SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES DANS LES RÉGIONS DU KARAKALPAKIE ET DE KHOREZM, EN OUZBÉKISTAN

19 décembre 2000

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FAITS SAILLANTS

  • Une sécheresse et une pénurie d'eau d'une intensité sans précédent depuis de nombreuses années ont frappé le nord-ouest de l'Ouzbékistan, plus particulièrement la République autonome du Karakalpakie et, dans une moindre mesure, la province de Khorezm. Les pertes en riz, coton et cultures fourragères ont été très lourdes.
  • Une mauvaise gestion des ressources en eau et l'entretien insuffisant du réseau d'irrigation, ajoutés à des modèles de culture non viables, ont exacerbé les effets de la sécheresse.
  • La production céréalière globale de l'année 2000 est en baisse d'environ 6 pour cent à l'échelon national, mais elle a reculé de 54 pour cent dans la République autonome du Karakalpakie. Dans cette région, les récoltes de riz et de pommes de terre ont été quasiment inexistantes, tandis que la production fourragère et oléagineuse a diminué de moitié et celle de coton et de légumes de 30 à 40 pour cent. D'après les indications, les arbres fruitiers pérennes et les vignes dépériraient. Par ailleurs, en raison de la pénurie d'eau, les vastes superficies qui sont d'ordinaire consacrées au blé d'hiver, n'ont pas été emblavées.
  • Selon les estimations, les besoins en importations de céréales devraient atteindre 702 000 tonnes, à couvrir pour l'essentiel par les voies commerciales, tandis qu'une aide alimentaire en faveur des populations situées dans les zones les plus touchées, pourrait s'avérer nécessaire.
  • Au Karakalpakie, quelque 45 000 personnes souffrent de graves pénuries alimentaires dues à la sécheresse et auront besoin d'une aide alimentaire pendant une période de huit mois. Au total, 4 300 tonnes de farine de blé et 286 tonnes d'huile végétale leur seront nécessaires. La mise en place d'un système de surveillance de la sécurité alimentaire s'avère également urgente.
  • Dans la province de Khorezm, les dégâts aux cultures sont relativement limités et une aide alimentaire pourrait ne pas être nécessaire.

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1. VUE D'ENSEMBLE

Le présent rapport est établi sur la base des informations recueillies par une récente mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires en Ouzbékistan. La mission a estimé la production végétale de 2000, évalué la situation générale des disponibilités alimentaires et mesuré les besoins en importations céréalières, aide alimentaire comprise, pour la campagne de commercialisation 2000/01. Elle a également identifié l'aide d'urgence nécessaire et les mesures à prendre pour la remise en état du secteur agricole1.

La mission s'est rendue tout d'abord à Tachkent, puis elle s'est déplacée vers les zones les plus touchées, la République autonome du Karakalpakie et la province de Khorezm, situées respectivement à quelque 1 200 km et 950 km au nord-ouest de Tachkent, à l'embouchure de l'Amou-Daria. La mission s'est longuement entretenue avec les fonctionnaires gouvernementaux à Tachkent et avec les autorités régionales, de district et locales au Karakalpakie et dans la province de Khorezm, ainsi qu'avec les agriculteurs et le personnel des institutions des Nations Unies, d'organismes bilatéraux et des ONG. Le personnel des bureaux du PNUD à Tachkent et à Noukous a apporté un précieux soutien à la mission. Dans le pays, les donateurs ont demandé que la priorité soit donnée aux régions les plus touchées.

L'Ouzbékistan, et notamment les deux régions les plus affectées, est un territoire désertique de latitude moyenne, au climat aride caractérisé par des étés chauds et des hivers froids. L'agriculture est tributaire de l'irrigation et concentrée dans les vallées fluviales. Les conditions de sécheresse qui règnent en Asie centrale depuis 1999 ont réduit le débit des fleuves qui se déversent dans la Mer d'Aral. L'impact de cet affaiblissement a été aggravé par une mauvaise gestion de l'eau, en particulier le long de l'Amou-Daria qui alimente en eau d'irrigation quelque 500 000 hectares au Karakalpakie et 231 000 hectares dans la province de Khorezm. Pendant neuf mois, de janvier à septembre 2000, le débit fluvial moyen dans le Réservoir de Tyuyamuyun, au sud des zones touchées, n'a pas dépassé 42 pour cent de la moyenne de longue durée. La position géographique du Karakalpakie et de la province de Khorezm, situés non seulement à l'extrémité du fleuve, mais aussi à celle de plusieurs emplacements hydroélectriques et réseaux d'irrigation placés en amont, semble avoir accentué les effets de la sécheresse dans ces régions, comme nulle part ailleurs dans le pays.

À l'échelon national, la sécheresse a causé cette année un fléchissement de la production vivrière et de rente. Le temps sec a affecté la production de blé d'hiver irrigué, tandis que la pénurie d'eau d'irrigation a réduit de plus de moitié la production de riz de la campagne 2000 et amoindri la récolte de coton. Au niveau national, la récolte céréalière de 2000 est estimée à 4,05 millions de tonnes, un volume bien inférieur à l'objectif (5,8 millions de tonnes) et en recul de quelque 6 pour cent à la production de la campagne précédente. D'après les indications officielles, la production globale de blé de l'année 2000 atteindrait 3,6 millions de tonnes (poids nettoyé), soit un volume équivalent à celui de la dernière campagne, avec 3,1 millions de tonnes provenant des exploitations publiques et du secteur privé, et 0,6 million de tonnes des fermes dekhan/parcelles familiales (poids ensilé). La production globale de riz est estimée à 200 000 tonnes seulement, contre 421 000 tonnes en 1999. Au Karakalpakie et dans la province de Khorezm, où sont concentrées environ 70 pour cent des superficies consacrées au riz, la production rizicole a nettement fléchi. La récolte de coton, la principale culture d'exportation qui finance les importations de blé et d'équipements, est estimée officiellement à 3 millions de tonnes seulement, contre 3,6 millions de tonnes l'année précédente, soit un volume largement inférieur à l'objectif de 3,9 millions de tonnes fixé pour la campagne 2000.

Les besoins en importations de céréales pour la campagne de commercialisation 2000/01 (juillet/juin) sont estimés à 702 000 tonnes, dont 610 000 tonnes de blé, 62 000 tonnes de riz et 30 000 tonnes de céréales secondaires. En particulier, les achats de riz nécessaires sont supérieurs à la normale. D'après les chiffres officiels, la balance commerciale serait encore positive, mais les lourdes pertes économiques causées par la sécheresse en termes de devises perdues et de revenu rural sacrifié dans les régions touchées, pourraient retentir à la fois sur l'accès des ménages à la nourriture au Karakalpakie, et sur le budget national, et elles limiteront l'aide que le Gouvernement central sera en mesure de fournir aux régions les plus touchées. Toutefois, la demande d'assistance ne prévoyait pas une aide alimentaire. Les priorités du Gouvernement central en ce qui concerne l'aide extérieure allaient à l'équipement et aux machines nécessaires pour améliorer l'alimentation en eau des populations et soutenir l'agriculture dans les régions affectées, ainsi qu'aux fournitures médicales. Près de la moitié de la population du Karakalpakie n'a pas accès à l'eau potable, tandis que l'eau souterraine est de plus en plus minéralisée, saumâtre et imbuvable. Le ruissellement de l'eau d'irrigation est destiné aux animaux. De ce fait, on observe une augmentation des cas de maladie aussi bien dans la population qu'au niveau du bétail.

Dans la République autonome du Karakalpakie, la récolte du blé de la campagne 2000 (qui avait été emblavé en septembre/octobre 1999 et a ainsi échappé à la pénurie d'eau du printemps dernier) a été bonne, atteignant 91 000 tonnes. La grave pénurie d'eau d'irrigation enregistrée au mois de mai a toutefois affecté toutes les cultures de printemps, dans les exploitations d'État comme sur les parcelles familiales. La production de pommes de terre a été déficitaire, la récolte de riz a chuté de 86 pour cent, et celle de maïs et autres céréales de printemps d'environ 65 pour cent, tandis que la production de melons, de plantes fourragères et d'oléagineux a été réduite quasiment de moitié et celle de coton et de légumes d'un tiers. En outre, le manque d'eau a causé une nette diminution des superficies consacrées au blé d'hiver, à récolter au printemps/été 2001.

D'après les indications, dans la République autonome, la production céréalière globale de la campagne 2000 pourrait tomber à environ 122 000 tonnes, contre 266 000 tonnes en 1999 et 210 000 en 1998. Cette région est une zone traditionnellement déficitaire pour ce qui est du blé (tandis qu'elle produit des excédents de riz) et reçoit chaque année du Gouvernement central une allocation d'environ 50 000 tonnes de farine de blé. La production de riz et autres céréales des fermes dekhan/parcelles familiales complète cette dotation. Il reste à savoir dans quelle mesure le déficit de 54 000 tonnes de céréales prévu au Karakalpakie en 2000/01 pourra être couvert par une allocation supplémentaire de la part des autorités centrales. Le Gouvernement du Karakalpakie considère l'aide alimentaire comme une priorité absolue. En revanche, les autorités de Tachkent tendent plutôt à privilégier l'aide des donateurs, sous forme d'équipements destinés à améliorer l'alimentation en eau potable et de médicaments importés.

Au Karakalpakie, la production animale suscite bien des inquiétudes en raison de la pénurie d'eau potable et du manque d'aliments de qualité et de fournitures vétérinaires. Ce sont les agriculteurs et les ménages privés qui devraient être les plus touchés cet hiver, car les réserves en fourrage ensilé de qualité et en pâturages pour l'entretien du bétail, sont extrêmement réduites.

La province de Khorezm a souffert elle aussi du manque d'eau d'irrigation, bien que dans une moindre mesure. Selon les estimations, par rapport à 1999, la production de riz serait en recul de 84 pour cent, et celle de coton et de betterave à sucre d'un tiers.

Neuf districts2 du Karakalpakie, pour une population totale de quelque 400 000 personnes (soit 25 pour cent de la population) et 5 districts3 de la province de Khorezm, soit près de 600 000 personnes (44 pour cent de la population) ont été particulièrement touchés par la pénurie d'eau. Dans ces zones, l'approvisionnement en eau potable constitue également un problème de tout premier plan.

Concernant les perspectives pour la récolte céréalière de 2001, l'objectif pour les emblavures de blé d'hiver dans le secteur public a été abaissé à 1,18 million d'hectares, dont 1 million d'hectares de terres irriguées et 182 000 hectares de terres sans irrigation. L'objectif de production dans le secteur d'État est de 4,07 millions de tonnes de blé et d'orge, dont 3,94 millions de tonnes de blé. D'autres céréales sont cultivées dans le secteur privé. Au Karakalpakie, les semis de blé pour la campagne 2001 progressent avec une extrême lenteur. Les disponibilités en eau étaient suffisantes pour l'ensemencement de 11 000 hectares à la mi-octobre, contre une moyenne (1996-2000) de 31 000 hectares de semis. Les emblavures de blé d'hiver ont été bien supérieures dans la province de Khorezm, où les réserves d'eau étaient plus abondantes.

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2. CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE ET SECTEUR DE L'AGRICULTURE

L'Ouzbékistan est constitué de 12 provinces et de la République autonome du Karakalpakie. Avec une population de 24,5 millions de personnes, le pays s'étend sur 447 000 kilomètres carrés et confine au sud-est avec le Tadjikistan, au nord-est avec le Kirghizistan, au nord avec le Kazakhstan et au sud-ouest avec le Turkménistan. Les trois-cinquièmes du territoire sont désertiques ou semi-désertiques, la superficie cultivée ne représentant que 4 millions d'hectares. En termes climatiques, l'Ouzbékistan appartient au désert aride (pluviosité annuelle de 110 à 200mm) de latitude moyenne, caractérisé par des étés chauds et des hivers froids, avec des températures tombant jusqu'à -40° et grimpant à +45°. Sur le plan topographique, le territoire est principalement un désert de sable, plat ou vallonné, constitué de dunes ou de vastes vallées fluviales plates à irrigation intensive. L'altitude oscille entre 12 mètres au-dessus du niveau de la mer, au point le plus bas, et 4 300 mètres au point culminant.

Avec un PIB estimé à 2 529 dollars E.-U. en 1997, l'Ouzbékistan se situe au troisième rang parmi les pays d'Asie centrale, derrière le Kazakhstan et le Turkménistan. La croissance réelle du PIB était de 5,2 pour cent en 1997 et de 4,4 pour cent en 1998, mais selon le FMI elle pourrait être surestimée. Le PNB par habitant était estimé à 870 dollars E.-U. en 1998.

L'Ouzbékistan est un pays riche en ressources, mais avec un taux de pauvreté élevé, estimé à 75 pour cent en 1999. Toutefois, le coefficient de Gini est évalué à 0,3333, soit l'un des taux de croissance de l'inégalité du revenu les plus faibles des pays d'Asie centrale de la CEI. Le taux de chômage est de 11 pour cent en 2000, mais avec des oscillations saisonnières très importantes. La plupart des travailleurs agricoles saisonniers ne sont pas inscrits auprès d'un bureau de placement, notamment parce qu'ils cultivent leurs propres parcelles. Le taux d'analphabétisme est élevé (99 pour cent), sans grande différence entre les femmes et les hommes. Le taux de chômage est toutefois plus important chez les femmes. Chez les jeunes, le niveau de chômage est démesurément élevé. À l'indice du développement humain, l'Ouzbékistan est classé 106ème sur 174 pays.

Le Gouvernement de l'Ouzbékistan met actuellement en _uvre un certain nombre de stratégies visant à renforcer la participation des femmes à la vie politique et leur contribution au développement économique, et il a notamment établi un quota minimum pour la participation des femmes à l'administration politique. Le Gouvernement octroie aux femmes des allocations de maternité pour une période de deux ans après la naissance d'un enfant. Elles sont en outre exemptées de l'impôt sur le revenu pendant deux ans, lors du démarrage d'une entreprise agricole. Les femmes au chômage peuvent prétendre à une formation ou à un recyclage professionnels.

Le Gouvernement a adopté une démarche très progressive pour l'introduction de réformes favorisant les mécanismes du marché. L'objectif premier des politiques économiques mises en _uvre est d'assurer une croissance généralisée et d'améliorer le niveau de vie, tout en maintenant la stabilité sociale. La stratégie de développement repose sur une industrialisation visant à réduire les importations. La réglementation des échanges commerciaux et le contrôle des taux de change4 sont des éléments essentiels de cette stratégie. Des allocations de devises, discrétionnaires et administratives, redistribuent les revenus de secteurs orientés vers l'exportation comme l'agriculture, à des secteurs réducteurs d'importations.

Le Karakalpakie compte une population de 1,5 million de personnes, dont 1,1 million de ruraux. Il s'agit d'un territoire relativement pauvre en ressources naturelles. La production agricole est la principale activité économique de la région.

L'agriculture est tributaire de l'irrigation. L'eau, qui est utilisée pour la production d'hydroélectricité et pour l'irrigation, provient des deux principaux fleuves: l'Amou-Daria et le Syr-Daria qui desservent également le Kirghizistan, le Tadjikistan, l'Afghanistan5, le Turkménistan et certaines régions du Kazakhstan. Alimenté principalement par les glaciers des montagnes du Tadjikistan, l'Amou-Daria est le fleuve le plus important d'Asie centrale, avec un bassin de 309 000 km2 et une longueur totale de 2 540 km. Il pénètre en Ouzbékistan en amont de Termez et se jette dans la Mer d'Aral, après avoir serpenté le long de la frontière avec le Turkménistan. Le Karakalpakie et la province de Khorezm se trouvent dans son delta. Le Syr-Daria prend sa source dans les glaciers de l'Alaï et s'écoule à travers le Kirghizistan et l'Ouzbékistan (dans la vallée de Ferghana) pour se déverser lui aussi dans la Mer d'Aral. Cette dernière fait l'objet d'un assèchement progressif lié à une utilisation excessive des eaux fluviales, qui est la cause d'un désastre écologique dans les zones riveraines, notamment au Karakalpakie.

L'agriculture est le secteur économique le plus important, contribuant pour près d'un tiers au PIB et employant environ 40 pour cent de la population active. Quelque 60 pour cent de la valeur de la production agricole provient des cultures, et le restant de l'élevage. Le coton est la principale culture en termes économiques, suivi du blé. L'Ouzbékistan est le cinquième producteur et le deuxième exportateur de coton du monde. Une bonne partie de la production industrielle légère est liée au coton, qui est produit sur des terres irriguées dans tout le pays et qui assure environ 40 pour cent des recettes d'exportation. Le Gouvernement s'efforce de parvenir à l'autosuffisance alimentaire et une partie des terres (irriguées) ont été détournées du coton au profit de la production vivrière, tandis que l'accroissement prévu du rendement en coton ne s'est pas produit, en raison notamment du caractère inadéquat des mesures d'incitation.

À l'échelle du pays, les pâturages naturels non améliorés, utilisés pour le pacage et le foin, constituent le principal mode d'utilisation des terres (53 pour cent); 36 pour cent sont des terres non agricoles et environ 10 pour cent sont des terres cultivées, dont 82 pour cent sous irrigation.

Il n'existe pas de régime de propriété privée des terres, ni de marché foncier, et les droits d'utilisation à bail existants sont limités et confus. On recense principalement trois types d'entreprise agricole. Dans le secteur public, d'énormes progrès ont été faits au cours de la dernière décennie avec la réorganisation des fermes d'État et collectives en shirkhats, dont le fonctionnement est toutefois encore très similaire à celui des anciennes structures. Les shirkhats, qui constituent une phase transitoire, assurent le transfert de petites parcelles privées à leurs propres travailleurs.

Les agriculteurs privés gèrent des exploitations individuelles de 10 à 100 ha, selon la région. Ils bénéficient d'un bail permanent sur leurs terres, transmissible par voie d'héritage. Malgré leur apparente indépendance juridique, ces fermes sont fortement tributaires des shirkhats pour l'irrigation, les intrants et la commercialisation, et elles sont souvent sujettes à la commande d'État, applicable au blé, au coton et au riz. Cette catégorie est destinée à inclure au bout du compte la plupart des cultivateurs, mais le processus de réforme et de privatisation progresse avec lenteur. En Ouzbékistan, les exploitations les plus indépendantes sont les élevages privés. Ils ne dépendent pas des fermes d'État pour l'irrigation et autres intrants essentiels, s'étendent sur une moyenne de 65 hectares et comptent en moyenne 400 têtes de bétail.

Les fermes dekhan, ou parcelles familiales (SFH) ont une superficie limitée par la loi à 0,25 hectare. Dans la moitié des cas environ, ces parcelles ont une position définitive et sont d'ordinaire dotée d'un logis, tandis que le restant de ces terres a souvent une localisation temporaire, se déplaçant d'un site à l'autre au sein d'un shirkhat. La plupart des petits exploitants sont des agriculteurs privés à temps partiel et cultivent une grande variété de végétaux. Pour certains il s'agit de cultures de subsistance, alors que d'autres produisent des cultures de rente. Ils constituent un secteur extrêmement important et contribuent dans une large mesure à la production agricole - à hauteur, selon les indications, de 75 pour cent de la production vivrière totale du pays, blé exclu.

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3. PRODUCTION AGRICOLE

En Ouzbékistan, la production agricole est en grande partie contrôlée par l'État. Les objectifs de production de blé, de riz et de coton (cultures qui représentent l'essentiel des terres cultivées), sont fixés à l'échelon central, puis fractionnés au niveau des régions, des districts et des fermes individuelles (voir Tableau 1). L'État exerce également un contrôle direct sur la production et le prix des intrants et de la transformation, ainsi que sur les exportations de coton et les importations de blé. La mise en application du système de la "commande d'État" pour le coton et le blé (le riz étant lui aussi visé par les programmes d'État) a gravement exacerbé les problèmes enregistrés pendant cette période de sécheresse au Karakalpakie et dans la province de Khorezm. Les gouverneurs de district (et les agriculteurs publics et privés relevant de leur juridiction) sont obligatoirement tenus, pour remplir leurs objectifs, de cultiver toutes les superficies disponibles pour chaque culture, qu'il y ait ou non de l'eau d'irrigation en quantité suffisante.

De plus, les cultivateurs (mais pas les ménages) doivent vendre au Gouvernement une partie considérable de leur production à des prix établis. Ainsi, pour le coton, le régime de la commande d'État prévoit que 30 pour cent de la production cible soit vendue au prix fixe de 52 soum/kg, soit environ 168 dollars E.-U. au taux officiel, et 77 dollars E.-U. la tonne au taux de change commercial, voire moins encore au taux du marché. Une fois l'objectif rempli, le solde peut alors être vendu à un prix légèrement supérieur. Comme il est fréquent que l'objectif de production (3,9 millions de tonnes en 2000) ne soit pas atteint (ou qu'il ne soit rempli que dans certaines régions), l'État peut ainsi acheter jusqu'à 70 pour cent de la récolte au prix le plus bas. Concernant le blé, l'État achète 50 pour cent de la récolte fixée, à un prix d'achat moyen de 24 soum/kg (équivalant à 77/36 dollars E.-U. la tonne). Le prix d'achat du riz est de 75 soum/kg (242/111 dollars E.-U. la tonne). En 2000, près de 2,2 millions de tonnes de blé (soit 73 pour cent de la récolte engrangée dans le secteur public/privé) ont été achetées, contre 2,15 millions en 1999. Le prix du blé sur le marché libre était trois fois supérieur au prix d'achat officiel. Les produits autres que le coton, le blé et le riz, ne font pas l'objet de quotas de production ou de commandes explicites. Néanmoins, les principales usines de transformation de la viande et du lait appartiennent encore à l'État et les gouvernements locaux peuvent demander aux transformateurs d'approvisionner les écoles, les hôpitaux et les institutions locales à statut spécial.

3.1 Production agricole et prévisions pour 2000 en Ouzbékistan

Il est difficile d'évaluer avec précision les conséquences, en termes quantitatifs, de la sécheresse et de la pénurie d'eau sur la surface cultivée, sur le rendement et sur la production de cultures vivrières et de rente au niveau national. Une ligne de démarcation mal définie entre les cultivateurs publics et privés et une certaine confusion quant aux objectifs de production et aux prévisions selon que la production familiale soit comprise ou non, rendent particulièrement problématique l'analyse des nouvelles tendances de la production agricole et alimentaire. En effet, les données officielles touchant la production agricole des années passées tiennent compte de la production des parcelles familiales, tandis que celle-ci n'est pas considérée dans les premières prévisions officielles. Cela a une grande importance pour le blé, mais n'en a pas pour le coton qui n'est pratiquement cultivé que dans les grandes exploitations. Étant donné que dans la pratique les cultivateurs privés n'échappent pas à la commande de l'État, il est possible qu'une partie de leur production soit comprise dans le volume des achats même si celle-ci n'est pas incluse dans la production du secteur public. D'autre part, c'est dans le secteur privé et familial que sont concentrés la plupart des élevages. La collecte de données concernant ce secteur demeure problématique. Enfin, considérant l'énorme pression qu'exerce la réalisation des objectifs de la commande d'État, il est possible que les données communiquées soient gonflées. Dans les zones touchées par la sécheresse, toutes les balles de coton, y compris celles tombées au sol, sont ramassées. Bien que cette pratique aide à atteindre l'objectif de production, elle nuit à la qualité de la récolte (et compromet les recettes d'exportation potentielles).

Comme le montre le Tableau 1 ci-après, les données officielles indiquent que la superficie totale cultivée est restée pratiquement stationnaire depuis 1991. Toutefois, les cultures céréalières, et notamment le blé, se sont considérablement étendues, principalement au détriment des cultures fourragères et dans une moindre mesure du coton. La superficie totale consacrée aux céréales a diminué, passant de 1,1 à 0,4 million d'hectares, selon les estimations. L'étendue des cultures de coton a baissé de 1,7 à 1,425 million d'hectares, avec le détournement de terres irriguées au profit du blé en vue d'atteindre l'objectif d'autosuffisance en blé.

Les semis de céréales d'hiver (blé/orge) effectués en 1999 en vue de la récolte du printemps/été 2000 dans le secteur public, s'étendaient sur 1,36 million d'hectares, dont 1,05 irrigués et 0,31 sans irrigation. Les données comparatives pour 1999 indiquaient une superficie de 1,3 million d'hectares, dont 1 million étaient irrigués. En outre, les emblavures des parcelles familiales et des fermes dekhan ont couvert environ 100 000 hectares.

Tableau 1: OUZBÉKISTAN - Tendances de la production agricole et prévisions pour 2000
(superficie en milliers d'hectares; production en milliers de tonnes)

 
1991
1995
1996
1997
1998
1999
Prévisions
2000
Objectif
2000
SUPERFICIE CULTIVÉE TOTALE,
4 200
4 165
4 007
4 116
4 030
4 060
4 020
 
dont cultures fourragères comprises
1 006
732
522
500
491
460
430 p
 
CÉRÉALES 1/
               
Superficie
1 080
1 664
1 740
1 822
1 692
1 720
-
1 740
Production
1 908
3 212
3 562
3 776
4 148
4 331
4 050 p
5 831
SFH
   
487
495
nd
630
700 p
 
BLÉ
               
Superficie
487
1 162
1 329
1 452
1 419
1 420
 
1 470
Secteur public
 
1 043
1 224
1 315
 
1 3122/
1 3302/
1 360
Irriguée
 
698
1 093
916
 
1 000
 
1 050
Production
610
2 347
2 742
3 073
3 555
3 602
3 600 p
4 700
Secteur public
 
2 174
2 425
2 725
3 230
3 081
2 500
4 100
SFH
   
317
348
nd
 
600
 
Fermes privées
           
500
 
RIZ
               
Superficie
160
168
185
194
147
156
126
 
Production (Paddy)
514
328
450
386
346
421
200 p
 
COTON
               
Superficie
1 720
1 491
1 487
1 514
1 530
1 520
1 430
1 425
Production
4 646
3 934
3 350
3 641
3 206
3 600
3 002
3 900
LÉGUMES
               
Superficie
166
151
131
129
127
130
 
139
Production
3 348
2 663
2 497
2 384
2 403
2 680
 
2 720
POMMES DE TERRE
               
Superficie
40
48
44
57
59
56
   
Production
351
440
514
692
691
658
   
FRUITS
               
Production
 
602
605
548
543
489
   
VIANDE (poids vif en milliers de tonnes)
800
853
801
801
809
822
   
LAIT (milliers de litres)
3 331
3 665
3 404
3 406
3 495
3 543
   
OEUFS (millions)
2 347
1 223
1 057
1 075
1 165
1 240
   

La superficie consacrée au riz et la production rizicole ont fortement diminué en 2000. Au Karakalpakie et dans la province de Khorezm, le manque d'eau d'irrigation a fait fléchir considérablement les semis dont l'étendue est passée de 86 000 à 57 000 hectares, et de 36 000 à 29 000 hectares respectivement, pour une superficie cultivée totale de 126 000 hectares seulement. Les semis de céréales secondaires ont constamment régressé sous l'effet de la commande d'État concernant le blé, déterminant de fortes pénuries de céréales fourragères.

3.1.1 Conditions de croissance au cours de la campagne agricole 1999/2000

L'hiver a été relativement doux, avec des chutes de neige inférieures à la normale, et le printemps plutôt frais, tandis que l'été a été très chaud et sec. Les conditions de sécheresse ont nui aux cultures dans les zones non irriguées. Les cultures irriguées ont souffert elles aussi, en particulier dans les zones situées aux extrémités des réseaux d'irrigation, notamment le delta de l'Amou-Daria au Karakalpakie et dans la province de Khorezm, mais aussi les zones de la steppe et de Djizak le long du Syr-Daria. Durant l'été, les températures ont dépassé dans certaines zones les 40° pendant de longues périodes et l'évapotranspiration importante des cultures a rendu nécessaire une irrigation plus fréquente que de coutume. Or, cette année, le débit de la plupart des cours d'eau a été inférieur à la normale en raison de l'extrême faiblesse des précipitations pendant l'hiver (octobre/février) dans les bassins versants du Kirghizistan et du Tadjikistan. En septembre-décembre 1999, et au printemps 2000 (avril/mai), la hauteur de précipitation a été inférieure de 33 pour cent à celle de 1999. Le printemps frais a également ralenti la fonte des glaciers.

Bien que les faibles chutes de neige enregistrées dans les bassins versants des principaux cours d'eau aient déterminé un net abaissement du niveau des eaux dans les fleuves et les canaux, les effets dévastateurs de la sécheresse au Karakalpakie ont été exacerbés par un certain nombre de facteurs humains, à savoir notamment: la gestion fragmentée de la distribution d'eau le long de l'Amou-Daria, le mauvais entretien du réseau d'irrigation, le système de la commande d'État introduit par le Gouvernement, des pratiques culturales non viables, - comme par exemple celle de la riziculture au Karakalpakie - et une gestion inadéquate des terres qui conduira à la désertification de la région du Karakalpakie, puis celle de la province de Khorezm.

3.1.2 Autres entraves à la production

La sécheresse et la pénurie d'eau d'irrigation ont été cette année le facteur qui a le plus affecté le niveau de production, mais bien d'autres éléments font obstacle à un accroissement de la production. On peut indiquer notamment la rotation inadéquate des cultures, due à l'obligation qu'ont les agriculteurs de remplir certains objectifs de superficie et de production pour diverses cultures, les pénuries d'équipements et d'intrants (même si d'après les indications les disponibilités d'engrais seraient meilleures que l'an dernier), des semis et des récoltes effectués bien au delà de l'époque optimale, et le caractère inadéquat des mesures visant à inciter les producteurs à adopter des techniques de production agricole améliorées.

3.1.3 Production agricole

Au 1er octobre, alors que la récolte était pratiquement terminée, la production de blé et orge de la campagne 2000 était officiellement établie à 3,855 millions de tonnes en poids ensilé, soit une récolte de petites céréales d'environ 3,7 millions de tonnes en poids nettoyé, dont près de 0,1 million de tonnes d'orge, selon les estimations. La superficie consacrée au blé aurait augmenté, mais le blé non irrigué a souffert de la sécheresse. Selon les sources officielles, la production totale de paddy dans le secteur public aurait baissé de 57 pour cent, passant à 180 000 tonnes, tandis que les prévisions de la FAO indiquent une production globale d'à peine 200 000 tonnes, moins de la moitié des 421 000 tonnes récoltées l'année précédente. La production de toutes les céréales secondaires de printemps, notamment de maïs, pourrait également être en diminution et la FAO estime la récolte céréalière totale de la campagne 2000 à 4,05 millions de tonnes seulement, contre 4,3 millions de tonnes en 1999. Les images satellite indiquent des conditions de croissance moins bonnes que l'an dernier dans bien des régions.

Le blé et le riz sont les principales cultures vivrières, mais les pommes de terre, les fruits et les légumes constituent également des éléments importants du régime alimentaire. D'après les indications, la production vivrière globale sera en diminution cette année. En 2000, la production de coton est tombée à 3 millions de tonnes, soit quelque 17 pour cent de moins que l'année précédente et un volume inférieur à la moyenne. Le recul de la production d'huile de coton sera encore plus net.

3.1.4 Production animale

Au 1er janvier 2000, le cheptel comptait près de 5,3 millions de bovins (dont 2,3 millions de vaches laitières), environ 8,9 millions d'ovins et de caprins, 83 000 porcins et 14,5 millions de poulets. Il y a eu depuis 1991 une très forte contraction des systèmes d'élevage à alimentation intensive (-80 pour cent pour les porcs et -36 pour cent pour la volaille), une diminution moins marquée du cheptel ovin/caprin (-15 pour cent), et seulement quelques variations mineures du cheptel bovin/laitier. Or, pendant la même période, la superficie consacrée à la production fourragère a reculé, passant de plus de 1 million d'hectares à environ 0,4 million d'hectares, avec une substitution de plus en plus fréquente des céréales fourragères par du blé. Les élevages laitiers se trouvent le plus souvent dans les zones irriguées et l'alimentation des bestiaux est constituée autant que possible de plantes fourragères et de résidus de récolte. Les ovins et les caprins sont élevés dans les pâturages naturels des zones désertiques et semi-désertiques. La plus grande partie du cheptel, à savoir notamment 85 pour cent des bovins, près de 90 pour cent des vaches laitières et 60 pour cent des volailles, appartient au secteur privé.

La plupart des familles rurales possèdent au moins une vache laitière, un certain nombre de moutons ou de chèvres, et quelques poulets. Les produits de l'élevage constituent souvent une importante source de revenu pour les ménages et apportent l'essentiel des protéines de leur alimentation. La productivité animale est faible du fait d'une alimentation de qualité insuffisante, de taux de reproduction peu élevés et d'une mortalité importante chez les jeunes animaux. Il existe une grave pénurie de fournitures vétérinaires. Le manque d'aliments pour animaux constitue la principale entrave à la production. Les réserves alimentaires pour l'hiver sont fondamentales et doivent durer au moins cinq mois. Les résidus de récolte et le fourrage disponible sont inférieurs cette année par suite du fléchissement des récoltes de coton et de céréales. Étant donné que la production de foin et autres cultures fourragères a été elle aussi affectée par la sécheresse et la pénurie d'eau (le coton est prioritaire dans les fermes publiques), les stocks fourragers sont plus réduits que de coutume et l'augmentation prévue du cheptel laitier pourrait ne pas se produire.

En temps normal, on produit quelque 475 000 tonnes de viande (poids d'abattage), 3,5 millions de litres de lait, et environ 1,2 milliard d'oeufs.

3.2 Production agricole et prévisions concernant la récolte 2000 au Karakalpakie

D'autres régions de l'Ouzbékistan, comme par exemple la province de Khorezm, ont rencontré elles aussi des difficultés cette année, mais l'effet de la pénurie d'eau d'irrigation n'a été nulle part aussi dévastateur qu'au Karakalpakie.

3.2.1 Prévisions concernant la récolte

Au Karakalpakie, la superficie totale consacrée aux cultures à récolter en 2000 a baissé de 14 pour cent, tombant à 334 000 hectares, une partie des terres labourées n'ayant pu être emblavées. La diminution des semis de blé est imputable au fléchissement des emblavures de printemps. Il y a eu une nette réduction des semis de riz, et une contraction des terres consacrées à d'autres cultures (voir Tableau 2).

La récolte de blé d'hiver de 1999/2000 a été bonne. Officiellement établie à 63 000 tonnes dans le secteur public/privé, volume auquel il faut ajouter les 28 000 tonnes produites dans les fermes dekhan/parcelles familiales, elle a dépassé les 75 000 tonnes engrangées l'année précédente. Toutefois, la pénurie d'eau d'irrigation a nui à toutes les cultures de printemps; quelque 36 000 hectares de cultures vivrières, riz principalement, n'ont pu être ensemencés, tandis que 210 000 hectares de cultures, sur 334 000 hectares de semis, ont été gravement endommagés. De ce fait, les chiffres officiels indiquent une récolte de paddy au Karakalpakie d'à peine 24 000 tonnes, contre 171 000 tonnes en 1999. La production de céréales secondaires serait tombée, selon les estimations, à 7 000 tonnes, reflétant un recul de plus de 75 pour cent en ce qui concerne le maïs et des pertes de récolte importantes pour toutes les autres céréales de printemps. La production de sorgho blanc pour la consommation humaine, qui est importante dans les fermes dekhan/parcelles familiales, a été mauvaise sur près des deux tiers de la superficie ensemencée. La production céréalière totale de la campagne 2000 au Karakalpakie est estimée par la mission à 122 000 tonnes seulement, quelque 54 pour cent de moins qu'en 1999, soit un volume largement inférieur à la moyenne et représentant à peine un cinquième de l'objectif.

Par ailleurs, bien que la récolte de blé de la campagne 2000 ait été bonne, les perspectives concernant la production de blé de 2001 au Karakalpakie ont été gravement compromises par les conditions de sécheresse au moment des semis. À la mi-octobre, les semis ne couvraient que 11 000 hectares, contre 31 000 hectares en moyenne (1996-2000).

Le Tableau 2 indique que la superficie, le rendement et la production de la plupart des autres cultures fourragères et de rente ont également été affectés. La mission a pu constater un échec quasi total de la récolte de pommes de terre. Selon les estimations, la production d'oléagineux devrait reculer de 45 à 50 pour cent, celle de melons de moitié environ et celle de légumes d'un tiers. Bien que le Karakalpakie ne soit pas au total un gros producteur de ces produits, la perte de ces cultures pèse néanmoins lourdement sur la consommation des ménages et sur leur pouvoir d'achat.

Tableau 2 : KARAKALPAKIE - Tendances de la production agricole et prévisions pour 2000
(superficie en milliers d'hectares; production en milliers de tonnes)

     
1997
1998
1999
Prévisions
2000 
Superficie 2000
Endommagée
dont:
totalement
partiellement
SUPERFICIE TOTALE ENSEMENCÉE
   
390
334
210
164
46
dont cultures fourragères
15
23
22
nd
     
CÉRÉALES
             
Superficie
90
126
133
106
65
62
3
Secteur public
72
106
108
       
SFH
13
14
14
       
Fermes privées
5
6
11
       
Production
184
210
266
122
     
Secteur public
141
169
207
82
     
SFH
33
31
38
32
     
Fermes privées
10
10
21
8
     
BLÉ
             
Superficie
28
32
33
29
     
Secteur public
20
22
23
20
     
SFH
7
9
9
8
     
Fermes privées
1
1
1
1
     
Production
49
56
75
91
     
Secteur public
31
33
46
58
     
SFH
17
22
27
28
     
Fermes privées
1
1
2
5
     
RIZ
             
Superficie
50
80
86
57
52
50
2
Secteur public
44
77
79
48
45
43
2
Production
116
137
171
241/
     
Secteur public
108
131
152
21
     
CÉRÉALES SECONDAIRES
             
Superficie
12
14
14
19
13
12
1
Production
19
17
20
7
     
COTON
             
Superficie
141
148
145
130
95
60
35
Production
269
157
199
1281/
     
Pommes de terre
             
Superficie
1.95
1.7
1.7
1.7
1.7
1.7
-
Production
11.7
8.7
8.5
       
LÉGUMES
             
Superficie
7.3
8.1
7.9
7
4.7
4.3
0.4
Production
72
73.1
81.4
601/
     
MELONS
             
Superficie
5.6
8.9
8.3
7
5
4.5
0.5
Production
43.5
58.8
59.8
311/
     
FRUITS ET BAIES
             
Production
8.3
7.3
9.2
nd
     
RAISINS
             
Production
2.0
1.9
1.8
nd
     
VIANDE (poids vif en milliers de tonnes)
38
40
39
32
     
LAIT (milliers de litres)
117
124
127
       
OEUFS (millions)
18
19
18
       

La production de coton, culture qui a eu la priorité en termes d'approvisionnement en eau, a reculé d'un tiers, passant à 128 000 tonnes. Au lieu des 4-5 irrigations habituelles, bien des plantations n'ont été irriguées qu'une seule fois, voire même pas du tout. Ce fléchissement de la production de coton retentira également sur la disponibilité d'additifs protéiques pour l'alimentation animale et sur l'offre d'huiles végétales pour la consommation humaine. La récolte a été mauvaise sur les deux tiers de la faible superficie (2 100 hectares) consacrée au tournesol et au sésame.

3.2.2 Production animale

On recensait autrefois plus d'un million d'ovins et de caprins dans la région du Karakalpakie, mais les effectifs ont diminué au fil des années. Le cheptel est composé actuellement de quelque 313 000 bovins, 460 000 ovins et caprins, 6 200 porcins et 580 000 volailles, pour la plupart dans les fermes dekhan/parcelles familiales. L'élevage apporte une contribution importante aux moyens de subsistance des ruraux et des agriculteurs privés, et à la sécurité alimentaire des ménages, s'agissant de la principale forme d'épargne et d'investissement des gains, la valeur du bétail ne se dépréciant pas et les banques étant jugées trop à risque. La plupart des ménages n'ont pas les moyens d'acheter des aliments de complément pour nourrir leur cheptel et sont largement tributaires des ressources pastorales disponibles, avec parfois une alimentation supplémentaire de meilleure qualité en période de lactation ou d'engraissement, avant la vente. Le bétail fournit également du lait pour la consommation des familles immédiates, avec la vente aux voisins ou sur le marché des excédents de production occasionnels.

Au Karakalpakie, la production animale est gravement compromise par la qualité, la disponibilité et la distribution inadéquates de l'eau, la pénurie d'aliments de bonne qualité pour les animaux et de fournitures vétérinaires et de vaccins. Les agriculteurs privés et les ménages sont ceux qui en subiront le plus lourdement les conséquences cet hiver, car les stocks de fourrage de qualité et les pâturages nécessaires pour l'alimentation des animaux sont très nettement insuffisants.

Considérant la forte diminution des résidus de récolte et des stocks de fourrage séché, les perspectives concernant la production animale en 2000/01 sont mauvaises. La vente des animaux est le principal mécanisme de parade dans les zones rurales, mais les prix devraient chuter considérablement. Déjà au mois d'octobre, les animaux étaient nourris avec des adventices et des rameaux d'arbrisseaux. Une réduction considérable des cheptels pourrait être nécessaire. Sur la base de la production enregistrée dans les huit premiers mois de l'année 2000, les prévisions officielles annoncent une production en recul de 20 pour cent pour la viande et de 11 pour cent pour les _ufs. La production laitière a constamment diminué, passant de 1,12 litre en 1997 à 1,015 litre seulement par vache et par jour en 1999. Un indicateur de la gravité de la situation fourragère au Karakalpakie, est le fait que la production laitière moyenne par vache pendant la période janvier-août 2000, c'est-à-dire avant le commencement de la rude saison d'hiver, était tombée à 0,7 litre par jour. Au vu d'une telle tendance quant au rendement laitier, le fléchissement de la production de lait pourrait être supérieur aux 25 pour cent prévus.

3.3 Production agricole et prévisions concernant la récolte 2000 dans la province de Khorezm

Dans la province de Khorezm les dégâts aux cultures ont été graves, mais moins importants toutefois qu'au Karakalpakie (Tableau 3). La récolte de blé a été satisfaisante, mais les cultures de riz et de coton ont été très touchées. Les estimations officielles indiquent une production rizicole en recul de 84 pour cent et une récolte de coton inférieure de près d'un tiers. La production de pommes de terre, de fruits, de légumes et de melons a diminué de moitié à un quart.

Tableau 3 : KHOREZM - Tendances de la production agricole et prévisions pour 2000
(superficie en milliers d'hectares; production en milliers de tonnes)

 
1997
1998
1999
Prévisions
2000
SUPERFICIE TOTALE ENSEMENCÉE
   
221
238
dont cultures fourragères comprises
42
38
34
 
CÉRÉALES
       
Superficie
 
76
69
62
Production
303
333
324
184
BLÉ
       
Superficie
 
31
30
31
Secteur public
 
16
15
 
SFH
 
15
15
 
Production
121
162
168
155
Secteur public
68
78
83
 
SFH
52
81
83
 
Fermes privées
1
3
2
 
RIZ
       
Superficie
 
41
36
29
Secteur public
 
36
29
 
Production
174
161
148
24
Secteur public
144
131
110
 
CÉRÉALES SECONDAIRES
       
Superficie
 
4
3
 
Production
8
10
8
6
COTON
       
Superficie
 
100
100
96
Production
324
217
290
199
Pommes de terre
       
Superficie
 
2
2
 
Production
28
28
31
18
LÉGUMES
       
Superficie
 
7
6
 
Production
145
153
163
125
MELONS
       
Production
45
48
42
26
FRUITS ET BAIES
       
Production
   
52
32
RAISINS
       
Production
   
11
8
VIANDE (poids vif en milliers de tonnes)
49
50
51
 
LAIT (milliers de litres)
351
361
378
 
OEUFS (millions)
97
102
105
 
-------

4. SITUATION DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES

4.1 Prix des produits alimentaires et accès à la nourriture

4.1.1 À l'échelon national

Des progrès ont été faits dans la libération des prix et sur la voie de la privatisation à petite échelle, mais le Gouvernement a maintenu un contrôle administratif sur les prix des produits énergétiques et d'un certain nombre de biens de consommation et de services. Un système de rationnement a été introduit pour les denrées de base, afin d'atténuer l'impact négatif de la libération des prix sur le niveau de vie. Le prix du pain est contrôlé. Les prix demeurent imposés pour les denrées rationnées, mais ils sont libres pour d'autres produits. Toutefois, les "associations de produit" conservent une forme de contrôle sur la plupart des produits commercialisés et l'influence de l'État sur l'établissement des prix reste forte. Les marchés traditionnels, les bazars, gérés par des particuliers sous le contrôle des autorités municipales, sont d'ordinaire bien approvisionnés en denrées de production locale et sont devenus la principale source d'approvisionnement pour la plupart des produits alimentaires. Il existe de nombreuses petites meuneries privées.

Il y a peu d'informations récentes ou systématiques concernant les niveaux de vie et la situation nutritionnelle dans le pays. Des enquêtes conduites en 1993 et 1994 avaient révélé des écarts de niveau de vie importants entre les oblasts, avec le Karakalpakie et les provinces de Kashkadarya, de Namangan (c'est-à-dire la vallée de Ferghana) et de Khorezm régulièrement en dernière position. Au sein des régions, les différences en termes de niveau de vie peuvent être encore plus importantes que d'une région à l'autre, et cette situation ne peut que s'être aggravée depuis 1995, car les salaires agricoles ont baissé par rapport aux salaires moyens et les arriérés de salaire sont plus importants dans le secteur agricole6.

Aucune enquête récente sur les ménages ou sur la situation nutritionnelle n'est disponible. Toutefois, les résultats d'une rapide enquête sur la nutrition au Karakalpakie, entreprise au vu de la situation actuelle, devraient être prochainement communiqués. Les données historiques indiquent, selon les chiffres officiels concernant la consommation par habitant en 1995, que le régime alimentaire est essentiellement constitué de produits céréaliers (157 kg par habitant et par an), de lait et de produits laitiers (160 kg), de légumes (120 kg), de viande (33 kg), d'_ufs (53 unités), d'huile végétale (14 litres), de pommes de terre (23 kg) et de fruits (29 kg). Une étude menée en 1994 a révélé l'existence de variations importantes entre les provinces en termes d'apport calorique, avec le Karakalpakie en dernière position (2 209 calories par personne en 1993). Plus de la moitié de l'apport en calories provient du pain. Selon les indications, la consommation par habitant de la plupart des produits alimentaires importés et/ou plus coûteux, est inférieure au niveau enregistré en 1995.

Une enquête régionale conduite en 1995 et portant sur trois régions seulement - Tachkent, Ferghana et Karakalpakie - a montré une faible prévalence des cas de dépérissement, mais des taux sensiblement plus élevés de retard de croissance, modéré ou grave, chez les enfants, signe révélateur de problèmes nutritionnels chroniques. Déjà en 1995, dans les petites villes et dans les zones rurales, un enfant sur 5 manifestait un retard de croissance, un taux 2,5 fois supérieur à celui de la capitale.

Le volume de la production agricole intérieure a augmenté depuis le milieu des années 90, mais il y a également eu une croissance constante de la population (de 1,8 pour cent par an), et les importations de denrées alimentaires de base sont actuellement réduites au minimum. Les importations alimentaires, qui atteignaient près de 30 pour cent des achats extérieurs en 1996, ne représentaient plus que 16 pour cent du total en 1999, tandis que leur valeur a chuté de 1 252 millions de dollars E.-U. à 279 millions dans les neuf premiers mois de 1999 (selon les dernières données dont on dispose). Pendant cette période, la part des produits chimiques, des équipements et des métaux a considérablement augmenté. Par ailleurs, bien que les éléments du bilan céréalier soient encore provisoires, il semble d'après les indications que la consommation céréalière par habitant soit en recul. Les chiffres officiels indiquent une diminution entre 1997 et 1999 des disponibilités de certaines denrées de base, notamment de la farine de blé, du sucre et de l'huile végétale, mais l'offre de viande aurait augmenté.

Karakalpakie et province de Khorezm

Au Karakalpakie, le prix de gros du pain est de 61 soum/kg, avec une majoration du détaillant de 15 à 17 pour cent. Une analyse des données concernant les disponibilités alimentaires en 1999 indique pour tous les produits (riz exclu) des approvisionnements bien inférieurs à la normale (avant 1991), avec des taux de couverture au plus bas, notamment pour le sucre (importé). Les enquêtes conduites au Karakalpakie révèlent une alimentation très peu variée, surtout dans les zones les plus touchées sur le plan écologique et durant les longs mois d'hiver. À Noukous, des magasins d'État vendent à la population rentrant dans leur zone d'attraction des produits de base comme le pain, la farine, le sucre, le sel et l'huile, à des prix subventionnés et selon un plan de rationnement. Les comités Mahalla7 fournissent à ces magasins la liste des ménages concernés. Cela étant, les bazars sont souvent meilleur marché, car on peut y trouver des produits de qualité inférieure.

Au Karakalpakie, les approvisionnements en céréales par les circuits pris en compte dans les statistiques officielles, atteignaient un volume de 189 000 tonnes, dont 148 000 tonnes de farine (y compris 20 000 tonnes de farine de céréales secondaires), près de 28 000 tonnes de riz et 13 000 tonnes de blé en équivalent pâtes. Compte tenu d'une certaine marge de pertes (4 000 tonnes, soit moins de 3 pour cent), les disponibilités pour la consommation humaine ont été estimées à 185 000 tonnes ou 123 kg par personne, un niveau inférieur à la consommation normale de 148 kg par personne. (La consommation estimative de blé était supérieure de 9 000 tonnes à la disponibilité apparente (production et allocations du Gouvernement central), ce qui pourrait être l'indication d'une activité du secteur privé).

La mission a pu constater une hausse des prix des produits alimentaires sur les marchés du Karakalpakie. À Noukous, en octobre, les prix de bazar les plus bas étaient les suivants: 53 soum pièce pour le pain, 230/kg pour le riz, 700/kg pour le b_uf, 470/litre pour l'huile de coton, 80/litre pour le lait, 100/kg pour la farine de blé, 80/kg pour les carottes, 75/kg pour les pommes de terre et les oignons. Étant donné que les récoltes familiales ont été mauvaises dans neuf zones, et que les réserves alimentaires y sont faibles voire quasiment inexistantes, les ménages touchés doivent se procurer sur le marché une plus grande partie de leur nourriture. Or il y a eu en même temps un affaiblissement des revenus tirés de la production animale, ou de la vente des animaux, et d'autres cultures. Les offres d'emploi (dans les usines de transformation du coton, dans les rizeries, etc.) ont elles aussi diminué du fait de la contraction de la matière première disponible, et il y a peu de débouchés en dehors de l'agriculture, où le chômage saisonnier est en outre important.

Le Gouvernement a destiné 756 millions de soum (soit 2,44/1,12 millions de dollars E.-U., selon le taux de change utilisé) à un programme de protection sociale ciblée au Karakalpakie, dont 272,4 millions de soum (0,878/0,40 million de dollars E.-U.) pour fournir une aide financière à 13 897 familles à faible revenu (c'est-à-dire 65/30 dollars E.-U. par famille dans les zones touchées), 233,9 millions de soum (0,755/0,346 million de dollars E.-U.) pour des allocations aux familles ayant des enfants de moins de 16 ans et autres formes d'assistance indirectes. Il procède également à une réaffectation de ressources en faveur de certains postes du budget comme l'aide relative aux coûts de l'alimentation en eau potable du Karakalpakie et de la province de Khorezm, la création d'offres d'emploi, etc. Il est difficile de dire si cette compensation - déjà décaissée au moment de la visite de la mission - sera suffisante pour couvrir les pertes et assurer un accès adéquat à la nourriture.

Les salaires ruraux ont constamment diminué en termes réels au cours des années passées; les politiques spoliatrices et l'inflation ont érodé l'épargne et les prix du bétail devraient fléchir. Cela, ajouté aux effets de la sécheresse actuelle, devrait se traduire durant la campagne de commercialisation en cours par des pénuries alimentaires pour une bonne partie de la population rurale dans les neuf zones les plus touchées du Karakalpakie.

4.2 Bilan de l'offre et de la demande de céréales

Le Gouvernement ne fournit aucune donnée, historique ou actuelle, concernant l'offre et l'utilisation des céréales, et leur commerce. D'autre part, en raison d'une grande confusion quant à ce que les prévisions actuelles en matière de superficie et de production prennent en compte, et de l'absence de données d'enquêtes récentes sur les ménages, les estimations touchant le bilan céréalier demeurent provisoires.
Le bilan céréalier pour la campagne 2000/01 en Ouzbékistan repose sur les hypothèses suivantes:

Tableau 4 : OUZBÉKISTAN et KARAKALPAKIE - Bilan céréalier 2000/2001 (en milliers de tonnes)

   
OUZBÉKISTAN
KARAKALPAKIE
Blé
Riz
Céréales
secon-
daires
Total
céréales
Blé
Riz
Céréales
secon-
daires
Total
céréales
Disponibilités intérieures
3 600
183
262
4 045
91
36
7
134
- Prélèvements sur les stocks
-
50
20
70
-
20
-
20
- Production
3 600
133
242
3 975
91
16
7
114
Utilisation intérieure
4 210
245
292
4 747
197
36
20
253
- Alimentation humaine
3 160
180
75
3 415
188
15
19
222
- Alimentation animale
570
-
148
718
-
-
-
-
- Autres utilisations
480
65
69
614
9
21
1
31
Besoins d'importation
610
62
30
702
106
 
13
119
- Importations commerciales
573
8
30
611
65
-
-
65
-Aide alimentaire annoncée
37
-
-
37
-
-
-
-
Déficit non couvert
-
54
-
54
411/
-
13
54

Sur la base des hypothèses précédentes, le bilan met en lumière des besoins d'importation s'élevant à 702 000 tonnes de céréales, dont 610 000 tonnes de blé en 2000/01 (juillet/juin) et 62 000 tonnes de riz, pour maintenir le niveau de consommation de riz. Les besoins d'importation de blé sont équivalents à ceux de la dernière campagne, mais ceux de riz ont nettement augmenté. Les importations commerciales pendant la campagne 2000/01 sont estimées à 611 000 tonnes, de blé principalement. Des importations de blé dur à des conditions de faveur, pour un volume de 37 000 tonnes, ont déjà été reçues. Cela laissera un déficit de 54 000 tonnes, une quantité proche du déficit non couvert estimé en 2000/01 au Karakalpakie. Toutefois, si au niveau du pays le déficit concerne le riz, au Karakalpakie il s'agit essentiellement d'un déficit en blé.

Concernant le Karakalpakie, le bilan céréalier est établi sur la base des hypothèses suivantes:

Les besoins céréaliers totaux, avec le riz en équivalent usiné et sans aucune provision concernant l'utilisation animale des céréales de tout type, sont estimés à 253 000 tonnes. La production intérieure (riz en équivalent usiné) s'élève à 114 000 tonnes et l'allocation annuelle de 65 000 tonnes de blé provenant des ressources centrales a été confirmée. Le déficit à combler serait donc de 74 000 tonnes, si la région ne disposait d'aucune réserve. Cela étant, l'utilisation apparente de riz en 1999/2000 (83 000 tonnes sur 114 000, y compris 34 000 tonnes de transferts vers d'autres régions) révèle l'existence de stocks de riz. L'essentiel de ces stocks se trouveraient dans les réserves de l'État, étant donné que 150 000 tonnes de riz, sur une production rizicole de 171 000 tonnes, ont été vendues au Gouvernement en 1999. Considérant des prélèvements sur les stocks de l'ordre de 20 000 tonnes de riz, le bilan révèle un déficit céréalier de 54 000 tonnes dont 41 000 tonnes de blé et 13 000 tonnes de céréales secondaires ou l'équivalent blé, pendant la campagne 2000/01 (juillet/juin).

On ignore si, et dans quelle mesure, les autorités centrales souhaitent ou peuvent couvrir ce déficit par des allocations supplémentaires de céréales. À son mérite, il faut dire que le Gouvernement central maintient autant que possible les prestations de sécurité sociale et que le paiement rapide des pensions est une priorité absolue. Toutefois, le budget est très limité et les versements effectués sont insuffisants face au coût de la vie. Au Karakalpakie, les disponibilités insuffisantes pour pouvoir apporter une aide supplémentaire ciblée aux familles socialement vulnérables ont incité les comités Mahalla à adopter un système de rotation dans les versements en faveur des personnes les plus vulnérables, chacune des familles remplissant les conditions requises ne recevant que 3 à 4 mois de prestations sur 12. En outre, les priorités du Gouvernement central en termes d'aide extérieure sont allées à l'équipement et au matériel nécessaires pour améliorer l'alimentation en eau de la population et de l'agriculture dans les régions touchées, et aux fournitures médicales pour faire face à la recrudescence des maladies.

Comme indiqué dans le tableau 5 ci-dessous, la situation générale des disponibilités en céréales s'est considérablement détériorée au fil des années, l'accroissement global de la production (riz en équivalent usiné) n'ayant pas compensé la diminution des importations annuelles estimées. En 2000/01, le Gouvernement doit mobiliser 100 000 tonnes de céréales, en sus de ses importations habituelles, et ce seulement pour maintenir le statu quo. Sa capacité d'importation par les voies commerciales est limitée par la diminution des disponibilités exportables de coton. De plus, la dévaluation de 54 pour cent du taux de change officiel du soum au mois de mai a déstabilisé le budget, alors que le Gouvernement est le garant des dettes à l'importation de bon nombre des industries mises en place pour la substitution des importations. À moins d'achats ou d'allocations d'aide alimentaire spécifiques en faveur du Karakalpakie, il est peu probable que l'Autorité du pain ait la possibilité de transférer des quantités suffisantes d'autres régions vers le Karakalpakie. D'autre part, le pouvoir d'achat de la population de cette région, qui était déjà parmi les plus bas du pays, devrait s'affaiblir encore, malgré les programmes de compensation mis en route. Le Gouvernement régional du Karakalpakie a fait savoir que l'aide alimentaire sous forme de farine de blé et d'huile végétale, et l'assistance pour l'alimentation en eau potable de la population, étaient pour lui des priorités humanitaires absolues. Les deux tiers du budget de la région provient du Gouvernement central, qui est entièrement responsable du paiement des pensions et du financement de l'agriculture. Le solde budgétaire annuel est établi localement. La sécheresse enregistrée au Karakalpakie ayant fait chuter les recettes fiscales, le Gouvernement régional n'est pas ou peu en mesure de faire face aux situations d'urgence.

Tableau 5 - OUZBÉKISTAN - Bilan céréalier total (en milliers de tonnes) 1991-2000

 
1991/92
1994/95
1996/97
1997/98
1998/99
1999/2000
Population (en milliers de personnes)
20 895
22 317
23 209
23 656
24 100
24 552
Disponibilités intérieures
1 543
2 642
3 435
3 650
4 025
4 111
- Variation des stocks
(190)
347
30
10
-
(70)
- Production
1 733
2 295
3 405
3 640
4 025
4 181
Importations
4 261
2 627
1 221
951
560
634
Disponibilités/Utilisa-
tions totales
5 804
5 269
4 656
4 601
4 585
4 745
- Alimentation humaine
3 233
3 352
3 433
3 396
3 372
3 357
- Alimentation animale
1 989
1 320
546
573
565
741
- Autres utilisations
582
597
677
632
648
647
Consommation par habitant (kg/an)
154,7
150,2
147,9
143,6
139,9
136,7


Étant donné l'ampleur du contrôle de l'État sur l'économie, les risques de marché liés à l'allocation d'une aide alimentaire de l'ordre de 54 000 tonnes sont limités. D'autre part, l'attribution d'une aide alimentaire en riz (sous condition du transfert par le Gouvernement central au Karakalpakie d'un volume équivalent en blé) pourrait convaincre le Gouvernement à abaisser ses objectifs concernant les semis de riz dans les régions comme le Karakalpakie où cette production n'est pas viable et contribue largement aux problèmes écologiques de la République autonome et du bassin de la mer d'Aral.

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5. BESOINS D'AIDE ALIMENTAIRE DU KARAKALPAKIE

Au Karakalpakie, la principale stratégie de subsistance de la population rurale est la production agricole. Quatre-vingt pour cent des ruraux travaillent dans le secteur de l'agriculture, le restant de la population étant constitué d'enseignants ou de médecins employés par l'État, et d'un petit pourcentage de pensionnés. La population agricole travaille principalement dans les fermes d'État réorganisées ou shirkhats, les agriculteurs privés n'étant qu'en nombre limité. Ce sont les travailleurs agricoles qui ont le revenu le plus faible. Le montant des revenus des travailleurs agricoles du secteur public est fonction des résultats de l'exploitation. Les travailleurs des shirkhats déficitaires ne reçoivent aucune rétribution et accumulent de lourdes dettes. Ils constituent d'ordinaire une bonne partie des ménages qui sollicitent une aide sociale au cours d'une année donnée. Les exploitations shirkhats en déficit pendant plusieurs années sont privatisées et les ménages concernés reçoivent à bail des terres qui sont soumises au régime de la commande d'État. Ces ménages n'ont aucun revenu pendant les premières années de privatisation.

En dehors de l'agriculture, il existe peu de débouchés dans les zones rurales. Les ménages ruraux dont un membre travaille dans le secteur public disposent d'environ 0,25 hectare de terres sur lesquelles ils cultivent des produits destinés à leur propre consommation. L'exploitation de ces parcelles a constitué le principal mécanisme de parade pour les ménages ruraux, confrontés au fil des années à l'érosion de leurs revenus et à l'inflation. L'appartenance aux shirkhats étant la seule façon d'accéder aisément à la terre et aux intrants, on trouve dans les ménages les plus aisés au moins un travailleur occupé dans les shirkhats, d'autres membres travaillant dans le secteur non structuré, par exemple celui du petit commerce.

Le Karakalpakie a enregistré de nombreuses périodes de sécheresse dans le passé, mais les ménages étaient alors en mesure d'y faire face parce qu'ils possédaient du bétail. Or, la qualité du cheptel a décliné avec le temps. Aujourd'hui, le manque d'eau, l'absence d'aliments pour animaux de bonne qualité et la pénurie de fournitures vétérinaires constituent une nouvelle menace pour la production animale.

Une étude conduite en 1998 par Médecins sans frontières (MSF) a montré que bon nombre de ménages consommaient une grande variété d'aliments, notamment de la viande, du poisson et des produits laitiers. Une modification du régime alimentaire a toutefois été observée ces dernières années, en concomitance avec l'affaiblissement de la productivité animale au niveau des ménages. Les mauvaises récoltes sont la principale cause des pénuries alimentaires et la raison première de l'aide sociale. Les ménages les plus démunis vivent sur des terres salines et infertiles dont la productivité est faible. Dans les régions les plus touchées, la dégradation des sols a gravement nui à la production légumière et fruitière, privant ainsi bien des ménages de ces importantes denrées. La sécheresse modifie ultérieurement le mode d'alimentation de nombreux ménages. Dans les zones affectées du Karakalpakie, les ménages éliminent de leur nourriture les aliments qui ne leur sont plus accessibles et augmentent leur consommation de produits moins coûteux, mais aussi moins riches en éléments nutritifs. Les plus pauvres consomment rarement de la viande et des produits laitiers, et peu de fruits et de légumes. Il n'y a pas de signes de malnutrition aiguë, mais dans certains ménages parmi les plus démunis on constate une situation de malnutrition chronique chez les enfants.

Le Gouvernement a destiné 1,5 milliard de soum à l'aide pour combattre les effets de la sécheresse, dont la moitié environ sous forme de soutien au revenu et le restant pour la couverture de dépenses diverses, notamment pour la création d'emplois, les contributions au Fonds de sauvetage de la mer d'Aral, le reboisement et le nettoyage des réseaux d'irrigation et de drainage. Les paiements des prestations sociales sont effectués avec régularité. Les ménages qui ont des enfants bénéficient d'une aide alimentaire. Les femmes ayant des enfants en bas âge reçoivent une allocation de maternité pendant deux ans. Au Karakalpakie, quelque 183 000 personnes perçoivent une pension mensuelle d'environ 7 300 soum. Les personnes âgées seules ont droit elles aussi chaque mois à une aide alimentaire consistant en un paquet contenant huit produits alimentaires et du savon. Certains ménages bénéficient de plusieurs types d'allocations, qui additionnées leur permettent d'acheter de la nourriture. Le Gouvernement de l'Ouzbékistan fournit également une aide monétaire aux ménages vulnérables par le biais de comités Mahalla établis au niveau des communautés. Ces comités consultent les membres de la communauté pour déterminer si un ménage remplit les conditions requises pour prétendre à une aide sociale, ce qui permet de focaliser l'assistance sur les ménages les plus vulnérables de la collectivité. Les besoins d'assistance sont bien plus importants: environ 10 pour cent des ménages sollicitent chaque trimestre une aide sociale, mais 2 à 3 pour cent seulement reçoivent des allocations. La proportion des ménages demandeurs d'assistance devrait doubler cette année pour atteindre environ 20 pour cent de la population rurale du fait des mauvaises récoltes au Karakalpakie.

Le Gouvernement régional du Karakalpakie a demandé une aide alimentaire de 80 000 tonnes de blé et de 3 000 tonnes d'huile végétale à distribuer à la population rurale de 1,1 million de personnes de la région. Toutefois, neuf districts, ayant une population rurale éparse de 227 000 personnes, sont les plus touchés. La plus grande partie de la population rurale vit en effet dans des districts éloignés de ces zones aux terres marginales. Sur la base de ses entretiens avec les comités Mahalla, la mission estime que 20 pour cent de la population rurale, soit 45 000 personnes, souffriront de graves pénuries alimentaires dues à la sécheresse. Dans les neuf districts concernés, ces personnes fortement affectées auront besoin au total de 4 300 tonnes de farine de blé et de 286 tonnes d'huile végétale pendant une durée de huit mois. Une ration journalière de 450 g de farine de blé et 30 g d'huile par personne pendant les six mois d'hiver (de novembre à avril) permettra de couvrir environ 80 pour cent des besoins énergétiques au cours des rudes mois d'hiver. Une ration réduite de 225g de farine de blé et 15 g d'huile végétale par jour couvrant environ 40 pour cent des besoins énergétiques est recommandée pendant deux mois, en mai et juin, du fait de la disponibilité de fruits et de légumes au printemps. Aucune aide alimentaire n'est requise pour la région de Khorezm où les effets de la sécheresse sont moins graves et où la capacité de réaction des ménages, sans aide extérieure, est meilleure qu'au Karakalpakie.

Selon les recommandations de la mission, l'aide alimentaire en faveur des populations les plus touchées du Karakalpakie sera distribuée plus efficacement par le biais des ONG basées au Karakalpakie, avec le soutien logistique du PAM si nécessaire. La mission souligne par ailleurs que le Gouvernement central ne demande aucune aide alimentaire d'urgence. Il faut noter que la saison des semis d'hiver est sur le point de s'achever et qu'au Karakalpakie, la pénurie d'eau a empêché bien des ménages de procéder à ces opérations. Sur le plan de la sécurité alimentaire, la situation sera encore plus précaire l'an prochain, avec l'augmentation du nombre des ménages incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires. On n'insistera jamais assez sur la nécessité d'une surveillance étroite des conditions de sécurité alimentaire au Karakalpakie. Des informations précoces et anticipées seront nécessaires et devront être mises en commun et analysées avec régularité pour permettre une intervention rapide et efficace.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des Secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information, à:

Abdur Rashid
Chef, SMIAR, FAO
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Mél: GIEWS1@FAO.ORG

Khaled Adly
Directeur régional, OMN, PAM
Télécopie: 0020-2-3580716
Mél: Khaled.Adly@wfp.org

Il est également possible de recevoir automatiquement, par messagerie électronique, les Alertes spéciales et les Rapports spéciaux, dès leur publication, en souscrivant à la liste de distribution du SMIAR. À cette fin, veuillez envoyer un message électronique à l'adresse suivante: mailserv@mailserv.fao.org , sans remplir la case "objet" en indiquant le message suivant:

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1 Les conclusions de la mission concernant les mesures de redressement nécessaires pour le secteur agricole feront l'objet d'un rapport distinct, préparé par le Bureau des opérations spéciales de secours de la FAO (TCOR).

2 Chimbay, Shumanay, Bozatau, Karauzyak, Kegeily, Kungrad, Kanlikuk, Muinak et Takhtakupir, pour une superficie de 1,3 million d'hectares.

3 Bagat, Koshkupyr, Khiva, Shavat et Yangiaryk.

4 Le taux de change officiel du soum, qui a été dévalué de 54 pour cent en mai 2000, est de 231 soum pour 1 dollar E.-U. Actuellement, les taux comptables sont de 310 soum pour 1 dollar E.-U. pour les transactions officielles, y compris le paiement des achats effectués au titre de la commande d'État, et un taux commercial de 675 soum pour 1 dollar E.-U. utilisé par les importateurs qui n'ont pas accès à des devises au taux officiel. Le taux non officiel est proche de 800 soum pour un dollar E.-U..

5 Amou-Daria seulement.

6 Selon une étude de la politique sociale et structurelle de l'Ouzbékistan, publiée en avril 1999 par la Banque mondiale ("Uzbekistan Social and Structural Policy Review").

7 Il s'agit de comités locaux responsables de l'attribution de prestations de sécurité sociale ciblées, à la fois sur la base de règles établies et selon une allocation discrétionnaire fondée sur les connaissances locales.

8 La consommation normale de farine est de 103,65 kg par personne, soit 133 kg de céréales au taux opérationnel d'usinage de 78 pour cent, et de 200 000 tonnes pour une population de 1,5 million de personnes. La consommation normale de riz est de 5 kg par personne, soit 7,5 tonnes par an, et celle de pâtes en équivalent blé de 15 000 tonnes ou de 10 kg par personne.

9 L'utilisation apparente de riz en 1999/2000 (83 000 tonnes sur 114 000, y compris 34 000 tonnes de transferts vers d'autres régions) révèle l'existence de stocks de riz.