SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL


MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES AU ZIMBABWE

1er juin 2001

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FAITS SAILLANTS

  • Pour la campagne de commercialisation en cours (1 avril 1-2 mars), on prévoit une production céréalière d'environ 1,82 million de tonnes. Ce chiffre, qui indique un recul de 24 pour cent par rapport à l'an dernier, s'explique par une réduction des semis et une baisse des rendements.
  • Pendant la campagne principale, les grandes exploitations commerciales ont enregistré une baisse d'environ 30 pour cent des emblavures pour toutes les cultures. Ce recul est principalement dû aux perturbations liées au programme d'acquisition de terres. Le maïs a été particulièrement touché, avec une réduction des emblavures de 54 pour cent, qui s'explique également par le fait que cette culture rapporte moins que les autres.
  • La réduction de 8 pour cent des superficies de maïs et de 12 pour cent de la production de maïs enregistrée par les petites exploitations collectives est dû pour une large part au fait que le Grain Marketing Board, organisme public d'État, a tardé à payer les récoltes de maïs de l'an dernier. L'importance de l'inflation annuelle (plus de 50 pour cent) et l'élévation du coût des intrants ont incité les agriculteurs à délaisser le maïs au profit de cultures de rapport comme le soja, le tournesol, les arachides et le paprika.
  • Les besoins d'importations de céréales pour la campagne de commercialisation 2001/02 sont estimés à 579 000 tonnes. Les importations commerciales de blé et de riz devant atteindre 132 000 tonnes, il restera à se procurer 447 000 tonnes de maïs, soit par un prélèvement sur les stocks, soit, ce qui est préférable, par des importations commerciales. Un programme bilatéral d'aide alimentaire pourrait également être mis sur pied pour couvrir une partie des besoins d'importations.
  • L'apparition dans le pays des problèmes d'insécurité alimentaire a pour cause principale la diminution du pouvoir d'achat. La population pauvre des villes ainsi que de nombreuses familles vivant dans les régions à déficit vivrier du sud et de l'est sont particulièrement vulnérables aux pénuries alimentaires et devraient bénéficier d'une aide.
  • Le programme actuel de redistribution des terres posant des problèmes nombreux et complexes, il est nécessaire de prendre les mesures appropriées qui permettront de limiter ses effets négatifs sur la productivité agricole et la production alimentaire.
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1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires s'est rendue au Zimbabwe du 25 avril au 11 mai 2001 pour estimer le résultat des récoltes de céréales et de légumineuses de la principale campagne, établir une prévision concernant la récolte de l'hiver 2001/02 et évaluer les besoins d'importations de denrées alimentaires. Trois équipes, comprenant un membre du Système mondial d'alerte rapide de la FAO, deux consultants internationaux et deux consultants nationaux de la FAO ainsi que deux membres (l'un international, l'autre local) du PAM se sont rendues dans douze districts sélectionnés dans l'ensemble des cinq zones agro-écologiques qui couvrent les huit provinces du pays. Ces équipes ont été assistées par des spécialistes du Ministry of Lands, Agriculture and Rural Resettlement (MLARR, Ministère de la terre, de l'agriculture et du réaménagement rural). Une des équipes a été rejointe par des membres du Famine Early Warning System (FEWS, réseau d'alerte en cas de famine) de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

Les équipes chargées de l'évaluation des récoltes ont pu obtenir des données concernant les superficies cultivées et les rendements auprès des agents de district d'AGRITEX et du Crop Forecasting Committee (Commission chargée de la prévision des récoltes). Des entretiens ont eu lieu avec des agriculteurs, des commerçants, des membres d'ONG, des réalisateurs de projets et des agents du gouvernement. Au cours de leur progression, les équipes ont pu examiner l'état des cultures - notamment en procédant à des vérifications ponctuelles - et du bétail ainsi que la situation des marchés. Les équipes de la mission ont pu en outre accéder aux données obtenues par télédétection concernant les estimations sur les précipitations, aux indices de végétation, aux rapports intérimaires, aux évaluations et aux cartes des zones de vulnérabilité. Grâce à ce stock important d'informations et à leur connaissance des récents développements, elles ont pu ajuster avec une grande précision les prévisions initiales du MLAAR concernant les rendements. Les membres chargés de l'évaluation de la sécurité alimentaire ont rassemblé des informations sur la sécurité alimentaire des familles, sur leur vulnérabilité, sur les procédés utilisés pour faire face à la situation ainsi que sur les programmes d'aide sociale prévus pour les districts qu'ils ont parcourus. Un questionnaire standard a servi à conduire des entretiens partiellement structurés dans des familles d'agriculteurs et divers districts. Les informations recueillies ont été confrontées aux données concernant la production végétale et animale et comparées à celles de l'an dernier ainsi qu'à la moyenne des années 1990.

La saison des pluies de 2000/2001, dont le cours a été semblable à celui de l'an dernier, a généralement été bénéfique pour les provinces du nord qui fournissent normalement 70 pour cent des récoltes céréalières du pays. En revanche, les pluies sont arrivées en retard et ont été inférieures à la normale dans les régions du sud et de l'est. Pendant le mois de janvier, la plus grande partie du pays a connu une période de sécheresse, suivie en février et en mars par des pluies abondantes et continues qui ont provoqué localement des inondations.

Les superficies consacrées aux cultures céréalières pour la principale campagne de 2000/2001 ont diminué de 15 pour cent par rapport à l'an dernier. Les emblavures de maïs effectuées par les grandes exploitations commerciales ont été réduites de plus de la moitié, en raison principalement des acquisitions de terres, et cette réduction des semis n'a pas pu être compensée par les résultats des petits exploitants, y compris dans les zones réaffectées. Cette diminution de la superficie totale du maïs a pu être compensée en partie par l'augmentation des superficies consacrées au soja, aux arachides, au tournesol et au paprika.

La mission estime la récolte céréalière de la principale campagne agricole de 2000/01 à 1,57 million de tonnes, soit une baisse de 27 pour cent par rapport aux 2,15 millions de tonnes de 1999/2000. La production de maïs de cette campagne est estimée à 1,47 million de tonnes et représente la part la plus importante (plus de 90 pour cent) de la totalité de la production de céréales.

En ce qui concerne l'élevage, la situation a été généralement satisfaisante dans les grandes exploitations commerciales, et de passable à satisfaisante chez les petits exploitants. On a toutefois signalé que dans certains secteurs communautaires des animaux étaient morts de maladies transmises par les tiques. L'état des pâturages et les conditions d'approvisionnement en eau ont généralement donné satisfaction dans la plupart des provinces du pays.

Les besoins d'importations, calculés sur la base de la production prévue, sont estimés à 579 000 tonnes. Le gouvernement ne dispose que d'une capacité d'importation de maïs extrêmement réduite, car les productions d'or et de tabac ont enregistré un recul important, et il a déjà été prévu d'affecter une grande partie des futures rentrées de devises aux achats de carburant, aux importations d'autres formes d'énergie ainsi qu'au service de la dette. En admettant que le déficit de 132 000 tonnes de blé et de riz puisse être couvert par des importations commerciales assurées par des commerçants du secteur privé - qui se procureraient des devises sur le marché parallèle - il resterait un déficit d'environ 447 000 tonnes de maïs qu'il faudrait équilibrer, soit par des importations, soit par des prélèvements sur les stocks. Compte tenu de la situation actuelle de l'économie et de l'insécurité alimentaire qui règne en plusieurs endroits du pays, il serait préférable d'éviter toute ponction importante sur les réserves. Le pays doit en effet conserver des stocks suffisants de céréales pour assurer l'approvisionnement stable et approprié qui permettra d'éviter toute flambée des prix et de maintenir ces derniers dans des limites acceptables pour les populations tant rurales qu'urbaines.

La distribution gratuite d'aide alimentaire n'est pas une solution appropriée. Une solution envisageable serait la mise sur pied d'un programme bilatéral d'aide alimentaire qui aiderait à assurer un approvisionnement suffisant en céréales, à un prix acceptable, dans les régions urbaines et rurales déficitaires.

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2. CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE1

L'économie et l'agriculture du Zimbabwe traversent aujourd'hui une phase de ralentissement. Il devient évident que cette situation pourrait avoir de fâcheuses conséquences pour la sécurité alimentaire, d'autant plus que rien ne permet d'envisager, dans un proche avenir, une relance de l'agriculture ou des autres secteurs de l'économie. On prévoit pour 2001 une baisse de 5 pour cent du produit national brut. La baisse du revenu par habitant qui en résulte - et ce pour la troisième année consécutive - atteint au total 18 pour cent sur la période 1999-2001. Par ailleurs, la crise qui secoue le marché des changes réduit la capacité du pays à importer le carburant, l'énergie ainsi que les céréales vivrières qui permettraient de parer à la menace d'un déficit alimentaire. Depuis octobre 2000, le taux de change fixé par le gouvernement est de 55 dollars du Zimbabwe pour 1 dollar E.-U., alors que le taux pratiqué sur le marché parallèle se situe aux environs de 120 dollars du Zimbabwe. On comprend dès lors qu'une partie importante du flux de devises (environ 75 pour cent selon les estimations) transite par le marché parallèle, rendant d'autant plus difficile la tâche d'un gouvernement confronté à de graves pénuries de devises.

Le montant total de la dette extérieure du Zimbabwe est estimé à 4,45 milliards de dollars E.-U. si bien que le service de la dette, dû en pourcentage des exportations 2000, atteint les 69 pour cent, autant dire un niveau totalement irréaliste. La balance des paiements prévue pour 2000 accusait un solde négatif de 611 millions de dollars E.-U., avec un total d'arriérés de dette extérieure de plus de 500 millions de dollars E.-U. Le pays a dû interrompre les paiements effectués en règlement de sa dette auprès du FMI, de la Banque mondiale et d'autres créanciers; de ce fait, le service de la dette effectivement assuré en 2000 a absorbé 38 pour cent de la valeur de l'ensemble des exportations. Au cours de la période 1996-2000, la balance du commerce extérieur a évolué entre un niveau d'importations nettes de 111 millions de dollars E.-U. en 1998 et un niveau d'exportations nettes de 379 millions de dollars E.-U. en 2000. On s'attend toutefois à une baisse importante du montant total des recettes d'exportation en 2001, du fait du recul de la production d'or et de tabac et de la chute des revenus assurée par le tourisme.

L'économie souffre également d'un taux d'inflation constamment élevé: 32 pour cent en 1998, 58 pour cent en 1999 et 57 pour cent en 2000. Selon les dernières données disponibles, le taux d'inflation annuelle a atteint 55,8 pour cent, en léger recul par rapport à celui enregistré au cours du mois précédent (57,7 pour cent). La situation pourrait empirer en raison du laxisme des politiques monétaires et d'un déficit budgétaire constant, estimé à 23 pour cent du produit intérieur brut. Les prix du maïs sont en train de se stabiliser en cette période de récolte et d'après-récolte. En revanche, les prix du blé (dont les semis pour la campagne d'hiver vont bientôt commencer) sont en hausse rapide: sur la bourse des marchandises (ZIMACE), ils sont passés par exemple de 7 729 dollars du Zimbabwe en mars 2000 à 15 261 dollars en mars 2001 (soit une hausse de 98 pour cent). Le coût de l'assortiment alimentaire de base a augmenté de 57 pour cent (en février 2001 par rapport au prix de l'an dernier à la même époque, soit pratiquement au même rythme que le taux d'inflation officiel. L'inflation du prix des denrées alimentaires, après avoir atteint un seuil record de 87 pour cent par an en septembre 2000, est redescendue aux environs de 40 pour cent en mars 2001. Depuis le mois de janvier 2000, elle est d'une manière générale plus faible que celle qui touche les denrées non alimentaires (graphique 1).

Cette inflation rapide, combinée avec un chômage important, sape le pouvoir d'achat des familles et aggrave le problème d'insécurité alimentaire dans le pays. Le taux de chômage se situe entre 40 et 50 pour cent. Une étude effectuée récemment a révélé la fermeture, en 2000, d'un total de 400 entreprises (dont 171 dans le secteur automobile, 92 dans le secteur de l'acier, et 45 dans le secteur du textile et de l'habillement). La fermeture de ces entreprises et la réduction des effectifs de 350 autres entreprises ont fait perdre leur emploi à 10 000 employés (Chambre de commerce du Zimbabwe).

Source: Bureau central de statistique du Zimbabwe.

Parmi les 174 pays retenus pour l'étude effectuée par le PNUD 2, le Zimbabwe se situe au 130e rang de l'indice du développement humain du PNUD et occupe la 112e place de l'indice du PIB par habitant (sur la base de la parité du pouvoir d'achat). Le premier résultat s'explique par une faible espérance de vie; le Zimbabwe est en effet l'un des pays les plus touchés par le sida, la maladie étant devenue une véritable épidémie. En 1998, l'espérance de vie à la naissance était de 39,2 ans, alors qu'elle pourrait, sans le sida, atteindre 69,4 ans (Office du recensement des États-Unis). Le chiffre avancé par le PNUD est de 43,5 ans.

Le PIB par habitant était, en 1998, de 471 dollars E.-U.; calculé en faisant intervenir la parité du pouvoir d'achat, il était estimé à 2 669 dollars E.-U., chiffre relativement élevé par rapport aux autres pays les moins développés. Trente-six pour cent de l'ensemble de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins d'un dollar E.-U. par jour (1989-1994). Une étude d'évaluation de pauvreté effectuée en 1995 par le Ministère du service public, du travail et de la protection sociale a indiqué que 57 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté alimentaire et qu'une autre fraction de la population, soit 17 pour cent, vit en dessous du seuil de pauvreté en termes de consommation globale.

Au cours des dernières années, le problème de la pauvreté a été aggravé par l'ampleur du chômage et le coût élevé de la vie. Les chômeurs et les habitants pauvres des villes sont les plus touchés par ce double fléau. Les autres groupes menacés par l'insécurité alimentaire sont a) les agriculteurs touchés par la sécheresse du mois de janvier et par les pluies torrentielles de février et de mars - responsables, surtout dans le sud du pays, de phénomènes d'engorgement - et, b) les ouvriers agricoles, sans travail depuis l'invasion des exploitations ou les acquisitions de terres en vue de leur redistribution. Dans l'ensemble, leur situation ne semble pas aussi désespérée qu'on a pu le penser, puisque qu'il arrive que nombre d'entre eux restent employés et rémunérés, partiellement, dans les deux cas, par les propriétaires terriens.

Dans les zones rurales où l'insécurité alimentaire devient problématique, on arrive généralement à se tirer d'affaire grâce aux envois de fonds effectués par des hommes ou des enfants travaillant dans les villes. Si le chômage urbain devait augmenter en raison de la fermeture des usines, cette source de revenus pourrait, en se tarissant, priver la population rurale pauvre et les familles touchées par un déficit alimentaire d'une de leurs plus importantes ressources.

2.1 La réforme agraire au Zimbabwe

Le processus de distribution des terres qui se poursuit depuis l'indépendance du pays en 1980 est très déséquilibré. Selon les données pour 1995 provenant du Commercial Farmers Union (Syndicat des exploitants agricoles), la taille moyenne des grandes exploitations commerciales (il en existe au total 4 700) est de 3 000 ha, alors qu'elle est inférieure à 30 ha pour les exploitations communautaires et dans les zones de redistribution (862 000 exploitations au total). Les grandes exploitations commerciales, qui exigent des capitaux importants et qui dépendent d'une main-d'_uvre relativement bon marché (chaque exploitation emploie en moyenne une quarantaine d'ouvriers agricoles) ont assuré 80 pour cent de la production agricole nationale.

Pour assurer la redistribution des terres agricoles, le gouvernement à mis sur pied divers programmes de réforme agraire. Le programme d'acquisition de terres et d'installation de nouveaux exploitants (phase 1) qui a commencé à partir de 1979/1980 et s'est poursuivi jusqu'en 1997/1998 a permis l'acquisition de 3 498 444 ha et l'installation de 71 000 nouveaux exploitants3. Pendant une nouvelle phase, qui s'est déroulée entre octobre 1998 et juin 2000, 85 exploitations supplémentaires couvrant une superficie de 168 264 ha ont été acquises en vue d'une redistribution. Le programme intitulé «Fast Track» a débuté en juillet 2000: en avril 2001, un total de 2 706 exploitations, avec 6 086 605 ha de terres, ont été sélectionnées en vue d'une acquisition obligatoire et d'une redistribution. Entre juillet 2000 et le 9 février 2001, 51 543 familles en tout ont pu s'installer sur 2 083 301 ha de terres. Toutes les grandes exploitations commerciales sélectionnées - même si elles n'ont pas encore été acquises - ne peuvent plus bénéficier de crédits bancaires. Les exploitations qui ne sont pas encore répertoriées pour la redistribution hésitent à faire les préparatifs et les investissements nécessaires pour les cultures de la prochaine campagne. Il est très fréquent que les investissements à long terme aient complètement cessé, ce qui aura de fâcheuses conséquences - à court terme en tout cas - sur la productivité et la production agricole. Des mesures devront donc être prises pour assurer la reprise de la croissance à long terme du secteur agricole.

2.2 L'agriculture dans l'économie nationale

L'agriculture est l'un des secteurs qui fournit le plus d'emplois; pendant la période 1994-1998, il a assuré environ 27 pour cent de la totalité des emplois. Les exportations agricoles sont la principale source de rentrées de devises, et jouent de ce fait un rôle essentiel dans l'économie du pays. En 2000, elles ont représenté 42 pour cent environ de la totalité des exportations (1 708 millions de dollars E.-U.), les recettes les plus importantes provenant du tabac (26 pour cent) et du coton (6 pour cent). Le Zimbabwe, qui exporte normalement ses excédents de maïs, a dû en importer pendant les années marquées par des sécheresses ou des inondations, notamment en 1992, 1993, 1998 et 1999 (graphique 3). Le pays enregistre généralement un déficit en blé, dont les importations nettes se sont élevées en moyenne à 75 000 tonnes environ au cours des six dernières années (entre 1994/1995 et 2000/2001).

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3. LA PRODUCTION VIVRIÈRE EN 2000/01

3.1 Précipitations

La saison des pluies de 2001, semblable à celle de l'an dernier, a généralement été favorable pour les provinces du nord, qui assurent normalement 70 pour cent environ de la production céréalière nationale. La production agricole des régions méridionales a été en revanche moins favorisée, du fait de l'arrivée tardive de précipitations par ailleurs inférieures à la normale. Malgré la sécheresse presque généralisée qui a sévi pendant tout le mois de janvier, les précipitations ont été dans l'ensemble supérieures aux normes saisonnières, des pluies abondantes et bien réparties ayant arrosé la quasi totalité du pays en février et en mars. La particularité de la campagne de 2000/2001 tient à ce qu'elle a commencé, non pas comme à l'accoutumée dans les régions du sud et de l'ouest, mais dans celles du nord et du centre. Ces dernières ont en effet bénéficié jusqu'en décembre de précipitations supérieures à la normale, tandis que les districts méridionaux devaient endurer de longues périodes de sécheresse.

La saison des pluies a vraiment commencé à partir de la troisième décade du mois d'octobre dans la plupart des régions de l'est et de l'ouest du Mashonaland et des provinces de Masvingo. Elle a débuté dans la deuxième décade de novembre dans le centre du Mashonaland et le nord du Matabeleland, et encore beaucoup plus tard dans la plupart des régions du sud du Matabeleland. Le mois de novembre a généralement été humide, en particulier dans le nord. Les districts du centre, du nord, de l'ouest et de l'est ont été copieusement arrosés, mais les précipitations ont été inférieures à la normale dans les districts méridionaux de Gwanda, de Masvingo, de Bulawayo et de Beitbridge. En janvier, 70 mm de pluie sont tombés sur les régions situées le plus au nord et au sud-ouest. Le total des précipitations tombées sur la plupart des régions pendant le mois de janvier a cependant été nettement inférieur à la moyenne à long terme. La plupart des districts du sud et de l'est ont subi une vague de sécheresse qui s'est prolongée pendant tout le mois de janvier, et qui ont été suivies, en février, par des pluies torrentielles et incessantes. Ces dernières ont provoqué le lessivage des éléments nutritifs du sol, des engorgements et des inondations dans certaines zones des districts de Muzarabani, Guruwe, Kadoma, Chegutu, Masvingo, Tsholotsho et Gokwe.

Au mois de mars, un déplacement anormalement lent de la zone de convergence intertropicale en direction du nord a déclenché des précipitations importantes et largement réparties sur la quasi totalité du pays. La moyenne saisonnière des précipitations a plus que doublé dans la plupart des régions, à l'exception de Beitbridge et des régions avoisinantes du sud et du sud-ouest, où les précipitations ont représenté entre 60 et 80 pour cent de la moyenne. Signalons également le caractère insolite de la répartition des pluies pendant cette campagne agricole.

3.2 Intrants

Comme au cours des dernières années, entre 90 et 95 pour cent des semences de maïs utilisées cette année sur les petites exploitations ont été des semences hybrides certifiées. Malgré leur forte hausse de prix, (qui est passé de 48 dollars du Zimbabwe par kilo pendant la dernière campagne agricole à 104 dollars du Zimbabwe), elles ont été employées par la plupart des petits producteurs dans les provinces du nord. Entre 15 et 20 pour cent seulement des petits exploitants des provinces du sud et de l'est se sont servis des semences de maïs en pollinisation libre. Pour les cultures de mil et de sorgho, ce sont des variétés locales de semences provenant de la récolte de l'an dernier qui ont été utilisées. Dans certaines régions, l'approvisionnement en semences de sorgho et de mil a été réduit en raison du cyclone Eline qui a sévi au début de l'année 2000. L'approvisionnement en semences de céréales et de légumineuses n'a cependant pas posé de problème dans l'ensemble des provinces.

La consommation nationale d'engrais a été de 450 000 tonnes, en recul de 10 pour cent par rapport à la quantité initialement prévue. Cette réduction est principalement due à la réduction des superficies mises en culture sur les exploitations commerciales. Les quantités utilisées d'engrais composé de base D (7N-14P-7K) et de nitrate d'ammonium pour la fumure de couverture varient considérablement d'une province à l'autre en fonction des précipitations. L'emploi des engrais a été beaucoup plus important dans les provinces du nord, qui bénéficient d'une meilleure répartition des précipitations que dans celles du sud et de l'est, généralement caractérisées par un temps sec et des pluies irrégulières. Malgré la forte hausse du prix des engrais, la plupart des agriculteurs des provinces du nord, y compris les petits exploitants, en ont utilisé des quantités normales. Dans les provinces du sud et de l'est, la plupart des petits producteurs n'ont guère utilisé d'engrais, se servant plutôt de fumier organique.

Les petits exploitants recourent généralement très peu au crédit pour acheter des intrants. Ce n'est que très tard cette année que le GMB a fourni des semences et des engrais moyennant un crédit, en particulier dans les provinces du sud et de l'est.

3.3 Ravageurs et maladies

Les oiseaux quéléa ont été les seuls migrateurs nuisibles signalés sur les cultures de sorgho et de mil perlé dans le sud et le sud-ouest, les zones proches des parcs nationaux étant à cet égard les plus touchées. Parmi les ravageurs non migrateurs et les maladies d'une certaine importance, il convient de signaler cette année les dégâts occasionnés au maïs par le foreur de la tige tacheté, la tache fusarienne grise, la pourriture des rafles et la bigarrure, au mil rouge par les pucerons, au soja et aux arachides par la rouille des feuilles.

3.4 Superficies mises en culture

La totalité de la superficie consacrée aux cultures céréalières pour la campagne agricole de 2000/01 est estimée à 1 489 000 hectares, soit un recul de 15 pour cent par rapport à 1999/2000 (tableau 1). Les emblavures de maïs, de sorgho et de mil perlé ont diminué de 14,37 et 14 pour cent respectivement, mais la superficie cultivée en mil rouge a augmenté de 49 pour cent.

La diminution de 14 pour cent des emblavures de maïs s'explique largement par les réductions de 54 et de 8 pour cent enregistrées respectivement dans les grandes et les petites exploitations. En ce qui concerne les grandes exploitations commerciales, la diminution des emblavures de maïs est étroitement liée au programme de redistribution des terres récemment mis en _uvre. S'agissant des petits exploitants, la diminution s'explique en partie par leur crainte d'un «manque de marché», dû au fait que le GMB n'a payé que très tard la récolte de maïs de l'an dernier, ce qui a incité les agriculteurs à consacrer leurs terres au soja, au mil rouge, au tournesol et au paprika. La superficie cultivée en céréales, légumineuses et autres cultures de rapport en 2000/01 est d'approximativement 2,38 millions d'hectares, soit une diminution de 7  pour cent par rapport aux 2,56 millions d'hectares de 1999/2000. Les petites exploitations ont assuré 90  pour cent de la totalité de la production, contre 86 pour cent au cours de la dernière campagne agricole, en gérant essentiellement les cultures de céréales, de coton, d'arachides et de tournesol. Soixante-six pour cent de l'ensemble de la superficie cultivée ont été consacrés aux céréales, 17 pour cent au coton et 12 pour cent aux arachides. La part des grandes entreprises commerciales dans l'ensemble de la production n'est que de 10 pour cent, contre 14 pour cent l'an dernier.

3.5 Les rendements

Le rendement moyen du maïs devrait se situer cette année aux environs de 0,95 tonne par hectare sur les petites exploitations (qui ont assuré l'essentiel de la production) et de 5,2 tonnes par hectare sur les grandes exploitations commerciales. Ces estimations ont été calculées sur la base des estimations fournies par le personnel de district et provincial d'AGRITEX et par le National Early Warning Unit du Ministry of Lands, Agriculture, and Rural Resettlement (Système d'alerte rapide du Ministère de la terre, de l'agriculture et du réaménagement rural). Elles ont été comparées avec d'anciennes données, des renseignements importants fournis par des correspondants et des observations effectuées sur le terrain. Pour les cultures autres que celle du maïs, aucune donnée sur les districts n'a pu être obtenue, ce qui explique que la mission utilise les estimations établies par le MLARR et le Crop Forecasting Committee.

Le rendement moyen du maïs devrait cette année (avec environ 1,2 tonne par hectare) être inférieur de 13 pour cent à celui de 1999/2000. Le rendement moyen des autres cultures céréalières pendant la principale campagne agricole est estimé à 0,55 tonne par hectare pour le sorgho, 0,2 tonne par hectare pour le mil perlé et 0,4 tonne par hectare pour le mil rouge.

3.6 Prévisions concernant la production céréalière de 2000/01

Le Zimbabwe a deux campagnes agricoles. La principale saison des pluies commence habituellement en octobre/novembre et se termine en avril-mai, et c'est pendant cette période que se réalise une grande partie de la production du pays. La seconde campagne - moins importante, qui est appelée campagne d'hiver et dépend largement de l'irrigation - se fait surtout dans le secteur commercial. Les semis de blé et d'orge - les deux principales cultures - ont lieu en avril/mai, pour une récolte qui se déroule en septembre/octobre.

3.6.1 Production agricole de la principale campagne

Le tableau 1 indique une production céréalière de 1,57 million de tonnes pour la principale campagne agricole de 2000/01. Ce chiffre reflète une baisse de 27 pour cent par rapport aux 2,15 millions de tonnes de 1999/2000 et de 18 pour cent par rapport à la moyenne des dix dernières années, établie à 1,9 million de tonnes.

Céréales

La production de maïs de cette campagne est estimée à 1,47 million de tonnes, ce qui représente 93 pour cent de la production céréalière totale. Elle enregistre une baisse de 28 pour cent par rapport à celle de 1999/2000 et de 16 pour cent par rapport à la moyenne des années 1990. Cette baisse peut être attribuée à la réduction des superficies mises en culture par les grandes exploitations commerciales et par la diminution des emblavures et des rendements enregistrés par les petits exploitants. D'autres facteurs ont également joué un rôle, notamment le départ tardif de la campagne dans les régions du sud, qui s'est ajouté aux effets de la longue période de sécheresse de janvier, un emploi réduit des engrais, l'utilisation, pour le maïs, de semences en pollinisation libre à la place des semences hybrides à haut rendement, et enfin le retard du paiement effectué auprès du GMB et de la Cotton Company of Zimbabwe (COTTCO).

Tableau 1. Zimbabwe: Superficie, rendement et production de céréales, légumineuses et cultures commerciales pendant la campagne principale de 2000/2001

CULTURE /SECTEUR
Campagne principale 2000/2001
Campagne principale 1999/2000
Comparaison entre 2000/01 et 1999/00 (en pourcentage)
Superficie
(ha)
Rend. (t/ha)
Production
(tonnes)
Superficie (ha)
Rend.
(t/ha)
Production
(tonnes)
Variation
superficie
Variation
production
MAÏS
SECTEUR COMMERCIALa/
74 005
5.19
384 316
162 000
5.00
810 000
-54.3
-52.6
PETITS EXPLOITANTSb/
1 149 061
0.94
1 082 432
1 254 700
0.98
1 233 204
-8.4
-12.2
TOTAL MAÏS
1 223 066
1.20
1 466 748
1 416 700
1.44
2 043 204
-13.7
-28.2
SORGHO c/
SECTEUR COMMERCIAL
5 300
3.50
18 550
4 500
4.00
18 000
17.8
3.1
PETITS EXPLOITANTS
105 000
0.40
42 190
170 730
0.26
43 914
-38.5
-3.9
TOTAL SORGHO
110 300
0.55
60 740
175 230
0.35
61 914
-37.1
-1.9
MIL CHANDELLE
PETITS EXPLOITANTS
98 870
0.20
20 151
115 100
0.25
29 030
-14.1
-30.6
ELEUSINE
PETITS EXPLOITANTS
57 200
0.40
22 880
38 400
0.36
13 860
49.0
65.1
TOTAL CÉRÉALES
1 489 436
1.05
1 570 519
1 745 430
1.23
2 148 008
-14.7
-26.9
SOJA
SECTEUR COMMERCIAL
65 000
2.50
162 500
58 000
2.50
145 000
12.1
12.1
PETITS EXPLOITANTS
12 150
1.04
12 580
5 490
0.90
4 941
121.3
154.6
TOTAL SOJA
77 150
2.27
175 080
63 490
2.36
149 941
21.5
16.8
ARACHIDES (non décortiquées)
SECTEUR COMMERCIAL
2 000
2.50
5 000
1 400
3.00
4 200
42.9
19.0
PETITS EXPLOITANTS
274 120
0.61
166 784
266 700
0.70
186 690
2.8
-10.7
TOTAL ARACHIDES
276 120
0.62
171 784
268 100
0.71
190 890
3.0
-10.0
TOURNESOL
SECTEUR COMMERCIAL
2 000
1.00
2 000
1 500
2.00
3 000
33.3
-33.3
PETITS EXPLOITANTS
42 500
0.69
29 500
25 000
0.51
12 750
70.0
131.4
TOTAL TOURNESOL
44 500
0.71
31 500
26 500
0.59
15 750
67.9
100.0
PAPRIKA
SECTEUR COMMERCIAL
3 250
3.50
11 375
3 100
4.00
12 400
4.8
-8.3
PETITS EXPLOITANTS
4 985
0.28
1 414
2 104
0.70
1 473
136.9
-4.0
TOTAL PAPRIKA
8 235
1.55
12 789
5 204
2.67
13 873
58.2
-7.8
TABAC
SECTEUR COMMERCIAL
67 112
2.79
187 064
77 291
3.01
232 941
-13.2
-19.7
PETITS EXPLOITANTS
12 395
0.71
8 841
14 876
0.82
12 213
-16.7
-27.6
TOTAL TABAC
79 507
2.46
195 905
92 167
2.66
245 154
-13.7
-20.1
COTON
SECTEUR COMMERCIAL
17 000
1.92
32 666
26 400
2.00
52 798
-35.6
-38.1
PETITS EXPLOITANTS
373 473
0.68
253 447
343 535
0.87
300 202
8.7
-15.6
TOTAL COTON
390 473
0.73
286 113
369 935
0.95
353 000
5.6
-18.9
GRAND TOTAL
2 365 421
2 570 826
-8.0

a/ Le secteur commercial inclut les grandes exploitations agricoles commerciales.

b/ Le secteur des petites exploitations agricoles comprend les petites exploitations collectives, les petites exploitations commerciales et les exploitants réinstallés.

c/ Pour les cultures autres que le maïs, la Mission n'a pu obtenir aucune donnée recouvrant l'ensemble des secteurs des districts; aussi, a-t-elle utilisé pour le présent rapport les estimations réalisées au niveau national par le MLARR et le Comité de prévisions des récoltes, qui sont jugées raisonnables.

Bien que, cette année, la campagne de sorgho et de mil chandelle, relativement résistants à la sécheresse, ait été relativement meilleure que celle du maïs, la production de ces deux céréales devrait baisser de 2 et de 31 pour cent respectivement par rapport à l'année dernière en raison essentiellement d'une réduction des superficies cultivées par le secteur des petites exploitations. Inversement, la campagne d'éleusine devrait fortement augmenter cette année et dépasser de 65 pour cent celle de la dernière campagne à la suite d'un accroissement important (49 pour cent) de la superficie cultivée par le secteur des petits exploitants.

Autres cultures vivrières

Les superficies plantées en soja, tournesol et arachides pendant la campagne principale de 2000/2001 ont augmenté respectivement de 22,68 et 3 pour cent par rapport à l'année précédente. Cette augmentation est attribuée à la hausse des prix attendue de la présente campagne.

La récolte totale de légumineuses (principalement soja et arachides) est estimée à 346 000 tonnes contre 340 000 tonnes en 1999/2000. Cette année, la production de soja devrait être supérieure de 17 pour cent à celle de la dernière campagne du fait d'un accroissement de 22 pour cent de la superficie cultivée. On s'attend à ce que la production d'arachides diminue de 10 pour cent en dépit d'un léger accroissement (3 pour cent) de la superficie cultivée, en raison de la longue période de sécheresse en janvier et des pluies persistantes en février. La production de tournesol devrait presque doubler par rapport à l'année dernière à la suite d'une augmentation de 68 pour cent de la superficie cultivée, principalement dans le secteur des petites exploitations où l'accroissement de cette superficie a été de 131 pour cent par rapport à l'année dernière.

Cultures commerciales

Au cours de la campagne principale 2000/2001, la superficie plantée en coton s'est étendue de 6 pour cent par rapport à la dernière campagne, un plus grand nombre d'exploitants se lançant dans cette culture, en particulier dans le sud-est du pays. Par contre, les superficies cultivées en tabac se sont réduites de 14 pour cent pendant la même période (Tableau 1).

La production de coton et de tabac, qui contribue à l'apport de devises étrangères, devrait diminuer par rapport à la dernière campagne. La production de tabac devrait baisser de 20 pour cent, partiellement en raison des désordres ayant perturbé les régions de culture commerciale où cette plante est essentiellement cultivée. Pour le coton, la diminution de la production s'explique par la baisse des prix versés aux agriculteurs et du coût élevé des semences. Quant aux autres cultures commerciales, principalement le tournesol et le paprika, elles devraient augmenter, de nombreux petits exploitants ayant ajouté récemment la culture de ces plantes à celle du soja et des arachides.

3.6.2 Production de la campagne d'hiver

Le blé et l'orge, cultivés pendant la campagne d'hiver (de mai à septembre), sont importants car ils contribuent largement, à la fois directement et indirectement, à l'économie du Zimbabwe. Le blé est essentiellement utilisé pour la fabrication du pain et, dans une moindre mesure, d'autres produits de boulangerie. L'orge est utilisé pour la fabrication de la bière, bien qu'une partie du grain (sous forme de malt) soit exportée dans d'autres pays de la région pour obtenir des devises étrangères très prisées. Dans le passé, le pain de blé était tenu pour un produit de luxe réservé aux consommateurs aisés. Toutefois, depuis l'indépendance, la consommation de blé a augmenté considérablement, en particulier dans les couches les moins favorisées de la population, et le blé est considéré actuellement comme étant le deuxième produit de première nécessité du pays.

La production de blé et d'orge est très mécanisée. Pendant les cinq dernières années, de 46 000 à 57 000 hectares ont été plantés en blé, avec des rendements moyens de 5 à 6 tonnes par hectare et une production allant de 250 000 à 324 000 tonnes (Tableau 2). Compte tenu de la situation actuelle dans les exploitations commerciales, la superficie et la production de blé devraient fortement chuter en 2001. Nombre d'exploitations ont été mises en vente ou subissent des arrêts de travail qui peuvent nuire à la production de blé d'hiver. La campagne de blé de cette année n'ayant pas encore été semée, il est difficile de prévoir la production que l'on peut attendre. Toutefois, l'Association des producteurs de céréales du Zimbabwe prévoit une récolte d'environ 250 000 tonnes, ce qui est très inférieur à la consommation nationale habituelle.

3.7 Élevage

Les conditions du bétail sont bonnes dans les grands élevages commerciaux et de moyennes à bonnes dans les petits élevages. On signale le décès d'animaux à la suite de maladies transmises par les tiques dans certaines zones communautaires, notamment dans les provinces du Matebeleland Nord, Matebeleland Sud, Mashonaland central, Mashonaland oriental et Manicaland en raison de traitements irréguliers dus à une pénurie de produits chimiques (acaricides). On signale également des cas de pelade dans le nord de la province du Matebeleland.

Tableau 2. Zimbabwe: Superficie, rendement et production de blé et d'orge de 1991 à 2000 et prévisions pour 2001

  Blé Orge
Superficie (ha) Rendement
(t/ha)
Production (tonnes) Superficie (ha) Rendement
(t/ha)
Production (tonnes)
1991 44 000 5,9 259 320 5 605 5,6 31 600
1992 11 180 5,1 56 920 1 136 4,3 4 900
1993 48 000 5,8 277 109 6 400 5,2 33 102
1994 52 647 5,5 287 904 5 650 5,8 33 000
1995 13 860 5,1 70 000 2 355 5,3 12 500
1996 47 843 5,5 263 134 5 300 5,7 30 000
1997 55 200 4,5 250 000 10 700 4,3 45 500
1998 50 000 6,0 300 000 9 879 5,8 57 234
1999 57 574 5,6 324 430 3 079 5,4 16 671
2000 46 375 5,5 255 063 5 128 6,2 32 200
2001 45 455 5,5 250 000 4 545 5,5 25 000
Source: Association des producteurs de céréales du Zimbabwe; prévisions pour 2001 établies par la Mission.

 

Le nombre total des diverses variétés d'animaux dans le pays, selon le recensement animal le plus récent (1999), est le suivant: bovins: 6 068 764; ovins: 640 175; caprins: 2 909 870; porcins: 278 811 et ânes: 373 122. Le secteur des petits exploitants possède 72 pour cent de l'ensemble du bétail, les 28 pour cent restants allant au secteur commercial. En outre, le secteur des petits exploitants possède 94 pour cent des ovins et des caprins, contre 6 pour cent pour le secteur commercial. Ce dernier possède 48 pour cent des porcins contre 52 pour cent dans le secteur des petites exploitations. Étant donné le climat d'incertitude qui règne actuellement sur les exploitations commerciales, le nombre d'animaux devrait décliner cette année.

La situation des pâturages et des réserves en eau est généralement bonne dans la plupart des provinces. Grâce aux pluies régulières qui sont tombées en février et en mars, la qualité et la quantité des pâturages s'est améliorée dans la plupart des régions.

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4. SITUATION DE LA PRODUCTION PAR PROVINCE

Les estimations concernant la superficie, le rendement et la production de maïs par province sont présentées dans le tableau 3.

Tableau 3. Zimbabwe: Super ficie, rendement et production de maïs: prévisions pour la campagne principale 2000/2001

PROVINCE SECTEUR COMMERCIAL PETITS EXPLOITANTS TOTAL
Superficie
(ha)
Rendement
(t/ha)
Production
(tonnes)
Superficie
(ha)
Rendement
(t/ha)
Production
(tonnes)
Superficie
(ha)
Rendement
(t/ha)
Production
(tonnes)
Manicaland 3 047 5,00 15 235 155 582 1,04 161 684 158 629 1,12 176 919
Mashonaland Central 5 140 5,40 27 770 135 035 1,63 220 211 140 175 1,77 247 981
Mashonaland Est 8 550 5,25 44 888 211 586 1,18 248 740 220 136 1,33 293 628
Mashonaland Ouest 55 280 5,19 287 165 143 639 1,31 188 045 198 919 2,39 475 210
Masvingo 625 5,00 3 125 169 645 0,66 111 119 170 270 0,67 114 244
Matebeleland Nord 348 4,50 1 566 89 728 0,71 63 486 90 076 0,72 65 052
Matebeleland Sud 0 0,00 0 35 513 0,28 10 034 35 513 0,28 10 034
Midlands 1 015 4,50 4 568 208 333 0,38 79 112 209 348 0,40 83 680
NATIONAL TOTAL 74 005 5,19 384 316 1 149 061 0,94 1 082 432 1 223 066 1,20 1 466 748

4.1 Province du Mashonaland occidental

La plupart des zones de cette province font partie de la région agroécologique II (agriculture intensive) mais certaines sont situées dans la région agroécologique III (agriculture semi-intensive). Les petits exploitants cultivent principalement le maïs et les exploitations commerciales, le tabac. Certains districts, comme Hurungwe, sont très productifs tandis que d'autres, comme Kariba, Kadoma et Zvimba présentent un problème structurel de déficit alimentaire. La période habituelle de plantation dans la province s'étend de la mi-novembre à la mi-janvier. La plupart des districts de cette province ont subi trois semaines de sécheresse depuis le début de janvier, suivies de fortes pluies en février et mars. Toutefois, cette période de sécheresse a été moins forte que dans d'autres régions du pays et, dans l'ensemble, les fortes pluies n'ont pas endommagé la récolte du maïs, sauf en quelques endroits. Les agriculteurs qui avaient planté tard le maïs ont souffert de ces pluies excessives, ce qui entraînera une légère diminution des récoltes. La répartition des précipitations était analogue à celle de l'année dernière qui avait également connu une période de sécheresse suivie de fortes pluies. Dans certaines régions, le cobrot dû aux pluies excessives a réduit les rendements et la qualité du maïs. Dans cette province, les cultivateurs de maïs ont largement recours aux engrais.

La mission estime que, dans l'ensemble, les rendements seront analogues ou un peu plus faibles que ceux de l'année dernière, selon les zones. La production de maïs pour la campagne 2000/2001 est évaluée à 475 210 tonnes, pour une superficie cultivée totale de 198 919 hectares pour les deux secteurs, dont 287 165 tonnes pour le secteur commercial et 188 045 tonnes pour le secteur des petits exploitants (Tableau 3). On estime que la province fournit la plus grande part (32 pour cent) de la production nationale totale de maïs et est le plus gros producteur de maïs du Zimbabwe.

4.2 Province du Mashonaland central

La plupart des zones de cette province font partie de la région agroécologique II (culture intensive) et III (culture semi-intensive). Les zones que la mission a visitées paraissent dans l'ensemble très productives. Dans les parties basses, où le coton est la culture principale, les plantations de maïs ne semblaient pas donner de bons résultats. La sécheresse de janvier et de février a duré près de six semaines dans certaines zones et a été suivie par de fortes pluies jusqu'en mars. Toutefois, la récolte de maïs n'a apparemment pas souffert du fait que la majorité des exploitants avaient semé très tôt.

Dans le secteur des petits exploitants, le maïs constitue la culture principale, suivie par le coton. La plupart des cultivateurs de maïs utilisent largement les engrais dans cette province. La mission estime que les rendements devraient être analogues ou quelque peu inférieurs à ceux de l'année dernière. Toutefois, les résultats varient fortement d'une zone à l'autre. La production totale du secteur des petits exploitants est estimée à 247 980 tonnes pour une superficie totale de 140 175 hectares plantée en maïs pour les deux secteurs (Tableau 3). Cette année, la province devrait produire environ 17 pour cent de la production nationale totale de maïs au niveau national et se place au troisième rang en tant que productrice de maïs du pays.

4.3 Province du Mashonaland oriental

La plupart des zones de cette province sont situées dans la région agroécologique II et III. Le maïs constitue la culture principale. Près de 20 pour cent du maïs planté précocement a été affecté, au moment de la formation des épis, par une période de sécheresse de près de trois semaines, de la fin décembre à la mi-janvier. On a pu observer un certain flétrissement des plantes, mais elles ont repris après les bonnes pluies de février et mars. Dans l'ensemble, on s'attend à un rendement moyen des cultures de maïs. Les pluies qui ont suivi en février et mars ont été abondantes mais analogues ou inférieures à celles de l'années dernière. Les cultivateurs de maïs utilisent largement les engrais mais restent toutefois au-dessous des taux recommandés. La mission a observé du cobrot dans le maïs de cette province.

La quantité de maïs produite par les deux secteurs en 2000/2001 est estimée à 293 627 tonnes, pour un total de 220 136 hectares (Tableau 3). La province fournit environ 20 pour cent de la production totale de maïs du pays et se place au second rang.

4.4 Province de Masvingo

La plupart des zones de cette province sont situées dans la région agroécologique V (culture extensive) et III (culture semi-intensive). Le maïs constitue la production principale suivi par le sorgho, le mil chandelle, l'arachide et le coton. Les précipitations ont été irrégulières, en générale inférieures à la normale, et ont débuté tard dans la plupart des districts de la province. Les semis de la campagne de céréales se sont étendus de novembre 2000 à janvier 2001. La période de sécheresse qui a frappé en janvier 2001, au milieu de la campagne, et qui a duré plus de 30 jours dans la plupart des districts, a endommagé les semis précoces, en particulier le maïs. Les pluies diluviennes qui ont suivi en février et mars 2001 dans la plupart des districts ont détrempé le sol, ce qui a encore réduit les perspectives en matière de récolte. Les engrais ne sont utilisés que par un très faible pourcentage d'agriculteurs et restent bien au-dessous des taux recommandés. Par contre, le fumier est largement employé. La production de maïs dans cette province pour la campagne 2000/2001 est évaluée à 114 244 tonnes, pour une superficie totale de 170 270 hectares (Tableau 3). On estime que la province produit environ 8 pour cent de la production totale nationale en maïs, ce qui la place au cinquième rang des provinces du pays productrices de maïs.

4.5 Province du Manicaland

La plupart des zones de culture de maïs de cette province se situent dans les régions agroécologiques I, III et V. Le maïs constitue la culture principale, suivi par le coton, le sorgho et le mil chandelle. Cette année, la campagne a été très différente dans cette province de celle de l'année précédente : les pluies ont été irrégulières, généralement au-dessous de la moyenne et sont tombées tard dans la plupart des districts (sauf dans les districts de Makoni et de Nyanga). Les semis ont duré de la mi-novembre 2000 à la mi-janvier 2001. En janvier 2001, une période de sécheresse de plus de 30 jours a endommagé dans la plupart des districts la plus grande partie des plantations dont les semis ont eu lieu au tout début de la campagne, en particulier le maïs. Les pluies excessives en février et mars 2001 ont détrempé le sol, ce qui a encore réduit les perspectives de récoltes.

Un très faible pourcentage d'exploitants utilisent des engrais, et cela à un taux bien inférieur à celui qui est recommandé. Par contre, ils emploient largement le fumier. La production de la campagne 2000/2001 est estimée à 176  919 tonnes pour une superficie totale de 158 628 hectares (Tableau 3). La production de maïs devrait s'établir aux alentours de 12 pour cent de la production totale du pays

4.6 Province du Matebelaland Nord

La plupart des zones de production de cette province se situent dans les régions agroécologiques IV (cultures semi-extensives). Le maïs est la culture principale, suivie par le sorgho, le mil chandelle et les arachides. La répartition des pluies a été inhabituellement irrégulière. Les semis des plantes céréalières ont eu lieu de la mi-novembre au début décembre 2000. De la mi-décembre à la fin janvier 2001, une période de sécheresse de plus de 50 jours a endommagé, dans la plupart des districts, les semis précoces, en particulier le maïs. Les pluies excessives en février et mars 2001 dans la plupart des districts a détrempé le sol, réduisant encore les perspectives de récolte. Les exploitants n'utilisent en général pas d'engrais en raison des très faibles précipitations et des conditions de sécheresse, mais emploient largement le fumier. La production de maïs de la campagne 2000/2001 est estimée à 65 052 tonnes pour une superficie totale de 90 076 hectares (Tableau 3). La production de maïs de cette province ne représente qu'une faible proportion (4 pour cent) de la production totale du pays cette année.

4.7 Province du Matebelaland Sud

La plupart des zones de culture de maïs de cette province se situent dans la région agroécologique IV (culture semi-extensive). Le maïs constitue la principale culture de la province suivi par le mil chandelle, le sorgho et l'arachide. La saison des pluies a débuté tard et les précipitations ont été inférieures à la normale dans la plupart des districts. Les semis des cultures céréalières se sont étendus de novembre 2000 à février 2001. La longue période de sécheresse de plus de 40 jours, qui a duré de la mi-décembre à la fin de janvier dans la majorité des districts, a endommagé la plupart des semis précoces, en particulier le maïs. Les pluies excessives en février et mars ont détrempé le sol, réduisant encore les perspectives de récolte. La plupart des exploitants n'utilisent pas d'engrais dans cette région en raison des faibles précipitations et de la sécheresse, mais emploient largement le fumier. La production de maïs de la campagne 2000/2001 dans cette province est estimée à 10 034 tonnes pour une superficie totale de 35 513 hectares (Tableau 3). C'est la province ayant la plus faible production de maïs du pays.

4.8 Province des Midlands

La plupart des zones de culture de maïs de cette province se situent dans la région agroécologique III (culture semi-intensive). Le maïs constitue la culture principale suivi par l'arachide et le coton. La saison des pluies a débuté, dans la plupart des zones, à la fin d'octobre 2000. Une longue période de sécheresse, de la mi-janvier à la fin février, suivie par des pluies excessives et incessantes de la fin février à la fin mars, a endommagé de 40 à 45 pour cent des plantations précoces de maïs, sorgho, mil et autres cultures. Le rendement du maïs devrait donc être inférieur de 50 pour cent à celui de la campagne précédente. Pendant la campagne 2000/2001, la superficie plantée en maïs s'est réduite de 10 pour cent par rapport à l'année précédente en raison d'un manque d'animaux de trait. La superficie plantée en coton et arachides s'est toutefois agrandie grâce au plan de crédit COTTCO. La plupart des exploitants n'utilisent pas d'engrais mais du fumier. La production de maïs de la campagne 2000/2001 dans cette province devrait s'établir à 83 679 tonnes pour une superficie totale de 209 348 ha La production de maïs est estimée à 6 pour cent de la production totale du pays pour cette année.

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5. SITUATION DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE ALIMENTAIRE EN 2001

5.1 Marché céréalier

Après la récolte de mai 2000, les prix du maïs, qui est la principale céréale utilisée dans l'alimentation au Zimbabwe, ont baissé comme prévu et sont restés presque constants jusqu'en novembre 2000 (voir graphique 3). Étant donné la récolte relativement maigre de blé d'hiver et les précipitations peu favorables pendant la campagne principale, en particulier dans le sud, le prix du maïs a commencé à se relever en novembre pour atteindre le maximum en décembre dans les centres urbains de Harare et de Gweru. Le taux annuel de l'inflation des prix à la consommation étant de près de 58 pour cent, le prix du maïs a en réalité diminué en valeur réelle pendant la période mars 2000 - février 2001. L'inflation des prix des denrées alimentaires au cours des derniers mois a été inférieure à l'inflation générale et a diminué depuis septembre 2000. Ces chiffres masquent toutefois l'existence de communautés qui souffrent de déficit alimentaire à cause de l'alternance de sécheresse et d'inondations et des dégâts causés par le cyclone Eline l'année dernière. Les zones d'insécurité alimentaire de l'est et les zones en déficit alimentaire chronique du sud sont particulièrement vulnérables. La baisse des revenus réels par habitant, la hausse du chômage et celle du prix des produits alimentaires et non alimentaires laissent prévoir un problème sérieux d'accessibilité alimentaire pour les groupes vulnérables de la population, en particulier dans les zones urbaines.

Il convient de faire remarquer que le cours du maïs au Zimbabwe est dicté par le Grain Marketing Board (GMB), un organisme semi-public qui fixe son prix d'achat et de vente. En général, les commerçants achètent le maïs au GMB et le revendent dans les zones souffrant d'un déficit alimentaire en ajoutant à son prix d'achat le coût du transport et une marge bénéficiaire. Ces prix ne reflètent donc pas nécessairement les prix pratiqués sur le marché libre. Le GMB exerce également un monopole sur les importations et les exportations de maïs. Ces opérations de commercialisation agricole contrôlées par l'État reviennent très cher à celui-ci (ainsi, le GMB a une dette s'élevant à 10 000 milliards de dollars zimbabwéens) et entraînent, ainsi qu'en témoignent de nombreuses études effectuées dans le monde entier, de graves dysfonctionnements économiques et commerciaux ainsi que des retards d'un point de vue économique. Comme on peut le voir d'après l'évolution des cultures au cours du temps, les exploitants agricoles tentent de faire face à la situation en abandonnant le maïs au profit d'autres cultures vivrières comme le soja, le tournesol, l'arachide et le paprika.

5.2 Offre et demande en céréales en 2001/2002

Il est difficile d'obtenir une estimation précise de la population du Zimbabwe. Nombre d'organismes, comme l'Office central des statistiques, le FNUAP, le Bureau du recensement des États-Unis, le NEWU et le FEWS, ont chacun leur propre résultat basé sur des taux de croissance différents. Or, le taux de croissance peut varier de 0 à 2,5 pour cent suivant les hypothèses concernant l'impact prévu du sida. La mission a adopté les estimations du NEWU qui prévoient un nombre de 12 695 758 d'habitants pour le milieu de l'année commerciale (avril 2001-mars 2002). Elles sont fondées sur l'hypothèse d'un taux de croissance de 2,5 pour cent jusqu'en 2000 et de 0 pour cent pour l'année actuelle.

La balance commerciale prévue pour l'année 2001/2002 (avril-mars) concernant les principales céréales est donnée dans le Tableau 4, qui a été établi sur la base des informations les plus récentes concernant les échanges commerciaux, les stocks existant avant la récolte, l'estimation finale de la production en fonction de la récolte de la campagne principale 2000/2001 et les premières estimations portant sur la prochaine deuxième campagne (d'hiver).

La production céréalière totale disponible en 2001/2002 est estimée à 1,82 million de tonnes, y compris 1,47 million de tonnes de maïs de la campagne principale, ainsi qu'une estimation préliminaire de 250 000 tonnes de blé pour la récolte d'hiver secondaire qui doit être engrangée en novembre et décembre 2001. Le total des stocks d'ouverture de maïs (1er avril 2001), y compris ceux du GMB, des commerçants privés et des exploitants agricoles, est évalué à 561 000 tonnes.

En ce qui concerne la demande, les céréales sont destinées essentiellement à la consommation alimentaire. La consommation alimentaire devrait être analogue à celle des cinq dernières années et est établie sur la base d'une population estimée à 12,696 millions d'habitants au milieu de l'année 2001/2002 et d'une consommation par habitant en céréales de 162 kg par an, composée de 120 kg de maïs, 28 kg de blé, 13 kg de mil et 1 kg de riz. Avec 162 kg par habitant, 85 pour cent environ des calories nécessaires seraient couvertes par les céréales, les calories restantes provenant d'autres aliments tels que arachide, soja, viande, potirons, fruits et légumes. Les habitants mangent également des chenilles (mopane), qui sont soit consommées sur place soit exportées au Botswana, en Afrique du Sud et en Zambie, en vue d'en tirer un revenu supplémentaire. Compte tenu des chiffres donnés ci-dessus, la consommation totale de céréales en 2001/2002 devrait s'élever à 2,06 millions de tonnes.

Tableau 4. Zimbabwe: Offre et demande en céréales: avril 2001-mars 2002 (en milliers de tonnes) a/

  Maïs Mil Blé Riz Toutes céréales
A. Disponibilités intérieures 1 887 109 384 1,5 2 381
Stocks d'ouverture 420 5 134 1,5 561
Production 1 467 104 250 - 1 821
B. Utilisation 2 334 109 505 13 2 961
Alimentation humaine 1 523 165 355 13 2 057
Alimentation animale 250 - - - 250
Semences et pertes 76 8 10 - 94
Aliment de substitution 64 (64)     -
Stocks de fermeture 420 0 140 0 560
C. Besoins d'importation 447   121 11 579
Importations commerciales prévues - - 121 11 132
Déficit 447 - - - 447

a/ La production d'orge, qui se monte à environ 25 000 tonnes, n'est pas incluse dans le tableau car elle est presque totalement réservée à la fabrication de la bière.

L'utilisation de céréales et de produits dérivés pour l'alimentation animale devrait diminuer cette année par rapport à l'année dernière en raison de la baisse du nombre d'animaux, en particulier dans le secteur de l'exploitation commerciale, due aux désordres liés à la réinstallation des populations. Certains exploitants ont même cessé de donner aux b_ufs de boucherie le supplément de céréales nécessaire pendant les mois d'hiver. Le temps humide de février et mars a réduit également le pourcentage de vêlage. Le total des céréales destinées à l'alimentation animale est estimé à 250 000 tonnes. Ce montant est calculé sur la base de l'information selon laquelle près de 500 000 tonnes d'alimentation animale commerciale contenant 30 pour cent de maïs en grain sont vendues chaque année et que 100 000 tonnes supplémentaires de maïs sont utilisées en mélange dans les petites exploitations familiales et dans les grandes structures commerciales.

Autres usages et pertes inclut l'utilisation des grains de maïs en tant que semences (sans compter les semences de maïs hybride; l'industrie des semences est traitée séparément). Le calcul de l'utilisation des semences est fondé sur le taux de 25, 100 et 10 kg/ha pour les superficies plantées respectivement de maïs, de blé ou de mil. Le maïs à pollinisation ouverte est cultivé dans environ 10 pour cent des exploitations communautaires. Étant donné les conditions relativement bonnes de stockage, les pertes dans les exploitations sont minimes au Zimbabwe. Il n'existe pas de données précises à ce sujet, mais on peut présumer que cette perte s'élève à 5 pour cent de la production totale du maïs et du mil et à 2 pour cent pour le blé.

Le gouvernement du Zimbabwe a maintenu des stocks élevés pendant les années de production excédentaire (par exemple, 320 000 tonnes en 1996-1997) et des stocks plus faibles (par exemple, 97 000 tonnes en 1995-1996) pendant les années de production faible ou déficitaire. Au cours des six dernières années (de 1994-1995 à 2000/2001), le niveau moyen des stocks de maïs était de 442 000 tonnes pour les réserves officielles et de 123 000 tonnes pour les réserves privées. La position officielle du gouvernement est de maintenir une réserve stratégique de grain de 500 000 tonnes. Toutefois, compte tenu de l'environnement socio-économique actuel et du déclin constant de la situation économique qui érode le pouvoir d'achat de la population, il conviendrait de maintenir des stocks élevés. Ceci permettrait d'éviter l'escalade des prix et d'assurer la sécurité alimentaire en maintenant la stabilité des prix dans le pays. Par conséquent, dans ce tableau, le niveau total des stocks reste inchangé avec des stocks totaux de céréales se montant à 560 000 tonnes (420 000 tonnes de maïs et 140 000 tonnes de blé).

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Source: Zimbabwe: Importations et exportations de maïs, 1991-2000, prévisions pour 2001

Si l'on tient compte des hypothèses formulées ci-dessus, le besoin total en importations, c'est-à-dire l'écart entre les besoins annuels totaux et la disponibilité totale en céréales est évalué à 579 000 tonnes. Étant donné la baisse de la production d'or, le déclin de 20 pour cent de la récolte de tabac et l'utilisation de la plus grande part des devises étrangères attendues pour l'achat de carburant, le paiement d'autres importations d'énergie et le service international de la dette, la capacité du gouvernement d'importer du maïs est extrêmement limitée. Pendant cinq des 10 dernières années, le Zimbabwe a été un exportateur net de maïs et pendant les cinq autres années, un importateur net (voir graphique 3). Les exportations se sont montées à 640 000 tonnes en 1994 alors que, l'année précédente, les importations s'étaient élevées à 569 000 tonnes. Le pays connaît généralement un déficit en blé et au cours des six dernières années a dû importer en moyenne 75 000 tonnes par an (de 1994/1995 à 2000/2001). Le marché du blé et celui du riz sont libéralisés. Toujours pendant la même période, les importations de riz allaient de 30 000 à 159 000 tonnes, soit une moyenne de 87 000 tonnes. Il est donc possible que la plus grande part du blé et du riz nécessaires soit importée par des commerçants privés qui seraient en mesure de se procurer des devises étrangères.

Étant donné la campagne décevante de maïs dans la région, le commerce transfrontalier ne sera probablement que minime. Il restera donc un déficit en maïs de 447 000 tonnes, qui pourrait être couvert par les importations commerciales avec la participation du secteur privé et éventuellement par des prélèvements sur les stocks. Toutefois, compte tenu de la pénurie de carburant et des difficultés de transport, de tels prélèvements ne sont pas à conseiller en raison du climat d'insécurité alimentaire qui règne actuellement dans plusieurs parties du pays. Une possibilité pourrait être la mise sur pied d'un programme d'aide alimentaire bilatérale pour couvrir une partie des besoins en importation.

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6. ÉVALUATION DE LA SÉCURITÉ ET DE LA VULNÉRABILITÉ ALIMENTAIRES

Plusieurs facteurs pourraient influencer les perspectives concernant la sécurité alimentaire du pays. On peut s'attendre à une insécurité alimentaire suite à la diminution des réserves alimentaires dérivant d'une mauvaise récolte, de la hausse du prix de l'alimentation et du déclin du pouvoir d'achat de certaines couches de la population. Il est donc essentiel, comme condition préalable à la sécurité alimentaire, d'assurer une offre suffisante à un prix abordable dans toutes les régions du pays. Malheureusement, la situation économique actuelle du Zimbabwe, le chômage ou le sous-emploi qui règnent dans différents secteurs économiques - en particulier l'agriculture commerciale, l'industrie, les mines, le tourisme et l'industrie agro-alimentaire - ne feront que réduire encore le pouvoir d'achat et l'accès à la nourriture. En outre, la grave crise de carburant que connaît le pays actuellement entraîne des problèmes de distribution, dans les zones déficitaires, de céréales prélevées sur les stocks, risquant d'y causer ainsi une pénurie alimentaire.
L'exclusion de certains groupes de la population des programmes de réinstallation et d'autres plans d'aide sociale (tels que les ouvriers immigrés travaillant dans les exploitations commerciales et les mineurs) leur fait courir un risque sérieux d'insécurité alimentaire. Par ailleurs, la limitation de la disponibilité des services de santé et des plans de sécurité sociale et de l'accès à ceux-ci ne fera qu'aggraver la situation des groupes les plus vulnérables de la population comme les personnes âgées, les indigents, les orphelins, les malades chroniques et de nombreux ménages ayant une femme pour chef de famille. L'impact du sida sur les dépenses et les revenus mine également la sécurité alimentaire des ménages et des communautés affectées.

6.1 Vulnérabilité des communautés agricoles

Lors des deux dernières campagnes, de nombreuses régions du sud et de l'est du Zimbabwe ont souffert du cyclone Eline (1999/2000) et de pluies irrégulières (2000/01), qui ont eu un effet cumulatif sur la production alimentaire et sur la capacité d'y faire face. Si l'on ajoute à cela le ralentissement général de l'économie et les maigres budgets affectés par l'État à une aide publique et à la remise en état des infrastructures civiles et de production, même les ménages normalement autosuffisants sont exposés au risque de l'insécurité alimentaire. Dans les zones marginales de culture de maïs, c'est-à-dire dans la plupart des zones du sud et du sud-est du pays, la récolte a été réduite en raison d'une pénurie de main-d'_uvre et d'un manque d'animaux de trait et de technologies apportées par la vulgarisation agricole comme les semences hybrides, les engrais et les insecticides.

L'insécurité alimentaire cette année-ci menace les ménages dont l'économie alimentaire est particulièrement fragile. Ce sont ceux qui n'ont pas de rentrées régulières, qui ne possèdent pas de bétail, ne peuvent s'offrir les techniques modernes et ont des moyens d'existence peu diversifiés. La plupart des groupes vulnérables habituels tombent dans cette catégorie: les personnes âgées, les handicapés, les malades chroniques, les orphelins, les ménages pauvres dont le chef de famille est une femme, les indigents.

Les ménages menacés d'insécurité alimentaire dépendront dans une certaine mesure des programmes d'assistance sociale mis en place par le gouvernement, d'_uvres de bienfaisance, des congrégations religieuses et des ONG. On estime toutefois que, dans la plupart des régions, les réseaux sociaux traditionnels de solidarité, très importants, seront en mesure d'aider les ménages en situation d'insécurité alimentaire en leur assurant du travail, en leur faisant des dons et, dans une moindre mesure, en mettant en place des plans d'épargne et en faisant cultiver des parcelles par la communauté en faveur de ceux qui ne peuvent le faire. Cette solidarité sociale peut néanmoins être mise à rude épreuve par le déclin économique général.

6.2 Vulnérabilité des communautés non agricoles

Dans les communautés non agricoles, la sécurité en matière d'emploi et de revenu est de plus en plus mise en danger par les réductions de personnel et le sous-emploi dans l'industrie minière, les exploitations agricoles commerciales et l'industrie agro-alimentaire, ce qui entraîne des répercussions négatives sur le secteur des services. Les flux alimentaires allant des campagnes vers les villes changent dans une certaine mesure de sens pour répondre aux modifications en matière de disponibilité alimentaire, de prix et de revenus individuels. L'agriculture dans les centres urbains ou périurbains pourrait apporter une certaine aide à condition qu'une politique de l'environnement favorable soit mise en place.

6.3. Stratégies en vue d'une aide alimentaire éventuelle

Au cours des deux dernières années, les activités d'intervention en matière de développement ont subi une réduction drastique tant en nombre qu'en importance. Pour faire face aux caprices du temps, le gouvernement et les organismes d'aide fournissent un appui limité aux actions d'assistance et de reconstruction, comme les compléments alimentaires pour les enfants, les programmes "vivres-contre-travail" et les programmes de remise en état des systèmes d'irrigation. Ces différents programmes sont toutefois insuffisants face à l'importance des problèmes actuels et prévus. Si la sécurité devait se détériorer encore, les organismes de distribution de l'aide et les réseaux sociaux devront faire face à de graves difficultés avant la nouvelle récolte attendue en mars 2002.

La distribution générale d'une aide alimentaire gratuite est considérée, tant au niveau central que local, comme allant à l'encontre des efforts d'autonomie et de prise en charge des communautés par elles-mêmes. L'aide alimentaire apportée à des programmes existants, bien ciblés et bien gérés d'assistance et de reconstruction, devrait recevoir un financement adéquat, et toute extension éventuelle de celle-ci devrait se faire dans le cadre d'un programme bilatéral d'aide alimentaire.

Des plans d'urgence destinés aux couches de la population les plus vulnérables et les plus menacées par l'insécurité alimentaire, et offrant la possibilité d'apporter une réponse appropriée et rapide aux besoins opérationnels et de financement, devraient être mis sur pied dès que possible en tenant compte des difficultés soulevées par: a) les obstacles en matière de sécurité auxquels doivent faire face les mécanismes de livraison de l'aide destinée à soulager la pauvreté et à prévenir ou réduire l'impact des désastres naturels; b) l'aide et l'assistance sociale insuffisantes apportées par le gouvernement et les organisations d'aide internationales, et c) la capacité fortement réduite du gouvernement d'importer du maïs en raison de son manque de disponibilités en devises étrangères et du déclin économique général.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'informations le cas échéant.
Abdur Rashid
M. Aranda da Silva
Chef, SMIAR, FAO, Rome
Directeur régional, OSA, PAM, Rome
Télécopie: 0039-06-5705-4495
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1 Cette section s'inspire de différentes sources: FMI, Banque mondiale, FAO, PNUD, FEWS-NET, Bureau du recensement des États- Unis et Economist Intelligence Unit.

2 Rapport sur le développement humain du PNUD pour l'année 2000 basé sur les données de 1998.

3 Source d'information pour ce paragraphe: "Ministry of Lands, Agriculture and Rural Resettlement".