SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET

DES APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES AU BURUNDI

27 juillet 2000

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Points saillants de la mission

  • Près de 11 pour cent de la population se trouvent déplacés dans les camps, principalement dans les provinces du Bujumbura Rural, Bubanza et Makamba. La majeure partie de cette population n'a qu'un accès restreint aux terres cultivables et n'a pas pu pratiquer les cultures dans des conditions normales durant la campagne B de l'année 2000.
  • Les pluies, insuffisantes et mal réparties durant la campagne B de l'année 2000, ont entraîné un déclin des rendements pour les céréales et les légumineuses. Cette campagne est la quatrième consécutive marquée par un recul de la production.
  • Les provinces les plus durement touchées par la sécheresse sont celles de Kirundo et Muyinga, dans le nord, ainsi que la région de Moso.
  • On prévoit que la situation des approvisionnements sera tendue au cours des mois à venir. Les prix des denrées alimentaires, qui ont considérablement augmenté au cours de 1999, demeurent élevés.
  • La situation alimentaire dans les camps de personnes déplacées ainsi que dans les provinces affectées par la sécheresse, où la malnutrition sévit de façon aiguë, est préoccupante.
  • Les mauvaises conditions de sécurité continuent de peser sur la distribution de l'aide alimentaire d'urgence. Le PAM viendra en aide, jusqu'à la fin de l'année, à environ 700 000 personnes déplacées affectées par la sécheresse ainsi qu'à la plupart des personnes vulnérables.
  • Compte tenu des importations commerciales et de l'aide alimentaire d'urgence, il reste un déficit à couvrir estimé à 21 000 tonnes de maïs et 99 000 tonnes de légumineuses. Une aide internationale supplémentaire est nécessaire si l'on veut éviter une détérioration de la situation nutritionnelle de l'ensemble de la population.

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1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires s'est rendue au Burundi du 19 au 30 juin 2000 afin d'évaluer la deuxième campagne B de l'an 2000, effectuer des prévisions concernant la petite troisième campagne C de l'an 2000 et faire une estimation des besoins du pays en importations et en aide alimentaire pour 2000. La mission a tenu des consultations avec des responsables gouvernementaux et des représentants des organismes des Nations Unies ainsi que des ONG, et elle a visité 12 des 17 provinces du pays où les conditions de sécurité le permettaient. En décembre 1999, avant l'arrivée de la mission, un sondage avait été effectué par des agents du Ministère de l'agriculture, avec l'assistance technique et logistique de la FAO et du PAM. Les résultats de cette évaluation ont formé la base des estimations de la mission concernant les résultats de la première campagne A de 2000.

L'insécurité continue de perturber les activités économiques et agricoles. Cependant, la mission a observé une amélioration relative de la situation d'ensemble depuis la fin de 1999, et notamment un déclin du nombre de personnes déplacées de l'intérieur (PDI) hébergées dans les camps, qui sont passées de 821 000, soit 13 pour cent de la population totale, à 704 000, soit 11 pour cent de cette population, à la fin du premier trimestre 2000. Les provinces les plus affectées sont celles de Bujumbura, dont 58 pour cent de la population a été déplacée, suivie de Bubanza (39 pour cent), Makamba (33 pour cent) et Bururi (21 pour cent). Au mois de juin, les épisodes de violence se sont intensifiés, au lendemain de la visite du médiateur, Nelson Mandela, notamment dans les parties orientales du pays et dans les provinces voisines de la Tanzanie.

La mission a constaté que, dans l'ensemble, les précipitations enregistrées durant la campagne B de l'an 2000 ont été mal réparties, avec une cessation prématurée en avril, ce qui a nui au développement des cultures et aux rendements des légumineuses et des céréales. On estime à environ 1,7 million de tonnes la production vivrière de la campagne B de 2000, soit un recul de 3 pour cent, tant par rapport à la campagne B de l'an dernier que par rapport à la moyenne des cinq dernières années. On a enregistré, pour les légumineuses et les céréales, un déclin de 20 pour cent et 6 pour cent respectivement. Quant aux racines et tubercules, leur production est demeurée virtuellement inchangée par rapport à 1999.

Il est difficile, à ce stade précoce, de se livrer à des prévisions concernant la campagne agricole C de l'an 2000, actuellement en cours de semis. Si les conditions météorologiques sont normales au cours des prochains mois, la production devrait s'établir à un niveau moyen. On prévoit également une augmentation des emblavures de légumineuses, suite aux réductions enregistrées durant les campagnes A et B de l'an 2000.

Compte tenu de ces facteurs, la mission prévoit, à titre provisoire, une production vivrière totale de 3 472 000 tonnes pour 2000, soit un volume légèrement inférieur à celui de l'an dernier, mais supérieur à la moyenne des cinq dernières années et au niveau de la période précédant la crise (1988-1993).

La population étant estimée à la fin du premier semestre de 2000 à 6,65 millions d'habitants, et la consommation par habitant évaluée en fonction des quantités relativement réduites disponibles entre 1994 et 1996, les besoins en importations pour l'an 2000 devraient être de l'ordre de 106 000 tonnes de céréales et 150 000 tonnes de légumineuses. Les importations commerciales, quant à elles, devraient augmenter pour atteindre 50 000 tonnes de céréales et 40 000 tonnes de légumineuses, laissant à couvrir sous forme d'aide alimentaire 56 000 tonnes de céréales et 110 000 tonnes de légumineuses. En outre, il conviendrait d'importer 58 000 tonnes supplémentaires de céréales afin de couvrir le déficit en racines et tubercules et en bananes/plantains. Ces besoins, qui dépassent de loin les possibilités réalistes, mettent en relief le fait que la production des cultures vivrières de base n'a pas progressé au rythme de la croissance démographique.

Au 30 juin 2000, l'aide alimentaire d'urgence distribuée par le PAM aux populations les plus durement touchées ne représentait que 55 pour cent des besoins estimés pour le premier trimestre de l'année, et cela en raison des contraintes imposées par les conditions de sécurité et la disponibilité de ressources. Les distributions étant prévues jusqu'à la fin de l'année, le volume total de l'aide alimentaire d'urgence distribuée en 2000 se montera à 35 000 tonnes de céréales et 11 000 tonnes de légumineuses. Ainsi, le déficit non couvert de céréales est de l'ordre de 21 000 tonnes de maïs et 99 000 tonnes de légumineuses, et celui des racines/tubercules et des bananes/plantains (en équivalent céréalier) de 58 000 tonnes. On prévoit donc une réduction supplémentaire de la consommation par habitant et une aggravation de la situation nutritionnelle.

La disponibilité de denrées alimentaires a été encore réduite par la sortie d'un volume non quantifié de denrées alimentaires vers les pays voisins, le Rwanda en particulier, attribuable en partie aux conditions de change des devises. Les prix des denrées alimentaires, qui ont connu une flambée en 1999, sont demeurés élevés au cours des premiers mois de 2000 et restent à la hausse. Le niveau élevé des cours ne manquera pas de restreindre encore l'accès à la nourriture pour des tranches importantes de la population dont les ressources sont insuffisantes, ce qui aggravera leur situation nutritionnelle et sanitaire au cours des prochains mois. Les groupes les plus vulnérables sont: i) les personnes encore hébergées dans les camps et privées d'accès à la terre; ii) les personnes ayant récemment réintégré leurs exploitations mais qui n'ont pas pu les cultiver durant la campagne B de 2000; iii) les personnes affectées par l'insécurité; iv) les personnes affectées par la mauvaise récolte B de 2000; v) les catégories les plus pauvres, en raison de leur indigence et de la dégradation des perspectives d'emploi. La situation alimentaire et nutritionnelle de ces catégories suscite de vives inquiétudes.

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2. LA SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE

2.1 Les conditions de sécurité et les mouvements de populations

Au Burundi, la détérioration de la sécurité, ainsi que l'intensification de la violence dans les régions rurales, ont entraîné d'importants déplacements de populations au cours du deuxième trimestre de 1999. L'intensification des combats entre les forces gouvernementales et les factions rebelles dans plusieurs régions, au cours des mois de septembre et d'octobre, a fait des victimes parmi les civils, causant notamment la mort de deux agents humanitaires internationaux des Nations Unies, outre le déplacement interne d'environ 350 000 personnes, regroupées dans des camps par le gouvernement. Ces nouveaux déplacements sont venus s'ajouter au quelque demi-million de personnes ayant quitté leurs foyers déjà réparties dans 300 sites de PDI. Fin 1999, le nombre des PDI était estimé à 821 000, soit plus de 13 pour cent de la population, disséminées dans des camps. Cependant, grâce à la légère amélioration de la situation, ce chiffre devait décliner pour s'établir, fin juin 2000, à 704 000 personnes réparties dans 326 sites, soit 11 pour cent de la population totale.

Tableau 1 : Burundi - Estimations du nombre de personnes vivant dans les camps 1/

Province Population de la province Nombre de camps Population dans les camps % de la population totale
Bubanza 299 051 49 117 440 39
Bujumbura mairie 330 142 2 434 0
Bujumbura rural 436 894 43 252 469 58
Bururi 446 583 36 91 811 21
Cankuzo 177 090 0 0 0
Cibitoke 401 166 0 0 0
Gitega 639 560 17 15 067 2
Karuzi 366 682 8 2 621 1
Kayanza 485 187 18 21 539 4
Kirundo 517 627 15 3 583 1
Makamba 377 008 52 125 517 33
Muramvya 256 509 22 35 610 14
Muyinga 502 255 29 17 639 4
Mwaro 232 340 0 0 0
Ngozi 619 630 13 7 877 1
Rutana 252 452 16 10 800 4
Ruyigi 314 590 8 1 380 0
Total 6 654 766 328 703 787 11

1/ Au 16/6/2000. Le nombre de personnes vivant dans les camps évolue régulièrement en fonction des conditions de sécurité. L'estimation de la population totale se base sur les résultats du dernier recensement de 1990, actualisés au moyen des données de mi-2000.

La situation alimentaire, ainsi que les conditions sanitaires des populations déplacées sont extrêmement alarmantes, car les conditions de vie dans les sites d'hébergement sont mauvaises: elles n'y trouvent ni eau véritablement potable, ni abri, ni conditions sanitaires acceptables. L'accès de ces populations aux terres cultivables est entravé, du fait qu'elles ne peuvent pas y travailler normalement en raison de l'éloignement des champs, conjugué aux risques de brigandage. Même si les parcelles qui entourent les camps d'hébergement ont été distribuées par les autorités locales, leur taille est limitée, si bien que leur production ne saurait suffire à couvrir les besoins de la population des camps.

La destruction et l'absence d'entretien de l'infrastructure sociale ont eu un effet désastreux sur la fourniture de services sociaux élémentaires, entraînant une réduction de l'accès à l'eau potable ainsi qu'une détérioration marquée des conditions de santé, sans parler des difficultés auxquelles se heurtent les activités d'enseignement. Le travail est de plus en plus rare, même aux salaires les plus bas, dans le secteur privé comme dans le secteur public, à mesure que se détériore rapidement l'économie nationale.

S'agissant des aspects positifs, les négociations de paix ont récemment accompli des progrès marqués, et l'on espère fermement qu'un accord sera conclu d'ici la fin de l'année. Il est probable que la signature et la mise en _uvre d'un accord de paix déclenchera un mouvement de retour des populations déplacées vers leurs foyers. Si les conditions de sécurité le permettent, ce retour, qui devrait intéresser près de 1,2 million de réfugiés et de personnes déplacées, pourrait s'amorcer avant même la signature d'un accord. Cependant, le contexte actuel du pays n'est favorable ni au développement socio-économique, ni à la réintégration des populations. Il est donc indispensable de prévoir une intervention urgente destinée à préparer la société et à améliorer sa capacité d'absorption des réfugiés de l'intérieur comme de l'extérieur et au plan matériel comme au plan moral.

La crise qui persiste depuis 1993 a principalement affecté les éléments les plus vulnérables de la société, et en particulier les enfants, les femmes et les personnes malades. Le tableau 2 ci-dessous illustre certains des coûts humains engendrés par la persistance des troubles civils.

Tableau 2: Burundi - Sélection d'indicateurs de développement humain, 1993-1998

 
1993
1996
1998
Mortalité infantile/1000 naissances
110
136
n.d.
Mortalité maternelle/100 000
553
826
800 (1997)
Consultations prénatales (pourcentage)
71
65
67 (1997)
Couverture immunisation rougeole (pourcentage)
62
50
44
Couverture contraception (pourcentage)
4
3
1
Malnutrition enfants <5 ans (pourcentage)
6
20
n.d.
PNB par habitant
$180
n.d.
$134
Assistance extérieure
$300m
n.d.
$39m
Espérance de vie à la naissance
53.8
53.4
51.5


2.2 La situation économique

Les graves perturbations infligées à l'agriculture par les déplacements, regroupements et autres mouvements de populations continuent d'avoir des répercussions sur les conditions de vie des zones rurales. On estime que, si la paix devait être rétablie, il faudrait plusieurs années pour restaurer les conditions précédant la crise dans le secteur agricole.

Par ailleurs, depuis début mars, le Burundi connaît une pénurie de carburant, laquelle n'est qu'en partie attribuable à l'augmentation des cours internationaux. Les prix ont augmenté de 20 pour cent à la mi-mars, passant de 470 francs burundais (FBU)/litre, à 570 FBU/litre, ce qui a alimenté le taux d'inflation dans tous les secteurs de l'économie. Compte tenu de la détérioration des termes de l'échange et du manque d'assistance extérieure, les réserves de devises étrangères sont tombées à 48 millions de dollars E.-U. fin 1999, réduisant à moins de deux mois la couverture des importations.

Malgré les perspectives de reprise graduelle de l'aide étrangère en cours d'année, le redressement économique ne pourra qu'être modeste. L'aide étrangère au Burundi n'a guère totalisé que 17 milliards de FBU en 1999, alors qu'elle avait atteint 230 milliards de FBU (947 millions de dollars E.-U.) en 1993. La croissance du PIB en 2000 ne devrait être que de 2 pour cent, soit moins que la croissance démographique.

La Banque mondiale a approuvé, en avril 2000, un programme d'assistance d'un montant de 1 million de dollars E.-U., tandis que le FMI a proposé de poursuivre le dialogue sur les politiques, lequel devrait, en cas d'aboutissement, déboucher sur un nouveau programme d'assistance.

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3. LA PRODUCTION VIVRIÈRE EN 2000

3.1 Production de la campagne A de 2000

La campagne agricole A de 2000, récoltée en janvier 2000, s'est traduite par une légère réduction des emblavures par rapport à la campagne A de 1999, par suite des effets conjugués de la sécheresse (dans l'est, le nord-est et l'ouest du pays) et de l'insécurité dans la province de Rutana et dans le Bujumbura Rural. On a également enregistré une réduction générale des rendements par suite d'une période de temps sec qui a sévi durant phase critique de développement des cultures, notamment des haricots et du maïs.

La production vivrière totale a été estimée à 1 061 000 tonnes (tableau 3), soit un recul de 4 pour cent par rapport au volume estimatif de la campagne A de 1999 (1 104 000 tonnes). Les chutes de production les plus marquées ont concerné les légumineuses et les céréales, soit 16 pour cent et 13 pour cent respectivement.

Tableau 3 : Burundi - Estimation de la production vivrière pour la campagne A de 2000 par denrées (en milliers de tonnes)

Denrée   Campagne
1999 A 2000 A 2000 A/1999 A (%)
Céréales 85 74 -13
Légumineuses 75 63 -16
Racines et tubercules 480 465 -3
Bananes et plantains 464 459 -1
Total 1 104 1 061 -4

3.2 Production de la campagne B de 2000

3.2.1 Superficies ensemencées

La majeure partie des personnes qui ont quitté les camps de PDI au cours du premier trimestre de 2000 n'ont pas atteint leurs champs en temps utile pour les semis de la campagne B, et n'ont donc guère contribué à l'augmentation des emblavures. Dans les provinces du nord et du centre-est du pays, qui sont les plus productrices, les pluies ont commencé de façon précoce en décembre et en janvier, mais elles ont considérablement diminué en février, qui est la période normale de semis. Les précipitations ont repris un mois plus tard, pendant la deuxième quinzaine de mars. Bien que certains agriculteurs aient pu tirer parti des pluies précoces, de manière générale, le temps sec de février a entraîné une réduction des emblavures. Dans les autres régions, les pluies ont démarré de façon ponctuelle au mois de décembre. Une pénurie générale de semences, notamment pour les haricots et les pommes de terre, conséquence des mauvaises récoltes de la campagne A de 2000, a également contribué à limiter les surfaces ensemencées. Les organisations humanitaires ont aidé à livrer des semences de haricots (3 000 tonnes) ainsi que de petits outils (80 000 binettes) à 350 000 familles. La réduction des emblavures a été la plus marquée pour les haricots et le maïs. En revanche, on a enregistré une augmentation des surfaces ensemencées en sorgho de second cycle, dont les semis se font normalement en décembre. Les semis de racines et de tubercules ainsi que de bananes et de plantains n'ont pas subi de variations, sauf pour la pomme de terre irlandaise, affectée par les pénuries de semences.

3.2.2 Rendements

De manière générale, les pluies qui sont tombées en mars et en avril ont été nettement inférieures à la moyenne et se sont interrompues prématurément fin avril plutôt que courant mai. En conséquence, seules les cultures de céréales et de légumineuses plantées auparavant, en décembre/janvier, ont donné une production normale. Par contre, une portion importante des cultures ensemencées en mars n'est pas parvenue à maturité, et l'on a enregistré des chutes marquées de rendements. De plus, les volumes utilisés d'engrais et de semences améliorées (haricots et pommes de terre en particulier) ont été inférieurs à ceux de l'an dernier. Les conditions financières d'accès aux engrais sont, cette année, plus difficiles pour les agriculteurs. Ainsi, le phosphate diammoniacal se vendait durant la campagne à 410 FBU/kg, contre 310 FBU/kg l'an dernier.

Les rendements de légumineuses et de céréales ont décliné, cette année, par rapport à la campagne B de 1999; toutefois, ils se sont maintenus à un niveau analogue à celui de la même campagne de l'an dernier pour les racines et tubercules résistants ainsi que pour les bananes.

3.2.3 Production de la campagne B de 2000

Bien que le nombre de personnes peuplant les zones rurales de toutes les provinces ait été supérieur durant la campagne B de 2000 à celui de la campagne B de 1999, une partie non négligeable de cette population ne pouvait pas, en raison de l'insécurité, cultiver la terre dans des conditions normales. Ce phénomène, conjugué aux conditions météorologiques défavorables, a empêché l'obtention d'une production normale de céréales. La production céréalière, d'un volume de 152 000 tonnes, a décliné de 6 pour cent par rapport à celui de la campagne B de 1999, qui était déjà de 10 pour cent inférieur à celui de 1998. La production de légumineuses, établie à 126 000 tonnes, a été de 20 pour cent inférieure à celle de la campagne précédente, et de 31 pour cent en deçà de la moyenne. En revanche, la production de racines et de tubercules a augmenté de 4 pour cent, ce qui traduit l'affectation des terres à des cultures autres que céréalières suite à une succession de campagnes ayant souffert de conditions météorologiques incertaines, de même qu'une large distribution de plants de patate douce. La production de bananes et de plantains demeure à un niveau pratiquement identique à celui de la campagne B de 1999.

Tableau 4 - Burundi - Estimation de la production vivrière pour la campagne B de 2000 par denrées (en tonnes)

  Bubanza Buja Rural Bururi Cankuzo Cibitoke Gitega Karuzi Kayanza Kirundo Makamba Muramvya Muyinga Ngozi Rutana Ruyigi TOTAL
Maïs 1 475 577 252 23 2 224 1 508 1 391 2 109 5 210 151 1 229 3 415 4 127 67 29 23 786
Sorgho 416 536 2 080 7 034 1 797 5 287 2 503 3 674 9 213 1 083 4 575 7 868 4 431 5 213 5 270 60 980
Riz 20 858 9 629 4 150 452 4 190 420 900 356 2 780 2 206 0 531 3 465 1 013 727 51 678
Blé 0 1 068 1 433 0 0 129 0 1 249 0 82 1 861 0 10 264 0 6 097
Eleusine 0 0 613 1 562 0 1 513 641 0 0 81 938 455 573 1 722 1 368 9 465
Bananes 42 540 48 438 26 841 12 138 50 788 43 001 12 779 72 471 87 611 13 764 20 055 88 252 80 973 25 628 32 752 658 031
Haricots 2 242 2 053 3 576 4 227 2 987 17 456 10 235 12 191 13 738 1 729 13 168 12 354 1 530 2 224 6 091 105 801
Patate douce 856 3 979 14 669 4 839 2 241 95 832 32 976 53 192 39 344 2 308 69 564 25 256 75 166 3 633 2 697 426 551
Taro 5 045 3 563 1 285 532 2 104 2 581 1 431 0 2 032 518 2 505 1 299 2 114 1 099 620 26 727
Pois 98 399 2 911 395 305 5 056 1 527 3 124 1 073 322 1 208 1 175 2 106 294 615 20 606
Pomme de terre 0 2 800 153 83 64 37 69 245 0 70 2 794 0 268 74 117 6 773
Manioc 15 640 17 628 15 338 19 513 28 134 39 880 11 855 18 984 15 900 10 230 15 286 25 078 24 710 17 287 15 055 290 517
Igname 0 233 70 0 2 884 2 406 0 0 273 29 0 0 0 14 0 5 909
TOTAL 89 169 90 903 73 372 50 798 97 718 215 106 76 307 167 595 177 172 32 572 133 183 165 683 199 473 58 531 65 338 1 692 921


Tableau 5. Burundi - Estimation de la production de la campagne vivrière de 2000 B par denrées (milliers de tonnes)

Denrée   Campagne 2000 B/1999 B (%)   2000 B comme % de la moyenne 1995-1999  
Moyenne 1995-1999 1999 B 2000 B
Céréales 168 161 152 - 6 - 10
Légumineuses 183 157 126 - 20 - 31
Racines/Tubercules 726 759 757 - 0,3 4
Bananes 668 663 658 - 0,8 - 2
Total 1 745 1 740 1 693 - 3 - 3


3.2.4 Perspectives pour la campagne C de 2000

La production de la campagne C, qui s'étend de juillet à septembre, représente environ 17 pour cent de la production vivrière annuelle et fournit généralement les semences pour la campagne A suivante. Bien qu'il soit prématuré de se livrer à une estimation de la production de cette campagne, si les conditions agroclimatiques sont normales, la mission table sur une production normale pour la campagne C de 2000. Compte tenu du déclin de la production des campagnes A et B de légumineuses pour l'année 2000, il est à prévoir que les agriculteurs tendront à augmenter les semis de haricots pour la campagne C.

3.3 Production vivrière totale de 2000

La production vivrière totale de 2000 est estimée à titre provisoire à 3,47 millions de tonnes, soit à peine 1 pour cent de moins que l'année dernière; toutefois, ce volume est inférieur tant à la dernière moyenne quinquennale qu'à celle précédant la crise (1988-1993). Ce chiffre traduit une réduction des emblavures provoquée par les déplacements de populations, par les mauvaises conditions météorologiques durant les périodes de croissance et par les pénuries d'intrants -auxquelles s'ajoutent les difficultés d'accès d'ordre financier. Les légumineuses (en particulier les haricots) et les céréales ont décliné de 14 et 5 pour cent respectivement par rapport au niveau de 1999.

Tableau 6: Burundi - Production vivrière de 2000 par campagne et par denrée (milliers de tonnes)

Commodity   Production moyenne 1995-1999   Production 1999   Production 2000 2000 comme % de la moyenne 1995-1999   2000/ 1999(%)  
2000 A 2000 B 2000 C Total
Céréales 284 264 74 152 25 251 - 12 - 5
Légumineuses 311 260 63 126 36 224 - 28 - 14
Racines/Tubercules 1 427 1 479 465 757 259 1 481 4 0
Bananes 1 544 1 512 459 658 399 1 516 - 2 0
Total 3 566 3 515 1 061 1 693 718 3 472 - 3 - 1

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4. ANALYSE PAR RÉGION

4.1 Bubanza

Bien que les conditions de sécurité se soient améliorées depuis l'an dernier, on dénombre encore 117 440 personnes dans les camps de PDI, soit 39 pour cent de la population de la province.

Par suite de l'irrégularité des précipitations, la production de haricots de la campagne B de 2000 aurait, selon les estimations, subi un déclin de 20 pour cent par rapport au volume de la campagne B de 1999, tandis que la production de riz aurait baissé de 10 pour cent. La production des autres cultures est demeurée inchangée, ce qui donne un déclin total de 5 pour cent de la production vivrière pour la campagne en cours. Par ailleurs, le bétail fait l'objet de nombreux vols, et le nombre de petits ruminants reste limité par suite des épidémies, dont les causes n'ont pas encore été entièrement identifiées.

4.2 Bururi

La situation de sécurité s'est améliorée dans toutes les communes de la province; toutefois, près de 21 pour cent de la population séjournent encore dans les camps de PDI.

Grâce aux conditions météorologiques favorables et à l'expansion des emblavures, la production vivrière de la campagne B de 2000 sera légèrement supérieure à celle de la campagne B de 1999. Quant au secteur de l'élevage , la situation y est en voie d'amélioration, tant pour ce qui est du nombre des animaux que de leurs conditions sanitaires.

4.3 Cankuzo

La province se compose de deux zones agroécologiques distinctes: Moso et Buyogoma. La sécheresse qui a sévi pendant la campagne a principalement affecté les cultures de la zone de Moso, où la production agricole serait, d'après les estimations, inférieure de 50 pour cent à celle de la campagne B de l'an dernier.

La province, qui n'avait pas connu l'insécurité depuis les événements d'octobre 1993, a été récemment le théâtre de quelques mouvements de populations à la recherche de nourriture en direction de la Tanzanie.

4.4 Cibitoke

La restauration de la sécurité dans une bonne partie de la province, conjuguée à la distribution d'intrants agricoles par les agences humanitaires aux populations affectées, a contribué à l'augmentation de la production de la campagne B de 2000 de manioc (10 pour cent), de patate douce (3 pour cent), de banane (2 pour cent) et de riz (20 pour cent).

On a observé, au cours des dernières années, une amélioration générale de la situation nutritionnelle de la population grâce aux meilleures conditions de sécurité, à l'accès aux semences et à la fréquentation des centres de nutrition.

4.5 Gitega

Les conditions météorologiques ont été mauvaises pendant la campagne B de 2000, avec notamment une réduction de 50 pour cent du volume des pluies au début de la campagne relativement au niveau moyen du long terme (1961-1990). Seuls les semis précoces ont donné une production de haricots. Les engrais sont arrivés avec retard; de plus, leurs cours sont passés de 280 FBU à 410 FBU, et la plupart des agriculteurs n'ont pas pu en acheter en quantités suffisantes. On prévoit, dans l'ensemble, un déclin de 10 pour cent de la production de haricots pour la campagne B de 2000.

Selon les enquêtes nutritionnelles entreprises par les ONG (OXFAM et Save the Children Fund), le taux de malnutrition atteindrait 7 pour cent parmi les enfants, soit un niveau proche de celui précédant la crise politique. Les groupes vulnérables sont, de façon caractéristique, ceux qui n'ont pas accès aux terres ou dont les parcelles sont trop petites pour nourrir toute une famille.

4.6 Karuzi

La sécurité s'est améliorée progressivement depuis 1997, de sorte que la plupart des personnes déplacées ont réintégré leurs exploitations.

La production vivrière de campagne B de 2000 a été supérieure à celle de la campagne B de 1999, par suite de la meilleure répartition des précipitations. La province a non seulement atteint le niveau d'autonomie, mais elle exporte du manioc et du maïs vers celle de Muyinga, du riz et des haricots vers celle de Gitega, et du manioc vers celle de Ngozi. Après avoir été presque complètement perdu, le cheptel se reconstitue progressivement, avec l'assistance des ONG et de la FAO, qui fournissent des vaches, des moutons, des chèvres et des volailles.

Après une flambée des cours en 1999, les prix des denrées alimentaires sont à présent en déclin. Le régime de bananes, qui se vendait 1 500 à 2 000 FBU l'an dernier, coûte aujourd'hui en moyenne 700 FBU.

4.7 Kayanza

La sécurité est demeurée bonne tout au long des campagnes A et B de 2000, sauf dans les communes de Muruta, Matongo et Kabarora.

Les premiers semis de haricots effectués en janvier, qui représentent près de 70 pour cent de la surface ensemencée, ont donné de bonnes récoltes; toutefois, ceux de février ont été perdus dans leur quasi-totalité du fait de l'irrégularité des pluies.

Les cours des denrées alimentaires ont chuté par rapport à la campagne B de 1999. Ainsi, les haricots, dont le cours était de 320 FBU/kg pendant la campagne B de 1999, se vendent aujourd'hui 220 FBU/kg.

Le cheptel est en cours de reconstitution, notamment le bétail et les petits ruminants.

4.8 Kirundo

La situation sécuritaire, stabilisée dans toutes les communes de la province, a encouragé les personnes dispersées à réintégrer leurs exploitations. Cependant, les conditions météorologiques ont été mauvaises durant la période de croissance de la campagne B de 2000. Les pluies sont arrivées de façon précoce en décembre et en janvier, mais elles se sont pratiquement taries dès février, au moment de la période normale de semis. Les précipitations ont repris durant la deuxième quinzaine de mars mais elles se sont interrompues prématurément fin avril. Seuls les semis effectués en décembre/janvier ont donné des récoltes satisfaisantes. Les communes de Busoni et de Bugabera ont été le plus touchées par la sécheresse.

Les cours des denrées alimentaires sont en augmentation, par suite de la tension au niveau des approvisionnements, conjuguée à l'inflation généralisée dans le pays.

On estime qu'environ 350 000 personnes sont confrontées à de graves pénuries alimentaires par suite d'une succession de mauvaises récoltes. On signale déjà des mouvements de populations à la recherche de nourriture en direction d'autres régions.

4.9 Makamba

Les conditions de sécurité demeurent précaires dans les communes de Kayogoro, Kibago, Mabanda et Nyanza-Iac. Selon les estimations, la population hébergée dans les camps de PDI à la mi-juin de 2000 serait de 125 517 personnes, soit un tiers de la population totale.

La campagne B de 2000 a été marquée par des pénuries de semences de patates douces et de riz. Les pluies se sont arrêtées en avril, et seuls les semis précoces ont donné de bonnes récoltes. Dans l'ensemble, la production vivrière de la campagne B de 2000 devrait s'établir à un niveau de 5 pour cent inférieur à celui de la campagne B de 1999.

On signale des vols de bétail par des groupes de rebelles, notamment dans la communes de Kayogoro, Kibago et Mabanda.

La malnutrition est très répandue parmi les groupes vulnérables (femmes, enfants et groupes n'ayant pas accès aux terres). On observe une détérioration évidente des conditions de santé de la population affectée, avec une montée de la dysenterie et du typhus.

4.10 Muyinga

Les conditions de sécurité sont restées bonnes tout au long des campagnes A et B de 2000. Les populations déplacées hébergées dans les camps ont pu cultiver leurs propres champs et bénéficier d'une assistance des organismes humanitaires.

La campagne B de 2000 a commencé en février. Cependant, le mois de mars a été marqué par une période sèche de deux semaines conjuguée à une pénurie de semis de haricots, ce qui a entraîné une réduction des récoltes vivrières. Par ailleurs, les semis tardifs de mars/avril, qui représentent environ 30 pour cent de la surface ensemencée, ont complètement échoué.

À l'exception du riz, les cours des denrées alimentaires ont brutalement augmenté sur les marchés locaux. Au moment de la visite de la mission, les patates douces atteignaient 150 FBU/kg, contre 70 FBU/kg à la même époque de l'an dernier. Quant à la farine de manioc, son prix est actuellement de 350 FUB/kg, contre 240 FBU/kg en juin 1999.

On signale une aggravation des problèmes nutritionnels, notamment dans les communes de Gashogo, Muyinga, Mirwa et Cucuma.

4.11 Ngozi

Les bonnes conditions de sécurité qui ont prévalu pendant les campagnes A et B de 2000 ont permis aux agriculteurs de reprendre leurs activités.

Après les premières pluies de janvier, on a observé une période de sécheresse en février. Les pluies ont repris en mars et en avril, pour s'interrompre normalement au mois de mai. La production vivrière devrait s'établir à un niveau comparable à celui de la campagne B de 1999.

Les prix des denrées alimentaires ont connu un déclin avec l'arrivée de la nouvelle récolte. Ainsi, le cours des haricots et tombé de 470 FBU (1999 B) à 350 FBU (2000 B).

On assiste à un repeuplement au niveau du cheptel, grâce aux activités combinées des ONG et de la FAO en matière de reconstitution des troupeaux et d'amélioration de leurs conditions sanitaires.

La situation nutritionnelle de la population est stable, avec un taux de malnutrition qui s'établirait autour de 13 pour cent.

4.12 Ruyigi

La province de Ruyigi, proche de la frontière avec la Tanzanie, a connu des problèmes de sécurité tant durant la campagne A que durant la campagne B de 2000, notamment dans la région de Moso et dans les communes de Kinyinga, Nyabistinda et Gisuru. La moitié des ménages de ces communes ont été obligés de quitter leur exploitation et de trouver refuge dans d'autres communes, principalement Rutana et Cankuzo, ou en Tanzanie.

Les conditions climatiques ont été défavorables pour toutes les cultures de la région de Moso; cependant, à Buyogoma, les premiers semis de haricots, soit environ 70 pour cent de l'ensemble, ont donné une bonne production. En revanche, les semis effectués début mars ont été complètement perdus.

Par suite des vols perpétrés par des groupes de rebelles, on signale que les stocks alimentaires seraient faibles, parmi les agriculteurs comme chez les négociants.

Alors que le cheptel était en augmentation jusqu'en 1999, la province subit actuellement une hémorragie de bétail et de petits ruminants, vendus en Tanzanie voisine.

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5. SITUATION DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE ALIMENTAIRES

5.1 Prix et disponibilités des denrées alimentaires

Par suite d'une succession de récoltes inférieures à la normale, la situation générale des approvisionnements alimentaires est extrêmement tendue. Alors que la croissance démographique est ininterrompue, la production vivrière reste inférieure au niveau moyen de la période de 1988-1993 précédant le conflit civil. Le pays, qui était virtuellement autonome avant la crise, a atteint, en 2000, un niveau sans précédent de déficit alimentaire.

On trouvera, au tableau 7, l'évolution des prix pour les principales denrées offertes au marché central de Bujumbura. Les prix des denrées alimentaires ont considérablement augmenté au cours de l'année 1999 et, en janvier 2000, ils étaient nettement au-dessus du niveau de janvier 1999. Cette situation découle non seulement des récoltes amoindries, mais également de la demande élevée en provenance des pays voisins et des perturbations subies par le réseau de commercialisation du fait de l'augmentation du coût de l'essence et de l'insécurité générale.

En mai 2000, les prix s'étaient dans l'ensemble stabilisés aux niveaux élevés enregistrés au début de l'année, après avoir progressé bien plus que le taux d'inflation de 1999, à savoir 30 pour cent. Seuls les haricots ont augmenté moins que le taux d'inflation, par suite des volumes considérables importés de la Tanzanie voisine. En revanche, le prix du riz, pour lequel il n'existe pas de commerce informel, a connu une forte augmentation par suite du faible niveau des importations lié à la pénurie de devises étrangères. À noter que le prix de la patate douce, denrée volumineuse et au transport coûteux, avait fait l'objet d'une augmentation marquée au premier trimestre de 2000.

Tableau 7: Burundi -Prix d'une sélection de produits alimentaires sur le marché de Bujumbura (en FBU/kg)

  Janvier 1996 Janvier 1999 Janvier 2000 Mai 2000
Haricots 120 280 350 323
Maïs 80 162 254 280
Farine de manioc 150 268 500 425
Patates douces 90 150 300 400
Riz 180 360 770 588
Sorgho 150 150 250 288

En dépit du fait que l'on ne dispose pas de relevés sériels des prix au niveau provincial, la mission a noté, dès le mois de juin de 2000, une augmentation des prix des denrées alimentaires observable dans les provinces touchées par l'insécurité ou par la réduction des récoltes. Cependant, il faut souligner que les prix des denrées alimentaires varient considérablement d'une province à l'autre, par suite du manque d'intégration du marché, aggravé par l'insécurité persistante dans plusieurs régions du pays.

Il est prévu qu'un crédit accordé par la Banque mondiale pour l'achat de devises étrangères, d'un montant de 35 millions de dollars E.-U., facilitera les importations alimentaires et, parallèlement, renforcera la valeur du franc burundais, ce qui tendra à rendre moins attrayantes les exportations vers les pays voisins.

Compte tenu de l'ascension des prix, la majorité de la population n'a plus les moyens de s'acheter de la nourriture en quantité suffisante. Ce phénomène a aggravé la situation alimentaire, déjà précaire depuis 1994, par suite de l'effet conjugué de la crise politique et des mauvaises conditions météorologiques. Les catégories les plus vulnérables sont: i) les personnes encore hébergées dans les camps et n'ayant pas accès aux terres; ii) les agriculteurs à peine retournés dans leurs fermes et qui n'ont pas pu mettre leurs terres en culture pour la campagne B de 2000; iii) les personnes touchées par l'insécurité, en particulier dans les provinces de Bujumbura rural, Bubanza, Makamba et Bururi; iv) les personnes affectées par la mauvaise récolte de campagne B de 2000, notamment dans les provinces septentrionales; v) les catégories les plus défavorisées, par suite du manque de ressources (de terres principalement) et de la rareté de l'emploi. La situation nutritionnelle de ces catégories continue de susciter des inquiétudes.

5.2 Bilan de l'offre et de la demande de produits alimentaires (janvier-décembre 2000)

Le tableau 8 illustre la projection de l'offre et de la demande, pour l'année 2000, concernant les céréales, les légumineuses, les racines et les tubercules, ainsi que les bananes.

Les prévisions concernant la production vivrière globale en 2000 incorporent les estimations portant sur la première et sur la deuxième campagnes, ainsi qu'une prévision concernant la troisième campagne, d'importance mineure. La production vivrière globale pour 2000 est estimée à 251 000 tonnes de céréales, 224 000 tonnes de légumineuses, 1 481 000 tonnes de racines et tubercules, et 1 516 000 tonnes de bananes.

Par suite des mauvaises récoltes rentrées au cours des campagnes précédentes et de l'insécurité générale, on estime que les réserves du pays sont négligeables.

Les besoins alimentaires ont été évalués sur la base d'une population de 6 654 766 habitants à la mi-2000 et une consommation moyenne individuelle de 47 kg de céréales, 52 kg de légumineuses, 230 kg de racines et tubercules, et 264 kg de bananes et plantains. Les besoins en céréales et en légumineuses, calculés sur la base de la consommation estimée de la période 1994-1996, sont d'environ 6 pour cent inférieurs à la consommation précédant la crise.

Les estimations concernant les pertes d'après récolte, l'alimentation animale, les semences et les autres utilisations s'appuient sur les calculs effectués dans le cadre des projets de la FAO dans le pays. S'agissant des légumineuses et des céréales, leur pourcentage respectif est de 18 et 13 pour cent de la production totale. Pour ce qui est des racines et tubercules ainsi que des bananes, environ 10 pour cent de la production totale sont utilisés à des fins non alimentaires. Le déficit vivrier découlant du bilan de l'offre et de la demande se monte à 106 000 tonnes de céréales, 150 000 tonnes de légumineuses, 197 000 tonnes de racines et de tubercules et 392 000 tonnes de bananes et de plantains. Le déficit alimentaire sous forme de racines et de tubercules a été converti en céréales, étant donné que l'importation des racines et des tubercules est onéreuse, en raison de leur volume et du fait qu'elles sont périssables à l'état brut. Plus des deux tiers de la production de bananes sont transformés en bière de banane, si bien qu'il est difficile de les remplacer par des céréales dans le panier alimentaire des ménages. Cependant, le faible pourcentage de bananes consommées sous forme cuite ou en tant que fruits, avec une teneur plus élevée en calories, a été converti en équivalent céréalier. La mission, en entreprenant de convertir les déficits en racines, tubercules et bananes, ne tenait guère pour probable que les consommateurs les remplaceraient intégralement par des céréales, mais plutôt que d'autres denrées seraient utilisées pour compenser une partie du déficit. C'est pourquoi la mission n'a converti que 50 pour cent du déficit en équivalent céréalier.

Grâce au crédit en devises étrangères de 35 millions de dollars E.-U. accordé par la Banque mondiale, le secteur privé est déjà en mesure de se porter acquéreur, en adjudication, de 15 millions de dollars E.-U., ce qui devrait faciliter les importations alimentaires. En conséquence, les importations commerciales ont été estimées, après ajustement à la hausse, à 50 000 tonnes de céréales et 40 000 tonnes de légumineuses.

Compte tenu des importations de céréales, le total des besoins en aide alimentaire pour 2000 se monte à 56 000 tonnes d'équivalent céréalier et 110 000 tonnes de légumineuses. Par suite des contraintes d'ordre logistique et liées à la disponibilité de ressources, on prévoit que le PAM distribuera en 2000, aux catégories les plus vulnérables de la population, 35 000 tonnes de céréales et 11 000 tonnes de légumineuses, ce qui laisse un déficit non couvert de 21 000 tonnes de céréales et 99 000 tonnes de légumineuses, qui devront être procurées par le biais d'autres formes d'assistance alimentaire afin d'éviter une détérioration supplémentaire de la situation nutritionnelle de l'ensemble de la population. Par ailleurs, 58 000 tonnes (en équivalent céréalier) additionnelles devraient être nécessaires pour couvrir le déficit en racines et en tubercules ainsi qu'en bananes/plantains.

Tableau 8 : Burundi - Bilan de l'offre et de la demande de produits alimentaires pour 2000 (milliers de tonnes)

  Céréales Légumineuses Racines et tubercules Bananes et plantains
A. Disponibilité totale 251 224 1 481 1 516
Production 2000 251 224 1 481 1 516
- Campagne 2000 A 74 63 465 459
- Campagne 2000 B 152 126 757 658
- Campagne 2000 C 25 35 259 399
B. Utilisation totale 357 374 1 678 1 908
Utilisation alimentaire 313 346 1 530 1 756
Semences, alimentation animale et autres utilisations 44 28 148 152
C. Besoins/déficit d'importations 106 150 197 392
Importations commerciales 50 40    
Besoins d'aide alimentaire 56 110    
- Aide alimentaire d'urgence programmée 35 11    
Déficit non couvert (en équivalent céréales) 21 99 32 26

5.3 Aide alimentaire d'urgence

Au cours de l'année 1999, le PAM a livré près de 40 000 tonnes de denrées alimentaires à plus de 370 000 personnes. Ce volume, qui a été distribué dans le cadre de l'opération de secours et de redressement, a dépassé d'environ 30 pour cent le volume prévu, du fait des nouveaux besoins alimentaires d'urgence qui se sont manifestés après septembre 1999. Cette augmentation des besoins était liée au regroupement de 350 000 personnes dans la province du Bujumbura Rural en septembre, et à la détérioration concomitante de la sécurité alimentaire de près de 331 000 ménages touchés par la sécheresse (soit 1,9 million de personnes), les plus gravement affectés se trouvant dans les provinces de l'est et du nord-est de Kirundo, Muyinga et Cankuzo, ainsi que dans le Bujumbura Rural.

Actuellement, le PAM fournit une assistance alimentaire aux personnes déplacées incapables de subvenir à leurs besoins en nourriture, aux catégories mises en difficulté par la sécheresse ou par l'insécurité alimentaire, et enfin aux catégories vulnérables présentant des besoins particuliers - enfants non accompagnés, personnes âgées et handicapés. Par ailleurs, des distributions régulières sont organisées à l'intention des réfugiés des camps de Tanzanie, dans le cadre de l'opération de secours prolongée du PAM en faveur des réfugiés. Dans l'hypothèse de leur retour au Burundi, une redistribution sera effectuée, à partir du programme de la Tanzanie, au bénéfice du programme du Burundi, afin de couvrir une partie des besoins. Il convient toutefois de souligner que l'on observe déjà une pénurie au niveau de la filière de distribution alimentaire aux réfugiés de Tanzanie.

Une aide alimentaire est également fournie, sous forme d'assistance temporaire, afin de garantir la soudure immédiatement après le retour des personnes déplacées de l'intérieur et de l'extérieur, et ce jusqu'à la prochaine récolte. En conséquence, la durée de la période de distribution d'aide alimentaire sera déterminée par la proximité de la saison des semis et par la disponibilité de terres à ensemencer.

Les projets du PAM pour l'année 2000 prévoyaient la distribution d'un total de 77 000 tonnes à plus de 500 000 Burundais, soit près du double des niveaux d'intervention de 1999. Cependant, au cours de la période janvier-juin 2000, le PAM n'a pu livrer qu'environ 55 pour cent de l'aide alimentaire prévue, à savoir 21 102 tonnes effectivement livrées contre un volume prévu de 38 348 tonnes. Ce déficit est en grande partie attribuable au manque de ressources, aux difficultés d'accès liées à l'insécurité et à d'autres contraintes d'ordre logistique. Pour ce qui est du deuxième semestre, le PAM prévoit de venir en aide à environ 700 000 personnes. La durée de la période d'assistance varie en fonction de l'évaluation des besoins au cas par cas, et va de 15 jours à six mois. Dans l'ensemble, de janvier à décembre 2000, le nombre de personnes bénéficiant d'une aide alimentaire sera, en moyenne, d'environ 538 000 par mois (tableaux 9 et 10).

Tableau 9 : Burundi - Livraisons projetées du PAM pour 2000

Type de projet Nombre de bénéficiaires moyen mensuel Quantité d'aide alimentaire (tonnes)
Secours et redressement 552 656 50 776
Groupes vulnérables dans les centres d'aide sociale 21 126 2 216
Total 537 782 52 992

Tableau 10 : Burundi - Livraisons projetées du PAM pour 2000 par denrées

Denrée Tonnes
Céréales 34 845
Légumineuses 10 454
Huile 2 547
Sel 619
Mélange maïs-soja 4 217
Sucre 134
Lait écrémé en poudre 175
Total 52 992

5.4 Situation nutritionnelle

Afin d'obtenir un aperçu de la situation nutritionnelle, la mission s'est appuyée sur les organisations non gouvernementales opérant dans les différentes provinces. Nous proposons ici certains aspects de la situation nutritionnelle, tout en reconnaissant qu'il convient de procéder à une évaluation nutritionnelle globale et normalisée à l'échelle du pays.

L'augmentation des niveaux de malnutrition est associée à la croissance du nombre de ménages dirigés par des femmes et par des enfants. Par suite de la prolongation du conflit, qui a entraîné la mort ou le départ des hommes, la population du Burundi se compose aujourd'hui d'environ 60 pour cent de femmes et de 40 pour cent d'hommes. Dans la province de Kayanza, 25 pour cent des ménages étudiés par Action contre la faim - France (AFC-F) étaient dirigés par des femmes, et dans la province de Ruyigi, près de 8 pour cent des ménages sont dirigés par des femmes ou par des enfants. La législation en vigueur sur la propriété foncière interdit aux femmes d'être propriétaires, mais elle leur accorde un droit d'usufruit sur la terre dont sont titulaires les hommes de la famille. Par conséquent, l'absence d'hommes dans une famille a des répercussions directes sur l'accès de cette dernière à la terre et sur sa capacité de production et, partant, de consommation de denrées alimentaires.

Au Bujumbura Rural, les restrictions d'accès aux champs, la perte de récoltes due aux pillages, l'insuffisance de la filière d'approvisionnement, le faible taux de vaccination et les épidémies se sont conjugués pour aggraver le taux de malnutrition. L'interdiction de la pêche dans le lac Tanganyika, activité qui constituait une importante source de revenu pour environ 10 000 personnes, a encore aggravé la situation. La malnutrition progresse parmi les adultes des populations regroupées, car les centres de nutrition sont en grande partie saturés par des enfants et par des femmes en période d'allaitement, qui reçoivent une aide prioritaire.

De manière générale, alors que la situation nutritionnelle varie d'une province à l'autre à travers le pays, dans les provinces touchées par la sécheresse de Kirundo, Muyinga et Cankuzo, la malnutrition a progressé à partir d'octobre 1999 pour atteindre son niveau le plus aigu en avril 2000, soit avant la récolte de la campagne B. Dans la province de Muyinga, International Medical Crops a enregistré, parmi les femmes et les enfants, des taux de malnutrition de 16,4 pour cent, 20,4 pour cent et 29 pour cent en octobre 1999, janvier 2000 et avril 2000 respectivement, avant les améliorations de mai et juin. L'évolution de la malnutrition dans ces provinces pendant le reste de l'année dépendra en grande partie de la récolte de la campagne C de 2000, laquelle, on l'a déjà vu, donne lieu à des prévisions mitigées.

Dans les provinces fortement marquées par l'insécurité, certains ménages sont, de manière permanente, victimes d'actes de brigandage qui se produisent après la récolte, par exemple dans les provinces de Bubanza et Cibitoke (à la lisière de la forêt de Kibira) et certains secteurs des provinces de Kayanza et Rutana. Cette situation explique que les populations vendent leurs réserves alimentaires immédiatement après la récolte, afin d'échapper aux pillages. Étant donné que ces populations sont étroitement tributaires du fonctionnement des marchés, l'augmentation des prix, provoquée par l'insécurité ou par la sécheresse, de même que les perturbations de l'accès aux marchés, ont une incidence relativement marquée sur leur situation nutritionnelle.

5.5 Rapatriement et réinstallation

Dans l'hypothèse d'un mouvement spontané de retour des populations, ces dernières auront besoin d'un apport nutritionnel pendant leur déplacement. Le PAM distribuera alors, en fonction des besoins, une ration de base de biscuits à forte teneur énergétique afin de répondre aux besoins immédiats, en particulier ceux des personnes vulnérables telles que les malades, les enfants et les femmes enceintes.

S'agissant des réfugiés, le PAM leur distribuera, à leur arrivée dans leur commune, un premier ensemble de rations alimentaires couvrant leurs besoins en énergie pendant trois mois. Cet ensemble représente un panier standard se composant de 30 kg de céréales, 20 kg de légumineuses et 1 kg d'huile par personne. Dans les cas de rapatriements organisés, le même ensemble nutritionnel sera distribué dans les centres de transit, aux principaux points d'entrée.

L'assistance actuellement distribuée par le PAM aux PDI vulnérables se poursuivra, que ces personnes restent déplacées ou qu'elles fassent retour vers leurs collines d'origine; l'aide sera fonction des besoins alimentaires effectifs, tels qu'identifiés par les évaluations du PAM. Pour certaines PDI, notamment celles qui ont actuellement accès à leurs terres d'origine, il est peu probable que leur retour ait une incidence marquée au plan des activités agricoles comme de la sécurité alimentaire. C'est pourquoi le PAM ne fournira pas de manière systématique un ensemble de rations alimentaires à toutes les PDI réintégrant leur foyer. Leur admissibilité ainsi que leurs besoins de subsistance seront évalués au cas par cas.

Tableau 11 : Burundi - Aide alimentaire d'urgence en rations alimentaires de trois mois pour 350 000 personnes de retour dans leurs foyers

  Kg/personne Kcal/personne/jour Total en tonnes
Céréales 30 1 167 10 500
Légumineuses 20 800 7 000
Huile 1 98 350
Total 51 2 065 17 850

Même s'il est établi que la redistribution de denrées à partir du programme du PAM de la Tanzanie permettrait de couvrir une partie des besoins alimentaires immédiats, le PAM est d'avis que la seule façon d'assurer la fourniture d'ensembles nutritionnels aux réfugiés rentrant chez eux consiste à disposer d'un stock d'intervention situé dans la région. Les donateurs sont donc instamment invités à soutenir la constitution d'une réserve d'intervention, déjà intégrée à l'opération régionale prolongée du PAM en faveur des réfugiés, visant à prépositionner environ 20 000 tonnes en Ouganda et en Tanzanie. Cette mesure permettrait de garantir une réponse rapide et suffisante aux besoins alimentaires au cours des trois premiers mois suivant le retour des réfugiés dans leurs foyers.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'information le cas échéant.
Abdur Rashid
Chef, SMIAR, FAO
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Courrier électronique:giews1@fao.org
Mohamed Zejjari
Directeur régional, OSA, PAM
Télécopie: 0039-06-6513-2839
Courrier électronique:Mohamed.Zejjari@wfp.org
Les alertes spéciales et les rapports spéciaux peuvent aussi être reçus automatiquement par courrier électronique dès leur publication, en souscrivant à la liste de distribution du SMIAR. A cette fin, veuillez envoyer un courrier électronique à la liste électronique de la FAO à l'adresse suivante: mailserv@mailserv.fao.org sans remplir la rubrique sujet, avec le message ci-après:

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