SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D’ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES
EN ÉRYTHRÉE

27 novembre 2003

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Faits saillants

  •  En raison de la sécheresse prolongée de 2002, on n’a pratiquement rien récolté en Érythrée. Le secteur de l’élevage a aussi été très touché. En 2003, la production végétale a été gravement compromise par l’irrégularité des précipitations qui ont commencé tard et se sont terminées tôt. Bien que les quantités de pluies kremti (juin-septembre 2003) aient été à peu près moyennes dans la plupart des régions du pays, il y a eu une alternance de longues vagues de sécheresse et d’averses torrentielles.
  •  La production céréalière de 2003 est, d’après les estimations, de l’ordre de 106 000 tonnes, soit près du double de la production extrêmement faible de l’an dernier (54 530 tonnes). Elle ne représente cependant que 57 pour cent de la moyenne des 11 dernières années et 51 pour cent des prévisions faites en août 2003 (207 000 tonnes).
  •  La mission a noté que les précipitations kremti ont été suffisantes pour constituer de bonnes réserves de fourrage et d’eau pour le bétail dans la plupart des régions, mais que ces réserves seront épuisées dans trois ou quatre mois, en moyenne, dans de nombreuses régions.
  •  L’aide au secteur de l’élevage, principal soutien de l’économie rurale et des revenus des ménages, doit être prioritaire. Elle comprend la lutte contre les maladies du bétail, en particulier la péripneumonie contagieuse bovine qui s’est déclarée en 2002 et qui pourrait décimer le cheptel du pays.
  •  Les besoins estimatifs d’importations céréalières pour 2004 s’établissent à 478 000 tonnes, dont 30 000 tonnes pourraient faire l’objet d’importations commerciales.
  •  Avec 31 000 tonnes d’aide alimentaire céréalière dans le pays ou dans la filière en vue de leur distribution en 2004, le déficit à combler – pour lequel une aide internationale sera nécessaire – est estimé à 417 000 tonnes.
  •  Dans l’immédiat, il importe de porter secours à quelque 1,4 million de personnes parmi les plus vulnérables qui auront besoin de 219 651 tonnes d’aide alimentaire (céréales, légumineuses et huile) en 2004. Jusqu’à présent, les projets d’aide prévus par le PAM pour 2004 ne représentent qu’un peu moins de 200 000 tonnes.
  •  Une aide en semences à apporter en temps voulu sera aussi nécessaire en 2004 pour permettre le maximum de semis de cultures différentes.
  •  Pour accroître sensiblement la production à moyen et à long termes, il faut améliorer les pratiques culturales et l’accès à des semences de bonne qualité ainsi qu’aux autres intrants. Les perspectives de l’élevage dépendront d’un meilleur accès au fourrage, aux services vétérinaires et aux marchés d’exportation.
  • 1. VUE D’ENSEMBLE

    En août 2003, un Groupe d’étude sur la sécurité alimentaire, composé de représentants de la FAO, du PAM, du Ministère érythréen de l’agriculture, d’ONG et de bailleurs de fonds, a réalisé une évaluation des récoltes. Il a estimé la production de cultures vivrières à 210 000 tonnes (dont 207 000 tonnes de céréales). Cette estimation était fondée sur l’hypothèse que les précipitations se poursuivraient en septembre et seraient bien réparties dans le temps et sur l’ensemble du pays; or, cette hypothèse ne s’est pas vérifiée. Dans la plupart des régions, les pluies se sont arrêtées trop tôt et ont été très rares en septembre – et dans de nombreux endroits étaient déjà très rares depuis la mi-août.

    Dans ce contexte, une mission FAO/PAM d’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s’est rendue dans le pays du 25 octobre au 12 novembre 2003 pour évaluer la production de 2003 des principales céréales et légumineuses et l’état du cheptel, examiner la situation alimentaire générale, estimer les besoins d’importations céréalières pour 2004, y compris au titre de l’aide alimentaire, et identifier les activités de soutien nécessaires dans les domaines de la production céréalière et de la conduite de l’élevage en 2004.

    À Asmara, la mission a rencontré le Ministre de l’agriculture ainsi que des représentants de divers ministères, dont ceux de l’agriculture et du développement national, le représentant dans le pays et d’autres fonctionnaires de la FAO, le Directeur de pays et d’autres fonctionnaires du PAM, des représentants du Réseau du système d’alerte rapide en cas de famine (FEWSNet) et de plusieurs ONG. La mission a également consulté divers rapports sur la situation économique du pays, le degré de pauvreté, la sécurité alimentaire et la production végétale (y compris le rapport d’évaluation des récoltes réalisé en août 2003).

    La mission s’est divisée en deux groupes pour couvrir cinq des six zobas (districts) – à savoir Anseba, Gash-Barka, Debub, Maekel et mer Rouge du Nord – et a effectué des visites sur le terrain dans la plupart des sous-districts. Seul le district de la mer Rouge du Sud n’a pas été visité mais il n’est pas cultivé. Pendant les visites sur le terrain, la mission a reçu l’aide de hauts fonctionnaires du Ministère de l’agriculture ainsi que d’un représentant de la FAO à Asmara et d’un fonctionnaire du HCR de Barentu et a été accompagnée de représentants de FEWSNet, de l’UE et de l’USAID. Elle a eu de longs entretiens avec les représentants du Ministère de l’agriculture au niveau des districts et sous-districts et elle s’est entretenue avec des agriculteurs, des pasteurs, des ouvriers, des négociants et le personnel de quelques ONG. Lors de ces discussions et entretiens approfondis, elle a examiné la situation de la production végétale et animale. Elle a évalué sur le terrain la sécurité alimentaire des ménages, leur vulnérabilité et leurs stratégies d’adaptation. Elle a comparé les chiffres de la production végétale et des disponibilités alimentaires de cette année à ceux des années précédentes de manière à obtenir une certaine perspective historique. Elle a présenté ses estimations après avoir analysé les données en provenance de sources secondaires et les avoir confrontées aux données, informations et points de vue recueillis pendant les visites sur le terrain. Il faut noter que les informations données par les représentants du Ministre de l’agriculture à divers niveaux, et notamment celui des sous-districts, concordaient presque toujours avec la réalité de terrain – ce qui est appréciable.

    La campagne agricole 2003 a été caractérisée par l’irrégularité des précipitations (qui ont commencé tard et se sont terminées trop tôt, avec de longues vagues de sécheresse entrecoupées de pluies torrentielles et de chutes de grêle) bien que, dans la plupart des régions, le cumul des pluies de la saison kremti ait été proche de la moyenne. Dans de nombreux endroits, y compris dans les régions à fort potentiel de production du sous-district de Goluj, il a fallu procéder à deux ou trois nouveaux semis du fait des problèmes liés aux précipitations. L’insuffisance, voire l'absence totale, des précipitations en septembre – et quelquefois à partir de la mi-août – a été très préjudiciable aux cultures. En outre, dans certaines régions, la situation a été encore aggravée par les pluies de la fin octobre-début novembre qui ont endommagé les cultures semées tardivement.

    Cependant, malgré des conditions météorologiques défavorables et des pénuries de main-d’œuvre et de matériel agricole, cette année, les agriculteurs, avec l’encouragement et le soutien du gouvernement, ont ensemencé une superficie plus importante que l’an dernier en cultures diverses. Mais dans certaines régions, les récoltes ont été mauvaises et dans d’autres, les rendements ont été inférieurs aux résultats attendus, du fait surtout de l’irrégularité des précipitations (y compris des dommages causés par les pluies torrentielles et les chutes de grêle) mais aussi des infestations de hannetons et de sauteriaux.

    Après avoir soigneusement examiné tous les facteurs pertinents, la mission a estimé la récolte céréalière de 2003 à environ 106 000 tonnes, soit près du double de celle de l’an dernier (54 530 tonnes), mais seulement 51 pour cent de celle prévue en août 2003 et 57 pour cent de la moyenne annuelle des céréales récoltées au cours des 11 années précédentes.

    S’agissant de la disponibilité de fourrage dans les parcours et d’eau pour abreuver le cheptel, les bonnes pluies kremti et les précipitations d’octobre novembre ont été utiles. La mission a observé que le bétail était en bon état presque partout. Dans de nombreuses régions, les réserves de fourrage et d’eau seront épuisées dans trois ou quatre mois et cela aura des répercussions négatives sur l’élevage. De plus, les maladies du bétail – notamment la péripneumonie contagieuse bovine, la dermatose nodulaire et la PPR1 – commencent à se répandre. Le gouvernement prend des mesures pour lutter contre elles, mais il faut faire bien davantage pour réussir à protéger le bétail. La péripneumonie contagieuse en particulier risque de détruire le cheptel jusqu’à présent non exposé à cette maladie. Une aide internationale est donc nécessaire d’urgence pour enrayer l’épidémie avant qu’il ne soit trop tard.

    Les besoins d’importations céréalières pour 2004 s’établissent, d’après les estimations, à 478 000 tonnes, déduction faite des 136 000 tonnes produites localement, alors que l’utilisation prévue est de 614 000 tonnes. Étant donné que les disponibilités de devises sont très limitées, on prévoit que 30 000 tonnes seulement pourront faire l’objet d’importations commerciales pour la consommation en 2004. Avec quelque 31 000 tonnes de céréales d’aide alimentaire en stock ou dans la filière, le déficit céréalier – pour lequel une aide internationale sera nécessaire – s’élève à 417 000 tonnes.

    La mission a identifié quelque 1,4 million de personnes parmi les plus vulnérables qui auront besoin d’une aide alimentaire en 2004 - près de 219 651 tonnes de produits alimentaires, en particulier des céréales, des légumineuses et de l’huile (voit tableau 10). D’autres groupes auront aussi besoin d’une aide alimentaire en 2004 car leurs stocks seront épuisés dans quatre ou cinq mois environ et que leurs stratégies d’adaptation sont très limitées.

    Les agriculteurs n’auront accès qu’à des quantités limitées de semences étant donné que beaucoup d’entre eux ont eu des récoltes faibles ou nulles et que ceux qui ont récolté des céréales peuvent ne pas être en mesure d’en mettre suffisamment de côté. Il va être indispensable d’appuyer les distributions d’urgence de semences pour que les agriculteurs puissent ensemencer en cultures diverses les superficies le plus étendues possible l’an prochain. Pour le secteur de l’élevage, il faut envisager un soutien d’urgence pour restructurer les services vétérinaires et permettre au secteur de fonctionner convenablement l’an prochain.

    À moyen et à long termes, il faut apporter les modifications appropriées aux programmes et aux politiques de manière à permettre aux secteurs de l’agriculture et de l’élevage de fonctionner de façon optimale. Les questions à résoudre sont liées à l’amélioration des pratiques culturales et pastorales; elles concernent la conservation des sols et de l’eau, une utilisation plus générale des engrais par tous les agriculteurs, s’accompagnant d’une amélioration de l’accès à l’eau, par l’irrigation dans les régions où cela est possible, le renforcement des services de vulgarisation, la fourniture de services de financement rural et de commercialisation, la mise en place de régimes fonciers sûrs et l’amélioration de l’accès à la terre, la multiplication des débouchés régionaux (notamment pour le cheptel) et un accès garanti au fourrage/aliments d’appoint ainsi qu’à des services vétérinaires adéquats.

    2. LE CONTEXTE SOCIOÉCONOMIQUE

    2.1 L’économie2

    L’Érythrée (y compris l’archipel de Dahl) a une superficie de 124 320 km2 et une population de 3,56 millions d’habitants (chiffres de 2003). La population est à 80 pour cent rurale, mais la population urbaine augmente rapidement sous l’effet à la fois du retour des réfugiés dans le pays et de l’exode rural. La densité de la population est de 28 habitants au km2. Une grande partie du pays est constituée de montagnes escarpées et arides, inhabitables et inutilisables à des fins économiques. Seuls quelque 2 millions d’hectares se prêtent à l’agriculture mais, du fait des conditions météorologiques défavorables et de pénuries d’eau, seuls 500 000 hectares sont cultivables. L’agriculture est essentiellement pluviale et le caractère limité et la distribution inégale des pluies constituent un obstacle majeur. L’irrigation ne concerne que des superficies négligeables. Les autres contraintes auxquelles est confrontée l’agriculture sont les infestations de ravageurs, les pénuries de main-d’œuvre, de machines agricoles et de puissance de traction, et les pluies torrentielles et chutes de grêles localisées. Enfin, les ressources naturelles du pays sont extrêmement limitées.

    L’Érythrée est un des pays les moins avancés et elle souffre d’un déficit vivrier chronique. Le PIB par habitant (environ 200 dollars en 2001) a baissé de 1,2 pour cent en 2002 après l’effondrement de la production agricole causé par la grave sécheresse. En outre, les inégalités de revenus, mesurées selon le coefficient de Gini, sont très importantes (0,45). La part du revenu consacré à l’alimentation est élevée: environ 66 pour cent à l’échelle du pays et quelque 71 pour cent dans les zones rurales (des chiffres aussi élevés sont à prévoir dans des situations de pauvreté telles que celle de l'Érythrée). Au cours des 11 dernières années, la production vivrière intérieure a couvert en moyenne moins de la moitié des besoins du pays et la production céréalière n’a permis de satisfaire que quelque 40 pour cent des besoins, de 140 kg/personne/an. La vulnérabilité alimentaire a donc augmenté, d’une part du fait de la capacité extrêmement limitée et décroissante de l’Érythrée d’importer des produits alimentaires sur une base commerciale et, d’autre part, parce que les stratégies d’adaptation des habitants mettent ces derniers dans des situations de plus en plus difficiles. La production céréalière de l’an dernier – environ 54 000 tonnes – n’a couvert que moins de 10 pour cent des besoins du pays.

    La malnutrition est très répandue et elle s’aggrave. En 2002, les besoins énergétiques essentiels minimums par habitant s’établissaient à 2 100 Kcal/jour en moyenne pour les populations rurales et 2 000 Kcal/jour pour les populations urbaines; or, le ratio de pauvreté est de 66 pour cent, et de 37 pour cent pour la pauvreté extrême. Les enquêtes réalisées en mars et juin 2003 montrent que la malnutrition aiguë généralisée atteignait 24 à 30 pour cent dans certaines régions – chiffre sensiblement plus élevé que celui déjà inacceptable de 15 à 20 pour cent enregistré en 2002. Près de la moitié de la population adulte est illettrée et plus de la moitié des femmes de 15 à 49 ans ne sont jamais allées à l’école.

    L’environnement macroéconomique est soumis à de fortes pressions du fait de l’importance de la dette extérieure et intérieure du secteur public qui représente, respectivement, environ 80 et 130 pour cent du PNB, et qui ne cesse de s’alourdir. Au cours des dernières années, le taux de l’inflation est resté élevé. En juillet 2003, l’indice des prix de détail était de 147 pour cent plus élevé qu’en 1997 et l’indice des prix des produits alimentaires avait augmenté de 178 pour cent au cours de la même période. Entre juillet 2002 et juillet 2003, l’indice des prix de détail a augmenté de 25 pour cent, et celui des prix des produits alimentaires de 26 pour cent. Les réserves en devises du pays sont à un niveau si bas qu’elles ne pourraient pas couvrir les importations pendant plus de deux semaines. En 2002, les réserves ont été en moyenne de 30 millions de dollars EU, alors que la valeur moyenne d’un mois d’importations se monte à environ 46 millions de dollars EU. À l’heure actuelle, le taux de change officiel est de 13,55 naïades pour un dollar EU mais, sur le marché parallèle, il est de 50 à 60 pour cent plus élevé.

    Les principaux produits d’exportation sont notamment le sel, les articles en cuir semi-finis, les fleurs, le bétail et les textiles. L’Érythrée importe une large gamme de produits, dont des machines et du matériel de transport, des pièces détachées, des produits alimentaires, des biens manufacturés et intermédiaires, du pétrole et des produits chimiques. L’effondrement du commerce d’exportations régionales, à la suite de la fermeture des frontières avec l’Éthiopie et le Soudan, constitue une contrainte majeure pour l’économie du pays et assombrit ses perspectives. L’Éthiopie était la principale destination des exportations de l’Érythrée, mais les conflits frontaliers ont supprimé ce débouché. En revanche, un renversement de la situation des exportations vers le Soudan en 2002 a gonflé les recettes d’exportation qui sont passées à 52 millions de dollars pour l’année, contre une moyenne annuelle de 26 millions de dollars au cours de la période 1998‑2001; les recettes d’exportation de 2002 n’en étaient pas moins inférieures à 10 pour cent de la valeur totale des importations de l’année (553 millions de dollars). Les exportations ont sensiblement baissé en 2003.

    En conclusion, la pauvreté généralisée et enracinée, l’extrême faiblesse des revenus, l’importance des déficits vivriers, les graves contraintes s’exerçant sur l’agriculture, l’extrême faiblesse des capacités d’importation et des recettes d’exportation, la persistance des taux d’inflation élevés, l’alourdissement de la dette intérieure et extérieure déjà très forte et les contraintes sociales (degré d’instruction et état de santé médiocres des populations, pauvreté et inégalité) assombrissent l’avenir de l’Érythrée. Néanmoins, si le pays adopte des politiques appropriées, investit dans ses ressources humaines et les mobilise, restructure son agriculture afin de mieux l’adapter aux conditions météorologiques et aux ressources dont il dispose, conserve ses ressources naturelles (y compris l’eau et la terre) et encourage les (petites et moyennes) industries axées tant sur l’exportation que sur la production intérieure, le pays peut réussir à inverser la tendance. Le gouvernement est conscient des contraintes et des orientations qu’il doit adopter pour les surmonter, comme le montrent le document – en cours d’élaboration – sur la sécurité alimentaire, celui sur la stratégie de réduction de la pauvreté et d’autres encore. Ces documents reconnaissent que l’Érythrée aura besoin d’une aide extérieure importante pour s’attaquer à ces contraintes et promouvoir le développement économique et social: les modalités précises de cette démarche devront être arrêtées conjointement par le gouvernement et par ses partenaires extérieurs pour le développement.

    La communauté internationale aide déjà l’Érythrée dans un certain nombre de domaines; elle contribue notamment à la reprise d’activité de la population touchée par la guerre (et notamment les réfugiés de retour dans le pays et les personnes déplacées à l’intérieur du pays) et à la reconstruction des infrastructures et installations de développement détruites par les conflits; à la promotion de la production agricole par la distribution de semences, le relèvement des services vétérinaires et de démonstrations de techniques d’agriculture de conservation partout dans le pays; à la satisfaction des besoins d’urgence en fournissant, entre autres mesures, une aide alimentaire et en soutenant des activités dans les domaines de l’éducation et de la santé.

    Une aide beaucoup plus importante est nécessaire, notamment pour améliorer les perspectives socioéconomiques à long terme, sans pour autant négliger les besoins fondamentaux urgents. Le processus d’appel global reste pertinent. En outre, pour atteindre le double objectif de réduction de la pauvreté et de sécurité alimentaire et pour accélérer le développement social et économique, une assistance financière et technique à plus long terme, fondée sur les programmes et des stratégies, sera nécessaire. Tout ou presque dépendra de la mise en place d’un environnement propice dans lequel le gouvernement et les partenaires externes pour le développement pourront travailler ensemble de manière constructive. Dans ce contexte, les questions liées à la solution des différends frontaliers, à la démobilisation et à la restructuration socioéconomique sont cruciales.

    2.2 Le secteur agricole

    L’agriculture est le secteur le plus important du pays malgré la faiblesse relative de sa contribution au PIB (12 à 15 pour cent). Les cultures et l’élevage pris ensemble emploient la grande majorité de la population et constituent la base de la sécurité alimentaire. Cependant, même pendant les bonnes années, la production vivrière intérieure reste bien inférieure à la demande et le pays est fortement tributaire des importations commerciales et de l’aide alimentaire.

    Comme il est dit plus haut, on estime qu’il y a un peu plus de deux millions d’hectares de terres arables en Érythrée. Mais, compte tenu de l’irrégularité habituelle des précipitations (à la fois quantitative, spatiale et temporelle) et de la rareté des installations d’irrigation, la superficie en culture n’est que d’environ 500 000 hectares au maximum: en général, elle est inférieure à 400 000 hectares. Les agriculteurs pratiquant avant tout l’agriculture pluviale, la production agricole est fortement tributaire des conditions météorologiques, surtout des précipitations.

    Il existe trois saisons des pluies distinctes en Érythrée: d’octobre à février dans les plaines orientales (les pluies d’hiver ou pari); de mars à mai dans les hauts plateaux (pluies de printemps ou azyme); et de juin à septembre dans tout le pays à l’exception de la plaine côtière (pluies d’été ou kremlin). Les pluies kremlin sont de loin les plus importantes pour la production nationale. Habituellement, les précipitations oscillent entre 400 et 600 mm par an dans les hauts plateaux et entre 200 et 300 mm par an dans les plaines occidentales; dans les régions côtières, elles varient entre zéro et 300 mm. Le régime des précipitations dans les plaines occidentales et dans les hauts plateaux centraux est en gros le même, les pluies tombant pour l’essentiel en juillet et août, pendant la saison kremlin.

    La production végétale est dominée par les céréales: orge, blé et te en altitude, sorgho et mil en basse altitude et un peu de maïs en moyenne altitude. Les pois chiches et les haricots couvrent des superficies limitées, principalement dans les hauts plateaux centraux, alors qu’au sud de Gaz Barak, le sésame est une culture locale importante.

    Le pays ne possède ni fleuve ni cours d’eau pérenne et les périmètres irrigués sont extrêmement limités (moins de 2 pour cent des superficies en culture). Comme l’irrigation est en grande partie tributaire des eaux de surface, la superficie productive d’une année donnée correspond à la pluviométrie enregistrée en altitude. On trouve aussi quelques micro barrages dans les hauts plateaux, mais ils dépendent aussi des précipitations. À l’évidence, l’utilisation des eaux souterraines est une possibilité, mais les ressources en sont mal connues. Des études appropriées visant à déterminer la disponibilité d’eaux souterraines, les perspectives de reconstitution des réserves et les quantités pouvant être utilisées pour l’irrigation et dans quelles régions, seraient très utiles.

    La productivité agricole de l’Érythrée demeure très faible en raison de la fragilité du régime pluvial du pays, des sols souvent pauvres et peu profonds, de l’utilisation de pratiques culturales élémentaires, et de l’utilisation limitée d’intrants agricoles. Le conflit frontalier avec l’Éthiopie a aussi rendu inutilisables quelque 12 000 hectares à Debub et une grande partie de la sous-région de Lalai Gash à Gash Barka, où les champs sont encore minés. La mobilisation des jeunes pour le service militaire réduit considérablement la main-d’œuvre agricole dans de nombreuses régions.

    L’élevage est un secteur extrêmement important de l’économie rurale, notamment dans les régions les plus arides du pays. Les plus gros troupeaux se trouvent dans les plaines, mais le régime pastoral se caractérise par des mouvements saisonniers, tant à l’intérieur des plaines qu’entre celles-ci et les hauts plateaux, en quête de pâturages. Il s’agit principalement d’ovins et de caprins, mais aussi de bovins, de chameaux, d’ânes et de chevaux. En moyenne, chaque ménage rural possède de trois à cinq ovins et/ou caprins. À l’exception des bœufs de trait dont l’élevage est habituellement pratiqué dans les zones de pâturage qui leur sont spécialement réservées, l’élevage est surtout extensif, basé sur des pâturages naturels et des résidus de culture. Par conséquent, on observe des fluctuations annuelles marquées de l’état du bétail, qui reflètent les disponibilités de fourrage et d’eau. Il semblerait que le cheptel ait augmenté immédiatement après l’indépendance, puis diminué pendant les deux années de guerre contre l’Éthiopie. Depuis, les effectifs de bétail auraient de nouveau augmenté avant de chuter brutalement en 2002 du fait de la grave sécheresse: ils seraient alors revenus à leur niveau de 1997. Les pasteurs ont tendance à surstocker, malgré les pénuries fréquentes de fourrage et d’eau, car ils attachent habituellement davantage d’importance au nombre d’animaux qu’à leur état de santé; ils hésitent généralement à vendre même en période difficile. Le conflit avec l’Éthiopie a mis fin à une grande partie des déplacements du bétail vers les pâturages traditionnels de l’autre côté de la frontière et vers les pâturages à l’intérieur du territoire érythréen qui sont toujours minés; il est aussi responsable de la fermeture des principaux itinéraires commerciaux du bétail.

    Par ailleurs, pour compléter l’agriculture à petite échelle, le gouvernement octroie aux investisseurs des concessions de terres pour favoriser la production agricole sur des superficies relativement étendues. La taille de ces concessions varie selon l’emplacement des terres et les disponibilités en eau (de pluie ou d’irrigation) et selon les cultures. Celles qui sont situées à proximité des cours d’eau saisonniers couvrent généralement 10 à 30 hectares et produisent des légumes (oignons, gombos, carottes, etc.) et des fruits (bananes, oranges, etc.), tandis que dans les zones arides ou semi-arides, elles peuvent atteindre 400 hectares et sont consacrées essentiellement aux cultures de céréales ou d’oléagineux. Ce type d’agriculture ne contribue cependant pas de façon significative à l’économie alimentaire du pays car les rendements sont souvent médiocres.

    3. FACTEURS INFLUANT SUR LA PRODUCTION ALIMENTAIRE EN 2003

    3.1 Précipitations

    Les pluies azmera (mars-mai) ont été tout à fait insuffisantes dans les hauts plateaux pour la cinquième année successive depuis 1998 – la dernière « bonne année ». Par conséquent, les semis de cultures à cycle long et à haut rendement, telles que le sorgho, le maïs, le teff et l’éleusine cultivée ont été considérablement inférieurs à la moyenne. À leur place, les agriculteurs ont planté de l’orge, du blé et du teff d’été – dont le rendement est sensiblement moindre – et des légumineuses telles que les féveroles, le fenugrec, le lin et les pois chiches.

    Les pluies kremti (juin-septembre) sont arrivées tard, entre la fin juin et la mi-juillet, et ont cessé tôt, pendant la deuxième quinzaine d’août. Les cultures n’ont donc pas reçu l’humidité nécessaire pour arriver à la fin de leur cycle de croissance et remplir leurs grains. En outre, le district de Debub a connu une période de sécheresse caractérisée à la fin de juillet qui a frappé les cultures au début de leur croissance. La qualité des grains en a souffert dans la plupart des régions et le nombre des grains remplis dans les épis d’orge et de blé s’en est trouvé considérablement réduit. De fortes précipitations sporadiques se sont poursuivies jusqu’en septembre dans certaines parties de Gash Barka ce qui a amélioré le remplissage des grains et les rendements dans ces régions par rapport aux autres districts. Dans d’autres parties de Gash Barka, en revanche, les pluies ont cessé avant septembre.

    En 2003, certaines régions ont reçu des précipitations exceptionnellement fortes. À Dekemhare, dans le district de Debub, de mars à août, il est tombé 785 mm de pluie en 39 jours de pluie, dont 282,5 et 340 mm en juillet et août respectivement. Cela n’a malheureusement pas été le cas dans les régions plus importantes de culture, telles que celle de Goluj dans le Gash Barka, où il n’est tombé que 78,8 et 69,3 mm de pluie en juillet et août, contre une moyenne sur quatre ans de 115 et 154,7 mm, respectivement. L’arrivée occasionnelle de précipitations exceptionnellement fortes souligne l’importance de la collecte de l’eau et du contrôle du ruissellement des hauts plateaux vers les zones irriguées par épandage des crues dans le district de la mer Rouge du Nord.

    Figure 1. Précipitations mensuelles en 2003 avec, pour comparaison, les niveaux moyens

    depuis 1992

    3.2 Superficies cultivées

    Les superficies ensemencées en céréales ont augmenté pour atteindre 405 859 hectares, contre une moyenne de 360 000 hectares sur 11 ans depuis 1992 et 344 000 hectares en 2002. Les superficies ensemencées en céréales dans le district de Debub ont atteint le record de 136 592 hectares, et ont bénéficié des importantes distributions de semences de la FAO et d’ONG nationales et internationales. L’amélioration des infrastructures d’irrigation par épandage des crues et 27 inondations localisées, contre une dizaine en moyenne en année normale, ont contribué à l’expansion des superficies cultivées à Sheib dans le district de la mer Rouge du Nord. À Maekel, les superficies ensemencées sont tombées d’environ 33 000 à 22 656 hectares du fait de l’arrivée tardive des pluies qui a fait perdre espoir aux agriculteurs après tant d’années de pluies insuffisantes. Dans quelques sous-districts, dont celui de Ghinda dans la mer Rouge du Nord, faute de pluies, 5 000 hectares n’ont pu être ensemencés en sorgho.

    Dans l’ensemble, en 2003, la superficie ensemencée dans le district de la mer Rouge du Nord est tombée à 13 990 hectares, contre 23 080 hectares en 2002. Dans les districts de Gash Barka et Anseba, les superficies ensemencées en céréales ont été de 187 318 et 45 303 hectares, respectivement, soit beaucoup plus que celles de l’an dernier, de 151 668 et 36 456 hectares, respectivement.

    3.3 Moyens de production et intrants Énergie agricole

    Selon certains rapports, un grand nombre de bœufs seraient morts de faim ou des effets de la sécheresse en 2002 et de nombreux agriculteurs auraient aussi vendu leurs bœufs pour survivre après une série de mauvaises récoltes et aussi parce qu’ils n’avaient pas de fourrage pour les nourrir. Cela a provoqué un grand déficit des disponibilités d’énergie agricole. On a vu des agriculteurs coopérer et partager les bœufs restants pour les labours et le battage. La mission a vu de nombreux exemples d’attelages de quatre ou cinq bœufs, ou même d’une combinaison de bœufs, d’ânes et même de chevaux utilisés pour le battage traditionnel. Cependant, dans la mesure où les sabots des ânes ou des chevaux peuvent entailler la terre battue de l’aire de battage et donc contaminer les grains, ces animaux ne sont utilisés que dans les cas extrêmes où il n’y a pas de bœufs disponibles. Les tracteurs fournis par un donateur bilatéral sont, à crédit, mis à la disposition des agriculteurs qui sous-traitent leurs services à leurs voisins. Dans le district de Gash Barka et dans certaines parties de celui de Debub, on commence à voir apparaître une certaine dépendance à l’égard des tracteurs, ce qui cause souvent des retards dans les semis. Dans le district de Debub, l’utilisation des tracteurs pour la préparation des terres ensemencées en teff ne donne pas les résultats qualitatifs voulus et cause une mauvaise implantation des végétaux. La dépendance croissante à l’égard des tracteurs, compte tenu de la petite taille des exploitations (0,75 hectare en moyenne dans le district de Debub) n’est pas rentable.Main-d’oeuvreOn observe partout des pénuries de main-d’œuvre. La principale cause en est la conscription des hommes pendant de longues périodes. L’armée offre une aide pour les récoltes et les battages, mais l’importance de cette aide est difficile à mesurer. IrrigationOn estime à environ 2 000 hectares la superficie des terres irriguées en Érythrée. Dans le district de Debub, on compte 80 micro barrages, mais leur eau est surtout utilisée à des fins ménagères et pour abreuver les animaux. On trouve de nombreux petits périmètres irrigués par pompage dans les régions de Debub, Anseba et Maekel où l’on produit des pommes de terre, des tomates et d’autres légumes. Cependant, on rapporte que les nappes phréatiques baissent dans de nombreux endroits après trois années ou plus de pluviométrie réduite. Comme on l’a noté plus haut, il serait possible de recueillir de grandes quantités d’eau à des fins d’utilisation par les ménages et pour abreuver les animaux mais aussi, dans les régions appropriées, pour de petits périmètres d’irrigation. Semences

    La sécheresse de 2002 a causé de mauvaises récoltes partout dans le pays et donc une grave pénurie de semences pour la campagne 2003. On estime que 20 pour cent seulement des quelque 16 000 tonnes de semences nécessaires dans le pays ont pu être fournies par les agriculteurs pour la campagne agricole 2003. Un énorme programme d’aide humanitaire sous forme de semences a donc été établi dans le cadre duquel un grand nombre d’exploitants ont reçu plus de 5 600 tonnes de semences fournies par la FAO et par des ONG nationales et internationales.

    Les perspectives de conservation de semences par les agriculteurs sont meilleures en 2003 que l’an dernier, mais dans les régions où la récolte a été entièrement perdue et où les rendements ont été très faibles, il faudra continuer à offrir une assistance importante sous forme de semences. Les exploitants de près de 35 pour cent des superficies en culture devront recevoir au moins 5 600 tonnes métriques de semences de sorgho, de millet d’Afrique, de blé, d’orge, de teff et de pois chiches.

    En outre, dans les régions à moyen potentiel, où les récoltes sont sensiblement meilleures, il faudra mettre en place des campagnes de « protection des semences » dans le cadre desquelles une aide alimentaire ciblée sera fournie aux exploitants vulnérables pour éviter qu’ils ne consomment les semences qu’ils auraient autrement conservées pour des semis ultérieurs. Compte tenu du rôle crucial des variétés de semences adaptées aux aires géographiques des zones agroécologiques souvent fragiles de l’Érythrée, on recommande aussi que les organismes humanitaires commencent immédiatement à acheter, à nettoyer et à stocker de bonnes quantités des variétés adaptées aux conditions locales qui sont actuellement disponibles dans les villages et dans les exploitations avant qu’elles n’entrent dans les circuits commerciaux, où elles sont mélangées à d’autres variétés et perdent ainsi la pureté qui leur est nécessaire pour la culture dans ces régions.

    Ces recommandations sont considérées comme essentielles pour qu’en 2004 les cultures puissent reprendre pour un grand nombre d’exploitants dont l’insécurité semencière prolongerait l’impact des mauvaises campagnes actuelle et passées. Reconnaissant que le potentiel de rendement des semences utilisées généralement par les agriculteurs constitue un obstacle de taille à l’obtention d’une production plus élevée, le Ministère de l’agriculture a adopté, en mai 2002, une politique nationale des semences dont l’objectif principal est de produire et de distribuer des semences améliorées ainsi que des variétés de semences adaptées aux diverses régions.

    Engrais

    La dose recommandée d’engrais pour la plus grande partie du pays est de 100 kg/ha de phosphate diammonique (DAP) et de 50 kg/ha d’urée. Le tableau 1 ci-dessous indique les quantités totales d’engrais distribuées par le Gouvernement érythréen depuis 1992 (chiffres du Ministère de l’agriculture). En 2003, le Gouvernement a distribué 3 507 tonnes d’engrais, dont 2 043 tonnes de DAP et 1 464 tonnes d’urée.

    Tableau 1. Distribution d’engrais (1992-2002) en quintaux (100 kg)

    Type 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
    DAP 5 919 7 225 7 223 10 247 12 778 8 700 16 881 17 127 49 209 41 005 17 458
    Urée 1 871 2 453 2 443 3 886 6 531 6 055 10 798 5 240 23 683 20 994 19 162
    Total 7 790 9 678 9 666 14 133 19 309 14 755 27 679 22 367 72 892 61 999 36 620

    Étant donné que le Gouvernement joue un rôle important dans l’achat et la distribution des engrais, le secteur privé ne s'est pas doté de capacités dans ce domaine. La faiblesse et l’irrégularité des pluies ne permettent pas une absorption normale de ces éléments nutritifs par les plantes dans de nombreuses régions du pays et leur effet sur les rendements n’est pas toujours garanti. Les engrais sont fortement subventionnés en Érythrée et cependant de nombreux exploitants ne peuvent pas en acheter.

    Autres intrants agricoles

    Le Gouvernement érythréen fournit aussi d’autres intrants, tels que des semences et des pesticides, aux exploitants. En 2003, dans le district de Debub, il a fourni au total 15 752 litres de pesticides liquides et 659 kg de pesticides en poudre. Au niveau du pays, les distributions de pesticides se sont montées à 42 652 litres de produits liquides et 2 731 kg de produits chimiques en poudre. Le Gouvernement a également distribué 13 838 outils agricoles.

    3.4  Ravageurs et maladies

    Ravageurs

    Le principal ravageur a été la chenille légionnaire qui a attaqué le sorgho, l’éleusine cultivée, le maïs, l’orge et le millet d’Afrique dans les districts d’Anseba, Gash Barka, Debub et Maekel. Ce ravageur a complètement détruit 10 000 hectares de cultures diverses dans la région de Debub. Il a également causé des dégâts aux rares pâturages des districts de la mer Rouge du Nord et d’Anseba. Les sauteriaux ont été le principal ravageur de la région de Gash Barka, détruisant environ 14 310 hectares. Les hannetons ont aussi causé des dégâts importants dans cette région, et à environ 4 000 hectares de sorgho dans le district de Debub. Les foreurs de la tige, endémiques, ont causé d’importants dégâts aux cultures de maïs et de sorgho dans tous les districts. Les pentatomes sont craints dans la région de la mer Rouge du Nord.

    Maladies

    Les maladies des végétaux n’ont pas posé de problèmes particuliers.

    Adventices

    Striga et la folle avoine sont les deux grandes adventices en Érythrée. Striga est très répandue et cause d’importantes pertes de rendement du sorgho. Le Ministère de l’agriculture essaie de lutter contre cette plante en introduisant des cultures comme le sésame en assolement avec le sorgho.

    La folle avoine est considérée comme un fourrage par les exploitants et elle n’est pas arrachée comme elle devrait l’être. Cela réduit automatiquement les rendements, notamment d’orge et de blé. La mission a vu de nombreux champs de la région de Debub où la folle avoine avait complètement envahi les cultures d’orge et de féveroles.

    Dégâts causés par les intempéries

    La grêle a causé d’importants dégâts dans les districts de Maekel, Debub, Anseba et dans certaines parties de celui de Gash Barka en août. La grêle est souvent tombée au moment de la floraison et elle a détruit les cultures céréalières, notamment celles d’orge et de blé mais endommageant aussi quelquefois celle de maïs. Les pluies tardives d’octobre et du début de novembre ont causé un égrenage catastrophique du teff dans le sous-district d’Adi Kwala, principale zone de production de cette culture, et elles ont endommagé d’autres cultures dans certaines parties de la région de Gash Barka.

    3.5 Production céréalière en 2003

    Le tableau 2 donne les chiffres de la production annuelle de céréales et de légumineuses de 1997 à 2002 ainsi que les estimations pour 2003. Il met en évidence les fortes variations qui existent d’une année à l’autre. La production attendue cette année est très inférieure à la moyenne des 11 années qui ont suivi l’indépendance (187 209 tonnes), mais elle n’en est pas moins près de deux fois plus importante que celle de 2002. On prévoit que la production des légumineuses sera inférieure à la moyenne puisque les précipitations se sont arrêtées plus tôt que d’habitude dans le district de Debub, premier producteur de pois chiches (principale légumineuse cultivée).

    Tableau 2. Production céréalière en Érythrée, 1997-2003 (en tonnes)

    Céréales 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003
    Orge 16 085 56 605 31 835 25 786 44 934 9 736 8 576
    Hanfets 4 504 8 992 8 508 3 197 11 067 1 728 1 313
    Blé 5 131 22 945 19 010 10 579 25 423 2 637 3 442
    Maïs 6 406 28 986 15 899 4 054 9 051 3 008 4 456
    Sorgho 55 316 269 772 207 197 52 370 78 759 28 434 64 061
    Teff 4 150 18 706 13 147 10 415 19 551 3 191 7 161
    Éleusine cultivée 3 156 7 622 5 402 2 716 12 093 865 5 187
    Millet d’Afrique 4 332 44 183 17 829 1 515 18 174 4 931 11 748
    Total 99 080 457 811 318 827 110 632 219 052 54 530 105 944
    Autres cultures céréalières  
    Pois 175 398 581 1 670 1 130 2 797 80
    Pois chiches 492 1 783 2 793 2 972 8 284 225 1 600
    Féveroles 176 659 3 301 1 420 4 022 445 600
    Pois à écosser 364 399 718 722 2 730 3 484 N/A
    Haricots 0 36 36 0 36 0 0
    Lentilles 1 0 272 116 211 110 100
    Total 1 208 3 275 7 701 6 900 16 413 7 061 2 380

    Tableau 3. Superficies en céréales, rendements et production en 2003, par district

      Debub Gash Barka Mer Rouge du Nord Anseba Maekel
      Superf. Rend. Prod. Superf. Rend. Prod. Superf. Rend. Prod. Superf. Rend. Prod. Superf. Rend. Prod.
      (ha) (t/ha) (t) (ha) (t/ha) (t) (ha) (t/ha) (t) (ha) (t/ha) (t) (ha) (t/ha) (t)
    Sorgho 38 793 0,10 3 879 136 379 0,38 51 688 8 420 0,70 5 894 17 311 0,15 2 597 30 0,10 3
    Maïs 9 503 0,40 3 801 636 0,13 83 1 710 0,20 342 1 436 0,15 215 77 0,19 15
    Millet d’Afrique 0 0,00 0 41 513 0,20 8 303 1 400 0,15 210 21 568 0,15 3 235 0 0,00 0
    Éleusine cultivée 22 550 0,20 4 510 4 791 0,13 623 0 0,00 0 293 0,15 44 100 0,10 10
    Blé 11 537 0,20 2 307 386 0,13 50 200 0,15 30 536 0,15 80 6 497 0,15 975
    Orge 20 678 0,25 5 170 2 900 0,12 348 2 225 0,15 334 4 159 0,15 624 14 003 0,15 2 100
    Teff 30 827 0,23 7 090 410 0,13 53 35 0,00 0 0 0,00 0 184 0,10 18
    Hanfets 2 704 0,30 811 303 0,20 61 0 0,00 0 0 0,00 0 1 765 0,25 441
    Total céréales 136 592 0,20 27 568 187 318 0,33 61 209 13 990 0,49 6 810 45 303 0,15 6 795 22 656 0,16 3 562

    Tableau 4. Production céréalière nationale en 2003, par district (en tonnes)

    District Production en tonnes %
    Gash Barka 61 209 57,8
    Debub 27 568 26,0
    Mer Rouge du Nord 6 810 6,4
    Mer Rouge du Sud 0 0
    Maekel 3 562 3,4
    Anseba 6 795 6,4
    Total 105 944 100

    Tableau 5. Superficies cultivées, rendement et production, chiffres nationaux pour 2003, avec, pour comparaison, la moyenne des 11 années précédentes, par culture

    Culture Superficie (ha)
    2003
    Rendement
    (t/ha)
    Production
    2003
    (tonnes)
    Production
    moyenne
    1992-2002
    (tonnes)
    Production
    2003 en % de
    la moyenne
    (1992-2002)
    Sorgho 200 933 0,32 64 061 98 908 64,8
    Maïs 13 362 0,33 4 456 10 971 40,6
    Blé 19 156 0,18 3 442 11 767 29,3
    Orge 43 965 0,20 8 576 26 904 31,9
    Millet d’Afrique 64 481 0,18 11 748 16 656 70,5
    Éleusine cultivée 27 734 0,19 5 187 8 078 64,2
    Teff 31 456 0,23 7 161 10 354 69,2
    Hanfets 4 772 0,28 1 313 3 571 36,8
    Total 405 859 0,26 105 944 187 209 56,6

    Figure 2. Production céréalière 1992-2003

    3.6 Autres cultures vivrières

    Pommes de terre

    Les pommes de terre sont cultivées dans les districts de Maekel, Anseba, Gash Barka et Debub, sur un total d’environ 779 hectares en 2003. Cette culture a cependant besoin d’irrigation pour donner un rendement maximum. Cette année, dans la région de Maekel, la croissance végétative avait bien commencé mais, à cause de l’arrêt précoce des pluies à la fin d’août, la taille et le nombre des tubercules ont été réduits dans de nombreux champs, ce qui va faire baisser sensiblement les rendements.

    Légumineuses

    Le tableau 6 (ci-dessous) donne les superficies cultivées en légumineuses.

    Tableau 6. Érythrée: superficies des cultures des principales légumineuses en 2003 (en ha)

    District Pois
    fourragers
    Poischiches Haricots Féveroles Lentilles Vesce Superficie totale
    Debub 423 18 432 0 3 897 562 8 549 31 863
    Gash Barka 0 28 13 56 18 0 115
    Maekel 45 1 706 131 0 37 0 1 919
    Anseba 0 126 36 88 0 0 250
    Mer Rouge du Nord 0 0 0 60 0 0 60
    Mer Rouge du Sud 0 0 0 0 0 0 0
    Total 468 20 292 180 4 101 617 8 549 34 207

    Les pois chiches sont de loin la légumineuse la plus importante. Cette culture qui résiste bien à la sécheresse est semée en août-septembre à la fin des pluies kremti. Cette année, les pluies se sont terminées à la mi-août, ne laissant guère d’humidité résiduelle pour la culture des pois chiches. De nombreux semis dans les districts de Debub et de Maekel, principales zones de culture du pois chiche, n’ont pas germé et on estime le rendement inférieur à 0,1 tonne/ha.

    Oléagineux

    Le principal oléagineux est le sésame, qui est cultivé sur un total de 28 027 hectares uniquement dans le district de Gash Barka. Cette culture était en bon état et devrait avoir un rendement moyen. À la différence de la plupart des autres plantes cultivées en Érythrée, il existe un marché pour le sésame. Les autres oléagineux sont le lin et l’arachide, qui couvrent une superficie totale de 789 hectares, dont 562 hectares (71 pour cent) dans le district de Debub. Du fait de l’arrivée tardive des pluies et de leur courte durée, les cultures de lin sont clairsemées et on ne s’attend pas à de bons rendements.

    3.7 Élevage

    Systèmes d’élevage

    Effets des conditions météorologiques saisonnières sur l’élevage

    Aucun recensement du cheptel n’a été réalisé en Érythrée récemment: les dernières informations remontent au recensement mené par le gouvernement en 1997. Les fortes pertes enregistrées en 2002 peuvent avoir réduit l’augmentation du cheptel que l’on avait enregistrée pendant la période 1997-2001. Le tableau 7 ci-dessous donne les estimations actuelles du nombre de têtes.

    Table 7. Chiffres estimatifs du cheptel en Érythrée en 2003

    Région Bovins Ovins Caprins Chameaux
    Anseba 218 923 124 300 620 023 25 266
    Debub 490 093 614 069 706 409 19 382