SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D’ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES
APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES AU TADJIKISTAN

1er août 2002

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Faits saillants

  • La production céréalière du Tadjikistan devrait atteindre 444 000 tonnes en 2002, soit 30 pour cent de plus que l’année dernière. À ce niveau, elle devrait couvrir environ 40 pour cent des besoins globaux de consommation.
  • Les précipitations généralement favorables ont été la principale cause de l’amélioration de la production cette année, bien que des pluies trop abondantes aient eu des effets néfastes dans certaines régions.
  • Les besoins globaux d’importations céréalières pour la campagne de commercialisation 2002/2003 (juillet/juin) sont estimés à 656 000 tonnes. Les importations par voie commerciale sont évaluées à 450 000 tonnes, tandis que les programmes actuels et annoncés d’aide alimentaire s’élèvent à 93 414 tonnes. Il reste donc un déficit non couvert de 112 000 tonnes, qui doit être comblé par 71 657 tonnes au titre des opérations d’urgence et par 40 343 tonnes au titre de l’aide alimentaire programmée.
  • La persistance des problèmes posés par les structures et les infrastructures du pays entrave gravement la production vivrière.
  • Une assistance en faveur du développement à long terme s’impose d’urgence afin d’inverser la tendance des moyens de production agricole du pays qui ne cesse d’empirer (irrigation, mécanisation, semences et engrais, entre autres).
  • L’accroissement des populations de criquets pèlerins qui a eu lieu cette année dans le pays risque d’entraîner beaucoup de pertes de récoltes l’année prochaine si l’on ne prend pas des mesures préventives.

1. APERÇU GÉNÉRAL

Une mission mixte FAO/PAM d’évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires s’est rendue au Tadjikistan du 17 juin au 1er juillet 2002, sur la demande présentée par le gouvernement en vue de faire apprécier la situation vivrière du pays. Cette mission devait estimer la production céréalière pendant la campagne agricole 2001/02 et les besoins éventuels pour la campagne de commercialisation 2002/2003 (juillet/juin), à la suite des deux années de grande sécheresse, conjuguées au délabrement des infrastructures agricoles et à la persistance de la situation tendue des approvisionnements alimentaires dans le pays. En outre, les récoltes de cette année ont été menacées par les criquets pèlerins, ce qui aurait dû avoir de graves conséquences pour cette situation déjà défavorable. Fort heureusement, la mission a constaté que les infestations de criquets pèlerins n’étaient pas très répandues et n’avaient pas eu une incidence sensible sur les productions végétales en 2001/2002.

La mission a effectué de longues visites sur le terrain dans trois des quatre régions du pays. Elle s’est entretenue avec beaucoup de particuliers, de groupes d’exploitants privés, de ménages ainsi qu’avec des personnes travaillant dans les fermes d’État. Elle a également eu des débats approfondis avec des fonctionnaires responsables de l’agriculture aux niveaux des districts et au niveau central, avec des membres d’ONG internationales et avec des représentants d’institutions des Nations Unies. Une vaste enquête pré-évaluation, conduite par le Bureau du PAM dans le pays, a fourni de précieux renseignements sur le secteur agricole en général et sur l’état des récoltes en particulier dans les principales régions agricoles du pays. Les estimations et les prévisions concernant les rendements des cultures, les superficies cultivées et les productions sont fondées sur cette enquête pré-évaluation, sur les visites sur le terrain et sur les débats avec les parties susmentionnées. En outre, des images de l’indice de végétation d’une résolution d’un kilomètre fournies par un satellite ont été utilisées pour comparer la vigueur et l’étendue de la végétation avec celles de l’année précédente.

La mission a estimé que la production céréalière atteindrait 444 000 tonnes en 2002, soit 30 pour cent de plus que la récolte1 de l’année précédente et environ 40 pour cent de la consommation intérieure de céréales, telle qu’elle a été évaluée. Le Tadjikistan pourra acquérir par voie commerciale quelque 450 000 tonnes de blé cette année, tandis que les programmes actuels d’aide alimentaire, les stocks et les engagements pour 2002/2003 s’élèvent à 93 414 tonnes de blé. Il reste donc un déficit non couvert de 112 000 tonnes, qui doit être comblé par 71 657 tonnes au titre des opérations d’urgence et par 40 343 tonnes au titre de l’aide alimentaire programmée. Une aide alimentaire attentivement ciblée sera une fois de plus nécessaire pour combler ce déficit estimatif.

L’insuffisance de ressources productives imputables à deux années de sécheresse a entraîné une réduction de 11 pour cent des emblavures en 2001/2002 par rapport à l’année précédente. Les difficultés liées aux droits fonciers, à l’endettement, à la dégradation du matériel agricole et des infrastructures d’irrigation, à l’accès inexistant aux intrants fournis à titre onéreux, aux marchés étrangers et au crédit continuent à entraver la production végétale. En outre, les meilleures terres irriguées et les meilleurs intrants continuent à être consacrés à la production de coton aux dépens du blé, malgré la baisse des cours internationaux des fibres de coton. Le coton est perçu comme une culture rentable et il procure des recettes d’exportation en devises. Ce sont là les deux principaux motifs de la préférence qu’on lui accorde au détriment d’autres cultures.

2. L’ÉCONOMIE

2.1 Résultats globaux

Le Tadjikistan est l’un des pays les plus pauvres de la CEI et se classe au cent troisième rang sur 162 pays en ce qui concerne l’indice de développement humain (IDH). Le PIB par habitant est évalué à 167 dollars  E.-U.  par an (2001). Selon les prévisions, le PIB devrait augmenter en termes réels de 7 pour cent cette année et de 8 pour cent en 2003. L’agriculture contribue au PIB à raison de 17 pour cent et absorbe d’autre part 65 pour cent des effectifs globaux de la main-d’œuvre, tandis que les secteurs de l’industrie et du bâtiment dans le PIB entrent pour environ 23 pour cent dans le PIB et pour 7,5 pour cent dans l’emploi. Malgré une forte progression des taux de croissance réels, le PIB était en 2001 d’environ 30 pour cent inférieur à celui de 1991 en valeur réelle, et les niveaux de production ne représentaient que 60 pour cent de ceux de la période antérieure à l’indépendance.

Selon l’Agence nationale de statistique, 83 pour cent des habitants n’ont pas les moyens d’acheter le « panier minimum de la ménagère » (20 somonis par personne et par mois). Cette Agence a également estimé que 33 pour cent de la population vit dans une extrême pauvreté (10 somonis par personne et par mois). La pauvreté est un phénomène qui touche essentiellement les campagnes et la population urbaine a 20 pour cent de moins de probabilités d’être pauvre que la population rurale. Selon les estimations officielles, le taux de chômage est de 30 pour cent, mais selon d’autres sources, il serait beaucoup plus élevé. L’absence de modes de subsistance différents continue à aggraver la sécurité alimentaire des ménages et entraîne un sous-emploi dans le secteur agricole, tandis que de nombreux jeunes gens migrent dans d’autres pays de la CEI pour s’y employer comme travailleurs saisonniers.

Au milieu de 2001, la dette extérieure s’élevait à plus de 1,2 milliard de dollars E.-U., soit 130 pour cent du PIB. Elle est constituée en presque totalité d’emprunts publics ou d’emprunts garantis par l’État. Plus de 90 pour cent des prêts sont libellés en dollars E.-U. et du fait de l’accroissement des créances, le service de la dette impose une lourde charge au pays. La balance commerciale et la balance des opérations courantes du Tadjikistan accuseront probablement un déficit dans les prochaines années - ce qui contraindrait le pays à réaménager sa dette. Il en résulterait un alourdissement du fardeau représenté par le service de la dette - ce qui aurait des conséquences directes pour la sécurité alimentaire nationale.

L’aluminium et le coton comptent pour plus de 70 pour cent des recettes en devises. Toute variation des cours internationaux des fibres du coton et de l’aluminium a une incidence directe sur les capacités nationales d’importations, notamment de produits alimentaires et d’intrants destinés aux cultures vivrières. Selon les prévisions de l’Economist Intelligence Unit (EIU), les cours internationaux du coton devraient baisser d’environ 7,6 pour cent en 2002 et augmenter de plus de 20 pour cent en 2003, tandis que les cours de l’aluminium devraient progresser de 6,5 pour cent en 2002 et de 7,4 pour cent en 2003. En revanche, les cours internationaux du blé devraient s’élever de plus de 14 pour cent en 2002 et de 24,5 pour cent en 2003 - ce qui devrait accroître sensiblement le coût des importations de produits alimentaires. Cependant, la hausse prévisible des cours de l’aluminium ferait plus que compenser toute augmentation des cours du blé.

Tableau 1. Tadjikistan : Importations, exportations et balance commerciale, année civile 20021

  1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 20021/
Exportations                
Fibres de coton                
- Quantité (en milliers de tonnes) 121 104 108 88 92 79 75 84
- Valeur (en millions de dollars E.-U.) 212 157 167 112 82 84 71 72
Part dans la valeur totale des exportations (%) 27,2 20,4 22,4 19,1 12,3 10,6 10,9 10,3
Aluminium                
- Quantité (en milliers de tonnes) 231 191 183 187 224 274 287 285
- Valeur (en millions de dollars E.- U.) 390 263 252 234 308 436 398 416
Part dans la valeur totale des exportations (%) 50,1 34,2 33,8 39,9 46,2 55,1 61,2 59,4
Autres exportations (en millions de dollars E.-U.) 177 350 327 240 276 272 181 212
Total des exportations (en millions de dollars E.-U.) 779 770 746 586 666 792 650 700
Importations                
Importations totales (en millions de dollars E.-U.) 838 786 809 731 693 839 700 755
Blé et farine2/ (en milliers de tonnes) 496 372 249 464 449 476 574  
Importations sur une base commerciale (en milliers de tonnes) 496 219 139 337 388 395 338  
Aide alimentaire (en milliers de tonnes) n,d, 153 110 128 61 81 236  
Valeur (en millions de dollars E.-U.) 47 54 25 43 56 60 82  
Balance commerciale (en millions de dollars E.-U.) -59 -16 -63 -145 -27 -47 -50 -55
Source: Agence nationale de statistique et Commission douanière du Tadjikistan, 2002.
1/ D’après les prévisions de l’EIU relatives aux prix, baisse de 7,6 pour cent des cours du coton et hausse de 6,5 pour cent des cours de l’aluminium.
2/ Année civile. Les chiffres ayant été arrondis, il se peut que le total ne corresponde pas exactement à leur somme.

2.2. Le secteur agricole

L’agriculture reste l’un des secteurs les plus importants de l’économie, car elle contribue à 17 pour cent du PIB et à 65 pour cent de l’emploi. Elle est à l’origine de 10 à 20 pour cent des recettes d’exportation. Cependant, l’accès inexistant à des intrants agricoles en quantité suffisante, aux marchés et au crédit ainsi que le délabrement des infrastructures d’irrigation et du matériel agricole ont beaucoup entravé son essor. La production agricole représente moins de 50 pour cent des chiffres de 1991 - la productivité et l’emploi, respectivement 44 pour cent et 124 pour cent de moins.

La réforme agraire

La réforme agraire est au cœur du programme de restructuration économique depuis l’indépendance. Les anciennes fermes collectives ont été reconverties en terres affermées, en sociétés par actions, en exploitations privées (dehkan) et en parcelles cultivées par des ménages. Ces deux derniers types de régime foncier sont privés et selon des sources officielles, ils comptent pour près de 50 pour cent du total des terres agricoles.

On peut considérer que les exploitations dehkan représentent une étape positive vers la création d’un secteur agricole privé viable. On a donné à un certain nombre de ménages, souvent composés de membres de familles étendues qui travaillaient dans les anciennes fermes collectives un droit d’usage transmissible sur les terres dehkan. Les parts des sociétés par actions ne correspondent pas à une parcelle déterminée afin de favoriser la constitution d’exploitations d’une taille économiquement viable, des économies d’échelle en matière de production et de commercialisation, ainsi qu’une division efficace du travail. Cependant, dans les zones cotonnières, on «encourage» les agriculteurs dehkan à consacrer une grande partie de leur exploitation à la production de coton - ce qui, dans la conjoncture actuelle, ne sert peut-être pas au mieux leurs intérêts. Les exploitations privées dépendent encore des fermes d’État pour l’irrigation, pour l’acquisition d’intrants et pour l’énergie agricole. La vente des terres n’est pas autorisée et une production « médiocre » risque d’entraîner la perte du droit d’usage sur les terres. En outre, l’obtention des certificats de droits fonciers n’est pas financièrement à la portée de beaucoup de ménages, tandis que les taxes agricoles varient entre 30 et 40 pour cent de la valeur de la production. Les politiques concernant l’attribution de droits fonciers et les régimes fiscaux font actuellement l’objet d’un réexamen et il se pourrait que la situation change dans un proche avenir. En effet, on estime que ces deux facteurs ont beaucoup contribué à décourager l’investissement privé dans l’agriculture.

Les parcelles attribuées aux ménages et les potagers sont principalement consacrés à l’agriculture de subsistance et représentent une source importante d’approvisionnement des ménages en denrées alimentaires. Dans les zones rurales, la majorité des ménages dispose d’une petite parcelle (0,08-0,2 hectare), d’ordinaire rattachée à la maison d’habitation. Une certaine partie des produits provenant des parcelles attribuées aux ménages sert également à assurer l’approvisionnement des marchés locaux. Selon certaines estimations, ces parcelles contribuent à raison de 50 pour cent à la consommation des ménages, en nature et en espèces.

En vertu d’un décret présidentiel, environ 65 000 hectares de terres ont été distribués à des ménages ayant des difficultés financières. On a également loué à des ménages quelques terres avec un bail de longue durée, tandis que l’on a attribué aux agriculteurs employés dans les fermes d’État une petite parcelle à cultiver en échange de leur travail. Dans tous les cas, les difficultés liées à l’insécurité concernant l’obtention des droits fonciers et à l’accès au matériel agricole, aux intrants et aux marchés ont gravement nui aux efforts déployés pour accroître la production agricole.

Fourniture d’intrants

Le réseau du secteur privé qui assure la fourniture d’intrants n’est pas développé, tandis que les institutions publiques existantes ne sont pas à même de répondre à la demande croissante des exploitants privés. En outre, les importations d’intrants sur une base commerciale et leur écoulement sur le marché sont entravés par la dégradation des termes de l’échange pour les produits agricoles. Les intrants agricoles - engrais, produits agrochimiques, matériels et combustibles - reflètent dans l’ensemble les cours internationaux, tandis que les produits agricoles du Tadjikistan sont très pénalisés par le montant prohibitif des droits de douane et autres taxes imposées dans les pays voisins. L’utilisation d’engrais, de produits agrochimiques et de variétés de semences améliorées n’a cessé de diminuer depuis l’indépendance. Le matériel agricole et les équipements d’irrigation tels que les pompes et les tuyaux sont très délabrés et la plupart des machines ne servent plus à rien.

Quelques co-entreprises associant partenaires étrangers et partenaires nationaux se sont créées ces dernières années, principalement dans le secteur du coton. Ces co-entreprises fournissent tous les intrants nécessaires et financent la production de coton en échange de l’acquisition de la production cotonnière2. Ce système a encouragé la production de coton aux dépens des céréales, tout simplement parce qu’il permet aux agriculteurs de se faire payer à l’avance leur travail et leurs intrants. Il n’est pas rare de retrouver sur le marché certains de ces intrants, destinés à l’origine à la production de coton, ou de les voir être utilisés pour d’autres cultures.

Commercialisation et transformation

Le marché intérieur est dans un état chaotique, il est restreint et facilement saturé. Il ne peut absorber qu’un volume minime des produits agricoles du pays, en particulier de fruits et de légumes. L’accès aux marchés étrangers est limité et n’est pas rentable en raison essentiellement des obstacles tarifaires et non tarifaires prohibitifs dressés par les pays voisins. Les droits de transit sont particulièrement élevés en Ouzbékistan et au Kazakhstan. La commercialisation du coton est essentiellement dans les mains de l’État ou de co-entreprises de création récente. Dans tous les cas, la transparence des prix, des coûts d’exploitation et des marges est une question très importante, car les agriculteurs ne sont presque jamais au courant du prix des intrants et des productions. La culture sous contrat du coton en graine non seulement occupe des terres qui pourraient autrement être consacrées aux productions céréalières, mais elle arrête également le développement d’un secteur agricole privé viable en maintenant les agriculteurs à l’écart de la chaîne de commercialisation.

Le pays ne possède guère de capacités de transformation et de conditionnement des produits agricoles, notamment des fruits, des légumes et des produits laitiers. Auparavant, le Tadjikistan exportait des fruits frais en grande quantité dans les pays voisins et dans les pays membres de la CEI, mais les régimes tarifaires des pays proches du Tadjikistan ont rendu ces ventes quasiment impossibles.

3. LES FACTEURS QUI ONT INFLUÉ SUR LA PRODUCTION VIVRIÈRE EN 2001/2002

3.1  Le climat

Le Tadjikistan a connu deux années consécutives de sécheresse relative en 1999/2000 et en 2000/2001, avec des précipitations dont la moyenne a été calculée à partir des données de plusieurs stations pluviométriques (et qui se situe bien au-dessous de la moyenne saisonnière calculée sur une longue période, soit 447 mm). En revanche, pendant la campagne agricole 2001/2002, les précipitations étaient, avec 448 mm, presque identiques à la moyenne calculée sur une longue période. La moyenne mensuelle calculée sur une longue période et les précipitations mensuelles au cours des trois dernières campagnes agricoles sont indiquées sur la figure 1.

Du fait des précipitations généralement satisfaisantes en 2001/2002, les cultures pluviales ont été moins soumises au stress hydrique que lors des deux dernières années. Certes, on a planté une superficie plus réduite de blé pluvial cette année que l’année dernière, mais la récolte a eu lieu sur une superficie plus étendue. On a également disposé de plus d’eau pour le réseau d’irrigation du pays ; en outre, comme les pluies ont été plus abondantes, on a eu moins besoin d’irriguer les terres (étant donné l’état médiocre du réseau d’irrigation, de vastes superficies cultivées qui sont censées être irriguées sont régulièrement soumises à un stress hydrique pendant les années de sécheresse). Les pâturages ont également bénéficié de ces précipitations plus abondantes, mais les problèmes posés par l’accès à ces pâturages et au fourrage perdurent dans le secteur privé.

La distribution mensuelle des précipitations a été très favorable pour les cultures jusqu’en mars 2002, mais les pluies supérieures à la moyenne qui sont tombées dans plusieurs régions fin avril et en mai ont eu quelques graves conséquences négatives. Des tempêtes tardives de grêles et des bourrasques violentes ont provoqué une verse des plants de céréales sur des surfaces considérables. D’autre part, des pertes à la récolte provoquées par des coulées de boue et des inondations ont été signalées dans certains endroits. Dans beaucoup de zones, les cultures fruitières et d’autres cultures horticoles ont beaucoup souffert des pluies trop abondantes et des orages de grêle, si bien que la production d’abricots et de raisins a souvent beaucoup reculé. L’humidité inhabituelle des sols au début de la période de végétation a conduit les agriculteurs, dans beaucoup de régions, à semer tardivement les céréales de printemps et le coton. Ailleurs, on a dû replanter le coton sur des superficies étendues où les nouvelles pousses qui avaient été semées en temps voulu ont été endommagées par la grêle. La forte humidité et les trombes d’eau en mai et en juin ont favorisé la propagation de la rouille du blé. D’autre part, pour la même raison, le mildiou de la pomme de terre a causé de graves dommages par endroits. L’état hydrique des sols en mai et en juin 2002 a été propice à la croissance des cultures, mais également à celle des plantes adventices.

Cependant, les effets positifs des précipitations accrues sur la production céréalière l’ont emporté sur les effets négatifs dans la majorité des districts, ce qui a conduit la Mission à prévoir que les niveaux de production seraient plus élevés en 2002 qu’en 2001.

Une autre conséquence négative des pluies abondantes a été l’apparition de populations de criquets pèlerins dans certaines parties du Khatlon, des régions relevant directement des autorités fédérales (les régions dites «sous subordination républicaine» ou «régions RS») et du Sughd. Certes, les dommages ont été légers cette année et ils ont surtout été circonscrits aux pâturages, mais on peut s’attendre à d’importantes pertes à la récolte l’année prochaine si l’on ne prend pas des mesures préventives.

  Note: LTM «long-term mean» (moyenne calculée sur une longue période).

3.2 Les superficies cultivées

En 2001/2002, la superficie totale des emblavures plantées en principales céréales (blé, orge, riz et maïs) ont légèrement baissé par rapport à l’année précédente, mais la superficie plantée en coton a un peu augmenté. La réduction des emblavures est principalement due à une pénurie générale de ressources attribuable aux récoltes médiocres enregistrées les deux années précédentes. En 2000/2001, sur de vastes superficies semées en céréales pluviales, les rendements ont été négligeables, sinon nuls, mais en 2001/2002, la réduction des superficies emblavées en céréales pluviales a été moindre que l’année d’avant, tandis que les superficies où l’on a pu faire la récolte ont été plus étendues et le rendement moyen, bien plus élevé. A l’échelle nationale, la superficie des emblavures a été inférieure d’environ 10 pour cent à celle de 2000/2001, cette diminution étant partagée à part égale entre le secteur irrigué et le secteur pluvial. Les zones plantées en céréales ces dernières années sont indiquées sur les tableaux 1 et 2.

3.3 Les intrants

L’énergie agricole

Au Tadjikistan, le matériel agricole continue à se détériorer, ce qui a de graves conséquences pour la production végétale. Comme la puissance des tracteurs est réduite et que les outils de travail du sol sont en très mauvais état, la préparation des couches de semis ne se prête pas souvent à une bonne récolte. Pendant la période soviétique, les céréales étaient semées en lignes ; maintenant, comme presque tous les semoirs du pays ne fonctionnent plus, les céréales sont semées à la volée, soit à la main, soit au moyen de distributeurs d’engrais, puis on les enfouit légèrement dans le sol par hersage. Il en résulte des rangées irrégulières de plants des semis d’une profondeur très variable, et une fraction importante des semences est laissée à la surface du sol ou elle risque d’être mangée par les oiseaux ou encore, de se dessécher et de ne pas germer. Les taux élevés d’ensemencement (plus de 200 kg/ha) servent à compenser ces effets - tout au moins en partie. Sur de vastes surfaces emblavées en blé, notamment dans les kolkhozes restants et dans les grandes exploitations privées (dehkans), on se sert encore pour la récolte de moissonneuses-batteuses dont beaucoup ont plus de trente ans et que l’on s’est contenté de réparer avec des moyens de fortune depuis l’effondrement de l’Union soviétique - d’où de grosses pertes de grains dans les champs ainsi qu’une dissémination accrue de semences de plantes adventices.

L’irrigation

La dégradation des structures d’irrigation et de drainage du pays (pompes, ouvrages de dérivation de l’eau, canaux et drains) limite de plus en plus les rendements dans beaucoup de régions. Sur des terres qui sont censées être irriguées, les cultures sont souvent soumises à un stress hydrique du fait d’un transport défectueux de l’eau; par exemple, dans le Khatlon, le principal canal qui dessert tout le district de Ghoz Lalik s’effrite peu à peu - ce qui explique une réduction de la fourniture d’eau : la capacité prévue à l’origine pour être de 14 m3 par seconde est tombée à 6 m3 par seconde. Comme les agriculteurs ne sont pas certains que l’eau leur sera fournie pour arroser des terres théoriquement irriguées, ils hésitent souvent à investir dans l’achat de semences et d’engrais de bonne qualité. Lorsque les drains sont bouchés ou lorsqu’ils s’effondrent, l’élévation de la nappe d’eau, ou la salinité accrue des sols, risque de gravement compromettre, voire d’empêcher complètement, le développement des cultures. La médiocre gestion de l’irrigation aux niveaux secondaire et tertiaire (dont les conflits occasionnels entre les utilisateurs sont notamment une conséquence) contribue également à une utilisation très inefficace de l’eau. On continue à irriguer en priorité, souvent aux dépens du blé, les terres plantées en coton, considéré comme un produit d’une importance économique nationale.

Les semences

Au Tadjikistan, pour la grande majorité des cultures céréalières (entre 80 et 90 pour cent), on emploie des semences que l’on garde d’une récolte sur l’autre. Les conséquences négatives de cette pratique sont multiples et elles s’aggravent avec chaque campagne agricole. On peut notamment noter la baisse du potentiel génétique et des rendements, les faibles taux de germination, le grand danger d’une transmission des maladies par les semences et de leur exacerbation par cette voie (tel a été par exemple le cas du mildiou cette année), et une multiplication probable des semences des plantes adventices si l’on ne prend pas des mesures efficaces pour nettoyer les semences des céréales. Même les exploitations et les agriculteurs qui achètent des semences de céréales se trouvent souvent confrontés aux mêmes problèmes puisqu’on retrouve sur le marché libre une quantité non négligeable de semences de très mauvaise qualité produites localement. A présent, les meilleures semences de céréales disponibles dans le pays sont importées sur une base commerciale ou par l’intermédiaire d’une ONG telle que CARE International qui en a distribué plus de 650 tonnes en 2001, ou bien encore, elles sont produites localement sous les auspices d’une ONG, German Agro-Action (GAA). Cette organisation, qui dispose d’installations pour tester et pour nettoyer les semences, envisage de produire environ 680 tonnes de semences de blé d’excellente qualité en 2002. Malheureusement, ces quantités ne représentent qu’une petite fraction des besoins annuels du pays qui s’élèvent à environ 60 000 tonnes (mais l’on pourrait ramener ce chiffre à 40 000 tonnes si l’amélioration de la situation et des pratiques agricoles permettait de retenir des taux plus faibles d’ensemencement). L’Institut semencier national continue à concentrer la plupart de ses ressources très limitées sur la production de graines de coton.

Les engrais

La plupart des autorités responsables de l’agriculture estiment que l’utilisation d’engrais sur les cultures céréalières représente en moyenne 10 à 15 pour cent des quantités recommandées. Cela est dû en partie à la faiblesse de l’offre, mais surtout au prix des engrais (par exemple 7 dollars E.-U. par sac de 50 kg d’urée), qui est jugé élevé par rapport au revenu moyen des ruraux. La sous-utilisation des engrais contribue certainement à la faiblesse des rendements céréaliers moyens du pays, mais ce n’est que l’un parmi de multiples facteurs qui limitent la production - ce qui est en soi une autre raison qui décourage leur utilisation. On a calculé qu’il faudrait près de 200 000 tonnes d’engrais pour satisfaire les besoins du pays aux taux d’application actuellement recommandés, et que l’on a effectivement utilisé moins de 50 000 tonnes au cours de la campagne agricole 2001/2002. Le fait que l’on ait destiné la majeure partie de ces 50 000 tonnes à la culture du coton donne une indication de la situation concernant le blé.

3.4 Les ravageurs, les maladies et les plantes adventices

Les ravageurs

Au début de l’année, les criquets pèlerins ont migré de leurs aires de reproduction en Afghanistan, au Kirghizistan et en Ouzbékistan vers certaines parties du Khatlon et du Sughd où ils se sont ultérieurement multipliés. On ne signale aucun grave dommage cette année, puisque les populations de criquets pèlerins sont pour la plupart immatures et circonscrites aux pâturages. En juin, le Département de lutte anti-acridienne du Tadjikistan a estimé que certaines parties d’une région d’une superficie totale de l’ordre de 48 000 hectares avaient été envahies. CARE International a financé la pulvérisation, avec le concours de la FAO, d’environ 10 000 hectares. Bien que les dommages soient négligeables cette année, des problèmes pourraient surgir en 2003 si l’on ne prend pas d’autres mesures préventives et si les essaims de criquets prolifèrent.

Les maladies

Les attaques de la rouille du blé (Puccinia spp.) et du charbon du blé (Tilletia et Ustilago spp.) ont été plus fréquentes cette année que d’habitude. Les pluies abondantes qui sont tombées tard dans la saison ont contribué à la propagation de la rouille du blé. Cependant, selon le stade auquel les cultures ont été attaquées, l’incidence de cette maladie sur les rendements céréaliers a souvent été moins grave que ne le laisseraient penser ses effets visibles sur les feuilles. D’un autre côté, le charbon du blé a causé des dommages très graves par endroits, en rendant parfois inutilisable toute la récolte d’un champ emblavé.

Les plantes adventices

Les plantes adventices ont beaucoup envahi les cultures céréalières cette année, ce qui est dû à des semences contaminées, à une humidité du sol généralement suffisante, à la non utilisation d’herbicides, à une densité de peuplement souvent faible (malgré des taux élevés d’ensemencement) et à de médiocres pratiques culturales, telles qu’une mauvaise préparation des couches de semences et un assolement inadéquat ou inexistant.

3.5 Les rendements céréaliers

A l’échelle nationale, les rendements de blé en 2002 sont bien plus élevés que ceux de l’année dernière par suite des précipitations généralement favorables. Les rendements moyens de blé irrigué, avec 1,63 t/ha, ont été supérieurs d’environ 22 pour cent à ceux de l’année dernière. Cependant, c’est le blé pluvial qui enregistre la progression la plus importante, son rendement moyen ayant augmenté de près de 130 pour cent pour atteindre 0,75 t/ha (ce qui fait ressortir l’extrême médiocrité de la récolte de blé pluvial de l’année dernière et le fait qu’une grande partie des terres plantées en blé fluvial en 2000/2001 n’ait pratiquement rien donné en raison de la sécheresse qui prévalait alors). Les rendements de l’orge, du maïs et du riz se sont également nettement améliorés par rapport à l’année dernière, comme le montre le tableau 2.

3.6 La production céréalière

Malgré une réduction de la superficie des emblavures en 2001/2002, la production a augmenté grâce à des pluies abondantes et à l’amélioration des rendements. Les paramètres de la production de ces dernières années sont indiqués sur les tableaux 1 et 2. La figure 2 indique la tendance de la production céréalière au Tadjikistan depuis douze ans. La faiblesse persistante des niveaux de production au début des années 1990 reflète peut-être la priorité qui n’a cessé d’être accordée au coton à la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique. Cependant, il est intéressant de noter (d’après la figure 3) que les superficies plantées en coton n’ont pas eu tendance à diminuer de manière constante au cours de cette période-là. On estime que les superficies plantées en céréales secondaires ont augmenté par rapport aux dernières années, le maïs (et occasionnellement le sorgho) se classant après le blé.

Tableau 2. Tadjikistan: Production de blé irrigué et de blé pluvial par région (2001 et 2002)

  2001 2002 Comparaisons (%)
2002/01
Superficie
(milliers d’ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers d’ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie Production
Blé irrigué                
Gorno-Badakhchan 5 1.00 5 5 1.55 8 103 160
Sughd 40 1.30 52 40 1.64 66 100 126
Khatlon 86 1.34 115 81 1.54 124 94 108
Régions SR 32 1.44 46 29 1.86 55 92 118
Total blé irrigué 163 1.34   155 1.63 253 95 116
Blé pluvial                
Gorno-Badakhchan 1 0.34 0.3 1 0.74 1 81 333
Sughd 32 0.30 9 16 0.68 11 50 122
Khatlon 101 0.34 34 87 0.79 69 87 202
Régions SR 35 0.35 12 40 0.70 28 114 229
Total blé pluvial 168 0.33 56 144 0.75 109 86 193
Total blé 331 0.83 274 299 1.21 361 90 132
Note: Certains chiffres ayant été arrondis, il se peut que le total ne corresponde pas à leur somme.

Tableau 3. Tadjikistan: Production céréalière, 1999-2002

  1999 2000 2001 2002 Comparaisons (%) 2002/01
Super-ficie
(millliers d’ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Prod.
(milliers de tonnes)
Superficie
(millliers d’ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Prod.
(milliers de tonnes)
Superficie
(millliers d’ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Prod.
(milliers de tonnes)
Superficie
(millliers d’ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Prod. (milliers de tonnes)  
Superficie Production
Blé                            
Gorno-Badakhchan 6 1.80 11 6 1.00 6 6 0.90 5 6 1.45 9 100 180
Sughd 67 0.90 61 59 1.10 62 72 0.86 61 56 1.37 77 78 124
Khatlon 183 1.20 228 170 0.90 149 186 0.80 149 168 1.15 193 90 130
Régions SR 70 0.90 66 66 1.00 66 67 0.87 58 70 1.19 83 104 142
Total blé 326 1.10 366 301 0.90 283 331 0.83 274 299 1.21 361 90 132
Céréales secondaires                            
Orge 33 0.80 25 30 0.70 21 30 0.52 16 22 0.93 21 74 131
Maïs 12 2.90 35 11 2.30 25 13 2.10 27 13 2.50 33 100 122
Riz 10 1.80 18 13 2.00 26 13 1.90 25 10 2.82 29 77 116