SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO

ALERTE SPECIALE

No. 320

(Diffusée uniquement pour les pays où la situation relative aux cultures vivrières ou aux approvisionnements est préoccupante)

PAYS: AFRIQUE AUSTRALE

Date: 19 février 2002

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PRES DE 4 MILLIONS DE PERSONNES EN AFRIQUE AUSTRALE SONT EXPOSEES A DE GRAVES PENURIES ALIMENTAIRES

 

La situation des approvisionnements alimentaires en Afrique australe est tendue en conséquence de la forte diminution de la récolte céréalière en 2001, causée par de mauvaises conditions météorologiques, et de la réduction des emblavures dans plusieurs zones. La production totale de maïs, qui est la principale culture de base dans la sous-région, est estimée à 13,4 millions de tonnes, un quart de moins qu'en 2000 et bien en deçà de la moyenne quinquennale. Les prix du maïs ont augmenté de plusieurs fois au cours des mois écoulés, compromettant l'accès à la nourriture de vastes segments de la population dans plusieurs pays. De graves pénuries alimentaires sont apparues dans les zones rurales et urbaines du Malawi, de la Zambie et du Zimbabwe où les stocks de maïs sont extrêmement bas, sous l'effet de la production déficitaire et de contretemps dans le calendrier des importations. Plus de 2 millions de personnes dans ces pays nécessitent une aide alimentaire d'urgence jusqu'à la prochaine récolte principale de la mi-avril 2002. Le PAM a commencé les distributions d'aide alimentaire mais d'autres promesses d'engagement sont nécessaires pour éviter les ruptures de filière. Il faut aussi déployer de toute urgence des efforts concertés pour accélérer la livraison des importations commerciales de maïs en provenance d'Afrique du Sud afin que la situation des approvisionnements alimentaires ne se détériore pas davantage. Ailleurs dans la sous-région, une aide alimentaire d'urgence est distribuée à 172 000 personnes au Mozambique méridional où la récolte a baissé pour la deuxième année consécutive. Au Swaziland, les ménages touchés par la sécheresse dans les provinces du moyen Veld et du bas Veld risquent la pénurie alimentaire. Le Gouvernement a entamé des distributions alimentaires d'urgence aux plus nécessiteux. Au Lesotho et en Namibie, la situation des approvisionnements alimentaires est tendue en raison des mauvaises récoltes de céréales et du volume insuffisant des importations commerciales. Les groupes vulnérables dans les zones urbaines et rurales ont du mal à se procurer des aliments. En Angola, une aide alimentaire d'urgence est requise pour les personnes déplacées à l'intérieur du pays, qui sont actuellement plus de 1,3 million et dont les flambées de la longue guerre civile ne cessent d'augmenter les effectifs.

Au Malawi, la récolte de maïs de 2001 a été inférieure d'un tiers à celle de l'année précédente, dont le niveau avait été satisfaisant, en raison de pluies excessives et d'inondations, couplées à la diminution des disponibilités d'intrants et à leur livraison tardive. Dans les zones méridionales, près de 650 000 personnes ont été gravement touchées par les inondations et ont perdu en partie leurs récoltes. Les besoins nationaux d'importation de maïs pour 2001/02 (avril/mai) ont été estimés à 200 000 tonnes alors qu'un excédent exportable avait été obtenu en 2000/01. Malgré des récoltes exceptionnelles en 1999 et 2000, la réserve stratégique de céréales détenue par l'Agence nationale de la réserve alimentaire (NFRA) se trouvait à un niveau très bas à l'ouverture de la campagne commerciale (2001/02 avril/mars). Les besoins d'importation estimés représentent le minimum indispensable pour couvrir les besoins de consommation et ne tiennent pas compte du volume nécessaire pour reconstituer la réserve stratégique. Les importations commerciales de maïs sont prévues à 180 000 tonnes, y compris les importations officieuses depuis les régions frontalières du Mozambique et de Tanzanie, que des projections prudentes situent à 25 000 tonnes. L'aide alimentaire d'urgence est donc estimée à 20 000 tonnes. Le PAM a déjà distribué 9 000 tonnes dans les zones touchées par les inondations.

Le Gouvernement, par le biais de la NFRA a déjà passé des commandes en octobre dernier pour 150 000 tonnes de maïs d'Afrique du Sud qui sera vendu à des négociants du secteur privé et aux magasins du réseau de la Société de développement agricole et de commercialisation (ADMARC)1.

Toutefois, fin janvier, 60 000 tonnes seulement avaient été livrées, en raison de goulets d'étranglement dans les transports intrarégionaux à cause d'exigences concurrentes des pays concernant l'acheminement des engrais et du maïs d'importation. Les retards devraient s'aggraver dans les semaines à venir à la suite des inondations de début février qui ont interrompu le transport sur la voie ferrée de Nacala au Mozambique.

En septembre de l'année dernière, les prix du maïs avaient plus que doublé par rapport au début de la campagne de commercialisation en avril (voir graphique ci-dessous). Les prix de l'ADMARC, cotés à 5 kwacha/kg en juillet ont atteint 17 kwacha/kg en août. Cette évolution traduisait l'épuisement des disponibilités intérieures, la hausse des prix du maïs d'Afrique du Sud et la dépréciation de la monnaie nationale. Dans les zones situées le long des frontières de la Tanzanie et du Mozambique, qui bénéficient d'importants flux transfrontaliers de maïs, les prix sont restés plus faibles. En novembre, les prix avaient atteint par endroits près de 29 kwacha/kg. Réagissant à d'autres hausses intervenues dans les semaines récentes, le Gouvernement a interdit aux négociants privés d'acheter du maïs de la NRFA et l'ADMARC reste la seule institution autorisée à vendre du maïs importé. Les prix élevés du maïs ont gravement entravé l'accès à la nourriture pour de vastes segments de la population du Malawi. Il s'agit notamment de ménages ruraux touchés par la médiocrité des récoltes et de ménages urbains dont le pouvoir d'achat est sérieusement érodé.

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Dans certaines zones, d'autres aliments tels que le manioc et les patates douces compensent en partie la pénurie ou les prix élevés du maïs, mais ailleurs, les personnes vulnérables éprouvent de graves difficultés alimentaires. Les longues queues qui se forment quotidiennement devant les minoteries pour acheter le sous-produit du décorticage du maïs en attestent. La vente de biens et d'articles ménagers est aussi largement signalée. Récemment, plus de 20 000 ménages (soit 120 000 personnes environ) ont été gravement touchés par les inondations dans 11 des 27 districts du pays. Le Gouvernement a promulgué récemment un appel urgent d'aide alimentaire pour éviter la famine dans le pays.

En Zambie, la récolte de maïs de 2001 a été officiellement estimée à 802 000 tonnes, une baisse de 24 pour cent par rapport au volume de l'année précédente. La récolte a souffert des pluies excessives qui ont provoqué des inondations localisées dans de nombreuses zones, tandis qu'au sud, le temps sec prolongé a compromis les rendements. Pour le blé, qui constitue une culture mineure, la baisse de la production moissonnée en novembre dernier est due en partie à la réduction des emblavures. Réagissant à la forte diminution de la récolte de maïs, le Gouvernement, à la mi-juillet, a adressé à la communauté internationale un appel pour la fourniture d'aide alimentaire destinée à deux millions de personnes dans 42 districts qui avaient été déclarés sinistrés. Jusqu'à présent, le Gouvernement a distribué 5 000 tonnes de maïs en puisant dans ses propres ressources.

Les besoins d'importation de maïs pour la campagne commerciale 2001/02 (mai/avril) ont été estimés par la FAO à 400 000 tonnes, dont 350 000 tonnes devaient être importées commercialement et 50 000 tonnes couvertes par l'aide alimentaire. En octobre 2001, le Gouvernement, par le truchement de l'Agence de la réserve alimentaire, a adjugé des contrats pour l'importation de 150 000 tonnes de maïs de novembre 2001 à mars 2002, destinées à être vendues à des prix subventionnés à 19 minoteries choisies. Au moment de l'adjudication, la fourchette de prix du maïs d'Afrique du Sud débarqué en Zambie était de 210 à 247 dollars la tonne et les minoteries offraient de 150 à 170 dollars la tonne, le Gouvernement payant la différence. Cependant, à la mi-janvier, seules 26 000 tonnes de maïs étaient arrivées à destination en raison de problèmes de transport analogues à ceux du Malawi, des cargaisons entières attendant encore d'être expédiées d'Afrique du Sud, et de la dépréciation du kwacha zambien.

Les prix du maïs, qui ont commencé à monter début juillet alors qu'ils auraient dû normalement baisser, avaient grimpé en moyenne de plus de 100 pour cent en janvier 2002 (voir graphique ci-dessous) en conséquence de l'arrivée des importations au ralenti. Dans quelques zones rurales, les augmentations ont été de l'ordre de 200 pour cent. Les plus fortes ont été enregistrées dans les parties orientales du pays. A Chadiwa dans la Province orientale, la farine de maïs se vendait 50 000 kwacha le sac de 15 kg vers la fin janvier, contre 20 000 kwacha environ cinq mois plus tôt.

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Le faible volume du maïs parvenant sur le marché a obligé plusieurs minoteries à stopper la production. Des pénuries de farine de maïs sur les marchés ruraux et urbains ont provoqué de longues queues à Lusaka et dans d'autres villes. L'on signale aussi des mouvements de personnes traversant les frontières du Malawi et du Mozambique en quête de travail pour se nourrir. Dans certains des districts les plus touchés, où le manioc est une importante denrée de base, ce dernier remplace en partie le maïs. Dans d'autres zones, des mécanismes de survie tels que la consommation d'aliments sauvages sont signalés. Le PAM a l'intention de distribuer 42 000 tonnes de maïs en guise d'aide alimentaire d'urgence à 1,3 millions de personnes plus gravement touchées dans 23 districts pendant quatre mois, jusqu'à la prochaine récolte. En novembre, il a lancé un appel de 18,9 millions de dollars pour financer l'opération d'urgence, mais début février, les promesses d'engagement demeuraient très inférieures aux besoins.

Au Zimbabwe, la récolte de maïs pour 2001 a été estimée à 1,5 millions de tonnes, 28 pour cent de moins que l'année précédente et bien au-dessous de la moyenne. La baisse était due principalement à une réduction de 54 pour cent des surfaces ensemencées dans les grandes exploitations commerciales, à sa suite des perturbations liées à l'acquisition de terres. Dans les zones communales, les semis ont été entravés par les débours tardifs de l'Office de commercialisation des céréales (GMB), tandis que les rendements ont été réduits par une vague de sécheresse en milieu de campagne suivie de pluies excessives, particulièrement dans les zones du sud.

Le Gouvernement a réagi au déficit en rétablissant le monopole du GMB pour le commerce du maïs. En décembre, il a également introduit une loi permettant de saisir les quantités de maïs du secteur commercial n'ayant pas été déclarées dans les deux semaines suivant la récolte. En outre, le Gouvernement a essayé d'importer à travers l'Office quelque 150 000 à 200 000 tonnes de maïs d'Afrique du Sud. Cependant, en raison de la grave pénurie de devises dont souffre le pays, seules 60 000 tonnes avaient été importées début février et des quantités relativement peu importantes sont entrées depuis dans le pays. Il semble improbable que toutes les importations de maïs prévues puissent parvenir à destination au cours des deux prochains mois, avant la récolte du maïs de la campagne en cours.

Les stocks officiels de maïs, chiffrés à 390 000 tonnes en mai 2001, en début de campagne de commercialisation, n'étaient plus estimés en février qu'à 10 000 tonnes, soit moins d'une semaine de consommation.

Les prix des denrées de base, qui avaient augmenté de plus de 300 pour cent de juin à août 2001, se sont stabilisés ou réduits en octobre lorsque le Gouvernement a imposé des baisses de prix de 5 à 20 pour cent pour la farine de maïs, le pain, la viande, les légumes, le lait, l'huile de cuisson et le sel. Toutefois ces denrées sont devenues pratiquement introuvables et se sont vendues sur le marché parallèle à des prix supérieurs.

De graves pénuries alimentaires sont signalées dans le sud, l'est et l'extrême nord du pays où la récolte a souffert du temps trop sec ou des pluies excessives. La farine de maïs et les autres denrées de base sont rares sur les marchés ruraux et urbains, où de longues queues se forment devant les magasins. La situation est particulièrement grave dans la Province méridionale du Matabeleland, sujette à la sécheresse. Le Gouvernement a lancé un appel d'aide alimentaire internationale et le PAM a demandé aux donateurs 60 millions de dollars E.-U. pour acheter 94 000 tonnes de céréales et venir en aide à 558 000 habitants des zones rurales et urbaines en proie à de graves pénuries alimentaires. Toutefois, aucune promesse d'engagement n'avait été reçue à la fin janvier 2002.

La situation alimentaire pourrait se détériorer encore pendant la seconde moitié de l'année, car la récolte de maïs de 2002, dont les semis sont déjà en diminution pour la seconde année consécutive, a été touchée par une vague prolongée de sécheresse depuis décembre dernier, particulièrement dans les zones méridionales. Si les pluies n'arrivent pas vite, la production de maïs pourrait tomber au-dessous du niveau de l'an passé. La sécurité alimentaire est également compromise par la crise économique générale qui sévit au Zimbabwe. L'insuffisance de devises ainsi que les pénuries de pétrole et les ruptures d'approvisionnement en électricité et en matières premières qu'elle entraîne, perturbent gravement toutes les activités économiques.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour tout complément d'information au Bureau du Chef, SMIAR, FAO; Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: giews1@fao.org

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1 Malgré l'augmentation considérable du nombre des négociants privés depuis la libéralisation du marché, ces derniers ne possèdent encore ni les compétences commerciales exigées en matière d'échanges internationaux officiels ni une capacité financière suffisante.