SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN ÉTHIOPIE

30 décembre 2002

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Faits saillants

  • L'arrivée tardive, la mauvaise distribution et la brève durée des pluies saisonnières ont entraîné une réduction de la production céréalière en 2002. La diminution de l'utilisation de semences améliorées et d'engrais a également contribué à cette réduction.
  • On prévoit que la production nationale de céréales et de légumineuses atteindra 9,27 millions de tonnes, soit respectivement 25 pour cent de moins qu'en 2001 et 21 pour cent par rapport à la moyenne des cinq années précédentes.
  • On estime que 2,29 millions de tonnes de céréales devront être importées en 2003, dont 328 000 tonnes commercialement. Les contributions d'aide alimentaire confirmées et en cours d'acheminement se montent à environ 140 000 tonnes, si bien qu'il manque encore environ 1,83 million de tonnes.
  • En 2003, quelque 11,3 millions de personnes auront besoin d'environ 1,44 million de tonnes d'aide alimentaire d'urgence, dont 1,3 million de tonnes de céréales et 129 000 tonnes d'autres denrées alimentaires.
  • Le niveau très bas des prix des céréales au cours des deux dernières années et les augmentations actuelles des prix ont fortement réduit la capacité des agriculteurs à acheter des biens de consommation et des intrants agricoles et augmenté le nombre d'emprunteurs incapables de rembourser les prêts qu'ils avaient obtenus pour acheter des intrants. Il faut renforcer d'urgence les mécanismes de stabilisation des prix pour réduire le plus possible les effets néfastes d'une telle instabilité des prix.

1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s'est rendue en Éthiopie du 7 novembre au 3 décembre 2002 pour estimer la production de céréales et de légumineuses de la campagne meher, établir les prévisions pour la campagne belg 2003, évaluer la situation globale des approvisionnements alimentaires et estimer les besoins d'importation de céréales, y compris l'aide alimentaire requise pour l'année de commercialisation 2003. Accompagnée par des experts du Ministère fédéral de l'Agriculture et divisée en six équipes, la Mission s'est rendue dans toutes les régions. Parallèlement aux équipes d'évaluation des récoltes mais pendant une période plus longue, plus de 20 équipes dirigées par la Commission de prévention et de préparation des interventions en cas de catastrophe (DPPC) du gouvernement et comprenant le PAM, des organisations de donneurs bilatéraux et des ONG, se sont rendues dans des localités marginales et des zones et districts vulnérables (worredas) pour évaluer la situation actuelle et future en matière de sécurité alimentaire.

Les équipes d'évaluation ont obtenu des bureaux agricoles des worredas, des zones et des régions, les données relatives aux ensemencements et aux rendements de toutes les principales cultures vivrières et elles les ont rapprochées des données de télédétection fournies par les systèmes d'alerte rapide et des renseignements obtenus auprès des agriculteurs, des négociants, des représentants des ONG et des donateurs. Dans le même temps, les équipes ont évalué l'état des cultures avant récolte, effectué des coupes-échantillons, réalisé des enquêtes de marché et observé la situation du bétail. Elles ont ainsi pu peaufiner les premières prévisions de production en tenant compte de renseignements plus variés et plus récents.

Dans l'ensemble, les résultats agricoles ont été mauvais en 2002, principalement à cause des conditions climatiques défavorables. La production a également diminué parce que le faible niveau des prix des céréales depuis deux ans n'a guère encouragé les producteurs à investir. Plus précisément, bien que la campagne secondaire (belg) ait permis une récolte raisonnable de quelque 460 000 tonnes de céréales et de légumineuses, une longue vague de sécheresse atteignant jusqu'à six semaines entre la fin des pluies belg et le début des pluies de la campagne principale (meher) dans quelque 55 zones et worredas spéciaux a: (i) perturbé les activités de préparation du sol; (ii) retardé les semailles; (iii) réduit les semis de maïs et de sorgho à rendement plus élevé et à maturation tardive en faveur de cultures à cycle court telles que le teff, le blé et les légumineuses, semées plus tard dans la campagne; (iv) et dissuadé les cultivateurs, déjà préoccupés par leurs faibles revenus, d'investir dans des intrants, ce qui a fait chuter l'utilisation de semences améliorées et d'engrais de 70 pour cent et 17 pour cent respectivement.

La répartition irrégulière et le niveau inhabituellement bas des précipitations ont également perturbé la campagne meher dans 31 zones et worredas spéciaux, si bien que (i) les problèmes de germination et la réduction de la densité des cultures ont imposé la nécessité de pratiquer de nouveaux semis et (ii) la formation des graines et le remplissage des grains ont été compromis. Les conséquences négatives les plus graves ont été observées dans les basses terres et d'autres zones marginales du pays, mais les principales zones de production céréalière situées dans le plateau central ont également été touchées, ce qui a réduit de 20 à 30 pour cent la production de céréales dans les secteurs généralement excédentaires. Les plantes pérennes utilisées comme denrées alimentaires de base ou comme cultures de rente telles que la banane ensete et le khat ont été moindrement touchées.

Au cours de la présente campagne, la production de céréales et de légumineuses a été comparativement épargnée par les ravageurs et les maladies. Les bureaux agricoles locaux ont contré efficacement les attaques mineures de quelea quelea et de chenilles processionnaires. On considère que les infestations de ravageurs non migratoires, malgré leur présence dans l'ensemble du pays, sont restées modérées. Les faibles précipitations survenues dans les zones pastorales de l'est et du nord-est ont réduit les quantités d'eau et de forage disponibles, augmenté les taux de mortalité du bétail, occasionné une migration précoce et hors saison des troupeaux et entraîné des réductions des prix du bétail atteignant jusqu'à 50 pour cent dans toutes les zones touchées.

Les prix des céréales sont restés très bas jusque vers le milieu de 2002. On considère que la chute des prix serait due en grande partie aux récoltes supérieures à la moyenne des deux années précédentes et à l'insuffisance ou l'inefficacité des mécanismes de stabilisation des prix. Au cours du deuxième semestre 2002, les prix des céréales ont commencé à augmenter fortement du fait qu'on s'attendait à une faible production céréalière. En octobre 2002, les prix moyens du maïs, du blé, de l'orge et du sorgho étaient supérieurs de respectivement 85 pour cent, 50 pour cent, 32 pour cent et 25 pour cent à leur niveau à la même époque de l'année dernière. Cette forte instabilité des prix porte préjudice aussi bien aux consommateurs qu'aux producteurs. Il faut donc mettre en place d'urgence des mécanismes efficaces de stabilisation des prix.

Dans l'ensemble, la Mission prévoit que la production totale de légumineuses et de céréales atteindra environ 9,27 millions de tonnes, dont 8,29 millions de tonnes pour la récolte meher et probablement 350 000 tonnes pour la récolte belg de 2003, c'est-à-dire environ 25 pour cent de moins que les estimations post-récolte établies l'année dernière par le Ministère de l'Agriculture et 21 pour cent de moins que la moyenne des cinq années précédentes. De ce fait, les besoins d'importation de céréales devraient se monter à près de 2,3 millions de tonnes en 2003. Étant donné qu'on prévoit des importations commerciales de 328 000 tonnes et que l'aide alimentaire en cours d'acheminement ou déjà confirmée se monte à 140 000 tonnes, il reste encore à obtenir 1,83 million de tonnes.

L'équipe multi-institutions la plus récente dirigée par la DPPC, qui s'est rendue dans 53 zones, a déterminé que les stocks de denrées alimentaires ne dureraient pas même un à deux mois dans les régions suivantes : les gorges des rivières des basses terres et l'escarpement des plaines du nord-est des régions d'Amhara et du Tigré, la basse vallée du Rift, le SEPAR, et les régions pastorales et agro-pastorales de faible altitude d'Afar, d'Oromiya et de la partie septentrionale de Somali. On s'attend à ce que les besoins alimentaires augmentent au cours des six prochains mois pour culminer en juin, un répit étant possible dans certains secteurs si les pluies sont satisfaisantes de février à juin. Toutefois, dans moins de trois mois, des millions d'agriculteurs de subsistance et de familles de pasteurs se trouveront dans une situation désespérée. Les problèmes alimentaires varient d'une zone à l'autre, mais on estime qu'il faudra fournir une aide d'urgence à un total de quelque 11,3 millions de personnes, qui auront besoin de 1,44 million de tonnes de denrées alimentaires, dont 1,3 million de tonnes de céréales.

2. CONTEXTE SOCIOÉCONOMIQUE

2.1 Situation macroéconomique1

L'Éthiopie a une économie agraire; le secteur agricole représente environ 45 pour cent du PIB, contre 43 pour cent pour le secteur des services et 12 pour cent pour le secteur industriel. Pendant les exercices financiers 1998-99 à 2001-02, le taux de croissance réel du PIB a varié entre 5,0 et 7,7 pour cent, pour une moyenne de 6 pour cent par an. La reprise des prêts extérieurs, l'allégement de la dette permis par l'Initiative en faveur des pays pauvres lourdement endettés et les réductions des dépenses militaires ont contribué à améliorer les perspectives de croissance. Toutefois, la baisse de la production agricole prévue pour cette année pourrait avoir de fortes répercussions négatives sur la croissance réelle du PIB au cours de l'exercice financier actuel.

La balance globale des paiements s'est fortement améliorée, passant d'un déficit de 70,5 millions de dollars E.-U. en 2000-01 à un excédent de 300 millions de dollars E.-U. en 2001-02. Les avoirs extérieurs nets du pays se sont également fortement accrus, passant de 570 à 916 millions de dollars E.-U. en 2001-02, principalement suite à l'accroissement des dépenses d'immobilisations à long terme et à une forte baisse du remboursement de la dette extérieure. Le niveau des réserves internationales publiques montre que la capacité d'importation du pays a atteint quatre mois en 2001-02 contre deux mois auparavant. À la fin de l'exercice 2001-02, la dette extérieure se montait à plus de 6,3 milliards de dollars E.-U., soit 102,3 pour cent du PIB. Le service de cette dette ne représentait toutefois que 22 pour cent des exportations de biens et de services en 2001-02 contre 52 pour cent en 1999-00. Au cours des trois dernières années, le taux de change est resté relativement stable, variant entre 8,20 birr pour 1 $ E.-U. en 1999-00 et 8,54 birr pour 1 $ E.-U. en 2001-02. Le taux de change actuel est de 8,57 birr pour 1 $ E.-U.

L'aide publique au développement (APD) reçue par l'Éthiopie est en augmentation depuis 1997. Ce pays est toutefois celui qui reçoit le montant le moins élevé d'aide au développement par habitant et la quantité la plus élevée d'aide humanitaire par habitant en Afrique subsaharienne et parmi les pays les moins avancés (PMA). Entre 1997 et 2002, l'aide humanitaire et les secours d'urgence ont représenté la principale composante de l'APD (figure 1). En moyenne, environ 30 pour cent des sommes versées au titre de l'APD sont consacrées chaque année à l'aide humanitaire contre 8 pour cent à l'agriculture et 10 pour cent à l'infrastructure des transports.

Figure 1. APD pour certains secteurs (1997-2002)

Les principaux produits agricoles exportés par l'Éthiopie sont le café, les légumineuses, les oléagineux et le khat (Tableau 1). Le pays exporte également du sucre et de la mélasse, du cuir et des produits à base de cuir, des animaux sur pied, de la viande en conserve et des aliments congelés, des fruits et des légumes, de l'or, etc. Les revenus à l'exportation ont continué à baisser, passant de 602 millions de dollars E.-U. durant l'exercice 1997-98 à 399 millions de dollars E.-U. en 2001-02. Durant la même période, les importations ont augmenté de 1,357 milliard de dollars E.-U. à 1,629 milliard. Les principaux produits importés sont les machines et l'équipement de transport, les produits pétroliers, les biens manufacturés et les produits chimiques.

Tableau 1 - Éthiopie: Principaux produits agricoles exportés (1996-2002)

Produits 1996/97 1997/98 1998/99 1999/00 2000/01 2001/02
Café (millions de $ E.-U.) 354,9 419,9 281,3 262 174,5 157,6
Volume (milliers de tonnes) 123,2 120 101,2 116,6 95,6 107,6
Prix ($ E.-U./kg) 2,88 3,5 2,78 2,25 1,8 1,5
Légumineuses (millions de $ E.-U.) 11,9 15 13,5 9,8 8,2 32,9
Volume (milliers de tonnes) 30,5 30,9 29,8 23,5 25,2 109,2
Prix ($ E.-U./kg) 0,39 0,48 0,45 0,42 0,3 0,3
Oléagineux (millions de $ E.-U.) 11,4 45,7 36,1 31,4 30,8 32,5
Volume (milliers de tonnes) 14,1 66,6 51,4 43,1 52,4 76,4
Prix ($ E.-U./kg) 0,81 0,69 0,7 0,73 0,6 0,4
Khat (millions de $ E.-U.) 33,5 39,6 59,2 76 61,2 22,7
Volume (milliers de tonnes) 5 6 9,7 15,7 11,9 4,3
Prix ($ E.-U./kg) 6,7 6,6 6,1 4,8 5,1 3,3
Autres exportations (millions de  $ E.-U.) 186,1 81,7 94 103,8 159,2 153,6
Total des exportations (millions de $ E.-U.) 597,8 601,9 484,1 483,0 433,9 399,3

La bonne récolte de 2001 a permis de quadrupler les exportations de légumineuses, qui ont atteint environ 110 000 tonnes et rapporté près de 33 millions de dollars E.-U. alors que la moyenne sur cinq ans était de 12 millions de dollars E.-U. Les recettes fournies par les exportations d'oléagineux sont restées pratiquement inchangées (33 millions de dollars E.-U.) par rapport aux années précédentes, malgré une augmentation de 46 pour cent des quantités exportées, les prix des oléagineux ayant fortement baissé sur le marché mondial. Les exportations de khat ont souffert suite à la réduction de leur volume et à la baisse des prix sur le marché international. Elles ont rapporté seulement 23 millions de dollars E.-U. durant l'exercice 2001-02 contre 61 millions de dollars E.-U. en 2000-01.

Les exportations de café constituent la plus importante source de devises, dont elles ont fourni entre 40 et 60 pour cent au cours des six dernières années. La forte baisse des prix du café depuis quatre ans a fortement réduit les recettes en devises du pays. Le volume des exportations a varié entre 95 000 et 123 000 tonnes au cours des six dernières années, pour une moyenne annuelle de 111 000 tonnes.

On prévoit pour l'année prochaine une légère augmentation du volume des exportations de café ou le maintien au niveau de l'année dernière (108 000 tonnes), malgré une baisse de 20 à 30 pour cent de la production en 2002, due pour une large part au fait que les précipitations ont été inférieures à la moyenne et réparties de façon irrégulière. Les principales raisons pour lesquelles le volume des exportations ne devrait pas diminuer l'année prochaine sont l'existence de stocks de report de 50 000 tonnes de café de qualité exportation provenant de la récolte record de 2001; une stabilisation apparente des prix sur le marché mondial; et les initiatives récemment prises par le gouvernement pour exporter le café à un prix plus élevé en tant que produit biologique internationalement certifié.

2.2 Population

Selon la Mission, au milieu de l'année 2003, l'Éthiopie comptait 69,127 millions d'habitants dont 58,382 millions (84 pour cent) vivant dans les régions rurales et 10,745 millions (16 pour cent) dans les zones urbaines. Ces estimations sont fondées sur le recensement effectué en 1994 par le Bureau de la Commission du recensement de la population et du logement, qui fait partie de l'Office central des statistiques, et publié en juin 1998. On estime à 2,9 pour cent le taux global annuel de croissance démographique.

2.3 Secteur agricole

En Éthiopie, l'agriculture est principalement pluviale, et seulement 2 pour cent de l'ensemble des terres arables sont irriguées. La production, assurée majoritairement par des petits exploitants, varie donc considérablement selon les années. La quasi totalité de la population rurale vit directement ou indirectement des activités agricoles, si bien que tout choc interne ou externe subi par ce secteur a des répercussions directes sur la majorité des habitants.

2.3.1 Crédit pour les intrants agricoles

La principale source de crédit agricole est la Banque commerciale de l'Éthiopie (CBE). Durant l'exercice agricole en cours (2002-03), elle a consenti des prêts pour intrants agricoles à six gouvernements régionaux (Oromiya, Amhara, SEPAR, Tigré, Addis Abeba et Harari). Le montant approuvé pour chaque région a été déterminé sur la base des demandes présentées par ces gouvernements, qui se portent également garants de ces prêts. Le Tableau 2 indique le montant total des crédits pour intrants agricoles approuvés, décaissés et en souffrance pour les exercices agricoles 1996-97 à 2002-03.

Tableau 2 - Montant total des crédits pour intrants agricoles approuvés, décaissés et en souffrance (1996-2003)

Année Montant
approuvé
(milliers de birr)
Montant
décaissé
(milliers de birr)
Montant
décaissé
(%)
Montant en
souffrance
(milliers de birr)
Montant en
souffrance
(%)
1996-97 318 610 247 432 78 0 0
1997-98 422 946 306 971 73 0 0
1998-99 602 914 407 848 68 0 0
1999-00 677 805 484 829 72 32 694 7
2000-01 593 963 484 698 82 39 437 8
2001-02 641 924 459 050 72 74 489 16
2002-03 545 783 217 519 40 Prêts non
venus à
échéance
n.d.
Total 3 803 945 2 608 347 69 146 620 6
Source : Banque commerciale de l'Éthiopie, 2002

Le montant des crédits agricoles approuvés par la CBE pour l'exercice agricole 2002-03, en baisse de 15 pour cent par rapport à 2001-02, était le plus faible depuis 1998-99. En outre, le taux de décaissement en 2002-03 était inférieur de 40 pour cent au taux moyen sur six ans de 74 pour cent. Le taux de non remboursement a également doublé depuis 1999-2000 pour atteindre près de 16 pour cent en 2001-02 et il devrait augmenter encore l'année prochaine lorsque les prêts consentis pour 2002-03 viendront à échéance. La CBE envisage de réduire encore le montant des crédits approuvés pour le prochain exercice, arguant principalement du manque de demande de crédit.

La baisse de la demande de crédit et l'augmentation des taux de non remboursement sont apparemment dues dans une large mesure à la réduction des prix des céréales au cours des deux dernières années, qui a mis les agriculteurs dans l'incapacité de rembourser leurs dettes antérieures. La responsabilité collective des associations de cultivateurs signifie également que si un membre ne peut pas rembourser son emprunt, aucun des membres de l'association concernée ne peut obtenir de crédit supplémentaire. En leur qualité de garants des prêts pour intrants agricoles, les gouvernements régionaux prennent des mesures pour rééchelonner le versement des prêts venus à échéance.

La CBE a également décidé de rendre ces prêts attrayants en réduisant le taux effectif d'intérêt de 10,5 pour cent à 7,5 pour cent à partir de mars 2002. Elle recevra maintenant un intérêt de 5,25 pour cent au lieu de 7,5 pour cent sur les montants décaissés, et les gouvernements régionaux continueront à recevoir 2,25 pour cent pour couvrir les frais de décaissement, de recouvrement et d'administration des prêts.

2.3.2 Décentralisation

Comme les autres bureaux gouvernementaux de l'ensemble de l'Éthiopie, les bureaux agricoles des régions et des zones sont en cours de décentralisation, ce qui a des répercussions négatives à court terme sur le personnel technique et les ressources financières. Entre autres responsabilités nouvelles, ils jouent un rôle consultatif auprès des bureaux des worredas et les aident à renforcer leurs capacités. En même temps, ces bureaux ont transféré du personnel, de l'équipement et des ressources financières au niveau des worredas, mais peu de ressources nouvelles ou supplémentaires ont été débloquées. De ce fait, le fonctionnement des bureaux des régions, des zones et des worredas est fortement perturbé.

Il est important de fournir des ressources financières et techniques supplémentaires aux trois niveaux pour améliorer leurs capacités techniques et opérationnelles; sans cela, il sera très difficile de disposer de bureaux agricoles efficaces à tous les paliers. La perte de mémoire institutionnelle constitue également un risque réel si des ressources supplémentaires ne sont pas fournies.

3. PRODUCTION ALIMENTAIRE EN 2002

3.1 Généralités

En Éthiopie, seulement 190 000 des 11,3 millions d'hectares actuellement cultivés sont irrigués. La production varie donc considérablement d'une année à l'autre en fonction de la qualité et de la quantité des précipitations annuelles. La diversité des cultures reflète la mosaïque agro-écologique complexe due à la variété des types de sol, qui vont des vertisols au sable, et à la pratique de l'agriculture à des altitudes variant entre plus de 3 000 m et moins de 600 m au-dessus du niveau de la mer. Les principales céréales sont le blé, l'orge, le teff (Eragrostis abyssinica), l'éleusine, le maïs et le sorgho, dont les proportions varient en fonction des sols, de l'altitude et des conditions climatiques et commerciales prévalant durant l'année. Les autres sources d'hydrate de carbone sont notamment la tige de banane ensete ou banane d'Abyssinie (Enset ventriculosum), le manioc, la pomme de terre et la patate douce, plantes qui sont toutes cultivées dans les zones de haute et moyenne altitude des régions du centre-sud du pays. Les cultures commerciales incluent les oléagineux, les épices, le café, le khat et l'eucalyptus, ce dernier étant exploité sous forme de haies ou dans de petites parcelles boisées et dans les forêts des zones de moyenne et haute altitude.

Les herbages des hautes et basses terres fournissent des étendues importantes de pâturage et de brout pour le bétail dans la plupart des régions, mais ils sont particulièrement importants pour les éleveurs des régions orientales d'Afar et de Somali, des zones méridionales de Bale, Borena et Omo-Sud et des basses terres qui s'étendent à l'ouest de Gambella au Tigré. La production nationale de bétail, qui provient principalement des zones pastorales, est complétée par les agro-pasteurs sédentaires qui élèvent des ovins et des caprins ainsi que, moins fréquemment, des vaches laitières à des fins commerciales ou pour l'usage domestique. Le bétail est également intégré dans les exploitations agricoles à cause de l'utilisation généralisée des animaux de trait pour le labourage, les cultures secondaires, le battage et le transport des marchandises et des produits agricoles.

3.2 Précipitations en 2002

En Éthiopie, les pluies sont concentrées durant deux périodes différentes de l'année: (i) les pluies belg, d'importance mineure, qui commencent généralement en janvier-février et se terminent en avril-mai; et les pluies meher ou kiremt, les plus importantes, qui commencent en juin-juillet et prennent fin en septembre-octobre. Dans une dizaine de zones, les pluies belg permettent une récolte qui, lors des bonnes années, représente 5 pour cent de la production céréalière nationale. Ailleurs, elles offrent la possibilité de préparer le sol et améliorent l'état des herbages pour le pâturage et le brout après la saison sèche. Dans le sud-ouest, les pluies belg et meher s'enchaînent souvent pour former une longue saison sans interruptions marquées, ce qui est bon pour les cultures pérennes et les céréales à maturation longue produisant le chaume, mais convient moins bien aux variétés à maturation précoce. Cette année, les pluies belg ont été extrêmement variables. La Mission a constaté qu'en mars et avril, les indices de végétation SPOT-4 indiquent de meilleurs résultats qu'en 2001, 2000 et 1999 dans les zones de culture belg. Toutefois, dans les autres zones, qui représentent une partie plus importante des terres agricoles, la croissance végétative était plus faible qu'au cours des trois années précédentes. En mai, cette situation s'était généralisée à l'ensemble de l'Éthiopie suite à la longue période de sécheresse entre les pluies belg et meher.

Les six équipes envoyées dans l'ensemble du pays par la Mission pour déterminer la production et la situation de l'agriculture ont également collecté des données qualitatives et quantitatives sur les pluies meher dans toutes les zones et worredas où elles se sont rendues. La somme de leurs observations confirme que les pluies accusaient un retard de trois à six semaines dans 55 zones et worredas spéciaux et se sont terminées précocement dans 31 de ces zones. Vingt-sept zones seulement ont bénéficié d'une répartition plus favorable des pluies médianes et tardives, qui ont pris fin normalement en octobre ou plus tard. Ces zones sont principalement situées dans le sud-ouest, conformément à la tendance traditionnelle qui veut que le niveau des précipitations augmente progressivement du nord-est vers le sud-ouest, c'est-à-dire de la frontière avec l'Érythrée aux frontières avec le Soudan et le Kenya.

L'année 2002 a été caractérisée par une forte réduction des précipitations dans la plupart des régions, ce qui a eu, sur les taux de germination, la floraison, la formation et le remplissage des grains, des répercussions négatives plus ou moins marquées selon les variétés de plantes, le type de sol, la température ambiante et la date des semis. Outre ces influences directes, l'arrivée tardive des pluies meher a influencé le choix des modes d'ensemencement en ce qui concerne le choix des plantes à cultiver, les dates des semis et la qualité de la préparation du sol. Du fait de la mauvaise répartition et de la faible abondance des pluies, d'importantes superficies ont dû être réensemencées, ce qui a accru encore la nécessité, due à l'arrivée tardive des pluies, de pratiquer simultanément diverses activités agricoles normalement échelonnées dans le temps. On considère que l'insuffisance des précipitations a eu des effets directs et indirects particulièrement marqués dans les zones semi-arides marginales du nord-est et de l'est ainsi que dans les secteurs de basse altitude de la plupart des zones. Toutefois, au niveau national, les conséquences qui en ont résulté sur la production dans les principales zones céréalières du plateau central de Gojam à Bale sont beaucoup plus importantes pour la production céréalière et la sécurité alimentaire du pays.

En ce qui concerne le pâturage et le brout, la période de sécheresse intervenue entre les campagnes belg et meher a réduit la quantité de fourrage disponible dans les zones pastorales du nord et du nord-est ainsi que dans les basses terres de la plupart des zones à une étape clé du cycle de production. Le faible niveau des pluies a ralenti le regain, ce qui a limité les quantités de matières sèches disponibles pour l'élevage sédentaire. L'interruption précoce des précipitations donne à penser que les réserves de fourrage pour la prochaine saison sèche seront inférieures à celles des trois années précédentes non seulement dans les basses terres et dans les zones pastorales de l'est et du nord-est, mais également dans les parcelles clôturées des coteaux et dans les pâturages collectifs des régions de moyenne et haute altitude du plateau central.

3.3 Superficies ensemencées

La Mission a établi une estimation des superficies plantées à partir de données collectées par les agents de développement du Bureau de l'agriculture qui travaillent au niveau des associations de paysans dans l'ensemble du pays. Ces agents transmettent traditionnellement ces données au niveau des districts (worredas) où elles sont rassemblées, examinées et transmises à nouveau aux bureaux agricoles des zones, qui les compilent et les examinent à leur tour. Jusqu'à la campagne actuelle, la Mission s'adressait à l'administration des zones, ce qui offrait la possibilité d'une couverture nationale complète grâce à un nombre raisonnable (50-60) de points de contact qui disposaient aussi bien des données que d'une masse critique de spécialistes au courant de la situation agricole prévalant dans leurs zones grâce aux visites qu'ils rendaient aux bureaux des worredas, aux associations d'agriculteurs et aux exploitations agricoles. Dans le cadre de la politique de décentralisation administrative, les bureaux agricoles des zones en sont à diverses étapes d'un processus de transition. Dans le SEPAR, ils fonctionnent encore, mais disposent de moins de ressources qu'auparavant. À Amhara et Oromiya, ils ont été remplacés par des unités s'occupant de l'agriculture ou de la sécurité alimentaire, qui fournissent un service de liaison par l'intermédiaire d'un agent agricole ou d'un représentant de la DPPC. Dans le Tigré, les bureaux de zone ont été éliminés et des liens sont en train d'être mis en place entre les worredas et la région. Par conséquent, cette année, les points de contact de la Mission variaient d'un endroit à un autre. Pour établir les séries chronologiques et vérifier la validité des informations reçues, les équipes de la Mission ont élaboré, le cas échéant, des ensembles de données pour les différentes zones en utilisant les renseignements provenant directement des worredas ou fournis par la région sur la base des données collectées par celle-ci au niveau des worredas.

La Mission estime que les superficies sous céréales et légumineuses couvraient 11,018 millions d'hectares pendant la campagne meher 2002, soit quelque 3 pour cent de moins que les estimations des deux dernières années. Les estimations établies de la même façon pour la campagne belg de cette année donnent à penser que la réduction des semis meher fait suite aux abondants semis de la campagne belg. La situation est donc très différente de celle de 2001, quand l'absence d'interruption entre les pluies belg et meher avait, en pratique, prolongé la campagne meher, encourageant l'accroissement des semis meher de maïs et de sorgho, ce qui allait de pair avec une diminution des semis belg et meher de teff, de blé et d'orge. La réduction de 300 000 hectares des superficies sous céréales et légumineuses en 2002 paraît moins donc impressionnante quand on voit que les emblavures belg ont atteint 692 000 ha contre 540 000 en 2001. Les superficies consacrées aux oléagineux ont également augmenté de 90 000 ha cette année, conformément à la tendance observée depuis quelques années, quelque 210 000 ha étant laissés en jachère, délibérément ou non.

Un examen plus attentif des principales zones céréalières du pays révèle que les emblavures ont diminué de 12 pour cent pour le maïs, 9 pour cent pour le sorgho et 13 pour cent pour l'éleusine, soit respectivement de 245 000 ha, 146 000 ha et 30 000 ha. En même temps, les superficies consacrées au teff, au blé et aux légumineuses ont augmenté de 104 000 ha, 30 000 ha et 7 500 ha. Ces différences confirment que, comme prévu, les pluies tardives ont incité les cultivateurs à utiliser des céréales à semis tardifs et à maturation brève plutôt que des espèces à semis précoces et à cycle long.

La Mission est d'avis que la réduction de 63 000 ha (13 pour cent) des emblavures de maïs au SEPAR est due aussi bien à la faiblesse des pluies précoces qu'aux faibles revenus fournis par la production de maïs ces deux dernières années, vu les prix très bas. Dans cette région, le maïs est la deuxième céréale de base, la plupart des familles d'agriculteurs se nourrissant de bananes ensete. De ce fait, bien que les exploitations soient à peu près de la même taille qu'à Oromiya, le niveau de production d'hydrate de carbone remarquablement élevé fourni par la culture traditionnelle de la banane ensete (environ 130 tonnes de poids frais à l'hectare) permet de disposer du maïs pour le vendre. Les recettes fournies par ce dernier, qui constitue en fait la culture de rente locale, jouent un rôle important et peuvent influencer plus fortement les décisions concernant les semis que là où le maïs est surtout une culture de subsistance. La banane ensete et le teff peuvent facilement se substituer au maïs, étant interchangeables avec lui au plan agro-écologique et ayant eu récemment des prix plus stables. La banane ensete nécessite toutefois un traitement complexe étroitement lié aux activités culturelles des populations qui la consomment. On a ainsi constaté que les superficies sous teff avaient augmenté de 3 pour cent dans le SEPAR et de 4 pour cent dans l'Oromiya, alors que, dans le SEPAR, les superficies de bananes ensete avaient augmenté de 17 pour cent.

Les changements observés en matière de pratiques culturales donnent à penser que certaines étendues limitées n'avaient pas été ensemencées par manque de temps pour préparer le sol correctement ou même pour assurer une préparation minimale parce qu'il n'y avait pas suffisamment de bêtes de trait à partager ou à louer. L'absence de sources d'énergie de remplacement montre qu'il est nécessaire d'introduire le motoculteur diesel à deux roues dans les secteurs où il est important d'effectuer rapidement les semis pour pouvoir produire une série satisfaisante de cultures.

Les récoltes ayant été bonnes durant les quatre dernières années, la Mission considère que la disponibilité de semences n'a pas posé de problème, même compte tenu de la nécessité de pratiquer un réensemencement dans de nombreuses zones. Les semences mises de côté par les agriculteurs étaient disponibles auprès des producteurs ou par l'entremise des marchés locaux en quantités appropriées, ce qui représentait probablement quelque 670 000 tonnes de céréales et de légumineuses. En outre, les interventions du gouvernement et de la FAO et celles des ONG ont soutenu les achats locaux en versant quelque 16 millions de birr aux familles d'agriculteurs ne disposant pas des fonds requis pour se procurer les semences disponibles afin de pratiquer plusieurs semis successifs. Ces interventions ont été particulièrement utiles pour les cultures présentant des taux d'ensemencement élevés telles que le blé, l'orge et le pois chiche.

3.4 Facteurs influençant les rendements

D'après les données fournies par le Ministère de l'Agriculture et ajustées par la Mission, les rendements nationaux moyens de céréales et de légumineuses varieraient entre moins de 200 kg et 1 700 kg par hectare selon la plante cultivée. Ce résultat décevant est inférieur à la gamme des rendements évalués après la récolte de l'année dernière, qui allaient de 300 kg à 2 040 kg par hectare. Cette baisse est due notamment au retard et à la réduction des pratiques culturales, à la hausse des taux de non germination et à la réduction de la densité de peuplement. Le réensemencement a retardé le démarrage des cultures, et les rendements ont subi le contrecoup du manque de pluie au moment de la floraison, de la formation des graines et du remplissage des grains, problème observé dans toutes les régions. Les basses terres ont été les plus durement touchées par les mauvais résultats signalés fréquemment pour le sorgho, en particulier dans les terrains les plus sablonneux. On estime donc que le rendement national moyen du sorgho est tombé à 660 kg par hectare, soit une réduction de 32 pour cent.

En ce qui concerne les autres céréales principales cultivées dans les zones de moyenne altitude, on remarque une réduction de 26 pour cent du rendement national moyen de maïs due à des raisons climatiques analogues mais moins marquées, dont les effets ont encore été accrus par une utilisation très réduite de semences améliorées et d'engrais. Selon les données fournies par l'Association nationale des intrants agricoles, les achats de semences de maïs améliorées ont baissé d'environ 3 000 tonnes et ceux d'engrais de 47 000 tonnes par rapport à l'année dernière. Si l'on considère que le taux d'ensemencement du maïs est de 25 kg par hectare et qu'un agriculteur utilisant non pas ses propres semences mais des semences certifiées ainsi qu'un engrais approprié et bénéficiant de pluies suffisantes peut produire trois tonnes par hectare, cette baisse des ventes peut correspondre à une réduction éventuelle de la production de 360 000 tonnes, ce qui équivaut à une réduction de 0,2 tonne par hectare du rendement national moyen, soit 48 pour cent de la réduction totale estimée de ce rendement. Vu l'insuffisance des pluies, l'accroissement de la production aurait pu être inférieur à cela, mais il est néanmoins probable que cette situation a eu d'importants effets négatifs. De même, sur la base d'un taux d'ensemencement de 150 kg par hectare, la réduction de 4 000 tonnes des ventes de semences de blé améliorées effectuées cette année pourrait fort bien avoir entraîné une réduction de 67 500 tonnes de la production de blé; ce qui correspondrait à une réduction du rendement national moyen de 39 kg par hectare, soit environ 18 pour cent de la réduction totale estimée. Si l'on prend pour hypothèse l'utilisation des taux recommandés d'engrais au phosphate diammonique et à l'urée sur des semences améliorées de maïs et de blé, la baisse des ventes de semences améliorées explique 61 pour cent de la baisse de 47 000 tonnes de l'utilisation d'engrais, qui est passée de 279 000 à 232 000 tonnes.

La réduction de l'utilisation d'engrais sur les semences de teff, de blé ou de maïs, observée dans 42 zones ou worredas spéciaux visités par la Mission, explique le reste de la réduction des ventes d'engrais et a eu en outre des répercussions sur les rendements. Une augmentation des ventes d'engrais ou leur maintien au niveau de l'année dernière n'ont été observés que dans 12 zones où les précipitations ont été nettement plus favorables. Ces zones n'étant toutefois pas d'importantes régions productrices de céréales, cela n'a pas contribué notablement à accroître les rendements régionaux moyens.

Cette année, les céréales et les légumineuses ont été relativement épargnées par les ravageurs et les maladies. Aucune attaque importante de ravageurs migratoires n'a été observée ou signalée à la Mission. Il y a cependant eu des attaques mineures de Quelea quelea dans certaines régions de Jigjiga, de Hararghe Est et Ouest, de Shoa Est, d'Oromiya, de Gurage, de Siltie et d'Omo Sud ainsi que dans le worreda spécial de Derashe, mais les bureaux agricoles les ont enrayées efficacement. De même, les infestations de chenilles processionnaires intervenues en début de saison dans les zones de Jigjiga, Hararghe Est, Hadiya, Sidama, Wolayta, Bale, Borena et Oromiya ont été contrées de façon rapide et efficace. Ailleurs, la présence de ravageurs non migratoires comme le hanneton du sorgho, le foreur de tiges et la mouche des semis n'a eu que des effets modérés. Les conséquences fâcheuses des maladies ont elles aussi été modérées, et on n'a constaté aucun cas notoire de rouille sur l'orge ou le blé. Les équipes de la Mission ont décelé la présence de la nielle du sorgho dans des champs du Wollo Sud et du Tigré Sud, mais les agriculteurs dont les champs étaient infectés semblaient en être fort peu préoccupés. Quand la campagne meher est sèche, les plantes adventices sont relativement moins abondantes qu'en période d'humidité, et tel a été généralement le cas.

Dans ces conditions, la Mission considère que la réduction généralisée des rendements constatée pour les céréales et les légumineuses figurant au Tableau 3 est due principalement (i) aux effets directs du manque de précipitations sur la croissance et le développement des cultures, (ii) aux effets indirects de l'insuffisance des précipitations qui a perturbé les pratiques culturales et dissuadé les agriculteurs d'investir dans des intrants, (iii) à la réduction des dépenses consacrées aux engrais et aux semences améliorées sous l'influence du faible rapport des investissements dans la production de céréales.

3.5 Autres cultures

Les cultures contribuant à la sécurité alimentaire des ménages varient du nord au sud et de l'est à l'ouest. Dans le nord, les graines oléagineuses, particulièrement le noug et le sésame, sont importantes aussi bien pour les petits agriculteurs que pour les producteurs commerciaux. Cette année, la superficie nationale sous sésame, en augmentation de 54 pour cent, couvrait 168 553 ha, dont 36 000 correspondant à l'accroissement des semis commerciaux dans le Tigré-Ouest. L'augmentation de 7 000 ha (2 pour cent) pour le noug est répartie plus également mais elle est particulièrement marquée dans la zone d'Awi de la région d'Amhara.

Vu la diversité de la moitié sud du pays et les conditions favorables qu'on y trouve, la gamme des autres cultures y est plus variée. Dans le SEPAR et l'Oromiya, les cultures autres que les céréales et les légumineuses occupent respectivement 12 et 32 pour cent des superficies cultivées contre 3 et 7 pour cent dans l'Amahara et le Tigré. On connaît l'importance de la banane ensete, qui constitue la principale source d'hydrate de carbone pour quelque 8 millions de personnes et contribue pour une large part au régime alimentaire de 4 millions d'autres. Les données provenant des zones méridionales montrent que les superficies qui lui sont consacrées ont augmenté de quelque 17 pour cent, ce qui peut être dû à un accroissement des semis ou à une réduction de son utilisation l'année dernière quand le maïs était aisément disponible et peu coûteux dans les zones où elle est cultivée. L'état des cultures est jugé satisfaisant, même si chaque arbre devrait permettre d'obtenir 5 pour cent de moins de tiges prétraitées que l'année dernière à cause des précipitations moins abondantes. On a observé une baisse analogue des rendements des racines et des tubercules annuelles ainsi que des superficies consacrées à leur culture à cause des conditions défavorables qui prévalaient au moment des semis. En outre, on signale que la teigne de la patate douce a réduit la production de tubercules et les stocks de report de boutures de patate douce dans les zones d'Hadiya, Gurage et Wolayata, dans le centre du SEPAR.

La production de café de cette année devrait être inférieure à celle de l'an dernier à cause des fluctuations biennales des cycles de production et du faible niveau de précipitations pendant et après la floraison. L'anthracnose des drupes reste un problème grave sauf aux endroits où on utilise maintenant les variétés résistantes fournies par les pépinières subventionnées par le gouvernement national. La Mission n'a pas évalué la production des cultures industrielles comme la canne à sucre et le coton ni les résultats concernant le khat, plante légèrement narcotique cultivée commercialement dans des petites parcelles familiales dans toute la moitié sud du pays.

3.6 Bétail

D'après les données collectées par la FAO en 1999, l'Éthiopie compte 36 millions de bovins, 22 millions d'ovins, 17 millions de caprins, 1 million de camélidés et 8 millions d'équidés. On y pratique l'élevage pastoral et agro-pastoral. Le régime pastoral est utilisé dans les vastes zones de pâturage des basses terres de l'est, de l'ouest et du sud du pays alors que, dans l'ensemble de celui-ci, on peut trouver divers modes agro-pastoraux qui varient selon l'importance du cheptel et l'ampleur des déplacements saisonniers, qui peuvent être inexistants (élevage sédentaire) ou aller jusqu'à la transhumance.

Durant les troisième et quatrième trimestres de 2002, les pertes de bétail signalées dans les zones pastorales d'Afar, dans le Somali-Nord et dans les basses terres d'autres régions ont poussé le gouvernement national, les ONG et les organismes internationaux à intervenir. Leur aide visait d'une part à renforcer la résistance du bétail aux maladies en fournissant des vaccins et des médicaments et, d'autre part, à remédier au manque d'eau et de fourrage en négociant pour obtenir l'accès à de meilleures ressources. Des programmes ont été préparés et mis en oeuvre à l'intention des populations ayant subi de longues périodes de sécheresse. En même temps, les programmes d'aide alimentaire destinés aux populations touchées ont été renforcés pour compléter ceux qui avaient été mis en place deux années auparavant quand on avait remarqué une réduction brutale du nombre d'animaux et du revenu des éleveurs suite à quatre années consécutives de pluies belg insuffisantes. Actuellement, d'après les systèmes d'alerte rapide régionaux et nationaux pour le bétail, la situation dans l'Afar, le Shinelli, le Tigré-Est et certaines parties du Tigré central reste très préoccupante. Les équipes de la Mission signalent l'accroissement et l'accélération des déplacements de troupeaux de l'Afar vers l'Amhara, du Tigré-Est vers le Tigré central et du Tigré central vers le Tigré-Ouest ainsi que de l'Hararghe-Ouest vers le Bale. En même temps, les restrictions militaires imposées dans les zones frontalières de l'Érythrée ont réduit l'accès des agro-pasteurs aux réserves de pâturages traditionnelles le long des rivières Mereb et Tekeze, ce qui entraîne une surexploitation des sources d'approvisionnement en herbage et en eau dans les localités à forte densité de population des zones voisines. Ailleurs, on note une réduction des quantités de fourrage disponibles dans les basses terres de l'Amhara ainsi que dans les zones de basse altitude de la Vallée du Rift dans l'Oromiya et le SEPAR. Par contre, on signale que des précipitations satisfaisantes ont amélioré les conditions de pâturage dans le Somali-Sud, le Borena et le Bale-Sud suite à un démarrage satisfaisant des pluies de novembre-décembre. D'après les équipes de la Mission, la situation est bonne dans les pâturages de la plus grande partie de l'ouest et du sud-ouest de l'Éthiopie. L'état de santé du bétail varie considérablement, de très mauvais à satisfaisant, la situation s'améliorant progressivement du nord-est vers le sud-ouest en même temps que la pluviométrie.

Les récoltes de céréales et de légumineuses ayant été relativement mauvaises dans la quasi totalité des zones, de faibles quantités de paille et de chaume sont disponibles et on a constaté que leur prix avait doublé ou même triplé à proximité des villes parce que les agriculteurs essayaient de stocker de quoi nourrir leurs animaux pendant la saison sèche. Dans l'est et le centre de Tigré, la Mission a noté une réduction de 50 pour cent de la production de foin venant des champs clos des coteaux, ce qui confirmait quantitativement la réduction des approvisionnements en matière sèche des terrains de parcours. Dans les deux zones, des négociations étaient en cours entre les administrateurs et les cultivateurs au sujet de l'accès aux zones clôturées pour que certaines catégories de bétail puissent paître et brouter pendant la saison sèche. Il est recommandé d'assurer le suivi permanent de la situation en ce qui concerne l'eau, les pâturages et la santé du bétail, ce qui doit se faire aussi objectivement que possible en utilisant les systèmes de notation internationalement reconnus.

Des baisses du prix du bétail atteignant jusqu'à 50 pour cent ont été signalées sur tous les marchés à l'exception des zones du sud-ouest et, de façon plus générale, des animaux de boucherie de haute qualité. Cette chute des prix reflète la croissance de l'offre et le nombre réduit d'acheteurs dans la plupart des secteurs. Il semble que, sur de nombreux marchés ruraux, le nombre d'animaux avec lesquels repartent les vendeurs déçus est plus grand que celui de ceux qui sont vendus aux prix déjà réduits. La Mission recommande donc qu'on assure un suivi de l'offre sur les marchés aussi étroitement que celui des ventes pour déterminer les endroits où la situation est la plus préoccupante.

En ce qui concerne la production du bétail, très peu de données sont disponibles au sujet des intervalles entre vêlages, des taux de naissance et des taux de mortalité des animaux nouveau-nés, jeunes et adultes; il est donc difficile de se prononcer au sujet des prétendues pertes allant de 10 à 40 pour cent pour les bovins et de 5 à 15 pour cent pour les petits ruminants et les camélidés dans les zones où les conditions sont difficiles. Les taux de mortalité ont manifestement augmenté, mais il restera difficile de quantifier ces pertes tant qu'on ne disposera pas de véritables données de référence établies à partir des registres agricoles pour déterminer les normes concernant les animaux dans les systèmes pastoraux et agro-pastoraux. Il est néanmoins clair que, si les premières pluies belg n'arrivent pas bientôt, la situation se détériorera rapidement et les pertes risquent de se multiplier.

3.7 Prévisions concernant la production de céréales et de légumineuses

La présence de la Mission a coïncidé avec les récoltes dans la plupart des secteurs. Vu les résultats en baisse de la plupart des céréales à cycle court et malgré le début tardif de la campagne, les récoltes étaient souvent quasiment terminées et le battage du blé, de l'orge et du teff avait déjà commencé. Les équipes ont donc évalué facilement la production réelle par unité de superficie. Lorsque les cultures étaient encore sur pied, des échantillons ont été prélevés, battus selon les techniques locales, puis pesés pour vérifier les estimations du rendement établies par les bureaux agricoles ainsi que les prévisions des agriculteurs en matière de production. Le cas échéant, des ajustements ont été apportés à ces estimations et prévisions pour corriger les aberrations évidentes ou pour suppléer à l'absence de certaines données. Les totaux régionaux calculés pour les superficies et la production sont indiqués pour chaque type de culture au Tableau 3. On constate que la récolte meher de 2002 a produit 8,923 millions de tonnes sur 11,018 millions d'hectares, soit environ 25 pour cent de moins que les estimations de la Mission l'année dernière et 25,6 pour cent de moins que l'estimation post-récolte de la même campagne établie en mars 2002 par le Ministère de l'Agriculture. Les séries chronologiques des cinq dernières années sont présentées au Tableau 4 à des fins de comparaison. Il s'avère que la production de cette année est de 21 pour cent inférieure à la moyenne nationale sur cinq ans et analogue aux estimations de production de la campagne meher 1997/98 concernant des superficies cultivées très semblables.

Tableau 3 - Éthiopie: Superficie (en milliers d'hectares), production (en milliers de tonnes) et rendement (en tonnes/ha) des céréales et des légumineuses pour la campagne meher 2002/03

Région Item Teff Blé Orge Maïs Sorgho Éleusine Autres Total
des
céréales
Total des
légumi-
neuses
Céréales
et légumi-
neuses
Tigré Superficie 170,5 74,3 80,7 65,9 197,0 53,7 49,5 691,6 41,8 733,4
  Rendement 0,38 0,69 0,56 0,87 0,80 0,58 0,42 0,62 0,34 0,60
  Production 64,9 51,0 45,0 57,4 157,0 31,1 20,8 427,3 14,2 441,5
Afar Superficie 1,7 0,1   5,4 1,3     8,5 1,0 9,5
  Rendement 0,10 0,15   0,77 0,20     0,54 0,10 0,49
  Production 0,2 0,0   4,1 0,3     4,6 0,1 4,7
Amhara Superficie 1 103,3 495,4 468,5 335,7 498,7 263,4 47,4 3 212,3 683,1 3 895,4
  Rendement 0,61 0,99 0,90 1,56 0,66 1,07 0,93 0,86 0,53 0,80
  Production 672,3 489,4 420,1 523,0 330,3 281,5 43,8 2 760,2 360,5 3 120,8
Oromiya Superficie 1 170,6 923,4 601,6 884,2 592,3 81,7 21,1 4 274,9 609,6 4 884,5
  Rendement 0,57 1,25 1,04 1,08 0,58 0,68 0,26 0,89 0,47 0,84
  Production 663,5 1 153,8 625,6 955,2 344,6 55,5 5,6 3 803,7 286,7 4 090,4
Somali Superficie   9,3 17,0 31,0 41,6     98,9   98,9
  Rendement   0,60 0,53 0,35 0,54     0,48   0,48
  Production   5,6 9,0 10,8 22,5     47,9   47,9
Beneshangul Gumuz Superficie 22,1 3,0 1,5 33,3 51,3 22,6 1,2 135,0 8,1 143,2
  Rendement 0,46 0,69 0,81 1,04 0,87 0,76 1,05 0,82 0,62 0,81
  Production 10,1 2,1 1,2 34,6 44,4 17,1 1,3 110,8 5,0 115,8
SEPAR Superficie 226,6 190,4 116,9 414,0 88,9 3,9 0,5 1 041,1 169,6 1 210,7
  Rendement 0,50 1,01 0,81 1,19 0,89 0,70 0,61 0,93 0,58 0,88
  Production 112,8 192,8 94,7 491,0 78,8 2,7 0,3 973,3 97,7 1 071,0
Gambella Superficie       10,8 3,3 0,3 0,1 14,5 1,0 15,4
  Rendement       0,85 0,87 0,79 0,80 0,85 1,33 0,88
  Production       9,2 2,8 0,3 0,1 12,3 1,3 13,6
Harari Superficie   0,7   1,9 6,3     8,9 0,1 9,0
  Rendement   0,40   0,21 0,57     0,48 0,25 0,48
  Production   0,3   0,4 3,6     4,3 0,0 4,3
Addis Abeba Superficie 4,2 4,0 0,1 0,0 0,0 0,0   8,3 1,5 9,8
  Rendement 1,07 1,64 1,34 1,72 1,28 0,60   1,35 0,73 1,25
  Production 4,5 6,5 0,2 0,0 0,0 0,0   11,2 1,1 12,2
Dire Dawa Superficie         8,4     8,4   8,4
  Rendement         0,12     0,12   0,12
  Production         1,0     1,0   1,0
TOTAL Superficie 2 698,9 1 700,6 1 286,3 1 782,2 1 489,2 425,6 119,8 9 502,4 1 515,8 11 018,2
  Rendement 0,57 1,12 0,93 1,17 0,66 0,91 0,60 0,86 0,51 0,81
  Production 1 528,2 1 901,4 1 195,8 2 085,7 985,4 388,2 71,9 8 156,5 766,7 8 923,2

Tableau 4 - Éthiopie - Production de céréales et de légumineuses: comparaison de la campagne meher 1999/2000-2002/2003

Région Campagne
meher
Céréales Légumineuses Céréales et Légumineuses
Superficie Production Superficie Production Superficie Production
(milliers d'ha) (milliers de
tonnes)
(milliers d'ha) (milliers de
tonnes)
(milliers d'ha) (milliers de
tonnes)
Tigré 1999/00 830,0 606,8 49,1 25,6 879,1 632,4
  2000/01 827,4 667,9 50,5 25,2 877,9 693,1
  2001/02 722,6 637,2 47,3 24,6 769,9 661,8
  2002/03 691,6 427,3 41,8 14,2 733,4 441,5
Afar 1999/00 10,6 8,4 1,3 0,6 11,9 9,0
  2000/01 11,1 8,8 1,3 0,6 12,4 9,4
  2001/02 10,5 8,3 1,3 0,6 11,8 8,9
  2002/03 8,5 4,6 1,0 0,1 9,5 4,7
Amhara 1999/00 3 247,8 3 603,7 668,9 476,2 3 916,7 4 079,9
  2000/01 3 301,9 3 792,0 655,5 427,9 3 957,4 4 219,9
  2001/02 3 306,6 3 545,5 655,6 424,4 3 962,2 3 970,0
  2002/03 3 212,3 2 760,2 683,1 360,5 3 895,4 3 120,8
Oromiya 1999/00 3 931,8 4 990,3 655,5 401,0 4 587,2 5 391,4
  2000/01 4 308,9 5 667,9 582,7 413,3 4 891,6 6 081,2
  2001/02 4 418,6 5 325,6 607,7 416,2 5 026,2 5 741,8
  2002/03 4 274,9 3 803,7 609,6 286,7 4 884,5 4 090,4
Somali 1999/00 75,7 45,1 1,2 0,6 76,9 45,6
  2000/01 73,4 41,1 2,7 1,0 76,1 42,1
  2001/02 97,3 36,6 0,0 0,0 97,3 36,6
  2002/03 98,9 47,9 0,0 0,0 98,9 47,9
Benshangul
Gumuz
1999/00 104,2 131,0 9,9 6,8 151,1 137,8
  2000/01 145,0 113,6 15,0 10,0 160,0 123,6
  2001/02 137,2 117,5 10,9 7,0 148,1 124,4
  2002/03 135,0 110,8 8,1 5,0 143,2 115,8
SEPAR 1999/00 934,5 1 082,2 171,4 116,0 1 105,9 1 198,2
  2000/01 1 104,1 1 449,8 193,5 137,9 1 297,6 1 5877
  2001/02 1 104,4 1 246,3 176,6 129,3 1 281,0 1 375,7
  2002/03 1 041,1 973,3 169,6 97,7 1 210,7 1 071,0
Gambella 1999/00 15,9 17,6 0,8 0,7 16,7 18,3
  2000/01 15,4 17,1 1,0 0,9 16,4 18,0
  2001/02 18,1 21,0 1,1 1,5 19,2 22,6
  2002/03 14,5 12,3 1,0 1,3 15,4 13,6
Harari 1999/00 10,5 21,9 0,0 0,0 10,5 21,9
  2000/01 9,2 5,0 0,0 0,0 9,2 5,0
  2001/02 10,2 6,6 0,1 0,0 10,3 6,6
  2002/03 8,9 4,3 0,1 0,0 9,0 4,3
Addis
Abeba
1999/00 7,4 9,7 1,8 1,7 9,2 11,5
  2000/01 7,8 11,6 2,5 1,8 10,3 13,4
  2001/02 8,1 9,1 1,8 1,1 9,9 10,3
  2002/03 8,3 11,2 1,5 1,1 9,8 12,2
Dire Dawa 1999/00 10,4 6,6 0,0 0,0 10,4 6,6
  2000/01 9,7 5,8 0,0 0,0 9,7 5,8
  2001/02 11,3 5,8 0,0 0,0 11,3 5,8
  2002/03 8,4 1,0 0,0 0,0 8,4 1,0
TOTAL 1999/00 9 290,0 10 706,1 1 504,9 1 039,0 10 794,9 11 745,1
  2000/01 9 813,9 11 780,6 1 504,7 1 018,6 11 318,6 12 799,2
  2001/02 9 844,8 10 959,5 1 502,3 1 004,9 11 347,1 11 964,4
  2002/03 9 502,4 8 156,5 1 515,8 766,7 11 018,2 8 923,2

3.8 Campagnes belg 2001, 2002 et 2003

Jusqu'à présent, les missions avaient accès aux rapports du Ministère de l'Agriculture sur la récolte belg, ce qui n'a pas été le cas cette année. Pour faire la lumière sur la situation, les équipes de la Mission allant dans des zones de production belg ont collecté autant de renseignements que possible auprès des bureaux possédant des unités d'information agricole en activité et ont rassemblé ces données pour obtenir une estimation de la récolte belg 2002. Ces données sont incluses dans le Tableau 5, qui les compare par région avec les données post-récolte définitives de la campagne belg 2001 collectées au même moment.

Tableau 5 - Éthiopie - Production de céréales et de légumineuses belg en 2001 et 2002

Région 2001 2002
Superficie
(hectares)
Production
(tonnes)
Superficie
(hectares)
Production
(tonnes)
SEPAR 213 844 145 000 222 139 121 000
Amhara 1/ n.d n.d 160 746 100 000
Oromiya 176 399 238 000 162 000 225 000
TOTAL 390 243 383 000 544 885 446 000
1/ Mauvais résultats en 2001 et aucun renseignement fourni par les Bureaux de l'agriculture des districts (worredas) ou les unités agricoles  des zones.

L'absence de certaines données empêche d'effectuer une comparaison valide, mais on constate que la production des zones belg d'Amhara a été bien meilleure cette année qu'en 2001. Les estimations de cette année confirment les indices de végétation SPOT-4, qui indiquent de meilleurs résultats dans les principales zones belg en 2002. Les estimations post-récolte définitives pour 2001 collectées par la Mission sont de 15 pour cent inférieures aux chiffres publiés l'année dernière, ce qui donne à penser que les estimations de cette année sont peut-être également trop élevées. Par conséquent, la Mission se sent tenue de présenter une estimation prudente de 350 000 tonnes pour les céréales et les légumineuses de la campagne belg en 2003. Ces données sont incluses dans le bilan céréalier comme faisant partie des approvisionnements alimentaires nationaux pour l'année de commercialisation 2003.

Il convient également de signaler que les rendements de maïs pris en compte dans les estimations de cette année pour la récolte meher incluent le maïs vert utilisé pour l'alimentation. L'exclusion de ce dernier donnerait une idée fausse de la production réelle. Il est tout autant justifié de reporter la production totale de maïs à l'année de commercialisation 2003 que d'inclure la récolte belg 2003. Aussi bien le maïs vert que les récoltes belg seront disponibles dans le pays l'année prochaine.

4. SITUATION DE LA PRODUCTION PAR RÉGION

4.1 Oromiya

La région d'Oromiya, qui est composée de 14 zones administratives, est la plus grande du pays; en forme de « T », elle s'étend de la frontière avec le Soudan à l'ouest jusqu'à la frontière avec le Kenya vers le sud en passant par le centre de l'Éthiopie à proximité de la frontière orientale avec la Somalie. Elle inclut les hauts plateaux les plus productifs ainsi que les plaines des basses terres et les fonds des vallées souvent victimes de la sécheresse. Dans six des zones méridionales, on observe clairement une pluviométrie bimodale qui fournit généralement une campagne de végétation prolongée et un vaste éventail d'options en matière de cultures. Dans les zones à forte densité de population et où les pluies sont abondantes, la taille réduite des exploitations agricoles nécessite la réalisation de deux ou trois récoltes chaque année sur une même terre pour répondre aux besoins des ménages, ce qui place les familles d'agriculteurs dans une situation vulnérable. Il est impossible de compenser la perte des récoltes en accroissant les superficies ensemencées en vue de la récolte suivante. Cette année, la longue sécheresse intervenue entre les pluies belg et meher à cause de la cessation rapide des premières et de l'arrivée tardive des deuxièmes a perturbé le calendrier de préparation des sols et retardé le démarrage des cultures dans l'ensemble de la région.

Dans le fécond plateau central, les zones d'Arsi, de Shoa-Ouest et de Shoa-Est se distinguent par leurs taux élevés d'investissement agricole et de mécanisation; elles fournissent régulièrement 50 pour cent des récoltes meher régionales et 25 pour cent des récoltes meher nationales. L'arrivée tardive des pluies et le bas niveau des prix au cours des deux dernières années ont encouragé les agriculteurs à investir le moins possible dans les intrants. De ce fait, l'utilisation régionale des engrais au phosphate diammonique et à l'urée, en baisse de 7 pour cent, s'est montée à 113 000 tonnes, chiffre inférieur de 8 000 tonnes à celui de l'année dernière, mais qui représente néanmoins 49 pour cent de l'utilisation nationale d'engrais pour la campagne meher.

Malheureusement, après leur arrivée tardive, les pluies, inférieures à la moyenne et réparties de façon erratique, ont finalement cessé début septembre dans toutes les zones orientales et centrales de la région. Dans les zones occidentales, notamment Illubabor et Wollega-Ouest, ainsi que dans les zones méridionales de Borena et de Bale, les pluies tardives ont été nettement plus abondantes, ce qui a eu un effet positif sur les résultats des récoltes et a renforcé la production régionale.

Comme dans l'ensemble du pays, l'utilisation de semences améliorées a diminué, mais la disponibilité de semences n'a pas posé de problème en soi. Un réensemencement a été nécessaire dans certains secteurs de l'est, mais, vu les bonnes récoltes de l'année dernière, des semences mises de côté par les agriculteurs étaient disponibles dans les exploitations et sur les marchés locaux. La densité de semis est normale, mais les semailles ont été retardées d'environ un mois. Le total des superficies ensemencées est inférieur de 3 pour cent (142 000 ha) à l'année dernière. Des cultures à cycle court ont manifestement été substituées à des cultures à cycle long, puisque, sur les 4,884 millions d'hectares ensemencés, les superficies sous maïs, sorgho et éleusine ont diminué de 195 000 ha et celles sous teff et blé ont augmenté de 63 000 ha. En fait, la quantité de semences de cultures à cycle long économisée (3 900 tonnes) par cette réduction des emblavures de 195 000 ha est tout à fait analogue à celle des semences à cycle court nécessaires pour ensemencer 63 000 hectares (3 800 tonnes); il est donc possible que, pour les cultivateurs, l'équivalence en poids de semence soit un facteur plus déterminant que la superficie disponible, ce qui expliquerait plus facilement l'étendue des superficies laissées en jachère en passant de cultures à faible taux d'ensemencement (maïs et sorgho) à celles qui ont un taux élevé (blé, orge, légumineuses et teff). Les ensemencements commerciaux de céréales et de légumineuses dans la région ont baissé de 9 pour cent dans la zone d'Arsi et de 13 pour cent dans celle de Bale, suite aux faibles rapports obtenus pour les investissements réalisés au cours des deux dernières années.

Les ravageurs et les maladies n'ont causé que peu de dégâts. En ce qui concerne les ravageurs migratoires, les infestations mineures de Quelea quelea et de chenilles processionnaires ont été combattues rapidement et efficacement par les équipes de pulvérisation des bureaux de l'agriculture. La présence habituelle d'insectes parasites et non migratoires dont le hanneton du sorgho, le foreur des tiges, la mouche des semis, les vers des céréales, les sautériaux et les aphides, a été observée, mais dans des proportions modestes cette année. Les ravageurs vertébrés comme les oiseaux non migratoires, les phacochères et les singes ont retenu comme d'habitude l'attention des cultivateurs désireux de protéger leurs champs, en particulier durant la période précédant la récolte.

Bien qu'elle ait été reportée à cause des semailles tardives, la récolte se déroule rapidement et devrait se monter à 4,09 millions de tonnes pour les céréales et les légumineuses, soit 29 pour cent de moins que l'année dernière. Ce chiffre comprend 0,955 million de tonnes de maïs, c'est-à-dire 41 pour cent de moins que l'année dernière et 15 pour cent de moins que la mauvaise récolte de 1997 dans la région; les résultats obtenus pour le sorgho, 0,592 million de tonnes, sont également décevants par rapport à l'année dernière puisqu'ils ont baissé de 45 pour cent, mais ils sont supérieurs au chiffre de 0,448 million de tonnes estimé en 1997. Pour le blé, le teff et les légumineuses, les résultats devraient être respectivement de 14, 25 et 31 pour cent inférieurs à ceux de l'année dernière mais de 21, 14 et 7 pour cent supérieurs à ceux de 1997. La production d'orge, 0,625 million de tonnes, est inférieure de 17 pour cent à celle de l'année dernière et de 8 pour cent au volume estimé de 1997.

De ce fait, les prix des céréales resteront vraisemblablement élevés dans l'Oromiya, et les achats réalisés localement en vue d'une distribution à l'extérieur de la région devront être réalisés avec prudence pour éviter d'exposer les acheteurs habituels à une nouvelle augmentation des prix sur les marchés locaux.

4.2 Amhara

La région d'Amhara, située dans le nord nord-ouest du pays, inclut les chaînes de montagne les plus élevées du pays, des vallées fluviales et des plaines dans les basses terres ainsi que des plateaux où les systèmes de cultures mixtes sont solidement établis et assurent une bonne production. Divisée en dix zones administratives, cette région fournit généralement environ 33 pour cent de la production nationale de céréales meher. Vu les modes de répartition des pluies dans le pays et malgré les variations intervenant au sein d'une même zone du fait de l'altitude, les récoltes de céréales meher sont abondantes et généralement excédentaires dans la moitié ouest de la région. Elles varient davantage dans la moitié est, qui contient cependant des zones où les cultures belg peuvent, selon l'année, contribuer fortement à la production annuelle locale. Cette année, les pluies belg ont été raisonnables dans les zones de production de l'est, et certaines récoltes belg ont pu être pratiquées dans le Wollo-Sud et le Wollo-Nord. Il y a eu toutefois une longue interruption entre la cessation précoce des pluies belg et l'arrivée très tardive des pluies kiremt dans l'ensemble de la région. Cette période de sécheresse a perturbé la préparation des sols et les semailles, si bien que les superficies ensemencées ont globalement diminué de 2 pour cent. Par chance, à la mi-saison, les précipitations ont été plus abondantes et réparties raisonnablement jusqu'à la mi-septembre dans les zones plus productives de Gojam-Ouest, Gojam-Est et Awi. Même dans les zones traditionnellement plus défavorisées de Wollo-Sud et Wollo-Nord, les pluies, malgré leur caractère erratique et leur faible niveau, se sont avérées à de nombreux endroits plus propices à la production que l'année dernière. Il n'y a eu aucun problème d'engorgement dû à des pluies excessives et, malgré la fin généralement précoce de la saison, les averses abondantes qui sont tombées durant le treizième mois (calendrier éthiopien) et la première semaine de septembre ont particulièrement profité aux cultures à cycle long ensemencées tardivement. La Mission a noté les mêmes aspects positifs dans les worredas méridionaux de Weghamra et dans les worredas orientaux de Gondar-sud.

Comme dans l'ensemble du pays, l'utilisation d'engrais a baissé cette année de 19 pour cent dans la région et s'est chiffrée à 60 471 tonnes. La Mission a remarqué que cette diminution touchait toutes les zones et dépassait même 50 pour cent de la consommation de l'année dernière dans certains secteurs marginaux. Il y avait un lien manifeste entre cette diminution de l'utilisation d'engrais et l'accès au crédit. Dans toutes les zones, les administrateurs et les cultivateurs ont signalé que les engrais étaient disponibles en temps voulu, mais comme l'organisme de crédit local (Amhara Savings and Credit Institute) accorde seulement des prêts par l'entremise des associations de cultivateurs et qu'une association ne peut recevoir un nouveau prêt que si elle a remboursé 85 pour cent des montants en souffrance, on a constaté que cette politique avait empêché de nombreux agriculteurs de contracter des emprunts pour acheter de l'engrais en temps voulu.

Au niveau régional, le retard des pluies a entraîné une diminution de 14 pour cent des ensemencements de maïs et de sorgho (139 000 ha) alors que les superficies sous teff et légumineuses ont augmenté de 84 000 ha, ce qui laisse entendre que le critère prépondérant quant au choix des ensemencements était l'équivalence en poids de graines plutôt que l'utilisation des superficies. La Mission n'a été informée d'aucune pénurie de semences. La densité de semis est jugée normale, même si on observe la pratique à assez grande échelle de cultures intercalaires de teff et de légumineuses dans les zones de Gondar-Nord et Sud, de Wollo-Sud et Nord et de Weghemra, les petits cultivateurs cherchant à se prémunir contre les conséquences éventuelles de l'insuffisance des précipitations.

Les ravageurs et les maladies ont apparemment très peu sévi. Une infestation de chenilles processionnaires dans le Gojam-Ouest a été rapidement enrayée, et aucun autre ravageur migratoire n'a été observé. On a constaté la présence de ravageurs non migratoires, comme le hanneton du sorgho, le grillon des broussailles, le foreur de tiges, les aphides, les termites et les sautériaux, mais aucune infestation grave n'a été signalée.

Si la production a baissé dans l'ensemble de la région, elle a néanmoins été très bonne dans le Gojam-Ouest et le Gojam-Est et satisfaisante dans certains worredas de la plupart des autres zones, y compris Wollo-Nord et Weghemra. La production totale de céréales et de légumineuses dans la région a baissé de 21 pour cent par rapport à l'année dernière, mais son volume de 3,121 millions de tonnes est de 11 pour cent supérieur à l'estimation de la production de la campagne meher 1997.

La production de maïs de cette année (0,523 million de tonnes) est inférieure de 34 pour cent à celle de l'année dernière mais dépasse de 58 pour cent celle de 1997, ce qui est dû à un accroissement de 17 pour cent des superficies ensemencées, à l'utilisation de semences de qualité supérieure mises de côté par les agriculteurs et à des applications plus abondantes d'engrais. Par contre, la production de sorgho (0,33 million de tonnes) est inférieure de 43 pour cent à celle de l'année dernière et représente seulement 73 pour cent de celle de 1997, ce qui donne à penser que le développement de cette culture a laissé à désirer. Les 670 000 tonnes de teff et 489 000 tonnes de blé produites chaque année représentent dans les deux cas une baisse de 15 pour cent par rapport à la production estimée de l'année dernière mais dépassent respectivement de 11 et 6 pour cent les chiffres de 1997.

4.3 SEPAR

Composée actuellement de 15 zones et de six worredas spéciaux, la région du SEPAR présente la plus grande diversité culturelle en Éthiopie ainsi qu'une écologie extrêmement variée allant des forêts ombrophiles aux déserts. Le régime de précipitations bimodal qui existe dans toute la région offre la possibilité de pratiquer deux ou trois récoltes par an sur un même terrain. Cependant, les exploitations sont de très petite taille, ce qui les rend structurellement vulnérables aux vagues de sécheresse à des moments clés des cycles de production puisque les occasions manquées pourraient difficilement être compensées ultérieurement par un accroissement des surfaces ensemencées. Par chance, la majorité de la population rurale se nourrit de banane ensete. Cette source pérenne d'hydrate de carbone, appelée aussi banane d'Abyssinie, qui résiste très bien aux fluctuations des pluies, assure la sécurité alimentaire de la plupart des familles d'agriculteurs dans les villages des hautes terres et des zones de moyenne altitude. La présence généralisée de cultures de rente pérennes comme le café, le khat et l'eucalyptus confirme la richesse de l'ensemble du SEPAR en ressources naturelles, sauf dans les zones de basse terre où la principale activité agricole est le pastoralisme.

Cette année, les pluies belg ont été raisonnables et ont permis de réaliser une bonne récolte belg. Toutefois, comme ailleurs, la longue période de sécheresse intervenue entre la fin des pluies belg et le début des pluies kiremt a perturbé la préparation des sols et encouragé les cultivateurs à ne pas planter de maïs ou de sorgho meher. Heureusement, presque partout, la pluviométrie s'est progressivement améliorée durant la campagne; de ce fait, comme l'a constaté la Mission, les superficies ensemencées en teff et en blé ont augmenté respectivement de 3 pour cent et de 7 pour cent, soit une augmentation de quelque 19 000 ha des emblavures de céréales à cycle court alors que les superficies ensemencées en maïs et sorgho ont diminué respectivement de 63 000 ha et 11 000 ha. Comme dans les régions d'Oromiya et d'Amhara, ces chiffres semblent correspondre à une équivalence en poids de semence entre les terres cultivées concernées. La baisse de 6 000 ha des superficies sous orge constitue une énigme, et la situation est la même dans l'Oromiya. Ces réductions pourraient être dues aux possibilités limitées qui existaient l'année dernière pour la commercialisation de l'orge. Assurément, dans cette région où la banane ensete est la base de l'alimentation, les céréales n'ont qu'une importance secondaire pour la sécurité alimentaire, et les forces économiques normales jouent donc un plus grand rôle dans la planification des emblavures.

Au niveau régional, l'utilisation d'engrais a diminué de 13 pour cent, baisse importante mais moindre que celle de l'année dernière (50 pour cent). En fait, dans huit zones et worredas spéciaux, les engrais ont été davantage utilisés que l'année dernière grâce aux modalités plus équitables de distribution et d'accès au crédit. Comme ailleurs, les semences locales étaient disponibles en quantités suffisantes et ont représenté plus de 99 pour cent des semences utilisées. On a moins souvent fait état de perturbations des pratiques culturales pour les cultures à cycle court puisque les régimes pluviométriques étaient plus favorables, et aucun réensemencement de grande ampleur n'a été signalé.

La présence de ravageurs et de maladies a été jugée minime.

Dans ces conditions, la Mission prévoit que les 1,21 million d'ha ensemencés en céréales et en légumineuses fourniront une production de 1,07 million de tonnes, dont 490 000 tonnes de maïs, 80 000 tonnes de sorgho, 11 000 tonnes de teff, 280 000 tonnes de blé et d'orge et 98 000 tonnes de légumineuses. Cette production totale est inférieure de 22 pour cent à celle de l'année dernière à cause d'une baisse de 13 pour cent pour le maïs, de 9 pour cent pour le teff et de 14 pour cent pour le blé et l'orge. Elle se monte également à 10 pour cent de moins que la mauvaise récolte de 1997 à cause de la réduction de 10 pour cent des superficies ensemencées.

4.4 Tigré

Le Tigré, la région la plus septentrionale de l'Éthiopie, est frontalier du Soudan et de l'Érythrée. Il a une superficie cultivée d'environ 800 000 ha exploités par quelque 775 000 ménages. Considérée habituellement comme une zone en déficit vivrier du fait de son climat semi-aride et de sa densité élevée d'occupation, la région a lancé de vastes programmes de remise en état de l'environnement au cours des dix dernières années. Elle est actuellement en train d'aborder conjointement les questions touchant la sécurité alimentaire et la gestion des bassins versants afin d'améliorer l'emploi et les possibilités de génération de revenus dans les zones les plus marginales. Sa situation de déficit vivrier ne doit pas faire oublier que, la plupart des années, les petits exploitants bien organisés de la zone sud pratiquant l'irrigation basée sur le ruissellement et les entreprises commerciales mécanisées des basses terres de l'ouest ont une production excédentaire.

Cette année, les pluies belg ont été peu abondantes et insuffisantes pour alimenter la production agricole des parties du Tigré-Sud où les cultures belg sont parfois pratiquées. Elles n'ont pas non plus facilité une préparation précoce du sol dans les zones du centre et de l'est. La longue période de sécheresse due au démarrage très tardif, à la mi-juillet, des pluies kiremt a découragé les semis de cultures à cycle long, réduit l'utilisation d'engrais et créé des inquiétudes chez les populations tributaires de L'agriculture et de l'élevage dans les zones vulnérables.

L'amélioration de la pluviométrie en juillet et août dans les zones méridionales d'altitude moyenne et élevée et dans les zones de haute altitude de l'est, du centre et de l'ouest a rétabli des conditions favorables à la production meher. Malheureusement, presque partout, les pluies se sont interrompues rapidement, ce qui a eu de graves conséquences sur les rendements de la plupart des cultures, sauf dans les worredas d'Ofla, d'Endamehoni et, partiellement, d'Alamata dans le Tigré-Sud, où la Mission a observé une production satisfaisante de sorgho. Les principaux systèmes d'irrigation de crue de la zone de Mehoni n'ont toutefois pas fonctionné à cause de l'insuffisance des ruissellements provenant de la bordure occidentale du bassin et 10 000 hectares de ce secteur normalement très productif n'ont donné aucune récolte cette année. Le Tigré-Est, où les conditions ont été difficiles pour la plupart des cultures en juillet, a bénéficié d'un peu de pluie en août et au début de septembre, et la Mission a constaté que certains endroits de la worreda d'Atsbi présentaient des rendements raisonnables de blé, d'orge et de teff et qu'il en allait de même à de nombreux endroits dans les zones de moyenne et haute altitude du centre et de l'ouest du Tigré. La Mission a remarqué que la production familiale de maïs avait dépassé les attentes dans tous les worredas du centre et de l'ouest grâce (i) aux emplacements bien choisis pour que les semis bénéficient des eaux de lessivage disponibles, (ii) à la sélection de sols présentant une meilleure rétention d'eau et (iii) à une teneur organique plus élevée des sols proches des zones habitées.

Alors qu'elle avait augmenté l'année dernière, l'utilisation d'engrais dans la région, environ 8 900 tonnes, a baissé de 47 pour cent parce que les autorités ont cessé de promouvoir des « quotas » d'engrais et que les cultivateurs, préoccupés par l'incertitude des conditions climatiques, ont décidé d'employer moins d'intrants. Comme ailleurs, les semences provenaient presque exclusivement des stocks mis de côté par les agriculteurs, des marchés locaux ou des banques de semences. Ces dernières, crées ces dernières années par des ONG, contribueront probablement dans une large mesure à l'approvisionnement en semences locales l'année prochaine, vu la probable réduction des quantités de céréales pouvant être utilisées comme semences disponibles à des prix abordables.

Aucune incidence importante de ravageurs ou de maladies n'a été signalée, mais, vu que le sorgho a été semé tardivement cette année, les entreprises commerciales de la zone occidentale qui viennent d'étendre leurs activités resteront vulnérables au moucheron du sorgho et aux attaques de Quelea quelea pendant deux ou trois mois.

Dans l'ensemble, la Mission estime que la production de céréales et de légumineuses s'établira à quelque 0,427 million de tonnes, dont 65 000 tonnes pour le teff, 51 000 tonnes pour le blé, 66 000 tonnes pour l'orge et l'hamfes (mélange d'orge et de blé), 57 000 tonnes pour le maïs, 157 000 tonnes pour le sorgho et 31 000 tonnes pour l'éleusine. Ces chiffres représentent une baisse de 25 pour cent par rapport à l'année dernière et de 18 pour cent par rapport à la récolte de 1997, et les superficies cultivées ont diminué de 22 pour cent suite à la révision des tailles des propriétés foncières dans le centre et l'est du Tigré en 2001.

4.5 Afar

L'Afar est une région de basse altitude du nord-est de l'Éthiopie peuplée par des populations de pasteurs élevant des camelidés, des ovins et des caprins ou des bovins; c'est une région aride/semi-aride n'offrant guère de potentiel pour une agriculture pluviale. La production de céréales et de légumineuses dans les zones septentrionales repose sur des systèmes d'irrigation de crue de taille modeste qui canalisent les eaux de ruissellement provenant de l'escarpement oriental des hautes terres centrales vers de petites étendues cultivées. Les zones septentrionales sont traversées par quatre cours d'eau permanents, mais on n'y pratique nulle part l'irrigation à grande échelle. Par contre, des entreprises agro-industrielles pratiquent des cultures commerciales dans les zones méridionales en pompant l'eau du fleuve Awash, même si les superficies irriguées ont diminué ces dernières années à cause de l'envasement et des modifications du cours de ce fleuve.

En 2002, seulement 700 ha ont été ensemencés sur une surface agricole potentielle de 11 000 ha. Les seules céréales produites sur ces terres provenaient de parcelles utilisées par l'Université de Mekelle pour tester des techniques de transplantation du sorgho provenant de pépinières irriguées durant la pré-saison. Le ruissellement s'écoulant de l'escarpement de l'est a été négligeable. Dans le sud, le débit du fleuve Awash était très faible et les superficies ensemencées, toutes cultures confondues, étaient de 19 pour cent inférieures à l'année dernière. Vu l'utilisation minime de semences améliorées et d'engrais ainsi que le manque de fiabilité des méthodes d'irrigation, les rendements sont également plus bas que l'année dernière, et la production de céréales et de légumineuses est estimée à quelque 4 500 tonnes, c'est-à-dire 47 pour cent de moins que les estimations post-récolte établies par le bureau agricole régional en 2001. Comme les céréales ont beaucoup moins d'importance que le bétail dans les économies alimentaires des ménages de la région, la Mission s'est adressée aux inspecteurs du bétail travaillant dans les bureaux agricoles des zones pour essayer de déterminer les résultats de l'élevage pastoral.

Les indices SPOT-4 révèlent une végétation plus réduite qu'au cours des trois années précédentes de mai à septembre dans tous les secteurs présentant un potentiel quelconque de production, ce qu'ont dit également les interlocuteurs de la Mission. Cela confirme l'arrivée tardive des pluies principales, qui se sont limitées à des petites averses occasionnelles avant de cesser complètement à la mi-septembre. Ces pluies n'ont guère contribué à compléter la croissance des herbages pour le pâturage ou le brout de la mi-saison. De ce fait, l'état de santé des animaux s'est détérioré à partir de la fin des pluies belg en avril; les points d'eau temporaires se sont asséchés plus rapidement que prévu et les prix des animaux sur tous les marchés ont chuté jusqu'à la moitié des niveaux attendus à cause de l'accroissement de l'offre et de la rareté des acheteurs. La migration du bétail de la zone 2 vers les réserves de pâturages traditionnelles a été limitée à cause de la fermeture de l'accès aux herbages proches de la frontière avec l'Érythrée et d'un conflit avec certains groupes de l'Oromiya et du Tigré où les pâturages et les ressources d'eau étaient aussi fortement sollicités. La migration de la zone 4 vers l'Amhara et l'Oromiya s'est déroulée dans de meilleures conditions, tout comme celle concernant les troupeaux se rendant dans le Parc national Awash depuis les localités avoisinantes.

Les taux de mortalité du bétail de sept worredas compilés par les spécialistes du Bureau de l'agriculture de la zone 2 en septembre s'échelonnent entre 5 et 40 pour cent, comme l'indique le Tableau 6.

Tableau 6 - Éthiopie: 2002 - Taux de mortalité du bétail (en pourcentage) par worreda dans la zone 2 de l'Afar

Catégorie Worreda 1 Worreda 2 Worreda 3 Worreda 4 Worreda 5 Worreda 6 Worreda 7
Caprins 15 10 9 20 10 9 8
Ovins 15 10 9 20 10 9 8
Camélidés 12 9 10 13 14 10 4
Bovins 15 40 20 6 25 9 10
Singes 5 20 6 6 8 - 5
Source : Bureau agricole de la zone 2.

Vu le mauvais état de santé des animaux, la pénurie de points d'eau et les problèmes d'accès aux sites de réserve, la Mission considère que les taux de mortalité vont vraisemblablement augmenter si les pluies ne commencent pas d'ici quelques semaines.

4.6 Somali

La région de Somali est située dans la partie sud-est de l'Éthiopie; l'agriculture pluviale y est surtout pratiquée par les agriculteurs des hautes terres et des zones de moyenne altitude des zones de Jijigga et Shinelli. Dans les villes et villages du bassin des fleuves Wabi et Shabelle, l'irrigation des crues permet la culture de diverses plantes annuelles, et des systèmes de micro-irrigation par pompage alimentent les cultures pérennes telles que la banane et le khat.

Dans la zone de Jijigga, la Mission n'a obtenu que des renseignements limités sur la situation générale dans la région. Toutefois, les indices de végétation SPOT-4 révèlent des conditions généralement plus favorables dans les zones méridionales de Somali, y compris Jijigga, durant la campagne kiremt après l'arrivée des pluies, plus tardives qu'en temps normal, en juillet. Par contre, la zone de Shinelli a connu une pluviométrie analogue à celle de la plus grande partie de la région d'Afar, se limitant à quelques petites averses en août et début septembre. On peut donc seulement estimer la production des cultures de la zone de Jijigga, où les emblavures ont augmenté de 2 pour cent, la production, en hausse de 31 pour cent, se montant à 47 900 tonnes; la production de sorgho devrait atteindre 23 000 tonnes, le reste étant divisé entre le maïs (11 000 tonnes), l'orge (9 000 tonnes) et le blé (6 000 tonnes).

Dans les zones pastorales du sud de la région, on a signalé une situation stable pour le pâturage et le brout après les pluies relativement abondantes des mois d'été (de juin à août). La pénurie d'eau et d'herbe pour le brout et le pâturage en début de campagne dans les secteurs pastoraux de Shinelli a entraîné une hausse des taux de mortalité, et les déplacements du bétail à l'intérieur de la zone ont commencé plus tôt qu'à l'accoutumée. Les autorités de Jijigga prévoient une migration ultérieure des troupeaux de Shinelli vers le sud en décembre.

4.7 Harari

Harari est une petite région située autour de la ville d'Harar qui comprend environ 12 000 ha de terres agricoles. Outre le khat, elle produit en général surtout du sorgho et du maïs. Cette année, les pluies belg étaient tardives et ont cessé rapidement. Une longue période de sécheresse a ensuite précédé l'arrivée, fin juillet, des pluies kiremt. Erratiques et peu abondantes en août, elles ont pris fin prématurément durant la première semaine de septembre, si bien que la pluviométrie s'est avérée peu satisfaisante pour l'année.

Les semis, réalisés tardivement, ont été inférieurs de 19 pour cent à ceux de l'année dernière. On s'attend à une production de quelque 4 000 tonnes de céréales et légumineuses, principalement du sorgho.

4.8 Dire-Dawa

Le sorgho, le maïs et les légumes sont les principales cultures pratiquées autour de la ville de Dire-Dawa. Cette année, les pluies belg ont été pratiquement inexistantes, et les pluies kiremt ont été tardives, éparses et de courte durée. Les superficies plantées en céréales et légumineuses ont donc diminué, et la seule culture à avoir fourni une récolte mesurable serait le sorgho à maturation précoce semé à titre expérimental par l'Université Alamayo. La production totale fournie par les 8 000 hectares ensemencés devrait se chiffrer à 900 tonnes. Les équipes de la Mission ont constaté que le bétail était en mauvaise santé et on signale que sa production est inférieure à la normale, mais aucun chiffre n'est disponible.

4.9 Addis Abeba

Dans la région d'Addis Abeba, les superficies ensemencées cette année en céréales et légumineuses étaient de 9 700 ha, soit à peu près comme l'année dernière. Les précipitations raisonnables des campagnes belg et meher ont favorisé la croissance et le développement des cultures et encouragé l'utilisation d'intrants. Le mauvais remboursement des créances a toutefois réduit l'accès au crédit, si bien que le nombre de prêts a diminué de quelque 25 pour cent. Il semble que l'utilisation d'engrais se soit maintenue grâce aux ventes au comptant.

Comme les pratiques culturales se sont déroulées de façon normale pendant l'année et que les ravageurs et les maladies n'ont causé aucun problème particulier, la région d'Addis Abeba se trouve dans une situation unique, puisque la production de céréales et de légumineuses y a augmenté cette année. On prévoit une récolte totale de 12 000 tonnes, dont 4 000 tonnes de teff et 6 000 tonnes de blé, soit une augmentation de 19 pour cent par rapport à l'année dernière.

4.10 Gambella

Située en bordure du Soudan dans le sud-ouest du pays, la région de Gambella est composée de basses terres; sa pluviométrie régulière et les crues saisonnières des cours d'eau permanents qui la traversent permettent d'y pratiquer au moins deux cycles de cultures chaque année, dont l'un est alimenté par les pluies et l'autre par l'humidité résiduelle.

Cette région, qui a connu d'importants mouvements de réfugiés en provenance du Soudan au cours de la dernière décennie, est habitée par des pasteurs éleveurs de bovins (Nuer), des cultivateurs nomades (Anuak) et des colons venus des hautes terres centrales. Les formes d'exploitation et les modes de subsistance sont variés; la pêche, la chasse et la cueillette ainsi que le commerce transfrontalier sont aussi importants que l'agriculture dans l'économie alimentaire des ménages. Cette année, les pluies kiremt ont été tardives et les crues de faible ampleur. On estime que les superficies sous céréales et légumineuses sont inférieures de 20 pour cent à l'année dernière, et la récolte devrait se monter à 13 600 tonnes, soit 40 pour cent de moins que l'année dernière.

4.11 Benshangul Gumuz

La région de Benshangul Gumuz, qui borde les plaines argileuses de l'est du Soudan, est peu peuplée. De basse altitude, elle a une pluviométrie unimodale qui alimente la production agricole et l'élevage pastoral. Cette année, les pluies ont commencé tardivement dans les localités septentrionales de Metekal et Pawe, mais au mois de mai partout ailleurs. La quantité et la répartition des précipitations ont été satisfaisantes même si elles étaient moins abondantes que l'année dernière, ce qui était plutôt un avantage dans certaines zones de basse altitude.

Étant donné que l'accès au crédit n'a pas posé de problème et que les pluies, après leur arrivée tardive, ont été encourageantes, l'utilisation d'engrais est restée stable et les pratiques culturales se sont déroulées normalement.

Les équipes de la Mission n'ont constaté dans la région aucun problème important concernant les ravageurs ou les maladies. De ce fait, les rendements de toutes les cultures n'ont pas baissé autant que dans d'autres régions. Dans l'ensemble, on estime à 116 000 tonnes la production des 143 000 ha ensemencés en céréales et légumineuses, soit respectivement 3 pour cent et 7 pour cent de moins que l'année dernière.

5. SITUATION DE L'OFFRE ALIMENTAIRE

5.1 Les marchés agricoles et les prix

Les marchés céréaliers nationaux en Éthiopie fonctionnent par l'entremise d'un réseau de petits négociants qui achètent les excédents des petits cultivateurs et les vendent sur les marchés voisins avec une marge bénéficiaire plutôt modeste. Ces marchés fonctionnant de façon relativement isolée, les petits producteurs et les petits négociants disposent de peu d'information sur la disponibilité et les prix des céréales. Les mouvements de céréales de plus grande ampleur des zones excédentaires vers les zones déficitaires sont limités par le coût élevé du transport qui est dû à la mauvaise infrastructure routière, les déficiences des systèmes d'information sur les marchés et le quasi monopole existant dans le secteur des transports.

Pendant près de deux ans, jusque vers la mi-2002, les prix des céréales sont restés très bas à cause des récoltes supérieures à la moyenne réalisées pendant deux années consécutives et de l'absence de mesures efficaces de stabilisation des prix au niveau national. La seule mesure utilisée par certains organismes donateurs consistait à ne pas importer la totalité des céréales destinées à l'aide alimentaire, mais à en acheter une partie sur les marchés locaux. En 2001 et 2002, ces organismes internationaux ont acheté seulement environ 160 000 tonnes de céréales par an à cette fin.

Les prix des céréales ont commencé à augmenter fortement sur les marchés durant le deuxième semestre de 2002 lorsqu'il est devenu évident que les récoltes de céréales belg et meher allaient être en forte baisse. Entre octobre 2001 et octobre 2002, l'augmentation du prix moyen nominal a été de 85 pour cent pour le maïs, 50 pour cent pour le blé, 32 pour cent pour l'orge et 25 pour cent pour le sorgho. Les figures 2.1 et 2.2 indiquent le prix mensuel nominal et sa moyenne à long terme pour le teff, le blé et le maïs sur les marchés d'Addis Abeba et de BahrDar. Les tendances observées dans ces deux cas sont semblables à celles prévalant sur d'autres marchés à Mekele, Hossana, DireDawa et Nazrethe. Les augmentations des prix des céréales auront des effets négatifs sur certains secteurs de la population, notamment les ménages urbains à revenus fixes, les populations nomades et environ 20 pour cent des habitants des régions rurales qui achètent des céréales sur les marchés.

Figure 2.1 - Prix moyens mensuels des principales céréales, Addis Abeba, octobre 2001 - octobre 2002

Figure 2.2 - Prix moyens mensuels des principales céréales, BahrDar, octobre 2001 - octobre 2002

5.2 Bilan de l'offre et de la demande de céréales

Le Tableau 7 présente une récapitulation du bilan de l'offre et de la demande de céréales et de légumineuses pour la campagne de commercialisation 2003 (janvier-décembre). Il est basé sur les estimations de production de la campagne meher 2002/2003, une prévision de la campagne belg 2003 et les derniers renseignements sur les échanges et les stocks. La production totale de céréales et de légumineuses est estimée à 9,27 millions de tonnes, chiffre qui inclut 8,92 millions de tonnes pour la récolte principale meher et une prévision provisoire de 350 000 tonnes pour la récolte belg 2003.

Tableau 7 - Éthiopie: Bilan total de l'offre et de la demande de céréales, janvier-décembre 2003 (milliers de tonnes)

Disponibilités intérieures 9 782
- Stocks d'ouverture 509
Production 9 273
- Meher 8 923
- Belg 350
Utilisations totales 12 077
- Utilisation alimentaire 10 369
- Alimentation animale 180
- Semence 670
- Pertes 730
- Exportations non officielles 28
- Stocks de clôture 100
Besoins d'importation 2 295
- Importations commerciales prévues 328
- Aide alimentaire promise 140
Déficit non couvert 1 827

Les stocks d'ouverture pour la campagne de commercialisation 2003 sont estimés à 509 000 tonnes, ce qui inclut quelque 72 000 tonnes détenues par l'Entreprise éthiopienne de commerce des céréales (EGTE); approximativement 215 000 tonnes entre les mains des négociants commerciaux; environ 100 000 tonnes possédées par les petits cultivateurs dans les secteurs excédentaires et approximativement 122 000 tonnes détenues par la Réserve d'urgence pour la sécurité alimentaire (EFSR), un fonds de roulement ayant un stock maximum de 405 000 tonnes. Plusieurs organismes nationaux et internationaux, dont la DPPC, le PAM, l'EGTE, des donateurs et des ONG, lui empruntent des céréales pour une durée de six mois en échange d'une confirmation de contribution de leur part. Aucune pénalité n'est prévue si les céréales empruntées ne sont pas restituées en temps voulu, ce qui était le cas de 24 299 tonnes en décembre 2002.

Le volume prévu des stocks de clôture est d'environ 100 000 tonnes, la différence par rapport aux stocks d'ouverture reflétant l'importante réduction de la production cette année.

Le chiffre indiqué pour l'utilisation alimentaire est basé sur une projection de la population à la mi-2003 de 69,127 millions d'habitants et une consommation moyenne de céréales par habitant de 150 kg par an.

Le volume prévu pour l'alimentation animale est de 180 000 tonnes, principalement destinées à la volaille et aux équidés. Les semences et les pertes après récolte représentent près de 16 pour cent de la récolte meher totale et sont estimées respectivement à 670 000 et 730 000 tonnes.

Il n'existe aucune statistique officielle fiable sur les exportations de céréales en 2002, mais on signale que des quantités relativement importantes ont été exportées de façon non officielle vers les pays voisins, la production nationale extrêmement élevée ayant entraîné une forte baisse des prix des céréales sur les marchés intérieurs. Durant la prochaine campagne de commercialisation, les exportations transfrontalières de céréales devraient être négligeables puisqu'on prévoit une baisse de la production et une forte augmentation des prix intérieurs. En 2001-02, les exportations de légumineuses ont quadruplé par rapport à la moyenne annuelle de 28 000 tonnes au cours des six dernières années et ont atteint 109 000 tonnes grâce à la bonne production de l'année dernière. Toutefois, en 2003, les exportations de légumineuses retrouveront vraisemblablement leur niveau moyen de 28 000 tonnes vu la réduction de la production, qu'on estime à 24 pour cent.

Les besoins totaux d'importation de céréales en 2003 sont estimés à 2,295 millions de tonnes. Les capacités d'importation commerciale de céréales, qui devraient être de 328 000 tonnes, portent principalement sur le blé durum et la farine de blé, le riz et l'orge de brasserie, que consomment surtout les groupes à revenu élevé. Ces capacités sont supérieures à l'année dernière vu l'amélioration de la situation macroéconomique (voir section 2.1).

La quantité de céréales en cours d'acheminement ou dont la livraison est garantie pour l'aide alimentaire en 2003 se monte actuellement à 140 000 tonnes, ce qui laisse un déficit céréalier non couvert d'environ 1,83 million de tonnes, qui devra être comblé par une aide supplémentaire.

5.3 Besoins d'aide alimentaire d'urgence

5.3.1 Examen de l'aide alimentaire d'urgence en 2002

Les besoins d'aide alimentaire et les quantités effectivement distribuées en Éthiopie ont varié considérablement ces dernières années, comme le montre le Tableau 8.

Tableau 8 - Éthiopie: Aide alimentaire (céréales: estimations et quantités effectivement distribuées) 1995-2002

Année Janvier
Estimation
(tonnes)
Juillet
Estimation
(tonnes)
Livraison/
distribution
1/
(tonnes)
Couverture
des besoins
estimés
Population
nécessitant
une aide
alimentaire (en
millions)
1995 427 00 492 848 347 379 70 4,0
1996 291 00 262 060 219 000 84 2,7
1997 186 00 329 450 306 000 93 3,4
1998 420 00 602 134 294 932 49 5,3
1999 181 71 460 609 391 558 85 6,6
2000 764 44 1 337 695 999 135 75 10,2
2001 545 94 630 610 540 000 86 6,2
2002 557 04 897 299 580 000 65 6,3
Moyenne 421 64 626 588 459 751 76 5,6
1/ Les données concernant les distributions en 2002 sont provisoires. Le chiffre indiqué inclut l'aide d'urgence du PAM, les contributions bilatérales à la DPPC et les contributions des ONG.

La récolte de la campagne principale 2001 a été bonne dans l'ensemble, mais la production a été mauvaise dans certains secteurs où les conditions de croissance sont restées défavorables, ce qui a donné lieu à des pénuries alimentaires dans certaines parties du nord-est, du centre et du sud du pays. Même en temps normal, les populations concernées, qu'elles vivent dans des zones de culture ou d'élevage, ne sont souvent pas en mesure de produire ou d'acheter suffisamment de vivres pour l'année entière. En janvier 2002, suite aux effets combinés des problèmes climatiques et de l'insécurité alimentaire chronique, 5,2 millions de personnes avaient besoin d'une aide extérieure pour satisfaire leurs besoins alimentaires minimaux alors que leur nombre était de 6,2 millions en 2001. Pour répondre à ces besoins, le gouvernement de l'Éthiopie a sollicité une aide alimentaire totalisant 557 204 tonnes.

L'insuffisance des pluies belg en 2002 a encore aggravé la situation, ce qui a entraîné des pertes importantes de récoltes belg et épuisé les ressources d'herbe et d'eau pour le bétail dans les zones pastorales et de nombreuses zones agricoles des basses terres, si bien que beaucoup d'animaux sont morts, en particulier dans l'Afar et certains secteurs de la région de Somali. De ce fait, le nombre de personnes nécessitant une aide alimentaire est monté à 6,3 millions en juillet. Pour remédier à cette situation, le gouvernement de l'Éthiopie a sollicité 364 635 tonnes d'aide alimentaire pour juillet-décembre, soit 191 000 tonnes de plus que l'estimation établie en janvier pour la même période.

La gravité du problème est apparue avec encore plus d'évidence vers la fin juillet à cause de l'arrivée tardive des pluies kiremt dans la plupart des basses terres du pays. Le retard des précipitations et la longueur inhabituelle des périodes de sécheresse dans certains secteurs a entraîné des pertes plus généralisées de récoltes de maïs et de sorgho, ce qui a limité la disponibilité de maïs vert et de sorgho, normalement consommés pendant la saison maigre avant la récolte principale. En outre, les pénuries d'herbage et d'eau sont devenues encore plus marquées, ce qui a entraîné la mort de nombreux animaux dans les zones touchées, et ceux qui ont survécu sont en mauvaise santé. De ce fait, de graves pénuries alimentaires se sont déclarées dans plusieurs parties du pays, le statut nutritionnel s'est rapidement dégradé dans de nombreux secteurs et une évaluation à mi-campagne réalisée par divers organismes sous la direction du gouvernement a déterminé qu'une aide alimentaire supplémentaire était nécessaire. Le gouvernement a donc demandé assistance pour la troisième fois en septembre 2002, sollicitant une aide totale de 273 029 tonnes pour la période octobre-décembre 2002, soit 149 000 tonnes de plus que l'estimation établie en juillet pour cette même période.

Pendant les premiers mois de 2002, les stocks de report de 2001 étaient insuffisants pour couvrir les besoins d'aide alimentaire, qui n'ont été satisfaits en janvier que dans une proportion de 10 pour cent. Toutefois, avec la confirmation des contributions reportées, 31 pour cent des besoins ont été couverts en février. De mars à mai, les quantités distribuées se sont montées à seulement environ 50 pour cent des besoins totaux. Cependant, entre juin et septembre, grâce à l'accroissement des contributions des donateurs, elles ont augmenté pour couvrir plus de 80 pour cent des besoins. L'alerte spéciale de juillet, qui demandait une aide alimentaire supplémentaire - en augmentation de 34 pour cent par rapport à l'estimation pour 2002 établie en janvier - a été suivie par une contribution du gouvernement, et les donateurs internationaux ont également réagi rapidement. Malgré une nouvelle révision à la hausse des besoins pour octobre-décembre en septembre - soit une augmentation supplémentaire de 20 pour cent des besoins annuels -, les donateurs ont continué de contribuer aux opérations d'aide alimentaire, et environ 70 pour cent des besoins ont été couverts pour les trois derniers mois de l'année. La taille des rations distribuées a été réduite à 12,5 kg/personne/mois (au lieu de 15 kg). De plus, la DPPC et les régions ont dû établir des priorités afin de réserver l'aide alimentaire aux districts les plus touchés.

Dans l'ensemble, la quantité de vivres fournis ou disponibles en 2002 a atteint 582 000 tonnes, couvrant ainsi 65 pour cent des 897 000 tonnes de besoins d'aide alimentaire (Tableau 9). Les besoins en céréales ont été relativement mieux couverts que ceux d'aide supplémentaire, même si les livraisons d'aliments composés ont augmenté à partir du milieu de l'année pour faire face à la nette détérioration du statut nutritionnel dans certains secteurs. Certaines contributions alimentaires confirmées en 2002 pourront être distribuées en 2003, et le « report » est estimé à environ 140 000 tonnes. Toutefois, à la mi-décembre 2002, 80 000 tonnes seulement sont disponibles pour janvier 2003, alors que les besoins se montent à 120 000 tonnes; les autres contributions sont prévues comme devant être distribuées plus tard dans l'année.

Tableau 9 - Éthiopie: Contributions d'aide alimentaire en 2002, distribution et bilan

  Tonnes
Contributions 2002 (y compris stocks de report/contributions
promises 2001)
723 600
Distributions estimées 2002 581 500
Stocks de report et contributions promises pour 2003 142 100

Pour 2002, le gouvernement a également demandé une aide alimentaire de 15 000 tonnes pour les personnes déplacées et les Éthiopiens revenant d'Érythrée. Pour y répondre, le PAM a amplifié son opération d'urgence en cours pour aider les 76 500 personnes concernées. Outre les distributions d'aide alimentaire destinées aux victimes de catastrophes naturelles et aux personnes déplacées dans le Tigré, le PAM a également distribué 70 000 tonnes de vivres en Éthiopie pour des projets de développement et 25 000 tonnes pour les réfugiés en 2001.

5.3.2 Perspectives en matière de sécurité alimentaire des ménages en 2003

L'évaluation la plus récente, réalisée en novembre 2002 par plus de 20 équipes pluri-institutions qui s'étaient rendues dans 53 zones, a déterminé que, dans certains secteurs, les pluies survenues en septembre/octobre avaient quelque peu atténué les craintes antérieures concernant la perte potentielle de la totalité de la récolte. Dans d'autres secteurs, en particulier les gorges des rivières des basses terres et l'escarpement des basses terres du nord-est dans les régions d'Amhara et de Tigré, les basses terres de la vallée du Rift, le SEPAR et les régions pastorales et agro-pastorales de basse altitude de l'Afar, de l'Oromiya et du nord de Somali, on a perdu tout espoir de pouvoir disposer de stocks alimentaires pour même un ou deux mois seulement. De façon générale, les besoins alimentaires vont augmenter au cours des six prochains mois pour culminer en juin, un répit étant possible pour certains secteurs si les précipitations sont satisfaisantes en février-juin. Toutefois, dans moins de trois mois, la situation de millions de familles de pasteurs et de cultivateurs de subsistance sera aussi désespérée qu'elle l'a jamais été.

Afar: Malgré les vastes efforts entrepris pour fournir de l'eau par camion et des rations pour la consommation humaine et animale, le faible débit des cours d'eau (Awash: 3 mètres/seconde au lieu de 6-9 mètres/seconde normalement) et l'assèchement des mares ont entraîné une migration prématurée en septembre au lieu de janvier/février en temps normal. Suite à la détérioration de l'état de santé du bétail et donc de ses prix ainsi qu'à l'augmentation des prix des céréales, les termes de l'échange pour le bétail sont tombés au quart de leur valeur normale (le prix d'un jeune porc correspond à celui de 25 kg de céréales). Les interventions visent maintenant à prévenir la perte de vies humaines et celle de biens essentiels comme les animaux reproducteurs. On doit se féliciter des efforts entrepris pour contenir les épizooties, notamment la vaccination d'un demi million d'animaux au cours des six derniers mois, et il faut les poursuivre pour pouvoir redresser la situation dans la région.

Amhara: Dans les zones de basse altitude des gorges des cours d'eau (le Tekeze et l'Abay dans les zones de Wag Hemra, Gonder-Sud et Gojam-Est) et l'escarpement de l'est en bordure de la région d'Afar (zones de Shewa-Nord, Oromiya et Wello-Nord), la production agricole est très durement touchée. La dégradation des termes de l'échange a atteint jusqu'à 50-60 pour cent à cause de l'augmentation des prix des céréales et de la réduction de la rémunération de la main-d'oeuvre (passée de 8 à 4 birr/jour à Wag Hemra et de 7 à 3 birr/jour à Gonder-Sud). Dans les secteurs les plus durement frappés, on signale déjà des cas alarmants de vols de cultures sur pied ou récoltées (Gojam-Est et Wello-Sud) ainsi que, pour supprimer l'appétit vu l'absence d'autres denrées alimentaires, la consommation de geisho ou houblon (Wag Hemra) et d'autres aliments sauvages comme kunti et burie. Prévoyant une aggravation de la situation et désireux de protéger leurs dernières possessions (en général le bétail), les habitants demandent de plus en plus souvent à être réinstallés, même temporairement, près des sources d'eau existant encore (cours d'eau), même au risque d'attraper la malaria. À Wag Hemra, plus de 1 000 ménages ont déjà entamé une migration vers le sud sans recevoir aucune aide. On signale déjà à de nombreux endroits une incidence accrue de malaria, due très certainement à la réduction de la résistance à la maladie suite à la diminution de la consommation, et la situation pourrait empirer si les déplacements d'êtres humains et de bétail prennent davantage d'ampleur.

Dire Dawa, Harari et Oromiya: La crise qui sévit dans l'est de l'Oromiya, le Dire Dawa et l'Harari, fait suite à une diminution de la production agricole depuis 1999 due à une longue sécheresse. Dans la partie est de la région, la durée de la période de soudure en août/septembre 2002 a entraîné une chute rapide et brutale du statut nutritionnel, si bien que dans les zones éprouvées comme Harerge Est et Ouest, on trouve un taux de malnutrition globale aiguë (MGA) pouvant dépasser 15 pour cent. Les efforts massifs entrepris pour fournir une aide alimentaire ont quelque peu amélioré la situation, mais celle-ci reste très précaire puisque la production est également encore en forte baisse dans les basses terres. Depuis quelques années, cette zone, où l'insécurité alimentaire est chronique, connaît une migration de faible ampleur durant les périodes de soudure; mais la dernière crise a accéléré cette migration et plus de 20 000 personnes vivent actuellement dans des camps de personnes déplacées dans la zone de Bale et 5 000 autres dans la zone de Shewa Est. On pensait que la population de ces secteurs, qui ont normalement une production excédentaire, pourrait surmonter ces problèmes, mais la situation se détériore rapidement à en juger par certains signes révélant une crise alimentaire comme la diminution de la fréquentation scolaire (40 pour cent d'abandons en 2002 contre 13 pour cent en 2001).

SEPAR: Les pluies insuffisantes ont entraîné une réduction de la production des cultures alimentaires de base, mais également de celle des cultures de rente comme le poivre et le café, dont la vente permet souvent de compenser les baisses de la production vivrière. La rémunération de la main-d'oeuvre est également en diminution (de 10 à 3 birr/jour) à cause de l'offre excédentaire et du manque de demande, en particulier dans les plantations du café. Les effets combinés des augmentations des prix des céréales et de la détérioration des termes de l'échange ont de graves répercussions sur l'accès à la nourriture. On constate déjà certains effets de la réduction de la consommation chez les habitants des secteurs les plus durement touchés. À Hadiya (Badawacho/Soro), les taux de malnutrition ont atteint des niveaux inquiétants (11 pour cent de taux de malnutrition globale aiguë). Une atténuation même faible du problème ne sera possible que si les récoltes de cultures transitoires de haricot et de pomme de terre en janvier/février sont satisfaisantes; sinon, la situation risque de se dégrader brutalement.

Région de Somali (Shinile et Jijiga): Dans toute la zone de Shinile et dans certaines parties de la zone de Jijiga en bordure de Harerge Est et Shinile, de nombreux ménages ne sont pas parvenus à surmonter totalement les conséquences de la sécheresse de 1999/2000. La situation est actuellement alarmante et de graves pénuries d'eau menacent les habitants et le bétail. La migration du bétail vers les réserves de pâturages traditionnelles est limitée par le conflit non encore réglé qui oppose divers groupes de la zone de Shinile et de la région voisine de l'Afar ainsi que par la sécheresse qui sévit dans les zones d'Afar et de Harerge Est et Ouest. On prévoit une nouvelle détérioration de la situation en ce qui concerne la disponibilité d'herbages et d'eau à Shinille, ainsi qu'une migration massive de bétail à l'intérieur de la zone et à l'extérieur de celle-ci. Pour les pasteurs, les termes de l'échange se dégradent puisque les prix des céréales augmentent alors que les prix du bétail diminuent à cause de l'accroissement des ventes et du maintien de l'interdiction des importations de bétail en Arabie saoudite. Les personnes déplacées depuis la crise de 1999/2000 vivant dans des camps sont particulièrement vulnérables, et le nombre d'enfants bénéficiant des programmes d'alimentation complémentaire y a quadruplé entre septembre et novembre (passant de 173 à 686). Une nouvelle évaluation de la région de Somali sera réalisée en décembre.

Tigré: Cette région se caractérise par une forte insécurité alimentaire chronique, et les zones de l'est, du sud et du centre sont tributaires des achats de céréales et de l'aide alimentaire pour compenser leur production régulièrement déficitaire. Outre la perte directe de revenus due à la réduction de la production, la demande de main-d'oeuvre qui émane normalement des zones à production excédentaire du Tigré-Sud a diminué, ce qui limite les possibilités offertes aux pauvres par cet important mécanisme d'adaptation. Les pertes de bétail survenues en mai/juillet (approximativement 50 000 animaux) ont réduit les options en matière d'échanges, et l'augmentation des prix des céréales a aggravé encore la situation. Les zones les plus durement touchées dans le Tigré central constatent une dégradation des termes de l'échange, un jeune porc ne permettant plus d'acheter que 33 kg de blé, au lieu de 50 kg normalement. On a signalé une migration du Tigré central vers le Tigré-Ouest (4 000 personnes), dont la production est normalement excédentaire. Dans le Tigré-Est, la surveillance nutritionnelle montre également que la situation est grave à Atsbi Womberta, où le taux de MGA est de 11 pour cent, soit à peu près deux fois plus qu'en 2001 (6 pour cent) et en 2000 (5 pour cent). Le statut nutritionnel est également exceptionnellement faible pour une période de récolte dans d'autres secteurs du Tigré-Est, puisque les taux de malnutrition globale aiguë atteignent 8,4 et 7,0 pour cent, soit le double de ce qu'ils étaient l'année dernière à la même époque (4,5 pour cent et 3,3 pour cent).

Insécurité alimentaire chronique

En Éthiopie, quatre à cinq millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire chronique et, même les bonnes années, sont tributaires de l'aide alimentaire pour satisfaire leurs besoins quotidiens minimums. Cette insécurité alimentaire est le résultat d'un processus d'érosion des actifs causé par des chocs répétés, comme la sécheresse. Les personnes devenues ainsi indigentes sont dans l'impossibilité de faire face à des variations même minimes du climat ou de l'accès aux marchés, y compris ceux des céréales, du bétail et du travail. En fin de compte, ces populations ne peuvent pas survivre sans des transferts constants de ressources comme l'aide alimentaire. Ces assistés chroniques sont «prévisibles» et généralement bien identifiés. De concert avec la communauté internationale, le gouvernement est en train d'élaborer un programme permettant de satisfaire leurs besoins récurrents puis de les réduire, mais tant qu'un tel programme n'aura pas reçu l'appui nécessaire pour sa mise en oeuvre, ces populations continueront de nécessiter une aide alimentaire d'urgence pour éviter de sombrer dans l'indigence totale et d'être victimes de la famine.

5.3.3 Nutrition

La sécurité alimentaire des pasteurs de certaines parties du nord-est du pays s'est détériorée rapidement. Une enquête sur la nutrition réalisée par Action contre la faim (ACF) dans la zone 1 de la région d'Afar a révélé un taux de malnutrition globale aiguë de 32 pour cent en juillet 2002. D'après une autre enquête réalisée en août 2002, ce taux était de 18 pour cent dans la zone 3 de la région d'Afar. Une enquête réalisée conjointement par CARE, DPPC, PAM et Save the Children UK (SC-UK) dans les basses terres de Harerge Est et Ouest en septembre 2002 estimait ce taux à 15 pour cent. Dans la zone Fik de la région de Somali (en bordure des basses terres d'Harerge Est), il atteignait 21 pour cent. Depuis lors, la situation s'est légèrement améliorée grâce à la distribution d'aide alimentaire entre août et novembre dans Shewa-Est (le taux de MGA est alors passé de 14 pour cent à 7 pour cent). D'après les normes OMF/UNICEF, un taux de MGA supérieur à 10 pour cent est considéré comme grave, et s'il dépasse 20 pour cent, il devient critique.

Les autres régions où la malnutrition a atteint des niveaux inacceptables sont notamment l'escarpement des basses terres du nord-est bordant la région d'Afar et les basses terres des gorges de cours d'eau. Dans le Tigré-Est, les sondages sur la nutrition effectués par World Vision (WV) en septembre 2002 ont révélé un taux de MGA de 11 pour cent, soit deux fois plus qu'en 2001 (6 pour cent) et 2000 (5 pour cent), et montrent que la situation s'est détériorée depuis le début septembre quand les enquêtes de Médecins Sans Frontières (MSF) Belgique n'avaient pas révélé une situation alarmante. Dans l'est, dans les gorges de Gonder-Nord, le taux de MGA a atteint 18 pour cent, et plus au sud, dans la zone de Wello-Sud (région d'Amhara), une enquête réalisée par CONCERN en août 2002 a révélé des taux de MGA de 18 pour cent et 17 pour cent, et de 13 pour cent dans la partie méridionale de Wello-Sud dans la zone d'Oromiya.

D'après une enquête réalisée par World Vision, le statut nutritionnel dans le SEPAR était acceptable durant le premier semestre de 2002, les taux de MGA variant entre 2 et 8 pour cent. Toutefois, après la mauvaise récolte belg, un sondage réalisé en septembre par DPPC/SC-UK a montré que la situation se détériorait déjà, le taux de MGA atteignant 10 pour cent dans les districts de Badawacho et Soro (zone d'Hadiya).

5.3.4 Besoins d'aide alimentaire en 2003

Une évaluation a été réalisée au milieu de la campagne meher sous la direction de la DPPC en septembre. À leur retour des visites de terrain, les équipes pluri-institutions d'évaluation des besoins ont préparé des plans d'intervention d'urgence pour 2003. Il était difficile à ce moment-là de prévoir le nombre exact de bénéficiaires en 2003, mais les équipes ont essayé de déterminer les besoins éventuels en s'appuyant sur trois scénarios reflétant l'hypothèse la plus optimiste, l'hypothèse médiane et l'hypothèse la plus pessimiste (Tableau 10). Les scénarios utilisés pour prévoir les problèmes potentiels concernant l'alimentation et les revenus en 2003, compte tenu de l'arrivée tardive des pluies kiremt, étaient les suivants :

Tableau 10 - Scénarios concernant les besoins d'aide alimentaire d'urgence en 2003, élaborés en septembre 2002

Scénarios Ration générale Aliments d'appoint
Bénéficiaires
(millions)
Céréales
(tonnes)
Groupes
vulnérables
(millions)
Huile végétale
(tonnes)
Mélange
maïs-soya
(tonnes)
Le plus optimiste 6,8 850 450 1,7 21 521 64 563
Médian 10,2 1 341 182 2,5 33 670 101 010
Le plus pessi miste 14,3 1 991 940 3,2 46 171 138 513

L'évaluation meher réalisée ensuite en novembre sous la direction de la DPPC a confirmé les hypothèses utilisées pour la planification des interventions d'urgence. La situation varie d'une zone à une autre, mais le nombre de personnes nécessitant une aide est proche de celui prévu dans le scénario médian (11,3 millions), 3 millions de personnes supplémentaires faisant l'objet d'une étroite surveillance, ce qui donne un total de 14,3 millions de personnes subissant les effets de la sécheresse (Tableau 11).

Tableau 11 - Nombre de personnes ayant besoin d'une aide alimentaire d'urgence par région

Région Population
nécessitant une
aide alimentaire
Céréales
(tonnes)
Aliments
combinés
(tonnes)
Huiles
(tonnes)
Total
(tonnes)
Afar 786 200 117 930 12 383 413 130 726
Amhara 3 296 200 342 100 31 056 1 036 374 192
B-Gumuz - - - - -
Dire Dawa 73 500 11 025 1 158 39 12 222
Gambella 58 400 7 235 760 22 8 017
Harari 20 000 2 003 210 7 2 220
Oromiya 3 110 900 367 933 38 151 1 269 407 353
SEPAR 1 114 700 105 722 10 670 356 116 748
Somali 1 028 900 118 313 6 002 200 124 515
Tigré 1 831 600 240 348 24 001 800 265 149
Total 11 320 400 1 312 609 124 391 4 142 1 441 142

Figure 3 - Éthiopie: Populations rurales nécessitant une aide alimentaire d'urgence en 2003

5.3.5  Assortiment alimentaire

L'assortiment alimentaire utilisé par le PAM en Éthiopie est de 15 kg de céréales/personne/mois, soit 500 g/personne /jour; il fournit approximativement 1 700 kcal/personne/jour par rapport à des besoins minimums de 2 170 kcal/personne/jour. Les céréales apportent l'essentiel des calories du régime alimentaire en Éthiopie. Les autres denrées de base - légumineuses et oléagineux - sont généralement disponibles localement à des prix relativement peu élevés.

Dans les secteurs les plus durement touchés, 35 pour cent des habitants qui ont besoin d'une aide alimentaire sont considérés comme particulièrement vulnérables et ont besoin de rations supplémentaires d'aliments composés (4,5 kg/personne/mois ou 150 g/personne/jour) et, dans certains cas, d'huile végétale (1,5 kg/personne/mois ou 50 g/personne/jour), soit 1 000 kcal/personne/jour supplémentaires. Les recommandations émises fin 2002 par la mission d'évaluation multi-institutions dirigée par la DPPC prévoient une durée moyenne d'aide alimentaire de sept mois par bénéficiaire, mais ce chiffre varie selon les zones.

5.3.6  Distributions gratuites d'aide alimentaire

D'autres modalités telles que des programmes de création d'emplois et des contributions directes en espèces seront utilisées dans toute la mesure du possible, et la plupart des personnes désignées comme nécessitant une aide alimentaire bénéficieront de distributions gratuites. L'Éthiopie possède des mécanismes bien rodés à cette fin, et les efforts se poursuivent en vue d'améliorer le ciblage au niveau local.

5.3.7 Programmes de création d'emplois

Les programmes de création d'emplois sont conçus pour utiliser le plus efficacement possible les ressources d'aide en mettant parallèlement en place les éléments requis pour le développement durable. Dans de nombreux secteurs, on a obtenu de bons résultats en prenant des mesures de conservation du sol et de l'eau, en remettant en état les routes rurales et en prenant d'autres initiatives pour créer des actifs communautaires tout en offrant des emplois aux personnes victimes de catastrophes qui reçoivent une aide alimentaire ou financière. En 2002, les parties prenantes sont convenues que pour assurer la réussite d'un tel programme, celui-ci devait avoir des objectifs modestes, être mis en oeuvre avec souplesse, pouvoir être réalisé au niveau des districts et compter sur des flux de ressources prévisibles. Le travail entrepris devra être poursuivi en 2003 pour permettre aux districts d'adopter des modalités souples et diversifiées de planification et de mise en oeuvre fondées sur des hypothèses réalistes en ce qui concerne les dates de disponibilité des ressources, les niveaux de capacité, l'accès aux intrants complémentaires et d'autres facteurs tels que les priorités locales et les conditions agro-climatiques.

5.3.8 Contributions financières directes

Pour satisfaire les besoins d'aide alimentaire des bénéficiaires, on pourrait leur fournir des contributions financières directes. Si on envisage de remplacer les aliments par de l'argent, il faut examiner avec soin les capacités de mise en oeuvre. Au vu des précédents, il est recommandé d'utiliser les sommes disponibles pour l'aide en 2003 seulement là où la population locale et l'institution compétente ont déjà fait l'expérience de ce type de programme. En outre, les modalités de prestation de cette aide financière doivent être souples pour tenir compte de la situation du marché et pour que les bénéficiaires puissent en tirer le plus grand profit possible. Par exemple, dans les zones éloignées où les prix des céréales ont tendance à être élevés, la forme d'intervention la plus appropriée peut être l'aide alimentaire.

5.3.9 Achats locaux

Les principaux objectifs des achats locaux sont le renforcement du pouvoir d'achat des petits producteurs céréaliers, la fourniture de vivres aux personnes nécessitant une aide alimentaire et le rétablissement des flux de céréales des zones excédentaires vers les zones déficitaires du pays. De 1996 à 2002, on estime que 882 000 tonnes de céréales - blé, sorgho et maïs - ont été achetées localement, ce qui correspond à une moyenne annuelle de 126 000 tonnes (Tableau 12).

Tableau 12 - Achats locaux de céréales en Éthiopie: 1996-2002 (en tonnes)

Donateur 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 1996-2002
Commission européenne 64 282 2 499 0 48 308 15 286 0 58 827 189 202
EuronAid 36 458 22 628 7 957 24 500 16 879 65 003 21 249 194 674
Programme alimentaire mondial 0 82 880 0 564 22 862 56 164 71 000 233 470
GTZ 0 0 12 610 9 700 6 400 0 0 28 710
Gouvernement de l'Éthiopie 0 0 31 000 0 112 829 40 002 0 183 831
SCF/UK 0 0 0 11 800 0 0 16 400 28 200
SOS-Sahel 0 0 0 0 6 700 0 0 6 700
Farm Africa 0 0 0 0 17 000 0 0 17 000
Total 100 740 108 007 51 567 94 872 197 956 161 169 167 476 881 787

En 2002, on estime de façon provisoire qu'environ 170 000 tonnes ont été achetées localement alors qu'on prévoyait en janvier que 494 000 tonnes seraient disponibles pour les achats locaux. D'après les renseignements reçus, la production céréalière disponible pour les achats locaux en 2003 sera vraisemblablement nettement inférieure à ce qu'elle était en 2002. Des renseignements plus précis pourront être obtenus en janvier 2003, quand l'Union européenne et le PAM auront terminé leur étude conjointe sur les disponibilités de céréales. Un autre facteur limitant les achats locaux pouvant être réalisés en réponse à l'appel de 2003 est le fait que le gouvernement éthiopien, les donateurs et les organismes d'aide ont l'intention de rembourser à l'EFSR 150 000 tonnes sur les quantités attribuées en 2002 en réalisant des achats locaux au début de 2003. Lorsqu'on lui fournit une contribution financière plutôt qu'une contribution en nature, le PAM accorde en priorité la préférence aux achats locaux. Toutefois, ils ne sont possibles que si les prix locaux sont équivalents ou inférieurs aux prix à l'importation; les livraisons doivent également pouvoir être effectuées en temps voulu pour permettre une distribution rapide aux bénéficiaires ou pour remplir les obligations de remboursement de l'EFSR. En 2002, de nombreux organismes d'aide ont constaté que les céréales achetées localement étaient souvent livrées en retard ou que les conditions prévues n'étaient pas respectées.

Des aliments composés peuvent être achetés localement en quantités limitées. Les usines ont une capacité de production combinée de 80 tonnes par jour pour les aliments combinés répondant aux normes requises pour une alimentation supplémentaire.

5.3.10  Achats internationaux

On s'attend à ce que la plupart des besoins d'aide alimentaire pour 2003 soient couverts par des importations en nature ou des contributions financières destinées aux achats internationaux, dont certains pourraient être réalisés dans la région.

Certaines zones du Soudan disposent traditionnellement d'excédents de sorgho après la récolte principale, et l'accès à ces stocks est logistiquement possible depuis l'Éthiopie. La CE a prévu de réaliser une enquête au début janvier et a accepté de faire part de ses conclusions au gouvernement de l'Éthiopie et à d'autres donateurs. Le volume des achats envisagés dépendra de la quantité de sorgho disponible dans la zone d'Al Gedaref et des besoins d'aide alimentaire déterminés pour les secteurs où il pourra être facilement transporté depuis l'entrepôt de l'EFSR de Wereta (Gonder-Sud). Toutefois, la réussite de cette initiative permettra de déterminer si d'autres destinations peuvent être desservies en Éthiopie.

5.3.11 Réserve de sécurité alimentaire d'urgence (EFSR)

La Réserve de sécurité alimentaire d'urgence de l'Éthiopie détient des stocks de céréales qui peuvent être mis à la disposition des donateurs sous forme de prêts faisant l'objet d'une garantie écrite de remboursement, ce qui accélère la distribution des contributions en nature ainsi que des achats internationaux et locaux. En 2002, l'EFSR a atteint son objectif à long terme de 400 000 tonnes de stocks. Toutefois, de nombreux prêts ayant été consentis durant le deuxième semestre, les stocks effectivement détenus par l'EFSR ont fortement diminué (Tableau 13).

Les stocks effectifs de l'EFSR devraient se monter à 122 000 tonnes au début de 2003. Les remboursements prévus, qui seront importés ou achetés localement au début de l'année, ainsi que les prêts projetés devraient les maintenir au-dessus du niveau opérationnel minimal normal de 100 000 tonnes jusqu'en mars. Le volume des prêts a été calculé en prenant pour hypothèse que les besoins de céréales pour l'aide alimentaire en 2002-03 pourraient être couverts par de nouvelles contributions confirmées des donateurs (comme on l'a vu plus haut, elles se montent actuellement à 140 000 tonnes seulement pour 2003). Même si de nouvelles contributions sont confirmées, elles devraient être remboursées à l'EFSR d'ici mars pour éviter une réduction excessive de ses stocks.

Tableau 13 - Niveau prévu des stocks de l'EFSR en 2002-03

Mois Stocks effectifs au
début du mois
(tonnes)
Prêts effectués et
prévus
(tonnes)
Remboursements
attendus
(tonnes)
Stocks effectifs à
la fin du mois
(volume prévu en
tonnes)
Novembre 2002 129 669 76 157 49 438 102 950
Décembre 2002 102 950 51 225 70 494 122 218
Janvier 2003 122 218 68 597 85 897 139 518
Février 2003 139 518 108 110 103 393 134 801
Mars 2003 134 801 134 645 112 939 113 095
Avril 2003 113 095 113 095 0 0

5.3.12 Logistique

Opérations portuaires: Djibouti va rester le principal port pour l'acheminement de l'aide alimentaire en Éthiopie. Les arrivées des navires seront échelonnées en fonction de la capacité du port et sur la base de la bonne coordination existant entre les organismes d'aide, les principaux importateurs des marchandises en vrac et les autorités portuaires. Les navires devraient pouvoir rapidement accoster, étant donné que Djibouti et l'Éthiopie ont des procédures bien rodées pour traiter les arrivages et pour les services douaniers. Au port de Djibouti, le terminal de vrac peut accueillir simultanément trois grands vraquiers (de 30 000 tonneaux environ), et d'autres terminaux peuvent être utilisés si nécessaire.

Les quais du terminal de vrac sont suffisamment vastes pour accueillir un grand nombre de camions, pour permettre d'y placer et d'y opérer des ensacheuses et pour transférer les chargements dans des wagons de chemin de fer. Le système en place permet d'atteindre un taux de déchargement de 2 400 tonnes par jour et par navire. Les manutentionnaires sont mieux préparés qu'ils ne l'étaient lors de la dernière urgence due à une sécheresse en 2000. Les examens des opérations réalisés par le PAM en novembre 2002 montrent qu'on peut facilement décharger plusieurs navires en même temps et transférer jusqu'à 6 000 tonnes par jour dans des camions pour les livrer à l'intérieur des terres.

Capacité du port de Djibouti: D'après une évaluation de la capacité du port de Djibouti, les contributions des donateurs n'arriveront peut-être pas toutes pendant l'année civile 2003. L'expérience récente donne à penser que certaines contributions promises ou d'autres chargements seront tardifs et arriveront peut-être pendant le premier trimestre de 2004, servant alors à rembourser l'EFSR. À raison d'un taux de déchargement moyen de 5 000 tonnes par jour, 25 jours par mois pendant 15 mois, le port pourrait recevoir au moins 1,9 million de tonnes d'aide alimentaire. En 12 mois, le chiffre serait d'au moins 1,5 million de tonnes. Si plusieurs navires arrivent simultanément, le port de Djibouti peut traiter plus de 200 000 tonnes par mois, mais cette capacité renforcée ne peut pas être maintenue pendant plus de deux ou trois mois.

Entreposage portuaire: On cherche toujours à décharger directement les navires dans les camions, mais certains organismes possèdent des installations d'entreposage à l'intérieur du port (le PAM peut par exemple entreposer 11 000 tonnes au terminal de vrac). On peut aussi facilement louer commercialement des entrepôts supplémentaires à l'extérieur de la zone portuaire. Ces possibilités permettent de continuer de décharger les navires et de les laisser repartir même s'il y a des problèmes éventuels concernant les documents relatifs à la cargaison, si des camions font temporairement défaut ou si la route entre Djibouti et l'Éthiopie est bloquée.

Transport terrestre: La reconstruction avec l'aide de la Banque mondiale de la route de 188 km menant de Djibouti à la frontière éthiopienne devrait être terminée en avril 2003. Les transporteurs disponibles ont une capacité totale de chargement de plus de 50 000 tonnes. Plus de 3 000 camions peuvent être utilisés pour assurer le transport à l'intérieur des terres depuis Djibouti, ce qui devrait être suffisant pour faire face à une augmentation éventuelle des besoins. (Les transporteurs engagés par le PAM disposent de 1 350 camions et peuvent transporter en moyenne plus de 5 000 tonnes par jour). Les camions qui assurent la liaison Djibouti-Éthiopie effectuent une rotation pouvant prendre entre six et 11 jours selon la destination et tous ne sont donc pas nécessaires en même temps. De ce fait, une partie d'entre eux peuvent être utilisés pour des livraisons à l'intérieur du pays. Le chemin de fer peut également livrer entre 4 000 et 7 000 tonnes par mois, selon la destination, en Éthiopie. Une ligne menant à l'entrepôt de l'EFSRA à Shinille vient d'être terminée, ce qui permettra d'y acheminer les cargaisons par voie ferroviaire et libérera les camions pour desservir d'autres endroits. Des systèmes de coordination et de contrôle fiables ont été mis en place pour : a) mobiliser les transporteurs et la compagnie de chemin de fer et assurer le déchargement direct des navires dans les camions ou wagons; b) contrôler la durée des trajets effectués par les camions jusqu'à leur destination et s'assurer qu'ils regagnent rapidement Djibouti pour y être chargés à nouveau le cas échéant; etc.) assurer la coordination avec les points de réception afin de permettre un déchargement rapide.

Entreposage, transport et distribution à l'intérieur des terres: L'aide alimentaire d'urgence est reçue directement par la DPPC et les ONG ou par l'EFSR pour le remboursement de ses prêts. La DPPC et l'EFSRA disposent d'une capacité d'entreposage de 424 000 tonnes à différents endroits stratégiques du pays, ce qui est suffisant pour recevoir et décharger rapidement les chargements qu'elles reçoivent. En cas de besoin, la DPPC peut louer des entrepôts commerciaux supplémentaires.

Autres voies d'accès à l'Éthiopie: Lorsque les arrivées des navires risquent de dépasser les capacités du port de Djibouti, on peut envisager d'utiliser d'autres corridors d'importation :

Corridor de Berbera: L'utilisation du port somalien de Berbera est une option viable pour effectuer des livraisons en Éthiopie. Il faut pour cela emprunter une route de 250 km menant à Togochale, puis un tronçon de 64 km aboutissant à Jijiga. Les entreprises de transport basées en Somalie peuvent effectuer des livraisons jusqu'à Jijiga ou Dire Dawa. Si la route est entretenue régulièrement, on pourrait acheminer ainsi jusqu'à 30 000 tonnes de vivres par mois en vue de leur distribution dans la région de Somali ou dans certaines zones adjacentes d'Oromiya comme Harerge-Est.

Corridor de Port Soudan: La distance entre Port Soudan et la frontière éthiopienne à Gallabat/Metema est de 952 km. En Éthiopie, le tronçon de 184 km allant jusqu'à Gonder a été réparé et des camions d'une charge utile maximum de 30 tonnes peuvent l'emprunter. Peu utilisé jusqu'à présent, ce corridor devrait bientôt commencer à servir au trafic commercial pour l'exportation et l'importation de marchandises. Vu la distance à couvrir, les importations via Port Soudan entraîneraient des frais de transport relativement élevés. L'utilisation de cette liaison routière constitue toutefois une option viable pour transporter dans le nord-ouest de l'Éthiopie les achats effectués sur place (par exemple le sorgho) dans la région soudanaise de Gedaref.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'informations le cas échéant.
Henri Josserand
Chef, SMIAR, FAO
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Mél:
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Holdbrook Arthur
Directeur régional, ODK, PAM
Télécopie: 00256-78-260872
Mél:
Holdbrook.Arthur@wfp.org
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1. Les données présentées ici sont basées sur diverses sources, notamment les rapports de l'Economist Intelligence Unit, l'annexe statistique sur l'Éthiopie du FMI, les rapports annuels et trimestriels de la Banque nationale de l'Éthiopie et d'autres publications.