SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL
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RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN ÉTHIOPIE

7 frévrier 2002

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Faits saillants

  • Les perspectives alimentaires pour 2002 se sont nettement améliorées grâce à la récolte exceptionnelle de la campagne principale (meher) en 2001.
  • La production de céréales et de légumineuses de la campagne Meher est estimée à 12,33 millions de tonnes, soit 9 pour cent environ de plus que la moyenne des cinq dernières années mais 4 pour cent en deçà des estimations après récolte de l'année dernière.
  • Les prix des céréales sur les marchés, particulièrement du maïs, ont fortement chuté dans les principales régions productrices, ce qui risque d'entraîner de graves difficultés financières pour les agriculteurs et une diminution des superficies ensemencées la saison prochaine.
  • Les exportations vers les pays voisins seront limitées du fait d'un accroissement de la production au Kenya et au Soudan, notamment.
  • En dépit d'une récolte satisfaisante, quelques 5,2 millions de personnes, dont des agriculteurs et des éleveurs nomades au sud et à l'est _ auront besoin de près de 560 000 tonnes d'aide alimentaire, dont 130 000 pourront être puisées dans les stocks de report.
  • Les donateurs sont instamment priés de profiter des disponibilités locales de céréales pour couvrir une partie de l'aide alimentaire.

1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires a séjourné en Éthiopie du 11 novembre au 8 décembre 2001 pour estimer la production de céréales et de légumineuses de la campagne meher, préparer les prévisions pour la campagne belg 2002, évaluer l'ensemble de la situation alimentaire pour cette année et quantifier les besoins.

La mission, à laquelle se sont joints des spécialistes du Ministère fédéral de l'agriculture, était divisée en six équipes et s'est rendue dans toutes les régions. En même temps que les équipes d'évaluation des récoltes mais sur une plus longue période, 17 groupes dirigés par la Commission nationale de prévention et de planification des interventions en cas de catastrophe (DPPC), et comprenant des personnels du PAM, d'organismes donateurs bilatéraux et d'ONG, sont allés évaluer la situation alimentaire actuelle et future des localités isolées ainsi que des zones et woredas vulnérables.

Les équipes d'évaluation ont obtenu des bureaux de zone les données sur les superficies et les rendements de toutes les grandes cultures vivrières. Elles les ont ensuite rapprochées des informations communiquées par des agriculteurs, des négociants, des ONG et des représentants de donateurs, les comparant aussi aux données de télédétection fournies par les systèmes d'alerte rapide. Sur le terrain elles ont examiné les récoltes, fait des coupes-échantillons, réalisé des enquêtes de marché et observé l'état du bétail. Ces données plus fraîches et plus complètes ont permis aux évaluateurs d'affiner les premières prévisions de rendement.

Dans l'ensemble, les rendements agricoles en 2001 ont été bons grâce à des conditions de croissance favorables. En effet, après les généreuses pluies de la campagne secondaire belg en avril/mai, qui ont donné une récolte estimée à 450 000 tonnes de céréales et de légumineuses, la majeure partie des hautes terres du centre du pays ont reçu de bonnes pluies meher. Dans le sud-est, toutefois, les précipitations ont été irrégulières, en plus de débuter tard et de cesser tôt.

Les semis de céréales et de légumineuses se sont effectués sans interruption et les opérations agricoles ont suivi leur cours normal aussi bien dans les sous-secteurs traditionnels que mécanisés. À l'échelle du pays, on a noté que les surfaces consacrées au blé et à l'orge ont diminué au profit du sorgho et du mil tandis que les superficies sous céréales ont cédé 25 000 hectares aux légumineuses. Dans la région du sud (SEPAR)1, les limites des zones et des woredas spéciaux ont été redéfinies, ce qui a rendu les comparaisons plus difficiles. On sait cependant que les semis de céréales ont diminué en 2001 par rapport à l'année précédente, principalement en raison des incertitudes entourant les politiques de crédit et la disponibilité des engrais au moment des semis. On a épandu, dans l'ensemble du pays, environ 20 000 tonnes d'engrais de moins qu'en 2000, une baisse de 6 pour cent.

Les rendements céréaliers sont inférieurs d'environ 4 pour cent aux prévisions après récolte finales des bureaux de zone pour l'année 2000, surtout en raison d'applications d'engrais réduites (en particulier de phosphate diammonique) dans les principales zones productrices d'Oromiya, d'Amhara et du SEPAR. Les migrateurs nuisibles ont été absents cette année et les dommages causés par les maladies et ravageurs non migrateurs dépassent à peine la normale. Aussi la mission estime-t-elle à 12,33 millions de tonnes au total la production meher de céréales et de légumineuses, dont 11,3 millions de tonnes de céréales produites sur 9,79 millions d'hectares et 1,03 millions de tonnes de légumineuses sur 1,53 millions d'hectares _ la deuxième en importance depuis 1995. Sur la base de la récolte meher courante et d'une récolte belg 2002 estimée à 250 000 tonnes, on prévoit des besoins d'importations céréalières de 379 000 tonnes en 2002, dont environ 239 000 tonnes d'aide alimentaire.

Les bonnes pluies ont également profité aux autres cultures: café, racines et tubercules, banane Ensete. L'état des pâturages s'est en général amélioré, sauf dans certaines régions du sud-est où la situation demeure précaire. Ailleurs, le bétail se porte mieux et l'accès aux pâturages est meilleur qu'en 2000; les prix sont plutôt stables ou bien en hausse, ce qui indique que le cheptel se maintient et que les achats présentent plus d'intérêt.

L'offre étant abondante, les cours de la plupart des céréales ont chuté brutalement; le maïs est tombé à 50 birr pour 100 kg (environ 59 dollars E.-U. la tonne) en octobre/novembre 2001 dans certaines zones excédentaires, perdant la moitié de sa valeur en un an. D'une manière générale, les cours de toutes les céréales sur presque tous les marchés locaux sont restés bas en 2001 à la suite de la bonne récolte meher de 2000. La situation financière des agriculteurs devrait en souffrir considérablement et il se pourrait que la superficie cultivée soit réduite l'année prochaine.

Ces bons rendements agricoles peuvent faire oublier les déficits vivriers qui subsistent un peu partout en Éthiopie en raison de sécheresses localisées, de déplacements de population et de l'absence d'accès ou de droits à la nourriture disponible. En outre, les gens que plusieurs années consécutives de sécheresse ont rendus vulnérables et ceux que les récents conflits ont empêchés de rentrer chez eux auront besoin d'une assistance alimentaire.

Les secours alimentaires d'urgence nécessaires en 2002 devraient être inférieurs à ceux de 2001. On devra venir en aide à environ 5,2 millions de personnes, environ la moitié du chiffre de 2000, au pire de la sécheresse. Comme les stocks de report et les contributions de 2001 couvriront vraisemblablement les besoins jusqu'à la mi-mars 2002 seulement, promesses et livraisons d'aide par les donateurs sont requises d'urgence pour soulager les groupes vulnérables.

La mission recommande fortement aux donateurs qui souhaitent secourir les groupes ciblés de commencer par effectuer localement les achats d'aide alimentaire.

2. CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE

2.1 Situation macro-économique2

L'économie de l'Éthiopie est fortement tributaire de l'agriculture, qui assure environ 45 pour cent de son PIB, contre 12 pour cent pour l'industrie et 43 pour cent pour les services. L'essentiel du secteur agricole est entre les mains des petits exploitants de lots individuels. On estime à 85 pour cent la proportion d'habitants qui tirent leur subsistance, directement ou indirectement, de l'agriculture alors que, dans les villes, l'activité économique relève essentiellement du secteur non structuré. Les céréales _ les principales étant le maïs, le teff, le blé, l'orge et le sorgho _ représentent 80 pour cent de la production vivrière. On cultive également beaucoup de légumineuses et de graines oléagineuses. Les céréales sont en grande partie destinées au marché intérieur tandis que les légumineuses, les graines oléagineuses et, dans une moindre proportion, les fruits, sont pour une large part exportés. Le premier produit d'exportation est le café, qui assure plus de 60 pour cent de l'apport en devises étrangères. Malgré la hausse de la qualité et de la quantité du café exporté, l'instabilité des prix internationaux, qui sont par ailleurs très faibles ces temps-ci, a accentué les soubresauts de la croissance économique.

Outre l'agriculture, l'élevage et la foresterie, l'Éthiopie possède des ressources minérales encore sous-exploitées. Depuis cinq ans, l'investissement étranger dans les gisements d'or et d'autres métaux précieux progresse, de même que l'exploration pétrolière et gazière, mais ces initiatives n'ont pas encore eu d'incidence marquée sur le PIB.

Le programme de réforme économique, lancé en 1992, a contribué à accroître la stabilité; en effet, la dévaluation du birr, forte mais progressive, n'a pour ainsi dire pas attisé l'inflation. La croissance du PIB s'est établie à 5 pour cent par année en moyenne entre 1995/1996 et 1999/2000, et l'on prévoit qu'elle atteindra 7 pour cent en 2001 et 2002. Après l'abondante récolte de 2000, les prix des céréales ont fléchi durant la première moitié de 2001, ce qui a facilité l'accès à la nourriture et amélioré la sécurité alimentaire.

Les réformes économiques ont eu pour principal effet de déréglementer presque complètement les marchés des produits agricoles. S'il est vrai que la libéralisation a conduit à l'adoption de meilleurs incitatifs à la production et à des pratiques de marketing plus efficaces, le recours aux engrais, aux pesticides et aux semences améliorées demeure insuffisant et l'infrastructure de commercialisation très largement déficiente. La construction et la réfection des routes sont au c_ur du programme national de redressement économique. Plus de 20 pour cent du budget d'investissements y sont consacrés depuis quelques années; toutefois, cela n'a pas encore effacé les disparités de prix entre les régions excédentaires et les régions déficitaires.

Les perspectives économiques pour le court et le moyen termes sont encourageantes pour l'Éthiopie. La reconstruction d'après guerre et l'élargissement des réformes, que les donateurs ont appuyés et qui ont permis la reprise des prêts multilatéraux, devraient recevoir une attention prioritaire en 2002. En mars 2001, le FMI a autorisé un prêt initial de 121 millions de dollars E.-U. sur une ligne de crédit affectée à la réduction de la pauvreté et à la croissance. Cette somme s'ajoute au prêt de 400 millions de dollars E.-U. consenti en décembre 2000 par la Banque mondiale au titre de la reconstruction. La politique économique sera principalement axée sur la modernisation et la diversification du secteur de l'agriculture; en effet, on considère que la meilleure façon de réduire la pauvreté et d'accroître les revenus d'exportation consiste à améliorer les rendements et l'efficacité des pratiques agricoles. Cependant, les perspectives ne sont pas prometteuses à court terme pour les exportations de café, la première source de devises étrangères du pays.

2.2 Population

Le Bureau de la Commission de recensement de la population et des logements de l'Office central de statistiques a publié en juin 1998 les résultats du recensement de 1994. D'après ce rapport, l'Éthiopie comptait alors 53,48 millions d'habitants, dont 86 pour cent de ruraux et 14 pour cent de citadins. L'Office estime, en extrapolant, que la population s'élèvera au milieu de l'année 2002 à 67,22 millions d'habitants _ 10,31 millions dans les campagnes et 56,91 millions dans les villes. L'Éthiopie est, après le Nigeria, le pays le plus peuplé de l'Afrique subsaharienne.

La confédération fédérale actuelle confère aux ethnies et aux groupes linguistiques un rôle politique explicite. Elle reconnaît neuf nationalités, qui ensemble constituent l'État fédéral.

3. LA PRODUCTION VIVRIÈRE EN 2001

3.1 Précipitations

La production agricole en Éthiopie est fortement tributaire des pluies annuelles et donc sujette à de fortes variations selon leur régime et leur quantité. Les précipitations influent tant sur les superficies ensemencées que sur les rendements. En 2001, les pluies de la campagne secondaire belg, qui dans les bonnes années contribue à 5 pour cent de la production totale de céréales et légumineuses, sont arrivées à temps; elles ont été bien réparties et plus généreuses que la moyenne dans les dix zones de forte production belg. Dans dix autres zones, elles ont favorisé les cultures, incitant les cultivateurs à entamer tôt les travaux de préparation du sol en vue de la campagne principale (meher). Dans les hautes terres du centre du pays, les pluies belg ont été suivies de pluies meher qui ont bien démarré, se sont poursuivies à un rythme régulier en quantités modérées ou même élevées mais ont cessé prématurément dans beaucoup de zones dès la dernière décade d'août ou les premiers jours de septembre. À plus haute altitude, les pluies ont été généralement satisfaisantes; cependant, dans les régions agricoles plus basses ("kola"), elles ont commencé tard, ont continué de façon intermittente et, selon la plupart des rapports, ont cessé tôt. Cette situation a touché en particulier le sud-est, nuisant à la production. Du côté des basses terres de l'ouest, les disparités entre régions sont nombreuses cette année, ce qui rend les généralisations pour la campagne hasardeuses. Néanmoins, il semblerait qu'après des pluies belg tardives _ elles ont rejoint le début des pluies meher _ et des précipitations irrégulières pendant la campagne principale, les pluies se soient arrêtées trop tôt dans le nord-ouest alors que, dans le sud-ouest, elles ont suivi leur cours normal ou même se sont prolongées. De tout cela on peut conclure que, même si le régime des précipitations à l'échelle du pays a paru dans l'ensemble plus favorable que dans les dernières années, ses hauts et ses bas ont frappé plusieurs localités où les cultures ont pâti ou bien d'un excès ou bien d'une pénurie d'eau. La mission estime qu'à tout prendre, les indicateurs positifs l'emportent largement sur les signes négatifs mais qu'il faut par contre voir à améliorer la gestion de l'eau sur le terrain, particulièrement dans les plaines argileuses. Là où les pratiques agricoles sont bonnes, par exemple dans le Choa Nord où l'on cultive les céréales en platebandes selon la méthode traditionnelle pour les sols argileux, on tire pleinement profit des fortes pluies; ailleurs, dans des conditions comparables, il arrive que l'engorgement des sols fasse diminuer les rendements.

Les cultures vivaces comme la banane Ensete, l'eucalyptus, le café et le khat semblent aussi avoir bénéficié de la bonne répartition et de la qualité des pluies cette année. Partout dans le pays, les pâturages seraient en bon état. La mission estime cependant, étant donné l'arrêt précoce des pluies meher et le démarrage tardif des pluies de novembre-décembre, qu'il importe de suivre étroitement la situation dans les zones pastorales du sud- est pour être en mesure de bien définir les options de pacage.

3.2 Superficies ensemencées (campagne meher)

À l'échelle nationale, les superficies sous céréales et légumineuses pendant la campagne meher sont restées stables, à 11,3 millions d'hectares. Ce chiffre masque toutefois une réduction de 25 000 hectares des céréales en faveur des légumineuses et, ce qui est plus important, des réductions des surfaces ensemencées en céréales dans la SEPAR et le Tigré de 3 et 8 pour cent respectivement. Les 39 000 hectares en moins dans la SEPAR sont en partie imputables au fait qu'on a semé moins de céréales et légumineuses meher _ orge, blé et pois chiches en particulier _ étant donné les 12 000 hectares supplémentaires consacrés aux semis belg. Les surfaces ensemencées en céréales ont également diminué en raison de l'incertitude entourant la commercialisation des excédents de la récolte meher et de la lenteur du processus d'autorisation de crédit. On a signalé que la création dans la SEPAR de nouvelles zones cette année, soit Keffa, Sheka, Wolaita, Kembata-Tembaro, Gamo-Gofa et Dewuro découpées dans les woredas et kabelles de Keficho-Shekicho, Gurage, Hadiya, K.A.T., Omo Sud, Omo Nord et Sidama, de même que l'émergence de trois nouveaux woredas spéciaux (Alaba, Konta et Basketo), avaient compliqué la préparation des séries chronologiques qu'utilise habituellement la mission, et qu'il était de ce fait très difficile d'établir des comparaisons fiables d'une année sur l'autre.

Pour le Tigré les chiffres ont baissé parce que les relevés émanant des woredas se sont affinés, entraînant une révision à la baisse des estimations pour les surfaces cultivées dans les zones orientale et centrale. Ces relevés améliorés cachent d'autre part une faible augmentation des superficies sous céréales dans les deux zones, imputable à la reprise des travaux agricoles par la majorité des familles qui ont été rapatriées dans la région transfrontalière après trois années de guerre avec l'Érythrée.
Toujours à l'échelle nationale, la mission a noté une réduction de 4 pour cent des surfaces ensemencées en orge, et une augmentation correspondante des cultures de sorgho et de mil. Les emblavures de maïs ont diminué de 1,7 pour cent depuis l'année dernière du fait de la réduction des semis dans les zones excédentaires entraînée par la précarité des prix.

Dans l'ensemble, on n'a pas signalé de changements importants dans les perspectives ou les façons culturales. En ce qui concerne le secteur mécanisé, combustible et pièces étaient disponibles en quantité suffisante, bien que dans le deuxième cas les retards de livraison aient pu nuire à la qualité des travaux dans le nord-ouest du Tigré. Ailleurs, dans les 90 pour cent de terres cultivées où l'on a encore recours à la traction animale, les b_ufs de trait, principale force motrice, sont en bonne santé. Les cultivateurs peuvent se procurer une paire de bêtes pour leur usage propre ou poursuivre la coutume traditionnelle du partage (un b_uf par exploitant) et du métayage.

3.3 Rendements de la campagne meher

Pour le pays, les rendements en céréales s'établissent en moyenne cette année entre 200 et 2 000 kg/hectare selon les régions et les cultures. Ils ont été calculés au niveau de chaque zone et woreda spécial à l'aide des données fournies par les bureaux de zone, puis rapprochées des informations communiquées par les agriculteurs, les négociants, les ONG et le personnel de la mission mandaté sur le terrain. Ils tiennent compte des types de semences, des quantités d'engrais utilisées, de la nature des pratiques agricoles, comme de la présence de plantes adventices, ravageurs et maladies et des pertes de récolte.

Cette année, environ 97 pour cent des semences utilisées étaient d'origine locale, les cultivateurs les ayant mises de côté après la dernière récolte ou encore échangées ou obtenues sur les marchés locaux. Seulement 20 000 tonnes de semences améliorées provenaient de fournisseurs officiels comme l'Ethiopian Seed Enterprise, la société Pioneer et les services de multiplication de semences secondaires à la ferme. Il s'agit là d'un net recul par rapport aux 35 000 tonnes vendues par l'entremise de ces mêmes services l'année dernière, recul qui s'explique par le fait que les cultivateurs se sentent moins pressés d'accepter les colis livrés par les services de vulgarisation agricole, que le crédit pour l'achat d'intrants s'est resserré et que, dans un contexte où les prix des céréales dans les zones excédentaires se sont effondrés, ils cherchent avant tout à réduire leurs coûts.

Les 630 000 autres tonnes de semences requises pour les semis étaient d'origine locale; elles se composaient d'espèces indigènes traditionnelles ainsi que de produits stabilisés, à pollinisation libre, mis en circulation par les services gouvernementaux d'élaboration de semences. Grâce à la bonne récolte de l'année dernière et au niveau raisonnable des prix, on n'a observé aucune pénurie de bonnes semences. À signaler aussi qu'il n'a pas été nécessaire de réensemencer sur une grande échelle. Toutefois, la disproportion des semences artisanales ou locales par rapport aux semences traitées a de quoi inquiéter.

Les applications d'engrais ont reculé dans l'ensemble de 6 pour cent cette année pour s'établir à 273 000 tonnes, soit seulement 75 pour cent environ des quantités disponibles. Si l'utilisation d'urée est demeurée stable, en revanche celle du phosphate diammonique a décru dans les deux principales régions céréalières, l'Oromiya et l'Amhara, de 10 et 7 pour cent respectivement, inversant la tendance à la hausse notée l'année dernière. Dans la SEPAR, le recul est encore plus grave et s'établit à 60 pour cent. Selon les observateurs, ce revirement est attribuable aux dettes impayées qui ferment la porte au crédit, aux arrangements de crédit tardifs (conclus seulement après la période de semis la plus favorable pour les cultures à cycle long) et à l'idée ancrée chez les cultivateurs que les engrais n'amélioreront pas sensiblement la rentabilité de leurs opérations. À cela il faut ajouter les prix très bas du maïs, du blé et de l'orge dans les régions excédentaires. La mission note que les applications d'engrais ont diminué dans 29 zones, sont restées stables dans 11 et ont augmenté dans sept autres. Là où elles ont progressé, ou bien les prix ont chuté comme dans les zones méridionale, occidentale et centrale du Tigré, ou bien des réformes administratives ont facilité les achats d'engrais au comptant comme ce fut le cas dans les nouvelles zones et les nouveaux woredas spéciaux de la SEPAR. Là où la consommation est demeurée stable, les engrais ont été employés en quantités faibles et pour des cultures autres que les céréales, par exemple les légumes et le khat.

Pour ce qui est des ravageurs et des maladies, le quéléa migrateur a été repoussé par traitement de pulvérisation sur ses sites de nidification dans le Jigjiga, le Harari Est et l'Oromiya. Le seul autre ravageur migrateur qu'on ait observé est la chenille processionnaire, apparue précocement dans plusieurs zones mais que les bonnes pluies ou les campagnes locales organisées par les bureaux de zone ont réussi à enrayer. Parmi les ravageurs non migrateurs habituels, le hanneton du sorgho pose problème dans l'Amhara Est et le Tigré Sud, où on le combat localement avec des pulvérisations chimiques et des trappes appâtées traditionnelles. Des invertébrés nuisibles communs _ foreurs de tiges, termites, vers de maïs, mouches de la tige et pucerons _ ont été signalés un peu partout mais dans les limites de tolérance acceptables compte tenu des conditions économiques et technologiques prédominantes. On a également noté la présence de vertébrés nuisibles: oiseaux, rats, phacochères, babouins et singes. Les animaux nuisibles autres que les rongeurs ont posé un problème de taille près des régions boisées ou protégées, où le groupe familial a dû travailler d'arrache-pied pour éviter de lourdes pertes durant la période précédant la récolte.

Par ailleurs, il a fallu livrer une lutte acharnée contre les plantes adventices, que les pluies propices ont encouragées à se développer en même temps que les cultures. Toutes les cultures ont été désherbées, à la main, sauf dans le Weghamra et le Wollo Nord, où on laisse pousser les mauvaises graminées pour en tirer du fourrage. L'utilisation d'herbicides a augmenté partout, la rareté de la main-d'_uvre ayant fait grimper les salaires. Les plantes adventices particulièrement problématiques portées à l'attention de la mission sont l'absinthe bâtarde répandue sur toutes les terres cultivées des zones orientales, et les plantes parasites Striga (qui infeste le sorgho dans toutes les zones peu fertiles) et cuscute (signalée sur le nouq dans le Godjam Ouest).

Au regard de toutes ces données, la mission estime que le rendement national moyen de blé, de maïs et dans une moindre mesure de teff sera plus faible cette année que l'an dernier. Pour l'orge, le mil et le sorgho, qui sont cultivés sans engrais, il sera équivalent ou même plus fort. Comme le teff, le blé et le maïs accaparent ensemble quelque 60 pour cent des superficies céréalières, le rendement céréalier moyen pour le pays fléchira de 4 pour cent, à 1,15 tonnes/hectare, le niveau de 1996 et de 1999. Du côté des légumineuses, il s'établit à 0,67 tonnes/hectare en moyenne, soit l'équivalent de l'an dernier mais moins qu'en 1999 où il a grimpé jusqu'à 0,69 tonnes/hectare.

3.4 Autres cultures

Les cultures contribuant au revenu des ménages ne sont pas les mêmes dans le nord que dans le sud, dans l'est que dans l'ouest. Dans le nord, les principales sont les graines oléagineuses, nouq et sésame en tête, avec le carthame et le tournesol qui progressent d'année en année. Cette année la superficie sous sésame a continué d'augmenter; les prix dans le Tigré Ouest ont fléchi de 43 pour cent par rapport à 2000 et se situent à 230 birr/quintal. C'est dans le sud que poussent le plus grand nombre de cultures autres que les céréales et légumineuses. Dans l'Oromiya et la SEPAR, elles occupent en effet 12 et 32 pour cent respectivement des terres agricoles, contre 3 et 7 pour cent pour l'Amhara et le Tigré. La banane Ensete ou fausse banane, la plus importante, qui pousse dans l'Oromiya et la SEPAR, représente la principale source d'hydrates de carbone pour environ 8 millions de personnes et un apport alimentaire important pour 4 millions d'autres. La production d'Ensete a augmenté par rapport à l'année dernière grâce à de très bonnes pluies et à l'absence de poussées graves de flétrissement bactérien. La production de racines et de tubercules devrait aussi être en hausse dans les mêmes zones.

Toujours dans l'Oromiya et la SEPAR, on a noté de bonnes performances pour les deux principales cultures commerciales, le café et le khat. Des pluies belg favorables et un bon début de la campagne meher ont fait bondir la récolte de grains de café de quelque 12 à 20 pour cent par rapport à l'année 2000, qui avait été marquée par des périodes de sécheresse prononcée en campagne belg et en début de meher. L'anthracnose des drupes continue de ralentir la production dans la plupart des zones à l'exception de celles où l'on a entrepris de planter des variétés résistantes de caféiers. Quant aux cultures industrielles comme la canne à sucre et le coton, elles n'ont pas été évaluées, les données à leur sujet étant soit incomplètes soit inexistantes dans les bureaux de zones.

3.5 Élevage

À la suite des pertes de bétail rapportées l'an dernier dans les régions pastorales, on a mis en route des programmes d'aide alimentaire d'urgence, procédé à la remise en état ou à l'aménagement de points d'eau et instauré des mesures de soutien à l'élevage telles des campagnes de santé animale et des plans de reconstitution des cheptels. Divers organismes non gouvernementaux et internationaux ont participé à cet effort, en particulier dans les régions les plus touchées de Somali et d'Afar et dans les zones Borena et Bale de l'Oromiya. L'année dernière, la mission a rapporté la perte de quelque 50 pour cent des bovins des éleveurs nomades, 20 à 30 pour cent des ovins et caprins et 10 à 15 pour cent des chameaux. Ces bêtes auraient péri ou alors auraient été vendues ou abattues. On a également signalé des pourcentages de parturition faibles pour tous les cheptels _ 2 à 12 pour cent pour les bovins, 20 à 40 pour cent pour les ovins et les caprins _, ce qui a réduit l'offre sur les marchés et les possibilités de reconstitution des troupeaux. Les pâturages régénérés cette année par les bonnes pluies meher et belg semblent toutefois avoir fait remonter les nombres, sans doute en attirant de nouveaux troupeaux ou en faisant revenir ceux qui s'étaient déplacés. Pour des raisons de logistique et de sécurité, la mission n'a pas pu visiter les régions du Somali cette année. On n'a donc pas une image claire de la situation mais on peut affirmer que les pertes subies par les ménages n'auraient pu être compensées sans le recours à des achats ou à des échanges de bétail à grande échelle. Par ailleurs, les pluies de fin d'année ont été tardives dans le Somali; il y a donc lieu, pendant quelques mois, d'y surveiller étroitement les niveaux de production obtenus par les ménages ainsi que les disponibilités de pâturages et de brous.

Ailleurs, en ce qui concerne l'élevage sédentaire et transhumant dans les hautes terres centrales et les basses terres de l'ouest, on a observé un meilleur état de santé des bêtes, une hausse du nombre de tête et un minimum de maladies endémiques, par ailleurs contrôlées par des traitements ponctuels ou des vaccins.
Seule la dermatose nodulaire (dans le nord d'Amhara) et la peste équine (Awi) ont fait problème. Aussi s'attend-on pour le secteur de l'élevage à de meilleurs rendements qu'au cours des dernières années. Il n'est cependant pas possible de formuler de commentaires plus détaillés à ce propos étant donné l'absence généralisée de données sur les intervalles entre les vêlages, les pourcentages de parturition, les taux de mortalité des animaux, adultes ou jeunes/nouveau-nés, les rendements laitiers, les taux de croissance et les taux de conversion alimentaire, et le fait qu'on n'a pas recensé les populations animales depuis 1995.

3.6 Prévisions de production de céréales et de légumineuses

La mission estime (tableau 1) que la production nationale de céréales et de légumineuses de la campagne meher en 2001 s'établira à 11,30 millions de tonnes et 1,03 millions de tonnes respectivement, soit un total de 12,33 millions de tonnes. On trouvera au tableau 2 des chiffres comparatifs, par région pour les quatre dernières années. D'après ces données, la présente campagne meher est deuxième pour la production depuis 1995. La campagne belg 2001 ayant fourni 451 000 tonnes de céréales et légumineuses, on croit que les stocks détenus à la ferme, chez les négociants et par les entreprises d'État sont importants, ce qui se traduit par des prix bas dans toutes les régions excédentaires.

Tableau 1. Éthiopie: Superficie (milliers d'ha), production (milliers de tonnes) et rendement (tonnes/ha) de céréales et des légumineuses pour la campagne meher 2001/02

Région/culture
 
Teff
Blé
Orge
Maïs
Sorgho
Mil
Autres
Total des
céréales
Total des légumineuses
Céréales et légumineuses
                       
TIGRÉ
Superficie
170,6
71,1
88,7
66,7
209,3
106,9
51,0
764,3
47,3
811,6
 
Rendement
0,63
0,97
0,84
1,11
1,09
0,77
0,88
     
 
Production
107,7
69
74,7
74,1
227,1
81,8
44,7
679,1
24,5
703,6
AFAR
Superficie
6,7
   
6,3
1,9
   
14,9
0,5
15,4
 
Rendement
0,99
   
1,08
0,42
         
 
Production
6,6
   
6,8
0,8
   
14,2
0,4
14,6
AMHARA
Superficie
1 043,1
496,1
491,3
385,6
581,6
256,3
40,7
3 294,7
651,1
3 945,8
 
Rendement
0,79
1,19
1,01
1,85
1,35
1,15
0,93
     
 
Production
823,7
592,7
496,9
715,0
788,0
294
37,7
3748
432,1
4 180,1
OROMIYA
Superficie
1 124,4
896,5
601,7
977,2
646,8
89,5
22,8
4 358,9
614,8
4 973,7
 
Rendement
0,76
1,54
1,24
1,66
0,98
0,85
0,46
     
 
Production
852,8
1 384,7
748,1
1 624,8
634,5
75,8
10,4
5 331,1
419,5
5 750,6
SOMALI
Superficie
 
9,8
17,5
32,6
37,1
   
97
2,9
99,9
 
Rendement
 
0,32
0,43
0,32
0,36
         
 
Production
 
3,1
7,6
10,3
13,4
   
34,4
0,3
34,7
BENSHANGUL
Superficie
24,6
4,0
2,7
33,3
54,1
22,6
0,5
141,8
18,3
160,1
 
Rendement
0,33
0,60
0,59
1,11
0,93
0,30
0,40
     
 
Production
8,0
2,4
1,6
37,1
50,5
6,8
0,2
106,6
12,4
119,0
SEPAR
Superficie
220,9
1 75,9
123,3
456,3
93,3
5,0
0,8
1 075,5
187,8
1 263,3
 
Rendement
0,57
1,31
1,00
1,68
1,05
0,98
0,69
     
 
Production
125,3
2 31,2
123,5
766,4
98,0
4,9
0,56
1 349,9
136,3
1 486,2
GAMBELLA
Superficie
0,044
 
0,02
12,1
7,0
0,31
0,07
19,5
1,1
20,6
 
Rendement
0,23
 
0,50
1,18
0,89
0,97
2,00
     
 
Production
0,01
 
0,01
14,3
6,2
0,3
0,14
21,0
0,94
21,9
HARARI
Superficie
 
0,98
 
2,4
6,8
   
10,2
0,1
10,3
 
Rendement
 
0,66
 
0,64
0,78
         
 
Production
 
0,6
 
0,6
5,3
   
6,5
0,03
6,5
ADDIS-ABEBA
Superficie
4,4
3,3
0,1
0,02
0,03
   
7,85
1,8
9,7
 
Rendement
1,11
 
1,50
2,50
1,67
         
 
Production
4,9
4,6
0,15
0,05
0,05
   
9,8
1,2
11,0
DIRE DAWA
Superficie
     
0,22
11,0
   
11,3
 
11,3
 
Rendement
     
0,91
0,51
         
 
Production
     
0,2
5,6
   
5,8
 
5,8
TOTAL
Superficie
2 595
1 658
1 325
1 973
1 649
481
116
9 796
1 526
11 322
 
Rendement
0,74
1,38
1,10
1,65
1,11
0,96
0,81
     
 
Production
1 929
2 288
1 453
3 250
1 829
464
94
11 306
1 028
12 334

 

Tableau 2. Éthiopie: Production de céréales et de légumineuses: Comparaison de la campagne meher 1996/97 - 2001/02

RÉGION
Campagne Meher
(année)
Céréales
Légumineuses
Céréales et légumineuses
   
Superficie
Production
Superficie
Production
Superficie
Production
   
(milliers d'ha)
(milliers de tonnes)
(milliers d'ha)
(milliers de tonnes)
(milliers d'ha)
(milliers de tonnes)
Tigré
1996/97
840,0
638,1
70,2
36,3
910,2
674,4
 
1997/98
889,1
505,2
56,5
17,7
945,6
522,9
 
1998/99
907,1
774,5
53,8
26,9
960,9
801,4
 
1999/2000
830,0
606,8
49,1
25,6
879,1
632,4
 
2000/01
827,4
667,9
50,5
25,2
877,9
693,1
 
2001/02
764,3
679,1
47,3
24,5
811,6
703,6
Afar
1996/97
n.p.
n.p.
n.p.
n.p.
n.p.
n.p.
 
1997/98
n.p.
n.p.
n.p.
n.p.
n.p.
n.p.
 
1998/99
19,3
7,7
 0,9
 0,1
20,1
7,8
 
1999/2000
10,6
8,4
1,3
0,6
11,9
9,0
 
2000/01
11,1
8,8
1,3
0,6
12,4
9,4
 
2001/02
14,9
14,2
0,5
0,4
15,4
14,6
Amhara
1996/97
3 192,2
3 412,8
645,2
430,6
3 837,3
3 843,3
 
1997/98
3 216,5
2 503,1
692,4
325,7
3 908,9
2 828,8
 
1998/99
3 354,3
3 567,9
692
464,2
4 046,3
4 032,1
 
1999/2000
3 247,8
3 603,7
668,9
476,2
3 916,7
4 079,9
 
2000/01
3 301,9
3 792,0
655,5
427,9
3 957,4
4 219,9
 
2001/02
3 294,7
3 748,0
651,1
432,1
3 945,8
4 180,1
Oromiya
1996/97
4 034,1
5 354,7
552,7
386,9
4 586,8
5 741,6
 
1997/98
4 001,0
3 846,9
582,6
266,8
4 583,6
4 113,6
 
1998/99
4 181,2
4 664,5
545,1
374,0
4 726,2
5 038,5
 
1999/2000
3 931,8
4 990,3
655,5
401,0
4 587,2
5 391,4
 
2000/01
4 308,9
5 667,9
582,7
413,3
4 891,6
6 081,2
 
2001/02
4 358,9
5 331,1
614,8
419,5
4 973,7
5 750,6
Somali
1996/97
85,3
27,3
0
0
85,3
27,3
 
1997/98
82,4
17,8
0
0
82,4
17,8
 
1998/99
172,1
19,2
5,5
 0,4
177,5
19,6
 
1999/2000
75,7
45,1
1,2
0,6
76,9
45,6
 
2000/01
73,4
41,1
2,7
1,0
76,1
42,1
 
2001/02
97,0
34,4
2,9
0,3
99,9
34,7
Benshangul Gumuz
1996/97
97
87,6
7,9
4,1
104,8
91,7
 
1997/98
124,5
110,2
6,8
3,6
131,3
113,8
 
1998/99
109,4
100,2
7,6
5,8
117
106
 
1999/2000
104,2
131
9,9
6,8
151,1
137,8
 
2000/01
145,0
113,6
15,0
10,0
160,0
123,6
 
2001/02
141,8
106,6
18,3
12,4
160,1
119,0
SEPAR
1996/97
1 154,0
1 277,4
198,6
137,3
1 352,6
1 414,6
 
1997/98
1 136,5
1 092,4
185,1
87,5
1 321,6
1 179,9
 
1998/99
1 026,1
1 231,1
181,8
123
1 207,9
1 354,1
 
1999/2000
934,5
1 082,2
171,4
116
1 105,9
1 198,2
 
2000/01
1 104,1
1 449,8
193,5
137,9
1 297,6
1 587,7
 
2001/02
1 075,5
1 349,9
187,8
136,3
1 263,3
1 486,2
Gambella
1996/97
8,7
10,9
0
0
8,7
10,9
 
1997/98
13,3
10,0
0
0
13,3
10
 
1998/99
11,8
9,2
0
0
11,8
9,2
 
1999/2000
15,9
17,6
0,8
0,7
16,7
18,3
 
2000/01
15,4
17,1
1
0,9
16,4
18
 
2001/02
19,5
21,0
1,1
0,94
20,6
21,9
Harari
1996/97
11,2
11,3
 0,3
 0,2
11,5
11,6
 
1997/98
11,9
12,4
 0,3
 0,2
12,2
12,6
 
1998/99
8,8
8,0
0
0
8,8
8
 
1999/2000
10,5
21,9
0
0
10,5
21,9
 
2000/01
9,2
5,0
0
0
9,2
5,0
 
2001/02
10,2
6,5
0,1
0,03
10,3
6,5
Addis-Abeba
1996/97
8,8
10,9
2,1
1,6
11
12,6
 
1997/98
7,3
5,6
2
 0,5
9,3
6,1
 
1998/99
7,5
6,7
1,8
1,1
9,3
7,8
 
1999/2000
7,4
9,7
1,8
1,7
9,2
11,5
 
2000/01
7,8
11,6
2,5
1,8
10,3
13,4
 
2001/02
7,9
9,8
1,8
1,2
9,7
11,0
Dire Dawa
1996/97
11,2
11,1
0
0
11,2
11,1
 
1997/98
2,0
 0,8
0
0
2
 0,8
 
1998/99
9,5
9,6
0
0
9,5
9,6
 
1999/2000
10,4
6,6
0
0
10,4
6,6
 
2000/01
9,7
5,8
0
0
9,7
5,8
 
2001/02
11,3
5,8
0
0
11,3
5,8
Total
1996/97
9 442,5
10 842,2
1 477,0
996,9
10 919,4
11 839,1
 
1997/98
9 484,4
8 104,5
1 525,7
701,8
11 010,1
8 806,3
 
1998/99
9 807,0
10 398,6
1 488,4
995,5
11 295,3
11 394,1
 
1999/2000
9 290,0
10 706,1
1 504,9
1 039,0
10 794,9
11 745,1
 
2000/011/
9 813,9
11 780,6
1 504,7
1 018,6
11 318,6
12 799,2
 
2001/02
9 796,0
11 306,4
1 525,7
1 027,7
11 321,7
12 334,0

4. LA SITUATION DE LA PRODUCTION PAR RÉGION

4.1 Tigré

Le Tigré, la région la plus septentrionale de l'Éthiopie, située à la frontière du Soudan et de l'Érythrée, est maintenant divisé en cinq zones administratives. Au moment de la mission, on n'avait retenu aux fins de l'enquête que les quatre zones jugées opérationnelles du point de vue agricole: l'ouest, le centre, l'est et le sud. Avec une superficie cultivée de l'ordre de 0,8 à 0,9 million d'hectares, exploitée par quelque 775 000 ménages, le Tigré contribue normalement aux alentours de 5 pour cent à la production nationale de céréales et de légumineuses. En raison d'une forte densité démographique et de faibles précipitations, c'est habituellement une région à déficit vivrier. Néanmoins, les zones de l'ouest et du sud dégagent des excédents la plupart des années. Cette année-ci, à la suite d'une révision de la taille des exploitations agricoles, qui a eu pour effet de faire respectivement baisser de 22 pour cent et de 11 pour cent les évaluations de la superficie cultivée dans les zones du centre et de l'est, les bureaux agricoles de zone ont estimé que la superficie cultivée dans l'ensemble de la région serait inférieure de 8 pour cent à celle de l'année dernière. En revanche, comme les hostilités avaient cessé dans la région contiguë à l'Érythrée, environ 50 000 familles déplacées à l'intérieur même de l'Éthiopie ont regagné leurs foyers. Du fait de leur retour, la superficie cultivée a, selon les évaluations, augmenté approximativement de 32 000 hectares. Malgré de bonnes intentions, la plupart des programmes conçus pour aider ces familles et qui prévoyaient la distribution d'intrants ont été trop modestes ou ont démarré trop tard pour favoriser la production cette année. Des évaluations détaillées des besoins sont en cours à l'intérieur de ces communautés pour déterminer le degré où les familles en question ont réussi à se réintégrer.

Contrairement aux tendances habituelles, les précipitations ont été cette année proportionnellement plus satisfaisantes dans les zones de l'est et du sud qu'à l'ouest. En valeur absolue, leur volume a été supérieur à l'ouest, mais leur répartition dans le sud et à l'est a été la meilleure depuis beaucoup d'années. Les pluies bénéfiques de la saison "belg", qui ont eu dans une certaine mesure un effet propice sur la production dans le sud du Tigré et qui ont favorisé les semis dans l'est du Tigré, ont été suivies en temps voulu par les pluies de la saison "meher». Les précipitations ont continué sans interruption importante dans la plupart des endroits jusqu'à la fin août/début septembre, ce qui a eu des résultats positifs.

Les précipitations dans la zone centrale ont été trop tardives pour les cultures à cycle long, puis elles sont tombées en abondance depuis les dix derniers jours de juin jusqu'à la mi-août, où elles ont cessé assez brusquement. Ces pluies excessives , conjuguées à la présence de sols argileux et à des déficits hydriques qui survenaient au mauvais moment sur les sols plus sablonneux, ont eu un effet préjudiciable sur les récoltes. Dans la zone de l'ouest, les pluies ont commencé trop tardivement et les résultats ont été variables tout au long de la campagne, qui a eu tendance à prendre fin prématurément.

Quant aux intrants, l'utilisation de semences améliorées a été très faible -- environ une centaine de tonnes de blé -- ce qui reflète la préférence des agriculteurs pour les semences produites localement. L'utilisation des engrais a augmenté dans les zones de l'ouest, du centre et du sud, mais a légèrement diminué à l'est, atteignant une hausse globale de 8 pour cent par rapport à l'année dernière, mais ne représentant que 89 pour cent de la demande escomptée. Cet accroissement est dû à une baisse du prix du phosphate diammonique qui est tombé de plus de 300 birr à 287 birr en moyenne par quintal (100 kg). La distribution dans les villes "woreda" a eu lieu avec l'aide des bureaux agricoles de zone et des coopératives -- ce qui a permis de livrer aux agriculteurs les quantités requises en temps voulu.

On a signalé que les méthodes suivies pour la préparation des sols ont été normales dans tout le secteur de l'agriculture paysanne et qu'aucun réensemencement important n'a été nécessaire. À l'ouest, les organismes commerciaux qui fournissent des pièces détachées au secteur mécanisé ont parfois été lents à répondre aux demandes, ce qui a perturbé le déroulement en temps voulu des travaux de préparation des sols alors que la campagne agricole était déjà raccourcie par le début tardif des pluies. On a également considéré que le coût élevé de la main-d'_uvre employée au désherbage posait un problème.

Parallèlement à l'invasion habituelle de ravageurs non migrateurs qui, selon les informations reçues, n'a pas dépassé le seuil de tolérance, une pullulation précoce de chenilles processionnaires a été signalée dans le Tigré central. Grâce aux pluies très abondantes qui sont tombées, on a pu en venir à bout peu de temps après. L'humidité exceptionnelle qui a prévalu dans cette zone a encouragé l'apparition de la rouille des céréales et des fèves à l'est et dans le centre de cette région , ce qui a réduit la production dans huit woredas de cette zone centrale. Faute de disposer d'un traitement pour ces maladies fongiques, les paysans utilisent néanmoins l'urine des bovins pour enrober les semences afin de lutter contre le charbon du sorgho dans les petites exploitations agricoles des zones de l'ouest et du sud, d'où provient la majeure partie de la production de sorgho.

Du fait de la combinaison des facteurs relevés ci-dessus, la production régionale de céréales et de légumineuses s'est élevée à 703 000 tonnes (soit 5,7 pour cent de la production nationale globale) provenant de 811 000 hectares, ce qui est légèrement supérieur à l'évaluation post-récolte des cultures "meher" établie l'année dernière par le bureau agricole régional. La part des céréales dans cette récolte devrait s'élever à 679 000 tonnes, dont 227 000 tonnes de sorgho. On escompte que 42 000 tonnes de ce sorgho proviendront des exploitations agricoles commerciales du Tigré Ouest et environ 77 000 tonnes, du Tigré Sud où l'on prévoit d'excellentes récoltes. D'autre part, selon les estimations, la production d'oléagineux devrait augmenter cette année grâce à un accroissement de 20 000 hectares des surfaces plantées en sésame dans le secteur commercial du Tigré Ouest et à une extension potentielle de 29 pour cent des surfaces ensemencées en nouq dans l'ensemble de la région.

4.2 Afar

La région d'Afar, dans le nord-est de l'Éthiopie, est constituée d'un plateau de faible altitude où vivent des éleveurs de camélidés, d'ovins, de caprins et de bovins. C'est une région aride et semi-aride qui n'offre que des possibilités très limitées pour les cultures pluviales. On cultive des céréales et des légumineuses dans les zones septentrionales grâce à des réseaux d'irrigation de crue de taille modeste qui permettent de canaliser vers des petits sites de production les eaux de ruissellement provenant des versants escarpés de l'est du plateau central. Dans la zone sud, des entreprises agro-industrielles se livrent à des cultures commerciales irriguées au moyen de dispositifs de pompage.

Cette année, des précipitations de faible intensité ont commencé à temps en mars, mais elles ont été très irrégulières en avril/mai, et elles se sont terminées plus tôt que d'habitude en septembre. Une modification du cours de l'Awash a créé des pénuries en eau dans la zone sud. Cependant, les zones du nord ont été bien desservies par les réseaux d'irrigation de crue provenant des eaux de ruissellement. Étant donné que l'utilisation des engrais est négligeable dans la région, que les ravageurs et les maladies y causent peu de dégâts et que les exploitants emploient exclusivement les variétés locales disponibles, l'approvisionnement en eau est le seul facteur qui déterminera cette année la production de céréales et de légumineuses. On estime donc que les superficies cultivées ont augmenté de 34 pour cent et que la production de céréales et de légumineuses a progressé de 60 pour cent (15 400 hectares et 14 600 tonnes respectivement).

En même temps, grâce à des pluies plus abondantes au cours des trois dernières campagnes, les zones de pacage et de broutement sont revenues à un état normal et les animaux sont en bonne santé, d'où des accroissements de production.

Comme on l'a noté l'année dernière, les espèces indigènes des parcours, dans les zones de broutement, sont menacées par l'invasion d'une certaine espèce de prosopis (mesquite). La situation a continué à se dégrader et les plantes adventices sont maintenant présentes dans toutes les six zones.

4.3 Amhara

L'Amhara, qui comprend dix zones administratives, assure d'ordinaire 32 à 33 pour cent de la production nationale de céréales et de légumineuses. Dans ces dix zones, deux zones, le Wollo Nord et le Weghamra, sont moins bien situées, avec de faibles précipitations, des sols peu épais et un relief dénivelé; on prévoit donc normalement que les rendements ne représenteront que 25 à 30 pour cent de ceux des principales zones de production: Awi, Godjam Ouest et Godjam Est. Dans les cinq autres zones: Wollo Sud, Gondar Nord et Sud, Oromiya (Kemisse) et Choa Nord, les récoltes se situent généralement entre les deux extrêmes notés ci-dessus.

Cette année, le régime des précipitations dans toute cette région a été favorable ,mais de nature variable. À la suite des pluies bénéfiques de la saison "belg", les pluies de la saison "meher", dans le Wollo Nord et le Weghamra, ont été plus satisfaisantes que d'habitude. Elles ont commencé dans l'ensemble en temps voulu et elles ont continué pendant toute la campagne, avant de se terminer très tôt, à la mi-août. Les pluies très abondantes ont entraîné un engorgement des terres dans certains lieux aux sols argileux, ce qui a diminué les rendements de blé et d'orge, mais ce qui a eu un effet positif sur les récoltes de teff.

Les précipitations ont commencé à divers moments dans les autres zones et elles ont été très irrégulières au début de la saison. Des pluies de forte intensité ont été enregistrées en juillet et en août. À la fin de la saison, il y a eu à la fois, selon les lieux, une prolongation des pluies jusqu'en octobre et une cessation précoce des précipitations en août-septembre.

On signale que les pratiques culturales ont été normales cette année. Les b_ufs ont été en meilleure santé qu'à la même époque l'année dernière et toutes les opérations ont été conduites en temps voulu, sauf dans les basses terres du Gondar Nord, où elles ont été entravées par le début tardif des pluies. Il est à noter que la peste équine africaine pose un problème dans l'Awi où les chevaux offrent le principal moyen de traction, et cette maladie a peut-être nui à la qualité des labours. Cependant, la superficie cultivée est restée la même que celle des années précédentes.

En ce qui concerne les intrants, on a vendu 3 400 tonnes de semences améliorées, dont les deux tiers pour le maïs, ce qui est suffisant pour les quelque 125 000 hectares emblavés. Quant au reste, les achats pour le blé ont tenu la place la plus importante, et des semences ont été distribuées cette année pour environ 6 000 hectares, ce qui représente respectivement 32 pour cent et 1 pour cent des emblavures de maïs et de blé. L'utilisation des engrais dans la région a baissé de 13 pour cent (soit d'environ 10 000 tonnes). Ce recul tient à la hausse du prix des engrais et au fait que les agriculteurs étaient beaucoup moins certains de pouvoir tirer de ces achats un bénéfice net tant soit peu appréciable.

La campagne a bien démarré dans la plupart des zones, ce qui a encouragé un retour à la culture des céréales à long cycle au détriment des céréales à cycle court; on signale donc que les superficies ensemencées en sorgho et en coracan ont augmenté aux dépens de l'orge. Les superficies ensemencées en avoine et en riz ont également beaucoup augmenté par rapport à la part relativement modeste de ces céréales dans la production régionale.

Les superficies ensemencées en légumineuses sont restées stables dans l'ensemble de la région. Il y a eu des accroissements importants de ces superficies dans le Wollo Nord, mais ils ont néanmoins été contrebalancés par des diminutions dans le Gondar Nord et Sud. Dans le premier cas, ce changement semble être lié à une réduction des emblavures de céréales "meher", imputable à l'extension des terres ensemencées en cultures "belg". Ces cultures ont ensuite été suivies dans les mêmes champs par des légumineuses à cycle plus court, ou bien encore, il est arrivé que les agriculteurs plantent des légumineuses analogues dans d'autres endroits, après s'être assurés que la récolte "belg" donnerait de bons résultats. Quant aux réductions des superficies ensemencées en légumineuses dans le Gondar Nord et Sud, elles ont été compensées dans le même temps par des extensions des terres ensemencées en céréales.

Cette année, la campagne dans l'Amhara a été marquée par l'absence relative de ravageurs. À part la pulvérisation de 4 000 hectares pour lutter contre le hanneton du sorgho dans le Wollo Sud, et des campagnes anti-rongeurs dans des woredas du Weghamra et du Wollo Nord, on ne signale aucune autre campagne contre les ennemis des cultures. On relève l'apparition de la gamme habituelle des ravageurs non migrateurs, notamment des foreurs des tiges, des vers du cotonnier, des mouches des semis et des aphidés, mais ces infestations ne dépassent pas le seuil normal de tolérance, compte tenu des conditions agro-économiques actuelles.

Des attaques inhabituelles du mildiou de la pomme de terre, de la rouille du blé et de la maladie des taches grises du maïs ont posé de graves problèmes. Comme elles n'ont pas été traitées, ces maladies fongiques ont fait baisser les rendements dans certains endroits du Gondar Sud et le Godjam Ouest.

Cela étant, la mission prévoit une légère réduction de la production de céréales et de légumineuses, estimée à 4,18 millions de tonnes et provenant de la même superficie que l'année dernière, soit 3,94 millions d'hectares. En ce qui concerne les céréales, on escompte une récolte de 14 000 tonnes de maïs dans les exploitations agricoles commerciales de l'Awi - le reste étant fourni par les exploitations des paysans et se divisant à part à peu près égale entre le teff (24 pour cent), le blé et l'orge (28 pour cent), le maïs (17 pour cent) et le sorgho (24 pour cent). Les légumineuses, principalement les fèves, représentent 10 pour cent de l'ensemble de la production.

4.4 Oromiya

L'Oromiya, qui compte douze zones administratives, est la plus grande région du pays. Elle comprend les hauts plateaux les plus fertiles de l'Éthiopie ainsi que des basses terres et des fonds de vallée sujets à la sécheresse. Dans six de ces zones, on peut facilement mettre en évidence un régime bimodal de précipitations, qui permet une période de végétation prolongée et offre une vaste gamme d'options agricoles. Ailleurs, on a de plus en plus tendance à croire que la saison des pluies "belg" et celle des pluies "meher" s'enchaînent pour ne former qu'une seule longue saison. Dans les zones très peuplées et où il pleut beaucoup, les petites exploitations agricoles familiales doivent donner deux ou trois récoltes par an pour que les besoins soient couverts, ce qui place les paysans dans une situation de vulnérabilité, surtout si les pluies sont tardives ou irrégulières. Ils ne peuvent pas facilement rattraper la perte d'une seule récolte du cycle, car ils utilisent les terres en totalité pour chaque phase sans avoir la possibilité d'étendre les surfaces cultivées.

Les zones les plus fertiles de la région -- Arsi, Choa Ouest et Choa Est -- produisent régulièrement 50 pour cent de la récolte céréalière régionale et 25 pour cent de la récolte nationale. Les investissements agricoles dans ces zones sont élevés; la mécanisation de la culture et de la récolte est courante -- caractéristiques que l'on relève également dans les plaines fertiles de la zone voisine de Bale.

La production, si l'on considère le rendement par unité de superficie, est aussi relativement satisfaisante dans les autres zones occidentales de cette région en forme de "T", qui s'étend de la frontière soudanaise à la frontière avec la région Somali dans la direction ouest-est; et du nord d'Addis-Abeba à la frontière kenyane, sur l'axe nord-sud. Les zones situées à l'ouest et au sud du "T" sont moins arrosées pendant la saison "meher" et sont moins fertiles pendant la campagne principale. Cependant, on y trouve des régions fertiles pendant la campagne "belg" et quelques-unes des principales régions semi-arides de pacage et de broutement du pays.

Cette année, les pluies "belg" ont été très bénéfiques et ont contribué au succès des opérations de semis dans l'ensemble des six zones de production "belg". Elles ont été suivies par des précipitations "meher" qui ont varié selon l'altitude, mais qui ont généralement été bénéfiques, car elles sont venues à temps et ont été bien réparties, bien qu'elles se soient terminées prématurément dans beaucoup des principales zones de production. À l'ouest, elles ont le plus souvent commencé et cessé en temps voulu et leur distribution a été satisfaisante, mais ce régime favorable des précipitations ne s'est pas étendu à toutes les woredas du Wollega Ouest et Est, où les pluies ont souvent débuté en retard, où elles ont été irrégulières pendant la campagne principale et où elles se sont terminées prématurément.

Au niveau régional, les surfaces consacrées à la culture des principales céréales dans le secteur de la petite agriculture -- le teff, le blé et le maïs -- sont restées identiques à celles enregistrées l'année dernière. Cette stabilité globale dissimule un accroissement important des emblavures de blé dans le Bale aux dépens de toutes les autres céréales, un recul de la superficie plantée en teff en faveur du maïs, du blé et de l'orge dans l'Harari Ouest et un fléchissement de la production de la campagne "meher" dans le Borena, lié aux pluies bénéfiques de la saison "belg" dans cette zone -- lesquelles ont entraîné un accroissement de 32 pour cent de la superficie plantée en céréales et en légumineuses pendant cette saison "belg".

Dans les exploitations agricoles commerciales, les semis de céréales et de légumineuses ont augmenté de 14 pour cent dans la région, en raison principalement de la progression de la culture commerciale de maïs dans le Wollega Est. Dans l'Arsi et le Vale, la superficie consacrée à la culture commerciale du blé s'est maintenue aux niveaux relevés l'année dernière.

Parmi les facteurs qui ont nui aux rendements cette année, on peut noter, outre les précipitations, un recul de l'utilisation de semences améliorées, notamment de maïs, qui a diminué d'environ 20 pour cent dans le Wollega Est comme dans le Wollega Ouest, car les agriculteurs ont délaissé les hybrides plus coûteux en faveur de variétés à pollinisation libre. Néanmoins, la quantité de semences améliorées utilisée, soit 8 225 tonnes, compte encore pour 41 pour cent de la consommation nationale. L'utilisation des engrais a régressé de 5 pour cent par suite d'une chute brutale (d'environ 8 000 tonnes) des achats de phosphate diammonique. Cependant, ici encore, malgré ce retournement de tendance, l'utilisation d'engrais dans l'Oromiya continue à représenter 45 pour cent de la consommation nationale. Ce recul de l'utilisation d'engrais s'explique par la même raison que celle qui est généralement avancée à l'échelle nationale: le mécontentement des agriculteurs au sujet de la faiblesse des prix, notamment du maïs et du blé. Malgré la médiocrité des rendements dans toute cette région, il est à noter que les travaux de préparation des sols et que les pratiques culturales secondaires ont été normales, sans rencontrer d'obstacle dans le secteur mécanisé ni dans le secteur de la traction animale.

Le désherbage a été effectué selon les méthodes habituelles et l'herbicide (2.4D) a été davantage utilisé dans les zones de Bale, de Borena et de Jimma.

On n'a relevé aucune infestation importante de ravageurs. Cependant, on a signalé la présence des ravageurs non migrateurs qui sévissent à l'état endémique: les foreurs des tiges, les vers du cotonnier, les mouches des semis, les sauteriaux, les hannetons du sorgho et les aphidés , mais sans dépasser les seuils habituels de tolérance. Cette année, les maladies fongiques, notamment la rouille jaune du blé dans l'Arsi et le Bale, et le charbon de tête sur le teff dans le Wollega Ouest, ont suscité beaucoup d'inquiétude et ont incité les entreprises agricoles commerciales à pulvériser des fongicides pour lutter contre la rouille jaune.

Cela étant, la mission estime que la récolte de céréales et de légumineuses atteindra 5,74 millions de tonnes, soit 8 pour cent de moins que les évaluations post-récolte établies l'année dernière par les bureaux agricoles de zone. Selon les estimations de cette année, la récolte devrait se chiffrer à 5,33 millions de tonnes de céréales, dont 30 pour cent de maïs, 18 pour cent de blé, 16 pour cent de teff, 14 pour cent d'orge et 12 pour cent de sorgho. La production de légumineuses, évaluée à 0,42 million de tonnes, se maintient au niveau élevé de l'année dernière. Les exploitations agricoles commerciales du Bale, de l'Arsi, du Jimma et du Wollega Est assurent 19 pour cent de la production.

4.5 SEPAR

Au cours de l'année passée, des changements administratifs intervenus dans la SEPAR ont conduit à la création de sept nouvelles zones et de trois nouveaux woredas spéciaux, de sorte que la région compte maintenant quinze zones et six woredas spéciaux. Du fait de ces modifications, il est difficile de se livrer à des comparaisons détaillées de la production végétale d'une année sur l'autre dans la région, car les délimitations des zones ne sont plus les mêmes, ce qui se traduit par un accroissement ou une diminution des superficies consacrées à l'agriculture. Au niveau régional, les caractéristiques de base sont restées analogues à celles de l'année dernière. L'agroécologie de la région, où l'on trouve à la fois des forêts pluviales et des plaines semi-arides, conserve la même diversité. Le régime bimodal des précipitations est celui qui prévaut dans toute la région et la petite taille des exploitations agricoles exige une utilisation intensive des terres, comme dans l'Oromiya, ainsi que nous l'avons déjà noté. Cette année, les pluies "belg" ont été très bénéfiques, ce qui a favorisé les opérations de semis dans les onze zones administratives où la campagne "belg" joue un rôle prépondérant. Les pluies de la campagne "meher" ont également commencé à temps et ont été bien réparties dans toutes les zones, en continuant le plus souvent jusqu'en octobre.

Cette répartition des pluies au début de la campagne a été propice à la croissance végétale et ont permis de suivre des pratiques culturales normales. Comme dans d'autres régions, on a beaucoup moins utilisé les semences améliorées, car les agriculteurs ont réduit leurs frais. On estime que les semences améliorées (3 700 tonnes) sont utilisées sur moins de 5 pour cent des superficies ensemencées en céréales et en légumineuses, soit à un niveau analogue à celui de la plupart des autres régions.

Quant aux principales céréales, les superficies sous teff ont augmenté de 2 pour cent, tandis que les emblavures de blé, d'orge, de maïs et de sorgho ont diminué de 32 000 hectares. Il reste donc environ 20 000 hectares qui ne semblent avoir été consacrés à aucune autre culture, ce qui donne à penser que les mises en jachère ont augmenté cette année, notamment dans le Sidama.

Au niveau régional, l'utilisation des engrais a baissé de 55 pour cent, car la politique suivie en matière de crédit n'était pas claire au moment des semis de maïs, les agriculteurs qui n'avaient pas remboursé leurs dettes n'avaient pas accès au crédit et les prix étaient faibles, notamment ceux du maïs, ce qui a incité les exploitants à réduire leurs frais. Ce n'est que dans une ou deux des zones administratives spéciales récemment créées et dans l'Adiya que les engrais ont davantage été utilisés, car les exploitants ont eu de meilleures possibilités de les acheter en temps voulu et au comptant.

À l'exception des infestations de chenilles processionnaires, dont on est rapidement venu à bout au début de la saison, on n'a relevé la présence d'aucun migrateur nuisible. Parmi les ravageurs non migrateurs figuraient le foreur des tiges et le papillon des patates douces, mais on a considéré que ces infestations ne dépassaient le seuil de tolérance. Il est à noter que faire fuir les oiseaux et protéger les plantes contre les bêtes sauvages sont des tâches très astreignantes pour la main-d'_uvre familiale. Les plantes adventices envahissent la plupart des cultures, ce qui exige deux ou trois désherbages dans toutes les zones. On a signalé une utilisation accrue des herbicides dans les zones de Siltie, Alaba, Kefa, Kembata-Tembora et Hadiya, mais en valeur absolue, les quantités acquises sont encore négligeables.

Par conséquent, la mission estime que la récolte de céréales et de légumineuses de cette campagne "meher" tournera autour de 1,48 million de tonnes, soit 8 pour cent environ de moins que les évaluations établies l'année dernière par les bureaux agricoles de zone, sur une superficie réduite de 3 pour cent. Cette diminution de la récolte s'explique essentiellement par un fléchissement de 79 000 tonnes de la production de blé. D'autre part, la production de légumineuses, avec 130 000 tonnes, est restée stable.

Quant aux autres cultures, l'état de la banane Ensete, l'aliment de base d'une large fraction de la population dans la SEPAR, est satisfaisant et la production est meilleure que l'année dernière. La production de café, malgré l'anthracnose des drupes, est également bien meilleure en raison des pluies qui sont tombées en temps voulu au début de la saison.

4.6 Somali

La région Somali, située dans la partie sud-est de la corne de l'Éthiopie, est essentiellement pastorale et agro-pastorale.

Les cultures céréalières pluviales sont pratiquées par les agriculteurs sur les hautes terres et les régions de moyenne altitude des zones de Shinelle et de Jig-Jigga. La récolte varie beaucoup d'une année à l'autre, mais elle atteint rarement 0,5 pour cent de la production nationale. Cette année, les pluies de la campagne principale (Gu) ont été insuffisantes dans le Jig-Jigga. On n'a vendu que huit tonnes de semences améliorées et les autorités agricoles ont estimé que l'utilisation des engrais a été négligeable. Parmi les maladies et les ravageurs qui ont sévi cette année, on a noté à la fois la présence de quéléas et des pullulations de chenilles processionnaires dont on est venu à bout grâce à des pulvérisations. La striga et l'absinthe bâtarde (Parthenium Hysterophorus) sont les plantes adventices qui ont posé le plus de problèmes.

Les superficies cultivées dans la région, qui, d'après les bureaux agricoles de Jig-Jigga, représentent 97 000 hectares, auraient augmenté, mais elles restent inférieures aux 107 000 hectares notés par la mission l'année dernière lorsque l'accès à toutes les zones était possible.

Selon les estimations, la production de cette année, qui devrait être inférieure de 50 pour cent à celle de l'année dernière, devrait s'établir aux alentours de 35 000 tonnes, dont 100 000 tonnes de maïs, 13 000 tonnes de sorgho et 10 000 tonnes de blé et d'orge.

Étant donné l'importance de l'élevage dans cette région, la mission organisée l'année dernière s'était rendue dans plusieurs zones pour déterminer elle-même l'état du bétail et des pâturages. Cette année, d'après des sources indirectes d'information, l'état tant du bétail que des pâturages serait actuellement satisfaisant. Cependant, les pluies de la fin de l'année tardent à arriver, ce qui est un motif d'inquiétude, de sorte qu'il convient de suivre attentivement la situation.

4.7 Harari

L'Harari est une petite région située autour de la ville du même nom. Elle produit essentiellement du sorgho et on y cultive un peu de maïs. Cette année, les pluies ont commencé à temps, mais elles ont été irrégulières et ont pris fin très tôt. Étant donné la quantité négligeable d'intrants, la production devrait être du même ordre que l'année dernière, soit environ 6 500 tonnes provenant de 10 000 hectares.

4.8 Dire Dawa

Le sorgho et le maïs sont les principales cultures de la région située autour de la ville de Dire Dawa. Cette année, les précipitations ont commencé en temps voulu en mars, mais elles ont été irrégulières et se sont terminées prématurément à la fin du mois d'août. Il n'y a eu aucune distribution d'engrais ni de semences améliorées. Cependant, les bureaux agricoles locaux ont réussi à venir à bout d'une pullulation de chenilles processionnaires.

La production de cette année devrait être analogue à celle de l'année dernière, avec 5 700 tonnes provenant de 11 000 hectares.

4.9 Addis-Abeba

Dans la zone administrative d'Addis-Abeba, la superficie totale ensemencée en céréales et en légumineuses est estimée à 9 600 hectares, principalement du teff, du blé et des pois chiches. Cette année, les pluies ont commencé à temps et ont été très abondantes tout au long de la saison de pousse, en se terminant tôt au début du mois d'août. L'utilisation des engrais a beaucoup diminué, ce qui se traduit par une baisse des rendements des céréales. Quant aux rendements des légumineuses, ils se sont maintenus à un niveau stable. La production qui en résulte au cours de cette année relativement épargnée par les ravageurs et les maladies est estimée à 10 900 tonnes, soit 3 000 tonnes de moins que les évaluations post-récolte établies l'année dernière par les bureaux agricoles.

4.10 Gambella

La région de Gambella est une zone de basse altitude située dans le sud-ouest de l'Éthiopie, à la frontière du Soudan. Elle compte une population variée: éleveurs de bovins, cultivateurs nomades, chasseurs-cueilleurs et agriculteurs originaires des hauts plateaux du centre qui se sont installés dans cette zone. Les précipitations sont d'ordinaire très abondantes et les crues saisonnières permettent deux cycles de production: le premier repose sur les cultures pluviales et le second est rendu possible grâce à l'humidité résiduelle. Cette année, les pluies ont été tardives et il y a eu des périodes de sécheresse tout au long de la campagne. Environ 36 tonnes de semences améliorées de maïs ont été utilisées en association avec des engrais. Comme les ravageurs et les maladies n'ont pas beaucoup sévi, la production pour la campagne principale devrait être meilleure que celle de l'année dernière, avec 21 600 tonnes provenant de 20 500 hectares, principalement du maïs (14 000 tonnes), du sorgho (6 200 tonnes) et des haricots (800 tonnes).

4.11 Benshangul

La région de Benshangul-Gumuz, contiguë aux plaines argileuses de l'est du Soudan, est une zone de basse altitude, faiblement peuplée, ayant un régime unimodal de précipitations, et où vivent des agriculteurs sédentarisés ainsi que des pasteurs.

Cette année, les pluies ont commencé tardivement, en mai et non pas en avril. Après le début de la saison des pluies, elles ont été très abondantes et régulières. Elles se sont terminées un peu plus tard que d'habitude en octobre ou en novembre, selon les lieux.

L'utilisation des semences améliorées a régressé brutalement de 27 pour cent pour tomber à 117 tonnes. La superficie globale des emblavures a diminué d'environ 3 000 hectares, ce qui a été contrebalancé par un accroissement des superficies plantées en sésame. Les travaux de préparation des terres ont en règle générale été respectivement effectués à l'aide de la traction animale et à la main. Cependant, la mission a noté que les services de tracteurs étaient fournis à 250 birr par hectare cette année.

L'utilisation des engrais s'est intensifiée, car les livraisons ont eu lieu à temps pour les cultures à cycle long et les agriculteurs prévoyaient que les prix seraient soutenus grâce aux ventes transfrontalières de céréales au Soudan. Les ravageurs et les maladies ont très peu sévi. Par conséquent, la mission estime que la production de céréales et de légumineuses sera cette année de 119 000 tonnes provenant de 160 000 hectares. Elle devrait être constituée à 50 pour cent de maïs et de sorgho, soit environ 4 pour cent de moins que les estimations post-récolte établies l'année dernière par les bureaux agricoles -- recul imputable à une légère tendance des agriculteurs à opter pour la culture des oléagineux au détriment des céréales.

La production de sésame et de nouq a progressé respectivement de 30 pour cent et de 46 pour cent par suite de l'accroissement des surfaces cultivées. La production d'arachides a augmenté de 60 pour cent mais ne représente encore que 1 200 tonnes.

5. LA RÉCOLTE "Belg" EN 2001 ET 2002

La récolte "belg" a été particulièrement bonne en 2001, sans doute la meilleure depuis plusieurs années. Selon les estimations de la production établies par les bureaux agricoles de zone, la récolte nationale "belg" de céréales et de légumineuses devrait atteindre 450 000 tonnes provenant de 451 000 hectares. En outre, la production de patates douces et de pommes de terre a été très satisfaisante. Dans 23 zones et dans des woredas spéciaux, on a obtenu des récoltes importantes qui ont contribué à la sécurité alimentaire des ménages et qui ont gonflé les stocks. Ces facteurs ont aidé les agriculteurs à se remettre de leur situation désastreuse imputable aux quatre très mauvaises récoltes "belg" qui s'étaient succédé.

Pour la campagne de commercialisation 2002, la mission prévoit que la récolte "belg" de céréales et de légumineuses atteindra 250 000 tonnes. Néanmoins, bien que la récolte "belg" ait été un succès en 2001, le niveau médiocre de la production au cours des quelques années précédentes oblige à faire preuve de prudence pour l'estimation de cette récolte. Il conviendra donc de revoir le chiffre précité au début de la campagne "belg" (avril/mai) lorsque l'on pourra évaluer la densité des semis et le degré de développement des cultures.

6. Situation DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES

6.1 Marchés et prix des céréales

Le commerce intérieur céréalier est en général géré par un réseau de négociants bien organisé. Le mauvais état des routes et l'insuffisance des infrastructures de commercialisation aggravent les difficultés inhérentes aux dimensions du pays et aux distances séparant les zones déficitaires et excédentaires. En 2001, les cours de toutes les céréales sur la majorité des marchés locaux ont diminué par rapport à l'année précédente, suite à une récolte meher exceptionnellement bonne en 2000. Comme l'indique la Figure 1 ci-dessous, l'évolution saisonnière typique des prix céréaliers, qui se caractérise par des creux de novembre à mars et des pics pendant les mois précédant la récolte, de juillet à septembre, ne s'est pas produite.

Cette évolution des prix s'observe particulièrement pour le maïs, mais également pour le blé et l'orge. La baisse du cours du teff, toutefois, a été en général effacée, les Éthiopiens étant grands consommateurs de cette denrée. Les Figures 2 et 3 comparent les prix de 2001 à ceux prévalant au cours de la même période en 2000 dans la zone de Choa Ouest, où la production céréalière est excédentaire, et dans celle de Bench Magi, où l'alimentation se caractérise par une variété d'aliments riches en glucides (racines, tubercules et maïs principalement).

 

La forte réduction des prix traduit plusieurs problèmes structuraux inhérents au système de commercialisation éthiopien qui limitent la distribution des produits alimentaires à un rayon restreint autour des zones de production. La rareté de routes carrossables et le coût élevé des transports, l'insuffisance des capacités de stockage dans les zones de production, les possibilités de financement réduites en raison du monopole exercé par quelques commerçants locaux ainsi que le manque d'organisations d'agriculteurs capables de gérer le commerce des produits excédentaires constituent les principaux problèmes de commercialisation. La chute brutale des prix céréaliers a coïncidé avec un net recul des prix du café sur les marchés internationaux, ce qui a mis les agriculteurs dans une situation financière catastrophique. De ce fait, nombre d'agriculteurs dans plusieurs régions ne sont pas en mesure de restituer les prêts qu'ils ont contractés pour acheter des engrais et autres intrants, d'où le non remboursement des prêts aux institutions financières. Les cours des céréales, notamment de maïs et de blé, ne devraient pas remonter dans les mois à venir.

6.2 Bilan céréalier

Le Tableau 3 présente le bilan de l'offre et de la demande de céréales et de légumineuses pour 2002 qui a été estimé par la mission sur la base des prévisions de production de la campagne meher 2001/2002 et de la campagne belg 2002 ainsi que sur les dernières informations concernant les échanges et les stocks. La production totale de céréales et de légumineuses disponible pour la période de commercialisation 2002 (janvier/décembre) est évaluée à 12 90 000 tonnes, dont 12 330 000 tonnes provenant de la récolte principale meher et 250 000 tonnes de la campagne secondaire belg (estimation provisoire), dont la récolte aura lieu pendant le premier semestre de 2002.

D'après les informations disponibles, les commerçants et les exploitations commerciales détiendraient des stocks céréaliers d'environ 120 000 tonnes. L'Office éthiopien du commerce des céréales et la Réserve nationale de sécurité alimentaire disposeraient, de leur côté, des stocks de 410 000 tonnes. L'on suppose également que les petits agriculteurs, dans les zones de production excédentaires, disposent, début 2002, de stocks de céréales suffisants pour couvrir les besoins de leur famille pendant environ deux semaines (soit 300 000 tonnes). Les stocks d'ouverture pour 2002 sont donc estimés à 830 000 tonnes. Ce volume représente environ un mois des besoins de consommation du pays, niveau que la mission recommande de maintenir, compte tenu de la variation bien connue de production des campagnes belg et meher. Les évaluations considèrent que le niveau des stocks d'ouverture et de clôture pour l'année de commercialisation 2002 seront similaires.

Les prévisions de consommation alimentaire reposent sur l'estimation démographique établie par l'Office national des statistiques (67,22 millions d'habitants à la mi 2002) et sur une consommation annuelle de 155 kg de céréales alimentaires par personne. Cette évaluation globale ne tient pas compte des besoins de consommation beaucoup plus importants de la population à faibles revenus, estimée à 5,2 millions de personnes (se référer à la Section consacrée aux besoins d'aide alimentaire ci-après).

L'utilisation des céréales pour l'alimentation animale devrait baisser par rapport à l'année précédente. En dépit de la faiblesse des cours céréaliers, les parcs d'engraissement n'en ont en effet pas utilisé autant que prévu, en raison probablement de la fermeture des filières d'exportation vers la péninsule arabe. Les autres utilisations et les pertes sont estimées à 18 pour cent, dont 13 pour cent de pertes après récolte et 5 pour cent de semences. Les achats locaux d'orge, de sorgho et d'éleusine cultivée, destinés aux activités de brasserie, sont considérés comme étant compris dans les estimations totales des besoins alimentaires.

Le volume des exportations céréalières figurant dans les statistiques officielles du commerce extérieur est habituellement faible et ne concerne que les légumineuses (près de 30 000 tonnes), mais il existe un commerce de céréales plus important passant par des échanges transfrontaliers non comptabilisés avec les pays voisins. Les possibilités d'échanges transfrontaliers sont toutefois très limitées à l'heure actuelle, la frontière avec l'Érythrée étant fermée et les récoltes engrangées au Kenya ayant nettement augmenté par rapport à 2000. Il est possible que l'Éthiopie continue à exporter du sorgho au Soudan et qu'une partie de teff parvienne à l'Érythrée, par le biais du Soudan ou même du Yémen. Il est également probable que des échanges transfrontaliers aient lieu avec la Somalie, du fait des très faibles récoltes engrangées en 2001. La mission table donc sur des exportations totales de 75 000 tonnes.

Tableau 3: Éthiopie - Bilan céréalier total, janvier-décembre 2002 (en milliers de tonnes) (Population 67,22 millions d'habitants)

Disponibilités intérieures
13 410
Stocks d'ouverture
830
Production
12 580
- Meher
12 330
- Belg
250
Utilisation totale
13 789
Utilisation alimentaire
10 419
Utilisation animale
200
Autres utilisations
2 264
Exportations
75
Stocks de clôture
830
Besoins d'importations
379

 

Les importations commerciales, essentiellement composées de blé dur et de faine de blé ainsi que d'une petite quantité de d'orge de brasserie et de riz, ont été de l'ordre de 140 000 tonnes. Si les importations représentent le même volume cette année, le déficit restant s'élèvera à 239 000 tonnes, ce qui devra être en partie couvert par l'aide alimentaire. (Ce chiffre ne comprend pas les besoins de secours alimentaires d'urgence supplémentaires qui devraient être couverts par des ressources nationales). Compte tenu des circonstances actuelles, la mission recommande de privilégier les achats locaux de céréales qui seront destinées à l'aide alimentaire.

6.3 Besoins d'aide alimentaire

Examen de l'aide alimentaire en 2001

Les besoins d'aide alimentaire et les distributions effectives ont considérablement changé en Éthiopie au cours des récentes années, comme le montre le Tableau 4.

Tableau 4. Éthiopie: Estimations des besoins céréaliers et distribution de l'aide alimentaire, 1995-2001

Année
Estimations en janvier (tonnes)
Estimations en juillet
(tonnes)
Quantités livrées/
distribuées1/
(tonnes)
Quantités distribuées en % des besoins estimés
Population ayant besoin d'une aide alimentaire
(millions de personnes)
1995
427 000
492 848
347 379
70
4,0
1996
291 000
262 060
219 000
84
2,7
1997
186 000
329 450
306 000
93
3,4
1998
420 000
602 134
294 932
49
5,3
1999
181 871
460 609
391 558
85
6,6
2000
764 044
1 337 695
999 135
75
10,2
2001
545 394
630 610
540 000
86
6,2
Moyenne
402 187
587 915
442 572
75
5,5

En 2001, la situation des disponibilités alimentaires s'est nettement améliorée, les pluies ayant été suffisantes durant la campagne principale. Le nombre de personnes tributaires d'une aide alimentaire est encore élevé, même s'il a beaucoup diminué par rapport à 2000.

En janvier 2001, la Commission éthiopienne de prévention des catastrophes et de planification préalable (DPPC) a lancé un appel pour une aide alimentaire d'urgence, estimant que 6,2 millions de personnes, victimes de catastrophes naturelles en 2001, auraient besoin de 639 000 tonnes de secours alimentaires (dont 545 000 tonnes de céréales). L'évaluation réalisée par la Commission en milieu d'année (juillet 2001) a entraîné une augmentation des besoins alimentaires, dont le montant total a été porté à 742 000 tonnes en 2001, dont 631 000 tonnes de céréales. Les donateurs ont répondu très favorablement à cet appel puisque les contributions reportées, les livraisons et les nouveaux engagements se sont élevés à 540 000 tonnes de céréales, permettant ainsi de couvrir près de 86 pour cent des besoins. Les dons d'aliments mélangés ont été également proches du volume des besoins estimés. Toutefois, les dons d'huiles végétales n'ont pas été suffisants, moins d'un cinquième des besoins prévus ayant été satisfaits. Afin de combler le déficit observé, les rations, initialement prévues à 15kg/personne/mois, ont été ramenées à 12,5 kg/personne/mois. Certaines distributions ont été retardées ou n'ont pu être effectuées, notamment durant le dernier trimestre de 2001.

En réponse à l'appel du gouvernement, le PAM a décidé de fournir près de 318 000 tonnes de secours alimentaires à 2,5 millions de bénéficiaires ciblés en 2001 (petits agriculteurs et pasteurs touchés par la sécheresse). Plus de 112 000 tonnes ayant déjà été mobilisées (stocks ou contributions reportées), le PAM a lancé un nouvel appel pour réunir plus de 206 000 tonnes de vivres (194 500 tonnes de céréales et 11 500 tonnes d'aliments mélangés). Grâce aux contributions additionnelles reçues au cours de l'année 2001, le PAM a pu distribuer 246 000 tonnes de produits alimentaires aux bénéficiaires ciblés, ce qui représente plus de 40 pour cent du total des secours alimentaires sollicités par l'appel, le solde ayant été obtenu à l'aide de contributions bilatérales à la DPPC et de contributions canalisées par le biais d'ONG.

Les secours et les contributions reportées de 2001 à 2002, toutes sources confondues, sont estimés à 130 000 tonnes, et ne concernent que les céréales. Ce volume tient compte des remboursements de prêts à la Réserve éthiopienne de sécurité alimentaire d'urgence. Étant donné que cinq mois s'écoulent parfois entre la confirmation des contributions en espèces des donateurs et la livraison des produits alimentaires au pays, la possibilité de prélever sur cette réserve a permis, et permet encore, d'éviter une interruption des distributions d'aide alimentaire d'urgence.

Tableau 5. Éthiopie: Arrivées, livraisons et soldes des secours alimentaires en 2001 (en milliers de tonnes)

1. Disponibilités totales de secours alimentaires en 2001
- Stocks et annonces de contributions de 2000 reportés
- Secours livrés en 2001 (janvier-décembre)
530
170
360
2. Estimations des distributions alimentaires en 2001*
575
3. Stocks et annonces de contributions reportés sur 2002
130

Autres formes d'aide alimentaire en 2001

Les besoins d'aide alimentaire établis par le gouvernement éthiopien en 2001 pour les personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) et les rapatriés d'Érythrée ont dépassé 82 000 tonnes. Pour faire face à cette demande, le PAM a élargi l'opération d'urgence en cours pour venir en aide à 287 000 PDI (soit 87 pour cent des besoins) et à 20 000 rapatriés dans la région de Tigré. Les donateurs ont répondu très favorablement à cette opération, permettant ainsi d'effectuer des distributions interrompues jusqu'à fin novembre 2001. Près de 60 000 tonnes de vivres ont été distribuées en 2001, dont 40 pour cent ont été achetées localement. En 2001, outre les secours alimentaires distribués aux victimes de catastrophes naturelles et aux PDI à Tigré, le PAM a également fourni 77 000 tonnes de vivres pour mener à bien des projets de développement en Éthiopie et 45 000 tonnes de vivres au titre d'interventions en faveur de réfugiés.

Nutrition

Compte tenu de l'augmentation de la production agricole et des revenus en 2001, l'état nutritionnel de la population des régions caractérisées par une forte malnutrition en 2000 s'est amélioré.

Le Programme de surveillance nutritionnelle de Save the Children UK et de la DPPC ont constaté que les taux de nutrition étaient satisfaisants dans le Wollo Nord. Dans les régions agricoles du sud-ouest, l'exemple de Wolaita en septembre/octobre 2001 montre que l'état nutritionnel des populations vulnérables était satisfaisant. La situation s'est également améliorée dans les zones pastorales du sud: dans la région de Borena, la malnutrition aiguë généralisée (MAG) est ainsi tombée du taux élevé de 24 pour cent en mars 2000 à 5 pour cent en juillet 2001.

Toutefois, les régions qui n'ont pas reçu assez de pluies durant la campagne meher 2000 et les campagnes belg et meher 2001 continuent à souffrir de taux de malnutrition élevés. Les régions les plus particulièrement touchées sont encore les zones pastorales et agro-pastorales du sud et du sud-est (la majeure partie de la région Somali, les basses terres de Bale et Harari Est et Ouest), les résultats des secteurs de l'agriculture et de l'élevage n'ont pas été aussi performants que d'habitude. Les signes d'une insécurité alimentaire aiguë peuvent être encore observés et la malnutrition aiguë généralisée est trop élevée pour être acceptée par les normes internationales. Les conclusions d'enquêtes nutritionnelles menées dans ces régions sont présentées au Tableau 6 ci-après. Dans les zones d'Afder et Liben, l'insécurité alimentaire des secteurs en bordure des régions les plus touchées de la Somalie n'a pu être évaluée, du fait du manque de sécurité. Néanmoins, de récents rapports provenant de ces secteurs font état d'une dégradation des conditions résultant de l'arrivée de groupes vulnérables, en particulier de personnes âgées, de femmes et d'enfants, dans les zones urbaines d'Afder (Bare et Hargele). Outre les populations locales des zones pastorales frappées par la sécheresse et par la diminution de la production en résultant, les personnes déplacées par la sécheresse (pasteurs appauvris ayant perdu tout ou presque tout leur cheptel en 1999/2000) doivent être suivies de près.

Tableau 6. Malnutrition aiguë généralisée (MAG) parmi la population à haut risque

Lieu, zone, région
Population
Date
Résultat MAG
(WFL, RPT)*
Dehana, Waghamra, Amhara,
Tributaire de l'agriculture
Mai 2001
34% (écart réduit)
quatres woredas des basses terres, Bale, Oromiya
Agro-pastorale
Mars 2001
17% (écart réduit)
Golo Oda, E.Harari, Oromiya
Agro-pastorale
Avril 2001
19% (écart réduit)
Denan, Gode, Somali
Urbaine/déplacée par la sécheresse
Sept. 2001
30% (écart réduit)**
Danot, Warder, Somali
Urbaine/déplacée par la sécheresse
Juin 2001
34% (écart réduit)
Hartisheik, Jijiga, Somali
Déplacée par la sécheresse
Nov. 2001
22% (écart réduit)
Fafen, Gursum, Somali
Déplacée par la sécheresse
Oct. 2001
19% (écart réduit)

Perspectives en matière de sécurité alimentaire des ménages en 2002

Dans les régions agricoles, les récoltes ont été bonnes depuis la crise provoquée par la sécheresse en 1999-2000 et le nombre de personnes ayant besoin d'une aide alimentaire a donc diminué. Même si seulement quelques régions ont souffert de pertes de récolte en 2001, le nombre de personnes qui seront tributaires d'une aide alimentaire en 2002 continue à être élevé, ce qui reflète l'insécurité alimentaire générale en Éthiopie, même dans les meilleures années. L'augmentation de la production agricole ne suit pas la forte croissance démographique. Compte tenu des possibilités réduites de tirer un revenu d'activités autres que l'agriculture, la limite du pouvoir d'achat est un obstacle majeur. Par ailleurs, les marchés éthiopiens ne fonctionnent pas bien et de fortes disparités sont fréquemment observées au niveau des prix locaux. Des régions souffrant d'importants déficits céréaliers jouxtent des zones disposant d'excédents. Les impôts régionaux prohibitifs qui sont prélevés sur le commerce des céréales découragent les activités commerciales, ce qu'aggrave la mauvaise intégration des marchés tant au niveau national qu'international. Les difficultés physiques et économiques qu'éprouvent les ménages pauvres à accéder aux approvisionnements alimentaires sont renforcées par leur isolement des marchés céréaliers locaux, nationaux, régionaux et internationaux. Des études montrent que les trois quarts de toutes les exploitations sont à plus d'un jour et demi de marche d'une route carrossable, ce qui restreint également l'accès aux marchés. Dans la région d'Amhara, la production de la campagne meher n'est que légèrement inférieure à l'année précédente et, si l'on ajoute les bonnes récoltes de la campagne belg en 2001, le nombre de personnes ayant besoin de secours alimentaires a diminué de près de 20 pour cent par rapport à l'an dernier, pour s'établir à 1,7 million. Dans la région du Tigré, compte tenu des déficits chroniques de production agricole et du manque d'autres sources de revenu, le nombre de bénéficiaires ciblés avoisine encore 1 million de personnes (soit 29 pour cent de la population rurale), ce qui ne représente qu'une légère diminution par rapport à l'an dernier. Dans la région d'Oromiya, le nombre de personnes nécessitant une aide alimentaire en 2002 est du même ordre que l'année précédente (près de 1 million de personnes, soit 5 pour cent de la population rurale). Dans la SEPAR, bien que la production agricole ait fléchi par rapport à l'année précédente, le nombre de personnes tributaires d'une aide alimentaire a nettement diminué pour s'établir à 300 000, soit 3 pour cent de la population rurale.

Sur les principaux marchés de toutes les régions agricoles qui ont fait l'objet d'une évaluation, les prix des céréales continuent à être inférieurs à la moyenne (jusqu'à 50 pour cent de moins). Les personnes obligées d'acheter les produits qu'ils consomment peuvent donc avoir un plus grand accès aux marchés. Malheureusement, les personnes touchées par une insécurité alimentaire chronique ne disposent en général pas d'un pouvoir d'achat suffisant pour tirer partie des conditions commerciales avantageuses. De nombreuses équipes d'évaluation ont noté que les populations locales se sont inquiétées de la réduction du pouvoir d'achat de leur communauté dans l'ensemble, y compris des agriculteurs effectuant des ventes nettes, ce qui s'est traduit par une baisse de la demande pour les cultures de rente et le petit commerce générateurs de revenus pour les familles pauvres. Dans les régions disposant d'excédents locaux comme la SEPAR, les interventions en espèces et les achats locaux destinés à l'aide alimentaire ont été privilégiés. Par contre, dans les zones ayant enregistré des pertes de récolte plus généralisées (Harari Est et Ouest, par exemple), il a été recommandé de fournir une aide alimentaire.

Régions pastorales et agro-pastorales: Dans les basses terres du sud et du sud-est, une forte insécurité alimentaire subsiste, en raison de l'insuffisance des précipitations en 2001. Dans les zones essentiellement pastorales et agro-pastorales des plaines basses de Harari Est et Ouest, Bale et Borena, les pluies de la campagne belg ont débuté avec retard; elles ont été suivies par les pluies de la campagne meher qui, elles aussi, ont été tardives et se sont arrêtées de manière précoce. Ces conditions ont ralenti la reprise amorcée depuis la forte sécheresse de 1999-2000 et le manque de précipitations a réduit les récoltes des agro-pasteurs. Un fléchissement de 57 pour cent de la production des cultures de base et de rente par rapport à la moyenne sur le long terme a ainsi été enregistrée à Harari Est. Fin 2001, la sécheresse inhabituelle qui a continué à sévir dans certaines zones, telles Afder et Liben, a été préjudiciable à l'élevage, principale source de revenus des populations locales. L'augmentation des prix des céréales de base dans la région Somali, imputée à la réduction des distributions alimentaires en 2001, et l'interdiction imposée par les États du golfe d'importer du bétail en provenance de l'Éthiopie ont dégradé les termes commerciaux des pasteurs. Cette situation, conjuguée à la dévaluation du shilling somalien, a encore affaibli la reprise de ces régions.

Besoins d'aide alimentaire en 2002

Après la crise de 1999-2000 provoquée par la sécheresse qui avait entraîné des pertes de récolte et de cheptel et avait porté à plus de 10 millions le nombre de personnes ayant besoin de secours alimentaires, le nombre de bénéficiaires évalués par les équipes pluri-organismes d'évaluation annuelle ne cesse de décroître. La population nécessitant une assistance pour couvrir les besoins alimentaires de base est passée de 6,2 millions en 2001 à 5,2 millions en 2002, ce chiffre étant aussi légèrement inférieur à la moyenne de 5,5 millions de personnes entre 1995 et 2001.

Les besoins nets d'aide alimentaire pour 2002 sont estimés à 557 000 tonnes. En tenant compte des contributions reportées de 2001, égales à 130 000 tonnes, les besoins nets d'aide alimentaire en faveur des victimes de catastrophes naturelles en 2002 (qui seront couverts aussi bien par des importations que par des ressources nationales) sont évalués à 427 000 tonnes (369 000 tonnes de céréales, 30 000 tonnes d'aliments mélangés et 28 000 tonnes d'huiles végétales). Cette estimation ne tient pas compte d'une perte éventuelle des récoltes de la campagne belg 2002, ni d'une insuffisance des pluies durant la campagne belg 2002 dans les zones pastorales. Comme cela a été le cas dans les années précédentes, des événements inattendus sont toujours possibles, auquel cas il faudrait ajuster cette estimation. En fonction des évaluations conjointes qui seront réalisées en 2002, toute révision sera formellement communiquée par la DPPC aux donateurs dans le cadre de son nouveau processus d'appel.

L'estimation des besoins de secours alimentaires couvre les besoins des personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) et des Éthiopiens qui, déplacés par le conflit frontalier, sont rentrés d'Érythrée pour s'installer chez eux, mais qui ne sont pas encore en mesure de produire ou d'acheter assez pour se nourrir. Elle comprend également d'autres personnes déplacées, victimes de la sécheresse, qui se sont installées dans les zones urbaines de la région Somali et qui, dépourvues de moyens de subsistance, ne peuvent regagner leur village d'origine pour le moment.

Les estimations n'incluent pas les besoins des personnes déplacées dans la région du Tigré qui ne sont réinstallées mais qui n'ont guère accès aux terres, ni de celles qui ne peuvent retourner chez elles, du fait de l'insécurité. Ces besoins feront l'objet d'une évaluation distincte. Selon les estimations provisoires du PAM, près de 75 000 personnes continueront à être la cible d'une assistance spécifique. Le PAM prévoit également qu'il sera nécessaire de fournir 17 000 tonnes de secours alimentaires pour répondre aux besoins de ces populations en 2002.

Quatre-vingt cinq mille tonnes mobilisées au titre de contributions reportées ont été attribuées à des Projets de création d'emplois qui sont gérés par les unités de sécurité alimentaire des gouvernements régionaux de Amhara, Oromiya, SEPAR et Tigré. Ce volume ne pourra donc pas être réorienté vers d'autres zones.

Les estimations des besoins d'aide alimentaire pour 2002 sont présentées au Tableau 7 et illustrées par la carte de la Figure 4. Ces besoins, par région, se répartissent de la manière suivante: Amhara, 33 pour cent; Tigré, 24 pour cent; Oromiya, 22 pour cent; Région Somali, 24 pour cent; SEPAR, 4 pour cent; et Afar, 3 pour cent. Le 1 pour cent restant est ventilé entre Gambella, Benshangul, Gumuz, Dire Dawa et Harari.

Figure 4: Éthiopie - Proportion de la population rurale ayant besoin d'aide alimentaire en 2002

La Figure 4 exprime le nombre de personne ayant besoin d'une aide alimentaire (PDI non compris), par région et en pourcentage de la population rurale totale dans une zone ou un woreda. Les zones les plus foncées auront des besoins plus importants que celles plus claires. Les zones en blanc, quant à elles, sont considérées comme n'ayant besoin d'aucune assistance

Tableau 7. Nombre de personnes ayant besoin d'aide alimentaire, par région

Région
Nombre de personnes nécessitant une aide alimentaire
Céréales (tonnes)
Aliments mélangés (tonnes)
Huile
(tonnes)
Total
(tonnes)
Afar
225 400
14 379
0
0
14 379
Amhara
1 724 800
165 385
9 523
9 075
183 983
Benshangul-Gumuz
9 000
661
0
0
661
Dire Dawa
10 000
750
0
0
750
Gambella
32 800
2 148
0
0
2 148
Harari
13 000
1 170
0
0
1 170
Oromiya
1 051 400
106 026
7 943
7 563
121 532
SEPAR
303 300
21 060
0
0
21 060
Somali
894 800
72 114
2 694
2 565
77 373
Tigré
917 200
115 199
9 705
9 244
134 148
Total
5 181 700
498 892
29 865
28 447
557 204

 

Assortiment alimentaire

L'assortiment alimentaire recommandé par le PAM pour l'Éthiopie est de 15 kg de céréales/personne/mois, soit 500 g/personne/jour, ce qui permet d'apporter environ 1 700 kcal/personne/jour, ce qu'il convient de rapprocher des besoins minimaux de 2 170 kcal/personne/par jour. En Éthiopie, les céréales fournissent l'essentiel des calories du régime alimentaire. L'irrégularité des conditions météorologiques est la principale cause de variation de la production céréalière. Les autres denrées de base du pays - légumineuses et graines oléagineuses - sont d'habitude disponibles localement, à des prix relativement bas.

Par ailleurs, l'on considère que 35 pour cent de la population nécessitant une aide alimentaire est en état de grande vulnérabilité et doit, à ce titre, recevoir des rations supplémentaires d'aliments mélangés (4,5 kg/personne/mois, soit 50g/personne/jour) et d'huile végétale (1,5 kg/personne/mois, soit 50g/personne/jour), ce qui équivaut à 1 000 kcal de plus par personne et par jour. Selon les recommandations de la mission d'évaluation pluri-organismes de la DPPC réalisée fin 2001, les bénéficiaires auront besoin d'une assistance pendant six mois en moyenne, cette durée variant cependant selon les zones.

Distributions alimentaires "gratuites"

L'on fera appel dans toute la mesure du possible à d'autres modalités, tels que les projets de création d'emplois ou des contributions directes en espèces, mais la majorité des personnes ciblées par l'assistance alimentaire bénéficieront de distributions de vivres gratuites. Ce système de prestations est bien établi en Éthiopie et les efforts déployés pour améliorer le ciblage sur le terrain seront poursuivis.

Projet de création d'emplois

Ces projets visent à optimiser les prestations des secours en les reliant à la création d'actifs de développement durable. De nombreuses régions ont ainsi bénéficié d'activités de conservation des eaux et des sols, de remise en état des routes de campagne et d'autres initiatives qui ont permis aux communautés d'acquérir des actifs tout en offrant des possibilités d'emplois aux personnes victimes de catastrophes naturelles, leur participation aux activités étant rétribuée avec de la nourriture et/ou de l'argent. La réussite des Projets de création d'emplois a été compromise par le manque de fiabilité ou le retard des engagements et/ou des livraisons des ressources nécessaires à leur exécution. L'insuffisance de planification au niveau des communautés, le manque de fonds pour l'achat d'outils et l'inadéquation de la gestion ont également accentué les problèmes. Plusieurs mesures seront prises en 2002 pour améliorer la réalisation de ces projets.
Contributions directes en espèces

Des contributions directes en espèces pourraient être versées aux bénéficiaires pour leur permettre de satisfaire une partie des besoins alimentaires. Toutefois, lorsque l'on envisage de remplacer les produits alimentaires par des versements en espèces, il faut évaluer la capacité de mise en pratique avec soin. Selon l'expérience acquise à ce jour, il est recommandé de n'utiliser cette option en 2002 que si la région et l'institution concernées ont déjà de la pratique. De plus, les approches privilégiant le versement d'espèces pour la fourniture de secours doivent être flexibles pour refléter les conditions du marché et optimiser les avantages que peuvent en tirer les bénéficiaires. Ainsi, dans les zones isolées où le prix des céréales est en général élevé, il peut s'avérer plus adapté de fournir une aide alimentaire.

Achats locaux

Les achats locaux de céréales peuvent contribuer à consolider le marché et stabiliser les prix céréaliers. Lorsque cela est possible, il est donc recommandé aux donateurs d'acheter une plus grande quantité des produits destinés à l'aide alimentaire en Éthiopie, surtout lors des années de bonne production. En 2001, 205 000 tonnes de vivres distribuées au titre des programmes d'assistance alimentaire ont été achetées sur les marchés locaux; selon l'enquête menée par le PAM et l'Union européenne sur les disponibilités céréalières, environ 500 000 tonnes de maïs, de sorgho et de blé peuvent être achetées localement. Malgré le léger fléchissement de production de la récente campagne meher, il semble que la quantité d'excédents disponibles en 2002 puisse servir à des achats locaux et les donateurs qui peuvent faire des contributions en espèces sont encouragés à le faire.

Réserve de sécurité alimentaire d'urgence

La Réserve éthiopienne de sécurité alimentaire d'urgence détient des stocks céréaliers afin de faire face aux besoins d'urgence en temps voulu. L'utilisation des céréales stockées fait l'objet de prêts consentis en échange d'une garantie écrite de remboursement par les donateurs concernés. A l'heure actuelle, le niveau des stocks de la Réserve est élevé (plus de 400 000 tonnes) et les céréales sont disponibles immédiatement, dès confirmation des contributions des donateurs. L'utilisation de cette réserve peut continuer d'éviter des interruptions dans la distribution de l'aide alimentaire, notamment dans l'attente de la réception de dons en espèces.

Évaluation des besoins d'urgence et systèmes d'alerte rapide

Le développement de Systèmes d'alerte rapide dans les régions pastorales s'est considérablement accru en 2001, Save the Children UK apportant une aide technique aux instances de la région Somali. Le PAM a fourni des ressources financières, techniques, logistiques et humaines pour recueillir les données de référence qui serviront à concevoir les Systèmes d'alerte rapide. De nombreuses ONG actives dans la région ont participé à la collecte des données. En 2002, il sera possible d'obtenir des données sur cette région sujette aux catastrophes naturelles, ce qui permettra de fonder les évaluations sur des informations plus précises.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'informations le cas échéant.

Bureau du Chef
SMIAR, FAO, Rome
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Mél:
GIEWS1@FAO.ORG
Ms. J. Lewis
Directeur régional, ODK, PAM
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Mél:
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1 Région dénommée SNNPR dans la Carte.

2 La présente section s'appuie sur diverses sources, dont les rapports de l'Economist Intelligence Unit et d'autres publications.