Page précédente Table des matières Page suivante


Chapitre VI
LA COMMUNICATION TRADITIONNELLE DANS LA SOCIÉTÉ NIGÉRIENNE


Au commencement était la parole. Toute société est d’abord passée par l’oralité. Quand deux personnes veulent établir une communication, lorsqu’elles sont proches l’une de l’autre, elles emploient la parole sans déployer de grand efforts. Quand elles sont éloignées dans une distance restant toujours à portée de voix, elles crient en usant les paumes des deux mains pour amplifier la voix.

Mais dès l’instant où les deux personnes en question sont très éloignées, il existe des moyens particulièrement efficaces pour établir une liaison entre elles:

D’autres moyens d’information existent dans cette société. Nous citerons par exemple:

Quels que soient les moyens de communication qu’il utilisait, l’informateur participait activement à la vie de la cité ou du village.

Tout comme le reporter, le griot de la cour est un témoin ou un enquêteur. Il assiste aux événements prévus, il s’efforce de rétablir la succession des faits d’un événement et il ne doit des comptes qu’à son chef coutumier et non à une quelconque administration. Avec l’arrivée de la colonisation, l’autorité coutumière a été privée de toutes ses prérogatives et le griot transformé en un simple animateur de foules et faiseur de louanges. La modernité a suivi l’évolution de la technologie et les techniques médiatiques ont largement contribué à la dévalorisation du rôle du griot dans le système communicationnel. Certains hommes politiques, pour assouvir leur soif de l’intrigue, ont utilisé des griots à des fins hypocrites. Ainsi, ayant pris goût au jeu, certains griots ont préféré la prostitution à la préservation de leur propre dignité. Le processus de la démocratisation, quant à lui, a servi de voie nouvelle pour l’exploitation du griot dans le cadre des campagnes politiques des élections présidentielles et législatives. Au nom de la Démocratie, le griot ne se soucie plus de son honorabilité et s’est laissé dévorer par la fièvre de l’argent, ce qui le dépouille complètement de sa dignité.

A - La littérature orale

LE CONTE

Le conte est un récit de faits d’envergure imaginaire destinés à amuser ou à instruire en amusant. Il existe plusieurs sortes de contes:

Comme le souligne Thomas Melone: «En Afrique, la tradition orale est d’abord une performance théâtrale. Le conte est une métaphore de la condition humaine. Au-delà d’une simple histoire d’animaux, de végétaux, de génies et d’humains se joue le drame quotidien de la vie de l’homme».

Dans le domaine du conte, des écrivains comme Boubou Hama, Mariko Kélétigui, Claude Coppe, Adamou Garba, Jacques Pucheu et Tersis Nicole, des institutions comme le Centre d’études linguistiques et historiques par tradition orale (CELHTO), l’Institut de recherche en sciences humaines (IRSH), les chancelleries comme celle de l’Ambassade d’Allemagne, ont contribué à fixer par écrit ce genre littéraire.

LES DEVINETTES

Par des interrogations posées aux enfants sous forme de devinettes, les adultes incitent à la réflexion, obligent à un effort personnel pour accéder à la connaissance et stimulent l’intelligence.

A part les publications de l’INDRAP, il n’y a presque pas de documentation écrite dans ce domaine. Tout reste encore oral. Cependant, il y a lieu de signaler que cette tradition est en train de subir une négligence, voire un abandon dans les villages, ce qui, si on n’y prend garde, risque de porter préjudice à ce moyen de communication, élément de la culture nigérienne.

LES PROVERBES

Les proverbes peuvent être définis comme une vérité d’expérience ou conseil de sagesse pratique et populaire, communs à tout un groupe social, exprimés en une formule elliptique généralement imaginée.

1) Haoussa

in ruwanka ba su isheka wanka ba, i gurmude.

Traduction: «Si ton eau ne te suffit pas pour te laver, fais ta toilette».

rishin sani ya hi dare duh.

Traduction: «L’ignorance est plus sombre que la nuit».

Autrement dit, celui qui ne connaît pas est aveugle.

2) Kanouri

in gawuré kanyé duringima jatchinba balé durikambé

Traduction: «La queue de la chèvre ne ferme pas son sexe, à plus forte raison celui de quelqu’un d’autre».

Autrement dit, que chacun s’active selon ses moyens, ne vous créez pas de problèmes quand vous n’avez pas les moyens de les résoudre.

3) Touareg

amagal in matt toinane maggane

Traduction: «Si tu veux qu’on ne le dise pas, ne le fais pas».

adarague wir imill issalane.

Traduction: «L’ignorance n’instruit pas».

L’ART DE PARLER

C’est une technique qui consiste à exercer les jeunes dans l’art de parler rapidement avec beaucoup de mots, en faisant des rimes à la fin de chaque mot.

Aussi, cet exercice a-t-il pour but de former les enfants à un jeu de mots, au calcul mental, à une bonne diction dans la prononciation des mots dans le parler courant. Dans la société haoussa par exemple, cette méthode est un moyen d’éducation et de contrôle de niveau d’âge des jeunes gens et jeunes filles.

La finalité de cet art est d’amener les enfants, dès l’âge de sept ans, à développer leur instinct d’orateur en parlant rapidement, avec dextérité et une bonne diction dans la communication. Ce qui, au demeurant, développe leurs facultés mentales.

Exemples

tantabara tara, koye tara, da tara, zasu ari tara in da mutun tara, ke magana tara

Traduction: neuf pigeons, neuf œufs, neuf petits pigeons, vont se rendre à neuf villages, où neuf personnes font neuf phrases.

na taka dutsi bongol bongol, na yi carap, na yi ca, na yi carap da tsuwayan ragon baba na layya

Traduction: «J’ai grimpé une montage en tremblant et j’ai chuté, puis j’ai attrapé les testicules du mouton que mon père va sacrifier».

LES PAROLES CODÉES

Dans chaque groupe ethnolinguistique, certaines personnes ont poussé loin leur imagination et ont inventé un code leur permettant de se parler sans que le grand nombre ne saisisse le sens des phrases. Dans tout ou presque tous les groupes ethnolinguistiques du Niger, on trouve ce langage qu’il est convenu d’appeler paroles codées, ou langage idiomatique, ou encore langue renversée.

Chez les Haoussa

Dans l’arrondissement de Madarounfa, on emploie le mot Maranci pour dire «la parole codée», burkitattar magana pour dire «paroles renversées» ou encore l’expression karya halshe qui signifie «tourner la langue».

Dans la région de Tahoua, les Adéraoua emploient le Maranci. A Matamèye, dans le département de Zinder on dit zauranci

Exemple de paroles codées en pays haoussa:

Paroles dites
normalement

Paroles codées

Traduction en Français

1) Ina kwana

Man’nin kiyani

Comment vas-tu?

2) Yarinya ina zaki

Ya darin diyada, idi na zaki

Jeune fille où vas-tu?

3) Ina zaka

I dina da zada kada

Où vas-tu?

4) Ina zaka je

I bina zaba kaba

Où vas-tu?

Chez les Kanuri

A N’Guigmi dans le département de Diffa, c’est par le terme talamgaratu que les Béri Béri désignent les paroles codées.

Les Kanuri de Maïné eux, disent Ansamgui. Malheureusement, ce langage ayant disparu, nous n’avons pu recueillir des exemples.

Chez les Touareg:

L’expression tagun’nugan ou «tournure de la langue», désigne les paroles codées dans la région d’Agadez.

Exemple de paroles codées touareg:

Paroles dites
normalement

Paroles codées

Traduction en Français

Al har ghass

A kal hakas ga sak

Je me porte bien

Chez les Zarma-Songay

Cirosanni veut dire étymologiquement «langage des oiseaux». Ce vocable désigne aussi l’ironisation de la langue zarma-songay comme moyen de communication entre les jeunes garçons et les jeunes filles dans les villages les plus reculés du Zarmaganda et du Zarmataray. La compréhension de ces paroles codées est beaucoup plus aisée chez les jeunes qui jouissent de la langue littéraire zarma-sonray.

Exemple de paroles codées en pays haoussa:

Paroles dites
normalement

Paroles codées

Traduction en Français

1) Ai nigz nigz ne

Ay ne ay ga bay ma ne ne se

J’aimerai te dire

2) Ay nigz nigz ma

Ay ne ay go ga ma ni se

Je t’écoute

3) Ay kizi baza dezise zan nizi nizi seze, nizi gaza maza

Ay ki ba da ai salam ni se ni ga ma

Je te demande, si je te parle, tu comprends?

4) Malfa milfi nolfo ne in golfo kolfan

Mam ni go koy

Où vas-tu?

5) Koyin niima

Mano ni go koy

Où vas-tu?

6) Idri fodro nodro

I fono

Qu’est-ce que c’est?

7) Ni go niba

Ni go bani

Comment vas-tu?

8) Ni ba massa massai

Ay go bani samai

Je me porte bien.

LE THÉÂTRE

Sans entrer dans des considérations hautement scientifiques, nous pouvons définir le théâtre comme la représentation par le jeu de ce que les gens font. Si cela est bon, il s’agira de les amener à continuer et de les faire cesser dans le cas contraire. S’agissant du théâtre nigérien, Inoussa Abdou écrit «Le théâtre nigérien est sociologique, alors la thématique portera sur l’histoire et la tradition, la critique sociale, la propagande politique et l’intervention comme sources d’inspiration». Les thèmes ont donc trait à la reconversion des mentalités jugées surannées en vue d’asseoir une société harmonieuse par l’éducation et la critique, et parvenir à une évolution morale et sociale.

Les types de théâtre

Le théâtre nigérien est organisé en trois types: scénique, radiophonique et télévisuel:

LES FORMES DE THÉATRALITÉ ADDITIONNELLE

Chaïbou Dan Inna parle de théâtralité en ces termes: «Toutes les formes de représentativité supposent avant tout l’acte, le jeu d’un ou de plusieurs individus (acteurs) représentant devant un public les actions réelles ou imaginées de personnages réels ou fictifs dans le but de plaire, d’enseigner».

Dans le cas précis de la communication traditionnelle, nous avons choisi les fêtes et rites afin d’illustrer cette approche pour faire la différence avec le théâtre moderne.

Fêtes

La fête a, dans les sociétés africaines, un aspect communicatif non négligeable. Dans la société nigérienne, on assiste souvent à des fêtes divinatoires, une sorte de représentation directe des événements du monde invisible par des acteurs (initiés) parlant et agissant devant le public. Ici s’instaure la distinction entre les rites d’initiation, les rites d’imploration et les cultes de possession. Cette distinction a été esquissée par plusieurs chercheurs à ces deux différences près que d’une part, les uns dénient au culte de possession le défaut d’initiation et que, d’autre part, ils tiennent compte des aspects de représentation directe (dialogues et gestuelles) que peut comporter le rite d’imploration.

Pratiques religieuses

Le panthéon animiste est variable selon les zones géographiques du pays; la dénomination des dieux peut changer d’une contrée à une autre, mais il remplissent un peu partout des fonctions identiques et ils sont l’objet du même culte.

La communauté villageoise organise en effet des fêtes pour honorer les dieux et se les rendre favorables. Les individus peuvent ainsi œuvrer pour le bien-être de la collectivité.

Les génies se chargent de protéger les hommes et les récoltes, le bétail contre les maladies et les fléaux, de rendre les pluies abondantes, etc.

Toujours dans le sens de l’intérêt de la communauté, les dieux aident la cité à se prémunir des esprits malfaisants qui entrent dans la cité pour y propager les fléaux.

Les fêtes et rites identifiés sont des formes de théâtralité traditionnelle qui présentent un intérêt dans la communication traditionnelle. Leur théâtralité tient autant à leur contenu qu’à la manière dont ils sont présentés.

B - Les autorités coutumières et le fonctionnement de la communication traditionnelle

LES CHEFS TRADITIONNELS

Sous l’autorité du chef traditionnel, les griots de la cour, les leaders d’opinion voyagent beaucoup. Ils le font par nécessité beaucoup plus que par plaisir.

Ce sont les intérêts coutumiers et sociaux qui les poussent le plus souvent à affronter les dangers à dos de chameau, à dos d’âne et à cheval. Lorsqu’ils ne voyagent pas pour colporter les informations, griots et marabouts se déplacent pour des raisons religieuses, comme la visite d’un chef coutumier chez un devin ou un imam, pour des raisons politiques, comme le déplacement d’un chef de guerre. On connaît plusieurs histoires d’exilés, aussi bien par des contes que par des légendes.

Les griots de la chefferie coutumière ont, depuis l’antiquité, commencé à voyager par curiosité, pour s’instruire ou pour instruire les autres. C’est le cas des leaders d’opinion qui vont de ville en ville proposer leur enseignement. Les griots, eux, se déplacent pour savoir comment vivent les gens à l’extérieur ou bien ce qui se passe dans les autres régions. A travers ces griots s’est développé un véritable tourisme qui deviendra commun avec le temps. Les leaders d’opinion, les griots de castes deviennent ainsi ce qu’ils sont par excellence, c’est-à-dire des colporteurs de nouvelles, des vendeurs d’histoires et des donneurs d’enseignements.

Ils sont entièrement pris en charge par leurs chefs coutumiers respectifs. En contrepartie, ils livrent à ces chefs tous les secrets qu’ils ont rapportés et se refusent de les révéler à quelqu’un d’autre, sauf autorisation de la chefferie traditionnelle, c’est-à-dire l’autorité coutumière relevant de la cour. Aujourd’hui encore, dans les villes comme dans les villages, les chefs traditionnels ont le contrôle et le monopole de l’information.

Aucun griot, aucun leader d’opinion n’est autorisé à divulguer une information sans l’accord du chef.

LES ASSOCIATIONS DE JEUNESSES VILLAGEOISES

La samaria ou samarta est une association qui regroupe tous les jeunes au niveau d’un village, mais c’est aussi un mouvement dont le principe de base reste un état d’esprit de groupe et de cohésion de la collectivité et, partant, un facteur important pour la consolidation de la nation, un facteur de développement et de changement.

Au Niger, la samaria a une existence nationale. Elle était fortement hiérarchisée et caractérisée par son esprit communautaire et le respect des valeurs et des coutumes traditionnelles; la formation des jeunes était assurée par la famille et la samaria. Celle-ci était une structure transitoire entre la famille et le village où le jeune percevait son rôle et sa place dans la communauté.

L’organisation de la samaria est à l’image de la cour du chef et, mieux encore aujourd’hui, une structure organisée de toute une collectivité. L’élection des bureaux de la samaria se fait par vote de façon démocratique. Après une campagne de sensibilisation, l’ensemble de la collectivité met en place une structure organisée où chaque responsable joue un rôle précis. Chaque samaria est dirigée par un sarkin samari secondé par une djermakoye ou magajia désignés par la communauté villageoise, et des dignitaires choisis par les jeunes.

Pour plus de conformité, on cherche à ce que le rôle s’adapte bien à l’individu. Par exemple, le serkin noma (chef des cultures) sera le jeune homme du village qui a le plus d’ardeur dans les travaux champêtres, le sarkin boula le jeune le plus propre.

LE TÉLÉPHONE NOMADE

Le téléphone nomade est l’un des moyens les plus fiables de communication chez les nomades (toubou, arabe, touareg, peulh). Ce procédé est très ancien et son origine se perd dans la nuit des temps. En effet, les nomades ont un système efficace pour se transmettre les nouvelles. Coupés des villes urbaines et ne disposant pas de moyens de déplacement rapides, à part le chameau, l’âne et très rarement le cheval, les Toubou nomades ont choisi comme moyen de communication ce qu’il est convenu d’appeler le «bouche-à-oreille». Les croisements de chemins, les points d’eau, les cérémonies de mariage et de baptême sont les meilleurs lieux et occasions de se donner les nouvelles.

La mobilité du nomade ou véhicule de l’information est à l’origine de l’expression téléphone nomade. Dans un village distant de 50 km par exemple, on apprend une nouvelle angoissante qui plonge tout le monde dans une grande perplexité. Au petit matin, un nomade habitant ce même village rencontre un autre nomade sur un carrefour et lui annonce la nouvelle. Celui-ci voit un autre et lui transmet le même message; de façon progressive, cette nouvelle va être rapidement véhiculée. Qu’il s’agisse d’une bonne ou mauvaise nouvelle, le procédé reste le même.

LES SECRETS DES CASTES

Dans beaucoup de sociétés africaines, on définit la sorcellerie comme étant une science nègre qui consiste à manger les âmes. On appelle donc sorcier un mangeur d’âmes. Il y a certes des sorciers jeteurs de sorts et faiseurs de miracles, mais il y a les vrais sorciers dont le rôle consiste à développer la science de la protection de l’âme, la guérison mystérieuse des maladies que la science des blancs n’arrive pas à détecter.

La deuxième catégorie de sorciers détient tous les secrets de la protection et de la guérison. Elle représente dans nos sociétés le corps médical, chargé de consulter les malades et de leur prescrire les produits nécessaires à leur guérison.

Le sorcier ou sorcière du village a pour mission de consulter n’importe quel habitant du village en cas de maladie. Comme le toubib chez le blanc, le sorcier prescrit au malade, après avoir détecté la maladie dont il souffre, le ou les produits pour sa guérison. Il connaît les antidotes, un autre pouvoir qui lui permet de neutraliser le mal; très souvent, il renvoie le même mal à l’envoyeur. Quand un malfaiteur jette un mauvais sort à quelqu’un par exemple, on fait appel au sorcier du village pour sa neutralisation immédiate. Il est aussi détenteur des incantations bénéfiques et maléfiques. Les incantations bénéfiques, il le fait pour protéger une âme. Les incantations maléfiques, il les fait contre une personne qui tient à l’humilier ou qui tente de le dépouiller de son pouvoir occulte.

Chez les Soninkés par exemple, il existe ce qu’il est convenu d’appeler la communication par la sorcellerie. Par exemple: «A supposer que je sois présentement à Washington et que je sois capturé par des malfaiteurs pour être tué. Les battements de mon cœur agissent sur ma mère et tous ceux qui ont bu le même lait maternel que moi. A l’aide d’une tige et d’une chaussure renversée, la personne en possession vole à la vitesse d’une fusée à mon secours. Toute l’opération dure tout au plus trente secondes. Imaginez un peu la distance de mon village à Washington».

Outre la communication par la sorcellerie, il y a ce qu’on appelle la «mort-minute». C’est une opération qui consiste à donner la mort en une fraction de secondes à une personne qui se trouve à des milliers de km. Cette tuerie se fait à l’aide d’une aiguille ou à l’aide d’un petit fusil traditionnel. On fait des incantations face à une calebasse pleine d’eau. On se saisit de l’aiguille, on prononce le nom de l’intéressé et on jette l’aiguille dans l’eau comme on décoche une flèche. De façon instantanée, la personne s’effondre où qu’elle se trouve. Il en va de même pour le fusil magique. On le braque dans le ciel, on fait les incantations, on prononce le nom de la personne et aussitôt on appuie sur la gâchette. On a la même réaction; la personne visée tombe où qu’elle soit et meurt sur le champ.

LA MUSIQUE RÉCRÉATIONNELLE ET DE COURTOISIE DES JEUNES GENS ET DES JEUNES FILLES

Les jeunes de treize à quinze ans ont leur activité musicale spécifique dont le répertoire n’est plus comme dans la musique enfantine, car c’est à partir de ces âges que se révèlent en eux des sentiments d’amour: l’envie d’aimer, d’être aimé et de se faire aimer. C’est aussi l’âge des fiançailles, des concurrences et rivalités entre groupes d’âge dans un but récréationnel, éducatif et culturel.

C’est donc à travers la musique que se manifestent ces états d’âme, surtout dans les villages ayant encore gardé les traditions culturelles. Organisés en associations villageoises de jeunesse, les jeunes filles et jeunes gens invitent souvent des musiciens professionnels spécialisés qui jouent pour eux. Dans leurs chants, les griots chantent les louanges et les devises de tel ou tel en incluant le nom de sa fiancée, de son ami, etc. Les jeunes exécutent des danses mixtes ou individuelles, et chacun s’efforce de montrer ses performances et de s’exhiber par des dons ostentatoires. Pour certains, c’est même l’occasion de faire leur déclaration d’amour en invitant la fille convoitée à venir danser ou encore en demandant aux griots de chanter son nom ou la satire de son fiancé.

LE GRIOT «MASS MEDIA»

En matière de communication, langage et parole sont des entités de base. Il est donc tout à fait naturel de constater que c’est à partir d’un procédé de communication orale que se sont développées en un temps au Niger les structures d’information et de communication (griot annonçant aux habitants sur une place publique une information, un événement). L’apparition des griots et de la littérature orale donne donc un aspect nouveau à l’information et multiplie sa puissance. Le griot voyage parfois là où un chef l’a expressément envoyé diffuser nouvelles et idées. Parfois, il se déplace de sa propre initiative selon les occasions de rencontre qu’il pressent, selon les cérémonies où il pourra obtenir des cadeaux. Habitué à prendre la parole, le griot est habile à rassembler un auditoire, à toucher par conséquent un public large et varié.

L’éloquence, la poésie, la musique vont accroître la puissance des informations diffusées par le «griot mass media». Grâce à ces arts, les choses se fixeront mieux dans les esprits et prendront une coloration effective susceptible de modifier totalement le contenu du message transmis.

La puissance mobilisatrice de l’information du griot se trouve ainsi multipliée et la durée de son efficacité est prolongée grâce à l’habileté du griot, musicien habile et poète estimé. L’apparition des médias modernes, radio (ORTN), journaux (Sahel, Sahel-hebdo, etc.) à plus large diffusion, a relégué le griot à un second plan. Dépositaire de la tradition orale et historique de sa communauté, le griot est attaché à une cour seigneuriale, à un maître dont il chante les louanges. Et, c’est là qu’apparaît son lien avec le pouvoir politique traditionnel.

RECOMMANDATIONS

AU GOUVERNEMENT

Pour permettre aux griots d’assurer pleinement leur rôle de communicateur, le gouvernement doit veiller à la stricte sauvegarde de leur crédibilité. Il doit en outre prendre des dispositions pour que soit dépolitisé le métier du griot car, comme le dit un adage: «un griot n’a pas parti, il est de toutes les parties».

AU BUREAU NIGÉRIEN DU DROIT D’AUTEUR (BNDA)

Pour corriger les nombreuses lacunes constatées sur les fiches d’identification de ses adhérents, particulièrement celles qui fournissent peu de détails, le BNDA doit penser à améliorer l’élaboration des fiches susceptibles d’apporter le maximum d’informations sur les artistes.

AU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

Le Ministère de l’intérieur doit apporter le soutien financier nécessaire aux chefferies traditionnelles afin qu’elles réorganisent les prestations des musiciens de cour qui sont des véritables détenteurs et gardiens de la communication traditionnelle.

AU MINISTÈRE DE LA JEUNESSE, DES SPORTS ET DE LA CULTURE

Au regard de sa mission essentielle, celle du rayonnement de la culture nigérienne à laquelle ce ministère s’emploie activement, il lui est recommandé d’appuyer, en collaboration avec le Ministère de la communication, l’action de l’UNICEF en procédant à la collecte systématique des outils de la communication.

La samaria étant un facteur de mobilisation et de participation active de la jeunesse au développement, il est recommandé sa réhabilitation par le Ministère de la jeunesse.

À L’ORTN

Etant donné les fonctions didactiques essentielles et de communication efficace du théâtre en général, et du théâtre radiophonique en particulier, il est recommandé à l’ORTN de veiller à la conservation univoque et pérenne des bandes d’enregistrement du théâtre radiophonique des troupes de Zinder et de Niamey, vouées à la destruction ou à tout éventuel effacement.

En conclusion, il est souhaité que soit réhabilitée l’émission «A l’heure du conte», pour le bonheur du public et que l’ORTN apporte son aide à l’UNICEF et à la FAO pour élaborer une politique nationale de communication.

Les débats sur les moyens traditionnels de communication doivent être organisés avec les hommes de culture, des traditionalistes, des chercheurs, des leaders d’opinions, etc.

À L’ORTN ET AUX RADIOS PRIVÉES

Au regard de la mauvaise présentation des registres de la régie d’antenne, il est recommandé à l’ORTN et aux radios privées de revoir leur méthode de présentation de musique, en particulier le nom de la musique, le nom du groupe et le nom de l’artiste qui doivent servir d’identité musicale.

Il est important donc d’assurer, par l’information, la sauvegarde de tout moyen de communication sonore et visuelle.

À L’AMBASSADE D’ALLEMAGNE AU NIGER

Une note de félicitations particulière est adressée à l’endroit de l’Ambassade d’Allemagne au Niger pour avoir bien voulu publier quatre ouvrages sur les contes nigériens.

Aussi, il est recommandé à cette ambassade de s’intéresser à la talentueuse conteuse de Diffa, la nommée Gaptchia en l’encourageant en outre vivement à poursuivre les publications vivant à développer la tradition orale du Niger.

AU MINISTRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE

Au Ministre de l’éducation nationale, il est recommandé de penser opportunément à l’introduction de l’enseignement artistique (les contes et les proverbes notamment) dans les programmes d’enseignement scolaire


Page précédente Début de page Page suivante