SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN ÉTHIOPIE

30 décembre 2002

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Faits saillants

  • L'arrivée tardive, la mauvaise distribution et la brève durée des pluies saisonnières ont entraîné une réduction de la production céréalière en 2002. La diminution de l'utilisation de semences améliorées et d'engrais a également contribué à cette réduction.
  • On prévoit que la production nationale de céréales et de légumineuses atteindra 9,27 millions de tonnes, soit respectivement 25 pour cent de moins qu'en 2001 et 21 pour cent par rapport à la moyenne des cinq années précédentes.
  • On estime que 2,29 millions de tonnes de céréales devront être importées en 2003, dont 328 000 tonnes commercialement. Les contributions d'aide alimentaire confirmées et en cours d'acheminement se montent à environ 140 000 tonnes, si bien qu'il manque encore environ 1,83 million de tonnes.
  • En 2003, quelque 11,3 millions de personnes auront besoin d'environ 1,44 million de tonnes d'aide alimentaire d'urgence, dont 1,3 million de tonnes de céréales et 129 000 tonnes d'autres denrées alimentaires.
  • Le niveau très bas des prix des céréales au cours des deux dernières années et les augmentations actuelles des prix ont fortement réduit la capacité des agriculteurs à acheter des biens de consommation et des intrants agricoles et augmenté le nombre d'emprunteurs incapables de rembourser les prêts qu'ils avaient obtenus pour acheter des intrants. Il faut renforcer d'urgence les mécanismes de stabilisation des prix pour réduire le plus possible les effets néfastes d'une telle instabilité des prix.

1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s'est rendue en Éthiopie du 7 novembre au 3 décembre 2002 pour estimer la production de céréales et de légumineuses de la campagne meher, établir les prévisions pour la campagne belg 2003, évaluer la situation globale des approvisionnements alimentaires et estimer les besoins d'importation de céréales, y compris l'aide alimentaire requise pour l'année de commercialisation 2003. Accompagnée par des experts du Ministère fédéral de l'Agriculture et divisée en six équipes, la Mission s'est rendue dans toutes les régions. Parallèlement aux équipes d'évaluation des récoltes mais pendant une période plus longue, plus de 20 équipes dirigées par la Commission de prévention et de préparation des interventions en cas de catastrophe (DPPC) du gouvernement et comprenant le PAM, des organisations de donneurs bilatéraux et des ONG, se sont rendues dans des localités marginales et des zones et districts vulnérables (worredas) pour évaluer la situation actuelle et future en matière de sécurité alimentaire.

Les équipes d'évaluation ont obtenu des bureaux agricoles des worredas, des zones et des régions, les données relatives aux ensemencements et aux rendements de toutes les principales cultures vivrières et elles les ont rapprochées des données de télédétection fournies par les systèmes d'alerte rapide et des renseignements obtenus auprès des agriculteurs, des négociants, des représentants des ONG et des donateurs. Dans le même temps, les équipes ont évalué l'état des cultures avant récolte, effectué des coupes-échantillons, réalisé des enquêtes de marché et observé la situation du bétail. Elles ont ainsi pu peaufiner les premières prévisions de production en tenant compte de renseignements plus variés et plus récents.

Dans l'ensemble, les résultats agricoles ont été mauvais en 2002, principalement à cause des conditions climatiques défavorables. La production a également diminué parce que le faible niveau des prix des céréales depuis deux ans n'a guère encouragé les producteurs à investir. Plus précisément, bien que la campagne secondaire (belg) ait permis une récolte raisonnable de quelque 460 000 tonnes de céréales et de légumineuses, une longue vague de sécheresse atteignant jusqu'à six semaines entre la fin des pluies belg et le début des pluies de la campagne principale (meher) dans quelque 55 zones et worredas spéciaux a: (i) perturbé les activités de préparation du sol; (ii) retardé les semailles; (iii) réduit les semis de maïs et de sorgho à rendement plus élevé et à maturation tardive en faveur de cultures à cycle court telles que le teff, le blé et les légumineuses, semées plus tard dans la campagne; (iv) et dissuadé les cultivateurs, déjà préoccupés par leurs faibles revenus, d'investir dans des intrants, ce qui a fait chuter l'utilisation de semences améliorées et d'engrais de 70 pour cent et 17 pour cent respectivement.

La répartition irrégulière et le niveau inhabituellement bas des précipitations ont également perturbé la campagne meher dans 31 zones et worredas spéciaux, si bien que (i) les problèmes de germination et la réduction de la densité des cultures ont imposé la nécessité de pratiquer de nouveaux semis et (ii) la formation des graines et le remplissage des grains ont été compromis. Les conséquences négatives les plus graves ont été observées dans les basses terres et d'autres zones marginales du pays, mais les principales zones de production céréalière situées dans le plateau central ont également été touchées, ce qui a réduit de 20 à 30 pour cent la production de céréales dans les secteurs généralement excédentaires. Les plantes pérennes utilisées comme denrées alimentaires de base ou comme cultures de rente telles que la banane ensete et le khat ont été moindrement touchées.

Au cours de la présente campagne, la production de céréales et de légumineuses a été comparativement épargnée par les ravageurs et les maladies. Les bureaux agricoles locaux ont contré efficacement les attaques mineures de quelea quelea et de chenilles processionnaires. On considère que les infestations de ravageurs non migratoires, malgré leur présence dans l'ensemble du pays, sont restées modérées. Les faibles précipitations survenues dans les zones pastorales de l'est et du nord-est ont réduit les quantités d'eau et de forage disponibles, augmenté les taux de mortalité du bétail, occasionné une migration précoce et hors saison des troupeaux et entraîné des réductions des prix du bétail atteignant jusqu'à 50 pour cent dans toutes les zones touchées.

Les prix des céréales sont restés très bas jusque vers le milieu de 2002. On considère que la chute des prix serait due en grande partie aux récoltes supérieures à la moyenne des deux années précédentes et à l'insuffisance ou l'inefficacité des mécanismes de stabilisation des prix. Au cours du deuxième semestre 2002, les prix des céréales ont commencé à augmenter fortement du fait qu'on s'attendait à une faible production céréalière. En octobre 2002, les prix moyens du maïs, du blé, de l'orge et du sorgho étaient supérieurs de respectivement 85 pour cent, 50 pour cent, 32 pour cent et 25 pour cent à leur niveau à la même époque de l'année dernière. Cette forte instabilité des prix porte préjudice aussi bien aux consommateurs qu'aux producteurs. Il faut donc mettre en place d'urgence des mécanismes efficaces de stabilisation des prix.

Dans l'ensemble, la Mission prévoit que la production totale de légumineuses et de céréales atteindra environ 9,27 millions de tonnes, dont 8,29 millions de tonnes pour la récolte meher et probablement 350 000 tonnes pour la récolte belg de 2003, c'est-à-dire environ 25 pour cent de moins que les estimations post-récolte établies l'année dernière par le Ministère de l'Agriculture et 21 pour cent de moins que la moyenne des cinq années précédentes. De ce fait, les besoins d'importation de céréales devraient se monter à près de 2,3 millions de tonnes en 2003. Étant donné qu'on prévoit des importations commerciales de 328 000 tonnes et que l'aide alimentaire en cours d'acheminement ou déjà confirmée se monte à 140 000 tonnes, il reste encore à obtenir 1,83 million de tonnes.

L'équipe multi-institutions la plus récente dirigée par la DPPC, qui s'est rendue dans 53 zones, a déterminé que les stocks de denrées alimentaires ne dureraient pas même un à deux mois dans les régions suivantes : les gorges des rivières des basses terres et l'escarpement des plaines du nord-est des régions d'Amhara et du Tigré, la basse vallée du Rift, le SEPAR, et les régions pastorales et agro-pastorales de faible altitude d'Afar, d'Oromiya et de la partie septentrionale de Somali. On s'attend à ce que les besoins alimentaires augmentent au cours des six prochains mois pour culminer en juin, un répit étant possible dans certains secteurs si les pluies sont satisfaisantes de février à juin. Toutefois, dans moins de trois mois, des millions d'agriculteurs de subsistance et de familles de pasteurs se trouveront dans une situation désespérée. Les problèmes alimentaires varient d'une zone à l'autre, mais on estime qu'il faudra fournir une aide d'urgence à un total de quelque 11,3 millions de personnes, qui auront besoin de 1,44 million de tonnes de denrées alimentaires, dont 1,3 million de tonnes de céréales.

2. CONTEXTE SOCIOÉCONOMIQUE

2.1 Situation macroéconomique1

L'Éthiopie a une économie agraire; le secteur agricole représente environ 45 pour cent du PIB, contre 43 pour cent pour le secteur des services et 12 pour cent pour le secteur industriel. Pendant les exercices financiers 1998-99 à 2001-02, le taux de croissance réel du PIB a varié entre 5,0 et 7,7 pour cent, pour une moyenne de 6 pour cent par an. La reprise des prêts extérieurs, l'allégement de la dette permis par l'Initiative en faveur des pays pauvres lourdement endettés et les réductions des dépenses militaires ont contribué à améliorer les perspectives de croissance. Toutefois, la baisse de la production agricole prévue pour cette année pourrait avoir de fortes répercussions négatives sur la croissance réelle du PIB au cours de l'exercice financier actuel.

La balance globale des paiements s'est fortement améliorée, passant d'un déficit de 70,5 millions de dollars E.-U. en 2000-01 à un excédent de 300 millions de dollars E.-U. en 2001-02. Les avoirs extérieurs nets du pays se sont également fortement accrus, passant de 570 à 916 millions de dollars E.-U. en 2001-02, principalement suite à l'accroissement des dépenses d'immobilisations à long terme et à une forte baisse du remboursement de la dette extérieure. Le niveau des réserves internationales publiques montre que la capacité d'importation du pays a atteint quatre mois en 2001-02 contre deux mois auparavant. À la fin de l'exercice 2001-02, la dette extérieure se montait à plus de 6,3 milliards de dollars E.-U., soit 102,3 pour cent du PIB. Le service de cette dette ne représentait toutefois que 22 pour cent des exportations de biens et de services en 2001-02 contre 52 pour cent en 1999-00. Au cours des trois dernières années, le taux de change est resté relativement stable, variant entre 8,20 birr pour 1 $ E.-U. en 1999-00 et 8,54 birr pour 1 $ E.-U. en 2001-02. Le taux de change actuel est de 8,57 birr pour 1 $ E.-U.

L'aide publique au développement (APD) reçue par l'Éthiopie est en augmentation depuis 1997. Ce pays est toutefois celui qui reçoit le montant le moins élevé d'aide au développement par habitant et la quantité la plus élevée d'aide humanitaire par habitant en Afrique subsaharienne et parmi les pays les moins avancés (PMA). Entre 1997 et 2002, l'aide humanitaire et les secours d'urgence ont représenté la principale composante de l'APD (figure 1). En moyenne, environ 30 pour cent des sommes versées au titre de l'APD sont consacrées chaque année à l'aide humanitaire contre 8 pour cent à l'agriculture et 10 pour cent à l'infrastructure des transports.

Figure 1. APD pour certains secteurs (1997-2002)

Les principaux produits agricoles exportés par l'Éthiopie sont le café, les légumineuses, les oléagineux et le khat (Tableau 1). Le pays exporte également du sucre et de la mélasse, du cuir et des produits à base de cuir, des animaux sur pied, de la viande en conserve et des aliments congelés, des fruits et des légumes, de l'or, etc. Les revenus à l'exportation ont continué à baisser, passant de 602 millions de dollars E.-U. durant l'exercice 1997-98 à 399 millions de dollars E.-U. en 2001-02. Durant la même période, les importations ont augmenté de 1,357 milliard de dollars E.-U. à 1,629 milliard. Les principaux produits importés sont les machines et l'équipement de transport, les produits pétroliers, les biens manufacturés et les produits chimiques.

Tableau 1 - Éthiopie: Principaux produits agricoles exportés (1996-2002)

Produits 1996/97 1997/98 1998/99 1999/00 2000/01 2001/02
Café (millions de $ E.-U.) 354,9 419,9 281,3 262 174,5 157,6
Volume (milliers de tonnes) 123,2 120 101,2 116,6 95,6 107,6
Prix ($ E.-U./kg) 2,88 3,5 2,78 2,25 1,8 1,5
Légumineuses (millions de $ E.-U.) 11,9 15 13,5 9,8 8,2 32,9
Volume (milliers de tonnes) 30,5 30,9 29,8 23,5 25,2 109,2
Prix ($ E.-U./kg) 0,39 0,48 0,45 0,42 0,3 0,3
Oléagineux (millions de $ E.-U.) 11,4 45,7 36,1 31,4 30,8 32,5
Volume (milliers de tonnes) 14,1 66,6 51,4 43,1 52,4 76,4
Prix ($ E.-U./kg) 0,81 0,69 0,7 0,73 0,6 0,4
Khat (millions de $ E.-U.) 33,5 39,6 59,2 76 61,2 22,7
Volume (milliers de tonnes) 5 6 9,7 15,7 11,9 4,3
Prix ($ E.-U./kg) 6,7 6,6 6,1 4,8 5,1 3,3
Autres exportations (millions de  $ E.-U.) 186,1 81,7 94 103,8 159,2 153,6
Total des exportations (millions de $ E.-U.) 597,8 601,9 484,1 483,0 433,9 399,3

La bonne récolte de 2001 a permis de quadrupler les exportations de légumineuses, qui ont atteint environ 110 000 tonnes et rapporté près de 33 millions de dollars E.-U. alors que la moyenne sur cinq ans était de 12 millions de dollars E.-U. Les recettes fournies par les exportations d'oléagineux sont restées pratiquement inchangées (33 millions de dollars E.-U.) par rapport aux années précédentes, malgré une augmentation de 46 pour cent des quantités exportées, les prix des oléagineux ayant fortement baissé sur le marché mondial. Les exportations de khat ont souffert suite à la réduction de leur volume et à la baisse des prix sur le marché international. Elles ont rapporté seulement 23 millions de dollars E.-U. durant l'exercice 2001-02 contre 61 millions de dollars E.-U. en 2000-01.

Les exportations de café constituent la plus importante source de devises, dont elles ont fourni entre 40 et 60 pour cent au cours des six dernières années. La forte baisse des prix du café depuis quatre ans a fortement réduit les recettes en devises du pays. Le volume des exportations a varié entre 95 000 et 123 000 tonnes au cours des six dernières années, pour une moyenne annuelle de 111 000 tonnes.

On prévoit pour l'année prochaine une légère augmentation du volume des exportations de café ou le maintien au niveau de l'année dernière (108 000 tonnes), malgré une baisse de 20 à 30 pour cent de la production en 2002, due pour une large part au fait que les précipitations ont été inférieures à la moyenne et réparties de façon irrégulière. Les principales raisons pour lesquelles le volume des exportations ne devrait pas diminuer l'année prochaine sont l'existence de stocks de report de 50 000 tonnes de café de qualité exportation provenant de la récolte record de 2001; une stabilisation apparente des prix sur le marché mondial; et les initiatives récemment prises par le gouvernement pour exporter le café à un prix plus élevé en tant que produit biologique internationalement certifié.

2.2 Population

Selon la Mission, au milieu de l'année 2003, l'Éthiopie comptait 69,127 millions d'habitants dont 58,382 millions (84 pour cent) vivant dans les régions rurales et 10,745 millions (16 pour cent) dans les zones urbaines. Ces estimations sont fondées sur le recensement effectué en 1994 par le Bureau de la Commission du recensement de la population et du logement, qui fait partie de l'Office central des statistiques, et publié en juin 1998. On estime à 2,9 pour cent le taux global annuel de croissance démographique.

2.3 Secteur agricole

En Éthiopie, l'agriculture est principalement pluviale, et seulement 2 pour cent de l'ensemble des terres arables sont irriguées. La production, assurée majoritairement par des petits exploitants, varie donc considérablement selon les années. La quasi totalité de la population rurale vit directement ou indirectement des activités agricoles, si bien que tout choc interne ou externe subi par ce secteur a des répercussions directes sur la majorité des habitants.

2.3.1 Crédit pour les intrants agricoles

La principale source de crédit agricole est la Banque commerciale de l'Éthiopie (CBE). Durant l'exercice agricole en cours (2002-03), elle a consenti des prêts pour intrants agricoles à six gouvernements régionaux (Oromiya, Amhara, SEPAR, Tigré, Addis Abeba et Harari). Le montant approuvé pour chaque région a été déterminé sur la base des demandes présentées par ces gouvernements, qui se portent également garants de ces prêts. Le Tableau 2 indique le montant total des crédits pour intrants agricoles approuvés, décaissés et en souffrance pour les exercices agricoles 1996-97 à 2002-03.

Tableau 2 - Montant total des crédits pour intrants agricoles approuvés, décaissés et en souffrance (1996-2003)

Année Montant
approuvé
(milliers de birr)
Montant
décaissé
(milliers de birr)
Montant
décaissé
(%)
Montant en
souffrance
(milliers de birr)
Montant en
souffrance
(%)
1996-97 318 610 247 432 78 0 0
1997-98 422 946 306 971 73 0 0
1998-99 602 914 407 848 68 0 0
1999-00 677 805 484 829 72 32 694 7
2000-01 593 963 484 698 82 39 437 8
2001-02 641 924 459 050 72 74 489 16
2002-03 545 783 217 519 40 Prêts non
venus à
échéance
n.d.
Total 3 803 945 2 608 347 69 146 620 6
Source : Banque commerciale de l'Éthiopie, 2002

Le montant des crédits agricoles approuvés par la CBE pour l'exercice agricole 2002-03, en baisse de 15 pour cent par rapport à 2001-02, était le plus faible depuis 1998-99. En outre, le taux de décaissement en 2002-03 était inférieur de 40 pour cent au taux moyen sur six ans de 74 pour cent. Le taux de non remboursement a également doublé depuis 1999-2000 pour atteindre près de 16 pour cent en 2001-02 et il devrait augmenter encore l'année prochaine lorsque les prêts consentis pour 2002-03 viendront à échéance. La CBE envisage de réduire encore le montant des crédits approuvés pour le prochain exercice, arguant principalement du manque de demande de crédit.

La baisse de la demande de crédit et l'augmentation des taux de non remboursement sont apparemment dues dans une large mesure à la réduction des prix des céréales au cours des deux dernières années, qui a mis les agriculteurs dans l'incapacité de rembourser leurs dettes antérieures. La responsabilité collective des associations de cultivateurs signifie également que si un membre ne peut pas rembourser son emprunt, aucun des membres de l'association concernée ne peut obtenir de crédit supplémentaire. En leur qualité de garants des prêts pour intrants agricoles, les gouvernements régionaux prennent des mesures pour rééchelonner le versement des prêts venus à échéance.

La CBE a également décidé de rendre ces prêts attrayants en réduisant le taux effectif d'intérêt de 10,5 pour cent à 7,5 pour cent à partir de mars 2002. Elle recevra maintenant un intérêt de 5,25 pour cent au lieu de 7,5 pour cent sur les montants décaissés, et les gouvernements régionaux continueront à recevoir 2,25 pour cent pour couvrir les frais de décaissement, de recouvrement et d'administration des prêts.

2.3.2 Décentralisation

Comme les autres bureaux gouvernementaux de l'ensemble de l'Éthiopie, les bureaux agricoles des régions et des zones sont en cours de décentralisation, ce qui a des répercussions négatives à court terme sur le personnel technique et les ressources financières. Entre autres responsabilités nouvelles, ils jouent un rôle consultatif auprès des bureaux des worredas et les aident à renforcer leurs capacités. En même temps, ces bureaux ont transféré du personnel, de l'équipement et des ressources financières au niveau des worredas, mais peu de ressources nouvelles ou supplémentaires ont été débloquées. De ce fait, le fonctionnement des bureaux des régions, des zones et des worredas est fortement perturbé.

Il est important de fournir des ressources financières et techniques supplémentaires aux trois niveaux pour améliorer leurs capacités techniques et opérationnelles; sans cela, il sera très difficile de disposer de bureaux agricoles efficaces à tous les paliers. La perte de mémoire institutionnelle constitue également un risque réel si des ressources supplémentaires ne sont pas fournies.

3. PRODUCTION ALIMENTAIRE EN 2002

3.1 Généralités

En Éthiopie, seulement 190 000 des 11,3 millions d'hectares actuellement cultivés sont irrigués. La production varie donc considérablement d'une année à l'autre en fonction de la qualité et de la quantité des précipitations annuelles. La diversité des cultures reflète la mosaïque agro-écologique complexe due à la variété des types de sol, qui vont des vertisols au sable, et à la pratique de l'agriculture à des altitudes variant entre plus de 3 000 m et moins de 600 m au-dessus du niveau de la mer. Les principales céréales sont le blé, l'orge, le teff (Eragrostis abyssinica), l'éleusine, le maïs et le sorgho, dont les proportions varient en fonction des sols, de l'altitude et des conditions climatiques et commerciales prévalant durant l'année. Les autres sources d'hydrate de carbone sont notamment la tige de banane ensete ou banane d'Abyssinie (Enset ventriculosum), le manioc, la pomme de terre et la patate douce, plantes qui sont toutes cultivées dans les zones de haute et moyenne altitude des régions du centre-sud du pays. Les cultures commerciales incluent les oléagineux, les épices, le café, le khat et l'eucalyptus, ce dernier étant exploité sous forme de haies ou dans de petites parcelles boisées et dans les forêts des zones de moyenne et haute altitude.

Les herbages des hautes et basses terres fournissent des étendues importantes de pâturage et de brout pour le bétail dans la plupart des régions, mais ils sont particulièrement importants pour les éleveurs des régions orientales d'Afar et de Somali, des zones méridionales de Bale, Borena et Omo-Sud et des basses terres qui s'étendent à l'ouest de Gambella au Tigré. La production nationale de bétail, qui provient principalement des zones pastorales, est complétée par les agro-pasteurs sédentaires qui élèvent des ovins et des caprins ainsi que, moins fréquemment, des vaches laitières à des fins commerciales ou pour l'usage domestique. Le bétail est également intégré dans les exploitations agricoles à cause de l'utilisation généralisée des animaux de trait pour le labourage, les cultures secondaires, le battage et le transport des marchandises et des produits agricoles.

3.2 Précipitations en 2002

En Éthiopie, les pluies sont concentrées durant deux périodes différentes de l'année: (i) les pluies belg, d'importance mineure, qui commencent généralement en janvier-février et se terminent en avril-mai; et les pluies meher ou kiremt, les plus importantes, qui commencent en juin-juillet et prennent fin en septembre-octobre. Dans une dizaine de zones, les pluies belg permettent une récolte qui, lors des bonnes années, représente 5 pour cent de la production céréalière nationale. Ailleurs, elles offrent la possibilité de préparer le sol et améliorent l'état des herbages pour le pâturage et le brout après la saison sèche. Dans le sud-ouest, les pluies belg et meher s'enchaînent souvent pour former une longue saison sans interruptions marquées, ce qui est bon pour les cultures pérennes et les céréales à maturation longue produisant le chaume, mais convient moins bien aux variétés à maturation précoce. Cette année, les pluies belg ont été extrêmement variables. La Mission a constaté qu'en mars et avril, les indices de végétation SPOT-4 indiquent de meilleurs résultats qu'en 2001, 2000 et 1999 dans les zones de culture belg. Toutefois, dans les autres zones, qui représentent une partie plus importante des terres agricoles, la croissance végétative était plus faible qu'au cours des trois années précédentes. En mai, cette situation s'était généralisée à l'ensemble de l'Éthiopie suite à la longue période de sécheresse entre les pluies belg et meher.

Les six équipes envoyées dans l'ensemble du pays par la Mission pour déterminer la production et la situation de l'agriculture ont également collecté des données qualitatives et quantitatives sur les pluies meher dans toutes les zones et worredas où elles se sont rendues. La somme de leurs observations confirme que les pluies accusaient un retard de trois à six semaines dans 55 zones et worredas spéciaux et se sont terminées précocement dans 31 de ces zones. Vingt-sept zones seulement ont bénéficié d'une répartition plus favorable des pluies médianes et tardives, qui ont pris fin normalement en octobre ou plus tard. Ces zones sont principalement situées dans le sud-ouest, conformément à la tendance traditionnelle qui veut que le niveau des précipitations augmente progressivement du nord-est vers le sud-ouest, c'est-à-dire de la frontière avec l'Érythrée aux frontières avec le Soudan et le Kenya.

L'année 2002 a été caractérisée par une forte réduction des précipitations dans la plupart des régions, ce qui a eu, sur les taux de germination, la floraison, la formation et le remplissage des grains, des répercussions négatives plus ou moins marquées selon les variétés de plantes, le type de sol, la température ambiante et la date des semis. Outre ces influences directes, l'arrivée tardive des pluies meher a influencé le choix des modes d'ensemencement en ce qui concerne le choix des plantes à cultiver, les dates des semis et la qualité de la préparation du sol. Du fait de la mauvaise répartition et de la faible abondance des pluies, d'importantes superficies ont dû être réensemencées, ce qui a accru encore la nécessité, due à l'arrivée tardive des pluies, de pratiquer simultanément diverses activités agricoles normalement échelonnées dans le temps. On considère que l'insuffisance des précipitations a eu des effets directs et indirects particulièrement marqués dans les zones semi-arides marginales du nord-est et de l'est ainsi que dans les secteurs de basse altitude de la plupart des zones. Toutefois, au niveau national, les conséquences qui en ont résulté sur la production dans les principales zones céréalières du plateau central de Gojam à Bale sont beaucoup plus importantes pour la production céréalière et la sécurité alimentaire du pays.

En ce qui concerne le pâturage et le brout, la période de sécheresse intervenue entre les campagnes belg et meher a réduit la quantité de fourrage disponible dans les zones pastorales du nord et du nord-est ainsi que dans les basses terres de la plupart des zones à une étape clé du cycle de production. Le faible niveau des pluies a ralenti le regain, ce qui a limité les quantités de matières sèches disponibles pour l'élevage sédentaire. L'interruption précoce des précipitations donne à penser que les réserves de fourrage pour la prochaine saison sèche seront inférieures à celles des trois années précédentes non seulement dans les basses terres et dans les zones pastorales de l'est et du nord-est, mais également dans les parcelles clôturées des coteaux et dans les pâturages collectifs des régions de moyenne et haute altitude du plateau central.

3.3 Superficies ensemencées

La Mission a établi une estimation des superficies plantées à partir de données collectées par les agents de développement du Bureau de l'agriculture qui travaillent au niveau des associations de paysans dans l'ensemble du pays. Ces agents transmettent traditionnellement ces données au niveau des districts (worredas) où elles sont rassemblées, examinées et transmises à nouveau aux bureaux agricoles des zones, qui les compilent et les examinent à leur tour. Jusqu'à la campagne actuelle, la Mission s'adressait à l'administration des zones, ce qui offrait la possibilité d'une couverture nationale complète grâce à un nombre raisonnable (50-60) de points de contact qui disposaient aussi bien des données que d'une masse critique de spécialistes au courant de la situation agricole prévalant dans leurs zones grâce aux visites qu'ils rendaient aux bureaux des worredas, aux associations d'agriculteurs et aux exploitations agricoles. Dans le cadre de la politique de décentralisation administrative, les bureaux agricoles des zones en sont à diverses étapes d'un processus de transition. Dans le SEPAR, ils fonctionnent encore, mais disposent de moins de ressources qu'auparavant. À Amhara et Oromiya, ils ont été remplacés par des unités s'occupant de l'agriculture ou de la sécurité alimentaire, qui fournissent un service de liaison par l'intermédiaire d'un agent agricole ou d'un représentant de la DPPC. Dans le Tigré, les bureaux de zone ont été éliminés et des liens sont en train d'être mis en place entre les worredas et la région. Par conséquent, cette année, les points de contact de la Mission variaient d'un endroit à un autre. Pour établir les séries chronologiques et vérifier la validité des informations reçues, les équipes de la Mission ont élaboré, le cas échéant, des ensembles de données pour les différentes zones en utilisant les renseignements provenant directement des worredas ou fournis par la région sur la base des données collectées par celle-ci au niveau des worredas.

La Mission estime que les superficies sous céréales et légumineuses couvraient 11,018 millions d'hectares pendant la campagne meher 2002, soit quelque 3 pour cent de moins que les estimations des deux dernières années. Les estimations établies de la même façon pour la campagne belg de cette année donnent à penser que la réduction des semis meher fait suite aux abondants semis de la campagne belg. La situation est donc très différente de celle de 2001, quand l'absence d'interruption entre les pluies belg et meher avait, en pratique, prolongé la campagne meher, encourageant l'accroissement des semis meher de maïs et de sorgho, ce qui allait de pair avec une diminution des semis belg et meher de teff, de blé et d'orge. La réduction de 300 000 hectares des superficies sous céréales et légumineuses en 2002 paraît moins donc impressionnante quand on voit que les emblavures belg ont atteint 692 000 ha contre 540 000 en 2001. Les superficies consacrées aux oléagineux ont également augmenté de 90 000 ha cette année, conformément à la tendance observée depuis quelques années, quelque 210 000 ha étant laissés en jachère, délibérément ou non.

Un examen plus attentif des principales zones céréalières du pays révèle que les emblavures ont diminué de 12 pour cent pour le maïs, 9 pour cent pour le sorgho et 13 pour cent pour l'éleusine, soit respectivement de 245 000 ha, 146 000 ha et 30 000 ha. En même temps, les superficies consacrées au teff, au blé et aux légumineuses ont augmenté de 104 000 ha, 30 000 ha et 7 500 ha. Ces différences confirment que, comme prévu, les pluies tardives ont incité les cultivateurs à utiliser des céréales à semis tardifs et à maturation brève plutôt que des espèces à semis précoces et à cycle long.

La Mission est d'avis que la réduction de 63 000 ha (13 pour cent) des emblavures de maïs au SEPAR est due aussi bien à la faiblesse des pluies précoces qu'aux faibles revenus fournis par la production de maïs ces deux dernières années, vu les prix très bas. Dans cette région, le maïs est la deuxième céréale de base, la plupart des familles d'agriculteurs se nourrissant de bananes ensete. De ce fait, bien que les exploitations soient à peu près de la même taille qu'à Oromiya, le niveau de production d'hydrate de carbone remarquablement élevé fourni par la culture traditionnelle de la banane ensete (environ 130 tonnes de poids frais à l'hectare) permet de disposer du maïs pour le vendre. Les recettes fournies par ce dernier, qui constitue en fait la culture de rente locale, jouent un rôle important et peuvent influencer plus fortement les décisions concernant les semis que là où le maïs est surtout une culture de subsistance. La banane ensete et le teff peuvent facilement se substituer au maïs, étant interchangeables avec lui au plan agro-écologique et ayant eu récemment des prix plus stables. La banane ensete nécessite toutefois un traitement complexe étroitement lié aux activités culturelles des populations qui la consomment. On a ainsi constaté que les superficies sous teff avaient augmenté de 3 pour cent dans le SEPAR et de 4 pour cent dans l'Oromiya, alors que, dans le SEPAR, les superficies de bananes ensete avaient augmenté de 17 pour cent.

Les changements observés en matière de pratiques culturales donnent à penser que certaines étendues limitées n'avaient pas été ensemencées par manque de temps pour préparer le sol correctement ou même pour assurer une préparation minimale parce qu'il n'y avait pas suffisamment de bêtes de trait à partager ou à louer. L'absence de sources d'énergie de remplacement montre qu'il est nécessaire d'introduire le motoculteur diesel à deux roues dans les secteurs où il est important d'effectuer rapidement les semis pour pouvoir produire une série satisfaisante de cultures.

Les récoltes ayant été bonnes durant les quatre dernières années, la Mission considère que la disponibilité de semences n'a pas posé de problème, même compte tenu de la nécessité de pratiquer un réensemencement dans de nombreuses zones. Les semences mises de côté par les agriculteurs étaient disponibles auprès des producteurs ou par l'entremise des marchés locaux en quantités appropriées, ce qui représentait probablement quelque 670 000 tonnes de céréales et de légumineuses. En outre, les interventions du gouvernement et de la FAO et celles des ONG ont soutenu les achats locaux en versant quelque 16 millions de birr aux familles d'agriculteurs ne disposant pas des fonds requis pour se procurer les semences disponibles afin de pratiquer plusieurs semis successifs. Ces interventions ont été particulièrement utiles pour les cultures présentant des taux d'ensemencement élevés telles que le blé, l'orge et le pois chiche.

3.4 Facteurs influençant les rendements

D'après les données fournies par le Ministère de l'Agriculture et ajustées par la Mission, les rendements nationaux moyens de céréales et de légumineuses varieraient entre moins de 200 kg et 1 700 kg par hectare selon la plante cultivée. Ce résultat décevant est inférieur à la gamme des rendements évalués après la récolte de l'année dernière, qui allaient de 300 kg à 2 040 kg par hectare. Cette baisse est due notamment au retard et à la réduction des pratiques culturales, à la hausse des taux de non germination et à la réduction de la densité de peuplement. Le réensemencement a retardé le démarrage des cultures, et les rendements ont subi le contrecoup du manque de pluie au moment de la floraison, de la formation des graines et du remplissage des grains, problème observé dans toutes les régions. Les basses terres ont été les plus durement touchées par les mauvais résultats signalés fréquemment pour le sorgho, en particulier dans les terrains les plus sablonneux. On estime donc que le rendement national moyen du sorgho est tombé à 660 kg par hectare, soit une réduction de 32 pour cent.

En ce qui concerne les autres céréales principales cultivées dans les zones de moyenne altitude, on remarque une réduction de 26 pour cent du rendement national moyen de maïs due à des raisons climatiques analogues mais moins marquées, dont les effets ont encore été accrus par une utilisation très réduite de semences améliorées et d'engrais. Selon les données fournies par l'Association nationale des intrants agricoles, les achats de semences de maïs améliorées ont baissé d'environ 3 000 tonnes et ceux d'engrais de 47 000 tonnes par rapport à l'année dernière. Si l'on considère que le taux d'ensemencement du maïs est de 25 kg par hectare et qu'un agriculteur utilisant non pas ses propres semences mais des semences certifiées ainsi qu'un engrais approprié et bénéficiant de pluies suffisantes peut produire trois tonnes par hectare, cette baisse des ventes peut correspondre à une réduction éventuelle de la production de 360 000 tonnes, ce qui équivaut à une réduction de 0,2 tonne par hectare du rendement national moyen, soit 48 pour cent de la réduction totale estimée de ce rendement. Vu l'insuffisance des pluies, l'accroissement de la production aurait pu être inférieur à cela, mais il est néanmoins probable que cette situation a eu d'importants effets négatifs. De même, sur la base d'un taux d'ensemencement de 150 kg par hectare, la réduction de 4 000 tonnes des ventes de semences de blé améliorées effectuées cette année pourrait fort bien avoir entraîné une réduction de 67 500 tonnes de la production de blé; ce qui correspondrait à une réduction du rendement national moyen de 39 kg par hectare, soit environ 18 pour cent de la réduction totale estimée. Si l'on prend pour hypothèse l'utilisation des taux recommandés d'engrais au phosphate diammonique et à l'urée sur des semences améliorées de maïs et de blé, la baisse des ventes de semences améliorées explique 61 pour cent de la baisse de 47 000 tonnes de l'utilisation d'engrais, qui est passée de 279 000 à 232 000 tonnes.

La réduction de l'utilisation d'engrais sur les semences de teff, de blé ou de maïs, observée dans 42 zones ou worredas spéciaux visités par la Mission, explique le reste de la réduction des ventes d'engrais et a eu en outre des répercussions sur les rendements. Une augmentation des ventes d'engrais ou leur maintien au niveau de l'année dernière n'ont été observés que dans 12 zones où les précipitations ont été nettement plus favorables. Ces zones n'étant toutefois pas d'importantes régions productrices de céréales, cela n'a pas contribué notablement à accroître les rendements régionaux moyens.

Cette année, les céréales et les légumineuses ont été relativement épargnées par les ravageurs et les maladies. Aucune attaque importante de ravageurs migratoires n'a été observée ou signalée à la Mission. Il y a cependant eu des attaques mineures de Quelea quelea dans certaines régions de Jigjiga, de Hararghe Est et Ouest, de Shoa Est, d'Oromiya, de Gurage, de Siltie et d'Omo Sud ainsi que dans le worreda spécial de Derashe, mais les bureaux agricoles les ont enrayées efficacement. De même, les infestations de chenilles processionnaires intervenues en début de saison dans les zones de Jigjiga, Hararghe Est, Hadiya, Sidama, Wolayta, Bale, Borena et Oromiya ont été contrées de façon rapide et efficace. Ailleurs, la présence de ravageurs non migratoires comme le hanneton du sorgho, le foreur de tiges et la mouche des semis n'a eu que des effets modérés. Les conséquences fâcheuses des maladies ont elles aussi été modérées, et on n'a constaté aucun cas notoire de rouille sur l'orge ou le blé. Les équipes de la Mission ont décelé la présence de la nielle du sorgho dans des champs du Wollo Sud et du Tigré Sud, mais les agriculteurs dont les champs étaient infectés semblaient en être fort peu préoccupés. Quand la campagne meher est sèche, les plantes adventices sont relativement moins abondantes qu'en période d'humidité, et tel a été généralement le cas.

Dans ces conditions, la Mission considère que la réduction généralisée des rendements constatée pour les céréales et les légumineuses figurant au Tableau 3 est due principalement (i) aux effets directs du manque de précipitations sur la croissance et le développement des cultures, (ii) aux effets indirects de l'insuffisance des précipitations qui a perturbé les pratiques culturales et dissuadé les agriculteurs d'investir dans des intrants, (iii) à la réduction des dépenses consacrées aux engrais et aux semences améliorées sous l'influence du faible rapport des investissements dans la production de céréales.

3.5 Autres cultures

Les cultures contribuant à la sécurité alimentaire des ménages varient du nord au sud et de l'est à l'ouest. Dans le nord, les graines oléagineuses, particulièrement le noug et le sésame, sont importantes aussi bien pour les petits agriculteurs que pour les producteurs commerciaux. Cette année, la superficie nationale sous sésame, en augmentation de 54 pour cent, couvrait 168 553 ha, dont 36 000 correspondant à l'accroissement des semis commerciaux dans le Tigré-Ouest. L'augmentation de 7 000 ha (2 pour cent) pour le noug est répartie plus également mais elle est particulièrement marquée dans la zone d'Awi de la région d'Amhara.

Vu la diversité de la moitié sud du pays et les conditions favorables qu'on y trouve, la gamme des autres cultures y est plus variée. Dans le SEPAR et l'Oromiya, les cultures autres que les céréales et les légumineuses occupent respectivement 12 et 32 pour cent des superficies cultivées contre 3 et 7 pour cent dans l'Amahara et le Tigré. On connaît l'importance de la banane ensete, qui constitue la principale source d'hydrate de carbone pour quelque 8 millions de personnes et contribue pour une large part au régime alimentaire de 4 millions d'autres. Les données provenant des zones méridionales montrent que les superficies qui lui sont consacrées ont augmenté de quelque 17 pour cent, ce qui peut être dû à un accroissement des semis ou à une réduction de son utilisation l'année dernière quand le maïs était aisément disponible et peu coûteux dans les zones où elle est cultivée. L'état des cultures est jugé satisfaisant, même si chaque arbre devrait permettre d'obtenir 5 pour cent de moins de tiges prétraitées que l'année dernière à cause des précipitations moins abondantes. On a observé une baisse analogue des rendements des racines et des tubercules annuelles ainsi que des superficies consacrées à leur culture à cause des conditions défavorables qui prévalaient au moment des semis. En outre, on signale que la teigne de la patate douce a réduit la production de tubercules et les stocks de report de boutures de patate douce dans les zones d'Hadiya, Gurage et Wolayata, dans le centre du SEPAR.

La production de café de cette année devrait être inférieure à celle de l'an dernier à cause des fluctuations biennales des cycles de production et du faible niveau de précipitations pendant et après la floraison. L'anthracnose des drupes reste un problème grave sauf aux endroits où on utilise maintenant les variétés résistantes fournies par les pépinières subventionnées par le gouvernement national. La Mission n'a pas évalué la production des cultures industrielles comme la canne à sucre et le coton ni les résultats concernant le khat, plante légèrement narcotique cultivée commercialement dans des petites parcelles familiales dans toute la moitié sud du pays.

3.6 Bétail

D'après les données collectées par la FAO en 1999, l'Éthiopie compte 36 millions de bovins, 22 millions d'ovins, 17 millions de caprins, 1 million de camélidés et 8 millions d'équidés. On y pratique l'élevage pastoral et agro-pastoral. Le régime pastoral est utilisé dans les vastes zones de pâturage des basses terres de l'est, de l'ouest et du sud du pays alors que, dans l'ensemble de celui-ci, on peut trouver divers modes agro-pastoraux qui varient selon l'importance du cheptel et l'ampleur des déplacements saisonniers, qui peuvent être inexistants (élevage sédentaire) ou aller jusqu'à la transhumance.

Durant les troisième et quatrième trimestres de 2002, les pertes de bétail signalées dans les zones pastorales d'Afar, dans le Somali-Nord et dans les basses terres d'autres régions ont poussé le gouvernement national, les ONG et les organismes internationaux à intervenir. Leur aide visait d'une part à renforcer la résistance du bétail aux maladies en fournissant des vaccins et des médicaments et, d'autre part, à remédier au manque d'eau et de fourrage en négociant pour obtenir l'accès à de meilleures ressources. Des programmes ont été préparés et mis en oeuvre à l'intention des populations ayant subi de longues périodes de sécheresse. En même temps, les programmes d'aide alimentaire destinés aux populations touchées ont été renforcés pour compléter ceux qui avaient été mis en place deux années auparavant quand on avait remarqué une réduction brutale du nombre d'animaux et du revenu des éleveurs suite à quatre années consécutives de pluies belg insuffisantes. Actuellement, d'après les systèmes d'alerte rapide régionaux et nationaux pour le bétail, la situation dans l'Afar, le Shinelli, le Tigré-Est et certaines parties du Tigré central reste très préoccupante. Les équipes de la Mission signalent l'accroissement et l'accélération des déplacements de troupeaux de l'Afar vers l'Amhara, du Tigré-Est vers le Tigré central et du Tigré central vers le Tigré-Ouest ainsi que de l'Hararghe-Ouest vers le Bale. En même temps, les restrictions militaires imposées dans les zones frontalières de l'Érythrée ont réduit l'accès des agro-pasteurs aux réserves de pâturages traditionnelles le long des rivières Mereb et Tekeze, ce qui entraîne une surexploitation des sources d'approvisionnement en herbage et en eau dans les localités à forte densité de population des zones voisines. Ailleurs, on note une réduction des quantités de fourrage disponibles dans les basses terres de l'Amhara ainsi que dans les zones de basse altitude de la Vallée du Rift dans l'Oromiya et le SEPAR. Par contre, on signale que des précipitations satisfaisantes ont amélioré les conditions de pâturage dans le Somali-Sud, le Borena et le Bale-Sud suite à un démarrage satisfaisant des pluies de novembre-décembre. D'après les équipes de la Mission, la situation est bonne dans les pâturages de la plus grande partie de l'ouest et du sud-ouest de l'Éthiopie. L'état de santé du bétail varie considérablement, de très mauvais à satisfaisant, la situation s'améliorant progressivement du nord-est vers le sud-ouest en même temps que la pluviométrie.

Les récoltes de céréales et de légumineuses ayant été relativement mauvaises dans la quasi totalité des zones, de faibles quantités de paille et de chaume sont disponibles et on a constaté que leur prix avait doublé ou même triplé à proximité des villes parce que les agriculteurs essayaient de stocker de quoi nourrir leurs animaux pendant la saison sèche. Dans l'est et le centre de Tigré, la Mission a noté une réduction de 50 pour cent de la production de foin venant des champs clos des coteaux, ce qui confirmait quantitativement la réduction des approvisionnements en matière sèche des terrains de parcours. Dans les deux zones, des négociations étaient en cours entre les administrateurs et les cultivateurs au sujet de l'accès aux zones clôturées pour que certaines catégories de bétail puissent paître et brouter pendant la saison sèche. Il est recommandé d'assurer le suivi permanent de la situation en ce qui concerne l'eau, les pâturages et la santé du bétail, ce qui doit se faire aussi objectivement que possible en utilisant les systèmes de notation internationalement reconnus.

Des baisses du prix du bétail atteignant jusqu'à 50 pour cent ont été signalées sur tous les marchés à l'exception des zones du sud-ouest et, de façon plus générale, des animaux de boucherie de haute qualité. Cette chute des prix reflète la croissance de l'offre et le nombre réduit d'acheteurs dans la plupart des secteurs. Il semble que, sur de nombreux marchés ruraux, le nombre d'animaux avec lesquels repartent les vendeurs déçus est plus grand que celui de ceux qui sont vendus aux prix déjà réduits. La Mission recommande donc qu'on assure un suivi de l'offre sur les marchés aussi étroitement que celui des ventes pour déterminer les endroits où la situation est la plus préoccupante.

En ce qui concerne la production du bétail, très peu de données sont disponibles au sujet des intervalles entre vêlages, des taux de naissance et des taux de mortalité des animaux nouveau-nés, jeunes et adultes; il est donc difficile de se prononcer au sujet des prétendues pertes allant de 10 à 40 pour cent pour les bovins et de 5 à 15 pour cent pour les petits ruminants et les camélidés dans les zones où les conditions sont difficiles. Les taux de mortalité ont manifestement augmenté, mais il restera difficile de quantifier ces pertes tant qu'on ne disposera pas de véritables données de référence établies à partir des registres agricoles pour déterminer les normes concernant les animaux dans les systèmes pastoraux et agro-pastoraux. Il est néanmoins clair que, si les premières pluies belg n'arrivent pas bientôt, la situation se détériorera rapidement et les pertes risquent de se multiplier.

3.7 Prévisions concernant la production de céréales et de légumineuses

La présence de la Mission a coïncidé avec les récoltes dans la plupart des secteurs. Vu les résultats en baisse de la plupart des céréales à cycle court et malgré le début tardif de la campagne, les récoltes étaient souvent quasiment terminées et le battage du blé, de l'orge et du teff avait déjà commencé. Les équipes ont donc évalué facilement la production réelle par unité de superficie. Lorsque les cultures étaient encore sur pied, des échantillons ont été prélevés, battus selon les techniques locales, puis pesés pour vérifier les estimations du rendement établies par les bureaux agricoles ainsi que les prévisions des agriculteurs en matière de production. Le cas échéant, des ajustements ont été apportés à ces estimations et prévisions pour corriger les aberrations évidentes ou pour suppléer à l'absence de certaines données. Les totaux régionaux calculés pour les superficies et la production sont indiqués pour chaque type de culture au Tableau 3. On constate que la récolte meher de 2002 a produit 8,923 millions de tonnes sur 11,018 millions d'hectares, soit environ 25 pour cent de moins que les estimations de la Mission l'année dernière et 25,6 pour cent de moins que l'estimation post-récolte de la même campagne établie en mars 2002 par le Ministère de l'Agriculture. Les séries chronologiques des cinq dernières années sont présentées au Tableau 4 à des fins de comparaison. Il s'avère que la production de cette année est de 21 pour cent inférieure à la moyenne nationale sur cinq ans et analogue aux estimations de production de la campagne meher 1997/98 concernant des superficies cultivées très semblables.

Tableau 3 - Éthiopie: Superficie (en milliers d'hectares), production (en milliers de tonnes) et rendement (en tonnes/ha) des céréales et des légumineuses pour la campagne meher 2002/03

Région Item Teff Blé Orge Maïs Sorgho Éleusine Autres Total
des
céréales
Total des
légumi-
neuses
Céréales
et légumi-
neuses
Tigré Superficie 170,5 74,3 80,7 65,9 197,0 53,7 49,5 691,6 41,8 733,4
  Rendement 0,38 0,69 0,56 0,87 0,80 0,58 0,42 0,62 0,34 0,60
  Production 64,9 51,0 45,0 57,4 157,0 31,1 20,8 427,3 14,2 441,5
Afar Superficie 1,7 0,1   5,4 1,3     8,5 1,0 9,5
  Rendement 0,10 0,15   0,77 0,20     0,54 0,10 0,49
  Production 0,2 0,0   4,1 0,3     4,6 0,1 4,7
Amhara Superficie 1 103,3 495,4 468,5 335,7 498,7 263,4 47,4 3 212,3 683,1 3 895,4
  Rendement 0,61 0,99 0,90 1,56 0,66 1,07 0,93 0,86 0,53 0,80
  Production 672,3 489,4 420,1 523,0 330,3 281,5 43,8 2 760,2 360,5 3 120,8
Oromiya Superficie 1 170,6 923,4 601,6 884,2 592,3 81,7 21,1 4 274,9 609,6 4 884,5
  Rendement 0,57 1,25 1,04 1,08 0,58 0,68 0,26 0,89 0,47 0,84
  Production 663,5 1 153,8 625,6 955,2 344,6 55,5 5,6 3 803,7 286,7 4 090,4
Somali Superficie   9,3 17,0 31,0 41,6     98,9   98,9
  Rendement   0,60 0,53 0,35 0,54     0,48   0,48
  Production   5,6 9,0 10,8 22,5     47,9   47,9
Beneshangul Gumuz Superficie 22,1 3,0 1,5 33,3 51,3 22,6 1,2 135,0 8,1 143,2
  Rendement 0,46 0,69 0,81 1,04 0,87 0,76 1,05 0,82 0,62 0,81
  Production 10,1 2,1 1,2 34,6 44,4 17,1 1,3 110,8 5,0 115,8
SEPAR Superficie 226,6 190,4 116,9 414,0 88,9 3,9 0,5 1 041,1 169,6 1 210,7
  Rendement 0,50 1,01 0,81 1,19 0,89 0,70 0,61 0,93 0,58 0,88
  Production 112,8 192,8 94,7 491,0 78,8 2,7 0,3 973,3 97,7 1 071,0
Gambella Superficie       10,8 3,3 0,3 0,1 14,5 1,0 15,4
  Rendement       0,85 0,87 0,79 0,80 0,85 1,33 0,88
  Production       9,2 2,8 0,3 0,1 12,3 1,3 13,6
Harari Superficie   0,7   1,9 6,3     8,9 0,1 9,0
  Rendement   0,40   0,21 0,57     0,48 0,25 0,48
  Production   0,3   0,4 3,6     4,3 0,0 4,3
Addis Abeba Superficie 4,2 4,0 0,1 0,0 0,0 0,0   8,3 1,5 9,8
  Rendement 1,07 1,64 1,34 1,72 1,28 0,60   1,35 0,73 1,25
  Production 4,5 6,5 0,2 0,0 0,0 0,0   11,2 1,1 12,2
Dire Dawa Superficie         8,4     8,4   8,4
  Rendement         0,12     0,12   0,12
  Production         1,0     1,0   1,0
TOTAL Superficie 2 698,9 1 700,6 1 286,3 1 782,2 1 489,2 425,6 119,8 9 502,4 1 515,8 11 018,2
  Rendement 0,57 1,12 0,93 1,17 0,66 0,91 0,60 0,86 0,51 0,81
  Production 1 528,2 1 901,4 1 195,8 2 085,7 985,4 388,2 71,9 8 156,5 766,7 8 923,2

Tableau 4 - Éthiopie - Production de céréales et de légumineuses: comparaison de la campagne meher 1999/2000-2002/2003

Région Campagne
meher
Céréales Légumineuses Céréales et Légumineuses
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