SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS

ALIMENTAIRES AU MOZAMBIQUE

20 juin 2005

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Faits saillants

  • •Selon les estimations, la production céréalière de 2005 au Mozambique avoisinerait 1,92 million de tonnes (avec le riz en équivalent paddy), ce qui représente une baisse de 3 pour cent par rapport aux résultats de l'an dernier, du fait de réductions de 43 pour cent et 4 pour cent respectivement de la récolte céréalière dans les provinces méridionales et centrales, compensées en partie par une augmentation estimée à 12 pour cent dans les trois provinces septentrionales.
  • •La production des deux principales cultures de rapport des petits exploitants, à savoir la noix de cajou et la noix de coco, devrait être respectivement supérieure et analogue à celle de l'an dernier. Les récoltes de tabac et de coton devraient progresser, tandis que l'on constate que celle de canne à sucre reste inchangée par rapport au niveau de l'an dernier.
  • •Les pluies sont arrivées tôt ou à temps mais elles ont été irrégulières et éparses; trop abondantes en décembre et janvier, elles ont cessé prématurément en de nombreux endroits en février et mars.
  • •Selon les estimations révisées concernant les rendements du manioc, les quantités pouvant en théorie être utilisées sont supérieures à ce qui avait été évalué précédemment; par conséquent, la Mission recommande d'étudier les possibilités d'acheter sur place du manioc sec et de la farine de manioc pour couvrir les besoins d'aide alimentaire.
  • •Les prix du maïs ont chuté à l'époque de la moisson; en mai, ils se situaient au même niveau que l'an dernier, sauf dans le sud où ils avaient amorcé une reprise du fait de la mauvaise récolte. Les prix pourraient remonter dans le nord en cours d'année en raison du raffermissement de la demande du Malawi voisin.
  • •Les exportations de maïs formelles et informelles, qui sont assurées principalement par les provinces excédentaires du nord et du centre, devraient atteindre 190 000 tonnes, destinées pour l'essentiel au Malawi.
  • •Toutefois, des importations de maïs de l'ordre de 175 000 tonnes restent nécessaires, étant donné les coûts élevés de transport des céréales du nord vers le sud. Sur ce chiffre, environ 130 000 tonnes devraient être obtenues par des circuits commerciaux, ce qui laisse un déficit d'environ 45 000 tonnes à importer grâce à l'aide internationale.
  • •Suite aux récoltes très réduites rentrées dans les régions méridionales et centrales du pays, associées aux effets du VIH/SIDA, aux catastrophes récurrentes, au faible niveau d'épargne, à l'insuffisance des services de santé et à la capacité limitée du filet de sécurité mis en place dans les communautés, on estime que 70 000 tonnes de secours alimentaires (en céréales) seront nécessaires en faveur de 587 500 personnes exposées à l'insécurité alimentaire de juillet 2005 à mars 2006, en sus de l'aide alimentaire destinée au redressement, à la remise en état et au développement, qui s'élève à 44 000 tonnes. Il faudra donc se procurer environ 69 000 tonnes (114 000 tonnes d'aide alimentaire moins 45 000 tonnes de déficit vivrier national) par le biais d'achats locaux.

1. VUE D'ENSEMBLE

Suite aux rapports faisant état de mauvaises récoltes dans les provinces méridionales et centrales en raison de la sécheresse, une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s'est rendue dans toutes les régions productrices du pays du 25 avril au 13 mai 2005 pour estimer la production des cultures vivrières de la campagne 2004/05, évaluer la situation globale des disponibilités alimentaires, prévoir les besoins d'importations céréalières et les possibilités d'exportation pendant la campagne commerciale 2005/06 (avril/mars) et déterminer les besoins d'aide alimentaire éventuels.

Comme par le passé, la Mission a bénéficié de l'appui du Ministère de l'agriculture et du développement rural (MADER), qui a fourni des prévisions préliminaires concernant la production de la campagne agricole de cette année et détaché du personnel technique chargé de l'accompagner lors des visites de terrain. Du personnel de l'Institut national de gestion des catastrophes (INGC) et du Ministère de l'industrie et du commerce, ainsi que des observateurs de l'Union européenne (UE), World Vision, SARNET (IITA) et CESVI - ONG italienne - se sont joints à la Mission.

Des représentants de la FAO et du PAM ainsi que des fonctionnaires nationaux ont mis au courant la Mission, avant son départ sur le terrain, de la situation actuelle dans le pays. Des donateurs et ONG ont aussi donné de précieux renseignements, en particulier sur la situation dans les districts où ils mènent des activités.

La Mission, répartie en sept groupes, a voyagé pendant une dizaine de jours dans la totalité des dix provinces, couvrant 45 districts spécifiques situés au nord, au centre et au sud. Les districts où la Mission devait se rendre ont été choisis avec soin en fonction de divers critères regroupant des considérations liées à l'agro-écologie, aux marchés et à la vulnérabilité. Dans chaque province et district, les équipes se sont entretenues avec les autorités administratives et des représentants des Ministères de l'agriculture, de la santé et du commerce et de l'INGC ainsi qu'avec des ONG oeuvrant dans les diverses régions. Après ces réunions, des sous-équipes se sont rendues dans certaines régions productrices pour s'entretenir avec les exploitants, mener des inspections sur le terrain et effectuer des coupes-échantillons afin d'estimer les rendements. La Mission s'est aussi rendue sur les marchés et s'est entretenue avec de nombreux négociants.

L'estimation préliminaire de la campagne émanant de l'unité d'alerte rapide du MADER et les données pré-récolte sur la superficie ensemencée et les rendements des cultures vivrières recueillies par le MADER à l'échelle de la province et du district ont été analysées par la Mission et recoupées avec les renseignements qualitatifs fournis par les exploitants, les négociants, les ONG et les organismes internationaux oeuvrant dans le secteur agricole. Les renseignements sur les conditions de végétation, la situation des ravageurs et des maladies, la pluviosité, les prix et les approvisionnements obtenus au cours des visites sur le terrain ont été validés à l'aide des données de télédétection et des rapports établis par la FAO. Les activités de la Mission ont été complétées par une étude menée parallèlement par le Comité d'évaluation de la vulnérabilité (VAC) en vue de déterminer les secours alimentaires nécessaires pour la campagne commerciale 2005/06. Les équipes de la Mission et du VAC collaborent à l'analyse des données avant et après les activités de terrain de la Mission pour s'assurer que les deux évaluations concordent.

La production céréalière intérieure (maïs, sorgho, mil et paddy) de 2005, qui est estimée à 1,92 million de tonnes, soit 3 pour cent de moins que l'an dernier, se compose à 72 pour cent de maïs, dont le volume est estimé à 1,40 million de tonnes. Les résultats ont progressé de 12 pour cent dans les provinces septentrionales, mais la forte réduction de la récolte céréalière constatée dans le sud et dans les districts plus arides des provinces centrales a entraîné un recul de la production totale de cette année. La récolte de paddy, estimée à 174 000 tonnes, perd 2 pour cent par rapport à l'an dernier alors que la superficie ensemencée a légèrement augmenté. La production de sorgho/mil a diminué de 13 pour cent pour passer à 343 000 tonnes, les superficies ensemencées étant estimées en baisse dans les provinces centrales et méridionales.

La récolte de maïs exceptionnelle rentrée l'an dernier dans les provinces méridionales ne s'est pas répétée cette année, car les pluies qui étaient tombées continuellement de janvier à avril 2004 et avaient stimulé des semis généralisés de maïs n'ont pas eu d'équivalent cette année. Toutefois, dans le nord, bien que les pluies n'aient pas été aussi bien réparties qu'en 2004, elles ont été plus abondantes et ont largement suffi à favoriser l'augmentation de la production de maïs malgré la légère réduction des emblavures. Dans le centre, où la production céréalière a été soit supérieure soit inférieure au niveau de l'an dernier en fonction des endroits et des cultures, les pluies sont arrivées tôt et ont cessé prématurément après une campagne caractérisée par de violentes précipitations et des vagues de sécheresse.

Les prévisions établissent la production de manioc à 11,5 millions de tonnes (poids humide), soit une augmentation considérable par rapport à l'évaluation de l'an dernier, car la Mission a utilisé les estimations révisées des rendements, plus conformes aux résultats de la récente étude technique1 et à la situation dans les pays voisins. Au cours de l'année passée, un examen indépendant de la production de manioc a confirmé la supposition faite par la Mission de 2004, à savoir que les rendements par hectare étaient bien plus similaires à ceux des pays voisins qu'il n'avait été indiqué précédemment. Par conséquent, les estimations concernant la production de manioc ont été revues et les quantités pouvant en théorie être utilisées ont plus que doublé. Toutefois, compte tenu des incertitudes quant aux superficies et aux rendements, la Mission recommande d'étudier en détail les disponibilités et l'utilisation de manioc et de développer les possibilités commerciales, notamment par des achats locaux sous forme de manioc sec et de farine de manioc aux fins de l'aide alimentaire.

Parallèlement, les cultures industrielles (principalement tabac, coton, noix de cajou, noix de coco, thé, paprika, soja, sésame, tournesol et agrumes) connaissent un essor qui contribue considérablement à la sécurité alimentaire des ménages d'exploitants et stimule les exportations agricoles.

Étant donné les faibles taux de charge généralisés, les pâturages et les jeunes pousses abondent dans les zones pastorales non infestées par la mouche tsé-tsé. L'état des ruminants est bon, aucune poussée épizootique n'ayant été constatée, mais les termes de l'échange sont défavorables pour les éleveurs des zones éloignées de Inhambane et Gaza, où les récoltes de maïs ont été très médiocres et les prix du bétail chutent à mesure que plus de bêtes sont vendues à un nombre réduit d'acheteurs.

Du fait des différences marquées entre régions concernant la production et la consommation de maïs, ainsi que des coûts élevés de transport à partir du nord et du centre excédentaires vers le sud déficitaire, les écarts de prix sont importants entre les régions. À l'époque de la Mission, les prix du maïs sur le marché de Maputo dans le sud atteignaient le double de ceux pratiqués dans les provinces centrales de Manica et Tete.

Depuis mars 2005, les prix du maïs ne cessent de reculer comme d'habitude à cette saison dans les provinces du centre et du nord, du fait des récoltes satisfaisantes qui y ont été enregistrées cette année. Toutefois, dans le sud et sur d'autres marchés du centre touchés par la sécheresse, les prix montent du fait de la mauvaise récolte de cette année. Le raffermissement de la demande des provinces du Malawi voisin, où les récoltes ont été réduites, devrait faire remonter les prix du maïs dans les provinces septentrionales du Mozambique. La Mission a déjà constaté que des quantités considérables de maïs étaient exportées vers le Malawi. Au total, les exportations informelles de maïs à destination du Malawi de juillet 2004 à avril 2005, qui ont fait l'objet de l'étude FEWSNET/PAM, ont atteint environ 80 000 tonnes, et 40 000 tonnes supplémentaires ont été exportées par des circuits officiels. Les exportations formelles et informelles de maïs, principalement à destination du Malawi mais aussi de la Zambie dans les régions limitrophes, ainsi que les exportations formelles vers d'autres pays de la région déficitaires en maïs devraient atteindre 190 000 tonnes en 2005/06.

Étant donné que le pays connaît un déficit structurel de riz et de blé, les besoins d'importation de ces produits pour satisfaire à la demande du marché commercial sont estimés à 336 000 et 352 000 tonnes, respectivement, y compris de petites quantités devant être perçues sous forme d'aide alimentaire monétisée. Vu les coûts élevés de transport des récoltes depuis le nord vers le sud et la proximité des provinces méridionales avec le marché compétitif d'Afrique du Sud, les besoins d'importation de maïs des provinces méridionales déficitaires atteindraient 175 000 tonnes. Sur ce chiffre, environ 130 000 tonnes devraient être obtenues par des circuits commerciaux, ce qui laisse un déficit d'environ 45 000 tonnes à importer grâce à l'aide internationale. Au total, on prévoit que les besoins d'importations céréalières en 2005/06 (avril/mars) y compris le maïs, le riz et le blé, s'établiront à 863 000 tonnes, soit 10 pour cent de plus que l'année précédente du fait de la diminution de la production dans le sud et les provinces centrales et de la croissance de l'utilisation.

On estime que des déficits vivriers touchent les zones semi-arides de l'intérieur des provinces de Gaza et Inhambane, les zones semi-arides des provinces de Manica et Tete, ainsi que les zones éloignées dans les provinces du sud (y compris Maputo) et du centre. Le manque d'accès à une nourriture adéquate est très préoccupant, en particulier s'agissant des communautés et des familles qui ne se sont pas encore remises de plusieurs années de mauvaises récoltes, qui ont liquidé tous leurs actifs et ont recours désormais à des stratégies de survie extrêmes. Approximativement 587 500 personnes particulièrement vulnérables auront besoin de quelque 70 000 tonnes d'aide alimentaire d'urgence pour couvrir leur apport alimentaire de base de juillet 2005 à mars 2006. Cela vient s'ajouter aux programmes de développement et à l'IPSR en cours, pour lesquels 44 000 tonnes seront nécessaires pendant la campagne commerciale 2005/06. Si possible, l'aide alimentaire devrait être achetée à l'échelle locale ou régionale pour éviter de perturber les marchés locaux et promouvoir la production locale. Si l'on veut remettre en état les moyens de subsistance pour l'année prochaine, il convient de prendre tout de suite des mesures pour distribuer des semences et autres intrants agricoles nécessaires aux ménages qui n'ont pas les moyens de s'en procurer.

L'incidence négative du VIH/SIDA a accru la vulnérabilité des ménages touchés. Bien que les taux de malnutrition globale aiguë soient restés relativement bas au cours de l'année passée, la situation tend à se dégrader depuis le milieu des années 1990 en ce qui concerne l'insuffisance pondérale des enfants de moins de 5 ans. Les taux de malnutrition chronique sont estimés à 36 pour cent et sont particulièrement élevés dans les provinces septentrionales. Ainsi, un ensemble de mesures concertées devrait être pris par les Nations Unies pour s'attaquer à l'insécurité alimentaire constatée actuellement.

Le présent rapport a été établi par Kisan Gunjal, William I. Robinson et Sylvie Montembault, sous la responsabilité des Secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'informations, le cas échéant.

Henri Josserand
Chef, SMIAR, FAO, Rome
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Mél:giews1@fao.org
Mike Sackett
Directeur régional, ODJ, PAM
Télécopie: 0027-11-5171642
Mél: Mike.Sackett@wfp.org

Veuillez noter qu'il est possible d'obtenir le présent Rapport spécial sur le site Internet de la FAO (www.fao.org) à l'adresse suivante: http://www.fao.org/giews/

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1. “Étude sur les rendements de manioc et de patates douces au Mozambique” IITA/SARNET, Maputo, Mozambique, 2004.