). Les cargaisons qui arrivent des ports de la Baltique (Riga, Tallin et Ventspils) et quelque fois de la mer Noire, empruntent le couloir du nord. Elles sont alors acheminées par chemin de fer sur plus de 4 500 km vers les bases de réexpédition du PAM à Termez en Ouzbékistan et à Osh au Kirghizistan, pour être entreposées et renvoyées vers toutes les provinces du nord-est (Badakhshan) et du nord de l'Afghanistan (Mazar) dans les mois d'hiver, lorsque l'approvisionnement en provenance du sud par le Hazarajat est interrompu à cause de la neige.

Du fait de l'instabilité des conditions de sécurité et des difficultés d'accès à de nombreuses régions, dues aux mauvaises infrastructures, les réexpéditions sont souvent complexes à l'intérieur du pays et nécessitent parfois même l'utilisation d'animaux pour le transport. Par exemple, l'acheminement des denrées alimentaires vers les régions éloignées et inaccessibles du Badakhshan se fait par camions, par radeaux et par ânes, et dure plusieurs jours. Les convois alimentaires doivent parfois être effectués au-delà des frontières, ce qui comporte des négociations difficiles avec les parties en jeu et beaucoup de risques pour le personnel concerné. Compte tenu des conditions climatiques particulières, l'accès à certaines régions peut être restreint pendant l'hiver, du fait des chutes de neige abondantes et des glissements de terrain fréquents.

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7. MESURES À MOYEN ET À LONG TERME

Le présent rapport a été préparé sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour tout complément d'information.

Abdur Rashid
Chef, SMIAR FAO
Télex 610181 FAO I
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Courrier électronique:
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Mme J. Cheng-Hopkins
Directeur régional, OAP, PAM
Télex: 626675 WFP 1
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1/Les informations contenues dans cette section sont tirées de sources diverses, notamment du rapport de la mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires de l'an dernier, de l'Appel 2000 pour l'Afghanistan du document du PAM sur l'aide de longue durée pour les secours et le relèvement de l'Afghanistan, 1er janvier 2000 - 31 décembre 2001, et des entretiens avec, entre autres, les agents concernés du système des Nations Unies en Afghanistan.

2 Chiffre obtenu en appliquant un taux annuel de croissance démographique de 3,4 pour cent à la population de 21,2 millions d'habitants de l'an dernier.

3 Le blé fournit l'essentiel de l'apport énergétique en Afghanistan. Le pain et le yoghourt constituent souvent à eux seuls un repas complet dans les zones rurales.

4 Les populations sédentaires vivent de l'agriculture pluviale et irriguée - elles possèdent généralement quelques bovins et autres animaux; les populations transhumantes dépendent de l'agriculture pluviale et de l'élevage; tandis que les kuchies sont totalement tributaires de l'élevage. Voir à la section 3.6 le bouleversement des moyens d'existence tirés de l'élevage enregistré cette année.