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CHAPITRE 3
CYCLE EVOLUTIF

3.1 ACCOUPLEMENT

L'accouplement des tsé-tsé a probablement lieu, soit sur l'animal-hôte, soit à proximité de celui-ci. Le mâle monte sur le dos de la femelle et lui saisit l'extrémité de l'abdomen avec ses crochets abdominaux (forcipules). Mâle et femelle peuvent demeurer ainsi pendant une heure ou deux avant de se séparer.

Les femelles s'accouplent précocement, avant de prendre leur premier repas de sang ou à peu près à l'époque de ce dernier. En général, elles ne s'accouplent qu'une fois au cours de leur existence, mais il y a des exceptions; les mâles peuvent s'accoupler plusieurs fois. Les mâles d'un certain âge sont plus aptes à l'accouplement que les mâles très jeunes.

Au cours de l'accouplement, le pénis du mâle s'introduit dans la vulve et pénètre dans l'utérus jusqu'au débouché des conduits spermathécaux. Il dépose à cet endroit une grosse boule de sperme contenue dans le spermatophore. A la fin de l'accouplement, le mâle relâche son étreint et s'envole au loin.

Dans les heures qui suivent, les spermatozoïdes quittent le spermatophore et remontent les conduits spermathécaux jusqu'aux spermathèques. Ils y demeurent à l'état actif pendant toute l'existence de la femelle.

3.2 OEUF

L'oeuf est féconde à son entrée dans l'utérus par un spermatozoïde provenant des spermatèques, qui pénètre son extrémité antérieure. L'oeuf fécondé séjourne dans l'utérus pendant quatre jours environ, pendant que se développe la larve du premier stade. L'oeuf a environ 1,6 mm de long (Glossina morsitans).

3.3 STADES LARVAIRES

A mesure qu'elle se développe, la larve de glossine passe, comme celles des autres mouches, par plusieurs stades. Jusqu'au moment où elle est expulsée de la femelle au terme de son développement, la larve passe par trois stades de développement: le premier, le second et le troisième. La larve possède une bouche à son extrémité antérieure et deux stigmates postérieures. A cet égard, le cycle évolutif de la glossine présente une particularité inhabituelle, à savoir que la larve passe la presque totalité de son existence, et se nourrit entièrement, à l'intérieur du corps de la femelle (Fig. 3.1 A).

3.3.1 Premier stade larvaire. C'est celui qui émerge de l'oeuf dont il brise le chorion (voir 2.5.2.2) à l'aide d'une dent d'éclosion.

La larve du premier stade grandit jusqu'à 1,8 mm (G. morsitans) avant de passer au stade suivant en se débarrassant de son ancienne enveloppe. Le premier stade dure environ un jour.

3.3.2 Deuxième stade larvaire. C'est un stade de croissance et de developpement accélérés. De chaque côté des stigmates postérieurs on observe des renflements et entre ceux-ci, une zone portant de petites épines.

Fig. 3.1

Fig. 3.1 Vue latérale d'une larve de glossine; A, dans l'utérus; B, larve à maturité après larviposition par la femelle.

Fig. 3.2

Fig, 3.2 Stade pupal et éclosion imaginale; A, pupe; B, jeune mouche (imago) sortant de la pupe avec, en avant de la tête, le ptilinium gonflé.

Le deuxième stade dure deux jours et la larve atteint alors 4,5 mm (G. morsitans).

3.3.3 Troisième stade larvaire (Fig. 3.1 B). C'est également un stade de croissance et de développement rapides. La larve pleinement développée possède deux gros renflements noirs à son extrémité postérieure. Il s'agit des lobes polypneustiques (ou protubérances caudales) percés d'un grand nombre de petits orifices par lesquels la larve respire. Au début du troisième stade les Lobes poliypneustiques sont blancs; ils deviennent noirs peu avant l'expulsion de la larve. Le reste du corps de la larve est de couleur blanche. L'intestin, qui renferme de grandes quantités de nourriture non assimilée, représente la presque totalité du poids et du volume de la larve. Le troisième stade dure juste un peu plus de deux jours et la larve parvient à une taille de 6 à 7 mm (G. morsitans).

3.3.4 Alimentation de la larve (Fig. 3.1 A). Mis a part les aliments déjà presents dans l'oeuf, toute la nourriture de la larve provient de la glande lactifère de la femelle gravide. Le lait qu'elle secrète est déversé dans l'utérus, au niveau de la tête de la larve. La larve aspire cette sécrétion qui passe directement dans son intestin moyen où elle est lentement digérée et assimilée.

3.3.5 Respiration larvaire. L'air nécessaire à la larve entre par la vulve de la femelle et pénètre ensuite dans les stigmates postérieurs ou les lobes polypneustiques.

3.3.6 Avortement. Il arrive quelquefois que la larve n'atteigne pas sa taille normale et soit expulsée de l'utérus avant le terme habituel. Cet accident s'appelle un avortement. La larve ainsi expulsée ne survit pas. L'avortement peut être provoqué par une alimentation insuffisante de la glossine mère, par manipulation sans précaution, de celle-ci ou lorsqu'elle entre en contact avec un insecticide. L'oeuf peut également avorter, et pour les mêmes raisons.

3.4 PARTURITION (PONTE DE LA LARVE)

Lorsque la larve, entièrement développée parvient au terme de sa vie utérine, la glossine gravide se met à la recherche d'un endroit convenable, pour la mettre au jour. La parturition a généralement lieu sur une aire sablonneuse, protégée par un rocher en surplomb, une branche ou une brindille. La femelle se pose à même le sol ou sur l'objet qui le surplombe. La larve s'extrait alors à reculons de la vulve de la femelle, aidée par la poussée des pattes de celle-ci, puis tombe à terre. Elle s'y enfonce et disparaît. La femelle s'envole.

En l'espace d'une heure ou deux, la larve se transforme en un petit tonnelet noir qui prend le nom de pupe.

La larve ne s'alimente plus une fois que la femelle l'a expulsée.

3.5 LA PUPE OU NYMPHE (Fig. 3.2 A)

C'est un objet arrondi de couleur brun foncé. L'extrémité postérieure porte les lobes polypneustiques dont la forme permet de distinguer la pupe des glossines de celles des autres mouches. La pupe est légèrement plus courte que la larve dont elle est issue.

La capsule durcie qui renferme la pupe s'appelle le puparium.

La pupe est le siège de deux processus essentiels:

  1. la nourriture qui subsiste dans l'intestin moyen est digérée et assimilée

  2. les organes de l'imago (insecte adulte) commencent à se former.

Normalement, le stade pupal dure environ de 4 à 5 semaines, selon la température. Plus la température est élevée, plus le stade pupal est court; inversement il s'allonge lorsque la température s'abaisse et peut durer plus de 50 jours sous certains climats. Une température trop élevée ou trop basse provoque la mort de la pupe.

A la fin de cette période, la mouche adulte est prête à sortir de la pupe.

3.6 MOUCHE ADULTE

3.6.1 Eclosion imaginale (sortie de la mouche adulte) (Fig. 3.2 B). Lorsqu'il est prêt à éclore, le jeune imago gonfle son ptilinium (voir 1.3.4), pour faire sauter l'extrémité antérieure du puparium. Toujours en s'aidant de son ptilinium, la mouche se dégage du puparium par le trou ainsi ménagé et se fraye un chemin à travers le sol jusqu'à l'air libre.

A ce stade, le corps est encore très mou et les ailes sont petites et fripées. Au bout de quelques minutes, les ailes commencent à se déplier pour atteindre leur taille normale.

3.6.2 Mouche ténérale (voir 7.5). Entre l'éclosion imaginable et la prise du premier repas, le jeune insecte est appelé mouche ténérale. La face ventrale de l'abdomen est blanchâtre et translucide, on peut encore faire saillir le ptilinium lorsqu'on presse avec les doigts les deux côtés de la tête, le corps est mou au toucher.

3.6.3 Mouche non ténérale (voir 7.5), Après le premier repas de sang, la face ventrale de l'abdomen prend une couleur qui tire sur le jaune crème, Lorsque la mouche est tenue S la lumière, on peut voir les contours sombres du dernier repas. Le thorax est plus ferme et plus dur en raison du plus grand développement des muscles qu'il contient. On ne peut plus aussifacilement faire saillir le ptilinium.

3.7 TAUX DE REPRODUCTION

Une fois accouplée, une femelle peut produire des larves pendant toute son existence. Aux températures de l'ordre de 25°C, une femelle donne naissance tous les 9 a 10 jours à une larve entièrement développée sauf la première qui est pondue 18 à.20 jours après que la mouche soit sortie du puparium (voir 8.5.2 et fig. 8.6). Lorsque la température s'abaisse, le taux de reproduction diminue et inversement lorsque la température s'élève. Toutefois, si la température est trop basse ou trop élevée, la reproduction s'arrête.


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