SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO

ALERTE SPÉCIALE

NO. 311

(Série diffusée uniquement pour les pays dans lesquels l'état des cultures vivrières ou la situation des approvisionnements alimentaires sont préoccupants)

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DE MAUVAISES CONDITIONS MÉTÉOROLOGIQUES COMPROMETTENT GRAVEMENT LES PERSPECTIVES DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN ASIE ET CONTRAIGNENT DES MILLIONS DE PERSONNES A SE DÉPLACER

17 août 2000

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Dans plusieurs pays d'Asie, la sécheresse, suivie d'importantes inondations, a fait un grand nombre de victimes, déplacé des milliers de personnes, détruit ou provoqué des dégâts aux cultures, et augmenté la probabilité de graves pénuries alimentaires dans certaines régions.

En Inde, après la sécheresse aiguë en début d'année qui a touché plusieurs États de l'ouest et du sud, de récentes inondations dans l'État septentrional de Himachal Pradesh ont fait au moins 150 victimes et de nombreuses personnes sont sans abri, ou ont été portées disparues. Les inondations, provoquées par de violentes pluies continues, ont également détruit de vastes zones agricoles et de nombreux réseaux d'irrigation. Des pluies torrentielles et des crues subites ont dévasté, au nord-est, les États de Bihar, Bengale occidental et Assam, faisant de nombreuses victimes et obligeant des milliers de personnes à se déplacer. L'État d'Assam est le plus éprouvé: 3 000 villages ont été submergés et environ 2,5 millions de personnes seraient sans abri. De vastes régions sont encore sous les eaux, ce qui entrave les opérations de secours. Dans le Bihar, un millier de villages et quelque 1,6 million de personnes ont été touchés; dans le Bengale occidental, 200 000 personnes ont été déplacées. Outre les pénuries alimentaires et la malnutrition, le risque d'épidémies, telles que la malaria et la diarrhée, est de plus en plus préoccupant. Le gouvernement s'efforce, dans la mesure du possible, de fournir des produits alimentaires et de l'eau salubre mais il est encore difficile d'accéder à certaines régions. Les inondations ont commencé à diminuer dans certains secteurs, mais le risque de nouvelles pluies et d'inondations est encore présent.

Outre la souffrance humaine engendrée par les inondations, les cultures kharif (été), de riz notamment, risquent d'avoir subi de vastes dégâts. Les trois États du nord-est sont d'importants producteurs de riz puisqu'ils comptent environ un tiers du total des superficies ensemencées. En 1996/97, leur production s'est élevée à 23 millions de tonnes, soit près de 28 pour cent du volume national. De ces trois Etats, le Bengale occidental est comparativement le plus grand producteur, avec des rendements d'environ 12 à 13 millions de tonnes de riz, soit 15 pour cent de la production nationale. Les autres cultures kharif majeures sont le maïs, qui est principalement cultivé dans le Bihar, le colza et la moutarde. Ces trois États, qui regroupaient près de 21 pour cent de la population nationale en 1999, sont également très peuplés. Le Bengale occidental a la plus forte densité (environ 900 habitants/km2), suivi du Bihar (600h/km2) et d'Assam (300h/km2). En Inde, la campagne kharif coïncide avec les pluies de la mousson, qui s'étendent de juin à septembre. Au cours des 12 dernières années consécutives, ces pluies ont été satisfaisantes et favorables. Cette année, les précipitations ont été également favorables dans l'ensemble: 26 des 35 sous-divisions dont la pluviométrie est mesurée avaient reçu des précipitations conformes ou supérieures à la moyenne à la mi-juillet, contre 23 l'an dernier, ce qui a permis d'obtenir une récolte de riz exceptionnelle de 88,25 millions de tonnes.

De l'autre côté de la frontière, au Bangladesh, plusieurs milliers de personnes dans les régions du centre ont été touchées par les inondations occasionnées par la mousson qui ont fait six victimes au cours des derniers jours. Les inondations ont diminué dans les régions septentrionales mais les districts du centre et

du sud sont encore très affectés. Manikganj, Munshiganj, Rajbari, Faridpur, Sirajganj et Narayanganj sont les districts les plus éprouvés. Le Centre de prévision et d'alerte sur les inondations a annoncé que les conditions dans les zones de basses terres aux alentours de Dhaka, la capitale, risquent de s'aggraver en raison du haut niveau de l'eau dans les rivières, la majorité dépassant des niveaux d'écoulement dangereux.

Des inondations ont également provoqué des dégâts catastrophiques dans certaines régions du Bhoutan où des glissements de terrain ont fait environ 200 victimes dans la région des hautes terres, au centre; au Népal, des inondations et des glissements de terrain ont fait 105 victimes et plusieurs centaines de familles ont été déplacées. Au Cambodge, la pluviométrie a doublé par rapport à la normale, ce qui a provoqué d'importantes inondations par endroits dans le delta du Mékong, le fleuve étant sorti de son lit. Neuf provinces et la ville de Phnom Penh ont été affectées par les inondations, qui ont fait 13 victimes et provoqué des dégâts aux cultures sur 106 000 hectares. À mesure que la saison de la mousson progresse, de nouvelles pluies risquent d'augmenter la probabilité d'autres inondations, l'eau des rivières ayant déjà atteint un niveau élevé.

En revanche, certaines régions d'Asie continuent à subir les effets d'une sécheresse, récente ou en cours. En Chine, une forte sécheresse a détruit des cultures et provoqué d'importantes pénuries d'eau dans le nord du pays, où l'eau des rivières et des réservoirs est presque complètement épuisée depuis le mois de juin. L'eau est déjà strictement rationnée dans plus de 100 villes afin de faire face aux pénuries. Selon les rapports, la situation n'a pas été aussi grave depuis des dizaines d'années. Les provinces touchées sont celles de Heilongjiang, Jilin et Liaoning, la ville de Tianjin, Shandong, Shanxi et Shaanxi. Compte tenu de la sécheresse, la production des céréales d'été devrait diminuer de 11 millions de tonnes, soit de 9,3 pour cent par rapport à 1999, pour s'établir à environ 107,5 millions de tonnes. D'après les estimations actuelles, la production totale de blé devrait se chiffrer à 103 millions de tonnes, soit près de 8 millions de tonnes de moins que les prévisions de juin. De surcroît, en raison de la réduction des emblavures, la production de riz précoce, cultivé de mars à juillet, devrait fléchir de quelque 8 pour cent par rapport à l'an dernier, pour s'établir à environ 37,5 millions de tonnes. Le riz est surtout cultivé dans le sud tandis que le blé et les céréales secondaires sont principalement produits dans le nord et le nord-est.

Dans la République islamique d'Iran, la plus forte sécheresse enregistrée depuis des dizaines d'années a gravement nui à l'agriculture et au cheptel tandis que des pénuries d'eau menacent de déplacer jusqu'à 60 pour cent de la population rurale. Deux années consécutives de sécheresse ont gravement affecté 18 des 28 provinces du pays et plus de la moitié des 67 millions d'habitants. En outre, le nombre de personnes migrant en raison de la grande sécheresse qui sévit en Afghanistan, le pays voisin, risque d'augmenter.

D'après une récente mission interinstitutions, la catastrophe pèse considérablement sur les ressources en eau pour le bétail et l'agriculture dans de nombreuses provinces touchées, créant d'immenses difficultés aux populations vulnérables, surtout dans les campagnes, qui ne disposent pas d'autres sources de revenu et ne se sont pas remises des lourdes pertes de l'an dernier. La sécheresse persistant, le nombre de personnes pour ainsi dire entièrement tributaires de citernes d'eau mobiles et fixes augmentera. La catastrophe a presque entièrement épuisé les ressources du gouvernement alors que la situation risque d'empirer au cours des mois à venir, les températures d'été continuant à augmenter et aucune pluie n'étant attendue avant novembre. Le gouvernement a lancé un appel d'aide à la communauté internationale, notamment en ce qui concerne les secteurs de l'eau et du bétail.

Selon les estimations, la production de blé diminuera de 2,8 millions de tonnes par rapport au volume ciblé tandis que celle de l'orge a baissé de 280 000 tonnes. La production de blé est actuellement estimée à environ 9,25 millions de tonnes, soit près de 6,5 pour cent de plus que le volume de l'an dernier, réduit par la sécheresse. Afin de répondre aux besoins alimentaires immédiats, le pays devra importer de l'orge en plus grande quantité; les importations de blé devraient continuer à être élevées, s'établissant à quelque 6 millions de tonnes.

Les pertes de bétail, résultant de la malnutrition et des maladies, s'élèveraient à 800 000 têtes et l'on s'attend à ce qu'elles augmentent en raison des pénuries persistantes d'aliments et d'eau. Compte tenu des pertes du cheptel de reproduction et du manque de nourriture, la situation du secteur de l'élevage devrait s'aggraver au début de l'an 2001, même si les précipitations sont normales en novembre. Globalement, près de 200 000 propriétaires nomades de troupeaux auraient perdu, ou seraient en train de perdre, leur seule source de revenus. À moins que des mesures ne soient prises immédiatement pour mettre un terme à la situation, ce segment de la population risque de migrer à la recherche d'autres moyens d'existence.

L'Afghanistan voisin subit également les effets dévastateurs de deux années consécutives de sécheresse aiguë, auxquels s'ajoutent la persistance de difficultés économiques dues à l'insécurité. En conséquence, le pays sera confronté à une grave crise alimentaire en 2000/2001. En raison des ravages provoqués par les troubles civils qui sévissent depuis plusieurs années et par plusieurs catastrophes naturelles (tremblements de terre, inondations et sécheresses) au cours des dernières années, des millions de personnes ont des difficultés à se procurer de la nourriture. Le pouvoir d'achat a été gravement érodé par le manque de possibilités d'emplois, la chute de production des cultures de rente et le taux de mortalité élevé du bétail, estimé à 80 pour cent dans certaines régions. La sécheresse qui sévit actuellement est considérée comme la plus forte des trente dernières années. La production céréalière totale en 2000, évaluée à 1,82 million de tonnes, est inférieure d'environ 44 pour cent à celle de 1999, déjà réduite par la sécheresse.

En conséquence, les besoins en importations céréalières pour l'année de commercialisation 2000/01 (juillet/juin) sont estimés au volume exceptionnel de 2,3 millions de tonnes, soit plus du double de celui de l'an dernier, fixé à 1,1 million de tonnes. Les importations céréalières commerciales évaluées à environ 1 million de tonnes laissent un déficit important de 1,3 million de tonnes. Les secours alimentaires d'urgence fournis par le PAM, y compris ceux en cours d'acheminement, s'élèvent à 225 000 tonnes, ce qui laisse un déficit de plus d'un million de tonnes à couvrir. À la mi-juillet 2000, la FAO et le PAM ont conjointement approuvé une opération d'urgence pour fournir une aide alimentaire à 1,6 million de personnes touchées par la sécheresse, cette opération portant sur un montant de 55,4 millions de dollars É.-U. pour une période de 12 mois. La FAO a également lancé un appel pour des contributions d'un montant de 5,5 millions de dollars É.-U. pour fournir des semences de blé à 400 000 agriculteurs pour la prochaine campagne agricole qui débutera en octobre.

Dans le contexte de ce phénomène régional plus large, les premières perspectives de production céréalière en République populaire démocratique de Corée sont également peu encourageantes, les précipitations ayant été irrégulières et inférieures à la moyenne au cours de la campagne agricole 2000. En outre, les plus faibles pluies cette année, qui ont fait suite aux précipitations inférieures à la moyenne en 1999, notamment au cours de la saison des pluies principale de juin à août, ont diminué la quantité d'eau disponible pour remplir les réservoirs d'irrigation qui sont essentiels aux cultures, surtout en début de croissance avant l'arrivée de la saison des pluies principale. Cette année, les réserves d'eau d'irrigation ont été également réduites par une grave pénurie d'électricité et par des pannes d'équipements répétées, ce qui a empêché de pomper vers les réservoirs l'eau des rivières pérennes. En raison des limites géographiques et climatiques, le pays est pour ainsi dire totalement tributaire de la période de végétation principale, de mai à octobre, pour assurer les approvisionnements alimentaires. Ces approvisionnements internes sont extrêmement importants dans la mesure où le manque de devises étrangères limite fortement la capacité du pays à importer des denrées et des intrants agricoles essentiels. Malgré l'importance de l'aide alimentaire fournie par la communauté internationale à la République populaire démocratique de Corée au cours des dernières années, qui a énormément bénéficié aux populations ciblées, les perspectives alimentaires pour 2000/2001 demeurent précaires.

Au Pakistan, en dépit du soulagement apporté par les pluies au cours des dernières semaines, la situation alimentaire reste peu favorable dans la province du Béloutchistan, dévastée plus tôt par une forte sécheresse. La situation des approvisionnements alimentaires est encore très difficile pour des milliers de familles nomades en Mongolie, qui a connu, cette année, l'hiver le plus rude depuis 30 ans, occasionnant des pertes de bétail supérieures à 1,5 million et la perte des moyens d'existence d'une grande partie de la population.

Par ailleurs, le temps inhabituellement chaud et sec qui a prévalu au printemps et durant l'été, notamment dans les régions méridionales et occidentales, a pesé sur la production agricole dans certains des pays de la CEI situés en Asie. Les pays touchés sont l'Arménie, la Géorgie et le Tadjikistan, où la sécheresse a exacerbé les problèmes économiques chroniques, tels que les pénuries continuelles de semences améliorées, l'insuffisance de capitaux pour l'achat de produits améliorant les rendements et la dégradation des réseaux d'irrigation. La production céréalière de 2000 devrait donc accuser un net recul, ce qui a incité les trois pays à faire appel à une aide internationale. Au Tadjikistan, la production céréalière de 2000 a diminué de moitié environ, pour s'établir à 236 000 tonnes seulement contre 448 000 tonnes en 1999, entraînant une augmentation sensible des besoins d'aide alimentaire. Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires analyse actuellement la situation en Géorgie; une mission analogue devrait se rendre en Arménie à la fin du mois d'août.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO (Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: GIEWS1@FAO.ORG).

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