SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN ARMÉNIE

6 octobre 2000

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Principales conclusions de la mission

  • Une grave sécheresse a décimé les cultures et affecté la production animale en Arménie.
  • Dans certaines zones agricoles importantes, les précipitations ont été inférieures de 70 pour cent à la normale pendant les mois cruciaux. La sécheresse a exacerbé les problèmes associés au mauvais état de l'infrastructure d'irrigation.
  • La production totale d'orge et de blé pour 2000, estimée à 205 000 tonnes, est inférieure de 27 pour cent à celle de 1999, tandis que la production de pommes de terre a diminué de près de 40 pour cent pour se situer à 250 000 tonnes.
  • Les besoins d'importations de blé et d'orge pour 2000/2001 (juillet/juin) sont évalués à 458 000 tonnes et 44 000 tonnes, respectivement.
  • Quelque 145 000 tonnes d'aide alimentaire en céréales sont nécessaires pour 2000/2001, dont 70 000 tonnes sont déjà dans la filière, ce qui laisse un déficit de 75 000 tonnes.
  • La situation de quelque 300 000 personnes confrontées à de graves problèmes d'accès à la nourriture est préoccupante et cette situation risque de se dégrader au cours de la campagne commerciale 2000/2001.
  • Un soutien d'urgence à la production agricole et animale est nécessaire pour revitaliser la capacité de production pendant l'hiver et le printemps prochains.
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1. VUE D'ENSEMBLE

Sachant que la sécheresse avait causé d'importants dégâts à l'agriculture dans pratiquement tout le pays, une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires s'est rendue en Arménie du 28 août au 6 septembre 2000 pour évaluer la production vivrière de 2000 et la situation générale en matière d'approvisionnements alimentaires, estimer les besoins d'importations de céréales, notamment sous forme d'aide alimentaire, pendant la campagne commerciale 2000/2001 et identifier des mesures de soutien d'urgence et de redressement pour le secteur agricole. Une précédente mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires, qui s'était rendue en Arménie en mai 2000 avant l'arrivée de la sécheresse, avait fourni une estimation préliminaire des perspectives concernant l'offre et la demande de céréales pour la campagne commerciale en cours.

La dernière mission s'est rendue dans de nombreux districts, y compris dans les zones les plus touchées, de cinq des dix régions que compte le pays (Marzes) et s'est longuement entretenue avec des fonctionnaires gouvernementaux, aux niveaux national, régional et local, des agriculteurs, des agents de l'ONU et d'organismes bilatéraux, ainsi qu'avec des ONG. Des données et informations provenant de toutes les provinces ont été mises à la disposition de la mission par le personnel du projet du PNUD intitulé "Soutien intégré pour un développement humain durable", dont le soutien a été précieux.

Depuis juin 2000, alors que les conditions de croissance avaient été normales jusqu'en mai, la chaleur et la sécheresse affectent la production agricole. Les cultures céréalières pluviales d'hiver et de printemps, moissonnées à partir de juillet, sont considérablement réduites, notamment dans les régions septentrionales de Tavush, Lori, Shirak et Gegharkunik. La récolte de pommes de terre, qui a lieu à partir de septembre, a été elle aussi gravement touchée. Le problème posé par le faible niveau des eaux dans les rivières et les canaux a été aggravé par le mauvais état des systèmes d'irrigation. Le manque de semences de qualité et de savoir-faire agricole entre également en ligne de compte.

De ce fait, l'estimation finale de la production céréalière (qui comprend aussi les céréales secondaires) de 2000 a été ramenée à quelque 216 000 tonnes, contre 300 000 tonnes prévues par la mission FAO/PAM de mai dernier, en raison essentiellement de la réduction des rendements. La production de blé est évaluée à quelque 151 000 tonnes, soit 30 pour cent de moins que la récolte de l'an dernier et 21 pour cent de moins que la moyenne pour les cinq dernières années. La production de pommes de terre, culture de base très importante dans certaines zones rurales, est évaluée à 250 000 tonnes, soit près de 40 pour cent de moins que celle de l'an dernier.

La sécheresse a également eu un effet dévastateur sur la végétation des parcours, qui joue un rôle crucial dans le cycle alimentaire annuel du bétail. La disponibilité de fourrages composés de résidus de cultures céréalières et autres a elle aussi considérablement diminué, en raison de la chute de la production agricole, notamment dans les zones pluviales. On prévoit donc une sous-nutrition généralisée du bétail, qui pourrait entraîner une hausse importante du taux de mortalité dans les prochains mois d'hiver. La vente et l'abattage du bétail ont déjà augmenté, ce qui a fait chuter les prix et les revenus des ménages. L'élevage, outre sa contribution directe au régime alimentaire des ménages ruraux, fournit jusqu'à un tiers des revenus de ces ménages dans la plupart des zones rurales.

La mission a constaté que les prix des denrées alimentaires étaient relativement stables sur la plupart des marchés urbains, compte tenu notamment de la disponibilité d'aliments importés. Toutefois, l'accès à la nourriture des ménages ruraux pratiquant une agriculture essentiellement de subsistance est devenu extrêmement difficile, puisqu'ils ont perdu une grande partie de leur production et n'ont pratiquement rien à vendre ou à échanger. Après une décennie marquée par un taux de chômage élevé, des salaires très bas et l'épuisement de l'épargne, les conditions de vie sont déjà précaires pour l'essentiel de la population, notamment dans les zones rurales. Si on y ajoute l'effet de la sécheresse actuelle, une forte proportion de la population rurale devrait être confrontée à de graves pénuries alimentaires au cours de la présente campagne commerciale.

Les besoins d'importations de blé et d'orge pour la campagne commerciale 2000/2001 (juillet/juin) sont actuellement estimés à 502 000 tonnes, dont 33 000 tonnes d'équivalent blé pour compenser le déficit de la production de pommes de terre. Avec des importations commerciales d'environ 357 000 tonnes et une aide alimentaire annoncée de 70 000 tonnes, il reste un déficit de 75 000 tonnes, soit 38 000 tonnes de blé et 37 000 tonnes d'orge. Étant donné les difficultés économiques du pays, un déficit de cette ampleur, si la communauté internationale ne fait rien pour le combler, pourrait affecter gravement les groupes vulnérables. Les effets de la sécheresse se feront moins sentir sur les approvisionnements alimentaires des villes, où les conditions économiques sont relativement meilleures et qui ont davantage accès aux importations. En revanche, un tiers environ de la population rurale, composée essentiellement d'agriculteurs pratiquant une agriculture de subsistance, perdra tous ses revenus, s'endettera et vivra dans la misère, les petits agriculteurs ayant déjà commencé à vendre tous leurs avoirs, y compris leur bétail.

Les personnes les plus touchées par la sécheresse seront les quelque 297 000 agriculteurs de subsistance vivant dans la partie septentrionale du pays - Marzes de Shirak, Lori, Tavush, GeharKunik, Aragatzotn et Kotayk. Comme il leur reste peu de ressources et que leurs mécanismes de survie sont à bout, ces agriculteurs ne pourront pas faire face aux effets de la sécheresse et à la perte de leurs récoltes, notamment pendant la prochaine campagne hivernale. La consommation des semences et l'abattage de leur bétail, qui ont déjà commencé, affecteront leur capacité de production et leur capacité de survie au cours des prochaines campagnes agricoles. Une intervention rapide et ciblée est indispensable pour prévenir une famine généralisée.

Afin de revitaliser la production pour l'hiver et le printemps prochains, le soutien d'urgence au secteur agricole devrait inclure: une aide à la redistribution des quelques semences de blé d'hiver disponibles provenant de districts enregistrant des excédents, puisqu'il est trop tard pour importer des semences pour la prochaine campagne de semis; la distribution de semences appropriées de blé et d'orge et éventuellement de pommes de terre pour la campagne de semis de printemps; des fourrages, de façon à reconstituer les stocks et à les rendre accessibles aux agriculteurs; et la remise en état des systèmes d'irrigation en ruine.

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2. RÔLE DE L'AGRICULTURE DANS L'ÉCONOMIE

Le secteur agricole assure un tiers environ du PIB et 42 pour cent des emplois. L'agriculture, qui est sensible aux conditions atmosphériques (précipitations, grêle, etc.) et connaît des variations annuelles considérables, représente environ 60 pour cent de la production agricole totale, les 40 autres pour cent restants étant assurés par la production animale.

La privatisation des terres a commencé en 1991 et de 1991 à 1995 a été le principal facteur de sécurité alimentaire des ménages. Les ménages ruraux cultivent ou utilisent la plupart des ressources en terre disponibles, grâce à un système combinant la propriété privée et la concession de terres domaniales. Quelque 320 000 agriculteurs se sont vu attribuer de petites exploitations, avec des parcelles éparpillées, d'une superficie moyenne de 1,4 à 1,7 hectare de terre arable. Pratiquement, étant donné l'émigration et la possibilité de louer des terres appartenant à l'État, certains agriculteurs cultivent des superficies bien supérieures. Certaines terres sont regroupées de manière non officielle, mais les terres louées sont utilisées essentiellement pour les pâturages. Les terres peuvent être également vendues, hypothéquées ou cédées à bail et sous-louées, mais les transactions foncières officiellement enregistrées sont rares. Le marché foncier est très limité par le prix élevé fixé par le gouvernement, qui est bien supérieur au cours du marché, et par la nécessité de verser un impôt substantiel en espèces fondé sur la valeur cadastrale au moment de l'enregistrement de la transaction.

Les agriculteurs sont libres de choisir les cultures qu'ils sèment et leur lieu de vente, mais les options sont limitées par de nombreuses difficultés physiques, financières, institutionnelles et surtout commerciales. Toutefois, la nécessité d'assurer la survie du ménage a rendu les agriculteurs particulièrement ingénieux, l'agriculture de subsistance n'étant plus, et de loin, leur seule source de revenus. La production agricole et céréalière en particulier sera encore pendant un certain temps sensible aux facteurs ci-après.

2.1 Contraintes matérielles

La superficie arable est limitée. L'Arménie est un pays montagneux, dont 28 pour cent des terres seulement se trouvent à une altitude inférieure à 1 500 mètres. La topographie et le climat, la fertilité des sols et l'accès à l'eau d'irrigation varient considérablement et affectent les rendements. Dans la mesure où 20 pour cent seulement des terres se prêtent aux cultures (autres que le pacage), où les exploitations sont de petite dimension et où 60 pour cent environ des terres cultivées sont semées de céréales, les programmes de rotations de cultures ne sont pas respectés, même dans les vallées fertiles. De nombreux agriculteurs exploitent des terres situées sur des terrains à forte pente et très érodés et plus adaptés au pâturage et/ou à la foresterie. Les mauvaises pratiques culturales sont fréquentes, au détriment de la croissance des cultures et de leur récolte. Une mauvaise utilisation des engrais depuis une décennie, l'absence de drainage adéquat dans les vallées (30 000 hectares sont salinisés), l'érosion des sols (beaucoup d'arbres ont été abattus en 1993-94 pour pallier aux pénuries d'énergie), la dégradation des pâturages, la pollution affectent les rendements potentiels.

Les précipitations pendant la période cruciale de mai à août sont insuffisantes et une irrigation est indispensable au développement des cultures. Les redevances pour l'utilisation de l'eau sont encore en partie subventionnées par le gouvernement. Il est urgent d'investir dans la construction ou la reconstruction et l'amélioration d'un système d'irrigation viable, notamment par le biais d'associations d'usagers, afin de garantir le recouvrement des coûts.

2.2 Contraintes financières

L'essentiel des terres agricoles a été privatisé, mais les services d'appui aux petites exploitations sont limités. Les agriculteurs comme le reste de la population ont été appauvris par l'inflation galopante du début des années 90 et des possibilités de gain limitées. Pour nombre de petits agriculteurs, l'accès au crédit institutionnel demeure difficile, non pas parce que les crédits sont rares, mais parce que les garanties qu'ils peuvent offrir et les possibilités d'octroi durables sont limitées1. De ce fait, il est difficile pour les agriculteurs de se procurer des intrants de qualité et des machines agricoles.

2.3 Contraintes institutionnelles

Les contraintes susmentionnées sont encore aggravées par les carences institutionnelles. Le gouvernement a élaboré une stratégie visant à instaurer un environnement propice à l'agriculture et a adopté un certain nombre de lois à cet effet. Toutefois, ces dernières années, les progrès dans les domaines clés ont été rares compte tenu des troubles politiques et de l'inaction des milieux dirigeants.

Le manque de connaissances de base et de compétences en matière de gestion constitue l'un des principaux obstacles. L'utilisation d'engrais, de semences améliorées et de pesticides est limitée et ces intrants sont habituellement acquis par un système de troc. La recherche agricole et les services de vulgarisation qui sont de toute façon limités ne fonctionnent plus correctement depuis de nombreuses années. Ainsi, l'Institut de recherche agronomique souffre depuis 1991 d'importantes réductions budgétaires et n'a réussi à produire que quatre variétés de blé au cours des 20 dernières années. L'absence de sélection végétale et de production de semences sur place est un obstacle considérable. Il serait plus économique d'organiser localement la sélection et la production de semences de la première génération que de devoir les importer. Certaines ONG créent des associations semencières et aident les services de vulgarisation agricole. Le PNUD gère une ferme modèle et performante de production laitière, d'élevage de volailles et de multiplication de semences près de Spitak dans la région de Lori. Quant à la Banque mondiale, elle envisage de renforcer le service de vulgarisation lancé par l'USDA au début des années 90, mais qui en est encore au stade des balbutiements.

2.4 Difficultés de commercialisation

Les difficultés de commercialisation sont peut-être le principal obstacle à l'élévation des revenus agricoles et celui que les exploitants ont le plus de peine à surmonter. Les contraintes géopolitiques (en attendant le règlement de la question du Haut Karabakh) et l'incertitude qui entoure les dates d'arrivée et de transbordement des marchandises à Poti rendent l'exportation de produits frais virtuellement impossible, si ce n'est par avion, et l'exportation des produits traités onéreuse. En dépit des progrès réalisés au cours des quelques dernières années en ce qui concerne le relèvement des agroindustries2, un grand nombre d'entreprises de traitement de produits alimentaires et agricoles (y compris quelques grandes meuneries) sont oisives ou ne travaillent qu'à une très faible capacité, ce qui réduit la compétitivité de leur production. La majeure partie de la population n'a qu'un pouvoir d'achat très limité et l'autoconsommation et le troc représentent probablement jusqu'aux deux tiers de la consommation de l'ensemble des produits agricoles. Il n'existe pas d'infrastructures de commercialisation et de transport appropriées pour les petits exploitants. Le réseau routier est en mauvais état et les transports sont chers. De ce fait, il y a des excédents saisonniers de produits périssables (par exemple, de pommes de terre), tandis que des pénuries persistent ailleurs. Le ratio utilisé pour le troc de pommes de terre contre du blé varie de 1:1 à 3:1. De plus, il n'existe aucun système d'information sur les marchés, de sorte que nombre des exploitants d'une même région tendent à produire les mêmes récoltes si elles ont été rentables par le passé, ce qui entraîne des excédents.

Toutefois, les agriculteurs sont ingénieux. Bien que la vente de l'excédent de production non nécessaire à la consommation du ménage soit à la fois difficile et chère, la Banque mondiale a constaté lors d'une enquête réalisée en 1998 que 80 pour cent des exploitants déclaraient vendre une partie de leur production. En moyenne, les exploitations vendaient à peu près les trois quarts de leur production de b_uf, de porc et de melons, de 60 à 70 pour cent de leur production de fruits, de raisins et de légumes, à peu près un tiers de leur production de pommes de terre et un cinquième de leur production de céréales et de lait3. En 1998, le traitement de denrées alimentaires n'a représenté que 16,5 pour cent de la production industrielle, mais ce chiffre a augmenté depuis lors.

La rapidité avec laquelle les exploitations se remettent des chocs produits par la transition varie de l'une à l'autre, selon leur dotation en ressources, leur proximité de marchés solvables et leur gestion. Dans les régions montagneuses, reculées ou peu sûres, le choix limité de récoltes et de marchés et la nécessité de garantir la sécurité alimentaire des ménages enferment souvent les agriculteurs dans un cycle de réduction des intrants et de diminution concomitante de la production. Ainsi, dans le Marz de Syunik, quelques cultivateurs obtiennent des rendements de 750 kg de blé par hectare et doivent utiliser de 250 à 300 kg de semences par hectare. Les régions montagneuses les plus froides ne se prêtent qu'à une gamme limitée de cultures comme les cultures pluviales de blé, de pommes de terre et de légumes résistant au gel ainsi qu'aux cultures fourragères ou à l'élevage. La production de blé, même si les rendements sont peu élevés et incertains, est importante pour la sécurité alimentaire des ménages dont l'environnement est caractérisé par le manque d'argent liquide. Dans les vallées plus fertiles, une gamme de choix plus large s'offre aux agriculteurs, à condition toutefois que le système d'irrigation fonctionne. Une fois que les besoins alimentaires du ménage sont satisfaits, leur choix est dicté surtout par les prix qu'ils espèrent pouvoir tirer de leurs récoltes sur les marchés. Étant donné la situation actuelle des marchés, la production céréalière garantit un revenu modeste par hectare, et les céréales peuvent plus facilement être utilisées et stockées. Certaines indications portent néanmoins à penser que la tendance au remplacement de cultures plus intensives de fruits et de légumes par le blé a pris fin, si tant est qu'elle n'a pas été inversée. De nouveaux vignobles sont actuellement plantés et la superficie des cultures de tabac est en hausse grâce aux investissements étrangers opérés dans ces types de culture.

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3. PRODUCTION VIVRIÈRE

Il est difficile de dire quelles incidences quantitatives les facteurs susmentionnés auront sur les superficies plantées, les rendements et la production de cultures vivrières. L'un des principaux problèmes que pose l'analyse de l'évolution de la production agricole et vivrière tient à l'absence de données reflétant la complexité des mouvements en cours. Du fait de contraintes budgétaires, les crédits et l'appui institutionnel pour la collecte de données sont insuffisants. Les données officielles sont actuellement fondées sur les rapports des associations d'agriculteurs et sur une enquête réalisée auprès de 7 000 petits exploitants, mais les rendements effectifs ne sont pas mesurés. Certaines données risquent d'induire en erreur en raison du chevauchement entre le secteur privé et le secteur étatique. Par exemple, 100 000 hectares de terres agricoles sont officiellement inexploités, mais il est probable que ces terres ne sont sans doute pas toutes oisives et sont très certainement sous-louées comme terres de pacage. Même si les statistiques officielles ne reflètent pas la réalité de la situation, elles sont la seule source pouvant être utilisée pour établir des estimations nationales.

Comme le montre le tableau ci-dessous, il ressort des données officielles que la superficie totale des terres ensemencées n'a cessé de se contracter jusqu'en 1998. Cette contraction a touché surtout les cultures fourragères et les cultures commerciales exigeant un traitement, en particulier les fruits et le raisin. La superficie totale des cultures céréalières a augmenté régulièrement jusqu'en 1997 en raison, essentiellement, de l'accroissement des superficies emblavées. Cette augmentation a probablement été plus prononcée que celle que reflètent les données officielles car, bien que cela ait été illégal au début des années 90, des vignobles et des vergers ont néanmoins été déracinés. Au niveau des exploitations, ces tendances se sont probablement inversées depuis qu'a commencé à s'ouvrir un marché pour les raisins de qualité, le tabac et, de plus en plus, pour les produits nationaux de l'élevage. Depuis la privatisation des circuits d'importation et de distribution, les importations de blé ont également un impact sur la concurrence lorsque les cours sont peu élevés sur les marchés internationaux ou régionaux, mais officiellement, le pourcentage de la récolte nationale de blé vendu aux grandes meuneries est réduit (40 000 à 45 000 tonnes). Les superficies utilisées pour les cultures fourragères sont à nouveau en hausse (et sont peut-être plus élevées que les statistiques ne le donnent à penser) du fait de l'allocation de terres et de la fermeté de la demande des produits nationaux de l'élevage.

Tableau 1: Arménie - Tendances de la production agricole (superficies en milliers d'hectares et production en milliers de tonnes)

 
1991
1996
1997
1998
1999
2000/01
Superficie totale des semis
417
347
335
324
328
371
Superficie des cultures fourragères
213
105
80
69
94
105
TOTAL POUR LES CÉRÉALES 1/
           
Superficie
153
184
199
199
176
184
Rendement (kg/ha)
1 954
1 734
1 296
1 638
1 710
1 174
Production
299
319
258
326
301
2161/
BLÉ
           
Superficie
80
93
113
124
112
104
Rendement (kg/ha)
2 138
2 108
1 584
1 927
1 911
1 452
Production
171
196
179
239
214
151
ORGE
           
Superficie
65
77
74
64
51
78
Rendement (kg/ha)
1 785
1 325
797
1 109
1 275
692
Production
116
102
59
71
65
56
POMMES DE TERRE
           
Superficie
23
33
33
33
32
35
Rendement (kg/ha)
11 957
12 818
10 909
13 333
12 938
7 143
Production
275
423
360
440
414
250
LÉGUMES
           
Superficie
22
21
20
19
21
20
Redement (kg/ha)
20 136
21 190
18 450
20 789
21 381
19 000
Production
443
445
369
395
449
380
FRUITS
           
Superficie
46
34
25
21
22
21
Rendement (kg/ha)
4 717
4 770
4 378
6 050
4 000
6 190
Production
217
158
109
126
88
130
RAISIN
           
Superficie
27
21.8
17.8
15.7
15.7
15.2
Rendement (kg/ha)
7 815
7 310
6 067
6 752
7 325
7 480
Production
211
158
108
106
115
113
PRODUITS DE L'ELEVAGE
           
Viande (sur pied, en
milliers de tonnes)
133
83
84
86
86
160
Lait (en milliers de litres)
412
431
435
457
466
240
_ufs (en millions)
482
192
191
219
326
350

3.1 Conditions climatiques pour la campagne agricole 1999/2000

L'été 2000 a été exceptionnellement sec et chaud dans pratiquement toute l'Arménie, avec des pluies dans l'ensemble inférieures aux moyennes à long terme; comme le montrent les graphiques 1 à 4, on a enregistré un niveau particulièrement faible des précipitations en juin, juillet et août. À l'exception du mois de mai, on a constaté une baisse des précipitations mensuelles dans pratiquement toutes les stations météorologiques, avec des résultats inférieurs de près de 70 pour cent à la moyenne dans la plupart des cas. En outre, les températures moyennes ont enregistré une hausse sans précédent (jusqu'à 5 degrés centigrades de plus que la normale), ce qui a accéléré le processus d'évaporation et crevassé les sols. Le degré hygrométrique de l'air était inférieur de 30 pour cent à la normale.

Les systèmes d'irrigation du pays sont essentiellement alimentés par les eaux de surface. Mais on puise aussi dans la nappe phréatique dans certaines régions. C'est essentiellement la fonte des neiges qui alimente en eaux de source le réseau fluvial du pays. Les faibles pluies et la couverture neigeuse insuffisante en 2000 ont entraîné une baisse sensible du niveau des rivières et canaux, limitant les possibilités d'irrigation.

3.2 Production céréalière, 1999/2000

En août 2000, le gouvernement a proclamé officiellement l'état de sécheresse et fourni des estimations sur les dégâts occasionnés à la production agricole. À la suite d'un des étés les plus secs qu'on ait connu depuis des décennies, le niveau des eaux de la plupart des cours d'eau et du Lac Sevan a baissé de façon spectaculaire. En outre, le pompage généralisé des eaux souterraines pour l'irrigation a considérablement abaissé le niveau de la nappe phréatique dans plusieurs régions. L'absence d'entretien des infrastructures d'irrigation, qui entraîne un gaspillage de ressources déjà limitées, a également contribué à aggraver le problème4. Les associations d'usagers fonctionnent mal et bon nombre d'agriculteurs trop pauvres pour payer l'eau se trouvent de ce fait écartés du réseau de distribution.

Tout cela explique que les rendements des cultures pluviales ont baissé de façon dramatique, d'importantes surfaces de terres cultivées, mais trop peu productives étant laissées en jachère, particulièrement dans le nord du pays. Les cultures de pommes de terre irriguées ont également beaucoup souffert, ce qui a inversé la tendance à la croissance constatée au cours des dernières années. De même, la production animale est sévèrement affectée par la chute brutale de la production d'orge et de foin.

Tableau 2: Arménie - Production céréalière par région en l'an 2000

Région (Marz)
Surface moissonnée (ha)
Production
(en milliers de tonnes)
Rendement
(tonnes/ha)
Aragatzoten
Ararat
Armavir
Gegharkunik
Lori
Kotayk
Shirak
Syunik
Vayots Dzor
Tavush
Yerevan
20 751
13 695
20 096
37 411
11 160
14 684
39 260
15 921
3 517
6 847
353
15 112
38 625
50 010
9 000
14 290
16 605
53 800
10 050
2 125
5 245
923
0.73
2.82
2.49
0.24
1.28
1.13
1.37
0.63
0.60
0.77
2.61
TOTAL
183 695
215 785
1.17

Source: Ministère de l'agriculture.

3.3 Production de pommes de terre et de légumes

La pomme de terre est l'une des principales cultures vivrières de l'Arménie. La surface ensemencée tourne depuis 1993 entre 31 et 34 000 hectares, soit environ 10 pour cent de la surface totale cultivée annuellement. Les rendements varient considérablement d'une région à l'autre en fonction du niveau d'accès aux ressources en eau. Dans les champs pour la plupart irrigués de la vallée d'Ararat, le rendement en année normale tourne autour de 15 à 20 tonnes par hectare, alors que dans les grandes régions de production de Lori et de Gerharkunik, la moyenne se situe à 10 tonnes par hectare.5 Cette année, il ressort de la mission d'inspection que la récolte de pommes de terre prévue en septembre va s'effectuer dans de mauvaises conditions. C'est pourquoi, contrairement à l'optimisme des chiffres officiels, on peut penser que la production ne dépassera pas 250 000 tonnes, soit 40 pour cent de moins que l'an dernier.

La surface consacrée aux légumes, estimée à environ 20 000 hectares, représente environ 5 pour cent de la superficie totale cultivée. Comme pour les pommes de terre, la production légumière devrait être en baisse par rapport à l'an dernier, mais de façon moins sensible, avec une réduction d'environ 15 pour cent.

3.4 Fruits

Les pommes, les abricots et les pêches sont parmi les principales cultures fruitières. L'absence des installations et infrastructures de base ne facilite pas la commercialisation efficace de la production. Celle-ci n'a pas souffert de la terrible sécheresse de cette année, car la plupart des vergers sont irrigués. C'est pourquoi la production fruitière, estimée à 130 000 tonnes, devrait être supérieure d'environ 48 pour cent à celle de l'an dernier. Toutefois, les fermiers et les autorités villageoises ont indiqué aux membres de la mission qu'on ne se donne même pas la peine de récolter les fruits en raison de la faiblesse des cours.

3.5 Production animale

En 1999, le cheptel se composait de quelque 479 000 têtes de bétail (dont 262 000 vaches), 549 000 ovins et caprins, 71 000 porcs et quelque 2,9 millions de volaille. Depuis 1991, ces chiffres n'ont connu que des variations mineures n'excédant pas 10 pour cent. Pratiquement chaque ménage rural possède une vache. Pour les foyers à revenu mixte qui possèdent une seule vache, la production animale représente souvent 40 pour cent du revenu du ménage. Les seules communautés exclusivement pastorales en Arménie se réduisent à quelques villages kurdes des régions montagneuses. Quelques fermes modèles bénéficiant de l'aide des organisations internationales obtiennent des rendements plus élevés pour des produits animaux comme le lait, le fromage et la viande. Les pâturages naturels, dont la qualité est variable, représentent la principale source d'alimentation des animaux en été, remplacée en hiver par le foin et/ou la paille. La pénurie de fourrage est le principal facteur qui affecte la production. Il est indispensable de constituer des réserves de fourrage pour l'hiver, qui durent au moins 5 à 6 mois. Pendant l'hiver, on donne aussi aux animaux parfois de l'orge et du blé, mais pas de concentrés.

La production annuelle normale est d'environ 86 000 tonnes de viande et 460 000 litres de lait. En 2000/01, la production laitière pourrait être réduite de moitié par rapport au chiffre prévu de 480 000 litres. La production de viande devrait augmenter pour atteindre 160 000 tonnes en raison d'une campagne importante de réduction du cheptel. Selon certaines sources, le surpâturage aurait contribué à aggraver encore la dégradation des parcours, particulièrement dans les zones les moins arrosées qui constituent les principaux pâturages naturels du pays.

3.6 Mesures de soutien d'urgence du secteur agricole

Il ressort de ce qui précède qu'il y a lieu d'envisager sérieusement les mesures suivantes:

La liste détaillée des besoins en matière d'intrants, des coûts associés et d'autres mesures sera publiée dans un rapport séparé par le Service des opérations spéciales de secours de la FAO.

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4. SITUATION ALIMENTAIRE

4.1 Prix des denrées et accès à la nourriture

Les prix des denrées étaient relativement stables sur la plupart des marchés, grâce essentiellement à la disponibilité d'aliments importés. Toutefois, les foyers ruraux pratiquant une économie de subsistance ont désormais beaucoup de mal à se procurer des vivres, car ils ont perdu la majeure partie de leur production et possèdent peu de choses à vendre ou à échanger. Par ailleurs, les prix marchands des céréales ont également commencé à augmenter dans le nord du pays où la récolte a été la plus mauvaise. Après une décennie de chômage endémique, de faibles salaires et d'érosion continuelle des défenses contre la pauvreté, les conditions de vie étaient déjà précaires pour la majeure partie de la population, particulièrement en milieu rural. Si l'on ajoute à cela les effets de la sécheresse actuelle, une proportion importante de la population rurale risque d'être confrontée à un grave déficit alimentaire au cours de l'année commerciale en cours.

4.2 Bilan de l'offre et de la demande céréalières

Il est très difficile de calculer le bilan céréalier, faute de données fiables concernant la population, les schémas de consommation et les revenus et dépenses des ménages. Le dernier recensement effectué en Arménie s'est déroulé en 1989 dans une situation socio-économique difficile, le tremblement de terre de 1998 et l'afflux des réfugiés et de déportés ayant incontestablement faussé les résultats. Au 1er janvier 2000, la population de l'Arménie était officiellement estimée à 3,8 millions d'habitants, mais tout le monde s'accorde à reconnaître que ces chiffres ne tiennent pas pleinement compte des importants flux migratoires vers d'autres pays. Il ressort des entretiens avec le Service national des statistiques et de l'examen des rapports les plus récents que l'Arménie a enregistré un taux d'émigration net élevé depuis 1991. Avec une certaine marge d'erreur, on peut estimer la population restée sur place à quelque 2,5 millions de personnes.

Le bilan de l'offre et de la demande céréalières pour 2000/01 (Tableau 3) s'appuie sur les suppositions et paramètres suivants:

Tableau 3: Arménie - Bilan de l'offre et de la demande d'aliments en 2000/01

(en milliers de tonnes)

 
Blé
Orge
Pommes de terre
Disponibilité nationale
151
54
250
Prélèvement sur les stocks
---
---
---
Production nationale
151
54
250
Utilisation totale
576
98
394
Alimentation humaine
Alimentation animale
Semences
425
104
24
10
60
20
183
50
123
Autres usages/pertes
23
8
38
Constitutions de réserves
---
---
---
Besoins d'importation
425
44
144
(Equivalent céréales)
425
44
33*
Importations comerciales prévues
350
7
1
Engagement d'aide alimentaire
70
---
---
Déficit non couvert
38
37
 

Sur la base de ces suppositions, il ressort du bilan ci-dessus qu'il va falloir importer 502 000 tonnes de blé et d'orge en 2000/01 (juillet/juin), ce qui comprend l'équivalent en blé du déficit de la récolte de pommes de terre. Si les importations commerciales de blé et d'orge évaluées à 358 000 tonnes se matérialisent, avec 70 000 tonnes d'engagements d'aide alimentaire déjà enregistrés, le déficit estimatif pour 2000/01 s'élèverait à 75 000 tonnes et devra être couvert par une aide alimentaire supplémentaire.

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5. BESOINS D'AIDE ALIMENTAIRE

5.1 Rôle de l'aide alimentaire

L'Arménie est confrontée à la sécheresse qui frappe l'Asie centrale et méridionale, le Proche-Orient et le Caucase. Cette sécheresse dont les effets se sont fait sentir dès juin/juillet 2000 touchent essentiellement les régions montagneuses et pluviales du nord du pays. La production agricole est en recul de 27 pour cent en ce qui concerne le blé et l'orge et de 40 pour cent en ce qui concerne les pommes de terre par rapport aux résultats de 1999.

Les effets négatifs de la sécheresse ont largement exacerbé les problèmes agricoles structurels préexistants et les couches les plus pauvres de la population vivent dans des conditions extrêmement précaires. Même en période normale, les agriculteurs pauvres qui vivent en économie de subsistance parviennent à peine à satisfaire leurs propres besoins alimentaires. L'Arménie est un pays où l'insécurité alimentaire est très élevée, avec 28 pour cent de la population souffrant de sous-alimentation chronique.

Depuis l'automne 1999, l'Arménie traverse une période de troubles politiques et de difficultés économiques, qui se traduit par une crise des finances publiques. Ce climat d'instabilité explique que le PNB n'ait augmenté que de 0,3 pour cent au cours des cinq premiers mois de l'an 2000, contre 4,6 pour cent au premier trimestre de 1999. Ce ralentissement de la croissance affecte en particulier le secteur agricole, mais aussi les échanges commerciaux et le bâtiment.

Le chômage et le sous-emploi généralisés qui sévissent depuis plusieurs années s'expliquent par plusieurs facteurs: a) les difficultés associées aux réformes macro-économiques, b) la question qui n'est toujours pas réglée du Haut Karabagh, c) les séquelles du terrible tremblement de terre de 1988 qui a anéanti 40 pour cent du potentiel économique, d) la crise financière régionale.

Le gouvernement étudie actuellement une stratégie de lutte contre la pauvreté. Même si les intentions semblent ambitieuses, elles reflètent manifestement la nécessité de lutter contre les taux élevés du chômage et de l'émigration, la corruption et l'aggravation de la misère. Mais la sécheresse actuelle devrait entraîner une diminution des rentrées d'impôts, ce qui compromettra encore davantage la capacité du gouvernement de prendre en charge les plus nécessiteux et les plus vulnérables dans le cadre de ses programmes d'aide sociale.

Le PAM gère des opérations d'aide alimentaire d'urgence en Arménie depuis la fin de 1993. Après avoir privilégié dans un premier temps l'aide aux réfugiés et aux personnes déplacées à l'intérieur du pays, le PAM a très vite décidé de se pencher également sur les besoins des groupes sédentaires les plus vulnérables, confrontés pratiquement aux mêmes difficultés que les réfugiés. Au cours des sept dernières années, le PAM a distribué 62 000 tonnes d'aide alimentaire à plus d'un million et demi de personnes pour une valeur d'environ 42 millions de dollars.

L'intervention du PAM comporte deux niveaux de denrées alimentaires: 1) la distribution de rations de complément aux personnes socialement vulnérables, y compris les réfugiés et 2) un programme d'activités vivres-contre-travail pour les chômeurs sans incapacité physique. Dans le cadre de la distribution des secours, le PAM met en place un projet hivernal de protection alimentaire à l'intention de 15 000 femmes (chefs de famille ou femmes seules) des régions économiquement les plus touchées.

L'objectif global des interventions du PAM en Arménie est de renforcer la sécurité alimentaire des ménages pour un large nombre de bénéficiaires à court et à moyen terme. Le PAM cherche également à créer des équipements collectifs susceptibles de contribuer à améliorer la production alimentaire, la santé et les conditions de vie de la population par la remise en état de l'infrastructure (système d'eau potable et d'égouts, réparation et construction de logements et de bâtiments publics).

5.2 Mécanismes de survie des ménages

Le secteur de l'agriculture représente en Arménie 42 pour cent des emplois et le tiers du PNB. La quasi-totalité des terres a été privatisée en petites parcelles depuis l'éclatement de l'Union soviétique en 1991, mais les nouveaux (et souvent très petits) propriétaires ne bénéficient pratiquement d'aucun service de soutien institutionnel ou de vulgarisation. En raison de la pénurie chronique de semences de qualité, de la dégradation du système d'irrigation et du manque de capitaux, les rendements moyens des céréales et des autres cultures demeurent faibles. La sécheresse de 1998-99 a encore réduit la production céréalière nationale et compromis les autres récoltes en 1999.

L'Arménie souffre d'une pauvreté généralisée. À en croire l'indice de vulnérabilité établi par le gouvernement, 30 pour cent des ménages n'ont aucune marge de défense et sont considérés comme extrêmement pauvres. Bon nombre de ménages survivent grâce à l'aide de parents et à des travaux occasionnels. Le chômage endémique favorise l'émigration saisonnière ou définitive à l'étranger, en particulier celle des hommes valides qui vont chercher ailleurs du travail et un salaire, si bien que l'Arménie connaît l'un des taux d'émigration les plus élevés du monde. La majorité des émigrants se rend en Russie, mais dans le climat actuel de crise économique, les travailleurs émigrés n'ont guère d'argent à envoyer à leur famille restée au pays. Le nombre des foyers monoparentaux (avec pour chef de famille une femme dans la plupart des cas) risque d'augmenter du fait de l'émigration des hommes qui se retrouvent sans travail par suite de la sécheresse. Cette situation imposera un fardeau supplémentaire aux femmes qui devront non seulement faire face à la disette actuelle mais assumer également des responsabilités familiales plus lourdes puisqu'elles seront seules pour s'occuper des enfants et des personnes âgées.

Les autres solutions pour survivre sont la vente des possessions, l'aide humanitaire et la solidarité collective. En Arménie, c'est une pratique courante en milieu rural d'emprunter à ses voisins ou à ceux qui sont mieux pourvus. Incapables de joindre les deux bouts, les agriculteurs vivant en économie de subsistance sont souvent obligés d'emprunter des vivres dès le mois de février, même en année normale. Ces dettes sont remboursées au début de la nouvelle récolte, en juillet. Étant donné que cette année, même les agriculteurs les plus "aisés" ont eux-mêmes souffert de pertes de récoltes, ce mécanisme d'entraide sera largement inopérant. En raison des catastrophes à répétition qui ont frappé le pays, comme la sécheresse de 1999, bon nombre de familles ont déjà dû vendre tous les objets précieux, bijoux, etc., qu'elles possédaient.

La situation socio-économique et agricole globale est alarmante du fait de la forte réduction de la production de céréales et de pommes de terre, du statut nutritionnel précaire d'un bon nombre de personnes, du pouvoir d'achat limité et de la capacité de défense très réduite de la plupart des gens, et en particulier des femmes chefs de famille. En raison des difficultés économiques, l'alimentation des populations vulnérables se compose pour l'essentiel de pain, de pommes de terre et de choux. Mais du fait de la sécheresse, les foyers les plus touchés risquent de ne même plus pouvoir se procurer ces produits qui sont pourtant loin de constituer une alimentation suffisante.

La précarité du statut nutritionnel des populations vulnérables pourrait être encore aggravée par l'hiver, toujours très rigoureux dans la région. Une enquête nutritionnelle de l'UNICEF effectuée en 1998 a constaté que 15 pour cent des femmes âgées de 15 à 45 ans souffraient d'anémie légère ou modérée. Dans certaines régions du pays entre 50 et 60 pour cent des femmes enceintes souffriraient d'anémie selon une étude récente du Ministère de la santé. En 1999, sur 1000 femmes en couche, 121 ont connu des complications après l'accouchement liées à l'anémie. Par comparaison, le chiffre était de 9,5 en 1985 et de 13,8 en 1990, toujours pour 1000 naissances. Du fait de la réduction des rations disponibles et des rigueurs de l'hiver, le statut nutritionnel des femmes enceintes ne peut que se détériorer davantage.

Les fermiers qui pratiquent l'agriculture de subsistance dans la partie nord du pays (la plus touchée par la sécheresse) disposent de peu de ressources ou de mécanismes de défense pour atténuer l'impact de la catastrophe. Dans les mois à venir et dès novembre, bon nombre d'entre eux auront déjà épuisé leurs maigres réserves, ce qui les placera dans une situation de pénurie alimentaire très préoccupante. Les solutions de secours qui s'offrent à eux, comme l'émigration ou la consommation des stocks de semences et du bétail, pourraient bien aggraver encore les conséquences funestes de la sécheresse dans les années à venir.

5.3 Estimation des besoins d'aide alimentaire d'urgence et du nombre de personnes concernées de novembre 2000 à juillet 2001

Si la sécheresse a touché l'ensemble des agriculteurs d'Arménie, son impact dévastateur s'est surtout fait sentir dans les régions pluviales du nord du pays. La plupart des exploitations sont effectuées, mais les fermiers les plus aisés disposent encore de certains mécanismes de recours pour atténuer les effets de la sécheresse. Par contre, ceux qui vivent de l'agriculture de subsistance, soit près de 90 pour cent des fermiers des zones les plus touchées, doivent déjà se contenter du minimum vital et sont menacés par la famine. C'est ce secteur de la population, particulièrement vulnérable, qui aura besoin d'une aide alimentaire à partir de novembre 2000 jusqu'en juillet 2001.

Des dizaines de milliers de personnes vulnérables (comme les personnes âgées retraitées vivant seules ou celles souffrant d'incapacité), dont le niveau de vie est comparable du point de vue socio-économique à celui des fermiers vivant en économie de subsistance, seront également touchés. La survie de ces groupes vulnérables dépend de l'approvisionnement des marchés locaux en denrées à un prix abordable. Il existe bien sûr une forte tradition d'entraide et de solidarité dans cette région de l'Arménie, et c'est elle qui a aidé bon nombre de ces gens à affronter les difficultés de la période de transition économique, mais la capacité des petits exploitants de maintenir cette tradition est désormais compromise par la sécheresse.

Tableau 4: Arménie - Nombre de personnes ayant un besoin critique d'aide alimentaire et besoins céréaliers au titre de l'aide alimentaire, de novembre 2000 à juin 2001

Marzes/
Provinces les plus touchées
Population rurale
Personnes
ayant un besoin critique d'aide-alimen-
taire en  milieu rural*
Pourcentage des personnes ayant un besoin critique d'aide en milieu rural
Total des
denrées alimentaires allouées
Femmes
Hommes
  Total  
Lori
65 630
55 906
121 536
68 215
56,1%
4 651
Shirak
53 789
45 820
99 609
65 659
65,9%
4 477
Tavush
56 354
48 004
104 358
51 648
49,5%
3 522
Gegharkunik
104 707
89 194
193 901
52 132
26,9%
3 555
Aragatsotn
28 981
24 686
53 667
25 259
47,1%
1 722
Kotayk
44 580
37 976
82 556
34 089
41,3%
2 324
Total
354 041
301 586
655 627
297 000
45,3%
20 252

* Ces chiffres reposent sur l'information disponible reçue de chaque province a) sur l'impact général de la sécheresse sur l'agriculture, b) sur l'impact social sur les fermiers vivant en agriculture de subsistance, y compris leur capacité potentielle faisant face à la situation en tenant compte des terres et du bétail qu'ils possèdent, c) sur le nombre des fermiers affectés qui ne pratique pas l'agriculture de subsistance.

5.4 Logistique de l'aide alimentaire

Le dispositif logistique du PAM pourrait reproduire celui du programme en cours. Les denrées du PAM arrivant d'Europe et des États-Unis peuvent être expédiées par bateau jusqu'au port géorgien de Poti, en mer Noire, pour être ensuite acheminées par rail jusqu'aux points de livraison avancés du PAM en Arménie, à Vanadzor et Yerevan.

Toutefois, le tonnage supplémentaire prévu pour l'Opération d'urgence nécessitera des moyens logistiques renforcés. La capacité actuelle totale de stockage et de manutention est d'environ 20 000 tonnes dans le cadre du PRRO. Pour accueillir un tonnage supplémentaire, il faudrait davantage de capacités d'entreposage et de transport et davantage de personnel. Il faudra également trouver des moyens accrus d'acheminement des vivres par camions.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des Secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à:

Abdur Rashid
Chef, GIEWS FAO
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Mél:GIEWS1@FAO.ORG

John Powell
Directeur régional, OAE, WFP
Télécopie: 0039-06-6513-2863
Mél: John.Powell@wfp.org

Il est également possible de recevoir automatiquement, par messagerie électronique, les Alertes spéciales et les Rapports spéciaux, dès leur publication, en souscrivant à la liste de distribution du SMIAR. À cette fin, veuillez envoyer un message électronique à l'adresse suivante: mailserv@mailserv.fao.org , sans remplir la case "objet" en indiquant le message suivant:

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1 La disponibilité de crédit pour le secteur agricole a fortement augmenté ces dernières années (passant de 2 milliards de drams en 1996 à 20 milliards de drams en 1999, y compris l'allocation de prêts de 3 milliards de drams pour des systèmes d'irrigation et de prêts de 12 millions de drams provenant des programmes internationaux) (un dollar E.-U. = 500-540 drams).

2 En particulier dans les secteurs de la production laitière, de l'élevage de volaille, du traitement des fruits et légumes (jus de fruits, confitures, purée de tomate) ainsi que dans celui de la viticulture (vin et eau-de-vie).

3 L'agriculture privée en Arménie: enquête de 1998 sur les exploitations familiales, Banque mondiale.

4 La Banque mondiale a lancé un projet de 50 millions de dollars pour la remise en état du réseau principal d'irrigation dans certaines régions en 1999, mais les canaux secondaires et tertiaires sont mal entretenus.

5 Ces chiffres sont à comparer avec les rendements de l'ordre de 40 à 50 tonnes de pommes de terre à l'hectare obtenus dans certains pays européens.

6 Basé sur l'enquête effectuée en 1996/97: "République d'Arménie: Instantané sociologique et pauvreté".

7 La production animale s'appuie essentiellement sur les pâturages et les plantes fourragères, l'herbe et la paille, mais on utilise aussi l'orge et le blé pour l'alimentation des animaux. Toutefois, un accroissement des importations d'aliments pour animaux, notamment d'orge, est hautement recommandé pour compenser la réduction des quantités disponibles de paille, de pâturage, d'herbe et de foin, éviter une réduction massive du cheptel et garantir une production laitière normale.

8 Il ressort des observations de terrain que les semis de blé au cours de la campagne actuelle d'hiver, déjà engagée, ont été interrompus en raison de la sécheresse persistante et du manque de semences.