SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO

RAPPORT SPÉCIAL

EN ROUMANIE, LA PRODUCTION CÉRÈALIÈRE ENREGISTRE UNE FORTE BAISSE SOUS L'EFFET DE LA SÉCHERESSE

29 novembre 2000

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Généralités

En Roumanie, après la plus forte des sécheresses enregistrées depuis des décennies, la production céréalière de la campagne 2000 a considérablement diminué, bien au-delà du recul constaté au cours des dix dernières années. Selon les données officielles sur la pluviométrie et les températures, plus de 90 pour cent des superficies agricoles ont souffert de la sécheresse, à divers degrés, de mai à la fin août 2000, voire au-delà. Dans de nombreuses régions, le temps sec s'est poursuivi en septembre et en octobre. Dans la majeure partie des principales zones agricoles, les effets de la sécheresse ont été aggravés par une vague de chaleur, en plein été.

Sur l'ensemble des cultures céréalières, le maïs, qui est semé au printemps et bénéficie en général d'une humidité suffisante pendant toute la période de végétation, a été le plus touché. Le blé, semé en hiver, a légèrement moins souffert, ayant pu profiter de l'humidité accumulée dans les sols en automne et en hiver. Outre les céréales, la sécheresse a également eu un effet préjudiciable sur les tournesols, dont la période de végétation correspond à celle du maïs, ainsi que sur d'autres cultures vivrières et fourragères.

Compte tenu du fléchissement de la production céréalière, la situation des approvisionnements alimentaires devrait être tendue dans les mois à venir et des importations substantielles risquent d'être nécessaires avant la fin de la campagne de commercialisation 2000/01 (juillet/juin), qui est en cours. Cette situation contraste fortement avec les années précédentes durant lesquelles la Roumanie était un exportateur net de céréales.

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La production céréalière en 2000

En Roumanie, le blé est en général semé en septembre-octobre (voir Figure 1), le moment exact étant déterminé par les précipitations automnales qui sont nécessaires pour obtenir les conditions propices à la première phase des travaux agricoles: le labourage. La meilleure époque pour les semis est aux alentours de la mi-octobre et la date limite (cependant non recommandée) se situe vers la mi-novembre. Si les cultivateurs ne peuvent respecter ce calendrier, ils préfèrent en général ne pas semer de blé et attendre le printemps pour planter du maïs. Le blé reste en dormance pendant l'hiver et commence à pousser en avril. La floraison a lieu fin mai et les grains se développent en juin/juillet. Les précipitations doivent être suffisantes à ces deux époques, tout stress hydrique ayant une forte incidence sur les rendements.

Le maïs, semé en avril-mai (voir Figure 2), avec surtout des variétés hybrides locales, mûrit entre 90 et 150 jours. Les stades critiques de la période de végétation, où il faut donc disposer d'une humidité suffisante, sont le tallage, la floraison et la formation de l'épi qui se déroulent en juin, juillet et août. La récolte a en général lieu fin août/début septembre, ou fin octobre pour les types à maturation tardive. Si le blé souffre d'un déficit hydrique à ces divers moments, les rendements baisseront considérablement.

Le Graphique 1 indique la répartition des précipitations en 1999-2000 dans dix provinces représentatives, en comparaison à la moyenne sur le long terme. Les données montrent clairement qu'une forte sécheresse a prévalu à tous les stades critiques de la période de végétation du blé et du maïs.

Outre l'humidité des sols, la température de l'air a également fortement influé sur la croissance des cultures. Des températures au-dessus de la moyenne (de juin à août) ont été signalées dans l'ensemble du pays, l'air ayant atteint de 36 à 400C et la surface du sol, 500C en août. Le "point de flétrissement" critique pour le maïs a été dépassé à cette époque dans de nombreuses régions productrices de céréales.

Figure 1: Roumanie - Blé, en pourcentage de la superficie totale, par province

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Source: Système mixte de prévisions météorologiques pour l'agriculture (JAWF), Département de l'agriculture des États-Unis .

Figure 2: Roumanie - Maïs, en pourcentage de la superficie totale, par province

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Source: Système mixte de prévisions météorologiques pour l'agriculture (JAWF), Département de l'agriculture des États-Unis .

Graphique 1: Roumanie - Précipitations dans dix provinces représentatives : moyenne
entre 1961-1990 et pluviométrie relevée en 2000 (mm)

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Du fait principalement des conditions météorologiques défavorables, on estime que la production céréalière de la campagne 2000 a chuté, pour s'établir entre 9,5 et 10 millions de tonnes environ, ce qui représente l'une des récoltes historiques les plus faibles. Selon les derniers rapports officiels, la production totale de blé se chiffre à quelque 4,4 millions de tonnes, soit 7 pour cent de moins que la récolte, déjà réduite, de l'an dernier, malgré une augmentation des emblavures estimée à 15 pour cent, et environ 20 pour cent de moins que la moyenne quinquennale. La baisse de production de maïs - autre céréale majeure - devrait être encore plus marquée. Il a été signalé que les cultures ont été complètement détruites dans de nombreuses régions et l'on prévoyait, début novembre, que la production, au mieux, s'établirait à environ 4 millions de tonnes, contre un volume moyen de quelque 10 millions de tonnes.

La production de la plupart des autres sous-secteurs agricoles a également considérablement fléchi, la sécheresse ayant été préjudiciable aux oléagineux, aux légumes, aux fruits et au raisin. Les pâturages et les cultures fourragères ont aussi souffert, ce qui risque d'entraîner une diminution du cheptel dans l'année.

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Premières perspectives pour le blé de la campagne 2001

Selon les rapports officiels début novembre, les emblavures de blé d'hiver, qui sera récolté l'an prochain, représentent environ 1,7 million d'hectares. Toutefois, le début de la campagne a été en général compromis par un manque d'humidité continu dans de nombreuses régions et par la situation financière des agriculteurs, plus tendue que d'habitude en raison des récoltes partiellement mauvaises de la campagne 1999/2000.

La sécheresse excessive des sols a rendu les travaux agricoles difficiles, voire impossibles, en automne, dans de nombreuses régions, et en a augmenté le coût. Outre la nécessité de consacrer davantage de temps aux tâches automnales, ce qui a repoussé de nombreux semis au-delà de la date optimum, les lits de semences se sont avérés de mauvaise qualité dans l'ensemble; le démarrage des cultures risque donc d'être affecté et les plantes nuisibles proliféreront probablement davantage qu'en temps normal. L'on signale en outre que les semences utilisées cette année sont en général de qualité inférieure à la normale.

A l'approche du repos hivernal, une grande partie du blé cultivé sera sans doute moins robuste que la moyenne des quelques dernières années, et donc plus vulnérable aux dangers de l'hiver. D'après ces premières prévisions, la situation des approvisionnements en blé du pays risque de ne pas s'améliorer l'an prochain et devra être étroitement surveillée au cours des mois à venir.

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Bilan de la demande et des disponibilités céréalières en 2000/01

Du fait de la production réduite de blé l'an dernier (4,7 millions de tonnes en 1999), on estime que les stocks de blé, établis à environ 700 000 tonnes en début de campagne de commercialisation 2000/01, sont légèrement inférieurs à ceux de la plupart des années précédentes. D'après plusieurs sources, les réserves de blé actuellement détenues par l'État seraient de l'ordre de 200 000 tonnes. Une estimation prudente chiffre les réserves faites à la fois par les commerçants, les minotiers et les agriculteurs privés, en début d'année, à quelque 500 000 tonnes. Bien que, selon les rapports, la situation des disponibilités en blé ait été tendue au cours du dernier semestre de l'année précédente, aucune pénurie flagrante de stocks d'exploitation n'a été signalée.

En fonction de ces données et de la production de blé prévue en 2000, comme indiqué ci-dessus, le pays devrait donc disposer d'environ 5 millions de tonnes de blé en 2000/01, ce qui devrait normalement suffire tout juste à couvrir les besoins (alimentation humaine, animale et semences), compte tenu des pertes.

La production de maïs qui, comme mentionné précédemment, est l'une des principales céréales fourragères et une importante source d'alimentation humaine, a été plus nettement réduite cette année. Ainsi, en dépit du niveau satisfaisant des réserves que l'on estime être reportées de l'an dernier (environ 1 million de tonnes), les approvisionnements intérieurs, qui, au total, dépassent à peine 5 millions de tonnes, représenteraient environ seulement la moitié de la moyenne des utilisations nationales des cinq dernières années.

Afin d'estimer le volume de céréales qu'il sera sans doute nécessaire d'importer cette année, il faut tenir d'autres facteurs qui ont une incidence sur les approvisionnements intérieurs.

Premièrement, l'un des traits distinctifs du secteur agricole en Roumanie depuis les dix dernières années est la forte importance des fermes de subsistance, qui opèrent à petite échelle et détiennent environ 60 pour cent des terres agricoles et du cheptel. Ce secteur, bien qu'assurant une grande partie de la production totale, est pour ainsi dire complètement isolé des marchés. Les céréales produites sont stockées sur les exploitations et utilisées en grande partie par celles-ci à des fins de consommation humaine et animale ; il est en outre fréquent de substituer les céréales entre elles. Les réserves céréalières sont détenues pour une année ou plus ; le risque d'avaries est donc élevé mais, en cas de mauvaise campagne, ces réserves constituent néanmoins une précieuse garantie pour les familles. Dans la plupart des cas, une petite quantité seulement de ces récoltes fermières sont commercialisées, en règlement souvent de prestations de minoterie ou de moisson.

Traditionnellement, l'essentiel du blé et du maïs approvisionnant les marchés urbains est produit par le secteur commercial de l'économie, qui est constitué de fermes d'État, d'associations privées et de sociétés agricoles commerciales. En ce qui concerne le blé, si les disponibilités totales semblent suffisantes pour satisfaire les besoins normaux du pays l'an prochain, il serait faux de supposer que toute la population a accès aux sources d'approvisionnement. La majorité des familles rurales pourront probablement couvrir leurs propres besoins grâce aux récoltes de cette année ou en puisant, si nécessaire, dans leurs stocks sur les exploitations, mais les excédents dont elles pourraient disposer ne parviendront aux marchés des villes qu'en petite quantité dans une année à faible production comme celle-ci. Si le secteur commercial ne réussit pas à couvrir les besoins des zones urbaines, les stocks nationaux de réserve ou les importations devront très probablement couvrir tout déficit éventuel.

Deuxièmement, alors que la discussion, jusqu'à présent, a porté sur la quantité de céréales disponible cette année, il faut également tenir compte de la qualité des récoltes. Selon les informations communiquées par les commerçants et les minotiers, la sécheresse a nui à la qualité du blé, ce qui signifie que quel que soit le volume des disponibilités sur le marché intérieur, il sera sans doute nécessaire d'importer du blé de meilleure qualité pour effectuer des mélanges.

Troisièmement, en raison de la forte pénurie d'aliments pour animaux prévue cette année, résultant non seulement de la baisse de la production de maïs mais aussi de la réduction des cultures fourragères, il est probable que le secteur des petites exploitations utilisera du blé en remplacement des autres céréales fourragères. Cette situation réduira encore les excédents dont ce secteur pourrait disposer pour alimenter les marchés des villes.

Enfin, la situation macro-économique du pays, en particulier le taux d'inflation qui devrait atteindre 40 pour cent d'ici la fin de l'année, encourage également les producteurs à ne pas approvisionner les marchés. On s'attend à ce que les cultivateurs ne vendent que le minimum nécessaire pour obtenir des liquidités. Ce comportement aggrave les effets de la sécheresse et complique l'évaluation de l'incidence de la sécheresse. En fait, plus tôt dans l'année, il a été évalué, de sources commerciales, que la production de blé était beaucoup moins importante que la dernière estimation, les commerçants ne disposant pour ainsi dire pas de blé national. Plus tard, lorsque des liquidités ont été nécessaires pour les travaux agricoles de l'automne, une augmentation des ventes a été notée.

Ainsi, bien que les disponibilités totales de blé du pays en 2000/01 semblent être juste suffisantes pour couvrir les utilisations normales, il est probable qu'il faudra importer du blé au cours de l'année pour compenser la qualité des cultures, moins bonne qu'à l'ordinaire, et pour couvrir les pénuries des produits normalement fournis par le secteur commercial pour approvisionner les marchés urbains.

Pour ce qui est du maïs, même si l'on suppose un fort prélèvement des réserves dans l'année, il manquera environ 4 millions de tonnes par rapport à la moyenne des utilisations nationales au cours des cinq dernières années. Comme il est mentionné précédemment, le blé sera sans doute davantage utilisé comme aliment pour bétail afin de compenser une partie de la pénurie, mais il est peu probable que des importations commerciales couvrent le reste du déficit ; les utilisations nationales devraient donc fortement diminuer. Des importations d'aliments pour animaux à des prix relativement plus élevés présenteraient peu d'intérêt pour de nombreux petits producteurs et l'on s'attend à ce que le nombre de têtes de bétail diminue au cours de l'année.

Le gouvernement a déjà pris des mesures pour résoudre certains des problèmes liés à la baisse de la production céréalière cette année. Afin d'encourager les producteurs à écouler les réserves de blé sur le marché, le gouvernement a annoncé en septembre qu'un bonus de 300 000 lei par tonne (soit 12,5 dollars des E.-U. par tonne1) serait versé aux producteurs qui vendraient du blé aux minotiers et aux transformateurs nationaux. Toutefois, fin novembre 2000, la quantité de blé mise en vente était encore limitée. Fin octobre, le gouvernement a annoncé qu'il autorisait des importations de 500 000 tonnes de maïs, au total, à des fins d'alimentation animale, jusqu'au 30 juin 2001 et que ces importations seraient exemptées de taxes de douane.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO (Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: GIEWS1@FAO.ORG ).

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1 Sur la base d'un taux de change de 24 000 lei pour un dollar E.-U. fin septembre.