SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D’ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES
APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES EN ÉRYTHRÉE

3 octobre 2002

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Faits saillants

  • La sécheresse prolongée a gravement compromis la production agricole et animale en 2002.

  • Les pluies Azmera (mars-juin), qui sont importantes pour la préparation des terres et la reconstitution des pâturages, ont presque totalement fait défaut dans les principales zones agricoles, et les grandes pluies Kremti (juin-septembre) ont eu plus de quatre semaines de retard.

  • Par conséquent, la production céréalière de 2002 devrait atteindre, d’après les prévisions, environ 74 000 tonnes, niveau le plus bas depuis l’indépendance du pays en 1993.

  • Les pasteurs ont beaucoup souffert du retard des précipitations; en effet, les rapports indiquent que dans certaines sous-régions, le cheptel aurait subi des pertes allant jusqu’à 20 pour cent par rapport aux niveaux de 2001, entre mars et juin 2002.

  • Les besoins d’importations céréalières pour 2003 sont estimés à 413 000 tonnes, dont environ 80 000 devraient être importées sur une base commerciale.

  • Avec 50 000 tonnes d’aide alimentaire attendues dans le pays d’ici fin 2002, le découvert est estimé à 283 000 tonnes, la majeure partie de ce déficit pourrait être couverte par l’association d’importations céréalières non officielles, de programmes d’aide alimentaire du PAM en cours et de dons bilatéraux.

  • Dans l’immédiat, il importe de porter secours à quelque 1,04 million de personnes parmi les plus vulnérables qui auront besoin de 140 000 tonnes d’aide alimentaire en 2003.

  • Une aide d’urgence au secteur agricole et à l’élevage est indispensable afin de relancer la capacité de production pour l’année prochaine.

1. VUE D’ENSEMBLE

À l’issue de la déclaration, par le Gouvernement érythréen, de l’état d’urgence national en raison de la sécheresse, une mission FAO/PAM d’évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires s’est rendue dans le pays du 19 août au 1er septembre 2002 pour évaluer l’incidence de la sécheresse sur la production animale et vivrière, estimer les besoins d’importations céréalières, y compris au titre de l’aide alimentaire, et déterminer le soutien d’urgence à apporter au secteur de l’élevage.

Avant l’arrivée de la mission, une évaluation préliminaire de la situation de l’agriculture et de l’élevage dans le pays avait été effectuée par un groupe d’intervention technique composé de représentants du gouvernement, des missions résidentes des Nations Unies et d’ONG. La mission, en étroite collaboration avec le Ministère de l’agriculture, a examiné les communiqués et les rapports les plus récents du gouvernement, des institutions des Nations Unies et des organismes bilatéraux qui travaillent dans le pays et elle s’est rendue dans toutes les régions à l’exception de celle du sud de la mer Rouge. Elle a rencontré des agriculteurs, des commerçants et des responsables dans les ministères concernés, et elle a inspecté sur le terrain l’état des cultures et du bétail.

La mission a constaté que les précipitations, qui constituent la principale source d’eau pour la production vivrière, étaient très faibles depuis octobre 2001. L’absence totale de pluies pendant la saison secondaire azmera dans les principales régions agricoles a gravement compromis la préparation des terres et la reconstitution des pâturages. Les précipitations de la saison principale kremti sont arrivées tardivement sur la majorité du pays, retardant les semis de plusieurs semaines. Fin août, les prévisions des précipitations jusqu’à fin septembre n’étaient pas favorables et l’hypothèse d’une production céréalière plus faible que les projections actuelles qui sont déjà mauvaises ne peut être écartée. Un arrêt prématuré des précipitations pourrait également compromettre l’importante culture de pois chiches qui sont habituellement semés début septembre.

La mauvaise campagne agricole actuelle ne pouvait pas tomber plus mal. Le pays commence à peine à se relever d’un conflit frontalier dévastateur avec son voisin l’Éthiopie. Un grand nombre de personnes, dont des agriculteurs, sont encore déplacées et des milliers de militaires n’ont pas encore été démobilisés. En outre, le retour des personnes qui avaient trouvé refuge au Soudan vient alourdir le fardeau qui pèse déjà sur les ressources du pays.

Dans ce contexte défavorable, la mission prévoit que la récolte céréalière atteindra à peine 74 000 tonnes, soit près de 60 pour cent de moins que la moyenne des dix dernières années. La récolte suffira à couvrir environ 15 pour cent de la demande contre une moyenne de 40 à 50 pour cent en temps normal.

Par ailleurs, les faibles précipitations ont beaucoup nui au secteur de l’élevage. De nombreuses régions ont manqué de fourrage de mars à mi-août environ et l’eau potable a commencé à manquer. La situation s’est améliorée quand les pluies sont finalement arrivées, mais, déjà, on avait enregistré des pertes de bétail dues à la sécheresse dans plusieurs régions du pays. La faiblesse physique des bœufs de labour au moment de la préparation des terres a réduit davantage encore la superficie cultivée.

Les besoins d’importations céréalières pour la campagne commerciale 2003 (janvier-décembre) sont estimés à 413 000 tonnes. Étant donné les graves difficultés économiques que connaît le pays, on prévoit que 20 pour cent seulement des besoins seront couverts par des importations commerciales. Avec 50 000 tonnes d’aide alimentaire attendues d’ici fin 2002, on estime à 283 000 tonnes le déficit non couvert, pour lequel une aide internationale sera nécessaire.

Quelque 1,04 million de personnes vulnérables tributaires des récoltes ont déjà besoin d’une aide alimentaire d’urgence d’environ 140 000 tonnes. Par ailleurs, on prévoit que d’autres populations pourraient également avoir besoin d’aide alimentaire avant la fin de 2003, selon les disponibilités en céréales, en eau et en pâturages, et les prix céréaliers pratiqués d’ici la fin de l’année.

Afin de relancer la capacité de production l’an prochain, il faudra que l’aide d’urgence au secteur agricole inclue la distribution de semences pour la production céréalière de 2003, la fourniture de fourrage et de vaccins supplémentaires pour prévenir d’éventuels foyers de maladies dues au stress, et la formation du personnel de vaccination.

2. CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE

2.1 Économie

L’Érythrée est un pays à faible revenu et à déficit vivrier, où le PIB par habitant est d’environ 180  dollars E.-U. par an. Au moment de l’indépendance en 1993, les bases de son agriculture et de son industrie étaient précaires, ses infrastructures fortement détériorées, et ses installations sanitaires et scolaires tout à fait insuffisantes, même en regard des autres pays en développement.

Après six années de croissance économique soutenue, une querelle frontalière avec l’Éthiopie voisine a abouti à un armé dévastateur de 1998 à 2000. Les négociations frontalières sous l’égide des Nations Unies ont commencé fin 2000, mais, à ce jour, la frontière demeure fermée, et elle est gardée par des patrouilles des Nations Unies. Malgré une reprise récente des exportations vers le Soudan, la fermeture de la frontière a fortement pénalisé le commerce extérieur de l’Érythrée, car l’Éthiopie était son plus gros partenaire commercial. Les principaux produits d’exportation sont le sel, les articles en cuir semi-transformés, les fleurs, le bétail et les textiles.

Par ailleurs, plus de 60 000 personnes déplacées par suite de la guerre vivent encore dans des camps provisoires dans le pays. Il s’agit essentiellement de familles déplacées à l’intérieur du pays qui ont fuit la zone frontalière pendant le conflit, mais il y a aussi un grand nombre d’Érythréens qui vivaient en Éthiopie quand la guerre a éclaté. En outre, début juillet 2002, environ 50 000 réfugiés érythréens seraient rentrés du Soudan, et plus de 100 000 autres attendraient toujours d’être rapatriés. Une enveloppe financière de 288 millions de dollars E.-U. a été promise par la Banque mondiale en décembre 2000 en faveur du Programme de redressement d’urgence de l’Érythrée, dont l’objectif est de reconstruire les infrastructures et les installations détruites par la guerre, favoriser l’aide sociale et soutenir la balance des paiements pendant une période de deux ans allant de janvier 2001 à décembre 2002. Les principaux donateurs sont la Banque mondiale (90 millions de dollars E.-U.), l’Italie (59 millions de dollars E.-U.) et l’Union européenne (50 millions de dollars E.-U.). En 2000, la dette extérieure de l’Érythrée s’élevait à 298 millions de dollars E.-U., soit 44,8 pour cent du revenu national brut.

Le gouvernement est revenu à sa politique de promotion de la croissance économique par le biais de diverses initiatives commerciales et privées, dans le but d’accroître les revenus, de créer des emplois et de développer les échanges. Mais le conflit frontalier et le service militaire réduisent considérablement la main-d’œuvre directe.

2.2 Agriculture

L’agriculture est un secteur vital de l’économie, car elle emploie une large majorité de la population, mais sa contribution au PIB n’est que de 16 pour cent. La production intérieure, même dans les bonnes années, ne suffit pas à satisfaire la demande et le pays dépend en grande partie des importations fournies, notamment au titre de l’aide alimentaire.

Il y a environ 3,2 millions d’hectares de terres arables en Érythrée, dont moins de 15 pour cent sont cultivées régulièrement. Plus de 95 pour cent des zones cultivées, soit entre 300 000 et 500 000 hectares, sont des terres pluviales tributaires de précipitations qui varient considérablement en quantité et quant à leur répartition dans le temps et l’espace. Il existe trois saisons pluviales distinctes en Érythrée: d’octobre à février dans les basses terres orientales (les pluies d’hiver ou pluies bahri); de mars à mai dans les hauts plateaux (pluies de printemps ou pluies azmera); et de juin à septembre dans tout le pays à l’exception de la plaine côtière (pluies d’été ou pluies kremti). Les pluies kremti sont de loin les plus importantes pour la production nationale. Habituellement, les précipitations oscillent entre 400 et 600 mm par an dans les hauts plateaux et entre 200 et 300 mm par an dans les basses terres orientales; dans les régions côtières, elles varient entre zéro et 300 mm. Le régime des précipitations dans les basses terres occidentales et dans les hauts plateaux centraux est en gros le même, avec une pluviosité plus forte en juillet et août, pendant la saison kremti.

La production vivrière est dominée par les céréales: orge, blé1 et teff en altitude, sorgho et millet en basse altitude et maïs en moyenne altitude. Les pois chiches et les haricots couvrent des superficies limitées, principalement dans les hauts plateaux centraux, alors qu’au sud de Gash Barka, le sésame est une culture locale importante.

Dans ce pays semi-aride, l’irrigation est peu développée. Dans les bonnes années, il arrive que 21 000 hectares seulement soient irrigués, mais comme l’irrigation est largement tributaire des eaux de surface, la superficie productive d’une année donnée reflète étroitement la pluviosité enregistrée en altitude. Le pays ne possède ni fleuves ni cours d’eau pérennes et seuls quelque 2 000 hectares (soit moins de 10 pour cent des terres irrigables) sont irrigués au moyen de puits tubulaires; les ressources en eaux souterraines sont mal connues. Les zones irriguées les plus étendues (au total, quelque 18 000 hectares en année de précipitations abondantes dans les hauts plateaux) sont situées dans les basses terres côtières, où le sorgho et le millet sont cultivés par irrigation de crue. Quelques micro-barrages dans les hauts plateaux apportent leur faible contribution non négligeable au niveau local, à la production vivrière (généralement quelque 200 hectares), mais leur efficacité dépend aussi entièrement des précipitations.

La productivité agricole de l’Érythrée demeure très faible en raison de la fragilité du régime pluvial du pays, des sols souvent pauvres et peu profonds, de l’utilisation de pratiques culturales élémentaires et à forte intensité de main-d’œuvre, et de l’utilisation limitée d’intrants agricoles. Le conflit frontalier avec l’Éthiopie a rendu inutilisables quelque 12 000 hectares à Debub et une grande partie de la sous-région de Lalai à Gash Barka, où les champs sont encore minés. L’enrôlement pour le service militaire réduit considérablement la main-d’œuvre agricole dans de nombreuses régions.

L’élevage est un secteur extrêmement important de l’économie rurale, notamment dans les régions les plus arides du pays. Les plus gros troupeaux se trouvent dans les basses terres, mais le régime pastoral se caractérise par des mouvements saisonniers, tant à l’intérieur des basses terres qu’entre les basses terres et les hauts plateaux, en quête de pâturages. Il s’agit principalement d’ovins et de caprins, mais aussi de bovins, de chameaux, d’ânes et de chevaux. En moyenne, chaque ménage rural possède de trois à cinq ovins et/ou caprins. Á l’exception des bœufs de trait dont l’élevage est habituellement pratiqué dans les zones de pâturage qui leur sont spécialement réservées, l’élevage est surtout extensif, basé sur des pâturages naturels et des résidus de culture. Par conséquent, on observe des fluctuations annuelles marquées de l’état du bétail, qui reflètent les disponibilités fourragères. Il semblerait que le cheptel ait augmenté après l’indépendance, puis diminué pendant les deux années de guerre contre l’Éthiopie. Depuis, les effectifs de bétail auraient, semble-t-il, de nouveau augmenté. Les pasteurs ont tendance à surstocker, malgré les pénuries fréquentes de fourrage et d’eau, car ils attachent habituellement davantage d’importance au nombre d’animaux qu’à leur état de santé; ils hésitent généralement à vendre même quand les temps sont durs. Le conflit avec l’Éthiopie a mis fin aux déplacements du bétail vers les pâturages traditionnels de l’autre côté de la frontière et vers les pâturages à l’intérieur du territoire érythréen qui sont toujours minés; il est aussi responsable de la fermeture des principaux itinéraires commerciaux du bétail.

Par ailleurs, pour complémenter l’agriculture à petite échelle, le gouvernement alloue aux investisseurs des concessions de terres pour favoriser la production agricole sur des superficies relativement étendues. La taille de ces concessions varie selon l’emplacement des terres et les disponibilités en eau (de pluie ou d’irrigation) et selon les cultures. Les terres situées à proximité des cours d’eau saisonniers couvrent généralement entre 10 et 30 hectares et produisent des légumes (oignons, okra, carottes, etc.) et des fruits (bananes, oranges, etc.), tandis que dans les zones arides ou semi-arides, elles peuvent atteindre 400 hectares et sont consacrées essentiellement aux cultures de céréales ou d’oléagineux. Ce type d’agriculture ne contribue cependant pas de façon significative à l’économie alimentaire du pays car les rendements sont généralement médiocres.

3. FACTEURS INFLUANT SUR LA PRODUCTION ALIMENTAIRE EN 2002

3.1 Précipitations

La campagne agricole en cours a mal démarré, avec une absence généralisée, pour la quatrième année consécutive, de pluies bahri le long de l’escarpement du Nord-Est. Ces pluies sont habituellement attendues entre novembre et mars et sont particulièrement importantes pour la région du nord de la mer Rouge.

Les pluies azmera qui ont suivi, ont, dans l’ensemble, été insuffisantes; ce sont des pluies fines qui tombent habituellement entre mars et mai, mais leur importance est fondamentale pour la préparation des terres dans les hauts plateaux. Seule, la partie sud de la région de Debub a reçu une quantité moyenne de précipitations pendant cette saison, tandis qu’ailleurs, dans le nord de Debub, à Maekel et dans le sud d’Anseba, les pluies azmera ont été négligeables voire inexistantes. Par conséquent, la préparation des terres a dû être reportée un peu partout, et dans les régions qui ont reçu quelques pluies azmera, comme près d’Adi Keih et de Dekemhare, il a fallu pratiquer de nouveaux semis généralisés, car les jeunes plants se sont desséchés.

Figure 1. Moyenne des précipitations mensuelles en Érythrée en 2002 par rapport à la moyenne à long terme

Les pluies kremti, qui tombent habituellement entre juin et septembre dans les hauts plateaux et les basses terres orientales, sont arrivées avec quatre à six semaines de retard dans la plupart des hauts plateaux. Des averses bénéfiques ne sont tombées qu’à partir de la troisième décade de juillet et, dans certaines régions, elles ne sont pas arrivées avant la mi-août. Juin étant le meilleur mois pour semer les céréales à cycle long dans les hauts plateaux, ce retard est lourd de conséquences à la fois pour la superficie cultivée et pour le rendement prévu. Dans l’ensemble, le régime des pluies cette année a entraîné une diminution considérable de la superficie vouée aux variétés de sorgho à cycle long, qui, en temps normal, aurait été semé en juin. L’orge et le blé des hauts plateaux, qui devraient être au stade du remplissage du grain, ne sont pas encore levés, et certains jeunes plants sont encore au stade feuillu de leur développement. Certaines parties de la région de Gash Barka ont bénéficié de précipitations supérieures à la moyenne après l’arrivée lente et tardive des pluies kremti.

Par ailleurs, les pluies tardives et insuffisantes dans les hauts plateaux ont entraîné une réduction significative de la superficie irriguée par épandage des eaux de crue sur le littoral, en raison de la forte diminution des eaux de ruissellement.

3.2 Superficie cultivée

Cette année, la superficie cultivée en Érythrée a subi un recul considérable en raison de l’arrivée tardive de précipitations insuffisantes. Selon toute attente, la superficie vouée aux céréales n’atteindra, au mieux, qu’environ 40 pour cent de la moyenne (au cours des dix dernières années, la superficie cultivée en céréales était en moyenne de 360 000 hectares environ). Relativement parlant, toutes les régions ont souffert, mais, dans les régions de Gash Barka et de Debub, grenier à blé du pays, cette diminution brutale a engendré la plus grosse perte en valeur absolue. Une estimation des superficies céréalières cultivables, par région et au plan national, figure au tableau 1.

3.3 Moyens de production et intrants

Machines agricoles

Le Ministère de l’agriculture (MOA) met actuellement en vente les tracteurs et autres équipements agricoles qu’il louait auparavant aux agriculteurs. Pour ce qui est des autres tracteurs, le Ministère les loue 94 nakfas2 l’heure (en une heure, on peut généralement labourer 0,5 hectare). Les tarifs de location privée sont sensiblement plus élevés, allant de 120 à plus de 200 nakfas l’heure. De tels prix sont trop élevés pour les petits agriculteurs, et conduisent souvent à une sous-utilisation des terres arables et des machines.

Main-d’œuvre

L’enrôlement des jeunes gens pour le service militaire réduit considérablement la main-d’œuvre agricole dans beaucoup de régions du pays. En Érythrée, un grand nombre de ménages sont dirigés par des femmes, qui doivent fréquemment engager de la main-d’œuvre pour cultiver leurs terres sur la base du partage des récoltes. Traditionnellement, il n’est pas permis aux femmes de manier la charrue, notamment dans la région des hauts plateaux, ce qui aggrave encore la situation.

Irrigation

Il existe quelque 200 micro-barrages dans les hauts plateaux, mais une trentaine seulement servent pour l’irrigation; les autres sont utilisés pour un usage domestique, pour les hommes et les animaux. Cette année, ils se sont remplis tardivement ce qui a retardé les semis et prolongé la pénurie d’eau qui a mis le bétail à rude épreuve.

La superficie sous irrigation par épandage des eaux de crue n’atteindra vraisemblablement pas le quart de son potentiel cette année, en raison de l’arrivée tardive des pluies kremti dans les hauts plateaux.

Le groupe d’intervention technique a procédé à une étude de la profondeur des puits au début du mois d’août, et il a constaté que le niveau de l’eau était généralement inférieur au niveau habituel à cette époque de l’année.

Semences

La plupart des agriculteurs utilisent les semences mises de côté après la récolte de la saison précédente, pratique qui entraîne une réduction des rendements due à la détérioration génétique et à la contamination par des plantes adventices. L’utilisation de semences améliorées et propres est très peu répandue. Le pays possède deux petites installations de traitement des semences; l’une est située à Halhale et l’autre à Tessaniye; cette année, Halhale a distribué aux agriculteurs 5 tonnes de semences de blé et d’orge. Une grave pénurie de semences est prévue l’an prochain, en raison des mauvaises récoltes attendues cette année.

Engrais

L’utilisation d’engrais est plus répandue dans les hauts plateaux que dans les basses terres orientales, où les agriculteurs croient que leurs sols sont naturellement très fertiles. Avec l’arrivée tardive des précipitations et la diminution généralisée de la superficie cultivée, on enregistre cette année une utilisation d’engrais très inférieure à la moyenne, car beaucoup d’agriculteurs y voient un investissement risqué.

3.4 Ravageurs et maladies

Ravageurs

Cette année, l’incidence des ennemis des cultures reste, jusqu’à présent, normale. On a noté des infestations localisées de chenilles légionnaires à Debub et Anseba, où respectivement 2 500 hectares et 550 hectares ont été contaminés. Toutefois, les dégâts ont été limités et on a pu maîtriser l’infestation. Parmi les autres ravageurs qui ont sévi cette année, il y a le foreur de la tige, les sauteriaux et les coléoptères qui attaquent les grains du sorgho sur pied. L’incidence relativement faible, cette année, de ces ravageurs pourrait être attribuable en grande partie à l’absence relative des récoltes. On entrevoit toujours la possibilité d’une invasion de criquets pèlerins, plus tard dans l’année.

Maladies

Cette année, les maladies des végétaux n’ont pas posé de problèmes particuliers, principalement en raison de la sécheresse inhabituelle qui a sévi jusqu’en août.

Plantes adventices

Striga est un problème permanent en Érythrée, mais cette année, du fait de la diminution considérable des superficies cultivées en sorgho, il est bien moins évident. D’autres plantes adventices posent des problèmes localisés quand, suite à l’arrivée tardive des pluies, la plante n’a pas encore développé un couvert suffisant pour se protéger efficacement.

3.5 Rendement céréalier

Dans l’hypothèse de précipitations normales en septembre, il est probable que le rendement céréalier dans les zones effectivement moissonnées soit égal à la moyenne (le principal facteur de réduction du rendement cette année étant la diminution de la superficie cultivée). Dans certaines régions comme une partie de Debub et les périmètres d’irrigation par épandage des eaux de crue, il se pourrait que les rendements soient supérieurs à la moyenne car les agriculteurs prendront mieux soin de la superficie réduite à cultiver. Par contre, ces prévisions peuvent changer radicalement si les précipitations s’interrompent prématurément.

3.6 Production céréalière

La figure 2 illustre la production céréalière annuelle de l’Érythrée entre 1992 et 2001, ainsi que les prévisions pour 2002. Elle indique clairement des écarts annuels considérables. En revanche, il se pourrait que la production céréalière cette année soit la plus faible depuis l’indépendance en 1993. Dans le meilleur des cas, en supposant que les pluies continuent jusqu’à fin septembre, il se pourrait que la production soit à peine supérieure à 74 000 tonnes, soit près de 60 pour cent au-dessous de la moyenne des dix dernières années. Les estimations relatives à la production céréalière par région et sur le plan national (en comptant sur des précipitations suffisantes en septembre) figurent au tableau 2.

Tableau 1. Superficies céréalières (milliers d’ha) en 2002 par rapport à la moyenne (1993-2001)

  Sorgho Orge Blé Autre Total céréales
2002 moyenne moyenne
% 2002
2002 Moyenne moyenne
% 2002
2002 moyenne moyenne
% 2002
2002 moyenne moyenne
% 2002
2002 moyenne moyenne
% 2002
Mer Rouge du Nord 4,5 15,7 28,7 0,0 1,8 0,0 0,0 0,9 0,0 2,5 16,5 15,2 7,0 34,9 20,1
Mer Rouge du Sud 0,1 0,5 20,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,1 0,5 0,0
Anseba 0,0 18,5 0,0 4,4 3,1 141,9 1,8 1,0 180,0 12,4 17,4 71,3 18,6 40,0 46,5
Maekel 0,0 1,8 0,0 12,7 15,8 80,4 7,6 7,2 105,6 0,1 5,6 1,8 20,4 30,4 67,1
Debub 0,1 30,8 0,3 22,0 20,3 108,4 14,1 11,4 123,7 16,3 58,0 28,1 52,5 120,5 43,6
Gash Barka 33,0 101,7 32,4 1,0 1,5 66,7 2,0 0,1 2 786,0 2,0 26,6 7,5 38,0 129,9 29,3
Érythrée 37,7 169,0 22,3 40,1 42,5 94,4 25,5 20,6 123,8 33,3 124,1 26,8 136,6 356,2 38,3

Tableau 2. Production céréalière (milliers de tonnes) en 2002 par rapport à la moyenne (1993-2001)

  Sorgho Orge Blé Autre Total céréales
  2002 moyenne moyenne
% 2002
2002 Moyenne moyenne
% 2002
2002 moyenne moyenne
% 2002
2002 moyenne moyenne
% 2002
2002 moyenne moyenne
% 2002
Mer Rouge du Nord 4,5 10,8 41,7 0,0 0,4 0,0 0,0 0,2 0,0 1,0 7,3 13,7 5,5 18,7 29,4
Mer Rouge du Sud 0,1 0,5 20,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,1 0,5 20,0
Anseba 0,0 6,7 0,0 0,5 1,2 41,7 0,2 0,3 66,7 3,7 6,0 61,7 4,4 14,2 31,0
Maekel 0,0 0,8 0,0 8,4 11,6 72,4 4,3 5,2 82,7 0,1 3,1 3,2 12,8 20,7 61,8
Debub 0,1 16,4 0,6 14,7 12,5 117,6 7,9 6,2 127,4 7,0 25,9 27,0 29,7 61,0 48,7
Gash Barka 19,8 67,3 29,4 0,6 0,5 120,0 0,9 0,0 4 541,0 0,5 9,0 5,6 21,8 76,8 28,4
Érythrée 24,5 102,5 23,9 24,2 26,2 92,4 13,3 11,9 111,8 12,3 51,3 24,0 74,3 191,9 38,7

Source: Ministère de l’agriculture de l’État d’Érythrée; la valeur pour 2002 est une prévision.

3.7 Autres cultures vivrières

Les légumineuses et les cultures oléagineuses devraient produire des rendements normaux cette année, mais la superficie qui leur est consacrée a été tellement réduite que la production sera faible. Il en va de même pour les haricots dans les régions de Debub et Maekel, les arachides à Anseba et le sésame à Gash Barka. Le Ministère de l’agriculture avait espéré pouvoir remédier partiellement à la situation en plantant de grandes quantités de pois chiches début septembre, mais il semble que ne pourront être ensemencés que 2 000 hectares à Debub, 500 hectares à Maekel, 50 hectares à Anseba et 50 hectares Gash Barka; les semences sont rares, chères et souvent de mauvaise qualité, et l’humidité des sols pourrait ne pas suffire à un bon établissement de la culture.

3.8 Élevage

Systèmes d’élevage

Le secteur de l’élevage est dominé par des pasteurs et des pasteurs-agriculteurs propriétaires de ruminants de races locales, généralement répartis en petits troupeaux qui paissent sur des terres de parcours naturelles. Les animaux de trait jouent un rôle crucial dans la production vivrière; en particulier les bovins et les chameaux, et, avec les ânes, ils sont aussi utilisés comme moyens de transport. Un bœuf de trait pourra labourer environ un hectare dans les hauts plateaux et 1,5 hectare dans les basses terres. Le bétail est concentré dans les basses terres, et les bœufs représentent près de la moitié de la population animale des hauts plateaux. Les zones côtières arides sont peuplées essentiellement de caprins et de chameaux. Les estimations de la population animale par région figurent au tableau 3.

Dans les zones de culture intensive des hauts plateaux, le cheptel est constitué essentiellement de bovins, tandis que les ovins et les caprins assurent un revenu en espèces et complètent le régime alimentaire des ménages. Dans les zones de culture moins intensive des escarpements, les productions vivrière et animale sont à peu près d’égale importance et on y trouve davantage de petits ruminants. Dans les basses terres, la production animale est par tradition le principal moyen de subsistance, bien que l’on encourage les cultures dans les zones à plus fortes précipitations des basses terres du Sud-Ouest.

Une faible proportion des éleveurs en Érythrée est constituée de véritables pasteurs nomades qui vivent essentiellement ou exclusivement de leur cheptel. Ils vivent pour la plupart dans le nord d’Anseba et dans les régions de la mer Rouge du Nord et du Sud. Le lait de vache, de chèvre et de chamelle est une composante importante de leur régime alimentaire. Les animaux, notamment les petits ruminants, sont occasionnellement abattus pour leur viande, mais ils sont plus souvent vendus pour assurer un revenu en espèces.

Une forte proportion d’agriculteurs qui possèdent du bétail et produisent des cultures, déplacent aussi leurs animaux suivant un cycle saisonnier. Les déplacements ont lieu entre les hauts plateaux et les basses terres orientales, afin d’échapper aux températures très élevées des zones côtières pendant l’été et de profiter, par la suite, des récoltes vivrières et fourragères irriguées par épandage des eaux de crue qui précèdent les pluies d’hiver des basses terres. L’été, certains pasteurs de la mer Rouge du Sud se rendaient traditionnellement avec leurs troupeaux en Éthiopie; de nos jours, ce type de déplacement, bien que limité, se pratique encore dans une certaine mesure. Les agriculteurs des zones de l’escarpement occidental déplacent leurs troupeaux vers le sud de Gash Barka (et, auparavant, vers l’Éthiopie), pendant la saison sèche et ils les ramènent vers le nord l’été pour échapper à la mouche piqueuse qui transmet la trypanosomiase. En raison de la fermeture de la frontière éthiopienne et de l’empiétement progressif des cultures sur les anciennes terres de parcours, les pasteurs-agriculteurs ont davantage de difficultés à trouver des pâturages d’été dans cette zone.

La nutrition est la principale contrainte de la production animale en Érythrée, et les animaux ont généralement une productivité médiocre. Les résidus de culture constituent environ 8 pour cent de l’alimentation du bétail et sont particulièrement importants pour la survie du troupeau pendant la saison sèche. Les disponibilités totales de fourrage représentent environ 15 millions de tonnes de matière sèche. Les précipitations étant peu fiables, les sécheresses sont fréquentes. Dans les hauts plateaux, les communautés réservent des pâturages exclusivement aux bœufs de trait et aux vaches périparturientes et prévoient d’autres zones à utiliser pendant la sécheresse. Les maladies animales sont très répandues et limitent-elles aussi la production.

L’industrie laitière artisanale se développe autour des grandes villes dans les hauts plateaux; les vaches y sont nourries de produits concentrés, à base de son, de tourteaux d’oléagineux et de drêche de brasserie. Un réseau de centres de collecte du lait s’organise pour faciliter la commercialisation. La production avicole, de petite échelle et semi-commerciale, est une activité généralisée en plein essor. En 1996, la consommation de volaille par habitant était estimée à 15 et à 22 œufs et un poulet par an. La mortalité due aux maladies, notamment la maladie de Newcastle, est très élevée.

Le commerce intérieur du bétail concerne en grande partie les bœufs de trait et les animaux reproducteurs.

Les exportations sont dominées par les petits ruminants et sont destinées notamment au Moyen-Orient.

Tableau 3. Estimation du cheptel actuel en Érythrée

Région Bovins Ovins Caprins Chameaux
Anseba 218 923 124 300 620 023 25 266
Debub 490 093 614 069 706 409 19 382
Gash Barka 917 344 675 268 1 745 784 113 263
Maekel 40 505 149 927 23 556 0
Mer Rouge du Nord 178 532 462 333 994 596 107 032
Mer Rouge du Sud 82 060 103 047 571 417 53 971
Total 1 927 457 2 128 944 4 661 785 318 914

Effets de la sécheresse actuelle sur le cheptel

Pâturages: les contraintes

Il y a une pénurie flagrante de pâturages dans la plupart des régions du pays. Les pâturages et les résidus de culture disponibles ont été épuisés entre avril et juin 2002 et les animaux ont progressivement perdu du poids. Les pertes de bétail dues à la famine ont atteint 10 à 15 pour cent dans la plupart des régions et jusqu’à 20 pour cent dans certaines zones. En revanche, depuis fin juillet et début août, les précipitations satisfaisantes dans presque toute la zone des pluies Kremti ont permis aux pâturages de se régénérer et au bétail qui a survécu de se rétablir. On a pu voir, tant dans les pâturages que sur les marchés, certains animaux en très mauvais état, mais la majorité des animaux étaient dans un état de santé mauvais ou acceptable, laissant espérer des chances de survie.

Le sort du bétail dans les zones de pluies kremti (hauts plateaux et basses terres occidentales) dépendra des précipitations supplémentaires qui tomberont jusqu’au terme prévu de la saison, vers fin septembre. Si les pluies restent insuffisantes, on peut s’attendre à une pénurie de fourrage dans les mois à venir. Par contre, si elles sont bonnes, il y aura vraisemblablement du fourrage en quantités suffisantes dans beaucoup de régions, notamment dans celles où les pertes ou les ventes de bétail ont considérablement réduit le cheptel.

Le bétail des zones de pluies d’hiver de la mer Rouge du Sud et du Nord souffre actuellement de l’insuffisance de pluies d’hiver auxquelles ont succédé des pluies d’été insuffisantes dans les régions de l’escarpement oriental où le troupeau se rend d’ordinaire. Sans une intervention appropriée, ces animaux continueront probablement à souffrir - ou périront - par manque de nourriture, jusqu’à l’arrivée des pluies d’hiver plus tard dans l’année.

Maladies animales

La gale a été signalée comme étant la préoccupation majeure dans le cheptel ovin et caprin et chez les chameaux, et elle a été observée par l’équipe d’évaluation. Cette maladie qui se généralise depuis 1997 est habituellement associée à l’affaiblissement lié à la sécheresse et à une concentration accrue d’animaux. Le traitement est souvent peu efficace car seuls les animaux qui sont le plus gravement atteints y sont soumis, alors que les sujets porteurs maintiennent l’infection dans le troupeau. D’autres maladies ont été signalées, qui sévissent en ce moment ou pourraient apparaître par suite de la sécheresse; elles comprennent d’autres ectoparasites (notamment les tiques des bovins), des parasites intestinaux, des infections causées par des protozoaires et véhiculées par le sang, la péripneumonie contagieuse des caprins et autres infections respiratoires. Il semble extrêmement difficile de parvenir à un diagnostic précis suivi d’un traitement efficace des maladies du bétail, ce qui pose le problème du bien-fondé d’une intervention massive sans avoir auparavant amélioré les laboratoires vétérinaires et les installations sur le terrain. Toutefois, il paraît évident que les ectoparasites, les endoparasites et les parasites véhiculés par le sang causeront beaucoup de dégâts parmi les animaux déjà affaiblis par la sécheresse.

Migration du bétail

Les contraintes à la migration du bétail rencontrées ces dernières années ont été exacerbées depuis deux ans par la faiblesse des précipitations. Les agriculteurs des hauts plateaux et des zones de l’escarpement oriental, qui font habituellement paître leurs troupeaux dans le sud de Gash Barka pendant la saison sèche, y ont trouvé une superficie de pâturage très restreinte pendant les premiers mois de 2002. Certains pasteurs, partis des zones côtières où les pluies d’hiver ont été très insuffisantes, et n’ayant pas trouvé suffisamment de fourrage dans les hauts plateaux, les ont ensuite traversés avec leurs troupeaux pour rejoindre Gash Bark.

Vente de bétail

Malgré quelques ventes d’animaux en catastrophe à la suite des vagues de sécheresse prolongées, d’une manière générale, les pasteurs et les pasteurs-agriculteurs ont été peu enclins à vendre leur bétail, espérant que les pluies arriveraient. Quand ils se rendent finalement à l’évidence de la nécessité de réduire leur cheptel, beaucoup d’animaux sont trop affaiblis pour être conduits au marché ou valent si peu que leur vente n’est plus une option intéressante. Sans aucun doute, ceci est la cause de la mortalité de la majeure partie des animaux qui a été recensée. Les prix de marché du bétail, même à la veille d’une période de sécheresse, ont été relativement élevés. Cela peut paraître contradictoire dans un premier temps, mais il semblerait que la pénurie d’animaux en bon état et la réticence à vendre en masse aient soutenu les prix.

Disponibilité en protéines animales

Le lait est le principal produit alimentaire d’origine animale consommé par l’homme en Érythrée. La production laitière périurbaine a semble-t-il été maintenue durant les périodes de sécheresse, grâce aux importations accrues de compléments fourragers et le prix de détail du lait a augmenté en conséquence, passant d’environ 5 nakfas à 6,50 nakfas. Les pasteurs et les pasteurs-agriculteurs consomment du lait de chèvre, de vache et de chamelle. La sécheresse a été suffisamment grave pour empêcher de traire les animaux pendant plusieurs semaines, mais les améliorations récentes de l’état des pâturages ont favorisé un retour de la lactation pour beaucoup d’animaux.

Mesures d’aide aux éleveurs

Le Ministère de l’agriculture applique une politique de fourniture de services à la communauté agricole, qui comprend des activités de vulgarisation en matière de commercialisation et de transformation, de services vétérinaires et des finances rurales. La fourniture de ces services est freinée par des problèmes budgétaires et par le manque de personnel qualifié.

Services vétérinaires

Le gouvernement fournit des services vétérinaires aux éleveurs dans les cliniques de région et de sous-région, sous forme de vaccinations et de lutte contre les parasites et autres maladies. L’accès au terrain étant limité, on a installé un projet pilote de personnel de santé animale basé au village, dans le district de Sheib, dans la mer Rouge du Nord, avec l’intention de l’élargir.

Un projet soutenu par la FAO entreprend la réfection des cliniques des sous-régions qui ont été endommagées pendant la guerre, et les réapprovisionne en matériel et fournitures médicales de base. Le personnel vétérinaire a difficilement accès au bétail en raison des problèmes de transport et de la transhumance de nombreux troupeaux. Il semble aussi que le départ des jeunes gens au service militaire ait diminué les effectifs de personnel de santé animale communautaire.

Production avicole

On encourage la production avicole commerciale sur petite échelle dans les villages pour que les ménages puissent subvenir à leurs besoins en viande de volaille et en œufs et vendre l’excédent de leur production pour avoir un revenu en espèces. La distribution de jeunes poussins pour la reproduction sert de soutien au programme. Il faut favoriser la production de lait, de viande et d’œufs dans les petites entreprises commerciales en encourageant le crédit, la vulgarisation et en invitant les agriculteurs à commercialiser leur production en se regroupant dans le Projet national de mise en valeur de la production animale.

Projet de mise en valeur de la production animale

Un projet quinquennal de mise en valeur de la production animale, financé par un prêt de la Banque africaine de développement, a été lancé en 1998. Ce projet se concentre plus précisément sur la gestion des terres de parcours et sur la nutrition animale.

4. SITUATION PAR RÉGION

4.1 Mer Rouge du Nord

Dans cette région, les trois sous-régions où prédominent les hauts plateaux n’ont guère reçu de précipitations avant mi-juillet. La zone cultivée s’en est trouvée extrêmement réduite et la récolte s’annonce très maigre. Dans l’escarpement oriental, où les pluies bahri sont insuffisantes, la récolte est également mauvaise. Les sous-régions de basses terres dépendent de l’irrigation par épandage des eaux de crue provenant des hauts plateaux, mais les semis y ont aussi été retardés par suite de l’arrivée tardive des pluies dans les hauts plateaux. Le recul constant de la superficie productive observé récemment montre bien que le système est tributaire des pluies tombant dans les hauts plateaux. En 1999, 5 000 hectares ont été productifs, contre 4 000 seulement en 2000. En 2001, la production a été interrompue par la construction d’ouvrages publics.

La réduction de la superficie irriguée par épandage des eaux de crue en 2001 et l’absence des pluies bahri par la suite ont provoqué une pénurie de pâturages début 2002. On a enregistré une forte mortalité animale, et les bovins et les chameaux qui ont survécu ont été déplacés vers les basses terres occidentales. Dans la sous-région de Karura, on a enregistré le décès d’environ 15 000 ovins et caprins, 74 bovins, 200 ânes et 18 chameaux. De même, on a relevé une très forte mortalité dans la sous-région de Ghela’eo. En période de sécheresse, il est d’usage de déplacer le bétail vers l’escarpement oriental, mais cette année, en raison des très faibles pluies dans cette région, cela n’a pas été envisageable.

4.2 Mer Rouge du Sud

Dans cette région, où la population très clairsemée est principalement composée de pasteurs, la production agricole est faible. Cette année, non seulement les eaux de ruissellement provenant des hauts plateaux ont été insuffisantes, mais en outre le millier d’hectares potentiellement irrigable par épandage des eaux de crue a souffert aussi des dégâts causés en amont aux ouvrages publics par les inondations de l’an passé; pour des raisons de sécurité, il n’a pas encore été possible de réparer les structures endommagées situées à la frontière éthiopienne. Les conditions saisonnières ayant été comparables à celles de la région de la mer Rouge du Nord, il est fort probable que les taux de mortalité du bétail y soient identiques.

4.3 Anseba

Trois sous-régions de hauts plateaux ont beaucoup souffert de l’absence quasi totale des pluies azmera. Le blé et l’orge sont habituellement semés en juin, mais les premières pluies substantielles ne sont pas tombées avant la période allant de la dernière semaine de juillet à la seconde semaine d’août. Certaines régions n’ont toujours pas reçu de précipitations appréciables. Dans les sous-régions de basses terres comme Hagaz, les pluies sont aussi arrivées avec retard, rendant impossible les semis précoces du sorgho à cycle long. Les agriculteurs ont semé du sorgho à cycle court en août dans l’espoir d’une récolte. Les arachides semées fin juillet ont bien pris, mais la superficie cultivée est limitée.

L’état des pâturages est resté assez bon jusqu’en mars, mais la repousse qui devait se produire avec l’arrivé des pluies azmera en mai n’a pas eu lieu cette année. Les pénuries de pâturages, de résidus de culture et d’eau ont provoqué un affaiblissement des animaux dans certaines régions, comme Asmat, une des sous-régions les plus touchées, le taux de mortalité a atteint 20 pour cent. Les maladies signalées sont la dermatose nodulaire, la pleuropneumonie caprine contagieuse, et les ectoparasites et endoparasites. Les prix du bétail au marché de Keren sont relativement élevés: les chameaux se vendent entre 4 500 et 11 000 nakfas; les bœufs de labour, entre 1 500 et 5 000 nakfas; les caprins, entre 250 et 600 nakfas. L’état du bétail observé sur les marchés va de mauvais à bon. Depuis la mi-août environ, les pâturages se sont améliorés, de même que l’état général du cheptel.

4.4 Maekel

L’insuffisance des pluies azmera et l’arrivée tardive des pluies kremti ont provoqué de vastes pertes de maïs et de sorgho post-levés; par conséquent, les quantités de maïs récoltées risquent d’être très faibles (et pour ainsi dire nulles dans le cas du sorgho). La superficie cultivée en blé et en orge est proche de la moyenne annuelle, mais le stade de développement des cultures fin août avait environ quatre semaines de retard sur le développement optimal. Si les pluies de septembre sont satisfaisantes, les chiffres globaux du rendement et de la production de blé et d’orge ne devraient pas être trop inférieurs à la moyenne à long terme, mais si elles sont insuffisantes, ces chiffres baisseront considérablement.

L’absence de pluies a freiné la croissance des pâturages. Dans la région d’Arberebue, les cactus poussent lentement, ce qui limite davantage encore les disponibilités fourragères. On a indiqué que les bœufs de trait étaient affaiblis et incapables de labourer efficacement les champs. Des maladies liées à la sécheresse ont été signalées à Loga Anseba et Galanefhi, sans autres détails. Dans l’une des sous-régions (Serejeka), les pertes recensées, par suite de l’absence de pluies Azmera, s’élèvent à 700 têtes de bovins et près d’un millier d’ovins et de caprins. Au moment de la visite de l’équipe d’évaluation, la majorité du cheptel est apparue en condition allant de satisfaisante à bonne.

4.5 Debub

Les pluies azmera, qui sont importantes dans cette région, ont, d’une façon générale, été insuffisantes cette année, notamment dans le centre et le nord. Les pluies kremti sont ensuite arrivées en retard et ont été sporadiques, avec des jours de fortes précipitations (60 mm) suivis de périodes sèches. Une grande partie du sorgho qui avait été semé à temps s’est desséchée peu après la levée, ce qui signifie que la région, qui fournit généralement 15 pour cent environ de la production nationale totale, ne produira vraisemblablement cette année que des quantités négligeables. Le maïs à cycle court a été semé plus tard en juillet, et principalement au-dessous des micro-barrages. Le peu de maïs qu’il y a est généralement en épis, mais la superficie totale est négligeable. L’orge et le blé ont été semés avec du retard en raison de l’arrivée tardive des pluies kremti. En temps normal, les semis ont lieu pendant la deuxième moitié de juin, mais cette année, ils ont été reportés à la première moitié de juillet ou plus tard. Fin août, le maïs devrait être au stade du remplissage du grain, mais beaucoup de plantes n’étaient encore qu’au stade feuillu. Dans beaucoup de zones, la récolte céréalière risque d’être complètement perdue si les pluies cessent avant fin septembre.

La région possède nombre de micro-barrages qui, après s’être remplis tardivement, alimentent en eau des superficies très limitées de maïs et de légumineuses. Fin août, il devenait de plus en plus improbable de pouvoir ensemencer de grandes étendues de pois chiches pour compenser la mauvaise production céréalière. Les semences étaient difficiles à obtenir, chères et souvent de moindre qualité, et les prévisions météorologiques ne laissaient pas envisager une humidité suffisante des sols pour permettre l’implantation des semis. Fin août, on semait encore du sorgho sur quelques petites superficies en basse altitude vers l’Ouest, en espérant que les pluies se poursuivraient et permettraient d’obtenir une récolte en janvier.

La collecte, la consommation locale et la vente des figues de Barbarie (Opuntia) sont des activités importantes de la stratégie d’adaptation à cette époque de l’année.

Début août, les bovins, les ânes et les chameaux étaient en mauvaises conditions physiques, souvent émaciés. Quelques pertes ont été signalées, sans autres détails. Fin août, les pâturages avaient suffisamment repoussé et l’état du bétail était meilleur. Les anciennes réserves de fourrage sont épuisées et le surpâturage est évident.

4.6 Gash Barka

La production annuelle moyenne de la région de Gash Barka, supérieure à 65 000 tonnes de sorgho, représente généralement plus de la moitié de la production totale du pays. La situation en 2002 est révélatrice de la gravité du problème posé au pays dans son ensemble. Cette année, la production totale de sorgho, soit 20 000 tonnes environ, sera inférieure à un tiers du niveau moyen, mais elle représentera néanmoins 80 pour cent de la production nationale. Les récoltes restent concentrées en grande partie dans le sud de la région, mais cette année, le contraste entre le sud productif et le nord non productif est plus marqué que d’ordinaire.

Par ailleurs, le sud de la région est une zone importante de production de sésame, mais cette année, en raison de l’arrivée tardive et de l’insuffisance des précipitations, les semis sont beaucoup moins étendus.

Dans la sous-région de La-elay, on a enregistré le décès de 400 bovins, 250 caprins et 190 ovins. On ne sait pas ce que représentent ces chiffres en pourcentage de la population animale. Dans la sous-région de Guluj, on a relevé des pertes de l’ordre de 30 pour cent. L’état du bétail dans les sous-régions de Gogne et Haykota a été jugé généralement satisfaisant et dans les sous-régions de Forto, Dighe, Agordat et Mogolo, ayant accès à des cours d’eau (Sawa, Hawashait, Barka, Mogoraib et Kaelay), le bétail est en assez bonne santé. Loin des cours d’eau, les pâturages sont en très mauvais état, le surpâturage est flagrant, et on peut voir le bétail regroupé autour de petites zones vertes de pâtures.

En août, les prix indicatifs du bétail dans la sous-région de La-elay Gash (par rapport à ceux de 2001) étaient de: 700 nakfas, prix moyen pour les ovins, contre 800 nakfas en 2001, pour les chèvres, 400 nakfas contre 500 en 2001, pour les bovins, 3 500 contre 7 000 en 2001.

5. ANALYSE DE L’OFFRE ET DE LA DEMANDE CÉRÉALIÈRES, 2002/2003

Le bilan céréalier pour 2002/03 (résumé au tableau 4) est basé sur les hypothèses suivantes:

Tableau 4. Érythrée – Bilan céréalier, 2003

Disponibilités intérieures 124 000
Stocks d’ouverture 50 000
Production intérieure 74 000
Utilisation totale 537 000
Utilisation alimentaire 467 600
Semences et pertes 19 400
Stocks de clôture 50 000
Besoins d’importations 413 000
Capacité d’importation commerciale 80 000
Aide alimentaire en stock/en réserve 50 000
Déficit non couvert 283 000

Les besoins totaux d’importations de céréales en 2003 sont estimés à 413 000 tonnes. La capacité prévue d’importations commerciales étant estimée à 80 000 tonnes et l’aide alimentaire attendue d’ici la fin de l’année, à 50 000 tonnes, le déficit non couvert serait de 283 000 tonnes. Cependant, ces calculs ne tiennent pas compte des importations non officielles. À partir des informations recueillies auprès des négociants, la mission estime que les importations de céréales non officielles, en provenance du Soudan seul, sont de 70 000 à 80 000 tonnes par an environ. Qui plus est, le PAM prévoit de distribuer plus de 120 000 tonnes d’aide alimentaire en 2003 aux populations vulnérables déjà ciblées dans le cadre de son intervention prolongée de secours et de redressement (IPSR) qui devrait être approuvée à la prochaine réunion du Conseil d’administration et de ses deux opérations d’urgence (EMOP) en cours, en supposant que les ressources nécessaires à ces opérations soient obtenues. Cela permettrait de réduire le déficit céréalier non couvert de 2003 à approximativement 93 000 tonnes. Si les ressources nécessaires ne sont pas fournies, le déficit céréalier non couvert devra être pris en charge par une nouvelle opération d’urgence du PAM, qui proposerait jusqu’à 80 000 tonnes d’aide alimentaire.

6. BESOINS D’AIDE ALIMENTAIRE POUR 2003

6.1 Vulnérabilité chronique à l’insécurité alimentaire

Quatre-vingt pour cent de la population érythréenne vit en zone rurale. Les vrais pasteurs représentent à peine 5 pour cent de la population totale et vivent principalement dans la région de la mer Rouge du Sud et dans les zones du Nord et de l’extrême-Sud de la région de la mer Rouge du Nord, où la pluie est insuffisante pour les cultures. Les pasteurs-agriculteurs représentent 25 pour cent de la population et occupent surtout les basses terres de l’Ouest et du Centre-Est de la région de la mer Rouge du Nord, et les régions d’Anseba et de Gash Barka. Les agriculteurs sédentaires représentent 50 pour cent de la population et vivent dans les hauts plateaux de la région de la mer Rouge du Nord, dans les régions de Maekel, Anseba, Gash Barka et Debub, et les basses terres occidentales de la région de Gash Barka. À titre d’exemple, dans la région d’Anseba, environ 30 pour cent de la population sont des pasteurs qui vivent généralement dans le Nord et le Nord-Ouest, 20 pour cent sont des pasteurs-agriculteurs qui occupent essentiellement les zones centrales et 50 pour cent sont des agriculteurs qui sont principalement installés dans le Sud densément peuplé.

Étant donné que la production vivrière de l’Érythrée est presque entièrement pluviale, la fréquence et la répartition des précipitations sont les facteurs déterminants pouvant limiter la production céréalière. Entre 1992 et 2001, l’Érythrée n’a pu satisfaire, en moyenne, que moins de la moitié de ses besoins de consommation céréalière par sa production intérieure.

En raison de la pauvreté extrême, la vulnérabilité chronique à l’insécurité alimentaire est endémique dans toutes les régions de l’Érythrée, et les mécanismes d’adaptation, auxquels a recours la majorité de la population sont limités et se détériorent. C’est notamment le cas dans les régions sujettes à la sécheresse comme celles de la mer Rouge du Nord, de la mer Rouge du Sud et de nombreuses parties de la région d’Anseba. Depuis le conflit avec l’Éthiopie (1998-2000), les populations victimes de la guerre, déplacées à l’intérieur des régions de Gash Barka et de Debub, ainsi que quelques Érythréens déportés d’Éthiopie, ont un accès limité, voire inexistant, à la nourriture, d’où leur extrême vulnérabilité. Ces populations reçoivent actuellement l’aide alimentaire de plusieurs programmes du PAM et autres, et ne font pas l’objet de cette évaluation.

Les populations locales souffrant de vulnérabilité chronique ne varient guère d’année en année. Toutefois, en Érythrée, le nombre de personnes chroniquement vulnérables, tout comme leur degré de vulnérabilité (vulnérabilité de référence), s’est considérablement accru depuis 1997, en raison de la guerre avec l’Éthiopie et de ses conséquences à long terme. De ce fait, la vulnérabilité permanente ou transitoire des populations érythréennes est davantage susceptible de s’accroître brusquement sous l’effet des traumatismes ou des risques actuels, car ces personnes parviennent à peine à joindre les deux bouts et elles tombent facilement dans le dénuement. Les variations du nombre de personnes souffrant de vulnérabilité transitoire en Érythrée sont généralement le reflet des changements dans les précipitations et la production agricole, comme c’est généralement le cas cette année.

6.2 Justification de l’aide alimentaire internationale

La sécurité alimentaire continuera à se détériorer en Érythrée dans l’année à venir en raison de l’arrivée tardive des précipitations qui a engendré une mauvaise récolte et un important déficit alimentaire. Plus d’un million d’Érythréens démunis verront leur accès à la nourriture gravement compromis car les niveaux de production sont faibles, leur pouvoir d’achat est limité, les prix sont élevés et tous les mécanismes d’adaptation ont été épuisés. Un nombre relativement élevé de têtes de bétail a déjà été vendu, consommé ou a péri, et le moyen de survie le plus courant, le travail occasionnel, est limité par la pénurie grave de main-d’œuvre familiale due au départ des jeunes gens au service militaire. Comme indiqué auparavant, les disponibilités alimentaires poseront cette année un problème extrêmement grave, compte tenu de l’importance du déficit alimentaire national, estimé à 283 000 tonnes, des réserves limitées de devises dont dispose le GSE pour acheter la nourriture, et de la sécheresse qui sévit dans les pays voisins, comme l’Éthiopie et le Soudan.

Le pays est confronté à une série de problèmes à plus long terme, dont certains proviennent de son récent conflit avec l’Éthiopie voisine, et qui sont maintenant aggravés par les précipitations insuffisantes cette année et la chute de la production vivrière et, potentiellement, de la production animale. Une aide alimentaire d’urgence sera nécessaire au moins jusqu’à la récolte de l’année prochaine, afin d’éviter des pertes de vies humaines, le dénuement, la liquidation des moindres biens de production et un exode causé par la détresse. La prochaine récolte importante aura lieu en novembre/décembre 2003. Les zones des régions de la mer Rouge du Nord et d’Anseba risquent de bénéficier aussi d’une récolte de cultures à cycle long début octobre grâce aux pluies azmera de mars à mai. Toutefois, cette dernière campagne a donné de très maigres résultats dans les zones les plus vulnérables durant les trois dernières années, et la réussite des deux récoltes dépendra essentiellement des conditions climatiques qui ont été extrêmement aléatoires ces dernières années.

Un grand nombre de projets de construction d’ouvrages communautaires, concernant notamment la gestion de l’eau et la conservation des sols, qui sont indispensables à l’amélioration de la vie des Érythréens, attendent depuis plusieurs années d’être mis en œuvre. Il serait très utile d’y faire travailler de la main-d’œuvre contre des vivres. Mais la politique actuelle du gouvernement n’autorise pas les programmes vivres-contre-travail. Néanmoins, si celle-ci change, la mission recommande que des vivres soient fournies dès que possible dans le cadre de programmes vivres-contre-travail, pour pouvoir à la fois mieux cibler l’aide sur les personnes les plus vulnérables, et créer des ouvrages qui amélioreront les perspectives de sécurité alimentaire à l’avenir. Toutefois, les populations vulnérables qui n’ont pas la main-d’œuvre nécessaire devront bénéficier de distributions gratuites, si nécessaire.

Durant cette mission d’évaluation, les données disponibles n’ont pas permis d’évaluer les niveaux de vulnérabilité et les besoins spécifiques des populations urbaines, mais, d’une façon générale, la mission pense qu’elles sont moins vulnérables que celles des zones rurales. L’analyse ci-après porte sur la vulnérabilité et les besoins d’urgence des populations rurales uniquement.

6.3 Ciblage de l’aide alimentaire

Ciblage géographique

D’une façon générale, les précipitations ont été tardives et considérablement inférieures à la normale pendant la saison en cours, sur l’ensemble du pays. Les perspectives de production vivrière sont donc en baisse dans toutes les grandes zones de production vivrière. Toutefois, depuis fin juillet, les précipitations ont généralement été suffisantes pour améliorer les pâturages et la disponibilité en eau, après la sécheresse des mois de mars à juin qui a causé de nombreuses pertes de bétail, laissant le reste du troupeau en mauvaises conditions physiques. L’état du bétail s’améliore et les perspectives de la production animale seront, en général, satisfaisantes et même bonnes si les pluies se poursuivent jusqu’à fin septembre. Par conséquent, les populations des sous-régions qui dépendent davantage des récoltes sont plus vulnérables à l’insécurité alimentaire actuelle que les populations vivant de l’élevage. L’aide alimentaire d’urgence devra être dirigée essentiellement vers les sous-régions du nord-est et du centre nord de Gash Barak et les régions d’Anseba, de Maekel, de Debub et de la mer Rouge du Nord, qui dépendent davantage des récoltes.

Ciblage des groupes socio-économiques

Dans toutes les zones mentionnées ci-dessus, les groupes les plus vulnérables sont les agriculteurs et les pasteurs-agriculteurs les plus pauvres qui sont tributaires des récoltes. Les groupes plus aisés et les groupes à revenu moyen ont généralement un cheptel plus important et possèdent d’autres biens qui les aident à surmonter les pertes de production vivrière, tandis que les populations plus démunies n’ont aucune autre ressource. Quoiqu’il en soit, il faut noter qu’à peu d’exceptions près, même dans les années normales, ces populations ont rarement couvert plus de la moitié de leurs besoins alimentaires avec leur propre récolte, l’autre moitié de leurs besoins alimentaires et financiers étant couverte par des activités de production animale, du travail occasionnel et d’autres moyens. Certains de ces mécanismes d’adaptation seront sans doute plus limités en 2003, mais beaucoup seront toujours viables. Pour cette raison, les populations n’auront vraisemblablement pas besoin d’aide alimentaire pendant toute l’année. L’aide alimentaire sera donc ciblée sur des populations déterminées qui souffrent le plus du déficit de la production vivrière, qui dépendent le plus directement des récoltes, et qui n’ont pas la possibilité de combler le manque de nourriture ou de revenus par d’autres sources de revenus et des stratégies d’adaptation.

6.4 Mécanismes d’adaptation

La grande majorité de la population rurale vit en temps normal dans des conditions proches du niveau de subsistance. Les études précédentes indiquent qu’en Érythrée, dans les périodes de pénurie alimentaire, les communautés utilisent les stratégies d’adaptation suivantes:

Le travail occasionnel est le mécanisme d’adaptation et de production de revenu plus couramment choisi par la majorité des Érythréens. La grave pénurie de main-d’œuvre, due au départ de beaucoup de jeunes gens pour le service militaire, compromet les activités productives normales, comme le labourage et le sarclage, et réduit, par ailleurs, les possibilités offertes par les stratégies d’adaptation, aggravant ainsi l’insécurité alimentaire des ménages. Une autre activité est l’aviculture pour la production d’œufs et de viande. Elle est pratiquée surtout par les femmes au niveau familial, tandis que les autres types d’élevage sont quasi exclusivement aux mains des hommes. La population pratique également la cueillette des fruits sauvages et d’autres plantes pendant la saison. La récolte est vendue, ou consommée, selon l’accès au marché et/ou la demande. La production laitière est une source importante de revenus surtout pour les pasteurs et les pasteurs-agriculteurs. La plupart des animaux n’ont pas produit de lait de mars à juillet, mais dès la mi-août, la production laitière a repris dans beaucoup de zones, et elle augmente.

En l’absence des jeunes gens, un grand nombre de ménages ont, de fait, une femme à leur tête. Étant donné que ces ménages sont privés de leur principale source de main-d’œuvre habituelle, il leur est plus difficile d’avoir recours au travail occasionnel, aux programmes vivres-contre-travail, ou espèces-contre-travail, ou à d’autres activités à forte intensité de main-d’œuvre. Beaucoup de ces jeunes ménages doivent compter sur la famille élargie, les femmes et les enfants étant accueillis par les parents et les grands-parents. Cependant, dans le cas des populations le plus démunies, ce regroupement des capacités et des biens ne suffit pas toujours à subvenir de manière satisfaisante aux besoins alimentaires, surtout cette année où la production est très mauvaise.

Comme la majorité des populations rurales ne couvre pas plus de la moitié de leurs besoins alimentaires annuels par leur propre production vivrière, la nourriture qui manque doit, en grande partie, être achetée sur le marché. Le prix des céréales a beaucoup augmenté (en août, le prix du sorgho était supérieur de 33 pour cent en moyenne à celui pratiqué à la même période en 2001) depuis l’année dernière à la même époque, et l’annonce et l’impact de l’énorme déficit national de l’approvisionnement céréalier devraient faire monter considérablement les prix dans les mois qui viennent. La plupart des habitants des zones rurales ont déjà un pouvoir d’achat très bas de leur vulnérabilité chronique, et leur aptitude à se procurer de la nourriture sera compromise davantage encore par la hausse des prix, la baisse de la production vivrière, la chute probable des prix du bétail s’il y a surabondance d’animaux sur le marché, et le recul des perspectives d’emploi occasionnel et de la disponibilité de la main-d’œuvre.

Les besoins d’aide alimentaire d’urgence en Érythrée seront considérables en 2003, mais dans beaucoup d’endroits, la population risque de s’accoutumer à cette assistance et de compter sur une aide régulière. Cette attitude aurait un effet destructeur sur certaines des stratégies traditionnelles d’adaptation et créerait un cercle vicieux pouvant mener à la dépendance. Il est par conséquent indispensable que l’aide alimentaire d’urgence soit destinée uniquement à ceux qui en ont besoin pour survivre ou qui, sans elle, seraient totalement démunis.

Le tableau 5 contient des estimations concernant les populations actuellement les plus vulnérables, et leurs besoins en aide alimentaire, par région. En raison de l’insuffisance de la production vivrière annoncée, associée aux niveaux élevés de vulnérabilité chronique qui portera beaucoup de ménages à des niveaux élevés de vulnérabilité, plus de un million de personnes dans au moins cinq régions auront besoin de 140 000 tonnes d’aide alimentaire d’urgence en 2003. Par ailleurs, des évaluations ultérieures plus détaillées des besoins alimentaires devront être effectuées dans les mois à venir afin de déterminer plus précisément les zones et les populations qui devront être ciblées.

Tableau 5. Érythrée – Estimations des besoins d’aide alimentaire d’urgence en 2003

Région Nombre de personnes ayant
besoin d’aide
Estimation des besoins d’aide
alimentaire (tonnes)
Anseba 128 288   17 319
Debub 393 808   53 164
Gash-Barka 309 590   41 795
Maekel 100 132   13 518
Mer Rouge du Nord 105 932   14 301
TOTAL 1 037 749 140 096
Rations: 15 kg/personne/mois (2 100 Kcal/jour) d’un mélange de céréales, légumineuses et huile.
Durée de l’aide: 9 mois, février-octobre 2003.

6.5 Distribution

Entre la reprise de ses opérations en novembre 1999 et juillet 2002, le PAM a distribué plus de 283 000 tonnes de denrées alimentaires par le biais de son partenaire opérationnel gouvernemental ERREC. Il a entrepris pour cela deux opérations d’urgence (EMOP) distinctes en faveur des populations victimes de la guerre et de la sécheresse. En janvier et février 2002, les vivres du PAM ont été distribués à près d’un million de bénéficiaires, au rythme de 17 000 tonnes par mois. Depuis lors, les chiffres ont progressivement baissé tombant à 350 000 bénéficiaires et 5 500 tonnes par mois actuellement. Le PAM prévoit de les accroître à nouveau pour atteindre 540 000 bénéficiaires et 9 200 tonnes par mois vers la fin de l’année, grâce aux projets nouveaux et élargis et à la nouvelle année scolaire en septembre, où un programme d’alimentation scolaire d’urgence permettra de venir en aide à quelque 80 000 élèves.

Les stocks du PAM et les arrivages annoncés suffiront à approvisionner les programmes prévus jusqu’à la fin de l’année. Cependant, pour faire face à la hausse brutale annoncée du nombre des bénéficiaires touchés par la sécheresse, il faudra trouver le solde manquant pour les deux opérations d’urgence (environ 63 000 tonnes).

En 2002, l’aide alimentaire fournie par le PAM et par d’autres donateurs bilatéraux couvrira environ 30 pour cent du total des besoins en céréales. Le reste est couvert par les récoltes locales, les importations commerciales et publiques et les prêts bilatéraux.

6.6 Logistique

L’Érythrée a entrepris d’importants aménagements dans le port de Massawa, mais sa capacité de manutention des grains en vrac reste limitée; des investissements supplémentaires - relativement faibles –

pour améliorer la capacité d’ensachage et d’entreposage permettraient d’éviter les retards qui entraînent des dépenses de surestaries et de diminuer les coûts disproportionnés du fret maritime à destination de l’Érythrée.

Seule la moitié des camions immatriculés est actuellement en service en Érythrée et, vu leur ancienneté, il est fort probable que ce pourcentage diminue encore. Cela va pénaliser en coût et en temps la livraison des denrées alimentaires du port aux entrepôts centraux et leur transport aux points de livraison en zone rurale. Le transport secondaire dans les endroits reculés sera d’autant plus touché que le réseau des routes d’accès n’est praticable qu’avec des camions en bon état et/ou équipés de quatre roues motrices.

Il est urgent d’améliorer et d’élargir la capacité d’entreposage en Érythrée au cas où des livraisons massives de denrées alimentaires seraient nécessaires. La capacité actuelle de 165 000 tonnes (à l’exclusion de Assab) s’est avérée insuffisante en 2001 quand les cargaisons d’aide alimentaire et d’importations commerciales sont arrivées ensemble à Massawa au deuxième semestre.

La réception, la manutention et le transport de l’aide alimentaire en Érythrée sont assurés par le Comité Érythréen de réhabilitation et de secours (ERREC), organe de coordination globale de toute l’aide et partenaire opérationnel du PAM et par DIA/UE (Dutch Interchurch Aid/Union européenne). En raison du ciblage accru des bénéficiaires et de la diversité des programmes, ERREC a des besoins urgents de personnel, d’équipement et de matériel supplémentaire pour pouvoir s’acquitter de sa tâche de façon satisfaisante.

Les grandes quantités d’aide alimentaire destinées à l’Érythrée (plus de 200 000 tonnes) devraient s’accompagner d’investissements dans la capacité portuaire, l’entreposage, et les moyens de gestion de l’organisme opérationnel ERREC, pour garantir la livraison rentable, efficace et rapide des denrées aux bénéficiaires dans tout le pays. Sans ces investissements, les livraisons seront retardées et insuffisantes, il y aura des pertes de denrées et les coûts du transport et de la manutention seront exorbitants. Le gouvernement ou des institutions financières internationales devraient par ailleurs être invités à financer le remplacement d’une partie du matériel roulant en Érythrée.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d’informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s’adresser aux soussignés pour un complément d’informations le cas échéant.
Bureau du Chef
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Mél:
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Khaled Adly
Directeur régional, ODC, PAM, Le Caire
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Mél: Khaled. Adly@wfp.org
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1. Le mélange de blé et d’orge «Hanfez» est cultivé en grandes quantités à côté des variétés pures.

2. Taux de change officiel en août 2002, 1 dollar E.-U. = 13,55 nakfas.