SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

ALERTE SPÉCIALE

SITUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN ARMÉNIE

8 août 2000

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1. VUE D'ENSEMBLE

Le présent rapport rend compte des résultats d'une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires qui s'est rendue récemment dans le pays pour y rassembler des informations à jour sur les perspectives de la production vivrière en 2000, identifier les contraintes qui entravent l'accroissement de la production vivrière et évaluer la situation des disponibilités alimentaires. La mission a pu compter à tout moment sur le concours du gouvernement, de la Commission européenne et en particulier du Programme pour la sécurité alimentaire, de la Banque mondiale, du GTZ, de tous les organismes des Nations Unies opérant dans le pays ainsi que des organisations nationales d'agriculteurs. La mission a effectué des visites sur le terrain dans la vallée d'Ararat (Masis, Echmiadzin) ainsi qu'à Tallinn et Aparan dans le marz d'Aragatsotn, ce qui lui a permis d'observer les champs et de s'entretenir avec des agriculteurs travaillant dans des zones agro-climatiques très différentes allant de la vallée d'Ararat, fertile et irriguée, à proximité de Yérévan, la capitale, aux régions montagneuses plus froides du pays.

La production agricole en Arménie stagne. La production céréalière de 1999 est officiellement estimée à 301 000 tonnes, soit à peine plus qu'en 1991 alors même que les superficies ensemencées depuis lors ont augmenté de 11 pour cent. Bien qu'elle demeure plus élevée qu'en 1991, la superficie des terres semées de céréales s'est contractée depuis 1997 du fait de la faiblesse des rendements par hectare pour de nombreuses exploitations ainsi que de la concurrence exercée par les importations. De plus, des vergers, cultures fourragères et vignobles ont été remplacés par des cultures de céréales pendant les années 90, mais l'on assiste actuellement à un mouvement inverse, des vignobles et le tabac remplaçant maintenant le blé. Par suite de l'émigration et du sous-développement du marché immobilier, la superficie des cultures fourragères a considérablement augmenté.

Les rendements moyens des cultures céréalières et de la plupart des autres cultures (à l'exception des pommes de terre et des légumes) sont nettement moindres, même les meilleures années, qu'en 1991. Cet état de choses est dû à des contraintes physiques, financières et institutionnelles mais surtout à des difficultés de commercialisation, dont les effets conjugués sont de réduire les revenus que les exploitations peuvent tirer des récoltes ainsi que leurs fonds de roulement. La majeure partie des terrains agricoles ont été privatisés et sont aujourd'hui de petites exploitations dispersées, mais les services d'infrastructures offerts aux petits agriculteurs sont très réduits et ces derniers, comme le reste de la population, ont été appauvris par l'hyperinflation du début des années 90 et par des possibilités de gains extrêmement limitées.

Les problèmes de transport et d'accès aux marchés sont sans doute les principaux obstacles à une reprise de la production agricole. Le marché intérieur est de plus en plus exigu et l'accès aux marchés extérieurs demeure très difficile. L'infrastructure routière et ferroviaire et les mécanismes de commercialisation sont insuffisants, ce qui réduit la compétitivité des exportations. Or, privé de marchés d'exportation, le pays n'a pas de débouchés adéquats pour une large part de sa production agricole et ne peut pas non plus exploiter d'économies d'échelle dans le contexte des investissements dans les agro-industries, le secteur manufacturier ou la création d'emplois.

En 2000, la production céréalière a été favorisée par de bonnes conditions de croissance des cultures jusqu'au mois de juin mais a été affectée depuis lors par un temps qui est resté chaud et sec, et la récolte risque de ce fait d'être légèrement inférieure à l'objectif de 320 000 tonnes, particulièrement si les superficies ensemencées de céréales de printemps ont encore diminué. Néanmoins, selon les dernières prévisions de la production - 295 000 tonnes de céréales (non compris les légumineuses) - plus de 418 000 tonnes d'importations devraient permettre de couvrir les besoins nationaux en céréales, estimés à 713 000 tonnes, dont 400 000 tonnes pour la consommation humaine. Depuis la libéralisation du marché des céréales, la majeure partie des importations proviennent de sources commerciales. Les besoins d'aide alimentaire sous forme de céréales sont provisoirement estimés à 25 000 tonnes pour des programmes de distribution ciblés sur les populations vulnérables, tandis que le total des besoins d'aide alimentaire, y compris l'huile végétale et le sucre, est estimé à 40 000 tonnes de produits. L'incidence de la vulnérabilité alimentaire est en hausse par suite, principalement, des coupes sombres qui ont été opérées cette année dans le budget de l'État, qui se sont traduites par une réduction des prestations de sécurité sociale aux ménages vulnérables, ainsi que par de longs retards dans le versement des pensions et des salaires.

De vastes secteurs de la population sont confrontés à une sécurité alimentaire fragile par suite, surtout, de l'insuffisance de leur pouvoir d'achat. Après dix ans de chômage élevé et de salaires réduits pour la plupart et d'érosion constante des mesures de protection contre la misère, les conditions de vie sont précaires. Une proportion importante de la population, en milieu aussi bien urbain que rural, ne gagne pas assez pour acheter un assortiment alimentaire de base, et bien d'autres ménages sont exposés à des interruptions temporaires de revenus. Le ralentissement de l'expansion enregistré en 2000, joint aux arriérés de paiement des salaires et des indemnités, a suscité cette année un net regain d'intérêt pour le programme vivres-contre-travail du PAM.

Pour l'an 2000, le PAM a mis sur pied une intervention prolongée de secours et de redressement (IPSR 6120.01) ciblée sur 170 000 personnes. Cette opération comprend essentiellement deux volets, à savoir la distribution d'une ration supplémentaire aux groupes socialement vulnérables pour consommation au foyer et la distribution d'une ration alimentaire aux participants aux projets vivres-contre-travail, suffisante pour nourrir un ménage de quatre personnes en moyenne. Le volume total des produits alimentaires nécessaires pour permettre au PAM de mener à bien l'opération prévue pour l'an 2000 est estimé à 16 740 tonnes de farine de blé, 2 308 tonnes d'huile végétale et 420 tonnes de sucre. Les déficits sont actuellement de 1 851 tonnes de farine de blé, de 950 tonnes d'huile végétale et de 103 tonnes de sucre.

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2. ÉVOLUTION DE LA PRODUCTION VIVRIÈRE ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES

2.1 Contexte macro-économique et politique

Des réformes macro-économiques, des politiques budgétaires et monétaires de rigueur et une large gamme de réformes structurelles se sont traduites depuis 1994 par une croissance soutenue du PIB en termes réels. La croissance s'est ralentie en 1999 et a stagné cette année. En 1999, le PIB ne représentait encore que 40 pour cent environ de ce qu'il était en 1989. L'agriculture est le seul secteur où la production ait été plus élevée en 1999 (de quelque 39 pour cent) qu'en 1990. Toutes les autres branches d'activité font apparaître une contraction marquée. L'inflation a été modérée ces dernières années et le dram arménien est resté stable depuis 1997, à un niveau de l'ordre de 500 à 540 drams par dollar E.-U.

L'insuffisance des transports et de l'accès aux marchés demeurent les principaux obstacles au développement et à l'emploi. L'Arménie est un pays sans littoral, les liaisons routières et ferroviaires directes vers l'Azerbaïdjan et la Turquie demeurent fermées et le pays n'a qu'une seule liaison ferroviaire allant aux ports de Poti et de Batumi, en Géorgie, où les marchandises doivent être transbordées pour être expédiées vers les marchés d'exportation de la CEI et d'ailleurs. Il s'agit d'une opération coûteuse, longue et difficile à organiser, qui accroît le coût des importations et sape la compétitivité des exportations arméniennes. Le pays est tributaire pour la satisfaction de ses besoins d'importations de combustibles, d'articles semi-finis, de certains intrants agricoles et (actuellement) d'environ un tiers de ses approvisionnements alimentaires. Des goulets d'étranglement dans les approvisionnements en intrants nécessaires à la production industrielle et aux industries nationales de traitement des denrées alimentaires rendent encore plus difficile la programmation de la production et des exportations. Le marché intérieur, exigu, ne cesse de se contracter et le pouvoir d'achat est limité. Dépourvu de marchés d'exportation, le pays n'a pas de débouchés suffisants pour une large part de sa production agricole et ne peut pas exploiter d'économies d'échelle dans le cadre des investissements dans les agro-industries et l'industrie manufacturière qui sont indispensables pour stimuler l'emploi et accroître les revenus des ménages et les revenus agricoles.

La transition vers une économie de marché, la pénurie critique d'énergie, le tremblement de terre de 1988 et l'effondrement presque total du secteur industriel se sont traduits par un sous-emploi et un chômage généralisés qui persistent depuis dix ans. En 1999, le chômage déclaré touchait plus de 175 000 personnes (12 pour cent de la population active). En outre, le paiement des salaires est très en retard, particulièrement dans le secteur étatique. L'insuffisance des possibilités d'emploi a suscité un mouvement d'émigration saisonnière ou totale, particulièrement d'hommes en pleine force de l'âge partis à l'étranger à la recherche d'un travail et d'un salaire, dont une partie est envoyée aux familles restées en Arménie. Par suite de l'émigration, de la baisse du taux de natalité et de l'augmentation du taux de mortalité, la population résidente est bien inférieure au chiffre officiel de 3,8 millions d'habitants, fondé sur une extrapolation des données recueillies lors du recensement de population de 1989. Les estimations de la population résidente varient, certaines étant de 3 millions d'habitants, mais d'autres ne dépassant pas 1,7 million. La réglementation de l'immigration en Russie de ressortissants de pays du Caucase a apparemment eu un impact moins marqué sur l'Arménie que sur les pays voisins et les estimations des rapatriements de fonds sont revues à la hausse. Les fonds expédiés de l'étranger constituent un complément important des revenus et indemnités gagnés dans le pays mais sont difficiles à évaluer.

La privatisation est bien avancée. À la mi-1999, plus de 85 pour cent des petites entreprises et 75 pour cent des moyennes et grandes entreprises avaient été privatisées, bien que, souvent, sans susciter les apports d'investissements étrangers indispensables pour moderniser les installations et les technologies et créer des emplois rémunérateurs. En 1998, le secteur privé était à l'origine de 75 pour cent environ du PIB et de quelque 60 pour cent de l'emploi. Plus de 98 pour cent de la production agricole est imputable aux entreprises privées, et leur contribution à l'activité dans les autres secteurs est moindre. Le cadre juridique à l'intérieur duquel opère le secteur privé a été nettement amélioré ces dernières années mais demeure incomplet. En fait, le climat institutionnel est encore loin d'être propice aux investissements et aux entreprises privées.

2.2 Situation de l'agriculture

L'agriculture, qui est à l'origine d'un tiers environ du PIB, représente 42 pour cent de l'emploi. Les récoltes, qui sont vulnérables au mauvais temps (précipitations et grêle) et varient beaucoup d'une année sur l'autre, représentent approximativement 60 pour cent de la production agricole et l'élevage quelque 40 pour cent.

La privatisation des terres, lancée en 1991, est le facteur qui a le plus directement contribué à la sécurité alimentaire des ménages pendant la période critique qui s'est écoulée entre 1991 et 1995. Les exploitations familiales cultivent ou utilisent la majeure partie des terres disponibles, qui sont soit des terrains privés, soit des terres domaniales louées. Quelque 320 000 agriculteurs ont reçu de petites exploitations - constituées de lopins dispersés - couvrant en moyenne une superficie de 1,4 à 1,7 hectare de terre arable. Dans la pratique, étant donné l'émigration et la possibilité de louer des terres domaniales, certains agriculteurs exploitent des terrains beaucoup plus vastes. Il s'est produit un mouvement de remembrement officieux, mais les terres louées sont utilisées surtout pour le pacage. Légalement, les terres peuvent être vendues, hypothéquées, louées et sous-louées mais les transactions faisant intervenir des terres inscrites au registre officiel sont rares. Le marché de l'immobilier est sérieusement limité par la valeur cadastrale considérable de la terre - qui dépasse beaucoup les prix actuellement pratiqués sur le marché et est fixée par les pouvoirs publics - ainsi que par la nécessité d'acquitter lors de l'enregistrement des transactions des droits en espèces substantiels fondés sur la valeur cadastrale de la terre.

Les agriculteurs sont libres de déterminer les cultures qu'ils souhaitent planter et l'endroit où ils souhaitent les vendre. Leurs options sont néanmoins limitées par nombre de contraintes matérielles, financières et institutionnelles et surtout de difficultés de commercialisation, mais la nécessité d'assurer la survie des ménages a accru l'ingéniosité des exploitants, qui sont loin d'être seulement des agriculteurs de subsistance.

2.3 Contraintes

Les facteurs ci-après continueront sans doute d'affecter pendant un certain temps encore la production agricole et la production vivrière en particulier:

2.3.1 Contraintes matérielles

La superficie des terres arables est limitée. L'Arménie est un pays montagneux dont 28 pour cent des terres seulement sont à une altitude inférieure à 1 500 mètres. La topographie et le climat, la fertilité des sols et l'accès à l'eau d'irrigation affectent beaucoup les rendements. Comme 20 pour cent seulement des terres se prêtent aux cultures (autres que le pacage), les exploitations sont petites et 60 pour cent environ des terres cultivées sont semées de céréales, les programmes de rotation des cultures ne sont pas respectés, même dans les vallées fertiles. En outre, le rendement potentiel des terres est réduit par l'insuffisance des quantités d'engrais utilisées depuis plus de dix ans, le manque de drainage adéquat dans les vallées (30 000 hectares sont salins), l'érosion des sols (beaucoup d'arbres ont été abattus en 1993-1994 pour pallier aux pénuries d'énergie par l'utilisation de bois de feu), la dégradation des pâturages et la pollution.

Les précipitations pendant la période allant de mai à août, qui revêtent une importance capitale pour les cultures, sont insuffisantes et une irrigation est indispensable au développement des récoltes. Or, seuls 220 000 des 284 000 hectares de terres irriguées le sont efficacement aujourd'hui et les systèmes demeurent mal entretenus. Des droits d'eau sont perçus mais les taux de recouvrement sont médiocres. Les droits d'eau demeurent subventionnés en partie par les pouvoirs publics. Toutefois, l'on continue d'investir beaucoup dans la mise en place, la reconstruction et le développement d'un système d'irrigation viable, notamment par le biais d'associations d'usagers des eaux afin de garantir le recouvrement des coûts.

2.3.2 Contraintes financières

La majeure partie des terres agricoles ont été privatisées mais les services d'appui aux petits exploitants sont limités. Les agriculteurs, comme le reste de la population, ont été appauvris par l'inflation galopante du début des années 90 et des possibilités de gains limitées. Pour nombre de petits agriculteurs, l'accès aux établissements formels de crédit reste difficile, non pas parce que les crédits soient rares, mais parce que les garanties qu'ils peuvent offrir et les possibilités durables d'octroi de prêts sont limitées.1 De ce fait, il est difficile pour les agriculteurs de se procurer des intrants de qualité ou des machines. Néanmoins, plusieurs programmes de crédit sont en cours et, en 1997, la moitié environ des cultivateurs ont réussi à obtenir quelques crédits de la famille ou d'amis. Dès 1998, près de 60 pour cent des exploitants pouvaient irriguer la moitié environ de leurs terres, 70 pour cent d'entre eux ont acheté du combustible, et la moitié environ des engrais, mais, le plus souvent, seulement des engrais azotés. Un herbicide est maintenant fabriqué dans le pays.

2.3.3 Contraintes institutionnelles

Les contraintes susmentionnées sont encore aggravées par les carences des institutions. Les pouvoirs publics ont élaboré des stratégies visant à créer un environnement propice à l'agriculture et ont promulgué un grand nombre de lois mais, ces dernières années, les progrès ont stagné dans des domaines clés par suite de perturbations politiques et de l'inaction des milieux dirigeants. En outre, les lois promulguées ne pourront être mises en oeuvre efficacement que si toute une série de réformes subsidiaires sont introduites dans l'appareil gouvernemental, par exemple l'organisation d'une formation, le versement régulier de salaires adéquats dans la fonction publique, des mécanismes de contrôle systématiques et transparents ainsi qu'une attitude de nature à encourager davantage l'entreprise privée. Le commerce d'importation et d'exportation est contrôlé mais le recouvrement des impôts (et en particulier de la TVA) reste problématique.

2.3.4 Difficultés de commercialisation

Les difficultés de commercialisation sont peut-être le principal obstacle à l'élévation des revenus agricoles et celui que les exploitants ont le plus de peine à surmonter. Les contraintes géopolitiques (en attendant le règlement de la question du Haut Karabakh) et la certitude qui entoure les dates d'arrivée et de transbordement des marchandises à Poti rendent l'exportation de produits frais virtuellement impossible, si ce n'est par avion, et l'exportation des produits traités onéreuse. En dépit des progrès réalisés au cours des quelques dernières années en ce qui concerne le relèvement des agro-industries,2 un grand nombre d'entreprises de traitement de produits alimentaires et agricoles (y compris quelques grandes meuneries) sont oisives ou ne travaillent qu'à une très faible capacité, ce qui réduit la compétitivité de leur production. La majeure partie de la population n'a qu'un pouvoir d'achat très limité et l'autoconsommation et le troc représentent probablement jusqu'aux deux tiers de la consommation de l'ensemble des produits agricoles. Il n'existe pas d'infrastructures de commercialisation et de transport appropriées pour les petits exploitants. Le réseau routier est en mauvais état et les transports sont chers. De ce fait, il y a des excédents saisonniers de produits périssables (par exemple de pommes de terre) tandis que des pénuries persistent ailleurs. Le ratio utilisé pour le troc de pommes de terre contre du blé varie de 1:1 à 3:1. De plus, il n'existe aucun système d'information sur les marchés, de sorte que nombre des exploitants d'une même région tendent à produire les mêmes récoltes si elles ont été rentables par le passé, ce qui entraîne des excédents.

Toutefois, les agriculteurs sont ingénieux. Bien que la vente de l'excédent de production non nécessaire à la consommation du ménage soit à la fois difficile et chère, la Banque mondiale a constaté lors d'une enquête réalisée en 1998 que 80 pour cent des exploitants déclaraient vendre une partie de leur production. En moyenne, les exploitations vendaient à peu près les trois quarts de leur production de boeuf, de porc et de melon, de 60 à 70 pour cent de leur production de fruits, de raisins et de légumes, à peu près un tiers de leur production de pommes de terre et un cinquième de leur production de céréales et de lait.3 En 1998, le traitement de denrées alimentaires n'a représenté que 16,5 pour cent de la production industrielle, mais ce chiffre a augmenté depuis lors.

La rapidité avec laquelle les exploitations se remettent des chocs produits par la transition varie de l'une à l'autre, selon leur dotation en ressources, leur proximité de marchés solvables et leur gestion. Dans les régions montagneuses, reculées ou peu sûres, le choix limité de récoltes et de marchés et la nécessité de garantir la sécurité alimentaire des ménages enferment souvent les agriculteurs dans un cycle de réduction des intrants et de diminution concomitante de la production. Ainsi, dans le marz de Syunik, quelques cultivateurs obtiennent des rendements de 750 kg de blé par hectare et doivent utiliser de 250 à 300 kg de semences par hectare. Les régions montagneuses les plus froides ne se prêtent qu'à une gamme limitée de cultures comme les cultures pluviales de blé, de pommes de terre et de légumes résistant au gel ainsi qu'aux cultures fourragères ou à l'élevage. La production de blé, même si les rendements sont peu élevés et incertains, est importante pour la sécurité alimentaire des ménages dont l'environnement est caractérisé par le manque d'argent liquide. Dans les vallées plus fertiles, une gamme de choix plus large s'offre aux agriculteurs, à condition toutefois que le système d'irrigation fonctionne. Une fois que les besoins alimentaires du ménage sont satisfaits, leur choix est dicté surtout par les prix qu'ils espèrent pouvoir tirer de leurs récoltes sur les marchés. Étant donné la situation actuelle des marchés, la production céréalière garantit un revenu modeste par hectare, et les céréales peuvent plus facilement être utilisées et stockées. Certaines indications portent néanmoins à penser que la tendance au remplacement de cultures plus intensives de fruits et de légumes par le blé a pris fin, si tant est qu'elle n'a pas été inversée. De nouveaux vignobles sont actuellement plantés et la superficie des cultures de tabac est en hausse grâce aux investissements étrangers opérés dans ces types de culture.

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3. PRODUCTION VIVRIÈRE ET CONSOMMATION ALIMENTAIRE, 1999 ET 2000

Il est difficile de dire quelles seront les incidences quantitatives que les facteurs susmentionnés auront sur les superficies plantées, les rendements et la production de cultures vivrières. L'un des principaux problèmes que pose l'analyse de l'évolution de la production agricole et vivrière tient à l'absence de données reflétant la complexité des mouvements en cours. Du fait de contraintes budgétaires, les crédits et l'appui institutionnel pour la collecte de données sont insuffisants. En outre, il existe une répugnance traditionnelle à indiquer des données exactes aux autorités et rien ne garantit le caractère confidentiel des informations fournies. Les données officielles sont actuellement fondées sur les rapports des associations d'agriculteurs et sur une enquête réalisée auprès de 7 000 petits exploitants, mais les rendements effectifs ne sont pas mesurés. Certaines données risquent d'induire en erreur en raison du chevauchement entre le secteur privé et le secteur étatique. Par exemple, 100 000 hectares de terres agricoles sont officiellement inexploités, mais il est probable que ces terres ne sont sans doute pas toutes oisives et sont très certainement sous-louées comme terres de pacage. Même si les statistiques officielles ne reflètent pas la réalité de la situation, elles sont la seule source pouvant être utilisée pour établir des estimations nationales. Une enquête détaillée sur les ménages doit être réalisée cette année.

3.1 Production vivrière

Comme le montre le tableau ci-dessous, il ressort des données officielles que la superficie totale des terres ensemencées n'a cessé de se contracter jusqu'en 1998. Cette contraction a touché surtout les cultures fourragères et les cultures commerciales exigeant un traitement, en particulier les fruits et le raisin. Par suite du blocus, la superficie totale des cultures céréalières a augmenté régulièrement jusqu'en 1997 en raison, essentiellement, de l'accroissement des superficies emblavées. Cette augmentation a probablement été plus prononcée que celle que reflètent les données officielles car, bien que cela ait été illégal au début des années 90, des vignobles et des vergers ont néanmoins été déracinés. Au niveau des exploitations, ces tendances se sont probablement inversées depuis qu'il a commencé à apparaître un début de marché pour les raisins de qualité et le tabac et, de plus en plus, pour les produits nationaux de l'élevage. Depuis la privatisation des circuits d'importation et de distribution, les importations de blé ont également un impact sur la concurrence lorsque les cours sont peu élevés sur les marchés internationaux ou régionaux, mais officiellement, le pourcentage de la récolte nationale de blé vendue aux grandes meuneries est réduit (40 000 à 45 000 tonnes). (En 1998/99, les superficies emblavées se sont également contractées par suite du temps sec qui a prévalu pendant l'automne). Les superficies utilisées pour les cultures fourragères sont à nouveau en hausse (et sont peut-être plus élevées que les statistiques ne le donnent à penser) du fait de l'allocation de terres et de la fermeté de la demande des produits nationaux de l'élevage.

3.2 Les perpectives de l'an 2000

Pour l'an 2000, les perspectives de la production agricole en général et de la production céréalière en particulier demeurent incertaines. Les conditions météorologiques ont été favorables aux cultures jusqu'en mai, mais le temps chaud et sec qui prévaut depuis début juin auront certainement pour effet de réduire les rendements. La neige a protégé les cultures du gel et a reconstitué l'humidité des sols et les réserves d'eau d'irrigation après la sécheresse relative de l'an dernier. Cette année, les dommages causés par la grêle ont été très limités et la récolte de fruits sera probablement bonne. Toutefois, les cultures plantées au printemps (pommes de terre, légumes, céréales de printemps, cultures fourragères) et les cultures d'hiver à récolte tardive qui ne sont pas suffisamment irriguées sont exposées. Selon les premières indications disponibles, de 55 à 60 pour cent des cultures dans les régions montagneuses des marz de Geghrakounik, d'Aragatsotn, de Taush et de Shirak, qui sont tributaires des précipitations naturelles, pourraient être affectées dans une certaine mesure. Le rendement des cultures de pommes de terre pourrait être affecté aussi. Dans la vallée d'Ararat, les cultures irriguées ne le sont pas autant.

Officiellement, la superficie des terres ensemencées de céréales d'hiver à l'automne 1999 et devant être récoltées en l'an 2000 est estimée à 100 000 hectares. Toutefois, l'on ne sait toujours pas si l'objectif fixé en ce qui concerne la superficie totale des terres devant être ensemencées de céréales à récolter cette année - 190 000 hectares - a été atteint. Comme les données officielles concernant les semis de céréales de printemps ont eu tendance à baisser, les prix des combustibles ont été élevés et la rentabilité de l'orge inférieure à celle du blé, cette estimation pèche peut-être par excès d'optimisme. Étant donné le temps chaud et sec qui a caractérisé la fin de la saison végétative, il se peut que les rendements des récoltes ne soient pas plus élevés que l'an dernier et que l'objectif visé, à savoir 320 000 tonnes, ne soit pas atteint.

Tableau 1: Arménie - Tendances de la production agricole (superficies en milliers d'hectares et production en milliers de tonnes)

  1991 1996 1997 1998 1999 2000/011/
Superficie totale des semis 417 347 335 324 328 370
Superficie des cultures fourragères 213 105 80 69 94 122
TOTAL POUR LES CÉRÉALES            
Superficie 153 184 199 199 176 170
Rendement (kg/ha) 1 954 1 734 1 296 1 638 1 710 1 882
Production 299 319 258 326 301 300
BLÉ            
Superficie 80 93 113 124 112 107
Rendement (kg/ha) 2 138 2 108 1 584 1 927 1 911 1 963
Production 171 196 179 239 214 210
ORGE            
Superficie 65 77 74 64 51 50
Rendement (kg/ha) 1 785 1 325 797 1 109 1 275 1 300
Production 116 102 59 71 65 65
POMMES DE TERRE            
Superficie 23 33 33 33 32 32
Rendement (kg/ha) 11 957 12 818 10 909 13 333 12 938 12 500
Production 275 423 360 440 414 400
LÉGUMES            
Superficie 22 21 20 19 21 20
Rendement (kg/ha) 20 136 21 190 18 450 20 789 21 381 20 000
Production 443 445 369 395 449 400
FRUITS            
Superficie 46 n.d. 24.9 21.6 22.5 n.d.
Rendement (kg/ha) 4 717 n.d. 4 378 5 880 3916 n.d.
Production 217 n.d. 109 127 88.1 n.d.
RAISIN            
Superficie 27 n.d. 17.8 15.7 15.7 n.d.
Rendement (kg/ha) 7 815 n.d. 6 067 6 752 7 325 n.d.
Production 211 n.d. 108 106 115 n.d.
PRODUITS DE L'ÉLEVAGE            
Viande (sur pied, en milliers de tonnes) 133 83 84 86 86 86
Lait (en milliers de litres) 412 431 435 457 466 480
Oeufs (en millions) 482 192 191 219 326 350

1/ Prévisions de la FAO. n.d. = Non disponible.
Source: Bureau national de statistique de l'Arménie et prévisions de la FAO.

Ces dernières années (1998 et 1999), le rendement moyen de la plupart des récoltes officiellement déclarées est inférieur à ce qu'il était en 1991, ce qui reflète la situation difficile dans laquelle se trouvent de nombreux exploitants, la diminution progressive de la fertilité des sols ainsi que les pertes accrues causées par la grêle et le gel. Ainsi, en 1999, les récoltes ont été affectées par des précipitations inférieures à la normale, le gel et la grêle, le temps en 1998 a été favorable à l'agriculture. Toutefois, des incertitudes considérables et de profondes divergences de vues subsistent quant à la fiabilité des données officielles touchant les superficies et les rendements et par conséquent la production. Selon certaines sources bien informées, comme le projet d'irrigation de la Banque mondiale, les rendements moyens sont sous-estimés et sont sans doute de 5 tonnes par hectare pour le blé dans la vallée d'Ararat et de 2,7 à 3 tonnes par hectare en moyenne dans l'ensemble du pays. La mission n'a pas trouvé d'indication qui confirmerait des chiffres aussi élevés. Dans la vallée d'Ararat, l'on a constaté que le rendement des champs de semences de blé, où des engrais azotés et des herbicides n'étaient appliqués qu'une fois, ou deux tout au plus, était de 2 à 3,5 tonnes par hectare. Dans d'autres régions, les agriculteurs ont signalé des rendements moyens de 1,3 à 2 tonnes par hectare. En outre, la mission a constaté que les poids cités par les agriculteurs sont les poids récoltés, qui peuvent être jusqu'à 20 pour cent plus élevés que celui du blé nettoyé et séché. Ce doute ne pourra être dissipé qu'au moyen d'une enquête auprès d'un échantillon représentatif. Une enquête partielle sur les rendements des récoltes dans le marz de Syunik confirme apparemment à la fois que les rendements des cultures de céréales et de pommes de terre sont sous-estimés et que ceux des autres récoltes sont au contraire surestimés.

Tableau 2: Marz de Syunik: Comparaison des rendements reflétés dans l'enquête STZ et les données officielles (kg/hectare)

    Céréales Blé Orge Pommes de terre Raisins
Hiver Printemps
Goris 1 302       15 660  
Sissian   1 781 1 850 1 334 27 389  
Kapan 1 173          
Marz de Syunik 1 500       21 720 6 510
Chiffres officiels de 1998 1 020 1 130 720 780 12 680 2 880
Chiffres officiels de 1999 800 790 1 690 800 14 360 7 470

En 1999, les récoltes ont été affectées par l'insuffisance des chutes de neige, le gel et des chutes intempestives de grêle, mais les estimations officielles de la récolte de céréales ne sont guère moindres que les années précédentes. Les vergers ont été affectés aussi par la grêle mais le rendement des cultures de raisin et de légumes a été plus élevé en 1999 qu'en 1998.

Selon les données officielles, le cheptel demeure nettement inférieur à ce qu'il était en 1991, sauf pour ce qui est des vaches laitières. Les investissements opérés dans une entreprise d'élevage intensif de volaille se sont traduits par une augmentation marquée de la production de volaille (et surtout d'oeufs) en 1999. La production de lait a continué d'augmenter, tandis que celle de viande est apparemment restée stable en 1999, à un niveau représentant les deux tiers environ de ce qu'elle était en 1991, mais la productivité des élevages de cochons a augmenté. Sur les marchés de Yérévan, la disponibilité de porc, de boeuf, d'oeufs et de produits laitiers pasteurisés d'origine locale s'est nettement améliorée depuis la dernière visite de la mission, en 1996.

3.3 Consommation alimentaire

Les incertitudes qui entourent le niveau actuel de la production et les effectifs de la population résidente affectent directement la fiabilité des estimations de la consommation. Les aliments de grande consommation sont les céréales et les pommes de terre, complétées par les fruits, les légumes et les noix en saison (qui sont séchées ou mis en conserve) en vue des mois d'hiver. Le fromage est une importante source de protéines et le porc est la viande de prédilection. Dans les régions montagneuses, les pommes de terre sont souvent moins chères que le blé (puisqu'elles doivent pour une large part être importées) et sont par conséquent la base du régime alimentaire. Les exploitations familiales étant généralement polyvalentes, les ménages ruraux qui ont accès à la terre peuvent souvent se nourrir plus facilement que les citadins, et en particulier les pauvres. En 1998, par exemple, l'autoconsommation dans les exploitations familiales variait entre 90 pour cent environ pour la volaille, 80 pour cent pour le lait et les oeufs, 60 pour cent pour les céréales, de 30 à 40 pour cent pour les fruits et légumes, un tiers à peu près pour les pommes de terre et un cinquième de la production de boeuf et de porc. La production vivrière nationale est complétée par les importations, en particulier de produits traités (dont le sucre), de céréales, de produits de l'élevage, d'huiles et de graisses. Les importations de boeuf, de porc et d'oeufs ont baissé nettement ces dernières années.

3.4 Consommation de céréales

Les importations annuelles de céréales sont la seule statistique ferme disponible à partir de laquelle l'on puisse établir un bilan céréalier. Elles sont enregistrées à la frontière et ont représenté en moyenne quelque 370 000 tonnes par an, la farine était convertie en équivalent blé, depuis 1994/95. Le blé et la farine en représentent la majeure partie (quelque 350 000 tonnes). Les importations ont beaucoup augmenté en 1997/98 mais ont baissé l'année suivante. Depuis l'imposition sur la farine d'une TVA autour de 20 pour cent, la proportion représentée par le blé dans les importations s'est accrue. Les circuits de commercialisation et de distribution privatisés du blé et du pain, bien que peu transparents, fonctionnent et il n'y a pas de pénuries. Depuis la campagne de commercialisation 1998/99, la majeure partie des importations ont une origine commerciale. Les livraisons d'aide alimentaire sous forme de céréales ont diminué progressivement, tombant de 440 000 tonnes en 1994/95 à 15 000 tonnes en 1999/2000. Les dernières importations de blé en vrac destiné à être monétisé en vue d'une aide budgétaire ont été reçues en 1998 et vendues aux enchères en 1999. Cependant, l'aide alimentaire demeure nécessaire pour faire face aux besoins humanitaires. Pendant l'hiver 1999-2000, la situation socio-économique des groupes les plus vulnérables s'étant dégradée, l'on a enregistré un net regain d'intérêt pour les programmes vivres-contre-travail du PAM.

Pendant l'année de commercialisation 2000/01 (juillet/juin), les importations commerciales de céréales devraient, cette année encore, couvrir intégralement la demande effective et elles sont provisoirement estimées à 418 000 tonnes, soit un chiffre proche de l'estimation des importations en 1999/2000, y compris 25 000 tonnes d'aide alimentaire, principalement sous forme de blé destiné à des distributions ciblées. Étant donné les marges d'erreur que comportent les données relatives à la population et à la production, les estimations de la demande sont provisoires. Sur la base d'une population résidente de 2,5 millions d'habitants et d'une consommation céréalière estimée à près de 160 kg par an et par habitant, la consommation globale de céréales pour l'alimentation est estimée à 400 000 tonnes. Les quantités destinées à d'autres utilisations sont estimées à 117 000 tonnes, y compris 50 000 tonnes pour les semences (les ratios d'ensemencement sont élevés, avec 250 à 300 kg par hectare) et des pertes d'approximativement 5 pour cent. L'utilisation de céréales pour la distillation a beaucoup augmenté ces dernières années. La productivité de l'élevage, en particulier de cochons et de volaille, est en hausse, ce qui porte à penser que non seulement les terres de pacage, les cultures fourragères, la paille et le son, mais aussi l'utilisation de céréales pour l'alimentation des animaux, sont en augmentation. Les quantités de céréales destinées à l'alimentation des animaux sont provisoirement estimées à 196 000 tonnes. Toutes ces estimations doivent cependant être considérées avec beaucoup de prudence.

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4. SITUATION DES DISPONIBILITÉS alimentaires ET DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

4.1 Disponibilités alimentaires

Il y a sur le marché plus d'aliments que ce que les populations ont les moyens d'acheter. Pendant son séjour, la mission a constaté que, sur les marchés qu'elle a visités, en ville comme dans les campagnes, les affaires étaient lentes. Les marchés urbains, en particulier à Yérévan, sont bien approvisionnés en produits frais et traités aussi bien nationaux qu'importés. L'on y trouve de la viande et de la volaille congelées d'importation (moins chères que celles d'origine nationale) mais il y a une nette différence de qualité avec les produits locaux, que préfère une clientèle qui a les moyens de se la payer. Les marchés urbains sont moins inondés de viande, de produits traités, de blé et de farine importés que dans les pays voisins. Toutefois, les gros fabricants nationaux de saucisses et de farine tendent à préférer les aliments importés en vrac, qui sont moins chers, de qualité plus suivie et mieux adaptés à un traitement industriel. Les marchés urbains sont visiblement mieux achalandés que les marchés ruraux et offrent une plus large gamme de produits, ce qui est également dû à la tendance qu'ont les agriculteurs de consommer leur propre production et de se livrer au troc. Il existe en outre de forts excédents saisonniers de produits nationaux en même temps que des pénuries localisées.

4.2 Sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire dépend principalement de la jouissance effective (c'est-à-dire de la culture) de la terre ainsi que de l'existence de moyens économiques, qui proviennent de gains, de transferts sociaux, d'économies ou d'envois de fonds de l'étranger. Les populations rurales et urbaines ayant l'accès à la terre sont souvent mieux à même de satisfaire leurs besoins alimentaires mais le régime peut devenir monotone et être peu équilibré, et notamment manquer de micronutriments. Aussi bien la qualité de la terre que la sécurité de sa jouissance (en particulier dans les zones frontalières) et la possibilité de la cultiver sont des facteurs à prendre en considération. La plupart des ménages ruraux ont un ou plusieurs animaux, une source de protéines, à savoir le lait, et des économies. Les animaux peuvent être vendus en décembre et le produit de la vente utilisé pour acheter des aliments pendant les mois d'hiver - qui peuvent néanmoins devenir difficiles - ainsi que des intrants. Simultanément, les populations rurales qui n'ont pas vraiment accès à la terre et qui sont tributaires d'un salaire ou de transferts sont parmi les plus pauvres et les plus vulnérables du pays. Il s'agit notamment d'anciens employés des industries étatiques qui vivent dans les campagnes.

Au plan national, les principales raisons pour lesquelles les ménages sont pauvres sont l'absence de possibilités d'emploi rémunéré ou de capital pouvant être investi dans des activités indépendantes, la faiblesse des salaires, le manque de mobilité, un mauvais état de santé ou l'isolement physique.4 Les effectifs des populations qui vivent dans la pauvreté et l'insécurité alimentaire varient selon les critères appliqués mais demeurent néanmoins considérables. Sur la base d'une enquête réalisée en 1996/97, la Banque mondiale a classé plus de la moitié de la population dans la catégorie des pauvres, c'est-à-dire ceux vivant en deçà du seuil national de pauvreté, et 28 pour cent de la population comme "pauvres du point de vue alimentaire", c'est-à-dire ayant un pouvoir d'achat insuffisant pour se procurer un assortiment alimentaire déterminé adéquat". Les revenus se sont polarisés encore plus depuis 1996/97. Le coefficient de Gini, qui reflète l'inégalité de répartition du revenu national, s'est encore dégradé et est passé de 0,601 en 1996 à 0,690 en 1998/99.

Le fait que certains objectifs macro-économiques n'ont pas été atteints et les retards intervenus dans le décaissement de l'aide extérieure ont entraîné une situation budgétaire très difficile. Le versement des salaires des employés qui émargent au budget de l'État a parfois jusqu'à huit mois de retard et les conditions de vie sont devenues beaucoup plus difficiles par suite de la contraction des prestations de base de la sécurité sociale et de l'augmentation du nombre de bénéficiaires. Après de nombreuses années d'ajustement structurel et de chômage substantiel, une large part de la population peut très difficilement se prémunir contre la pauvreté, comme l'illustre le regain d'intérêt manifesté en 2000 pour les projets vivres-contre-travail du PAM. La pauvreté est officiellement en hausse dans le secteur urbain et industriel. En outre, la plupart des ménages sont exposés aux variations saisonnières des disponibilités alimentaires, aux arriérés de paiement des salaires et des transferts sociaux, à des épisodes de maladie ou à des interruptions des envois de fonds de l'étranger ou des gains dans le secteur non structuré et sont ainsi vulnérables à des périodes occasionnelles de pauvreté.

En 1995, le gouvernement, appuyé par l'Agency for International Development des États-Unis (USAID), a introduit un système d'évaluation de la pauvreté, appelé PAROS (mot qui signifie "phare" en arménien), auquel le PAM et les ONG ont eu largement recours pour rationaliser le ciblage de l'aide alimentaire. Le système PAROS évalue la vulnérabilité de chaque ménage ou famille sur la base:

Des valeurs numériques sont affectées à chaque variable et il est calculé pour chaque ménage un indice de vulnérabilité; plus celui-ci est élevé et plus le ménage est considéré comme vulnérable. Le système PAROS est un système dynamique et l'assistance fournie par son intermédiaire est incluse dans le revenu familial. L'inscription au système PAROS est volontaire et, en tout, 850 000 personnes se sont fait inscrire. Les effectifs des populations les plus vulnérables ont été estimés à 96 000 ménages ou 400 000 personnes (y compris des réfugiés et personnes déplacées dans leur pays) qui reçoivent actuellement des secours alimentaires du PAM et d'ONG. Initialement conçu seulement pour le ciblage de l'aide alimentaire, le système est utilisé aussi pour cibler le versement des allocations familiales de l'État, lesquelles, en raison des contraintes financières actuelles, ne sont actuellement versées qu'à 230 000 ménages, alors que 200 000 autres sont également vulnérables.

Les plus vulnérables sont les retraités seuls, dont 15 à 20 pour cent (100 000 personnes) vivent sur la pension de l'État, représentant l'équivalent de 7,5 dollars par mois, alors que le panier minimum d'articles de consommation est estimé à 60 dollars par mois pour une famille de quatre personnes (40 dollars pour les dépenses d'alimentation et 20 dollars pour les autres dépenses).5 Le régime alimentaire des groupes vulnérables est généralement limité à du pain, des pommes de terre, du riz et du chou, et une aide alimentaire complémentaire est nécessaire pour préserver leur situation nutritionnelle. La situation des réfugiés, des personnes déplacées et des victimes du tremblement de terre est encore aggravée par des conditions de vie déplorables dans les abris temporaires, qui non seulement manquent d'hygiène mais ne protègent pas vraiment des intempéries pendant les durs mois d'hiver.

Géographiquement, les populations vulnérables sont concentrées surtout dans la zone sinistrée par le tremblement de terre, dans le nord du pays (spécialement dans les centres urbains), dans les régions qui jouxtent l'Azerbaïdjan, dans des poches situées à proximité de Yérévan et dans l'extrême sud. En dépit de cette concentration géographique, aucune région d'Arménie ne peut être tout à fait exclue des programmes d'assistance humanitaire.

4.3 Aide alimentaire du PAM

Le Programme alimentaire mondial apporte une aide humanitaire à l'Arménie depuis 1993 dans le cadre de différentes opérations d'urgence. À l'heure actuelle, le PAM fournit une aide humanitaire à 170 000 personnes vulnérables dans le cadre d'une intervention prolongée de secours et de redressement (IPSR 6120.01) portant sur la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2000. Les interventions du PAM sont ciblées principalement sur les réfugiés, les personnes déplacées dans le pays et les personnes vulnérables, y compris les orphelins, les familles nombreuses, les handicapés, les personnes qui vient dans des abris temporaires, les retraités et les retraités seuls ayant des charges de famille. L'intervention du PAM comporte deux volets: la distribution de rations aux groupes socialement vulnérables dans le cadre du système PAROS et un programme d'activités vivres-contre-travail pour les personnes en bonne santé.

Le programme de distribution de rations vise à améliorer la situation nutritionnelle des personnes exposées au moyen d'une alimentation supplémentaire tendant à enrichir l'apport calorique quotidien ainsi qu'à amortir l'impact négatif de la réduction des prestations nationales d'assistance sociale. L'insécurité alimentaire pour les groupes les plus vulnérables est chronique, mais les disponibilités alimentaires sont maigres pendant les mois d'hiver, lorsque des calories supplémentaires sont nécessaires pour faire face aux dures conditions climatiques et à l'absence de chauffage et de logements décents. Aussi le PAM a-t-il entrepris un programme d'alimentation pendant neuf mois de l'année (janvier à mai et septembre à décembre) qui s'adresse à 100 000 ménages. Bien que les réfugiés et les personnes déplacées soient en principe pris en compte dans la base de données PAROS et aient droit à une assistance sur la base des mêmes critères de vulnérabilité que la population résidente, le PAM, conscient de ce que les réfugiés ne sont pas tous inscrits au système PAROS (principalement ceux qui vivent dans des centres collectifs), a ajouté 10 000 rations qui doivent être distribuées sous la responsabilité du HCR et du Ministère des migrations et des réfugiés. Pendant les mois d'été, le PAM aide également 15 000 ménages dirigés par des femmes qui vivent dans des quartiers urbains économiquement déprimés en leur distribuant des rations supplémentaires d'huile végétale et de sucre dans le cadre de son programme d'aide alimentaire d'urgence pour qu'elles puissent mettre des aliments en conserve pour les mois d'hiver.

Le chômage étant l'une des principales causes de la pauvreté, les activités vivres-contre-travail constituent un moyen de transférer un revenu aux groupes vulnérables au chômage mais aptes au travail. L'objectif général du programme vivres-contre-travail est de renforcer la sécurité alimentaire des ménages dans l'immédiat tout en créant pour la communauté un capital qui permette d'accroître la production vivrière et d'améliorer la situation de la santé et les conditions de vie. Les activités vivres-contre-travail, qui complètent les stratégies menées par les organismes internationaux d'assistance qui opèrent dans le pays, sont notamment sur les secteurs suivants: réparation ou construction de réseaux d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement; réparation et construction de logements (pour les réfugiés et pour les victimes du tremblement de terre); réparation et construction de bâtiments collectifs (écoles, cliniques et jardins d'enfants); remise en état ou aménagement de terres agricoles, de vergers, d'exploitations agroforestières et de vignobles; et construction d'installations de traitement de produits alimentaires. Les projets vivres-contre-travail étant proposés pour la plupart par les communautés locales, leur succès dépend également de la disponibilité des ressources nécessaires pour acheter des articles non alimentaires essentiels, comme les outils et matériaux de construction nécessaires aux travaux de réparation et de construction.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des Secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à
Abdur Rashid
Chef, GIEWS FAO
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Mél:
GIEWS1@FAO.ORG

Mme Erika Joergensen
Représentante et Directeur de pays du PAM
Télécopie: 00374-1-151-725
Mél:
Erika.Joergensen@wfp.org

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1 La disponibilité de crédits à l'agriculture a beaucoup augmenté ces dernières années (passant de 2 milliards de drams en 1996 à 20 milliards de drams en 1999, y compris l'allocation de près de 3 milliards de drams de crédit pour des systèmes d'irrigation et près de 12 millions de drams provenant de programmes internationaux). (1 dollar E.-U. = 500 à 540 drams).

2 En particulier dans les secteurs de la production laitière, de l'élevage de volaille, du traitement des fruits et légumes (jus de fruits, confitures, purée de tomate) ainsi que dans celui de la viticulture (vin et eau-de-vie).

3 L'agriculture privée en Arménie: Enquête de 1998 sur les exploitations familiales, Banque mondiale.

4 Amélioration de l'assistance sociale en Arménie, Banque mondiale, 1999.

5 Le salaire minimum mensuel moyen est d'environ 35 dollars.