SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D’ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET

DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN HAÏTI

12 janvier 2005

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Faits saillants

  • Malgré le temps sec qui a prévalu dans le Nord-Ouest et des inondations survenues en certains endroits aux mois de mai et de septembre, les précipitations ont été suffisantes et bien réparties.
  • La production céréalière de 2004 est estimée à 395 000 tonnes, soit une hausse de 9 pour cent environ par rapport au volume de l’an dernier et 6,5 pour cent de plus que la moyenne des cinq dernières années. La production de maïs a considérablement augmenté, tandis que pour le riz, les rendements et la superficie ensemencée ont continué de diminuer du fait de l’entretien insuffisant des réseaux d’irrigation, du manque de main-d’oeuvre et de la faible utilisation des intrants chimiques.
  • Fin septembre, la tempête tropicale Jeanne a frappé les départements septentrionaux de l’Artibonite et du Nord‑Ouest, entraînant des pertes en vies humaines et causant des dégâts importants à l’infrastructure urbaine et aux cultures de bananes et de légumes. Les cultures de paddy et de sorgho n’auraient subi que des pertes légères.
  • L’état déplorable de plusieurs routes et l’insécurité qui caractérise le pays depuis le début de la crise politique affectent sérieusement l’acheminement des récoltes vivrières des régions productrices à destination des principaux marchés urbains. Par suite de cette fragmentation du marché, les prix des aliments varient considérablement d’une région à l’autre.
  • Les besoins d’importations céréalières pour la campagne de commercialisation 2004/2005 (juillet/juin) sont estimés à près de 544 000 tonnes, soit un volume très proche de celui de l’année précédente, dont 437 000 tonnes devraient être importées par voie commerciale, y compris du riz et du maïs provenant d’importations non officielles de la République dominicaine.
  • Avec près de 78 000 tonnes d’aide alimentaire déjà reçue et distribuée, le déficit céréalier non couvert est estimé à 36 000 tonnes.

1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s’est rendue en Haïti du 4 au 22 octobre 2004 pour estimer la production céréalière de 2004 ainsi que les besoins d’importations céréalières pour la campagne de commercialisation (juillet/juin). Des responsables du Ministère de l’agriculture ont prêté leur concours à la Mission dans la capitale et sur le terrain. En particulier, l’organisme national chargé de la sécurité alimentaire, à savoir la "Coordination nationale de la sécurité alimentaire" (CNSA), a participé activement aux tâches administratives et aux activités sur le terrain et a fourni des renseignements détaillés sur la situation alimentaire actuelle et future.

Dans la capitale, la Mission a interrogé le personnel de la CNSA, du Ministère de l’agriculture, du Ministère de l’économie et des finances, du Ministère de l’éducation, de la Commission européenne, des Nations Unies et d’autres organisations internationales et bilatérales ainsi que de plusieurs ONG. Parallèlement, la Mission a recueilli des données et des documents aux niveaux national et départemental sur les derniers indicateurs macro-économiques, des études de base sur la sécurité alimentaire, les conditions météorologiques qui ont prévalu pendant les campagnes agricoles de 2004 et les bulletins périodiques d’alerte rapide. Ces renseignements ont été complétés sur le terrain par des entretiens avec le personnel des "Directions départementales agricoles" (DDA) du Ministère de l’agriculture, des spécialistes de vulgarisation agricole, des agronomes, des agriculteurs, des chefs de communauté, le personnel d’ONG locales et internationales, d'hôpitaux, d'écoles et de projets de développement parrainés par des donateurs.

Après une séance d’information initiale, la Mission a coopéré étroitement avec le personnel de la CNSA, lequel a mené quelque cent‑soixante entretiens avec des agriculteurs dans neuf départements géographiques. La Mission a organisé une formation d’une demi-journée à l’intention de représentants de la CNSA dans chacun des départements géographiques en vue d’examiner le questionnaire à utiliser dans le cadre des entretiens sur le terrain. Les 11 jours suivants ont été consacrés à la visite de six départements, à savoir, les départements de l’Ouest, du Sud‑Est, du Sud, de l’Artibonite, du Centre et du Nord. La Mission s’est beaucoup déplacée sur le terrain pour observer et évaluer les récoltes sur pied; elle s’est entretenue avec les exploitants agricoles au sujet de leur expérience et de leur évaluation de la première campagne agricole de 2004 (allant de mars/avril à juin/juillet), ainsi que de leur sentiment vis‑à‑vis de la deuxième campagne en cours (allant d’août/septembre à novembre/décembre) et des niveaux de sécurité alimentaire. Des marchés ont été visités afin d’observer quels étaient les produits de base disponibles et les prix en vigueur. Malheureusement, la détérioration récente de la situation sur le plan de la sécurité en certains endroits de Port‑au‑Prince a empêché la Mission de se rendre chez les principaux négociants céréaliers du secteur privé. La Mission s’est toutefois déplacée jusqu’à la frontière avec la République dominicaine pour examiner avec la population locale les échanges informels qui se déroulent le long de cette frontière.

En 2004, la première saison des pluies a débuté en mars, dans les départements du sud, puis s’est poursuivie dans le nord. Au cours de ces deux saisons, les pluies ont été bien réparties et suffisantes dans la plupart des régions productrices et ont eu des effets positifs sur les superficies ensemencées et les rendements, notamment en ce qui concerne le maïs. Toutefois, l’année 2004 a été caractérisée par deux inondations importantes qui ont entraîné la perte de vies humaines et gravement endommagé les infrastructures urbaines et rurales, les cultures et le secteur de l'élevage. La première inondation a eu lieu pendant la première campagne fin mai et a affecté les environs de la ville de Mapou dans le département du Sud‑Est, près de la frontière avec la République dominicaine, ainsi que la ville de Fond‑Verrettes dans le département de l’Ouest. Le second phénomène météorologique s’est produit pendant la saison des ouragans, fin septembre, époque à laquelle la tempête tropicale Jeanne a violemment frappé la ville de Gonaïves, dans le département de l’Artibonite, et la Vallée des Trois Rivières, dans le département du Nord‑Ouest. Ces deux inondations ont entraîné des pertes de récoltes en certains endroits, essentiellement de bananes et de légumes, avec de moindres pertes pour le paddy et le sorgho, ce qui a accru l’insécurité alimentaire de la population locale. Ces deux catastrophes ont causé un nombre élevé de décès (près de 5 000 personnes).

La Mission a estimé la production céréalière nationale (maïs, sorgho, mil et riz) de 2004 à 395 000 tonnes, soit 8 pour cent de plus que l’année précédente et 6 pour cent de plus que la moyenne des cinq dernières années. La production de maïs est estimée à 240 000 tonnes, soit une hausse de 17,5 pour cent par rapport à 2003. Cet accroissement est dû essentiellement aux grandes superficies ensemencées à la suite des prix satisfaisants enregistrés en 2003 et aux effets positifs des bonnes saisons des pluies de 2004 sur les rendements. En revanche, la récolte de paddy serait, selon les estimations, inférieure de 10 pour cent à celle de l’an dernier, atteignant 64 000 tonnes (riz usiné), en raison d’une baisse des rendements par suite de l’entretien insuffisant des réseaux d’irrigation. La production de sorgho/mil a aussi diminué de 4,4 pour cent pour s’établir à 91 000 tonnes.

La production de légumineuses, la principale source de protéines dans le régime alimentaire local, est estimée à 62 000 tonnes, soit 8 pour cent de moins qu’en 2003, par suite essentiellement de l’impact négatif des pluies abondantes tombées après l’ouragan Ivan et la tempête tropicale Jeanne pendant la récolte des cultures de deuxième campagne (ensemencées en août) dans les hautes terres des départements du sud. En revanche, les pluies abondantes ont été bénéfiques pour la production de tubercules (par exemple, manioc, patates douces et ignames). Les productions industrielles comme le café et la canne à sucre continuent à fléchir par suite de la faiblesse des cours et sont souvent remplacées par les légumineuses dans les hautes terres et le paddy dans les plaines irriguées.

En règle générale, les prix des aliments fluctuent tout au long de l’année, avec des cours plus bas à l’arrivée de la nouvelle récolte et un accroissement progressif des prix jusqu’à la rentrée de la récolte suivante. Toutefois, à l’époque de la Mission, les prix du paddy et du sorgho à la production avaient augmenté en 2004 par rapport à la même époque l’an dernier, tandis que le prix du maïs avait baissé. Cette chute du cours du maïs, de 20 à 50 pour cent dans différents départements, résulte essentiellement de l’excédent de production en de nombreux endroits du pays et des problèmes de sécurité qui empêchent l’acheminement des marchandises vers les principaux marchés urbains, essentiellement la capitale Port‑au‑Prince où l’on signale un accroissement des prix à la consommation des denrées alimentaires.

Les besoins d’importations céréalières totaux pour la campagne de commercialisation 2004/2005 (juillet/juin) sont estimés à 544 000 tonnes, ce qui représente près de 60 pour cent de l’utilisation totale, dont 250 000 tonnes de riz, 287 000 tonnes de blé et de farine de blé et 7 000 tonnes de maïs. Selon les estimations, 437 000 tonnes environ de céréales seront achetées par voie commerciale, y compris du riz et du maïs provenant des échanges informels effectués le long de la frontière avec la République dominicaine. Le déficit céréalier non couvert pour la campagne de commercialisation 2004/2005 devrait s’établir à 103 000 tonnes environ.

2. CONTEXTE SOCIO‑ÉCONOMIQUE

La République de Haïti occupe pour un tiers l’île d’Hispaniola, située entre la mer des Caraïbes et l’océan Atlantique nord. L’île est située sur la principale trajectoire des ouragans et est exposée à des tempêtes importantes de juin à octobre. Le pays couvre une superficie totale de 27 750 kilomètres carrés et est limité par la République dominicaine sur 275 km. Les terres arables et les cultures permanentes représentent environ 40 pour cent de la superficie terrestre totale, dont 18 pour cent sont consacrés à des pâturages permanents, le reste étant occupé par des montagnes (63 pour cent). La superficie irriguée couvre près de 70 000 hectares, soit seulement 2 pour cent de la superficie totale. Le climat est considéré tropical, mais la situation géographique de Haïti et son relief montagneux rendent les écosystèmes très variables, avec des régions sèches et semi‑arides dans le nord‑ouest, où les précipitations sont inférieures à 1 000 mm par an et des montagnes très humides dans le sud et le centre où les précipitations sont de l’orde de 2 000 mm par an.

Les conflits internes et l'instabilité politique qui ont perduré pendant plus de 20 ans ont eu des effets dévastateurs sur l’économie de Haïti et causé de graves difficultés à la population. La récente crise politique a commencé début 2004 avec la non résolution d’un litige à propos des élections législatives de mai 2000. En février 2004, les troubles civils croissants suivis d’une rébellion armée ont atteint leur point culminant avec la démission et le départ du pays du Président Aristide. Après le conflit, un gouvernement de transition a été constitué pour diriger le pays en vue des élections régionales, parlementaires et présidentielles prévues pour 2005. Le gouvernement a pour tâches immédiates de restaurer la sécurité, reconstruire les infrastructures gouvernementales endommagées pendant le conflit et stabiliser l’économie.

2.1  Situation macro‑économique

Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental et est classé parmi les pays à faible revenu et à déficit vivrier. Selon le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sur le Développement humain 2003, Haïti se classe au 150ème rang sur 175 pays dans l’indicateur du développement humain, avec un PIB par habitant de 361 dollars E.‑U. et deux tiers de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. La valeur ajoutée pour l'agriculture (y compris la production agricole, l’élevage et la pêche) représente 27 pour cent du PIB et ce secteur emploierait, selon les estimations, 66 pour cent de la population active. L’industrie et les services représentent près de 16 pour cent et 57 pour cent du PIB, respectivement. Le PIB réel a pratiquement stagné pendant l’année financière 2002/2003 (octobre/septembre), le taux de croissance étant estimé à 0,36 pour cent (0,23 pour cent pour l’agriculture, 0,47 pour cent pour l’industrie et 0,12 pour cent pour les services); le Fonds monétaire international (FMI) a déjà estimé un recul de 5 pour cent en 2003/2004 en raison de l’impact de la crise politique actuelle sur l'économie.

L’inflation annuelle est estimée en moyenne à 26,1 pour cent pour l’année financière 2003/2004. En particulier, le taux d’inflation mensuel est passé de 1,5 pour cent en février pour culminer à 6,5 pour cent en avril 2004 par suite des graves difficultés d’approvisionnement dues au conflit armé qui a sévi en mars et a entraîné la fermeture des ports et le pillage des entrepôts. Les prix des aliments ont enregistré une nette hausse en avril (10,8 pour cent contre 2 pour cent en février), puis ont baissé jusqu’au mois d’août, bien que restant supérieurs à leurs niveaux d’avant la crise. Les réserves nettes de Haïti en devises ont atteint le bas niveau historique de 16,9 millions de dollars E.‑U. fin mars 2004; elles ont, depuis lors, été reconstituées pour s’établir à 54,1 millions de dollars E.‑U. fin août. Depuis la fin du conflit armé, le taux de change s’est stabilisé, reflétant les effets d’une reprise dans les envois de fonds et d'une réduction des importations ainsi que les perspectives de rentrées d’aide étrangère. Fin septembre 2004, la monnaie locale (gourde) était cotée à 36,6G par rapport au dollar E.‑U., soit 16 pour cent de plus que son niveau d’avant le conflit.

Les principales exportations agricoles du pays sont le café, le cacao et les mangues. En raison de la crise des cours mondiaux, les exportations de café ont enregistré un déclin important et continu, passant de 25 millions de dollars E.‑U. au milieu des années 1990 à seulement 3,5 millions de dollars E.‑U. en 2003. Les importations vivrières représentent près de 25 pour cent des importations totales, les principales denrées alimentaires importées étant le blé, le riz, le sucre (raffiné et brut), l’huile de palme et l’huile de soja, la viande de poulet et le lait évaporé. Les États-Unis sont le principal partenaire commercial et exportent vers Haïti les plus grandes quantités de riz et de blé.

Dans l’ensemble, la Banque centrale haïtienne a estimé à environ 330 millions de dollars E.‑U. les exportations totales pendant l’année financière 2002/2003 et à 1,28 milliard de dollars E.‑U. les importations totales. Toutefois, depuis l’embargo international qui a suivi le coup d’État de février 1991, les échanges transfrontaliers non enregistrés avec la République dominicaine ont pris de l’importance. Selon les estimations d’une étude menée en 2001 avec l'appui financier du Réseau européen de sécurité alimentaire (RESAL), les exportations informelles du pays à destination de la République dominicaine ne seraient pas négligeables, représentant près de 20 pour cent des exportations agricoles totales. Les principaux produits haïtiens exportés vers la République dominicaine sont le café, le bétail, les haricots secs, le maïs, les mangues, le tamarin et les avocats ainsi qu’une quantité considérable de riz (environ 13 000 tonnes) et de haricots (près de 8 000 tonnes) importés des États‑Unis. À l'inverse, la République dominicaine exporte informellement vers Haïti quelque 10 000 tonnes de brisures de riz ainsi que des noix de coco, des bananes et des oeufs. Plus de quarante villages situés des deux côtés de la frontière participent aux échanges commerciaux et, du fait de l’insuffisance des transports locaux, ces échanges sont de toute évidence spécialisés par région (voir tableau 1). En revanche, les échanges de produits réexportés (riz et haricots) n’obéissent pas à cette logique et se font tout le long de la frontière.

Tableau 1. Spécialisation régionale des échanges transfrontaliers avec la République dominicaine

Région Principal marché
urbain
Principales
exportations
haïtiennes
Principales
exportations de la
République
dominicaine
Nord Dajabón Avocats, mangues, Oeufs, poulets, bananes
Haut Plateau Central Ti Lori Bétail, maïs, haricots secs Haricots secs, fruits
Bas Plateau Central Elias Piñas Café, avocats, tamarin Brisures de riz
Ouest Jimani   Bananes, noix de coco, oeufs
Sud Pedemales Café, pommes de terre Brisures de riz
Source: LAREHDO (2002), “Connaître la frontière”, Port-au-Prince.

Depuis 2000, la balance des paiements est négative, accusant un déficit de 11,5 millions de dollars E.‑U. en 2003. Le montant net des virements privés, essentiellement les envois de fonds de familles vivant en Amérique du Nord et en France, a augmenté, passant de 256 millions de dollars E.‑U. en 1997 à 850 millions de dollars E.‑U. en 2004 (projection du FMI), ce qui représente plus de 25 pour cent du PIB national et un filet de sécurité important pour un nombre considérable de ménages pauvres.

En mars 2004, le Gouvernement de transition, les organismes donateurs et les organisations internationales et régionales ont entrepris une démarche active en vue d'identifier les besoins et programmes pour la période 2004-2006, laquelle a abouti à l’établissement du Cadre de coopération intérimaire (CCI). Le CCI s’inspire d’exercices similaires conduits dans des pays victimes de conflits, tels que l’Afghanistan, l’Iraq, le Timor‑Oriental et le Libéria, et a recensé quatre domaines d’action stratégiques: 1) le renforcement de la gouvernance politique et la promotion du dialogue à l'échelon national; 2) le renforcement de la gouvernance économique et la participation au développement des institutions; 3) la promotion de la reprise économique; 4) l'amélioration de l'accès aux services de base. Le CCI a identifié un déficit de financement de 924 millions de dollars E.U sur deux ans dans le cadre d’une évaluation générale des besoins établis à 1,37 milliard de dollars E.U. au total. Le 20 juillet, à Washington DC, des organisations internationales et des gouvernements ont annoncé des contributions d’un montant de 1,085 milliard de dollars E.U. en faveur de la reconstruction et du développement de Haïti au cours des deux prochaines années.

2.2  Estimations démographiques

Le dernier recensement démographique a été effectué en janvier 2003 par l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique. La population a été estimée à 7,9 millions d’habitants, avec une densité moyenne remarquable de 286 habitants par km carré (culminant à 640 habitants par km carré dans le département de l'Ouest où vivent 39 pour cent de la population totale). Près de 60 pour cent de la population vivent dans des régions rurales, mais le taux d’urbanisation s’accélère à un rythme alarmant, étant passé de 3,5 pour cent par an pendant la période 1971‑1982 à 4,7 pour cent par an de 1982 à 2003. Le taux de croissance démographique est estimé à 2,2 pour cent par an, et la population est donc estimée à 8,2 millions d’habitants mi‑2004.

2.3  Secteur agricole

Près de 70 pour cent de la population dépendent directement ou indirectement du secteur agricole, lequel représente 27 pour cent du PIB national mais seulement 7,4 pour cent des exportations totales. Les plaines et les hautes terres représentent environ 36 pour cent de la superficie totale du pays, dont seulement 2 pour cent sont irrigués, le reste du pays étant couvert de montagnes. La forêt, dont le bois est abattu au profit de l’agriculture et utilisé comme combustible pour la cuisine, représente moins de 2 pour cent de la superficie totale et les pertes en terre dues à l’érosion sont estimées à environ 6 000 hectares par an. Le profil géographique de Haïti est caractérisé par huit grandes zones agro-écologiques, aux altitudes et pluviométries différentes (voir le tableau 2).

Tableau 2. Zones agro-écologiques

Zones Altitude (m) Pluviométrie
(mm)
Cultures
Côtes arides 0-400 variable Sorgho, manioc, pois congo
Plaines arides 0-400 <1000 Sorgho, maïs, manioc, patate douce, pois congo
Montagnes arides <800 <800 Sorgho, maïs, manioc, igname, patate douce, pois congo
Côtes humides 0-400 variable Maïs, haricot, igname, sisal, banane plantain
Plaines humides 0-400 >1000 Maïs, haricot, canne à sucre, banane plantain
Montagnes humides 400-800 800-1000 Café, haricot, banane plantain
Plaines irriguées 0-400 variable Maïs, haricot, riz, canne à sucre, banane plantain
Montagnes très humides >800 >1000 Café, légumes
Source : Banque Mondiale (1988), “Enquête sur les conditions de vie en Haïti”, Port-au-Prince.

La taille des exploitations agricoles varie au sein des départements, atteignant en moyenne 1 hectare environ, souvent réparti en plusieurs parcelles. Selon les estimations de l’”Enquête sur les conditions de vie en Haïti, 2003”, la majorité des agriculteurs sont propriétaires de leur exploitation et ont acquis leurs terres par achat ou héritage. Les techniques de production sont très rudimentaires et limitées à une binette et une machette, seulement 5 pour cent des agriculteurs ayant accès à une charrue, souvent empruntée ou louée. La mécanisation est pratiquement inexistante. L’utilisation d’intrants agricoles achetés (semences améliorées, engrais et pesticides) est très limitée et essentiellement concentrée dans les exploitations productrices de riz et de légumes dans la Vallée de l’Artibonite.

L’agriculture de Haïti est principalement pluviale avec deux saisons des pluies qui vont de mars/avril à juin/juillet ("la grande campagne agricole") et d’août/septembre à novembre/décembre. Les céréales sont cultivées dans les basses et hautes terres pendant les deux campagnes, tandis que les légumineuses sont essentiellement cultivées dans les hautes terres et les plaines irriguées de novembre à février. Les ouvrages d’irrigation sont très limités et la superficie irriguée ne représente que 70 000 hectares environ, dont plus de 40 pour cent sont concentrés dans la Vallée de l’Artibonite, tandis que le reste couvre en particulier les plaines de Les Cayes (Département du Sud), Jacmel (Département du Sud‑Est) et le Plateau Central dans le reste du pays.

Le maïs est la principale denrée de base. Parmi les autres cultures importantes, on citera le sorgho, les légumineuses, les patates douces, les ignames, le manioc, les arachides, les plantains et les bananes. Le riz occupe une place de plus en plus importante dans le régime alimentaire de la population locale depuis le début des années 1960 en raison de l’irrigation accrue de la Vallée de l’Artibonite, mais la production nationale n’a cessé de chuter au cours des deux dernières décennies. Le blé et la farine de blé sont largement consommés, principalement dans les régions urbaines, et totalement importés. Les cultures pures occupent environ 40 pour cent de la superficie agricole totale, tandis que l'on trouve diverses associations sur les autres 60 pour cent, essentiellement du maïs associé au sorgho, aux haricots ou aux pois. Les rendements céréaliers sont en général faibles et les pertes après récolte élevées en raison de l’insuffisance des structures servant au séchage et au stockage des grains; ces pertes peuvent atteindre jusqu’à 15 à 20 pour cent des récoltes selon la culture.

En règle générale, les ménages ruraux possèdent quelques têtes de bétail qu’ils élèvent dans le cadre de vastes systèmes herbagers ou détriticoles (animaux se nourrissant sur les détritus qu'ils trouvent dans les jardins à l'arrière des habitations). Le bétail est plus conséquent dans les départements du Sud, de l’Artibonite et de l’Ouest. De façon générale, la contribution du bétail au régime alimentaire local est faible et les bovins, les ovins, les chèvres et les cochons servent de fonds d’épargne et ne sont vendus qu’en cas d’urgence ou pour faire face à des dépenses importantes, telles que le paiement des frais de scolarité des enfants.

3. PRODUCTION ALIMENTAIRE EN 2004

Entre Octobre 8 à 17, la Mission a visité six départements géographiques. Elle a rencontré des leaders communautaires, les responsables d’organisations non gouvernementales, les responsables des ministères de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural, de l’Education Nationale et de la Santé. Parallèlement, la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) du Ministère de l’agriculture avait délégué neuf de ses représentants pour enquêter auprès des exploitants agricoles à travers neuf départements géographiques du pays. Au total, deux cent soixante personnes impliquées dans les activités agricoles ont été questionnées. Les informations recueillies auprès des enquêtés ainsi que des données existantes ont été utilisées pour estimer la première campagne de céréales et des haricots, ainsi que pour projeter la deuxième campagne à récolter vers la fin de l’année.

3.1  Pluviosité en 2004

La production agricole de Haïti est principalement pluviale et fortement influencée par la quantité et la répartition des précipitations. La pluviométrie varie très sensiblement entre zones arides (400 mm/an de précipitations dans le nord-ouest) et zones montagneuses (4 000 mm/an) et suivant les saisons sèches et pluvieuses, pour une moyenne annuelle de 1 400 mm.

Dans presque tous les départements, la pluviométrie reçue en 2004 (Annexe I) est considérée adéquate et bien répartie par la majorité des agriculteurs. La première saison pluvieuse (mars à juin) a permis d’avoir une bonne récolte et les perspectives pour la seconde saison (août à décembre) sont tout aussi bonnes. Malgré une situation générale favorable, certaines zones ont été touchées par la sécheresse ou par des inondations. Ainsi, le Département du Nord-Ouest a été frappé par une sécheresse pour la troisième année consécutive et les récoltes de la première saison ont encore échoué dans cette région. Certaines localités de la Grande-Anse ont aussi souffert de la sécheresse en mai/juin 2004 ce qui a affecté les plantations.

D’autres régions, par contre, ont été frappées par des inondations. Au cours du mois de mai 2004, les villes de Mapou (Département du Sud-Est) et Fond-Verrettes (Département de l’Ouest) ont été durement affectées, avec plus de 2 000 personnes noyées. Entre 200 à 250 hectares de terres agricoles sont définitivement soustraites à l’agriculture, prés de 13 000 têtes de bétail sont mortes et une quinzaine de systèmes d’irrigation sont été endommagés. Les cultures agricoles qui ont subi des dégâts son les maraîchers, comme pomme de terre, oignon et chou.

Au début du mois de septembre, le cyclone Ivan a touché la péninsule sud du pays provocant des dégâts au niveau des plantations de bananes et d’haricot. Une semaine plus tard, la partie nord du Département de l’Artibonite (en particulier, la plaine des Gonaïves) et la Vallée des Trois Rivières dans le Département du Nord-Ouest ont été inondées lors du passage de la tempête tropicale Jeanne, où plus de 3 000 personnes sont mortes noyées. Les infrastructures hydro agricoles ont été détruites ou endommagées. Environ 400 hectares d’aubergines, 1 000 hectares de sorgho et 1 700 hectares de bananeraies ont été perdus. Presque 6 000 têtes de bétail et 26 000 volailles ont été emportées.

3.2 Les intrants agricoles

Semences

Des efforts ont été entrepris depuis les années 70 pour mettre à la disposition des exploitants agricoles du pays des semences améliorées. Cependant ces efforts n’ont pas donné les résultats escomptés. La Commission intersectorielle de production et de distribution des semences améliorées (CIPDSA) avait distribué des semences de qualité de maïs aux agriculteurs dans les années 90 mais ce programme a été suspendu en 2003. En 2004, plus de 90 pour cent des exploitants agricoles n’ont pas accès à des semences de qualité. Par exemple, dans la Vallée de l’Artibonite où sont produits 80 pour cent du riz national, à peine 10 pour cent des 5 000 tonnes de semences nécessaires sont des semences améliorées. Les semences utilisées proviennent en général de la récolte antérieure. Certains préparent leurs propres semences tandis que d’autres les achètent sur le marché local. Des institutions internationales comme la FAO ont mis à la disposition des agriculteurs des régions affectées par les intempéries au cours de la deuxième saison agricole une partie des semences nécessaires à l’emblavement de leurs parcelles. Dans le cas de la culture des haricots, près de 30 pour cent des agriculteurs rencontrés n’ont pas pu semer à temps en deuxième campagne agricole. Ces derniers manquaient de moyens pour s’approvisionner en semences au début de la saison pluvieuse. Les moyens de conservation des grains par les agriculteurs sont assez rudimentaires et les pertes sont estimées à plus de 20 pour cent.

Fertilisants et pesticides

Depuis quelques années déjà, les agriculteurs ont appris à utiliser les fertilisants. Cependant, les engrais chimiques ne sont appliqués que sur certaines cultures telles que le riz et les légumes, et dans certaines plaines irriguées sur le maïs. La subvention du gouvernement de cet intrant a facilité son adoption et a contribué á stabiliser les prix, du moins jusqu’en 2002. La quantité d’engrais importée annuellement varie de 27 000 tonnes en 1997 à 19 000 tonnes en 2003. Ces engrais proviennent en grande partie d’un don du Japon à la République d’Haïti et des importations effectuées par le secteur privé.

Les engrais étaient vendus à un prix subventionné, mais la quantité rendue disponible sur le marché ne suffisait pas á satisfaire la demande et le secteur privé avait réduit son importation avec la mise en place de la subvention par le Ministère de l’agriculture. L’actuel gouvernement a mis fin à la subvention et a libéralisé le marché des engrais. Cependant la plupart des personnes interviewées rapportent que les engrais sont maintenant plus rares et plus chers qu’en 2003. Cette flambée du prix des engrais est en relation avec la hausse du pétrole sur le marché international, mais elle est également liée à l’instabilité politique et à l’insécurité que connaît actuellement Haïti.

Les pesticides sont utilisés principalement par les producteurs de légumes. Ces produits n’étaient pas disponibles dans plusieurs zones de production au cours de l’année 2004. Certains produits phytosanitaires ont vu leur prix doubler comme, par exemple, le Malathion qui est passé de 250 gourdes en 2003 à 500 gourdes la livre en 2004.

Main-d’œuvre

La main-d’oeuvre n’est pas abondante comme on pouvait s’y attendre. Elle est même rare dans certaines régions, provoquant des hausses récentes du salaire journalier comment, par exemple, dans la région du Plateau Central. Cette rareté, qui est liée en grande partie à l’exode et à la crise sociopolitique, se manifeste avec plus d’acuité dans les zones frontalières où de nombreux jeunes ont migré vers la République dominicaine.

De plus, la culture attelée qui se pratiquait dans certaines zones est en retrait. Cette situation perturbe très sérieusement les activités agricoles. Le semis dans la majorité des cas se fait en retard ou de façon continue comme dans l’Artibonite et dans la Plaine des Cayes.

Crédit agricole

La Mission a constaté que les exploitants n’ont aucun accès au crédit. Les institutions de crédit qui interviennent dans les régions ne financent pas les activités agricoles. Les agriculteurs doivent vendre leurs animaux ou autres biens précieux pour pouvoir acheter des intrants agricoles. Dans les pires cas, ils doivent solliciter des prêts à des taux usuraires fixés à 20 pour cent le mois. Il s’en suit des retards considérables dans l’emblavement des champs et les rendements obtenus sont en général très faibles. Cette situation contribue à l’accélération de la décapitalisation du paysan qui n’arrive pas à remplacer ses moyens de production voire à les moderniser.

3.3 Superficies ensemencées

Au total, la superficie sous céréales est estimée par la Mission à près de 458 000 hectares en 2004, soit un niveau pratiquement analogue à celui de 2003, mais avec des modifications dans les superficies consacrées aux trois principales cultures céréalières (maïs, sorgho et paddy). La bonne répartition des précipitations, tombées en quantités suffisantes au moment des semis, en particulier pendant la première campagne, ainsi que l’impact des prix élevés du maïs en 2003 ont incité les agriculteurs à accroître les emblavures de maïs. Selon les estimations de la Mission, la superficie sous maïs serait de 290 000 hectares, soit 9 pour cent de plus que l’année précédente, alors que les semis de paddy et de sorgho enregistrent une baisse de 5 pour cent environ. En particulier, la réduction des superficies consacrées au paddy résulte du mauvais entretien des réseaux d’irrigation et de la pénurie de main-d’oeuvre dans le principal département producteur de l’Artibonite.

3.4  Estimations de la production céréalière

Maïs: Le maïs est cultivé à travers les dix départements en plaines, sur les plateaux et en montagnes, dans les zones irriguées et sous régime pluvial. Cependant le Plateau Central et le Département du Sud représentent les deux plus grandes zones de production du mais et totalisent près de 50 pour cent de la production nationale. Le maïs est cultivé surtout sous régime pluvial.

Les agriculteurs réalisent en général une campagne principale, soit de mars/avril à juin/juillet. Mais dans les plaines humides ou irriguées où le maïs occupe une position de plus en plus prépondérante par rapport aux autres cultures, due particulièrement aux retraits de la canne à sucre, ils obtiennent une deuxième récolte en novembre/décembre.

Comme le maïs est planté en grande partie sous régime pluvial, une bonne saison pluvieuse se traduit généralement par des bon rendements. L’année 2004 est considérée comme une année exceptionnelle quant à la quantité et à la distribution des pluies. Toutes les zones de production ont eu des pluies en abondance et bien réparties pendant toute la saison de plantation. En générale, la Mission a estimé qu’une augmentation des rendements moyennes de maïs en 2004 environ du 10 pour cent en comparaison a 2003. De toute façon, ces rendements restent assez faibles et les agriculteurs récoltent en moyenne 820 kg/ha. Ce faible résultat se justifie par les techniques de production en cours dans les zones de culture e la mauvaise qualité des semences utilisées. Basée sur les informations recueillies auprès des agriculteurs et des professionnels avertis, la Mission a estimé la production de maïs en 2004 à 240 000 tonnes métriques, soit une augmentation de 17,5 pour cent, malgré des pertes localisées.

Riz: Le riz est cultivé dans les plaines irriguées, particulièrement dans l’Artibonite, la plaine des Cayes et certaines régions du Nord, du Nord-Est et de l’Ouest. Plus de 80 pour cent de la production nationale du riz sont obtenus dans la Vallée de l’Artibonite sur des parcelles dont la superficie moyenne est inférieure à un hectare de terre.

Les riziculteurs obtiennent deux récoltes de riz annuellement. La première saison et la plus importante et va d’avril/mai à juin/juillet et la seconde d’août à novembre. Cependant se développe une nouvelle tendance vers le semis en permanence du riz dans la Vallée de l’Artibonite. Cette tendance a pour conséquence la propagation de la maladie de la paille noire causée par le champignon ‘Sarocladium orizae’ qui est disséminé par un vecteur acarien. L’augmentation de la température et de l’humidité relative au cours du mois d’août favorise la multiplication de l’acarien et l’incidence de la maladie. Il est donc nécessaire de planifier les meilleurs moments de semis pour minimiser les risques de propagation de la paille noire.

La Mission a trouvé que la production du riz a continué à baisser dans la Vallée de l’Artibonite et dans la plaine des Cayes. Le rendement à l’unité de surface a diminué. Jusqu’en 1997 le riziculteur de l’Artibonite pouvait obtenir près de cinq tonnes de riz paddy à l’hectare. En 2004, ce rendement est d’environ 2 tonnes et demi à l’hectare. Dans les autres régions, le rendement est beaucoup plus faible. Plusieurs raisons sont évoquées pour expliquer cette situation dans les rizières de l’Artibonite.

La principale maladie rencontrée est la paille noire. Elle se propage particulièrement dans la région de la cinquième section communale de Saint Marc. Dans la plaine des Cayes, les pertes occasionnées par les punaises vertes, les rats et les oiseaux sont estimées à près de 30 pour cent.

La tempête tropicale Jeanne qui a frappé le haut Artibonite au cours du mois de septembre n’a pas affecté les rizières. Par contre les pluies diluviennes qui accompagnaient le cyclone Ivan ont inondé la cinquième section communale de Saint Marc. Les rizières ont été inondées mais les dégâts ne sont pas considérables.

La Mission a évalué la production nationale à 95 000 tonnes métriques de riz paddy pour l’année 2004. Le rendement aux moulins est estimé à 0,67 pour cent, ce qui porte à 64 000 tonnes la production nationale de riz décortiqué. La production a donc connu une baisse d’environ 16 pour cent par rapport à 2003.

Alors que la production rizicole ne cesse de décroître, la population n’a cessé d’augmenter sa consommation de riz. Avec la libéralisation de l’importation de cette denrée en 1986, le riz qui était un produit de luxe dans certaines régions du pays est devenu accessible à la grande majorité de la population. La quantité importée n’a cessé de croître pour atteindre environ 250 000 tonnes en 2003. Une partie du riz importé traverse la frontière et est consommée en République dominicaine.

Sorgho: Le sorgho est après le maïs la céréale le plus cultivée dans le pays. Il est cultivé principalement dans les zones sèches particulièrement (plaines et piémonts) dans le Plateau Central, le Sud, le Sud-Est et l’Ouest. Les variétés photopériodiques sont les plus connues. Elles sont plantées notamment en deuxième saison, entre juin et août et récoltées en janvier/février. On les trouve très souvent associées à d’autres cultures comme le haricot et le manioc. La Mission a estimé la production de l’année 2004 à 91 000 tonnes, soit une baisse de 4,2 pour cent par rapport à 2003, comme conséquence de la réduction de la superficie emblavée.

Tableau 3. Estimations des superficies ensemencées et de la production céréalière en 2004

  20041/ 2003 2002 Moyenne
sur 5 ans
Cultures Sup. (en
milliers
d’ha)
Prod. (en
milliers
de tonnes)
Sup. (en
milliers
d’ha)
Prod. (en
milliers
de tonnes)
Sup. (en
milliers
d’ha)
Prod. (en
milliers
de tonnes)
Sup (en
milliers
d’ha)
Prod. (en
milliers de
tonnes)
Maïs 290 240 265 198 260 185 271 203
Sorgho 130 91 135 95 130 85 133 92
Riz (usiné) 48 64 53 70 52 70 54 76
1/ Estimations de la Mission FAO/PAM.

3.5  Autres cultures

Légumineuses : Les haricots constituent l’une des principales sources de protéines de la population haïtienne. On les cultive dans certaines plaines irriguées et dans les montagnes humides à travers tout le pays. Les plantations de plaines étaient satisfaisantes, ainsi que la première campagne de montagne qui s’effectue entre mars et mai. Par contre, la deuxième campagne de montagne était fortement affectée par le cyclone Ivan et la tempête tropicale Jeanne dans le Département du Sud. La Mission a estimé la superficie plantée en haricot à 95 000 hectares, avec une réduction d’environ 8 pour cent de la superficie emblavée en 2003 et le rendement moyen est atteint à 600 kg/ha. Donc la production totale en 2004 est estimée à 62 000 tonnes, plus faible qu’en 2003 (68 000 tonnes).

Le pois congo est cultivé en culture pure ou en association avec le sorgho. Les variétés photopériodiques les plus utilisées par les exploitants sont semées en mars/avril et récoltées en décembre/février. Cette culture a profité de la bonne saison pluvieuse de 2004 et une bonne récolte est en perspective. Le pois congo produit dans le Département du Centre est exporté vers la République Dominicaine.

Légumes et fruits : Les zones de production sont particulièrement l’Ouest, le Sud-Est, l’Artibonite et le Nord. La production de 2004 était presque identique à celle de 2003. Cependant des contraintes liées à l’insécurité ont causé la perte d’une grande proportion de ces produits qui ne pouvaient pas atteindre les consommateurs à temps.

Parmi les fruits produits en Haïti, les mangues jouent un rôle important dans la diète alimentaire de la population. Elles arrivent à maturité à partir du mois d’avril qui correspond à la période de soudure. Les mangues sont de plus en plus exportées vers l’Amérique du Nord et contribuent ainsi à l’entrée de devises étrangères et à la création d’emplois. Haïti a exporté des mangues pour 4.9 millions de dollars américains en 2003.

Les fruits de l’arbre véritable (Artocarpus altilis) sont très consommés, particulièrement dans les Départements de la Grande-Anse et du Sud où ils aident à passer les périodes de soudure (février à avril). La récolte est très bonne en 2004.

Bananes et tubercules : Les principales zones de production de la banane sont Arcahaie (Ouest), Marigot (Sud-Est) et la Vallée des Trois rivières (Nord-Ouest). Le Mal de Sigatoka fait des ravages dans certaines zones de production. Cependant, cette année, les bananeraies ont été surtout frappées par le cyclone Ivan et la tempête tropicale Jeanne. Les dégâts ont été particulièrement très sévères dans la Vallée des Trois-Rivières où 42 000 tonnes métriques de bananes sont emportées par les eaux et qui représentent 8 pour cent de la production nationale.

Les tubercules comme la patate douce, le manioc, et les ignames sont cultivées dans des zones agro-écologiques assez variées. La bonne saison pluvieuse a encouragé leur plantation tout en favorisant leur croissance végétative. Les exploitants s’attendent à une bonne récolte ce qui les permettra de passer moins difficilement la période de soudure.

Café : La production du café n’a cessé de décliner depuis des années. La fragmentation de la structure foncière, les maladies et les insectes, les fluctuations des prix sur les marchés internationaux en sont les principales causes. Le café est progressivement remplacé par des cultures plus rentables comme les haricots et les ignames mais aussi plus érosives. Des efforts sont en cours depuis les années 90 en vue d’arrêter cette chute et de sauvegarder ce système de production dont les caractéristiques permettent de lutter contre l’érosion. Un institut du café est créé en 2003. De plus, des associations de producteurs de café ont vu le jour et sont arrivés à préparer un café gourmet, le ‘Haitian blue’, qui est bien coté sur le marché international. Cette initiative a permis aux producteurs membres d’obtenir de meilleurs prix pour leur café et de consacrer plus de temps à l’entretien de leur plantation. Des efforts sont également consentis du coté du gouvernement et des ONG dans la lutte contre le scolyte du café, un insecte qui s’attaque aux fèves et les rend inutilisables.

3.6  Élevage

La population du gros et menu bétail est estimée à 3 300 000 têtes reparties comme suit: bovin 800 000, caprin/ovin 1 500 000 et porcin 1 000 000 de têtes.

L’élevage de poulets était très florissant dans les années 80. Cependant après l’embargo économique qui a frappé Haïti de 1992 à 1995, cette activité a périclité. L’importation des bas morceaux rendait la production de poulets très peu compétitive et depuis 1998 tous les grands producteurs de poulets ont abandonné cette activité.

Les conditions d’élevage sont très difficiles en Haïti. Les animaux sont mal nourris entraînant une faible productivité. Le maïs et le sorgho sont utilisés en très petite quantité dans l’alimentation du bétail, compte tenu de leur importance dans l’alimentation des humains et du bas rendement obtenu à l’hectare. Le son de blé est utilisé dans l’alimentation des porcs mais il est très cher donc inaccessible à la grande majorité des exploitants agricoles.

L’élevage des animaux est confronté également à certaines épidémies comme le charbon bactérien, la maladie virale de Newcastle qui affecte les volailles, la peste porcine africaine et à des parasites externes et internes. Des cas de charbon ont été signalés à la Mission à St. Raphaël dans le Département du Nord.

Outre les problèmes structurels auxquels les exploitants doivent faire face dans l’élevage des animaux, les dégâts causés par le cyclone Ivan et la tempête tropicale Jeanne au cours de l’année 2004 ont contribué à alourdir leur fardeau. Les évaluations des dégâts effectuées par le Ministère de l’agriculture et la FAO ont montré que les pertes au niveau du bétail sont élevées au niveau local (voir Tableau 4).

Tableau 4. Têtes de bétail emportées par les inondations en 2004

Espèces Nord-Ouest Sud-Est Ouest Artibonite Total
Bovins 204 950 350 180 1 684
Porcins 613 1 600 360 1 050 3 623
Caprins 488 4 128 3 000 1 600 9 216
Ovins 199 1 871 - 600 2 670
Equins 424 528 180 1 030 2 162
Source: Élaboration par la Mission on données de FAO et du Ministère de l’agriculture.

4.  SITUATION DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES

4.1  Situation du marché et prix

Plusieurs routes sont dans un état déplorable, ce qui accroît les frais de transport et le temps nécessaire à l’acheminement des marchandises dans les différentes régions du pays, en particulier des régions productrices du nord et du centre vers le grand marché urbain de Port‑au‑Prince. En outre, les problèmes de sécurité et les risques élevés d’attaques le long des routes en raison de la crise politique actuelle empêchent de nombreux commerçants, essentiellement des femmes, de transporter leurs marchandises vers les régions urbaines. Par suite de cette intégration réduite sur le marché, les prix des aliments varient considérablement entre les régions (voir Annexe II).

En fait, en septembre 2004, les cours du maïs à Cap Haïtien (Département du Nord) étaient supérieurs de 30 pour cent environ aux cours qui prévalaient à Hince (Département du Centre) et à Jacmel (Département du Sud‑Est), où la récolte a cette année été satisfaisante et créé un certain excédent. La bonne production de maïs de 2004 ainsi que la fragmentation susmentionnée du marché permettent également d’expliquer que dans certaines régions, les cours du maïs en termes réels de juillet à septembre étaient bien inférieurs à leurs niveaux correspondants de l’année dernière. En revanche, les cours du riz ont été relativement stables jusqu’à fin février, puis n’ont cessé d’augmenter dès le début de la crise politique. Cet accroissement des cours du riz varie également entre les régions, des taux plus élevés étant enregistrés dans les départements septentrionaux et du centre où la production locale a été affectée par des sécheresses et l'entretien insuffisant des réseaux d’irrigation.

4.2  Situation de l'offre et de la demande alimentaire

Le bilan céréalier 2003/2004 (résumé au tableau 6) est fondé sur les hypothèses suivantes :

Les besoins d’importations céréalières pour la campagne de commercialisation 2004/2005 sont estimés au total à 544 000 tonnes, soit 59 pour cent des besoins totaux de consommation. Selon les hypothèses, 437 000 tonnes seront achetées par voie commerciale (dont près de 20 000 tonnes provenant des importations informelles de la République dominicaine), ce qui laisse un déficit non couvert de quelque 107 000 tonnes.

Tableau 5. Bilan céréalier, campagne de commercialisation 2004/2005 (juillet/juin) (en milliers de tonnes)

2004 Maïs Riz
(usiné)
Sorgho Blé Total
Production intérieure 240 64 91 0 395
Prélèvement sur les stocks 0 0 0 0 0
Disponibilités intérieures 240 64 91 0 395
Consommation humaine 205 287 70 287 848
Utilisation fourragère 4 0 8 0 12
Utilisation pour les semis et pertes 36 12 14 0 61
Exportations non enregistrées 2 16 0 0 18
Utilisation totale 247 314 91 287 939
Besoins d’importations 7 250 0 287 544
Importations commerciales 7 230 0 200 437
Aide alimentaire (reçue) 1 10 0 67 78
Déficit non couvert 6 10 0 20 36

5.  SECURITE ALIMENTAIRE ET VULNERABILITE NUTRITIONNELLE

L’économie haïtienne est dans une situation de quasi stagnation depuis plusieurs décennies. Le pays a connu une paupérisation progressive de 1960 à 1998 qui a entraîné une diminution du PIB par habitant. Le pouvoir d’achat est faible, particulièrement dans les zones rurales où les sources de revenus sont principalement non agricoles et relèvent le plus souvent d’activités informelles.

Selon les résultats de l’enquête IHSI/EBCM 1999-2000, le poste de l’alimentation dans le budget des ménages ruraux représente 64,3 pour cent des dépenses (2,7 pour cent pour l’éducation et 3,2 pour cent pour la santé). Le coût des aliments en prix constants a doublé de 1980 à 1990 et quintuplé de 1991 à 2000.

Les devises provenant de l’assistance externe et des transferts de fonds des Haïtiens vivant à l’étranger ont permis de maintenir une disponibilité alimentaire relativement stable grâce aux importations commerciales de nourriture. Un tel mode opératoire reste tout particulièrement fragile et fortement dépendant de l’extérieur.

L’utilisation saine des aliments n’est pas optimale en raison de la conjonction d’un ensemble de conditions défavorables : prévalence élevée des maladies infectieuses, niveau inadéquat de l’assainissement (21 pour cent de latrines en milieu rural, accès réduit des ménages à l’eau potable (53 pour cent à Port-au-Prince et 45 pour cent en milieu rural). L’électricité est très peu disponible au niveau des ménages en zone rurale (10,5 pour cent) et la présence d’un réfrigérateur est tout à fait exceptionnel. L’absence de contrôle sanitaire de la qualité et de l’innocuité des aliments est à l’origine de la forte prévalence de parasitoses intestinales et de diarrhées.

5.1 Données générales et récentes (2003-2004) de la vulnérabilité nutritionnelle

Principaux indicateurs sur la malnutrition liée à l’insécurité alimentaire

La première cause de l’insécurité alimentaire est directement liée au niveau de pauvreté de la majorité de la population. Selon les résultats de l’enquête Budget Consommation des Ménages (EBCM) réalisée en 1999-2000, la moitié de la population haïtienne (48 pour cent) soit 3,8 millions de personnes, vit en dessous du seuil de pauvreté et ne dispose pas de suffisamment de moyens pour se procurer la nourriture nécessaire à la couverture des besoins alimentaires de base. Sur ce total, une proportion de 2, 4 millions de personnes a été classée comme « extrêmement pauvre ». Le seuil de la pauvreté retenu en Haïti est très bas, équivalent à un dollar EU/jour/personne.

La malnutrition est l’une des conséquences de l’insécurité alimentaire. Selon l’enquête mortalité/morbidité/utilisation des services conduite en 2000 (EMMUS III): 23 pour cent des enfants de moins de 5 ans accusent un retard de croissance, révélateur d’une malnutrition chronique, 5 pour cent sont émaciés (malnutrition aiguë) et 17 pour cent enregistrent une insuffisance pondérale par rapport à leur âge.

Ce taux de malnutrition chronique est deux fois plus élevé en milieu rural qu’en milieu urbain. Il atteint 45 pour cent dans le département du Centre contre 15 pour cent seulement à Port-au-Prince. Cette malnutrition contribue à des taux élevés de mortalité infantile (-1 an) et infanto-juvénile (-5 ans). Près de 12 pour cent des femmes présentent une déficience énergétique chronique, notamment les femmes âgées de 15 à 19 ans (21 pour cent de cas de déficience).

Les carences en micronutriments tels que le fer et l’acide folique sont responsables de maladies et de troubles importants: près des 2/3 des enfants de moins de 5 ans sont anémiques par carence en fer et 2 pour cent souffrent d’anémie sévère. L’anémie concerne également près de la moitié des femmes (60 pour cent dans le département du Centre dont 3 pour cent d’anémie sévère).

La petite enquête agricole effectuée au cours de la Mission de terrain fait apparaître que le nombre de repas quotidiens varie de un à trois, en fonction de la disponibilité alimentaire, ce qui rejoint les informations de l’enquête EMMUS III : près d’une personne sur deux (40 pour cent) de sexe féminin s’est endormie au moins une fois avec une sensation de faim au cours de la semaine précédant l’enquête.

Appréciation de l’évolution de la malnutrition en 2003 et 2004

La méthodologie utilisée

Les projets de sécurité alimentaire dans le pays sont principalement conduits à travers le Projet DAPs (Development Activity Programs) de l’USAID, via le canal opératoire de 4 ONG (CARE, CRS, World Vision et Save the Children Fund) ainsi que par le PAM. Afin de ne pas créer de duplications dans l’utilisation des ressources, les zones d’intervention de ces partenaires ont été définies de manière à répondre le plus efficacement à la prise en charge de la malnutrition infantile ainsi que de celle des femmes enceintes. A l’occasion de la tournée de terrain, la Mission a rencontré ces différentes ONG (à l’exception du bureau régional CARE dans le Nord-Ouest) afin de recueillir les données récentes de la malnutrition infantile. Les données de CARE ont été obtenues auprès du bureau central de Port-au-Prince.

Les données fournies dans les tableaux ci-dessous joints concernent l’évaluation de l’état nutritionnel des enfants de moins de 5 ans. Les critères internationaux d’appréciation de la malnutrition infantile ont été modifiés dans un passé récent. La nouvelle grille prend en compte deux grands critères ; à savoir : i) Poids faible par rapport à l’âge (PFA), ii) Poids très faible par rapport à l’âge (PTFA). L’harmonisation du système de mesure et de reportage des 4 ONG du Programme n’est pas encore finalisée. Trois des 4 ONG ont adopté le nouveau système. «World Vision» continue d’utiliser les critères de l’ancien système d’appréciation: M. I (malnutrition légère), M.II (modérée) et M III (sévère). L’ONG «CRS» a modifié son système à la fin du premier trimestre 2003 ce qui a conduit à ne retenir que les données harmonisées dans le nouveau système, à partir du second trimestre 2003.

La Mission a également recueilli des données auprès des Directions départementales de la santé du Sud-est et du Sud. Toutefois, l’absence d’harmonisation dans le système de reportage n’a pas permis de les produire dans ce rapport. Il en est de même des données du Programme santé/nutrition du PAM qui n’a effectivement débuté qu’au second trimestre 2004.

Départements du Sud et de la Grande-Anse

L’observation des relevés de la malnutrition en 2003 fait apparaître des taux très élevés dans le département de la Grande Anse qui sont quasiment le double de ceux de la région des Nippes. Cela explique le grand nombre de cas de Kwashiorkor recensé au cours du quatrième trimestre (433). Ce département est très enclavé et isolé compte tenu de l’état détestable des pistes, ce qui ne favorise pas les échanges et la création de débouchés des productions locales.

Le second point important montre une forte réduction de la malnutrition au cours des six premiers mois de l’année 2004 qui s’explique à la fois par l’augmentation des productions agricoles du fait d’un meilleur niveau de répartition des précipitations mais également par l’impact direct du projet de sécurité alimentaire.

Tableau 6. Évaluation de l’état nutritionnel des enfants de –5 ans en 2003 et 2004
Départements du Sud et de la Grande-Anse

  Zones Total
enfants
pesés
Enfants poids
normal
Enfants PFA Enfants PTFA
(+Kwashiorkor1/)
Taux de
malnutrition
Total % Total % Total % Global Aigu
2003
(01.04
30.12)
Grande-Anse 48 637 25 668 53 14 976 31 7 993 16 47 16
Nippes 39 389 30 077 76 7 484 19 1 828 5 24 5
Aquin 88 220 59 318 67 21 045 24 7 857 9 33 9
Zone Côtière 60 740 41 365 68 14 032 23 5 343 9 32 9
2004
(01.01/
30.06)
Grande-Anse 37 817 24 829 66 9 383 25 3 605 9 34 9
Nippes 32 441 27 355 84 4 068 13 1 018 3 15 3
Aquin 60 385 45 327 75 11 366 19 3 692 6 25 6
Zone Côtière 45 574 34 136 75 8 915 20 2 523 5 25 5
Source: Compilation des données de surveillance des enfants (- 5 ans) fournies par CRS/Les Cayes, octobre 2004.
1/ Pour la période considérée, le total des cas de Kwashiorkor s’élève à 177 avec une prédominance à Grande-Anse (73 cas).

Département du Plateau Central

Les ONG «Save the Children Fund» et «World Vision» interviennent dans le Département du Plateau Central.

Données comparatives de l’ONG «Save the Children Fund »

Tableau 7. Évaluation de l’état nutritionnel des enfants de –5 ans en 2003 et 2004
Département du Plateau Central (Maissade)

  Zones Total
enfants
pesés
Enfants poids
normal
Enfants PFA Enfants PTFA Taux de
malnutrition
Total % Total % Total % Global Aigu
2003
(01.01/
30.12)
Plateau
Central
38 901 28 041