L'agent de terrain utilise normalement une carte donnant la répartition géographique des tsé-tsé de son propre pays: la carte nationale de répartition de la tsé-tsé. Cette carte sera révisée de temps à autre au siège central.
Au cours de son travail, l'agent de terrain fera des observations concernant les variations de la répartition des tsé-tsé dans son secteur et en rendra compte au service dont il dépend.
L'agent de terrain doit s'intéresser a la répartition des tsé-tsé dans des zones débordant les frontières de son propre pays et cela, pour un certain nombre de raisons :
Très souvent, les zones à glossines s'étendent sans interruption d'un pays à l'autre par-delà les frontières nationales. Les opérations de grande envergure contre la tsé-tsé doivent en tenir compte et il faudra souvent assurer une liaison entre les agents de terrain travaillant de part et d'autre d'une frontière. Ce type de coopération aura certainement plus d'importance à l'avenir qu'il n'en a eu jusqu'ici.
Il peut se faire qu'une zone à glossine prenne de l'extension jusqu'à avoisiner et même franchir une frontière international. Le personnel de lutte doit donc être au courant de la situation dans les pays voisins et être prêt à faire face à tout événement de ce genre.
La connaissance de la répartition des glossines à l'échelle du continent permet à l'agent de terrain de mieux comprendre ce qui peut empêcher la propagation de la mouche et de voir si elle a des chances de franchir les frontières d'un pays donné.
Les espèces du groupe Morsitans ne vivent pas dans les régions les plus humides (foret ombrophile, marais à palétuviers - voir Volume II, Chapitre 1), mais se rencontrent dans une grande partie de la savane africaine (savane arborée, savane boisée et les fôrets claires). Leur répartition semble être limitée par la rigueur de l'hiver dans le sud (Zimbabwe, Botswana) et la chaleur sèche dans le nord de 1'Afrique occidentale et de l'Afrique centrale. Lorsque les conditions climatiques sont moins rigoureuses, leur répartition peut être limitée par la rareté du gibier sur lequel elles se nourrissent ainsi que par l'absence d'arbres.
Glossina morsitans (Carte 5.1) est l'espèce la plus répandue. Sa répartition n'est pas connue avec exactitude dans tous les pays. La sous-espèce G.m. submorsitans s'étend sur une zone très vaste mais fragmentée dans toute l'Afrique occidentale, le sud duSoudan, le nord de l'Ouganda et le sud-ouest de l'Ethiopie. De vastes zones à G.m. centralis existent au Zaïre, en Zambie, en Angola, au Botswana, enTanzanie, au Rwanda et au Burundi; des zones à G.m. morsitans se rencontrent en Tanzanie, au Mozambique, au Zimbabwe, en Zambie et au Malawi.
La ligne qui sépare ces deux sous-espèces (G.m. morsitans et G.m. centralis) correspond approximativement à la ligne de partage des eaux océan Atlantique/océan Indien.
Glossina swynnertoni (Carte 5.1) se limite à deux zones: au Kenya et en Tanzanie, entre le lac Victoria et l'océan Indien.
Glossina pallidipes (Carte 5.2) s'étend le long des régions côtières du Kenya et de la Somalie et abonde dans ce dernier pays le long de certaines vallées fluviales. Elle est également présente en Ethiopie, au Soudan, en Tanzanie, au Mozambique, au Zimbabwe, en Zambie, au Zaïre et en Ouganda.
Glossina longipalpis (Carte 5.2) occupe en Afrique occidentale une large zone qui va du Sénégal au Nigéria avec des zones isolées à la frontière nigério-camerounaise ainsi que dans le nord-ouest du Zaïre (Equateur). En général, elle se rencontre dans des régions de savane plus méridionales et plus humides que les zones a G_.morsitans encore qu'il y ait un certain recouvrement des secteurs infestés par ces deux espèces.
Glossina austeni (Carte 5.3) ne se rencontre que dans les pays de la côte est: Somalie, Kenya, Tanzanie, Mozambique et les régions du nord-est de l'Afrique du Sud. On l'a également observée au Zimbabwe.
Le groupe palpalis est principalement confiné aux régions très humides de l'Afrique, les marais à palétuviers (Mangrove), la forêt ombrophile, les rives des lacs et les forêts-galeries longeant les rivières.

Carte 5.1 Répartition géographique de Glossina morsitans (en noir) et G. swynnertoni, une espèce très voisine (en pointillé).

Carte 5.2 Répartition géographique de Glossina longipalpis (à l'ouest de la ligne) et de G. pallidipes (à l'est de la ligne).

Carte 5.3 Répartition géographique de Glossina austeni
Les individus de ce groupe ne s'éloignent guère de l'eau (rivières et lacs) même lorsqu'ils pénètrent dans des zones plus humides; toutefois, là où l'humidité ambiante est plus importante, il est possible qu'ils s'éloignent davantage des étendues d'eau.
Glossina palpalis (Carte 5.4) vit dans les régions humides d'Afrique occidentale, du Sénégal au Cameroun, ainsi qu'au sud, le long de la côte, jusqu'en Angola. En Afrique occidentale, elle remonte davantage vers le nord au Mali et au Sénégal qu'elle ne le fait au Nigéria. Les secteurs qui en sont infestés, entre le Cameroun et l'Angola, ont une longue frontière commune avec ceux de G. fuscipes, les deux zones d'infestation ne se recouvrant guère.
Glossina fuscipes (Carte 5.4) occupe une importante zone intérieure centrée sur le Zaïre, qui déborde quelque peu sur tous les pays avoisinants, ainsi que le Gabon, le Cameroun et l'extrême sud du Tchad.
Glossina tachinoides (Carte 5.5) se répartit dans une large zone allant de la Guinée à l'ouest, à la République centrafricaine à l'est. En outre, on trouve beaucoup plus loin à l'est de petites zones isolées sur la frontière soudano-éthiopienne. Au Nigéria et au Tchad, cette espèce est capable de vivre plus au nord que G. palpalis ou G. fuscipes.
Glossina caliginea et G. pallicera sont essentiellement cantonnées aux marais à palétuviers (Mangrove) et la forêt dense d'Afrique occidentale, en s'étendant à l'est, jusqu'au Gabon.
Le groupe fusca offre trois principaux modes de répartition.

Carte 5.4 Répartition géographique de Glossina palpalis et de G. fuscipes. La ligne blanche en pointillé marque la limite approximative des zones infestées par chacune des deux espèces. Les zones se recouvrent légèrement.

Carte 5.5 Répartition géographique de Glossina tachinoides.
Répartition de Glossina longipennis (Carte 5.6). Cette espèce est confinée au Soudan (pointe sud-est), a l'Ethiopie (frontière méridionale), à la Somalie, au Kenya et à la Tanzanie (région nord-est). Elle vit généralement dans des régions plûtot sèches.
Répartition de Glossina brevipalpis (Carte 5.7). Cette expèce est très largement distribuée dans les régions orientales d'Afrique, de l'Ethiopie et de la Somalie au nord, au Mozambique et à l'Afrique du Sud, au sud. Elle occupe un vaste secteur à l'ouest du lac Tanganyika, au Zaïre.
Répartition des autres espèces du groupe fusca (Carte 5.8).
Globalement, le reste du groupe fusca se limite aux régions où la forêt est plus épaisse; son mode de répartition, rappelle donc plutôt celui de G. palpalis/G. fuscipes (Carte 5.4), à cette différence près que les mouches du groupe fusca ne pénétrant en général pas très profondément dans la forêt-galerie, leur répartition est plus limitée que celle du couple précité. Certaines espèces comme G. tabaniformis, G. nashi et G. haningtoni sont davantage cantonnées à la forêt humide que d'autres espèces telles que G. fusca, G. medicorum, G. fuscipleuris et G. schwetzi, qui sont des espèces de lisière. G. medicorum peut vivre dans des forêts riveraines, en Haute Volta et en Côte d'Ivoire.

Carte 5.6 Répartition géographique de Glossina longipennis.

Carte 5.7 Répartition géographique de Glossina brevipalpis

Carte 5.8 Répartition géographique du groupe fusca (sauf G. brevipalpis et G. longipennis).
| Pays | Groupe Palpalis | Groupe Morsitans | Groupe Fusca |
| Afrique du Sud | austeni | brevipalpis | |
| Angola | palpalis fuscipes pallicera | morsitans | tabaniformis schwetzi nashi |
| Bénin | palpalis tachinoides | morsitans longipalpis | fusca medicorum |
| Botswana | morsitans | ||
| Burundi | fuscipes | morsitans pallidipes | brevipalpis |
| Cameroun | palpalis fuscipes tachinoides pallicera caliginea | morsitans longipalpis | fusca nigrofusca tabaniformis haningtoni nashi |
| Congo République populaire du | palpalis fuscipes pallicera | fusca tabaniformis schwetzi haningtoni nashi | |
| Côte-d'Ivoire | palpalis tachinoides pallicera | morsitans longipalpis | fusca medicorum nigrofusca tabaniformis |
| Ethiopie | fuscipes tachinoides | morsitans pallidipes | longipennis brevipalpis |
| Gabon | palpalis fuscipes pallicera caliginea | fusca tabaniformis schwetzi medicorum haningtoni nashi | |
| Gambie | palpalis | morsitans longipalpis | |
| Ghana | palpalis tachinoides pallicera caliginea | morsitans longipalpis | fusca medicorum nigrofusca tabaniformis |
| Guinée | palpalis tachinoides pallicera | morsitans longipalpis | fusca tabaniformis nigrofusca |
| Guinée-Bissau | palpalis | morsitans longipalpis | fusca |
| Guinée équatoriale | palpalis fuscipes | fusca tabaniformis haningtoni | |
| Haute-Volta | palpalis tachinoides | morsitans longipalpis | medicorum |
| Kenya | fuscipes | morsitans swynnertoni pallidipes austeni | longipennis brevipalpis fuscipleuris |
| Libéria | palpalis pallicera | fusca medicorum nigrofusca | |
| Malawi | morsitans pallidipes | brevipalpis | |
| Mali | palpalis tachinoides | morsitans | |
| Mozambique | morsitans pallidipes austeni | brevipalpis | |
| Namibie | morsitans | ||
| Niger | tachinoides | morsitans | |
| Nigéria | palpalis tachinoides pallicera caliginea | morsitans longipalpis | fusca medicorum tabaniformis nigrofusca haningtoni |
| Ouganda | fuscipes | morsitans pallidipes | longipennis brevipalpis fusca fuscipleuris tabaniformis nigrofusca |
| République centrafricaine | palpalis fuscipes tachinoides pallicera caliginea | morsitans | fusca fuscipleuris tabaniformis nigrofusca haningtoni nashi medicorum |
| Rwanda | fuscipes | morsitans pallidipes | brevipalpis |
| Sénégal | palpalis | morsitans longipalpis | |
| Sierra Leone | palpalis pallicera | longipalpis morsitans | fusca nigrofusca |
| Somalie | pallidipes austeni | longipennis brevipalpis | |
| Soudan | fuscipes tachinoides | morsitans pallidipes | longipennis fusca fuscipleuris |
| Swaziland | austeni | ||
| Tanzanie | fuscipes | morsitans swynnertoni pallidipes austeni | longipennis brevipalpis fuscipleuris |
| Tchad | fuscipes tachinoides | morsitans | |
| Togo | palpalis tachinoides | morsitans longipalpis | fusca |
| Zaïre | palpalis fuscipes pallicera | morsitans longipalpis pallidipes | fusca fuscipleuris tabaniformis nigrofusca haningtoni schwetzi severini vanhoofi brevipalpis medicorum |
| Zambie | fuscipes | morsitans pallidipes | brevipalpis |
| Zimbabwe | morsitans pallidipes austeni |
Le mode de répartition des espèces de glossine résulte principalement de l'existence de barrières climatiques et écologiques qui en limitent la propagation.
Par exemple, Glossina austeni pourrait probablement vivre dans la majeure partie de l'Afrique occidentale mais n'a jamais pu envahir ces régions en raison de leur altitude, du fait que les biotopes ne lui conviennent guère et de la grande distance qui les sépare.
Les mouches du groupe palpalis n'ont jamais atteint les bassins fluviaux qui se déversent dans l'océan Indien. Si elles l'avaient fait, certaines de ces espèces auraient probablement envahi une grande partie de la côte est.
On trouvera ci-après une brève description de la manière dont certaines caractéristiques du climat et de la végétation, ainsi que la possibilité de disposer de sources de nourriture, peuvent limiter la large distribution de la tsé-tsé sur le continent africain. La manière dont ces facteurs influent sur la vie des tsé-tsé, et notamment sur leur répartition locale, est exposée dans le Volume II, paragraphe 1.1 (voir également la carte 5.9).
5.6.1 Basses températures. L'extrémité méridionale des zones à glossine du Sud du Mozambique, du Zimbabwe, du Botswana, du sud de l'Angola et de la Zambie, connaît de longues périodes de froid. Ces pays ont des hivers longs et froids, où il gèle souvent, qui ne conviennent guère aux glossines. Lorsqu'il fait froid, la mouche ne peut se déplacer a la recherche de sa nourriture. Dans le sol à basse température, la pupe ne peut parvenir au terme de son développement avant épuisement de ses réserves alimentaires.

Carte 5.9 La répartition géographique de la glossine, comparée à celle de la forêt ombrophile, de la savane humide et de la savane sèche.
Les hautes terres plus au nord sont également dotées d'un climat trop froid pour que la tsé-tsé puisse survivre; c'est le cas par exemple des hauts plateaux du Kenya et d'Ethiopie ainsi que le long des lignes de partage des eaux des bassins fluviaux.
5.6.2 Températures élevées. Des températures élevées s'ajoutant à la sécheresse et à l'absence de couverture végétale, rendent le nord de l'Afrique occidentale, la plupart des régions du Soudan et certaines zones du Kenya, d'Ethiopie et de Somalie, inhospitalières pour la tsé-tsé. Lorsque la température moyenne est trop élevée, les glossines se réfugient en effet dans des zones localement plus fraîches où elles peuvent survivre, par exemple le long des berges fluviales que recouvrent les galeries forestières.
5.6.3 Climats secs. Pour pouvoir survivre, la pupe de nombreuses espèces de glossine a besoin d'un sol humide (mais non détrempé). Cette particularité limite probablement l'extension de la plupart des espèces, à l'exception de certaines espèces du groupe morsitans et de G. longipennis.
En raison de l'habitude qu'elles ont de vivre dans les galeries forestières à proximité de l'eau, les glossines du groupe palpalis, et plus spécialement G. palpalis et G. tachinoides peuvent s'étendre en suivant les cours d'eau beaucoup plus au nord en Afrique occidentale, que les mouches du groupe morsitans.
5.6.4 Absence de nourriture. L'absence de nourriture en quantité suffisante, fait que certains secteurs sont exempts de tsé-tsé, même s'ils leur sont favorables à d'autres égards. Les forêts claires sur sable du Kalahari en Zambie (Province occidentale), au Zimbabwe et au Botswana en sont un exemple.
La flambée de peste bovine qui a balaye l'Afrique à la fin du siècle dernier a éliminé la plupart des animaux sur lesquels se nourrissaient les glossines et il en est résulté une importante réduction des zones infectées. Depuis cette époque il y a eu ou il y a encore reconstitution, tant du gibier que des zones infestées.
5.6.5 Absence de couvert végétal. Pour se protéger des rigueurs du climat chaud, la mouche tsé-tsé a besoin d'un couvert végétal: arbres, buissons, fourrés. La tsé-tsé ne séjourne presque jamais en permanence en prairie ou dans les zones de petite végétation, mais il lui arrive de s'aventurer dans certaines zones de prairies et de les traverser.
Certaines espèces peuvent marquer leur préférence pour un type particulier de végétation. Par exemple, la répartition inégale de Glossina austeni est due en partie au fait qu'elle suit la distribution des fourrés humides à feuilles persistantes où elle vit.
5.6.6 Association de ces facteurs. Il est très fréquent que certains de ces facteurs s'associent pour limiter la répartition géographique de la tsé-tsé. Par exemple, au nord de l'Afrique occidentale, loin des rivières, le climat peut être très chaud et très sec selon la saison et la végétation petite et herbacée. Ce n'est qu'à proximité des rivières, où poussent arbres et broussailles, que la tsé-tsé peut survivre grâce à l'ombrage qu'ils apportent et à l'humidité qu'ils retiennent.
Dans certaines forets claires de miombo en Afrique centrale et orientale, la tsé-tsé peut être absente, rare ou commune, en fonction de la température moyenne et de l'abondance du gibier. Toutefois, la où l'on pourrait penser que la température est trop basse, il peut tout de même y avoir des tsé-tsé en raison de l'abondance du gibier.

Carte 5.10 Les pays d'Afrique infestés par la tsé-tsé