SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL
RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN RÉPUBLIQUE POPULAIRE DÉMOCRATIQUE DE CORÉE

16 novembre 2000

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1. VUE D'ENSEMBLE

Après la stabilité relative des deux campagnes agricoles de 1998 et 1999, marquées par une reprise modérée de la production vivrière intérieure aux lendemains des catastrophes naturelles de 1995, 1996 et 1997, la production agricole s'est à nouveau effondrée en 2000. Cette situation s'explique à la fois par la sécheresse qui a prévalu aux périodes les plus cruciales de la période végétative, lors des semis notamment, et par l'effet cumulé de problèmes sous-jacents touchant au secteur agricole qui continuent à limiter fortement la production. Les pénuries d'électricité et de combustible, deux des principaux problèmes, ont gravement affecté les réseaux d'approvisionnement en eau et l'irrigation, ce qui a entraîné un manque d'eau dans les réservoirs et pour les champs aux moments critiques de la campagne. En conséquence, la productivité et la production de riz et de maïs ont accusé une forte baisse.

Cette année, la sécheresse a également touché la Chine voisine et plusieurs autres pays du centre et du sud de l'Asie ainsi que le Proche-Orient. Les répercussions sont toutefois plus inquiétantes en République populaire démocratique de Corée; en effet, l'essentiel de la production agricole n'est assuré qu'au cours d'une seule campagne dans l'année (de juin à octobre), des problèmes chroniques d'intrants touchent le secteur agricole et le pays est déjà confronté à des pénuries alimentaires graves et persistantes. Étant donné le peu de possibilités réelles d'accroître les approvisionnements alimentaires de manière significative avant la prochaine récolte en septembre/octobre 2001 et les ressources limitées dont elle dispose pour effectuer des importations commerciales, la RPD de Corée n'a guère d'autre choix que de rester fortement tributaire d'une aide alimentaire au cours des 12 prochains mois, comme cela a été le cas pour les cinq dernières années.

La précédente mission conjointe FAO/PAM qui s'est rendue dans le pays en juin dernier a signalé, au vu des problèmes en début de campagne, que les perspectives de récoltes étaient médiocres cette année et que toute reprise serait largement fonction des précipitations au cours des mois critiques de juillet et août. La mission a également recommandé qu'une autre mission d'évaluation soit envoyée sur place fin septembre/début octobre pour prendre la pleine mesure de la production et établir en conséquence les perspectives des disponibilités alimentaires pour 2000/01. En raison des célébrations du 55ème anniversaire du Parti du travail de Corée qui se sont déroulées au début du mois d'octobre, le gouvernement a demandé que la visite de la mission soit reportée à la mi-octobre. Elle s'est finalement déroulée du 14 au 21 octobre. A cette époque, le maïs avait été totalement coupé et rentré; le riz avait également été en grande partie récolté, bien qu'empilé dans les champs. Une partie du riz planté tardivement était encore sur pied, mais les plants ne semblaient pas en bonne santé en raison du manque d'eau et l'on s'attendait à ce que les rendements soient faibles. Les estimations de la production de maïs 2000 sont donc en grande partie fondées sur les données fournies par le Ministère de l'agriculture tandis que celles de riz sont issues des inspections de terrain réalisées sur les récoltes, d'une évaluation des rendements potentiels et des évaluations officielles des surfaces récoltées cette année. Outre les entretiens qu'elle a eus avec les services compétents du gouvernement, les organismes des Nations Unies et les ONG, la mission, afin de mener à bien son évaluation, s'est rendue dans les principales régions de production et a inspecté quelques réservoirs d'irrigation. Elle a également rendu visite à un certain nombre de ménages dans les villes et dans les campagnes, inspecté des greniers à grains et visité des points publics de distribution et des écoles pour évaluer les disponibilités alimentaires et la distribution des produits.

La mission a constaté que les précipitations tombées au cours de la campagne 2000 avaient en général étaient bien inférieures à la moyenne et n'avaient atteint que 40 pour cent environ de la norme pendant les mois critiques de juin et juillet. Les pluies ont légèrement augmenté en août, mais sont restées inférieures de presque 20 pour cent par rapport à la moyenne. L'insuffisance des précipitations et le manque d'eau d'irrigation au cours des périodes de soudure critiques durant la campagne ont gravement retardé les semis de riz et de maïs de la campagne principale et les superficies sous riz ont été considérablement réduites, d'autres cultures ayant été semées en remplacement; en conséquence, la production et les rendements ont accusé une forte baisse. Les photographies prises par le satellite Spot-4 ont confirmé l'état généralement mauvais des cultures et montré que l'étendue relative du couvert végétal dans les principales régions agricoles était nettement moindre cette année qu'en 1999. La baisse de la production vivrière a été encore aggravée par les cyclones Prapiroon et Saomai qui ont eu lieu à la fin août et en septembre, respectivement. Ces cyclones ont provoqué des dégâts importants à l'infrastructure et aux biens ainsi que des dommages aux cultures dans certaines régions.

Sur la base des informations qu'elle a obtenues et de son évaluation, la mission a estimé que la production de paddy 2000 serait égale à 1,69 million de tonnes, soit environ 31 pour cent ou 734 000 tonnes de moins que l'estimation de production faite par la FAO et le PAM en 1999. La production de maïs devrait diminuer pour s'établir à environ un million de tonnes, soit en gros 235 000 tonnes de moins que l'estimation de production avancée par la mission l'an dernier. D'autres cultures ayant été semées en remplacement du riz sur 45 000 hectares, 65 000 tonnes d'autres céréales (sorgho et mil) ont également été semées cette année, contre environ 20 000 tonnes en 1999. Les perspectives des disponibilités alimentaires en 2000/01 ne dépendront pas seulement de la récolte céréalière de la campagne principale de cette année mais aussi en grande partie de la production de pommes de terre et des doubles récoltes de blé et d'orge de l'an prochain. Bien que les prévisions, à ce stade, ne puissent être que provisoires, la production, en fonction de zones ciblées, devrait s'élever à 1,87 million de tonnes pour la pomme de terre (470 000 tonnes en équivalent céréales) et à 246 000 tonnes pour le blé et l'orge.

Selon les estimations, le pays dispose donc, au total, de 2,92 millions de tonnes de céréales, en équivalent céréales, pour la prochaine campagne de commercialisation. Sur ce chiffre, les besoins céréaliers pour l'alimentation humaine et autres utilisations sont évalués à 4,79 millions de tonnes pour 2000/01, ce qui implique des importations de l'ordre de 1,87 million de tonnes. Les importations commerciales devraient couvrir 200 000 tonnes et 500 000 autres tonnes devraient être fournies au titre d'importations bilatérales accordées à des conditions de faveur. Compte tenu de ces facteurs, les importations qu'il reste à couvrir sont estimées à 1 165 000 tonnes; le pays aura donc besoin d'une aide pour satisfaire les besoins alimentaires minimaux.

Les besoins d'importation n'ont jamais été aussi élevés depuis 1997; en revanche cette année, le pays a déjà reçu des annonces d'aide alimentaire substantielles. Le nombre des donateurs, peu élevé jusqu'à maintenant, a augmenté. Le Japon devrait ainsi fournir 500 000 tonnes de vivres et la République de Corée, 500 000 tonnes d'importations à des conditions de faveur et 100 000 tonnes d'aide alimentaire. Sans ces contributions majeures, la situation des disponibilités alimentaires l'an prochain aurait sans doute été extrêmement précaire.

La mission a constaté que l'importance du Système public de distribution, chargé d'assurer les approvisionnements alimentaires toute l'année, avait beaucoup diminué au cours des dernières années au profit de marchés et d'autres sources d'approvisionnement. Cette situation a accru les écarts entre les divers groupes sociaux, en particulier au niveau de l'accès économique et physique à la nourriture, devenu plus compétitif, au détriment surtout de la population urbaine. Selon les données disponibles, il semblerait que les citadins disposent de 20 à 25 pour cent de moins de céréales que la population rurale, par habitant. L'accès des ménages à la nourriture est également de plus en plus conditionné par la disponibilité de produits pouvant être échangés, par le petit commerce et par les emplois sur les exploitations coopératives, qui sont actuellement rémunérés par des allocations de vivres basées sur un système de points de travail.

Afin d'évaluer les besoins alimentaires, les missions conjointes FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires qui se sont rendues en RPD de Corée dans le passé ont pris pour critère que 167 kilos d'aliments par an et par habitant permettaient de couvrir 75 pour cent des besoins caloriques minimaux, établis à 2 100 Kcal. Toutefois, cette hypothèse risque de devoir être revue pour un grand nombre de personnes vulnérables nécessitant une récupération nutritionnelle après des années d'apports alimentaires insuffisants. Afin de tenir compte de ce nouveau besoin, il semble justifié d'augmenter les quantités de calories à l'avenir. Dans le cadre des interventions d'urgence, l'OMS et le PAM calculent en général les besoins caloriques en prenant pour règle d'ajouter 100 Kcal par chaque 5 degrés centigrades en dessous de 20 degrés centigrades. Étant donné que la température en RPD de Corée est, en moyenne, de 11 degrés centigrades, il faudrait donc ajouter 200Kcal, portant la ration calorique à 2 300 Kcal1/, au total. Afin de justifier cette mesure, la mission a noté qu'il était toutefois nécessaire de réaliser une enquête objective et scientifique sur la nutrition dès que possible.

À courte échéance, l'aide alimentaire continuera à jouer un rôle essentiel pour garantir la sécurité alimentaire. Les perspectives à moyen et long termes dépendront toutefois des efforts déployés par la RPD de Corée pour assurer le relèvement du secteur agricole. A cet égard, le pays nécessite encore le soutien de la communauté internationale pour relancer la production vivrière afin de couvrir ses besoins alimentaires.

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2. LA PRODUCTION VIVRIERE EN 2000

L'agriculture en République populaire démocratique de Corée continue à être sérieusement limitée par des problèmes économiques chroniques touchant l'ensemble du pays. Ces problèmes se sont accumulés sur plusieurs années et freinent la production sans doute aujourd'hui plus qu'hier. Les graves pénuries d'électricité et de combustible ont, à leur tour, considérablement réduit la possibilité de faire des réserves et de distribuer l'eau nécessaire aux exploitations; par ailleurs, la mécanisation et les transports ont été nettement réduits, tandis les engrais et autres produits agrochimiques font défaut de manière chronique. Ces contraintes ont fortement limité l'activité agricole et réduit le potentiel de productivité, les coopératives ne pouvant remédier aux pénuries d'eau par un recours plus important à l'irrigation lors des mauvaises années. Lors des années, comme celle-ci, où les conditions météorologiques sont défavorables, les problèmes liés à la production agricole s'aggravent et la probabilité de pénuries alimentaires s'accroît fortement.

Au cours des années 90, en dépit des efforts déployés par le gouvernement pour lutter contre ces limitations par le biais de recherches appropriées, de la planification et d'une gestion active, la productivité des travailleurs et de la terre a nettement baissé, du fait d'un manque de capitaux et d'investissements. Les heures machines diminuent car il est de plus en plus difficile de réparer le matériel, ce qui entrave les principaux travaux agricoles; l'utilisation générale d'engrais a, pour sa part, tellement baissé au cours des dernières années qu'il n'est plus possible de maintenir une quantité raisonnable de nutriments dans le sol. Afin de relever le secteur agricole, la communauté internationale a aidé le pays bilatéralement et par l'intermédiaire des organismes des Nations Unies ainsi que par des dons d'engrais et autres intrants; les contributions sont toutefois loin d'être suffisantes pour assurer la viabilité de l'agriculture et la durabilité de la production vivrière.

Dans ce contexte, la production de riz et de maïs a nettement fléchi. La diminution des utilisations d'engrais et la baisse correspondante de la production de paddy et de maïs sont illustrées dans les graphiques 1 et 2 ci-dessous.

2.1 Précipitations et disponibilité d'eau

Cette année, les conditions météorologiques en République populaire démocratique de Corée n'ont pas du tout été favorables aux cultures. Comme dans plusieurs autres pays, les précipitations ont été irrégulières et inférieures à la moyenne en 2000. L'insuffisance des pluies et le manque d'eau d'irrigation en début de campagne ont été particulièrement préjudiciables aux semis de riz, ce qui s'est traduit par une diminution de huit pour cent des superficies cultivées par rapport aux prévisions. D'autres cultures (sorgho et mil) ont été semées sur les terres non cultivées en riz. Le manque de pluies en début de campagne, au printemps, puis une pluviométrie inférieure à la moyenne au cours des mois critiques de juin, juillet et août, ont également nui au maïs aux stades décisifs de la période végétative (pollinisation/floraison), ce qui a considérablement réduit les rendements. Sur la base des données disponibles pour les principales zones de production agricole dans le sud-ouest et le nord-est du pays, les précipitations ont été inférieures d'environ 38 pour cent à la moyenne. Les pluies ont légèrement augmenté en août bien qu'elles aient été notablement inférieures à la moyenne. Le graphique 3 indique les précipitations moyennes enregistrées dans des provinces représentatives au cours de la campagne 2000, par rapport à la moyenne à long terme, tandis que le graphique 4 illustre les précipitations cumulées. En outre, la forte réduction des pluies cette année, après une pluviométrie inférieure à la moyenne en 1999, se traduira par une diminution de l'eau disponible pour remplir les réservoirs d'irrigation, risquant de compromettre sérieusement la préparation de la prochaine campagne agricole 2001.

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2.2 Production de riz paddy et de maïs 2000

Le riz est essentiellement cultivé dans les plaines alluviales et des rizières en terrasses à gradins, l'irrigation prédominant dans le sud-ouest du pays. Les superficies cultivées sont restées plus ou moins constantes depuis les dix dernières années, l'objectif annuel étant d'environ 580 000 hectares. Bien que l'objectif soit resté similaire pour la campagne 2000, le gouvernement a signalé que les emblavures, en raison des pénuries d'eau en début de campagne, ont été ramenées à 535 000 hectares, 45 000 hectares ayant été consacrés à d'autres cultures à faible rendement et moins sensibles à la sécheresse, comme le sarrasin, le sorgho et le mil. Par ailleurs, la disponibilité d'eau d'irrigation, qui aurait permis de compenser l'insuffisance des pluies, a été également moindre cette année, ce qui a réduit la productivité générale. En s'appuyant sur les inspections réalisées sur le terrain, la mission a estimé que les rendements de paddy cette année pourront s'établir entre 4,5 tonnes à l'hectare dans les zones disposant de sols de qualité et d'eau suffisante (soit sur environ un tiers des superficies ou 177 000 hectares), et 2,5 tonnes/ha, en moyenne, dans les autres zones (soit sur 358 000 hectares). La moyenne pondérée des rendements est donc globalement évaluée à 3,16 tonnes/ha2. De même que les années précédentes, les pertes après récolte risquent d'être élevées, du fait de l'insuffisance des transports.

En 1999, le gouvernement a signalé une nette réduction des emblavures de maïs, celles-ci étant passées d'environ 650 000 hectares, en moyenne, au début des années 90, à 496 000 hectares. Ce recul a été attribué à la culture de la pomme de terre, venue remplacer le maïs. Comme dans le cas des doubles récoltes, ce changement est en général perçu comme une stratégie efficace pour augmenter les approvisionnements alimentaires, notamment durant la période de soudure, qui commence en juin. Lors de la campagne 2000, l'insuffisance des précipitations a compromis la production de maïs plus que celle de riz, le maïs étant surtout cultivé en sec. Les rendements moyens en 2000 sont estimés à environ 2,2 tonnes à l'hectare, soit 25 pour cent de moins que l'évaluation faite par la mission FAO/PAM en 1999.

2.3 Production de pommes de terre, blé, orge, et autres céréales

Outre le riz et le maïs, d'autres cultures, du sorgho et du mil, ont été cultivées sur environ 65 000 hectares cette année, dont 45 000 hectares en remplacement du riz. Bien que ces cultures demandent généralement de faibles intrants, l'insuffisance des pluies et les pénuries d'eau ont donné de faibles rendements, estimés à quelque 1,0 tonne/ha. L'objectif visé par le programme des doubles récoltes pour 1999-2000 est d'ensemencer 100 000 hectares en blé d'hiver/orge et 23 000 hectares en orge de printemps/blé. L'objectif pour les pommes de terre a été fixé à 187 000 hectares pour l'an prochain, 103 000 hectares étant exclusivement consacrés à cette culture et 77 000 autres hectares à une double culture. Près de 50 pour cent de ces superficies se situent dans les provinces septentrionales de Ryanggang, Hamgyong nord et sud, et le reste dans la principale zone agricole de Hwangae nord et sud, et de Pyongan nord et sud. Si 2001 est une année moyenne, les rendements moyens devraient s'élever à 2 tonnes à l'hectare pour l'orge et le blé, et à 10 tonnes l'hectare (poids humide) pour la pomme de terre.

En fonction des indications fournies ci-dessus, l'estimation de production et les disponibilités céréalières prévues pour la campagne de commercialisation 2000/01 sont indiquées au tableau 1.

Tableau 1: RPD de Corée: Superficies ensemencées et production1/, 2000/01

Culture

Superficie (en milliers d’ha)

Rendement (t/ha)

Production (en milliers de tonnes)

Riz paddy

535

3,16

1 690

Maïs

496

2,1

1 041

Pomme de terre (2000)

187

10,00

1 870

Doubles cultures de blé et d’orge 99-00

123

2,00

246

Autres céréales

65

1,0

65

Riz paddy en équivalent riz usiné2/    

1 098

Pomme de terre en équivalent céréales3/    

470

Production totale (en équivalent céréales)    

2 920

La production céréalière intérieure (riz paddy en équivalent riz usiné et pomme de terre en équivalent céréales) est estimée à 2,92 millions de tonnes pour 2000/01.

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3. SITUATION DES DISPONIBILITES ALIMENTAIRES

Contrairement à 1998 et 1999, la campagne agricole 2000 a été médiocre en raison à la fois de la sécheresse et de l'effet cumulé de problèmes chroniques touchant le secteur agricole. Cette année encore, la production intérieure est loin de couvrir les besoins et le pays continuera donc à être fortement tributaire d'une aide alimentaire extérieure, sa capacité d'importations commerciales demeurant très limitée. L'aide alimentaire est un mécanisme d'adaptation essentiel pour un grand nombre de personnes vulnérables dont les conditions de vie, faute de cette assistance, risqueraient de se dégrader nettement. Le graphique 5 indique le volume total d'aide alimentaire reçu par la RPD de Corée depuis 1995/96, par rapport au déficit céréalier total estimé par la FAO et le PAM. L'aide alimentaire effectivement fournie, exprimée en tant que proportion du déficit estimé, se situe entre 36 pour cent en 1996/97 et 76 pour cent en 1997/98. Depuis 1995, les interventions d'aide alimentaire d'urgence, approuvées conjointement par le Directeur général de la FAO et le Directeur exécutif du PAM, dépassent, au total, 815 millions de dollars E.-U. Le pays a également reçu une aide alimentaire par des voies bilatérales et par l'intermédiaire d'ONG.

Il est important de remarquer, sur le graphique, que la différence entre l'estimation du déficit céréalier et l'aide alimentaire ne représente pas le volume couvert par les importations commerciales, une grande partie du déficit n'ayant pas été comblé, comme cela a été le cas pour la plupart des années précédentes. Au paroxysme de la crise en 1996/97, par exemple, en tenant compte de l'aide alimentaire effectivement livrée, de la production intérieure nette et des importations enregistrées, il a été estimé que la quantité de céréales disponibles, par habitant, étaient inférieure d'environ 25 pour cent aux besoins minimaux. Pour la période 2000/01, le déficit est calculé sur la base des chiffres démographiques officiels, qui ont été révisés, et sur les dernières projections de l'aide alimentaire dans la filière.

3.1 Bilan de l'offre et de la demande de céréales

Afin d'estimer le bilan de l'offre et de la demande de céréales pour la prochaine campagne de commercialisation (de novembre 2000 à octobre 2001), les hypothèses et les paramètres suivants ont été utilisés :

Sur la base des paramètres énoncés ci-dessus, le bilan céréalier pour l'année de commercialisation 2000-2001 (de novembre à octobre) est présenté dans le tableau 2.

Tableau 2: RPD de Corée: Bilan céréalier pour la période allant de novembre 2000 à octobre 2001

 

(en milliers de tonnes)

DISPONIBILITE TOTALE

2 920

Production céréalière1/

2 920

Prélèvement sur les stocks

0

UTILISATION TOTALE

4 785

Utilisation pour l’alimentation humaine

3 871

Utilisation pour l’alimentation animale

300

Autres utilisations, semences et pertes après récolte

614

BESOINS D’IMPORTATION

1 865

Capacité d’importations commerciales

200

Importations sous régime de faveur

500

Déficit restant à couvrir

1 165

- dont d’aide alimentaire d’urgence non confirmées

600

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4. BESOINS ET RÔLE DE L'AIDE ALIMENTAIRE

4.1 Accès des ménages à l'alimentation

Compte tenu du déclin du rôle du Système public de distribution pour couvrir les besoins alimentaires, d'autres filières, telles que les marchés de petits producteurs et les produits fabriqués par quelques usines, ont pris de l'importance. Cette situation a également contribué à accroître les écarts entre les divers groupes sociaux, en ce qui concerne l'accès à la nourriture. Cet accès est devenu plus compétitif, au détriment surtout de la population urbaine, éloignée des sources de production agricole et disposant de ressources limitées pour se procurer des aliments. La situation est préoccupante dans la mesure où les citadins constituent le groupe le plus vulnérable dans un système de protection sociale déjà insuffisant. En outre, bien que l'analyse globale des disponibilités alimentaires fondée sur des normes établies fournisse une indication générale des besoins, elle ne tient pas compte de ces anomalies. Sur la base des données disponibles, il semble que les céréales par habitant à la disposition de la population urbaine soient inférieures de 20 à 25 pour cent à celles dont bénéficie la population rurale, par habitant. Par ailleurs, l'accès des ménages à la nourriture devient de plus en plus dépendant des marchandises qui peuvent être échangées (poulets, par exemple).

Le petit commerce et les emplois sur les exploitations coopératives - rémunérés, à l'heure actuelle, par des allocations de vivres sur la base d'un système de "points de travail" - constituent d'autres moyens d'obtenir de la nourriture. Au cours de ses visites sur le terrain, la mission a remarqué qu'un grand nombre de personnes ramassaient le riz laissé dans les rizières après la récolte. Cette observation, ajoutée au fait que des cultures en zones accidentées instables sont de plus en plus fréquentes, montre clairement que le problème de la faim est loin d'être résolu en RPD de Corée.

Compte tenu des écarts qui apparaissent et de la capacité variable dans l'accès à la nourriture, les groupes les plus vulnérables risquent d'être encore plus marginalisés et de souffrir davantage de la malnutrition. L'aide alimentaire doit donc être accordée en priorité à ces groupes. Elle doit cibler, en permanence, les groupes vulnérables qui disposent de ressources limitées et qui ne sont pas encore complètement remis des effets des pénuries alimentaires précédentes; ces groupes souffriront d'une façon disproportionnée, cette année en particulier, du fait de la forte baisse de la production intérieure et, en conséquence, de la diminution des quantités de vivres acheminés par le Système public de distribution en 2000/01. Par ailleurs, l'aide alimentaire du PAM, spécifiquement fournie aux institutions chargées de dispenser des soins aux enfants et aux femmes enceintes et allaitantes, a donné d'excellents résultats et doit être poursuivie.

4.2 Évaluation des besoins nutritionnels

Afin d'évaluer les besoins alimentaires, la mission conjointe FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires, lors de sa visite en RPD de Corée, a utilisé un critère de 167 kilos de denrées alimentaires par habitant et par an pour couvrir 75 pour cent des besoins caloriques minimum, établis à 2 100 Kcal. Toutefois, en ce qui concerne les interventions d'urgence, l'OMS et le PAM calculent en général les besoins en calorie en fonction d'une règle selon laquelle il faut ajouter 100 Kcal par chaque 5 degrés centigrades en dessous de 20 degrés centigrades. La température en RPD de Corée étant en moyenne de l'ordre de 11 degrés centigrades, les besoins supplémentaires se chiffreraient donc à 200 Kcal, ce qui porterait le total à 2300 Kcal. Cependant, cette règle devra être revue afin de tenir compte de vastes groupes de populations nécessitant une récupération nutritionnelle après des années d'apports alimentaires insuffisants. Les chiffres de l'UNICEF indiquent que 60 pour cent des enfants souffrent de malnutrition chronique (retard de croissance) et que 30 pour cent des femmes enceintes ayant des enfants âgés de moins de 7 ans sont anémiées. Ces chiffres sont extrêmement élevés et ce n'est qu'en augmentant les apports alimentaires pour les porter au-dessus des besoins normaux, et surtout en distribuant des aliments enrichis, que les graves effets de la malnutrition à long terme pourront être réduits.

Afin de tenir compte de ce nouveau besoin, la mission a estimé qu'il serait sans doute justifié d'augmenter la quantité de calories à l'avenir. Pour étayer cette justification, toutefois, la mission considère impératif de mener à bien une évaluation objective et scientifique sur la nutrition dès que possible. Seule cette évaluation permettra de justifier une révision des besoins fondamentaux lors les prochaines évaluations de la situation des disponibilités alimentaires et de l'aide alimentaire.

4.3 Analyse de la vulnérabilité et ciblage de l'aide alimentaire

L'analyse de l'offre et de la demande globale présentée dans le bilan donne une vue générale de la situation des disponibilités alimentaires et des besoins d'aide alimentaire pour la prochaine campagne de commercialisation. Cependant, elle ne reflète ni les différences entre les divers segments de la population, ni le degré de vulnérabilité. Compte tenu des fortes disparités existantes au niveau de l'accès à la nourriture, la mission a noté qu'il était également important d'évaluer le degré de vulnérabilité dans le pays afin de mieux cibler l'aide alimentaire future. Une analyse de la vulnérabilité pourrait être menée de front avec l'enquête nutritionnelle proposée.

4.4 Distribution et suivi de l'aide alimentaire

Compte tenu de l'augmentation de l'aide alimentaire en 2000/01, la distribution et le suivi des produits devront faire l'objet d'un système de livraison pragmatique et réalisable. A cette fin, il est recommandé de mettre en place deux filières de livraison principales et une supplémentaire.

Les filières de distribution principales sont les suivantes:

La filière de distribution supplémentaire prendrait la forme de programmes vivres-contre-travail.

Les produits distribués par l'intermédiaire du SPD n'ont couvert qu'environ 40 pour cent des besoins en céréales. Les ménages les plus exposés à l'insécurité alimentaire sont davantage tributaires du SPD que les groupes sociaux plus aisés, qui peuvent avoir recours à d'autres sources officielles de nourriture et/ou disposer de revenus suffisants ou de marchandises à échanger pour obtenir de la nourriture. Le SPA restera donc un précieux filet de sécurité pour les groupes les plus vulnérables. Toutefois, l'aide alimentaire - autre donc que celle fournie au titre de programmes - distribuée par le biais du SPA devrait être surtout ciblée sur les plus vulnérables. A l'heure actuelle, le PAU utilise le SPA pour cibler l'aide alimentaire sur les mères et les personnes âgées. Tous les membres de ce groupe sont couverts et seuls un câblage géographique (zones urbaines et districts caractérisés par un déficit alimentaire) est donc appliqué.

Actuellement, il est clair que la majeure partie de l'aide alimentaire fournie par le PAU est surtout consacrée aux programmes d'alimentation des groupes vulnérables. Ces programmes sont très précieux pour répondre aux problèmes de malnutrition des groupes à risque. Toutefois, étant donné qu'ils ne permettent qu'un câblage régional et non individuel, le risque d'erreur soit sans doute assez élevé dans ce type de programme.

Afin de remédier aux carences en protéines et en micronutriments, un programme plus efficace consisterait à fournir une plus grande quantité d'aliments enrichis aux mères et aux jeunes enfants. Le PAM et deux ONG encouragent actuellement la production locale d'aliments enrichis destinés aux enfants jusqu'à l'âge de 15 ans ainsi qu'aux femmes enceintes et aux mères allaitantes. Étant donné que les capacités de production locale sont encore limitées et que les coupures d'électricité et les pannes entravent la production, il serait important de compléter les produits fabriqués localement par des importations de produits alimentaires spécifiques. L'assortiment alimentaire fourni par l'aide humanitaire devrait également comporter plus de produits riches en protéines, tels que du soja ou des légumineuses. Le lait en poudre, dans la mesure où les institutions l'utilisant peuvent garantir l'hygiène nécessaire à sa préparation, constituerait un intrant très précieux dans les écoles et les jardins d'enfants.

L'aide alimentaire n'est distribuée que dans les régions accessibles. Le suivi de l'assistance permet de mieux cibler l'aide alimentaire, compte tenu en particulier des différences existantes au niveau des disponibilités alimentaires dans le pays. D'une manière générale, la qualité de l'accès s'est améliorée grâce à une plus grande souplesse au niveau des accords de visite et du nombre de visites autorisées auprès des bénéficiaires ruraux. Cependant, la mission a noté qu'un plus grand nombre de visites aléatoires dans les districts accessibles permettrait de mieux évaluer les besoins et la vulnérabilité, et donc de mieux cibler l'assistance à l'avenir. A l'heure actuelle, le PAM a accès à 163 districts sur 211 au total, qui regroupent quelque 84 pour cent de la population. Depuis mars 1998, le nombre de districts auxquels il est possible d'accéder à des fins de suivi a progressivement augmenté, passant de 151 à 163 aujourd'hui.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des Secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à :

Abdur Rashid
Chef, SMIAR FAO
Télex : 610181 FAO
Télécopie : 0039-06-5705-4495
Mél: GIEWS1@FAO.ORG

M. John M. Powell
Directeur régional, OAE, PAM
Télex: 626675 WFP 1
Télécopie: 0039-06-6513-2863
Mél: .John.Powell@WFP.ORG

Il est possible de recevoir automatiquement, par messagerie électronique, les Alertes spéciales et les Rapports spéciaux, dès leur publication, en souscrivant à la liste de distribution du SMIAR. A cette fin, veuillez envoyer un message électronique à l'adresse suivante: mailserv@mailserv.fao.org , sans renseigner la case « objet » en indiquant le message ci-après:

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1 Sur la base du rapport technique no. 724 de l'OMS, Besoins énergétiques et protéiques, Rapport d'une consultation conjointe d'experts FAO/OMS/UNU, publié en 1985. Réf. OMS "Gestion de la nutrition lors de crises majeures" (The Management of Nutrition in Major Emergencies), 2000.

2 ((4,5 t/ha x 177 000 ha) + (2,5 t/ha x 358 000))/535 000 ha.

3 Bien que les effectifs de la population soient moindres que ceux estimés précédemment par la FAO et le PAM, il a été décidé d'utiliser les chiffres officiels qui tiennent compte de la mortalité estimée et d'un indice de fécondité moins élevé, ce qui reflète la situation actuelle des disponibilités alimentaires et l'état de santé de la population.