SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES AU SOUDAN

24 décembre 2002

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Faits saillants

  • La production céréalière 2002 devrait s'établir à 3,8 millions de tonnes, soit un recul de près de 30 pour cent par rapport à l'année précédente et de 15 pour cent par rapport à la moyenne des cinq dernières années.
  • La baisse de production est due au retard et à la répartition inégale des précipitations ainsi qu'à la réduction des superficies cultivées dans le secteur irrigué par comparaison à l'an dernier.
  • Les besoins d'importations céréalières, de blé pour l'essentiel, pour 2002/03 (novembre/octobre) devraient être de l'ordre de 1,3 million de tonnes, dont environ 1,1 million de tonnes importées par voie commerciale.
  • L'état du bétail et des pâturages est généralement stable dans la majeure partie du pays et les revenus des éleveurs devraient augmenter en raison de la levée de l'embargo imposé jusqu'alors par plusieurs pays de la péninsule arabique sur les importations de bétail en provenance du Soudan.
  • Les besoins d'aide alimentaire, destinée à près de 3,5 millions de personnes déplacées, victimes de la sécheresse et en situation de vulnérabilité, en particulier dans le Soudan méridional et dans les monts Nouba ainsi que dans certaines régions occidentales et orientales, sont estimés à environ 230 000 tonnes.
  • Une aide d'urgence est également nécessaire pour fournir des semences et d'autres intrants agricoles aux populations touchées en prévision de la prochaine campagne agricole qui commencera en avril/mai dans le sud et en juin/juillet dans le nord.

1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires s'est rendue dans le sud du Soudan du 6 au 29 octobre 2002 et dans le nord, du 10 novembre au 1er décembre 2002, pour estimer la production céréalière de la campagne en cours, établir une prévision de la production de blé des superficies préparées pour les semis et évaluer les besoins d'importations céréalières pour la campagne de commercialisation 2002/03 (novembre/octobre). La mission a pu se rendre dans 24 des 26 États du pays et accéder aux zones contrôlées tant par les forces gouvernementales que par les rebelles.

La mission a bénéficié de l'entière coopération du Ministère fédéral de l'agriculture et de la Commission chargée de l'aide humanitaire (HAC) qui ont désigné certains de leurs hauts fonctionnaires pour l'accompagner. Les ministères de l'agriculture des États et les divers périmètres d'irrigation ont fourni à la mission des données avant-récolte sur les superficies et les rendements que la mission a pu comparer à celles qu'elle a recueillies au cours de ses visites sur le terrain et lors d'entretiens avec des agriculteurs et des négociants. Des informations essentielles ont pu également être obtenues auprès de collectivités locales, d'organismes des Nations Unies et d'organisations non gouvernementales (ONG).

Dans le sud du Soudan, les zones tenues par les rebelles (secteur méridional) ont été visitées à partir du Kenya. Les éléments d'appréciation ont été fournis par le Coordonnateur de l'Organisation des secours et de relèvement du Soudan chargé de l'agriculture (SRRA) et complétés par l'Unité des opérations d'urgence de la FAO, le personnel du PAM et les rapports du programme FEWS de l'USAID. Des informations locales spécifiques ont pu être obtenues auprès de Norwegian People's Aid (NPA), les Services de secours catholique, Save the Children Royaume-Uni, Action Contre la Faim (ACF), Concern, Oxfam Royaume-Uni, ANV, Tear-Fund and VSF-Pays-Bas. Dans les régions contrôlées par le gouvernement (secteur septentrional), les données ont été fournies par les Ministères de l'agriculture des États et le service d'alerte rapide de la HAC ainsi que par le personnel de l'Unité des opérations d'urgence de la FAO sur le terrain et des ONG dont ACCORD, ACF, Oxfam Royaume-Uni, le Comité international de la Croix rouge, IIRA, le Conseil des églises au Soudan et Agro-Action Allemagne.

La mission a noté que dans l'ensemble du pays, la campagne agricole 2002 a été marquée par des pluies tardives et inégalement réparties, notamment au cours des six premiers mois de l'année.

Dans le nord du pays, la campagne agricole 2002 s'est surtout caractérisée par une contraction sensible des emblavures céréalières irriguées (de sorgho principalement) par rapport à l'an dernier. Cette diminution s'explique en grande partie par un ajustement des surfaces irriguées en céréales qui ont été ramenées à un niveau normal ou plus proche de la moyenne, après l'augmentation exceptionnelle en 2001 résultant des mesures incitatives prises par le gouvernement. La superficie irriguée sous céréales en 2002 a donc baissé d'environ 40 pour cent par rapport à 2001.

Dans le sud du pays, les troubles intérieurs et l'insécurité ont continué à freiner les activités agricoles. Bien que des semences aient été distribuées en quantité suffisante et à temps aux agriculteurs et aux personnes déplacées réinstallées, et que l'incidence des migrateurs nuisibles ait été faible cette année, la recrudescence de la guérilla dans plusieurs zones au cours de la campagne 2002, le vol de bétail accompagné de représailles et les rivalités interethniques expliquent la réduction de près de 10 pour cent des emblavures, notamment dans les régions de Bahr el Jebel et d'Équatoria Est. Ce facteur, associé aux précipitations tardives et irrégulières qui ont été enregistrées dans la majeure partie du pays, a entraîné un fléchissement de la production céréalière d'environ 20 pour cent par rapport à l'année précédente.

Globalement, la mission prévoit que le total de la production céréalière au Soudan pour 2002/03 se situera autour de 3,79 millions de tonnes, dont 2,80 millions de tonnes de sorgho, 618 000 tonnes de mil, 232 000 tonnes de blé (à récolter en avril/mai 2003) et 138 000 tonnes d'autres céréales (maïs et riz pour l'essentiel). D'après ces chiffres, la production céréalière diminuera d'environ 30 pour cent par rapport au résultat satisfaisant de l'an dernier et de près de 15 pour cent par rapport à la moyenne des cinq dernières années. De ce fait, les besoins d'importations céréalières pour la campagne 2002/03 (novembre/octobre) devraient avoisiner 1,3 million de tonnes; sur cette quantité, 1,1 million de tonnes devraient être importées par circuits commerciaux.

Compte tenu de l'augmentation des recettes d'exportation tirées de l'exploration pétrolière au cours des cinq dernières années et de la reprise des exportations de bétail vers les pays de la péninsule arabique, de l'Arabie Saoudite surtout, suite à la levée de l'embargo jusqu'alors imposé en raison de la fièvre de la vallée du Rift, les perspectives micro- et macro-économiques sont encourageantes. Les récents pourparlers de paix qui se sont déroulés à Machakos (Kenya) afin de mettre un terme aux longues années de rivalités intestines au Soudan et qui ont abouti à la signature d'un Mémorandum d'entente le 15 octobre 2002 permettent d'envisager une résolution pacifique du conflit. Si tel est le cas, l'agriculture et les autres activités économiques pourraient à nouveau se développer dans le Soudan méridional.

Dans le nord du Soudan, le bétail se porte en général bien. On s'attend toutefois à ce que la médiocre productivité des pâturages dans les zones occidentales et orientales se solde par des pénuries d'aliments du bétail. La reprise des exportations de bétail a toutefois déjà permis de consolider les prix et de faire pencher les termes de l'échange en faveur des éleveurs.

Dans l'ensemble, la situation alimentaire est assez stable, mais plusieurs zones souffrent de pénuries aux niveaux régional et local. Le Soudan méridional est particulièrement touché, du fait surtout de déplacements de population et de mauvaises récoltes. L'excédent de céréales prévu dans les États d'Équatoria Ouest et de Lacs ne pourra pas être transféré dans les régions déficitaires, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ces États, du fait du cloisonnement des marchés et du démantèlement de l'infrastructure et des voies commerciales habituellement utilisées. Dans le nord du Soudan, certaines zones du grand Kordofan et des États du Darfour et de la mer Rouge ont également engrangé de piètres récoltes plusieurs fois de suite. D'après les estimations, les besoins d'aide alimentaire en 2003 représenteront 230 000 tonnes.

Il faudra également soutenir à temps le secteur agricole pour la prochaine campagne qui commencera en avril/mai au sud et en juin/juillet au nord. L'aide d'urgence devra prévoir la fourniture de semences (à distribuer de bonne heure) et d'autres intrants agricoles.

2. RÉCENTES ÉVOLUTIONS DE L'ÉCONOMIE

Depuis les cinq dernières années, le Soudan bénéficie d'un climat macro-économique favorable qui résulte en grande partie de l'augmentation des exportations de pétrole. Ces exportations, négligeables au milieu des années 90, représentaient 275,9 millions de dollars E.-U. en 1999 et ont quadruplé l'année suivante pour s'élever à 1,24 milliard de dollars E.-U. Avec un taux de croissance global d'environ 4,5 à 5 pour cent, la balance commerciale du pays, qui accusait un déficit chronique, est devenue excédentaire. L'inflation a baissé et s'est stabilisée à environ 6-7 pour cent l'an dernier.

L'agriculture reste le principal secteur de l'économie soudanaise en terme de contribution au PIB (41 pour cent en 2001) et d'emploi puisqu'elle occupe plus de deux tiers de la population. Depuis 1997, l'agriculture a toutefois perdu de son importance au profit du pétrole. Les produits traditionnels d'exportation - coton et bétail surtout, avec des pics respectifs atteints en 1995/96 et 1997/98- ont reculé et cédé la place au sésame qui est aujourd'hui une source d'exportation de haute valeur au Soudan, ayant rapporté, par exemple, un revenu record de 150 millions de dollars E.-U. en 1999/00. Le prix élevé du sésame durant la campagne en cours devrait encourager la progression des emblavures. Le gouvernement tente de relancer la production et l'exportation de la gomme arabique dont les exportations n'ont cessé de décroître régulièrement, passant de plus de 45 000 tonnes dans les années 60 à moins de 25 000 tonnes à présent.

La valeur totale des exportations agricoles augmentera sans doute à nouveau car les exportations de bétail remontent suite à la levée de l'embargo imposé jusqu'à maintenant par l'Arabie saoudite et par d'autres grands importateurs du Moyen-Orient. Les récentes campagnes visant à encourager l'expansion des superficies sous coton dans les principaux périmètres d'irrigation permettront également de stimuler les exportations agricoles.

L'Autorité chargée de gérer les stocks de produits stratégiques, créée à la fin des années 2000, a commencé à constituer une petite réserve de céréales, de sorgho essentiellement, dans l'objectif principal de stabiliser les prix. Les limites de capacité de stockage et les frais associés au maintien de ce stock risquent malheureusement de poser certaines difficultés.

3. PRODUCTION CÉRÉALIÈRE EN 2002

Les céréales sont les principales cultures de base au Soudan, le sorgho fournissant près de 60 pour cent du total des céréales consommées. Seuls les États du Sud consomment d'autres hydrates de carbone (manioc et patates douces principalement), en quantité importante. Le sorgho et le mil sont cultivés dans l'ensemble du pays durant la saison des pluies, d'avril à octobre. Pendant l'hiver, de novembre à mars, on cultive le blé dans les divers périmètres d'irrigation. Le maïs, souvent intercalé à d'autres cultures, est cultivé selon des méthodes traditionnelles non mécanisées, sur des parcelles restreintes mais importantes sur le plan local, sur les rives des cours d'eau où l'on se sert de l'humidité résiduelle consécutives aux décrues. Du riz irrigué est également produit, en petite quantité, dans certaines zones.

3.1 Principaux facteurs affectant la production en 2002

3.1.1 Financement et crédit agricoles

Grâce à l'accroissement des revenus tirés des exportations de pétrole, les capacités d'investissements agricoles du gouvernement soudanais ont considérablement augmenté. Cela se reflète notamment dans le secteur irrigué où des fonds spécifiques ont été attribués à la remise en état des infrastructures d'irrigation. Le périmètre de Gezira a pu ainsi signaler une meilleure gestion de l'eau durant la campagne de production en cours, ce qui a incité le gouvernement à décaisser des fonds supplémentaires pour mener à bien des travaux de rénovation similaires au cours des trois prochaines années.

Le rôle des périmètres d'irrigation quant à la fourniture des intrants de production a totalement changé. Depuis la campagne en cours, les agriculteurs doivent chacun utiliser leurs propres ressources ou obtenir un prêt bancaire pour acheter les intrants (engrais particulièrement) dont ils ont besoin, ce qui modifie profondément le système traditionnel.

Les crédits bancaires servent avant tout au financement des activités de production, comme le labourage, le désherbage et la récolte. Plus de deux tiers des crédits sont consacrés à l'agriculture irriguée, près d'un quart à l'agriculture pluviale mécanisée et moins d'un dixième au secteur traditionnel. Environ 60 pour cent des prêts sont en espèces et 40 pour cent en nature. Plusieurs banques (la Banque agricole du Soudan, la Banque Omdurman, la Banque islamique, la Banque de Khartoum, Baraka, la Banque française et la Banque commerciale) offrent des prêts agricoles à des taux apparemment raisonnables. Mais en réalité, seules l'agriculture irriguée et les exploitations commerciales du secteur pluvial mécanisé de plus de 500 feddans (soit plus de 200 hectares) peuvent en profiter. Les petits producteurs dans le secteur traditionnel pluvial sont totalement exclus. Selon des témoignages anecdotiques, nombre d'agriculteurs remplissent les conditions pour obtenir un prêt bancaire mais ne le font pas par peur, semble-t-il, de perdre leurs biens au cas où ils ne pourraient le rembourser. Le transport des engrais et des autres intrants, du lieu d'achat jusqu'aux exploitations, représente également des frais supplémentaires et agit comme un nouveau facteur de dissuasion. Le recul de la production cette année s'explique donc en partie par la baisse d'utilisation des engrais et d'autres intrants résultant des nouvelles dispositions financières.

La distribution gratuite de semences de variétés de sorgho à haut rendement aux petits exploitants en vue d'encourager et d'accroître la production est l'un des aspects positifs de la campagne en cours. Il faut en outre noter que le secteur de l'agriculture mécanisée a pu bénéficier d'une grande quantité de carburant.

3.1.2 Pluviométrie

Au Soudan, les précipitations annuelles sont très variables puisqu'elles sont presque nulles dans le nord et peuvent atteindre 1 800 mm dans l'État méridional d'Équatoria Ouest. En 2002, les pluies sont arrivées tard dans la majeure partie du pays et plusieurs régions ont cru par erreur au commencement de la saison. Les précipitations ont été ensuite mal réparties, ce qui a souvent nécessité de réensemencer, surtout dans les zones septentrionales, plus sèches. La fin de la saison a été plus variable, avec un arrêt des pluies précoce dans certains secteurs et une bonne continuité dans d'autres. Dans l'ensemble du pays, la fluctuation des précipitations localisées à l'intérieur de zones géographiques comparativement restreintes semble avoir été plus importante cette année que d'habitude.

L'insuffisance générale des pluies dans toute la Corne de l'Afrique cette année a également fait baisser le niveau du Nil et de ses divers affluents. Dans certaines zones occidentales chroniquement sujettes à la sécheresse (certains secteurs du Kordofan et du Darfour), les précipitations se sont prolongées jusqu'en octobre, ce qui a permis aux pâturages d'être en relativement bon état à la fin de la campagne et de compenser en partie la médiocrité de la production agricole.

Dans le Soudan méridional, le volume annuel des précipitations augmente lorsque l'on passe du nord au sud et de l'est à l'ouest, ce qui s'est confirmé en 2002. Les pluies ont toutefois commencé en retard et des périodes de sécheresse de parfois trois semaines en juin, et plus rarement, en juillet ont été signalées. Les précipitations ont été en général plus régulières en août et en septembre, et ont continué en octobre. La pluviosité totale pour la campagne a cependant été nettement inférieure à la moyenne partout, en particulier dans la région d'Aweil et dans l'État du Nil supérieur.

3.1.3 Superficies cultivées

La campagne agricole en cours est marquée par une réduction sensible des surfaces sous sorgho irrigué qui accuse un recul d'environ 40 pour cent par rapport à 2001. Cette situation s'explique en partie par l'insuffisance des précipitations, mais surtout par l'ajustement des superficies irriguées en céréales en 2001 qui ont été ramenées à la moyenne sur le long terme, après avoir considérablement augmenté sous l'effet des mesures d'incitation prises par le gouvernement. On peut donc considérer qu'il s'agit d'un retour rationnel à la politique affichée par le ministère de l'agriculture qui consiste à favoriser l'amélioration de la productivité plutôt que l'accroissement des surfaces. La forte compression des emblavures de sorgho irrigué cette année dans l'État du Nord (qui sont passées de 16 000 hectares à moins de 500) est directement imputable aux crues inhabituellement faibles du Nil. La petite superficie de riz dans le nord - notamment près de Kosti - a légèrement fléchi cette année pour s'établir à quelque 7 000 hectares, contre plus de 8 000 hectares l'année précédente, du fait de la diminution des crues.

En 2002, le total des superficies consacrées aux cultures pluviales dans les secteurs mécanisé et traditionnel n'a pas changé par rapport à 2001. Néanmoins, en raison de l'arrivée tardive des pluies et de leur arrêt souvent précoce, la part des superficies emblavées ayant donné soit une production non rentable sur le plan économique, soit une production nulle, a plutôt augmenté par rapport à l'an dernier. Le total des emblavures cache toutefois d'importantes différences au niveau local. Ainsi, les surfaces consacrées aux cultures mécanisées auraient diminué dans le comté de Malakal, mais augmenté dans celui de Renk, reflétant une nouvelle fois la variation locale de la pluviosité.

3.1.4 Intrants agricoles

Au Soudan, les agriculteurs du secteur irrigué sont les principaux utilisateurs d'engrais, de pesticides, d'herbicides et de semences améliorées. Les engrais ont été moins utilisés cette année en raison à la fois de l'augmentation des prix (subventionnés) et d'un changement de politique au niveau de l'achat et de la distribution des engrais. Jusqu'à maintenant, les exploitants officiellement recensés pouvaient obtenir des engrais (de l'urée, en général), à des prix intéressants, auprès des sociétés chargées de gérer les périmètres. Cette prestation a cessé et les agriculteurs, s'ils souhaitent acheter des engrais, doivent dorénavant obtenir et négocier eux-mêmes les prêts et trouver des fournisseurs. Cette charge logistique supplémentaire et, dans de nombreux cas, le manque de conviction des exploitants quant à l'intérêt d'utiliser des engrais ont contribué à en diminuer l'usage, comme on peut le remarquer cette année. En revanche, l'utilisation des semences améliorées aurait progressé car de nombreuses sociétés gérant les périmètres en ont fournies, gratuitement parfois, aux agriculteurs. Parmi les variétés améliorées de sorgho cultivées cette année figurent 'Wad Ahmed', 'Gadam Hamam', 'Arfa Gadamek', tandis que les semences de qualité supérieure 'Tabet' continuent à être largement répandues. Les principales variétés de blé cette année sont 'Wadi Nil', 'Nilein', 'Dibera', 'Shamsix' (120 jours pour toutes) et 'Kundur' (100 jours). Le secteur traditionnel a pu bénéficier en partie des semences distribuées par les ONG et les organismes des Nations Unies, dont la FAO.

Le prix du pétrole (en augmentation l'an dernier suite au retrait des subventions) continue à décourager l'expansion des semis et des cultures dans le secteur mécanisé, bien que du carburant ait été disponible en quantité suffisante cette année. Le secteur mécanisé est également touché par une baisse non maîtrisée du nombre de tracteurs opérationnels et de la qualité de l'entretien requis pour ces véhicules et pour d'autres matériels, toujours en usage.

3.1.5 Adventices, ravageurs et maladies

En 2002, l'incidence des ravageurs et des maladies a été relativement faible grâce aux vastes campagnes de lutte menées par plusieurs ministères publics durant l'année. Ainsi, Gedaref a mis sur pied un programme de pulvérisation aérienne pour lutter contre les oiseaux granivores et les criquets arboricoles sur une superficie de 32 000 et de 3 500 hectares respectivement.

Le striga est responsable de pertes de sorgho et de mil, notamment dans les secteurs de l'ouest et de l'est, plus secs et moins fertiles. Il commencerait à être problématique dans les zones méridionales sous contrôle du gouvernement où les cultures itinérantes ont été abandonnées en raison de la demande pressante de terres et où l'augmentation du taux d'exploitation s'est accompagnée d'une perte de fertilité des sols. Dans l'État de Nil blanc, les agriculteurs du secteur mécanisé ont accru les superficies sous mil, étant convaincus que le striga s'attaque moins au mil qu'au sorgho. Bien qu'importante au niveau local, l'incidence du striga dans l'ensemble du pays cette année peut être considérée tout au plus comme modérée. Dans le périmètre d'irrigation de décrue de Tokar, le mesquite continue à progresser sur les terres arables et l'on estime aujourd'hui que près de 25 pour cent des 16 500 hectares du périmètre sont envahis.

Dans l'État du Nord, la faiblesse des crues du Nil a contribué à la prolifération des plantes adventices dans les aires consacrées aux cultures maraîchères d'hiver le long des rives. Les mauvaises herbes qui auraient normalement germé après les crues, puis auraient été arrachées au moment de la culture, ont profité de l'irrigation et poussé cette année en même temps que les légumes. Les sauteriaux et les criquets arboricoles semblent avoir posé des problèmes cette année. Dans le Gedaref, malgré les campagnes de lutte du gouvernement mentionnées précédemment, le sorgho a été infesté par des sauteriaux, ce qui a souvent exigé de réensemencer. Des invasions acridiennes sont également responsables des pertes de récoltes dans le périmètre de Suki dans l'État de Sennar, comme dans plusieurs zones du Kordofan et du Darfour. Les termites ont fait des dégâts dans certaines des zones les plus sèches du pays où ils s'en sont pris tant aux semences qu'aux végétaux en cours de croissance. La présence de la cécydomie du sorgho et du ver du mil a été signalée dans de nombreux endroits mais leur incidence a été généralement peu importante.

L'an dernier, les punaises avaient ravagé les cultures de pastèque dans de nombreuses zones. Selon certains ministères de l'agriculture des États, leur faible impact cette année serait une conséquence adjacente des campagnes organisées pour lutter contre les invasions acridiennes. Dans d'autres États, des dispositifs mécaniques ont été utilisés pour combattre spécifiquement ce ravageur; dans le Kordofan Nord, par exemple, plus de 280 tonnes de punaises de la pastèque auraient été ramassées à la main dans le cadre d'un programme vivres-contre-travail parrainé par le PAM. Les oiseaux granivores (notamment le quelea quelea, considéré comme un fléau national) seraient à l'origine des pertes de céréales dans diverses localités du nord mais les dégâts sont moins importants que les années précédentes, résultat attribuable en partie au moins aux mesures de lutte prises par les autorités gouvernementales. Début décembre, des dégâts pourraient encore être provoqués par les oiseaux mais on ne s'attend pas à ce qu'ils soient aussi graves que l'année écoulée. Dans le sud, l'insécurité écarte toute possibilité d'effectuer des pulvérisations aériennes alors que les variétés de sorgho à maturation tardive dans les zones occidentales de l'État du Nil supérieur sont particulièrement vulnérables.

Le charbon couvert endommage souvent aussi bien le sorgho que le mil, son incidence étant la plus forte dans le secteur traditionnel du fait de l'utilisation de semences non traitées, et l'on a signalé sa présence dans de nombreuses zones. On a noté quelques occurrences de vrai mildiou sur le mil, mais en général sans gravité. Dans le sud, les arachides continuent à être affectées par le virus de la rosette et par l'anthracnose, et le manioc par le virus de la mosaïque, mais le taux d'atteinte de ces maladies semble normal.

3.2 Prévisions de la production céréalière

En 2002/03, la production totale de céréales au Soudan est estimée à 3,79 millions de tonnes, dont 2,80 millions de tonnes de sorgho, 618 000 tonnes de mil, 232 000 tonnes de blé, 107 000 tonnes de maïs et 31 000 tonnes de riz. La production céréalière enregistrera, au total, un repli d'environ 30 pour cent par rapport à l'an dernier et de 15 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale. Le tableau 1 indique les chiffres de production, par État, pour 2002/03 et les met en regard de ceux de 2001/02. On trouvera dans le tableau 2 des données sur les superficies ensemencées en céréales, les rendements et la production par région pour les cinq dernières années.

3.3 Autres cultures

L'expansion de la superficie sous pastèque cette année, notamment dans les États du Kordofan et du Darfour, et la très faible occurrence d'infestation de punaises se sont traduites par une forte hausse de la production. À proximité des centres urbains, on cultive en général la pastèque pour son fruit alors que dans les zones plus reculées, on tend à privilégier les variétés à graines. La pastèque ne représente pas seulement une culture de rente; elle est également une plante de survie en période difficile dans la mesure où elle est fournit une petite quantité d'eau potable et des éléments nutritifs qui peuvent être utilisés aussi bien par les hommes que par le bétail. La pastèque est relativement simple à cultiver et est souvent intercalée à d'autres cultures. Dans le nord, les emblavures d'arachides ont généralement diminué par rapport à l'an dernier mais les rendements ont été meilleurs, environ 650 kg l'hectare (en coques). Dans le sud, où l'arachide occupe souvent une place très importante dans l'économie des ménages, les rendements sont plus faibles que l'année écoulée. Les prix du sésame ont baissé suite à l'excellente production de 2001, ce qui a conduit les agriculteurs à réduire les surfaces en 2002. Le fléchissement de la production a entraîné une nouvelle augmentation des prix. On considère que la récolte est bonne cette année, les rendements allant jusqu'à 300 kg l'hectare dans certaines régions, comme dans le Darfour Ouest. Le karkadé (roselle, Hibiscus sabdariffa) a également donné de bons résultats cette année; les superficies cultivées ont augmenté dans de nombreuses zones et la production s'écoule bien. Dans le sud, les rendements de manioc devraient se situer aux alentours de 15 à 25 tonnes en poids frais l'hectare.

3.4 Élevage

Fin novembre 2002, le bétail se portait assez bien, voire bien, dans l'ensemble du pays. Dans le sud, la campagne contre la peste bovine semble avoir porté ses fruits et la vaccination a graduellement cessé, sauf dans certains secteurs de Jonglei et d'Équatoria Est. Les pâturages sont abondants dans le sud et sont en général satisfaisants dans l'ouest, en particulier dans les zones où les précipitations se sont poursuivies jusqu'en octobre et où les éleveurs considèrent que la quantité de fourrage disponible devrait être suffisante jusqu'en avril ou mai 2003. Toutefois, dans les secteurs de l'ouest où les pluies se sont arrêtées de bonne heure, les pâturages sont déjà broutés, comme dans de nombreuses zones d'élevage de l 'est. La même observation s'applique aux sources d'approvisionnement en eau pour le bétail dans la mesure où les hafirs sont déjà à sec dans certains endroits mais pour ainsi dire presque pleins dans les secteurs où les pluies ont continué. Contrairement aux années passées, les cours du bétail sont restés plus compétitifs par rapport à ceux des céréales. Cette situation s'explique en partie par la levée de l'embargo, début 2002, qui avait été imposé par les États du Golfe (notamment l'Arabie saoudite) sur les importations de bétail en provenance du Soudan et d'autres pays de la Corne de l'Afrique susceptibles d'être touchés par la fièvre de la vallée du Rift.

Tableau 1. Soudan: Prévisions de la production céréalière pour 2002/03 et estimations de celles de 2001/02 (en milliers de tonnes)

État/périmètre Sorgho Mil Blé Total Production
2002/03 en %
de 2001/02
2001/02 2002/03 2001/02 2002/03 2001/02 2002/03 2001/02 2002/03
Irrigué                  
Nord 38 1 0 0 85 65 123 66 54
Nil 320 98 0 0 77 90 397 188 47
Sennar 76 59 0 0 0 0 76 59 78
Nil blanc 68 49 0 0 8 4 76 53 70
Gezira 655 424 0 0 58 65 713 490 69
Rahad 154 74 0 0 0 0 154 74 48
Suki 43 40 0 0 0 0 43 40 93
New Halfa 64 40 0 0 15 3 79 43 54
Gash 24 43 0 0 0 0 24 43 179
Tokar 4 2 2 3 0 0 6 5 77
Kassala 6 11 0 0 0 0 6 11 190
Nil supérieur 13 15 0 0 0 0 13 15 117
Total partiel 1 465 856 2 3 243 228 1 710 1 087 64
Mécanisé                  
Kassala 144 81 0 0 0 0 144 81 56
Gedaref 368 390 12 5 0 0 380 396 104
Nil bleu 235 87 3 1 0 0 238 88 37
Sennar 277 46 3 2 0 0 280 48 17
Nil blanc 76 113 2 16 0 0 78 129 165
Kordofan Nord 5 4 0 0 0 0 5 4 81
Kordofan Sud 245 131 0 0 0 0 245 131 53
Kordofan Ouest 20 6 0 0 0 0 20 6 31
Nil supérieur 50 80 0 0 0 0 50 80 160
Total partiel 1 420 940 20 24 0 0 1 440 964 67
Traditionnel                  
Gezira 97 47 0 0 0 0 97 47 48
Nil bleu 40 24 2 0 0 0 42 24 57
Sennar 37 16 6 6 0 0 43 22 51
Nil blanc 43 92 9 7 0 0 52 99 190
Kassala 7 3 0 0 0 0 7 3 43
Nil 11 8 0 0 0 0 11 8 71
Mer Rouge 0 1 1 1 0 0 1 2 135
Kordofan Nord 56 21 64 18 0 0 120 39 33
Kordofan Sud 122 61 50 16 0 0 172 77 45
Kordofan Ouest 80 140 63 131 0 0 143 271 190
Darfour Nord 8 7 66 79 0 0 74 86 117
Darfour Sud 144 163 106 228 3 3 253 394 156
Darfour Ouest 328 105 191 105 1 1 520 210 40
Sud 505 315 0 0 0 0 505 315 62
Total partiel 1 478 1 003 558 591 4 4 2 040 1 598 78
TOTAL* 4 363 2 800 580 618 247 232 5 358* 3 788* 71
* Y compris le maïs, essentiellement produit dans le Soudan méridional, et de petites quantités de riz.
Source: Ministère de l'agriculture et prévisions de la mission.

Tableau 2. Soudan: Superficies, rendements et prévisions de production par culture et par région pour 2002/03 par rapport aux années précédentes

  Superficies récoltées
(milliers d'hectares)
Rendements (tonnes/hectares) Production (milliers de tonnes)
Région 98/99 99/200 00/01 01/02 02/03 98/99 99/00 00/01 01/02 02/03 98/99 99/00 00/01 01/02 02/03
Sorgho                              
Nord 64 107 58 171 70 1,45 1,74 2,14 2,16 1,51 93 186 146 369 106
Centre 2 027 1 348 1 084 1 749 1 256 0,86 0,66 0,89 0,99 0,83 1 738 886 920 1 732 1 039
Est 2 377 1 355 1 431 1 407 1 429 0,78 0,34 0,50 0,49 0,42 1 860 456 734 687 605
Kordofan 627 813 1 003 1 046 1 026 0,65 0,32 0,17 0,50 0,36 406 261 196 528 365
Darfour 299 462 193 753 591 0,67 0,53 1,24 0,64 0,47 200 245 236 480 275
Sud 917 550 768 672 430 0,58 0,57 0,54 1,00 1,20 535 313 434 567 410
Total partiel 6 311 4 635 4 537 5 798 4 802 0,77 0,51 0,59 0,75 0,58 4 832 2 347 2 666 4 363 2 800
Mil                              
Nord 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Centre 92 125 76 84 91 0,46 0,40 0,34 0,30 0,35 42 50 27 25 32
Est 19 35 34 32 23 0,68 0,40 0,44 0,47 0,39 13 14 16 15 9
Kordofan 1 061 1 079 775 1 146 863 0,13 0,11 0,14 0,15 0,19 140 123 123 177 166
Darfour 1 571 1 138 1 197 1 660 1 460 0,30 0,27 0,27 0,22 0,28 468 309 328 363 412
Sud 20 6 5 0 0 0,35 0,50 0,60 0 0 7 3 3 0 0
Total partiel 2 763 2 383 2 087 2 922 2 437 0,24 0,21 0,24 0,20 0,25 670 499 496 580 618
Blé                              
Nord 55 63 92 60 67 1,96 2,87 2,39 2,70 2,31 108 181 262 162 155
Centre 55 19 31 38 37 0,65 1,21 1,71 1,74 1,89 36 23 51 66 70
Est 28 6 11 2 2 0,75 1,17 2,00 7,50 1,50 21 7 17 15 3
Kordofan 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Darfour 3 3 4 3 3 1,00 1,00 1,00 1,33 1,33 3 3 4 4 4
Sud 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Total partiel 141 91 138 103 109 1,19 2,35 2,42 2,40 2,13 168 214 334 247 232
TOTAL* 9 215 7 109 6 762 8 820 37 348           5 670 3 139 3 472 5 358 3 788
* Y compris le maïs, essentiellement produit dans le Soudan méridional et de petites quantités de riz.
Source: Ministère de l'agriculture et prévisions de la mission.

4. SITUATION DE L'AGRICULTURE PAR RÉGION

4.1 Région septentrionale (Nord et Nil)

Les populations de la région septentrionale, qui comprend les États du Nord et du Nil, sont principalement installées sur les rives du Nil. La production céréalière est en grande partie basée sur l'irrigation, le maïs et le sorgho étant cultivés pendant l'été et le blé, pendant les mois d'hiver. Les céréales d'été sont cultivées le long du Nil sur des périmètres irrigués équipés de pompes ainsi que dans les zones de décrue durant la campagne "demira" (d'août à octobre). Dans cette région, le sorgho représente surtout une culture commerciale ou fourragère, la denrée de base préférée étant le blé. Grâce à ses hivers relativement frais et à son accès à l'irrigation, la région septentrionale est la principale productrice de blé, l'irrigation nécessaire étant fournie par des pompes. De vastes superficies sont également consacrées aux fèves et aux cultures maraîchères durant l'hiver et une quantité importante de luzerne est cultivée toute l'année.

Cette année, durant la campagne d'été, le Nil aurait atteint son niveau le plus bas en cent ans. Les superficies réservées aux cultures d'été ont donc été fortement réduites et les cultures d'hiver risquent également d'être touchées. Ainsi, dans l'État du Nord, 450 hectares de sorgho et 375 hectares de maïs seulement ont été cultivés par rapport à des prévisions respectives de 18 000 et 16 000 hectares.

Les semis de blé ont débuté le 20 novembre dans l'État du Nord et quelques jours plus tard, dans l'État du Nil. L'État du Nord avait prévu d'ensemencer 60 000 hectares et celui du Nil, 40 000, ces deux chiffres étant en hausse par rapport à l'année précédente. Toutefois, compte tenu du faible niveau des eaux du Nil et de l'Atbara en 2002, il est peu probable que ces objectifs soient atteints. La dernière quinzaine de novembre a été marquée par un temps plus chaud que lors des deux dernières années, laissant présager un hiver frais plus court que d'habitude. Dans ce cas, le blé risquera de se ressentir de températures élevées nuisibles à l'époque de la floraison et d'accuser une baisse de rendement.

La production totale de céréales pour la région en 2002/03 devrait représenter près de la moitié du volume de 2001/02. La majeure partie de ce repli résulte de la faible production de sorgho, en chute de plus de 70 pour cent par rapport à l'an dernier.

La superficie sous fève a diminué par rapport à l'année précédente, en raison principalement des difficultés d'obtenir des crédits à temps. Il avait été prévu de cultiver 30 000 hectares mais au 15 novembre, 18 000 hectares seulement avaient été ensemencés. On a alors cessé les semis car, une fois passée cette date, les cultures sont de plus en plus vulnérables à la mouche blanche et au thrips.

4.2 Région centrale (Gezira, Sennar, Damazin, Nil Bleu, Nil Blanc)

La région centrale est la principale zone de production céréalière du pays, l'État de Gezira assurant près de la moitié de la production intérieure. Cette année, la production totale devrait décroître de deux tiers par rapport à l'an dernier du fait principalement de la forte contraction des emblavures dans les secteurs mécanisé et irrigué. Ainsi, dans le périmètre de Gezira, les superficies sous sorgho irrigué ont diminué de plus de 60 pour cent par rapport à l'an dernier mais l'on s'attend toutefois à ce que cette contraction