SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

 

R A P P O R T S P ÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES
ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN ZAMBIE

18 juin 2002

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Faits saillants

    • Les longs épisodes de sécheresse qui ont marqué la période de végétation de 2001/02 dans cinq des neuf provinces que compte la Zambie ont entraîné une forte baisse des rendements et de la production céréalière .
    • La production de maïs - principale denrée du pays - est estimée à 606 000 tonnes environ, soit une baisse de 24 pour cent par rapport au résultat médiocre de l'an dernier et de 42 pour cent par rapport à la bonne récolte de 2000.
    • Les besoins d'importations de céréales pour la campagne de commercialisation 2002/03 (mai/avril) sont estimés à 626 000 tonnes. Le volume des importations commerciales devrait s'élever à 351 000 tonnes. L'importation des 275 000 tonnes restantes devra être assurée par le gouvernement et par une assistance extérieure.
    • On estime à environ 2,329 millions le nombre de personnes dont la situation est particulièrement critique: touchées par deux mauvaises récoltes successives et ayant exploité toutes les ressources de leurs stratégies d'adaptation, elles doivent bénéficier d'une aide alimentaire internationale d'urgence (174 383 tonnes de céréales au total).
    • La région la plus touchée est la province du Sud: 60 pour cent de la population doivent recevoir un secours alimentaire.
    • Il faut approvisionner au plus vite les familles d'agriculteurs touchées par la sécheresse en semences (maïs, sorgho, arachides) et en outils, afin qu'elles soient prêtes pour les semis de la principale campagne de 2002/03.

1. VUE D'ENSEMBLE

Les inondations provoquées par les pluies torrentielles qui se sont abattues l'an dernier sur certaines régions ont détruit une grande partie des cultures. Les districts des provinces de l'Est et du Sud situés le long du fleuve Zambèze et du Luangwa ont été les plus touchés. La production totale de maïs - denrée essentielle pour le pays - est en baisse de 24 pour cent par rapport à l'an dernier. Cette année, ces provinces ont encore été durement touchées par des précipitations irrégulières et de longues périodes de sécheresse qui ont contribué à aggraver la précarité de la situation alimentaire.

C'est dans ce contexte qu'une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires s'est rendue en Zambie, du 6 au 24 mai 2002, afin d'évaluer la production céréalière de 2002 et d'estimer les besoins d'importation (aide alimentaire comprise) pour la campagne de commercialisation de 2002/03 (mai/avril). Des membres de la Communauté du développement de l'Afrique australe (SADC), de USAID-OFDA et du Système d'alerte rapide en cas de famine de l'USAID (FEWSNet) se sont joints à la mission en qualité d'observateurs. Diverses ONG nationales et internationales - Croix-Rouge, PAM, CARE, Organisation internationale pour une perspective mondiale, OXFAM - ont également participé aux activités de la mission.

Quatre équipes ont été constituées. Elles ont visité 28 des 72 districts que compte la Zambie et, à Lusaka comme dans l'ensemble des districts, elles ont bénéficié d'une entière coopération de la part des autorités gouvernementales. Les bureaux des Nations Unies présents en Zambie (FAO, PAM, UNICEF et OMS) ont fourni l'appui technique et logistique. La mission a également tiré profit des entretiens menés avec d'autres organisations comme le Syndicat national des agriculteurs de Zambie («Zambia National Farmers Union») et le FMI.

La mission a rassemblé toutes les données secondaires fournies par les organisations concernées, afin de les comparer aux informations recueillies lors de ses entretiens avec des exploitants agricoles, des commerçants et autres informateurs-clés.

La saison des pluies de 2001/02 a été généralement marquée par des précipitations faibles et irrégulières, notamment dans cinq des neuf provinces de la Zambie (provinces du Sud, de l'Ouest, de l'Est, du Centre et la province de Lusaka) où le déficit pluviométrique a pu atteindre 50 pour cent dans certaines zones. Les pluies de plus en plus rares entre janvier, février et mars - période critique pour la croissance des plantes - ont provoqué le dessèchement des cultures ainsi qu'une baisse des rendements. La production de maïs a été particulièrement touchée: le volume total de 2002 est estimé à environ 606 000 tonnes, ce qui représente une baisse de 42 pour cent par rapport au niveau normal de 2000 et de 24 pour cent par rapport à la production réduite de la dernière campagne.

Les baisses les plus importantes ont été enregistrées dans la province du Sud, où la production de maïs a chuté de 56 pour cent par rapport à l'an dernier. Les districts les plus touchés sont ceux de Chadiza, Nyimba, Mambwe et Chama (province de l'Est), Kabwe, Chibombo, Kapiri Mposhi et Mkushi (province du Centre) ainsi que l'ensemble des districts de la province du Sud.

La mission estime l'ensemble des besoins d'importations céréalières à 626 000 tonnes pour la campagne de commercialisation 2002/03. Le volume des importations commerciales assurées par les commerçants et les minotiers devrait atteindre 351 000 tonnes, chiffre qui englobe le solde des importations de l'an dernier. Les 275 000 tonnes restantes devront être importées par le gouvernement et des intervenants extérieurs. Le volume de l'aide alimentaire internationale d'urgence destinée aux populations les plus touchées (environ 2,329 millions) avoisine les 174 000 tonnes. Le gouvernement a déjà débloqué un montant d'environ 12 millions de dollars E.-U. pour les importations de maïs, somme qui devrait permettre de financer environ 50 000 tonnes supplémentaires.

S'ils ne reçoivent pas une aide alimentaire, de nombreux ménages à faible revenu vont se retrouver dans une situation critique, car ils ont mobilisé toutes leurs stratégies de subsistance pour faire face aux conséquences de la mauvaise récolte de l'an dernier. L'aide du gouvernement et des donateurs est requise de toute urgence pour écarter le risque de famine qui menace les groupes les plus vulnérables.

Il faut également fournir le plus rapidement possible des semences (maïs, sorgho et arachides) et des outils aux familles d'exploitants touchées par la sécheresse, afin qu'ils puissent reprendre leurs activités pour les semis de la principale campagne de 2002/03. Pour assurer la sécurité alimentaire des ménages, on recommandera on recommandera la production de semences de céréales et de boutures de manioc de bonne qualité, ainsi que la promotion de l'agriculture écologique et de la multiplication des semences.

2. DONNÉES MACRO-ÉCONOMIQUE RÉCENTES

La Zambie possède d'abondantes ressources agricoles et minérales. En 2000, la contribution de l'agriculture au PIB national était de 24,8 pour cent, contre 15,5 pour cent environ en 1996. Cette mise en valeur de l'agriculture est due principalement à la baisse des recettes d'exportation du secteur minier survenue dans les années 90, suite à la baisse des cours internationaux et au recul de la production de cuivre, délaissée par les investisseurs. Les cours moyens du cuivre sur le marché international ont chuté, passant entre 1990 et 2000, de 119 à 81 dollars E..-U./lb. Au cours de la même période, la production annuelle de cuivre a reculé de 422 000 à 260 000 tonnes. Malgré le fléchissement continu du secteur minier, le cuivre et le cobalt restent les principales sources de devises de la Zambie: en 2000, ils représentaient 65 pour cent du montant total des recettes d'exportation (soit 521 millions de dollars sur un total de 800 millions).

Malgré les richesses dont elle dispose, la Zambie enregistre un taux de pauvreté important. Le Rapport sur le développement du PNUD pour l'année 2001 classe la Zambie, dont 63 pour cent de la population vivent avec l'équivalent de 1 dollar E.-U. par jour - voire moins - parmi les pays d'Afrique les plus pauvres. Au cours de la dernière décennie, les effets conjugués d'une inflation rapide et d'une forte dépréciation de la monnaie nationale (le kwacha) ont contribué à affaiblir le pouvoir d'achat des ménages, à aggraver le problème de la sécurité alimentaire et à accroître la pauvreté qui règne dans le pays. Dans les années 90, les taux d'inflation étaient à trois chiffres (183 pour cent en 1993) et, en moins de 6 ans, le kwacha a subi une dévaluation de plus de 350 pour cent (le dollar E.-U, qui valait 1 200 Kwacha en 1996, atteignait 4 000 kwacha en 2002). Selon le dernier rapport du FMI sur la Zambie, le taux de pauvreté atteint 73 pour cent dans l'ensemble du pays et 83 pour cent dans les zones rurales.

La PANDÉMIE de VIH/SIDA continue de paralyser l'économie: dans les zones rurales comme dans les centres urbains, le nombre de personnes en état de travailler diminue, tandis que s'accroît celui de veuves et d'orphelins sans ressources.

On constate, toutefois, une amélioration de quelques indicateurs économiques et financiers essentiels, comme, par exemple, la réduction considérable du taux annuel d'inflation - de 183 pour cent en 1993 à 18 pour cent en 2002. Le gouvernement déploie de nombreux efforts pour ramener ce niveau d'inflation à 12-13 pour cent à la fin de 2002, mais l'impact des deux dernières mauvaises récoltes sur le cours des produits alimentaires risque de lui compliquer singulièrement la tâche. Au cours des derniers mois, il semble que le kwacha se soit stabilisé et que sa marge de fluctuation se soit réduite. La Banque de Zambie a pris récemment des mesures visant à réduire l'écart entre ses taux et ceux des bureaux de change, de manière à ralentir la dépréciation et à en amortir les effets. Il faut cependant signaler que la Anglo American Mining Company vient de décider de fermer l'entreprise minière Konkola Copper Mines (KCM) et que l'incertitude affectant l'avenir du secteur minier causée par cette décision pourrait, si un nouvel acheteur ne se présente pas d'ici à la fin de 2002, entraîner une dépréciation rapide et une forte volatilité de la monnaie nationale.

En s'engageant à présenter une version définitive du Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP), le gouvernement augmente la possibilité du pays de bénéficier du Programme mis en place en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). L'aide reçue dans le cadre de cette initiative devrait permettre une réduction du service de la dette et l'affectation des ressources ainsi libérées au financement de projets de développement propres à accroître la sécurité alimentaire et à faire reculer le seuil de pauvreté.

3. LE SECTEUR AGRICOLE

L'agriculture pourrait assurément être le moteur de la croissance économique de la Zambie. Le secteur agricole joue en effet un rôle prépondérant, tant par sa contribution au PIB (24,8 pour cent en 2000) que par le nombre d'emplois qu'il fournit (50 pour cent de la population active). Entre 40 et 50 pour cent de l'immense superficie de la Zambie (75 millions d'hectares) se prêtent à l'élevage et à un vaste éventail de cultures, tant traditionnelles que non traditionnelles. Les terres disponibles, relativement fertiles, offrent d'ailleurs un potentiel énorme au développement des activités agricoles, mais seulement 10 à 15 pour cent de ce potentiel sont utilisés. Les estimations de la production de 2001/02 permettent de constater que la superficie totale des terres arables effectivement mobilisées pour les activités agricoles n'est que de 1,5 million d'hectares environ.

À la fin des années 80, période où les subventions du maïs et des engrais ont atteint un niveau record, la culture du maïs s'étendait sur 1 million d'hectares, soit 70 pour cent environ de la totalité des superficies mises en culture. Au cours des dix dernières années, la culture de maïs a nettement perdu de son importance tant en termes de superficie que de production. Ainsi, la superficie cultivée en 1989, de l'ordre de 1,02 million d'hectares, n'était plus que de 585 000 hectares en 1999 (soit un fléchissement de 43 pour cent).

L'important recul de la culture du maïs (en superficie et production) a eu pour effet de permettre l'essor d'autres cultures, dont les plus importantes sont les deux cultures de rapport - le coton et les arachides - ainsi que les plantes-racines relativement résistantes à la sécheresse que sont le manioc et la patate douce. Entre 1989 et 1999, les superficies cultivées en arachides, coton, manioc et patate douce ont augmenté de plus de 100, de 65, de 54 et de 65 pour cent respectivement. La production de farine de manioc a plus que doublé au cours des dix dernières années (tableau 1). Selon une étude réalisée dans le cadre d'un Projet de recherche sur la sécurité alimentaire (FSRP), la part du manioc dans l'énergie produite par les petits propriétaires est passée de 16 pour cent en 1993 à 31 pour cent en 1999. La production de manioc de 2001/02 enregistre, toutefois, une baisse de 12,4 pour cent par rapport à 2000/01.

Tableau 1: Zambie: Production de farine de manioc

Année
Tonnes
1993
152 952
1994
131 549
1995
112 561
1996
98 069
1997
189 511
1998
231 253
1999
n.d.
2000
413 000
2001
416 700
2002
365 000

On s'est beaucoup interrogé sur les causes à l'origine de ce nouveau partage de la production entre le maïs et les autres cultures. Il semble que le principal de ces facteurs soit l'abolition du système de crédits subventionnés pour le maïs, survenue dans le cadre de la libéralisation économique qui a commencé en 1992. Le régime pluviométrique - caractérisé par la faiblesse et l'irrégularité des précipitations - a également contribué à la baisse de la production de maïs. Il existe enfin d'autres facteurs d'ordre socio-économique, comme la réduction de l'utilisation des engrais, devenue trop onéreuse, l'absence de crédits, et l'inefficacité du réseau de distribution des intrants. Les données fournies par le Ministère de l'agriculture et l'Agence des réserves alimentaires (FRA, Food Reserve Agency) montrent que la consommation annuelle d'engrais a chuté de 234 000 tonnes à 89 000 tonnes entre 1988 en 1997.

4. PRODUCTION AGRICOLE DE 2001/02

4.1 Principaux facteurs ayant influé sur la production de 2001/02

Précipitations

La Zambie est divisée en trois zones agro-écologiques, qui possèdent chacune son propre régime pluviométrique. La moyenne annuelle des précipitations varie entre 600 et 1 200 mm, soit 600 à 800 mm pour la zone I, 800 à 1 000 mm pour la zone II et 1 000 à 1 200 mm pour la zone III. La saison des pluies commence en octobre dans le nord du pays, gagne progressivement le sud, et s'achève, d'abord dans les régions méridionales, à partir du mois d'avril. La période de végétation est par conséquent plus longue dans le nord que dans le sud.

La saison des pluies a commencé dans de bonnes conditions en 2001/02, mais, dès le mois de décembre, les régions méridionales n'ont reçu que de faibles précipitations, irrégulières et mal réparties, dont la quantité n'a atteint que 30 à 60 pour cent du volume normal. Dans les districts du nord, les précipitations sont restées plus proches de la normale.

La figure 1 indique le régime pluviométrique de six des neuf provinces et souligne les précipitations tombées entre juillet 2001 et janvier ou mars 2002 et la moyenne à long terme. Dans la province du Sud (Livingstone), les précipitations ont été conformes à la normale jusqu'en décembre 2001, pour diminuer jusqu'à s'interrompre presqu'entièrement au mois de mars. La sécheresse a donc prédominé pendant la période de végétation et touché d'importantes zones de culture. C'est cette province qui a été le plus gravement touchée. Dans la province de l'Est (Lundazi), les pluies, normales jusqu'au mois de janvier, ont été suivies en février - mois crucial pour les cultures - d'une vague de sécheresse responsable d'une baisse importante des rendements. Dans la province de l'Ouest (Shesheke), le régime pluviométrique a été extrêmement instable. Les données disponibles s'arrêtent malheureusement à janvier 2002 et ne couvrent pas février et mars, deux mois pourtant décisifs pour les cultures. Dans la province du Centre (Kabwe), les pluies, satisfaisantes jusqu'en novembre, se sont considérablement réduites en décembre et en janvier.

Un régime pluviométrique normal, favorable au développement des cultures, a été enregistré dans la province du Nord (Mbala). Dans la province du Nord-Ouest (Solwezi), les précipitations ont été satisfaisantes jusqu'en décembre, plus faibles en janvier et quasiment inexistantes pendant le mois le plus important (février). Les pluies de mars sont arrivées tardivement en trop faibles quantités pour empêcher une importante réduction des rendements et de la production de maïs.

Figure 1. Zambie: Précipitations tombées en 2001/02 et moyenne à long terme

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Intrants agricoles et pratiques culturales

Dans la province du Nord, le labourage et le sarclage des terres se font traditionnellement manuellement, à l'aide d'une houe. Les b_ufs ne sont que très rarement utilisés. Dans les provinces du Centre, de l'Est et du Sud, les travaux agricoles se font également manuellement, mais les agriculteurs recourent également à la traction animale. Dans la province du Sud, l'utilisation des b_ufs pour les travaux des champs a fortement diminué au cours des dernières années en raison des importantes pertes de bétail dues à la theilériose (maladie du «corridor»).

Les agriculteurs du nord de la Zambie utilisent généralement des semences locales de qualité médiocre et à faible capacité germinative. L'usage de semences hybrides est, en revanche, très répandu dans le sud du pays. Les petits exploitants ont été gênés au cours des trois à quatre dernières années par des difficultés à se procurer des engrais chimiques. Dans la plupart des districts des provinces du Centre, du Sud, de l'Ouest et du Nord-Ouest, la mission signale que les agriculteurs se plaignent de n'avoir pas pu disposer de semences et d'engrais de qualité pour les semis. Nombreux sont ceux qui, n'ayant pas pu se procurer ces intrants pourtant indispensables, avant décembre ou janvier, ont été contraints de retarder les semis. Les cultures se trouvaient en outre à un stade critique de leur développement, lorsque les pluies, en s'interrompant brutalement, ont provoqué leur total dessèchement.

Le prix du composé D (à base d'acide aspartique, pour la fumure de fond) et de l'urée (fumure de surface), par sac de 50 kg, était respectivement de 65 000 et de 70 000 kwacha dans la province de l'Est, de 85 000 et 80 000 kwacha dans la province de l'Ouest. Ces prix sont trop élevés pour la plupart des exploitants, qui utilisent de plus en plus le fumier organique, surtout dans le sud du pays qui dispose d'un cheptel relativement plus important que les régions du nord.

La mission a noté que malgré les quelques programmes de multiplication de semences mis en _uvre dans la province du Sud, la plupart des exploitants avaient des difficultés à se procurer des semences et se contentaient de recycler les semences hybrides. Plusieurs groupes ont, par ailleurs, signalé qu'ils avaient déjà commencé à consommer leurs semences et n'en auraient plus de disponibles pour les prochains semis.

Ravageurs et maladies

Hormis les quelques cas signalés dans la province du Sud - pucerons et vers sur les cultures de coton, pucerons et foreurs de tige sur les doliques - la plupart des districts n'ont enregistré aucun problème majeur lié aux ravageurs et aux maladies au cours de la campagne 2001/02. La présence de foreurs des tiges et de coléoptères parasites du maïs a également été signalée dans la province du Nord-Ouest, ainsi que quelques cas de bigarrure.

4.2 Production de maïs prévue pour 2002

Le tableau 2 indique la production de maïs prévue pour 2002 ainsi que les volumes de 2001 et de 2000.

Tableau 2. Zambie: Production de maïs en 2002, 2001 et 2000 (en tonnes)

Province
2000
2001
2002
Variation (en %)
       
2002/01
2002/00
Centre
150 848
162 296
128 175
- 21
- 15
Copperbelt
134 074
68 080
56 711
- 17
- 58
Est
288 693
196 317
193 954
- 1
- 33
Luapula
22 062
14 988
15 308
+ 2
- 31
Lusaka
76 564
58 127
51 642
- 11
- 33
Nord
83 002
43 496
31 590
- 27
- 62
Nord-Ouest
23 365
19 184
19 582
+ 2
- 16
Sud
228 490
211 281
92 749
- 56
- 59
Ouest
32 992
28 120
16 461
- 41
- 50
Zambie
1 040 090
801 889
606 172
- 24
- 42

 

La production de maïs de 2002 devrait atteindre approximativement 606 000 tonnes, ce qui représente une baisse de 24 pour cent par rapport à celle de l'an dernier (appauvrie par les inondations) et de 42 pour cent par rapport au volume normal obtenu en 2000. Ce recul est en grande partie imputable à l'insuffisance et à la mauvaise répartition des précipitations dans la moitié sud du pays. La baisse de l'utilisation des engrais a également contribué à faire baisser le rendement des cultures de maïs.

4.3 Autres cultures importantes

Principale culture de la Zambie, le maïs n'a cependant pas la même importance dans toutes les provinces. Il ressort des visites de terrain et du projet de recherche sur la sécurité alimentaire en Zambie que le maïs représente 80 pour cent ou plus de la production dans les provinces du Sud, du Centre et de l'Est. Dans la province de l'Ouest, le maïs perd un peu de son importance en faveur du manioc et du sorgho. D'une manière générale, plus les précipitations sont importantes et plus les cultures tendent à se diversifier: la province du nord produit beaucoup de manioc et de petites quantités de sorgho et de mil, alors que les secteurs septentrionaux de la province du Nord-Ouest se sont spécialisés dans la production de manioc. Le tableau 3 indique la production de l'ensemble des cultures céréalières dans chaque province.

Tableau 3. Zambie: Production céréalière de chaque province en 2002 (en tonnes)

Province
Maïs
Sorgho
Mil
Riz (paddy)
Sud
92 749
1 045
445
0
Ouest
16 461
546
2 163
1 701
Nord-Ouest
19 582
3 444
608
40
Lusaka
51 642
67
44
0
Centre
128 175
1 827
4 239
96
Nord
31 590
2 372
26 597
4 502
Est
193 954
1 236
1 277
2 452
Luapula
15 308
453
5 669
721
Copperbelt
56 711
4 606
150
33
Total
606 172
15 596
41 192
9 545

4.4 Bétail et pâturages

C'est la province de l'Est qui, toutes espèces confondues, possède le plus grand nombre de têtes de bétail. Elle est suivie par la province du Sud qui détient les plus gros effectifs de bovins et de b_ufs utilisés pour les travaux agricoles. Au cours des dernières années, la fièvre de la Côte orientale (dite également maladie du «corridor») a toutefois décimé une grande partie du cheptel, éliminant notamment, en l'espace de 5 ans, 60 pour cent environ des animaux dans la province du Sud. De nombreuses bêtes sont également en train de mourir dans la plupart des secteurs des provinces de l'Est et de l'Ouest. Les services vétérinaires sont insuffisants ou inadéquats.

Les bovins sont surtout utilisés pour les travaux agricoles; les chèvres, les porcs et la volaille constituent une source importante de revenus et se révèlent particulièrement précieux lorsque les vivres viennent à manquer. Dans certaines zones de la province du Sud, la mauvaise récolte de l'an dernier a contraint les agriculteurs à vendre ou à échanger la quasi-totalité du petit bétail.

En raison de l'insuffisance des pluies, les animaux manquent cette année d'eau potable sur le plateau et les reliefs. La mauvaise qualité des pâturages qui en résulte contraint certains éleveurs à parcourir de longues distances avec leurs troupeaux à la recherche de points d'eau et de pâtures.

5. SITUATION AGRICOLE PAR RÉGION

Province du Sud

Le maïs, principale denrée de base de la province, a représenté plus de 80 pour cent des semis effectués cette année. Les autres cultures sont la patate douce, les doliques, les arachides, le coton, le tabac, le paprika et le tournesol.

Les agriculteurs utilisent aussi bien la houe que la traction animale pour cultiver leurs champs. Ils doivent généralement emprunter les animaux de trait, car les effectifs de b_ufs de labour ont diminué sensiblement au cours des cinq dernières années, suite aux ravages de la maladie du «corridor». Les semis se sont par conséquent déroulées assez tardivement.
La sécheresse est la principale responsable des mauvais résultats de la production agricole de 2002. Certains districts n'ont reçu que 30 à 60 pour cent du volume normal de précipitations. Les précipitations annuelles totales ont été faibles et mal réparties, ce qui a entraîné une réduction considérable des rendements.

La mission estime la production de maïs de 2002 à 92 749 tonnes, ce qui ne représente que 44 pour cent du volume déjà réduit de l'an dernier.

Province de l'Ouest

Dans la plupart des districts de ces provinces, on trouve à la fois des terres humides (30 pour cent) et des montagnes. Les principales cultures sont le maïs, le sorgho, le mil, le manioc, les arachides, le riz, les doliques et la patate douce. Le maïs ne représente que 30 à 50 pour cent de la production totale. Les travaux agricoles se font généralement à la main, mais certains agriculteurs utilisent des b_ufs de labour. Les semences de maïs n'ont été disponibles qu'à la fin du mois de novembre, bien après l'arrivée des pluies en octobre. Malgré les réserves disponibles, l'utilisation des engrais a été très limitée, car de nombreux agriculteurs n'ont pas eu les moyens de s'en procurer.

La plupart des districts de cette province ont été touchés en janvier par une vague de sécheresse de trois semaines qui a nui aux cultures, notamment le maïs, touché au moment de la floraison mâle. La culture du riz a également souffert des inondations provoquées par les crues du Zambèze.

La production de maïs, en recul de 50 pour cent par rapport au niveau normal de 2000, est estimée à 16 461 tonnes.

Province de Lusaka

Les précipitations inférieures à la normale et mal réparties ont occasionné une baisse de production de 70 pour cent par rapport au résultat conforme à la norme de 1999/2000. L'approvisionnement tardif en engrais a également contribué à la baisse des rendements.

Les vallées, notamment celles de Shikabeta et de Rufunsa, ont été les zones les plus touchées. La destruction des cultures par des éléphants a aggravé une situation alimentaire déjà fortement préoccupante. Menacés par la famine, les agriculteurs ont dû moissonner dès le mois de mars. Leurs réserves de vivres sont aujourd'hui presque épuisées.

Province du Nord

Le volume et la répartition des précipitations, proches de la normale, ont été relativement satisfaisants. Les pluies torrentielles du mois de février ont cependant provoqué des inondations qui ont endommagé les cultures dans certains districts. Les pertes occasionnées par ces dommages ont touché au total 8 020 familles.

La fourniture de semences et d'engrais a pu avoir lieu dans les délais prévus, mais leur coût élevé a exercé malgré tout un effet dissuasif.

La production de maïs devrait chuter de 27 pour cent par rapport à la précédente campagne et de 62 pour cent par rapport au volume normal de 1999/2000.

Province du Nord-Ouest

Le riz se cultive généralement sur les terres inondables et dans les plaines irriguées situées sur la rive orientale du Zambèze. Les agriculteurs travaillent généralement à la main mais utilisent parfois des animaux de trait. Les semences les plus utilisées sont des variétés locales. Dans certains districts, le PAM a fourni des boutures de manioc, du sorgho, du maïs et de la patate douce. Il a également veillé à ce que les agriculteurs, tant dans les plaines que sur les hautes terres, soient approvisionnés en engrais au moment des semailles. La bouse de vache est couramment utilisée pour améliorer la fertilité et la structure des sols.

Le manioc est la culture de base pour la plus grande partie de la population, sauf à Kasempa où il est dépassé par le sorgho. Le maïs, les arachides et la patate douce sont des cultures de rapport mais se consomment également avec du manioc.

La contribution de la province à la production de maïs de la Zambie est très faible (2,4 pour cent selon les estimations). Le sorgho, le mil et les haricots, cultivés en revanche presque partout, ne sont produits qu'en petites quantités généralement destinées à la consommation des familles. La production de patate douce s'est fortement accrue ces dernières années pour répondre aux besoins alimentaires de la population ainsi qu'à la forte demande émanant de la province du Copperbelt.

Les pluies sont généralement tombées en quantité suffisante jusqu'au mois de décembre puis se sont brusquement affaiblies entre janvier et mars. La production de maïs de 2002 est estimée à 19 582 tonnes, chiffre inférieur de 16 pour cent au niveau normal de 2000.

Province du centre

La hauteur totale des précipitations a oscillé cette année entre 400 et 500 mm, ce qui correspond à peu près à la moitié de la moyenne à long terme qui se situe entre 700 et 1 200 mm. La distribution des pluies a été extrêmement irrégulière, entrecoupée de longues périodes de sécheresse qui ont considérablement réduit les rendements des cultures de maïs.

La plupart des agriculteurs ont utilisé des semences hybrides. Le PAM et la FRA ont distribué des intrants agricoles en octroyant des crédits, mais l'approvisionnement des agriculteurs s'est fait malgré tout tardivement. La mission prévoit un recul de 25 à 30 pour cent de la production par rapport à la normale. La sécheresse ne doit pas être considérée comme la seule responsable de cette situation, à laquelle ont également contribué d'autres facteurs comme le retard dans la fourniture des intrants et les dégâts localisés provoqués par les ravageurs et les maladies.

De nombreux agriculteurs n'ont rien pu récolter. Les cours du maïs sur les marchés locaux sont nettement supérieurs à ceux de l'an dernier à la même époque.

Province de l'Est

Cette province a souffert d'une longue période de sécheresse en février, surtout dans les plaines qui s'étendent à proximité du Luangwa. Le niveau cumulée des précipitations a été nettement inférieure à la normale. La plupart des districts n'ont totalisé que 6 à 10 jours de pluie entre février et mars.

La fourniture des engrais chimiques généralement utilisés par les agriculteurs pour leurs cultures de maïs a été fournie tardivement cette année.

La production de maïs, en baisse de 33 pour cent par rapport au niveau normal de 2000, est estimée à 193 954 tonnes. L'essentiel de la production a été assuré par quatre districts (Chipata, Katete, Petauke et Lundazi), les autres, comme le district de Nyimba, où la production n'a atteint que 13 pour cent du volume normal, ayant été sérieusement touchés par la sécheresse.

La baisse de l'offre a provoqué une forte hausse du prix du maïs au cours des derniers mois.

Les autres cultures vivrières sont la patate douce, le riz, le manioc, le sorgho et le mil. La production du manioc reste modeste, mais on augmente les superficies de culture. La plupart des ménages cultivent la patate douce et en consomment la plus grande partie pendant les premiers mois de la campagne de commercialisation du maïs.

6. SITUATION DES APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES

6.1 Situation actuelle du marché

En Zambie, le prix du maïs amorce généralement une hausse vers la fin de l'année (en octobre/novembre), continue à augmenter régulièrement jusqu'à atteindre, au mois de février, son point culminant, puis, deux ou trois semaines avant la récolte (qui commence dès le mois d'avril) enregistre une baisse continue jusqu'au mois de septembre. Cette année, la hausse des prix a cependant commencé dès le mois de juillet, ce qui est le signe d'une importante réduction des réserves de maïs.

En décembre 2001, les cours du maïs étaient si élevés que, pour la première fois depuis de nombreuses années, le prix réel de cette denrée dépassait l'indice des prix à la consommation. Ainsi, à Kasempa, région déficitaire en maïs, le prix réel du maïs est passé (pour 15 kg) de 1 500 kwacha en novembre 2001 à 4 500 kwacha en février 2002, ce qui représente une hausse de 300 pour cent. A Kalomo, région à production excédentaire, le cours est passé de 1 500 à 2 500 kwacha pendant la même période. À Lusaka, capitale de la Zambie et important foyer de consommation, le prix a doublé, passant de 1 500 à 3 000 kwacha en novembre et février (figure 2).

Les prix ont commencé à baisser dès mars/avril 2002, ce qui coïncide avec l'arrivée sur les marchés du maïs fraîchement récolté, tout en restant cependant nettement supérieurs à ceux de l'an dernier ainsi qu'à la moyenne des cinq dernières années. Cette hausse des prix occasionne de graves difficultés d'approvisionnement pour une grande partie de la population. Le prix des autres cultures comme le mil, le sorgho, le manioc, reste, en revanche, relativement peu élevé. La demande pour ces produits étant peu importante, le recul de la production de cette année n'a eu qu'une faible incidence sur les prix.

Figure 2. Prix de détail du maïs

Les prix varient fortement selon les secteurs, en raison des grandes distances qui séparent les lieux de production des marchés et du mauvais état des routes dans plusieurs régions. Passé une certaine distance, l'opération n'est même plus rentable pour les commerçants.

6.2 Bilan de l'offre et de la demande de céréales pour 2002/2003 (mai-avril)

Le bilan céréalier, pour 2002/03, qui figure dans le tableau 4, a été élaboré sur la base des paramètres et des hypothèses suivants:

· Une population de 10,869 millions d'habitants au milieu de 2002. Cette estimation est fondée sur les résultats du recensement effectué en 2000 par le Service central de statistique (CSO) et tient compte d'un taux de croissance démographique annuel évalué à 2,8 pour cent.
· Une production céréalière (usinée) estimée à 744 000 tonnes pour 2002.
· Les stocks d'ouverture détenus par les minotiers et les commerçants sont estimés à 20 000 tonnes de maïs, 1 000 tonnes de riz et 2 000 tonnes de blé. On suppose également que les agriculteurs et les petits commerçants ne disposent d'aucun stock de céréales en raison de l'importante pénurie de maïs survenue au cours des derniers mois.
· Les prévisions concernant la consommation alimentaire se fondent sur une estimation démographique (10, 869 millions d'habitants au milieu de 2002) et sur les chiffres de consommation enregistrés dans les années normales, soit 93 kg de maïs, 10,2 kg de blé et 1,6 kg de riz par an et par habitant. Suite à la baisse de production et à la diminution des échanges enregistrés cette année, la consommation annuelle de sorgho et de mil est estimée à 5,1 kg par habitant, soit un recul par rapport à la consommation courante (8 kg). La hausse de la production et de la consommation de manioc et d'autres tubercules constatée au cours des dernières années devrait compenser la pénurie de céréales qui touche plusieurs régions. Figurent également dans le bilan le volume de céréales utilisées comme semences (10 000 tonnes) ainsi que les pertes après récolte (10 pour cent pour le maïs, 5 pour cent pour les autres cultures). Le volume de maïs utilisé pour la fabrication de la bière est estimé à 65 000 tonnes. Le volume de céréales réservé à l'alimentation animale est très faible sur les petites exploitations. On prévoit la constitution d'une réserve de 35 000 tonnes de maïs pour les ressources fourragères.
· Les exportations de maïs à destination de la République démocratique du Congo ne sont pas comptabilisées. On estime cependant que leur volume devrait être plus faible que ces dernières années, en raison de l'importante baisse de production qui devrait marquer la campagne de commercialisation 2002/2003.
· Les stocks de fermeture sont estimés à 10 000 tonnes de maïs, soit le volume minimum requis pour assurer les activités des minoteries et le maintien des réserves stratégiques à leur niveau actuel (peu élevé).

Tableau 4. Zambie: bilan céréalier, mai 2002-avril 2003 (en milliers de tonnes)

 
Maïs
Riz
Sorgho/Mil
Blé
Total
Quantités disponibles dans le pays
626
7
57
77
767
Stocks d'ouverture
20
1
-
2
23
Production
606
6
57
75
744
Utilisation totale
1 201
18
57
117
1 393
Consommation alimentaire
1 011
17
56
111
1 195
Autres utilisations
170
-
1
4
175
Exportations
10
 
-
-
10
Stocks de clôture
10
1
-
2
13
Besoins d'importation
575
11
 
40
626
Importations commerciales prévues
300
11
-
40
351
Aide alimentaire dont:
275
-
-
-
275
Aide alimentaire
d'urgence
174
     
174

 

Le volume total des importations qui devront être effectuées en 2002/03 est estimé à 626 000 tonnes. Les importations commerciales suffiront sans doute amplement à fournir les 48 000 tonnes de blé et les 11 000 tonnes de riz destinées principalement à l'approvisionnement des populations urbaines.

Le déficit de maïs s'élève à 575 000 tonnes. Les importations commerciales devraient porter sur un volume de 300 000 tonnes. Une quantité d'environ 48 000 tonnes (correspondant au solde des importations de l'an dernier) doit encore parvenir dans le pays. Les minotiers et les commerçants devraient, en outre, importer 252 000 tonnes supplémentaires, car leurs importations de l'an dernier ont été relativement peu importantes. Les chiffres définitifs dépendront toutefois de la décision du gouvernement de poursuivre ou non sa politique de l'an dernier en matière de subventionnement des importations. L'aide alimentaire qui devra être assurée par les pouvoirs publics et les intervenants extérieurs s'élève à 275 000 tonnes, dont 174 000 tonnes d'aide alimentaire d'urgence pour les populations les plus touchées. Le gouvernement a déjà débloqué un montant d'environ 12 millions de dollars pour les importations de maïs, ce qui permettrait d'acheminer quelque 50 000 tonnes.

7. BESOINS D'AIDE ALIMENTAIRE D'URGENCE POUR 2002/2003

7.1 Évaluation de la vulnérabilité

La province du Sud ainsi que certaines régions des provinces du centre, de l'Est et de l'Ouest ont enregistré un recul sensible de leur production de maïs au cours de cette campagne. Cette situation peut être imputée à plusieurs facteurs: l'irrégularité des précipitations, accompagnée d'une distribution temporelle et spatiale instable, les incessantes pertes de bétail et d'animaux de trait dues à la maladie du «corridor», les retards dans la fourniture des engrais et des semences de qualité, le recyclage des semences hybrides, et enfin la forte dépendance de la population - tant en termes de revenus que de consommation - à l'égard de la monoculture.

Les rendements ont également fortement chuté dans plusieurs des régions les plus touchées. Les effets conjugués de l'ensemble de ces facteurs accroissent considérablement la vulnérabilité d'un grand nombre d'exploitants agricoles.

Accès aux marchés

La Zambie présente une des densités démographiques les plus faibles de la région, ce qui a pour effet de rendre les distances entre les zones de production et les marchés relativement plus importantes que dans les pays voisins. Si l'on ajoute à cette particularité la détérioration des routes qui caractérise certaines régions, on comprend qu'il soit plus avantageux pour les commerçants de limiter leurs activités aux districts dotés d'une bonne infrastructure.

Dans les provinces de l'Est et de Lusaka, la plupart des districts sont reliés par un bon réseau routier qui permet aux agriculteurs de se rendre facilement sur les lieux de vente et facilite également l'accès des villages aux commerçants. Les agriculteurs vendent généralement du maïs, ainsi que du coton, du tournesol, des arachides et du tabac. La production de ces cultures vivrières a bénéficié de l'appui d'organisations comme l'Association des cultivateurs de coton (Cotton Growers Association) qui a aidé les exploitants à cultiver et à commercialiser leur production; les producteurs de maïs ont quant à eux reçu une aide du Programme contre la malnutrition (Programme Against Malnutrition, [PAM]) et de l'Agence des réserves alimentaires (Food Reserve Agency [FRA]). La plupart des exploitants de la province du Nord vendent une partie de leur récolte - généralement entre 40 et 50 pour cent - afin de s'assurer un revenu en espèces, mais leurs gains peuvent être fortement réduits en cas de mauvaise récolte. Il arrive cependant qu'ils vendent davantage lorsque les cours sont intéressants, ce qui diminue d'autant les réserves destinées à leurs propres besoins de consommation. En raison de leur insertion dans des réseaux commerciaux plus structurés, les agriculteurs de ces provinces (y compris la province du Centre) sont plus vulnérables aux fluctuations des cours, tant pour les achats que pour les ventes de produits alimentaires et de bétail.

La plupart des agriculteurs des provinces du Nord-Ouest, de l'Ouest et du Sud vendent, outre le coton, du maïs (entre 20 et 30 pour cent de la production dans la province de l'Ouest), du sorgho, du mil, des arachides et des doliques, le plus souvent sur les marchés locaux ou à d'autres villageois. Le paiement se fait en espèces ou en nature. De nombreux villageois déplorent d'avoir à parcourir de longues distances pour échanger du poisson ou d'autres denrées contre de la farine de maïs. La plupart des régions sont dépourvues de véritable structure commerciale, et il arrive que des commerçants des zones urbaines viennent dans les villages et profitent de la précarité de la situation des villageois pour leur acheter du bétail à un prix dérisoire. Peut-être faut-il attribuer à la pratique du troc le fait que le prix de la farine de maïs n'a pratiquement jamais été signalé comme étant très élevé.
Santé et nutrition

La figure 3 indique l'évolution de la malnutrition (< -2,00 waz) chez les enfants de moins de cinq dans chaque province. On constate que la prévalence recule dans les provinces de Luapala, du Nord, de la Copperbelt et du Nord-Ouest, augmente en revanche sensiblement dans les provinces du Sud et de l'Ouest, et fluctue dans les provinces du centre, de l'Est et de Lusaka. Les provinces du Sud et de l'Ouest ayant été particulièrement touchées par la mauvaise production de la dernière campagne, il importe de surveiller étroitement l'évolution de la situation nutritionnelle des mères et des enfants. La mission a constaté que, dans la plupart des villages, ce sont souvent les femmes qui, en cas de pénurie alimentaire, sont les dernières servies et par conséquent les plus touchées.

Figure 3 - Situation de la malnutrition chez les enfants dans chaque province

Dans la plupart des régions de la Zambie, les maladies le plus fréquemment signalées sont la malaria, la diarrhée, la toux, ainsi que les affections oculaires et dermatologiques. Ces problèmes de santé sont souvent aggravés par des carences alimentaires. Une importante partie de la population se nourrit en effet de fruits sauvages et de légumes; un tel régime, peu consistant et comportant des produits rarement consommés pourrait bien être à l'origine des problèmes digestifs. Dans la plupart des zones rurales, et notamment dans les localités isolées et difficiles d'accès du sud et de l'ouest du pays, l'approvisionnement régulier en eau potable pose en outre un véritable problème.

On sait que la Zambie est particulièrement touchée par la pandémie de VIH/SIDA, même dans les communautés rurales. Les taux de prévalence sont parmi les plus élevés de la région (20 pour cent) et l'on enregistre de ce fait un nombre considérable de veuves et d'orphelins, considérés dans presque tous les villages visités par la mission comme la population la plus vulnérable. Le SIDA a également fait un nombre important d'orphelins dans des localités de la province de Lusaka. L'accroissement du nombre de membres des ménages compromet d'autant leur sécurité alimentaire. Un district enregistre un pourcentage élevé d'adultes infectés par des MST, ce qui constitue un bon indicateur indirect de la prévalence du SIDA.
Stratégies d'adaptation

Pour s'assurer un revenu et avoir de quoi manger, certaines familles de la province du centre ont utilisé des stratégies inédites - braconnage, pêche, vente de charbon de bois ou de biens, travaux agricoles. On note également une augmentation de l'exode rural dans les provinces du centre et de l'Est. Les habitants des localités proches des frontières font du commerce avec les pays voisins ou exécutent des travaux à la pièce. Pendant les périodes de pénurie, les ressources alimentaires et financières des habitants de la province de Lusaka, essentiellement rurale, proviennent des ventes de bétail, du petit commerce ou de la pêche dans la vallée du fleuve.

Dans quelques secteurs de la province du Nord, certains agriculteurs ont utilisé divers expédients - récolte précoce du maïs, vente de biens, activités rémunérées, consommation de cossettes de manioc - d'autres ont émigré dans les villes pour y chercher du travail. Dans la province du Nord-Ouest la consommation des produits de la cueillette, le brassage de la bière, les travaux de menuiserie, la vente de bétail permettent de survivre en attendant la prochaine récolte. Les mauvaises récoltes de cette année ont entraîné une intensification des flux migratoires, généralement peu importants, des personnes à la recherche d'un emploi.

Dans la province du Sud, les villageois ont mentionné quelques moyens de subsistance fréquemment utilisés: travail à la pièce, travaux d'artisanat, vente de bétail, vente de produits agricoles et de légumes. De nombreuses familles ont également signalé qu'elles ramassent, vendent et consomment des nourritures sauvages pour subsister pendant les périodes de grave pénurie alimentaire. Les personnes interrogées ont noté avoir eu recours à ces divers expédients plus tôt et de manière plus intensive qu'au cours des dernières années. Certaines localités, dont la production a toujours été suffisante ces dernières années, ont même utilisé ces stratégies d'adaptation pour la première fois.

Pendant les années normales, les agriculteurs de la province de l'Ouest réussissent généralement à subvenir à leurs propres besoins, pour autant qu'ils disposent de semences de qualité pour les semis. En période de soudure, la population réduit généralement sa consommation alimentaire (tant en quantité qu'en fréquence); cette année, de nombreuses personnes ont signalé que la mauvaise récolte les contraindrait à réduire leur consommation plus tôt. Les expédients couramment utilisés en période de soudure sont la pêche (toute l'année) la vente du bétail, le brassage de la bière (en novembre et décembre), la migration pour trouver du travail, la coupe de l'herbe et la cueillette des fruits sauvages.

La dépendance de la population à l'égard des stratégies courantes de subsistance que nous venons d'évoquer est renforcée par la crise actuelle qui a pour effet d'accroître une vulnérabilité déjà chronique. La liste des expédients auxquels recourent les individus et les familles ne cesse de s'allonger. Compte tenu de la dégradation de la situation, on peut hélas douter que ces activités soient véritablement avantageuses ou respectueuses de l'environnement.

Parmi les problèmes liés à la vulnérabilité chronique, nous retiendrons:

· Les pertes de bétail. La maladie du «corridor» a décimé 80 pour cent du cheptel bovin. Cette disparition progressive des animaux de trait a une incidence directe sur la dimension des superficies mises en culture et oblige les agriculteurs à différer les semailles de nombreuses cultures. Dans les provinces de l'Ouest et du Nord-Ouest se profile la menace d'une épidémie de péripneumonie bovine qui pourrait provoquer une réduction sensible du cheptel bovin et/ou freiner les ventes de bétail ou les déplacements des troupeaux.
· Les baisses répétées de production. Dans les provinces du Centre, de l'Est, du Sud et de l'Ouest, les exploitants ont fait deux mauvaises récoltes consécutives. Le retour possible du phénomène El Niño en 2002/2003 pourrait constituer une menace supplémentaire pour la sécurité alimentaire.
· Les dangers occasionnés par la présence d'animaux sauvages. Certaines populations vivant dans les vallées de la province de Lusaka et de la province de l'Ouest ou à proximité des réserves de chasse ont vu leurs cultures dévastées par des éléphants affamés. On cite plusieurs cas d'animaux sauvages ayant attaqué des villageois, et notamment le cas de trois enfants tués par des crocodiles dans la province de l'Ouest. Il faut noter que ces animaux sont par ailleurs l'objet d'un braconnage illégal de plus en plus intensif.
· L'isolement. Certaines régions des provinces du Sud, de l'Ouest et du Nord-Ouest sont en effet d'accès extrêmement difficile, ce qui complique l'approvisionnement en intrants ainsi que l'accès aux marchés et aux services de santé. La détérioration des routes et les problèmes que pose le passage du Zambèze (qu'il faut traverser sur des pontons ou en ferry) contribuent à l'isolement de certaines zones.

La crise alimentaire qui frappe actuellement le pays crée encore d'autres difficultés, notamment:

· Une recrudescence des vols. La pénurie alimentaire qui touche la plupart des secteurs de la province de Lusaka et de la province du Sud donne lieu à une augmentation du nombre de vols. Certaines personnes ont dû purger une peine de prison pour avoir pillé des cultures.
· L'absentéisme à l'école. Dans certains régions de la province de Lusaka et de la province du Sud, la crise alimentaire a empêché les enfants d'aller à l'école. La malnutrition dont souffrent la plupart des enfants de moins de cinq ans risque de compromettre la croissance tant physique que mentale.
· La consommation d'aliments peu usuels. Dans les régions les plus touchées par la crise alimentaire, de nombreuses familles ont ramassé des nourritures sauvages qui ont provoqué des intoxications et parfois des décès parmi les enfants.
· Le manque d'eau. La baisse du niveau du Zambèze va sans doute se ressentir dans les zones de reproduction des poissons et entraîner une réduction de leur population.

7.2 Groupes ayant besoin d'une aide alimentaire

Le tableau 5 et la carte figurant ci-dessous indiquent les besoins d'aide alimentaire d'urgence des populations les plus touchées. Si ce sont les situations les plus préoccupantes et les besoins les plus urgents qui sont signalés, il ne faut pas oublier que la crise actuelle n'épargne pratiquement personne. La province du Sud, particulièrement touchée par l'irrégularité des précipitations et par les pertes de cultures qui en ont résulté, devrait être la première bénéficiaire de l'aide alimentaire.

Tableau 5. Zambie: populations ayant besoin d'une aide alimentaire

Province
Pourcentage de la population
Nombre de personnes
Quantités de céréales nécessaires
(en tonnes)
Centre
31
337 154
22 317
Copperbelt
0
0
0
Est
37
514 787
35 897
Luapula
0
0
0
Lusaka
14
212 913
15 525
Nord
4
62 140
4 047
Nord-Ouest
9
67 690
3 290
Sud
60
828 721
76 227
Ouest
38
305 452
17 080
TOTAL
21
2 328 857
174 383

 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'informations le cas échéant.

Bureau du Chef
SMIAR, FAO
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Mél:
giews1@fao.org

Mme J. Lewis
Directeur régional, ODK, PAM

Télécopie: 00256-41-255-115
Mél:
Judith.Lewis@wfp.org

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