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PARTIE1
POTENTIEL ET UTILISATION DU BETAIL TRYPANOTOLERANT

POPULATION

CHAPITRE 1
LES POPULATIONS ET LEUR VARIATION

Les pays étudiés sont bien évidemment les mêmes que ceux présentés dans les volumes 1 et 2 de ce document. La seule différence notable est l'ajout des données de la Guinée Equatoriale qui n'avait pas été prise en compte initialement.

Autre différence significative, le manque de nouvelles données fiables pour les différentes régions d'un même paye n'a pas permis de reprendre la distinction entre données générales et données relatives à la zone d'étude pour les pays dont une partie du territoire n'est pas affectée par la trypanosomiase animale.

La description géographique, relief et hydrographie, de la zone est donc inchangée. En ce qui concerne le climat et la végétation, il faut noter que la fin des années 1970 et la première moitié des années 1980 ont été marquées par de faibles niveaux de précipitations dans les pays sahéliens et limitrophes. Les conséquences immédiates en ont été une dégradation accrue de la végétation et une progression alarmante du phénomène d'érosion et de désertification. Il semble toutefois que la situation climatique ait tendance à s'améliorer depuis lors.

Directement lié à l'évolution du climat et de la végétation, la répartition des glossines a, elle aussi, été modifiée. Seules quelques études ponctuelles ont été réalisées récemment et ont été reprises par KATONDO (1984) dans son souci d'actualiser la carte de répartition des glossines publiée par le CSTR/OUA en 1977. De façon très générale et très grossière, on peut considérer que la limite nord de répartition des glossines se situe, selon les pays, entre 50 et 100 km plus au sud que celle indiquée dans le volume 1.

Ce chapitre examinera successivement les populations humaine et animale puis les effectifs bovins et ovins-caprins trypanotolérants par race.

1.1. LES POPULATIONS HUMAINE ET ANIMALE

Le tableau 1.1. présente les statistiques générales pour l'année 1985 pour l'ensemble des pays étudiés: superficies, populations humaines, populations et densités animales.

1.1.1. Les populations humaines

La population humaine totale des 19 pays étudiés est estimée en 1985 à environ 205 millions d'habitants, soit 37% de la population du continent africain pour une superficie qui ne représente que 26% de celui-ci. La densité moyenne y est de 26 habitants au km2 comparée à 19 habitants au km2 pour l'ensemble de l'Afrique. Les densités extrêmes pour les pays étudiés sont de 104 habitants au km2 au Nigeria et de 4,1 en République Centrafricaine.

Si l'on compare ces données à celles présentées dans le volume 1, on constate une augmentation de la population des pays étudiés de l'ordre de 40 millions d'habitants sur une période moyenne de huit années. Cela représente un rythme de croît annuel moyen de 2,8%. Ce chiffre cache toutefois de grands écarts entre pays puisque l'on estime le taux de croît de la population humaine en Guinée Equatoriale à 1,8% et à 4% en Côte d'Ivoire.

En ce qui concerne les densités humaines, celles-ci sont passées de 21 habitants au km2 en 1977 à 26 habitants au km2 en 1985.

1.1.2. Les populations bovines

Les 19 pays étudiés possèdent en 1985 environ 37 millions de bovins soit 21% du cheptel bovin africain et, parmi ceux-ci seuls 9,8 millions sont classés comme bovins trypanotolérants. Cet écart est dû aux importantes populations de zébus qui vivent en dehors des zones infestées au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso et au Nigeria (près de 20 millions de têtes dont la moitié au Nigeria) ou dans des zones à infestation glossinaire négligeable comme au Cameroun et en République Centrafricaine.

En nombre de têtes au km2, le pays le plus densément peuplé en bovins est la Gambie avec près de 30 têtes au km2 suivi par le Nigeria avec 12 têtes au km2. A l'autre extrême on trouve les pays d'Afrique centrale (Gabon, Congo, Zaïre et Guinée Equatoriale) avec une demi tête ou moins de bovin au km2.

Il est dangereux de comparer directement les chiffres présentés ci-dessus à ceux de 1977 car les sources ne sont pas les mânes et certains pays ont, depuis lors, bénéficié de recensements plus précis et ont rectifié leurs statistiques nationales. Si l'on veut toutefois comparer les populations bovines de ces pays entre 1975 et 1985, on peut reprendre les chiffres cités par HOSTE (1987a) provenant de sources identiques pour les grandes régions d'élevage d'Afrique tropicale.

Si, en moyenne, les populations bovines ont augmenté au cours de la période étudiée au rythme de 1,4% pour l'ensemble de l'Afrique tropicale, les taux de croît en Afrique soudano-sahélienne, en Afrique occidentale humide et sub-humide et en Afrique centrale humide ont été respectivement de 2,3%, 1,0% et 3,9%. En Afrique orientale et en Afrique australe les taux de croît étaient de 0,8% et 1,0%.

Tableau 1.1 Population humaine et animale (1985)

PaysSuperficieHabitantsPopulation animaleDensités animales dans la zone d'étude
BovinsOvinsCaprinsBovins (têtes/km2)Ovins-Caprins (têtes/km2)poids vif (g/habitant) (*)
TotalTrypan.
Sénégal196200603800022000001053000196700098300010,8 (4)11,2 (8)69,8 (7)
Gambie1130069588630500029900016200017500029,5 (1)29,8 (2)82,0 (4)
Guinée Biseau361258700003000003000001100002300008,3 (7)9,4 (10)64,6 (8)
Guinée24590060000002307000230700010260009147859,4 (5)7,9 (11)69,9 (6)
Sierra Leone7230037000003332003332002640001450004,6 (10)5,6 (12)16,9 (14)
Liberia114400206149812600126002100002000000,1 (17)3,6 (14)4,9 (18)
Dali1240000785000066630001092000632900069283005,3 (9)10,7 (7)173,0 (1)
Burkina Faso2742006836000300000010000002100000264500010,9 (3)17,3 (5)86,2 (3)
Côte d'Ivoire3225001018700092200067200010320007480002,8 (14)5,5 (13)17,9 (13)
Ghana238500122055741002000994000155476012826774,2 (12)11,9 (6)18,1 (12)
Togo5680030150002470002420006207727349374,3 (11)23,0 (3)22,4 (11)
Bénin1126223833000922000760000124290010932008,2 (8)20,7 (4)51,8 (9)
Nigeria923750960000001090000020000095000002230000011,8 (2)34,4 (1)25,3 (10)
Cameroun4750009972000409900011000230000025000008,6 (6)10,1 (9)77,4 (5)
RCA6230002607000214740074009361910167483,4 (13)1,8 (16)144,4 (2)
Gabon2677001300152174001740096000900000,06(18)0,7 (19)50,0 (17)
Congo34200019000006500065000850001800000,2 (16)0,8 (18)8,4 (16)
Zaïre234500029671407146100045110096420045017000,6 (15)2,3 (15)11,8 (15)
Guinée Equa.280513000603201005000200000,01(19)0,9 (17)1,8 (19)
Totaux792234820502257736903920981680029662251466883474,69,637,1

(*) 1 bovin = 0,66 UBT
1 petit ruminant =0,08 UBT
1 UBT (Unité Bétail Tropical) = 250 kg poids vif.

Source: Auteurs de l'étude

1.1.3. Les populations ovines et caprines

Les données relatives aux effectifs des petits ruminants sont encore plus aléatoires et moins fiables que celles concernant les bovins. En 1985 les effectifs totaux des petits ruminants dans les 19 pays étudiés sont de 77 millions de têtes dont 30 millions d'ovins et 47 millions de caprins.

La densité moyenne des petits ruminants au km2 est de près de 10 têtes pour l'ensemble des 19 pays étudiés avec comme extrême le Nigeria d'un côté avec 34 têtes au km2 et le Gabon de l'autre avec 0,7 tête au km2.

La comparaison directe des effectifs cités ci-dessus avec ceux de 1977 entraînerait des conclusions erronées. En terme de populations la comparaison entre 1975 et 1985 présentée par HOSTE (1987a) indique un taux de croît de 1,8% pour l'ensemble de l'Afrique tropicale, de 2,2% pour l'Afrique soudano-sahélienne, de 1,6% pour l'Afrique occidentale humide et sub-humide, de 0,5% pour l'Afrique centrale, de 1,7% pour l'Afrique orientale et de 1,6% pour l'Afrique australe.

1.2. LES BOVINS TRYPANOTOLERANTS

Le tableau. 1.2. présente pour chaque pays les effectifs et l'importance relative (exprimée en pourcentages) de chaque groupe de bovins trypanotolérants.

Sur les 10 millions de bovins trypanotolérants recensés en 1985, le groupe des taurins à longues cornes, représenté par la race N'dama, est le plus important avec 49,5% des effectifs totaux. Il est suivi par le groupe des taurins à courtes cornes de savane avec 20% de la population bovine trypanotolérante puis par celui des taurins à courtes cornes nains avec 1% des effectifs totaux. Les populations métis zébu × N'dama et zébu × taurin à courtes cornes représentent respectivement 12,6% et 16,9% de l'ensemble de la population bovine trypanotolérante.

Si l'on compare ces données avec celles de 1977 citées dans le volume 1, on constate que la population bovine trypanotolérante a augmenté à un rythme annuel moyen de 3,2% au cours de ces huit dernières années.

Cette croissance relativement élevée est essentiellement due à une augmentation importante de la population N'dama qui, au cours de cette période, a eu un taux de croît de 4,5% et a augmenté de 45 à 50% sa part relative de l'ensemble des bovins trypanotolérants.

Tableau 1.2 Effectifs bovine par catégoire et par pays (1985)

PaysN'damaTaurin Bain à courtes cornesTaurin de Savane à courtes cornesZébu × N'damaZébu × Taurin à courtes cornes
Nombre%Nombre%Nombre%Nombre%Nombre%
Sénégal64400013,2 -- 409000i33,0 -
Gambie2900005,9----9000i0,7--
Guinée Biseau3000006,2--------
Guinée219200045,3 ---115000j9,3--
Sierra Leone3332006,9--------
Liberia71000,165500a5,4------
Sali4090008,4----683000k55,2--
Burkina Faso----490000d24,9--510000j30,8
Côte d'Ivoire1380002,81000b0,9350000d17,8--183000j11,1
Ghana302000,6100c0,1839300e42,7--124400n7,5
Togo50000,12500b2,4158000f8,0--76500o4,6
Bénin5000,0137500b36,658000f2,9--664000p40,2
Nigeria260000,5526000c25,553000g2,8--95000q5,8
Cameroun17000,031000c1,08300h0,5----
RCA6000,01--6700d0,37100l --
Gabon160000,34500b0,5500d 4000,1--
Congo544001,110600b10,5- - --
Zaire4150008,315000b17,1- 21100m1,7--
Gainée Equa.----100h0,03----
Total486270010099700100196390010012376001001652900100
Pourcentage de la population trypanotolérante totale49,5 1,0 20,0 12,6 16,9 

a. Liberian Dwarf
b. Lagune.
c. Muturu de forêt.
d. Baoulé.
e. Ghana Shorthorn.
f. Somba.
g. Muturu de savane
h. Bakosi, Doayo, Kapsiki.
i. Djakoré.
j. Méré.
k. Bambara.
l. Zébu Mbororo × N'dama.
m. N'dama × Mateba et N'dama × Angola ou Africander.
n. Ghanaian Sanga.
o. Borgou.
p. Borgou et métis Borgou.
q. Keteku.

Source: Auteurs de l'étude

La population taurine à courtes cornes de savane a augmenté à un rythme de 2,0% par an mais sa part relative a régressé de 22% à 20% au cours de cette même période. La population taurine à courtes cornes naine, quant à elle, est restée quasiment stationnaire avec un taux de croît annuel de 0,2% et en conséquence sa part relative a également diminué, passant de 1,3% à 1,0% de la population bovine trypanotolérante.

L'opinion très largement répandue que les zébus sont responsables d'un métissage accéléré et d'une disparition des races trypanotolérantes pures n'est pas confirmée par les chiffres puisque cette population métis zébu × taurin n'a augmenté au cours de la période considérée qu'au rythme de 2,1% et que sa part relative dans la population totale trypanotolérante a légèrement diminué de 32% à 29%.

Il faut toutefois se garder d'une confiance aveugle en ces résultats car dans la plupart des pays les effectifs bovins sont très approximatifs et sont le plus souvent le résultat de projections plutôt que de recensements réels. Ceci étant dit, on peut toutefois tenter d'étudier les évolutions de chaque groupe trypanotolérant au sein des pays et tenter de discerner si les changements observés sont réels ou dûs à des réajustements nationaux des effectifs.

1.2.1. Les taurins à longues cornes

Le tableau 1.3. présente la répartition géographique du N'dama dans sa zone d'extension naturelle et dans sa zone d'implantation pour l'année 1985.

Dans la zone d'extension naturelle, les effectifs de Guinée Bissau, de Guinée et de Sierra Leone ont fait l'objet d'études plus précises que celles citées dans le volume 1. Ils ne peuvent donc pas être comparés directement. Parmi les éléments préoccupants et significatifs, il faut retenir la baisse importante des effectifs N'dama au Sénégal (-14%), au Mali (-12%) et au Liberia (-35%). Seul dans la zone d'extension naturelle, la Côte d'Ivoire semble avoir fortement développé sa population N'dama.

Dans la zone d'implantation les résultats peuvent être plus facilement comparés et l'on constate une très forte augmentation de la population N'dama dans cette zone puisque les effectifs ont augmenté de 80% au cours des huit années étudiées (308.000 têtes en 1977 et 549.400 têtes en 1985). Un taux de croît moyen annuel ne peut toutefois pas être calculé car de nombreuses importations ont eu lieu au cours de cette période (SHAW et HOSTE, 1987).

Tableau 1.3 Répartition géographique du N'dama (1985)

PAYSEffectifs N'dama de la zone d'étudeImportance du N'dama dans le pays par rapport à la population N'dama totaleEffectifs bovins totaux de la zone d'étudeImportance du N'dama dans la population totale
Zone d'extension naturelle    
Guinée219200045,3230700095,0
Sénégal64400013,3220000029,2
Mali4090008,466630006,1
Gambie2900005,930500095,1
Sierra Leone3332006,9333200100
Guinée Bissau3000006,2300000100
Côte d'Ivoire1380002,892200014,9
Libéria71000,161260056,3
Sous-total431330088,961304280033,0
Zone d'implantation    
Zaïre4150008,3146100027,3
Congo544001,16500083,7
Ghana302000,610020003,0
Nigéria260000,55109000000,2
Gabon160000,341740091,9
Togo50000,12470002,0
Cameroun17000,0340990000,04
RCA6000,0121474000,03
Bénin5000,019220000,05
Burkina Faso- 3000000-
Guinée Equa.- 320-
Sous-total54940011,04238611202,2
Total48627001003690392013,1

Source: Auteurs de l'étude

1.2.2. Les taurins à courtes cornes de savane

Le tableau 1.4. indique les effectifs des taurins à courtes cornes de savane dans leur zone d'extension naturelle et dans leur zone d'implantation pour l'année 1985.

Tableau 1.4. Répartition géographique des taurins de savane à courtes cornes d'Afrique Occidentale (1985).

Pays et RacesEffectifs taurins de savane de la zone d'étudeImportance des taurins de savane dans le pays par rapport à la population totale de taurins de savaneEffectifs bovins totaux de la zone d'étudeImportance des taurins de savane dans la population bovine totale de la zone d'étude
Zone d'extension naturelle.    
Ghana (Ghana Shorthorn)83930042,7100200083,7
Burkina Faso (Baoulé ou Mèré)49000024,9300000016,3
Côte d'Ivoire (Baoulé)35000017,892200037,9
Togo (Somba)1580008,024700063,9
Bénin (Somba)580002,99220006,3
Nigeria (Muturu)530002,8109000000,5
Cameroun (Doayo, Kapsiki, Bakosi)83000,540990000,2
Sous-total195660099,6210920009,2
Zone d'implantation    
RCA (Baoulé)6,5–75000,3721474000,3
Guinée Equa.100 32031,2
Gabon (Baoulé)5000,031740028,7
Sous-total73000,421651200,4
Total1963900100230101208,5

Source: Auteurs de l'étude

Dans la zone d'extension naturelle, les taurins à courtes cornes de savane se sont particulièrement bien développés au Ghana (+36%) et en Côte d'Ivoire (+40%). Leurs effectifs sont restés stationnairesau Burkina Faso et au Togo et ont fortement diminué au Bénin (-23%) etau Nigeria (-35%).

Dans la zone d'implantation, le principal pays concerné est la République Centrafricaine où les effectifs de la race Baoulé ont encore diminué de moitié au cours des huit années étudiées.

1.2.3. Les taurins à courtes cornes nains

De la même façon que pour les deux groupes précédents, le tableau 1.5. présente par pays les effectifs des taurins à courtes cornes nains pour l'année 1985.

Tableau 1.5. Répartition géographique des taurins nains à courtes cornes (1985).

Pays et RacesEffectifsImportance dans le pays par rapport à la population totale de taurins à courtes cornesEffectifs bovins totaux dans la zone d'étudeImportance des taurins à courtes cornes dans la population bovine totale de la zone d'étude
Zone d'extension naturelle    
Bénin (Lagune)3750036,69220004,1
Nigeria (Muturu)2600025,5109000000,2
Liberia (Muturu)55005,4126004,4
Togo (Lagune)25002,52470001,0
Côte d'Ivoire (Lagune)10000,99220000,1
Cameroun (Muturu)10000,940990000,02
Ghana (Muturu)1000,110020000,01
Sous-total7360071,9181046000,4
Zone d'implantation    
Zaïre (Lagune)1500017,114610001,2
Congo (Lagune)1060010,56500016,3
Gabon (Lagune)5000,5174002,8
Sous-total2610028,115434001,8
Total99700100196480000,5

Source: Auteurs de l'étude

Que ce soit dans la zone d'extension naturelle ou dans la zone d'implantation, les effectifs totaux sont restés plus ou moins stationnaires entre 1977 et 1985.

Les principaux changements à noter sont la rapide disparition des Muturu au Liberia (-63%) et au Nigeria (-32%) qui serait compensée par une augmentation de la population Lagune au Bénin (+87%). Les effectifs étant toutefois très réduits et les recensements incertains, il suffit de retenir que ce groupe de taurins trypanotolérants a réussi à peu près à maintenir ses effectifs au cours de la période étudiée mais reste toujours fortement menacé de disparition.

1.2.4. Les métis zébu × taurin

Le tableau 1.6. présente les effectifs zébu × N'dama et zébu × taurin à courtes cornes par pays.

Tableau 1.6. Répartition géographique des métis Zébu × taurin (1985)

Pays et RacesEff. métis Zébu × N'damaEff. métis Zébu × taurin courtes cornesImportance des métis par rapport à la population métis totaleEffectifs bovins totaux de la zone d'étudeImportance des métis dans la population bovine totale du pays
Mali (Méré)683000_23,6666300010,2
Bénin (Borgou)-66400022,992200072,0
Burkina Faso (Méré)-51000017,6300000017,0
Sénégal (Djakoré)409000-14,1220000018,6
Côte d'Ivoire (Méré)-1830006,492200019,8
Ghana (Sanga)-1244004,4100200012,4
Guinée115000-3,9723070004,9
Nigeria (Kétéku)-950003,27109000000,8
Togo (Borgou)-765002,724700030,9
Zaïre21100-0,7314610001,4
Gambie9000-0,313050002,9
RCA (Bamabara)100- 21474000,004
Gabon400 -0,02174002,3
Total123760016529001003209380011,1
2890500

Source: Auteurs de l'étude

Il semble bien que globalement la population zébu × N'dama augmente plus rapidement que la population zébu × taurin à courtes cornes (+2,5% par an par rapport à +1,8%). Les pays dans lesquels la population zébu × N'dama a fortement augmenté sont la Guinée et le Mali. De plus, un nombre significatif de ces métis est apparu en Gambie, ce qui est un élément nouveau.

La population zébu × taurin à courtes cornes s'est, quant à elle surtout développée en Côte d'Ivoire où elle aurait quintuplé au cours de la période étudiée et au Bénin (+33%). Ses effectifs seraient stationnaires au Burkina Faso, au Ghana et au Togo. La différence d'effectifs observée pour le Nigeria semble plus due à la différence entre les recensements qu'à une situation réelle.

1.3. LES PETITS RUMINANTS TRYPANOTOLERANTS

Les estimations des effectifs de petits ruminants pour chaque pays ont été présentées dans le tableau 1.1. Il y aurait donc 77 millions de petits ruminants dans les 19 pays étudiés dont 30 millions d'ovins et 47 millions de caprins soit 1,6 caprin pour 1 ovin dans la zone.

Si l'on veut obtenir une estimation des populations trypanotolérantes, il faut éliminer les populations importantes de petits ruminants non-trypanotolérants que l'on trouve au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso, au Nigeria, au Cameroun et au Zaïre. Le tableau 1.7. présente les meilleures estimations qui ont pu être faites compte tenu des nombreuses inconnues qui demeurent.

Il y aurait donc 32 millions de petits ruminants trypanotolérants dans les 19 pays d'Afrique occidentale et centrale répartis en 12 millions d'ovins et 20 millions de caprins. Dans les pays d'Afrique occidentale, à l'exclusion du Nigeria, les populations ovines et caprines ont une taille relativement comparable avec une légère supériorité des ovins sur les caprins (9,4 millions par rapport à 9,1 millions). En revanche, au Nigeria et dans les pays d'Afrique centrale, il y a nettement plus de caprins que d'ovins (10,8 millions de caprins pour 2,6 millions d'ovins). Les rapports entre les deux espèces peuvent être très élevés tels que 11 caprins pour 1 ovin en République Centrafricaine ou presque 5 caprins par ovin au Zaïre.

Vu le degré d'imprécision des statistiques relatives aux petits ruminants, il n'est pas possible de comparer les effectifs cités avec ceux présentés dans le volume 1. Il semble toutefois que les populations ovines et caprines trypanotolérantes soient plutôt en stagnation qu'en forte progression.

Tableau 1.7. Effectifs ovins et caprins trypanotolérants par pays (1985)

PAYSOvinsCaprinsOvins + Caprins
SENEGAL770*385*1.155*
GAMBIE162175337
GUINEE BISSAU110230340
GUINEE1.0269151.941
SIERRA LEONE264145409
LIBERIA210200410
MALI1.265*1.385*2.650*
BURKINA FASO1.170*1.830*3.000*
COTE D'IVOIRE1.0327481.780
GHANA1.5551.2832.838
TOGO6217351.356
BENIN1.2431.0932.336
NIGERIA1.000*5.320*6.320*
CAMEROUN540*585*1.125*
REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE941.0171.111
GABON9690186
CONGO85180265
ZAIRE770*3.600*4.370*
GUINEE EQUATORIALE52025
TOTAL12.01819.93631.954

Note: * Estimations
à partir des proportions retenues par FAO/ILCA/UNEP (1980) appliquées aux populations actuelles.

Source: Auteurs de l'étude

En conclusion à ce chapitre, on peut extraire de cette présentation des effectifs des populations humaine et animale en 1985 et de leur comparaison avec ceux cités dans le volume 1, quelques grandes idées:

-   Les populations animales totales ont augmenté en effectifs au cours de la période étudiée mais à un rythme moins rapide que celui de la population humaine.

-   Les populations bovines trypanotolérantes ont réussi à soutenir un rythme de croissance relativement élevé de 3,2% l'an mais cela est essentiellement dû à l'engouement pour la race N'dama dont le taux de croît a été de 4,5% au cours de la période étudiée.

-   L'idée généralement admise que les métis zébu × taurin se développent très rapidement dans la zone au détriment des races trypanotolérantes pures ne semble pas être confirmée par les statistiques globales disponibles, mais cela dépend bien évidemment des pays.

-   Les populations ovines et caprines trypanotolérantes se sont développées à un rythme relativement lent, très en deçà des valeurs attendues pour ces espèces.

-   Si quelques progrès ont été réalisés au cours de ces dernières années pour pouvoir disposer de statistiques nationales fiables et comparables entre années, des efforts importants restent encore à faire dans ce domaine.

RECHERCHE

CHAPITRE 2
LES ACTIVITES DE RECHERCHE

Les recherches sur le bétail trypanotolérant peuvent être classées en deux grande thèmes, selon qu'elles mettent l'accent sur l'étude et l'augmentation de la productivité de ces races ou qu'elles cherchent à appréhender le phénomène de la trypanotolérance. Ces deux thèmes sont évidemment complémentaires et interactifs mais sont présentés séparément dans un souci de clarté. Avant d'aborder les résultats obtenus dans ces deux domaines, un premier paragraphe est consacré aux récents développements des politiques de recherche dans les différents pays concernés.

2.1. Les politiques de recherche dans le domaine de l'élevage du bétail trypanotolérant.

Il serait fastidieux de passer en revue les différentes politiques de recherche des 19 pays d'Afrique occidentale et centrale. De plus, un certain nombre de ces pays n'ont pas changé de politique de recherche depuis l'étude antérieure, poursuivant leurs efforts pour améliorer leurs productions animales. Il a donc semblé plus intéressant de dégager quelques grandes lignes et quelques faits qui ont marqué ces dix dernières années.

Parmi les événements les plus importants dans le domaine de la recherche sur le bétail trypanotolérant, il faut signaler le Centre International sur la Trypanotolérance (CIT/ITC), basé en Gambie, qui est devenu opérationnel en 1984.

L'ITC a vu le jour grâce à une volonté politique marquée de la Gambie et a bénéficié d'un prêt de la Banque Africaine de Développement (BAD) à ce pays pour les constructions, dans le cadre d'un projet national de développement de l'élevage. Ce centre a également mis sur pied un programme de recherche dont la composante entomologique est financée par l'Overseas Development Administration du Royaume-Uni (ODA) et les composantes santé et production animales par des fonds régionaux de la Communauté Economique Européenne (CEE) par le truchement du Centre International pour l'Elevage en Afrique (CIPEA) et du Laboratoire International de Recherche sur les Maladies Animales (LIRMA).

Le Sénégal participe activement à ce programme de recherches en collaboration avec l'ITC à partir de sa base de Kolda, en Casamance. Il faut noter également un changement de la politique de la recherche dans le domaine de l'élevage de ce pays qui favorise maintenant les études en milieu villageois plutôt qu'en station et qui a adopté une approche “systèmes” qui semble très prometteuse.

En Guinée une décision, très importante compte tenu des effectifs trypanotolérants de ce pays, a été prise dans le domaine de la recherche en productions animales. Il s'agit de l'arrêt des programmes de croisement de la race N'dama avec les races exotiques du type Rouge des Steppes. Corrélativement, priorité a été donnée aux recherches sur la race N'dama et à la mise en place d'un programme national d'amélioration de celle-ci.

En revanche, le Mali semble vouloir poursuivre, au Centre de Recherches Zootechniques de Sotuba, les opérations de croisement de la race N'dama avec des races exotiques du type Rouge des Steppes en vue d'améliorer la production laitière dans la périphérie de la capitale. Parallèlement, le Laboratoire Central Vétérinaire (LCV) étend ses activités de recherche aux stratégies d'utilisation des produits trypanocides sur les différents types de bétail et à la lutte contre les glossines.

Le Burkina Faso continue, quant à lui, à apporter son soutien au Centre de Recherche sur les Trypanosomoses Animales (CRTA) et à ses deux composantes: le programme “glossines” et le programme “trypanotolérance”. Inversement, le Togo a souhaité arrêter les programmes de recherche sur la trypanotolérance entrepris au Centre de Recherche et d'Elevage d'Avetonou (CREAT) et donner comme priorité à ce centre la production de boeufs de culture attelée et de viande.

Le Cameroun, malgré ses effectifs bovins trypanotolérants très réduits, a décidé que l'Institut de Recherches Zootechniques (IRZ) garderait et étudierait en station les races bovines trypanotolérantes autochtones Ce souci se rapproche plus d'un objectif de conservation du patrimoine national mais cet effort méritait d'être souligné.

Les pays d'Afrique centrale restent toujours plus préoccupés par la manière de multiplier leur cheptel trypanotolérant que par une recherche proprement dite sur ces races. Les seules activités de recherche sur le bétail trypanotolérant sont celles entreprises au Gabon et au Zaïre dans le cadre du Réseau Africain d'Etude du Bétail Trypanotolérant décrit ci-après. Le programme “petits ruminants” au Congo peut éventuellement être cité dans cette catégorie car il a des objectifs de recherche appliquée. Cela ne compose toutefois pas de véritables politiques de recherche dans le domaine du bétail trypanotolérant.

2.2. Recherches sur la productivité des races trypanotolérantes

Deux études ponctuelles ont été achevées au cours de la période étudiée et ont permis d'améliorer l'état des connaissances sur la productivité des race6 trypanotolérantes. La première, entreprise au Sénégal, a été publiée par FALL et al.(1982) et a permis de mieux cerner la productivité des moutons Djallonké et des bovins N'dama élevés en station, à KoIda. La seconde, réalisée en Sierra Leone et publiée par CAREW et al.(1986), a fourni des résultats comparatifs de la productivité de la race N'dama avec celle de la race Sahiwal et de leurs métis à la station de Teko. L'analyse de ces données et la rédaction de ces rapports ont été réalisés conjointement avec le groupe “Productivité animale et Trypanotolérance” du CIPEA.

Toutefois, ce qui a surtout marqué la période écoulée, c'est la constitution du “Réseau Africain d'Etude du Bétail Trypanotolérant” par le CIPEA et le LIRMA et les enseignements que celui-ci a déjà fourni.

La création de ce réseau découle directement des résultats de l'étude entreprise conjointement par la FAO, le CIPEA et le PNUE et publiés dans les deux premiers volumes de cette étude. La présentation succincte de ce réseau est empruntée en grande partie au CIPEA (1986a) et à Hoste (1987b).

Beaucoup d'informations avaient été recueillies au cours des visites entreprises en 1977 et 1978 dans le cadre de cette étude FAO/CIPEA/PNUE. Les résultats de ce travail ont surtout permis de revaloriser l'image du bétail trypanotolérant en démontrant sa relativement bonne productivité. La publication de ce travail a également suscité un regain d'intérêt pour le bétail trypanotolérant. Toutefois, il est apparu clairement qu'il était nécessaire d'obtenir des données plus précises notamment en ce qui concerne la productivité des diverses races trypanotolérantes vivant dans des milieux différents et soumises à des risques de trypanosomose et à des modes d'élevage variables.

C'est pour tenir compte de ces impératifs que le CIPEA a mis en place un réseau de recherche “afin d'améliorer la production animale dans les zones d'Afrique infestées par les glossines grâce à une meilleure compréhension de la résistance génétique, de la résistance acquise, des facteurs écologiques influant sur la vulnérabilité et sur l'efficacité des mesures de lutte actuelles, et grâce à une application optimale des connaissances et des résultats récents de la recherche” (CIPEA, 1986a).

Les sites où le réseau s'est implanté ont été choisis sur la base de plusieurs critères: complémentarité du point de vue du degré de morbidité, du risque de trypanosomose et des races; volonté de coopérer de la part des institutions nationales; présence d'une infrastructure de base pour la recherche; et disponibilité de donateurs pour fournir les fonds supplémentaires indispensables.

Le succès d'un tel réseau, qui requiert la collecte d'un très grand nombre de données dans des domaines aussi différents que le milieu, l'épidémiologie vétérinaire et les paramètres de production animale, repose sur la normalisation des protocoles et des systèmes d'enregistrement des informations et sur la formation du personnel de terrain chargé de rassembler ces dernières. A cet égard, le CIPEA, en collaboration avec le LIRMA et le Centre international sur la physiologie et l'écologie des insectes (ICIPE), organise chaque année des cours de formation en anglais et en français depuis 1982 et a publié en 1983 un manuel de formation (MURRAY et al., 1983).

Au sein du réseau, la formation, la surveillance des protocoles sur les maladies animales et l'évaluation du risque trypanosomien incombent au LIRMA, alors que le CIPEA est chargé de coordonner les recherches dans les sites retenus et de travailler conjointement avec les organisations nationales et les donateurs. Le CIPEA s'occupe également de la production et de la nutrition animales, ainsi que du traitement des données.

En décembre 1986, 53 agents de terrain avaient été formés et 11 sites dans 7 pays faisaient partie du réseau. Le tableau 2.1. présente les populations glossiniennes et animales étudiées dans chaque site (CIPEA, 1987). Ce tableau illustre bien l'éventail très large des combinaisons entre les populations de glossines et les systèmes d'élevage dans lesquels les données sont systématiquement enregistrées. De plus, des informations complémentaires ont été fournies par l'analyse complète des données d'un site associé au réseau situé en Tanzanie.

Tableau 2.1. Populations glossiniennes et animales dans chaque site

SitePaysTsé-TséEspècesTypeSystèmes d'élevage
KoloZaïrepalpalisBovinTrypanotolérantRanch
Avetonou  TogopalpalisBovinTrypanotolérant et non-trypanotolérantRanch et village
OvinVillage
SokodeTogopalpalisOvin et caprinTrypanotolérantVillage
TengrelaCôte d'IvoirepalpalisBovin et ovinTrypanotolérant et non-trypanotolérantVillage
BoundialiCôte d'IvoirepalpalisBovin et ovinTrypanotolérant et non-trypanotolérantVillage
IdiofaZaïrepalpalis et fuscaBovinTrypanotolérantVillage
OGAPROVGabonpalpalis et fuscaBovinTrypanotolérant et non-trypanotolérantRanch
MushieZaïrefuscaBovinTrypanotolérantRanch
MuhakaKenyasorsitans et fuscaBovinNon-trypanotolérantVillage
GhibeEthiopiasorsitans et palpalisBovinNon-trypanotolérantVillage
ITCThe Gambiasorsitans et palpalisBovinTrypanotolérantVillage

Source: CIPEA, 1987

Toutefois, dès la fin 1985, 8 sites avaient déjà recueillis des données couvrant une période d'au moins 2 ans, du 1er janvier 1984 ou 31 décembre 1985. Une réunion interne au réseau a alors été convoquée pour mettre au point une méthode d'analyse des résultats préliminaires obtenus dans chaque site. Les actes de cette réunion ont été publiés en juin 1986 (CIPEA, 1986a) et les résultats des deux premières années d'existence du réseau l'ont été en décembre de la même année (CIPEA, 1986b).

Depuis lors le Réseau a poursuivi ses activités et une nouvelle réunion, tenue en novembre 1987, a rassemblé plus de 100 chercheurs qui ont passé en revue les progrès réalisés dans leurs recherches. Quatorze sites, situés dans 9 pays, y étaient représentés. Des chercheurs issus d'autres institutions nationales ou internationales ont également participé à cette réunion au cours de laquelle d'éminents spécialistes ont présenté un état des connaissances dans leurs domaines respectifs.

En plus de la présentation des résultats obtenus, cette réunion a été l'occasion d'évaluer l'ensemble des programmes et de planifier les recherches futures du réseau. Celles-ci seront menées selon quatre thèmes principaux:

-   l'épidémiologie de la trypanosomose

-   la trypanotolérance

-   la génétique de la trypanotolérance

-   l'évaluation biologique et économique de l'effet des interventions sur la productivité.

D'autres informations sur ces quatre thèmes sont données dans les sections correspondantes qui suivent.

2.3. Recherches sur la trypanotolérance

Comme cela a été clairement indiqué en introduction à ce chapitre, la séparation entre recherches sur la productivité et recherches sur la trypanotolérance est relativement arbitraire. Il est bien évident, par exemple, que les informations recueillies et analysées par le “réseau africain d'étude du bétail trypanotolérant” du CIPEA et du LIRMA permettront de mieux comprendre la trypanotolérance.

Cela n'empêche pas, bien au contraire, des laboratoires nationaux, bilatéraux et internationaux d'effectuer des recherches plus fondamentales sur le complexe vecteur-parasite-hôte. Ce sont celles-ci qui sont présentées dans ce paragraphe. L'objectif ultime de ces recherches reste, il ne faut pas l'oublier, de trouver un moyen de renforcer la trypanotolérance des races trypanotolérantes et de l'induire chez les races autochtones ou exotiques trypanosensibles en vue d'accroître le potentiel de production animale des régions infestées par les glossines.

Etant donné qu'aucune institution n'est capable d'aborder par elle-même tous les aspects du problème, chaque laboratoire ou centre s'est plus ou moins spécialisé. Les recherches en cours sont regroupées en fonction de leur objet principal: le vecteur, le parasite ou l'hôte. Bien que les deux premiers facteurs ne soient pas directement liés à la trypanotolérance, l'étude de celle-ci doit nécessairement en tenir compte. Le bilan présenté ci-après est repris de HOSTE (1987a) et CIPEA (1988a).

2.3.1. La capacité vectorielle des glossines

La capacité vectorielle d'une espèce de glossine pour une espèce de trypanosome se définit comme la conjugaison des aptitudes de cette espèce à s'infecter en se nourrissant sur une ou plusieurs espèces d'hôtes-réservoirs, à développer une infection dans son organisme et à transmettre les trypanosomes à ses hôtes. Ces trois aptitudes sont sous la dépendance de nombreux facteurs que l'on peut classer en facteurs intrinsèques à la glossine (espèce, sexe, âge, conditions physiologiques, préférences alimentaires); en facteurs propres aux trypanosomes (souche, formes, nombre); et en facteurs écologiques (facteurs climatiques, disponibilité des hôtes).

Divers instituts de recherche africains et européens, notamment le Centre international sur la physiologie et l'écologie des insectes (ICIPE) au Kenya et le Tsetse Research Laboratory (TRL) de Langford, Bristol (Royaume-Uni), ont entrepris des recherches dans ce domaine.

Un article de synthèse sur le “risque” trypanosomien a été publié récemment par ROGERS (1985). Le problème semble même se compliquer depuis lors puisque de6 recherches récentes ont révélé l'existence de différences de sensibilité aux trypanosomes au sein de souches de glossines (MAUDLIN et al., 1986).

Les facteurs régissant l'attractivité entre les glossines et leurs hôtes mammifères constituent un autre aspect important de cette recherche. Il convient de les examiner non seulement au niveau de la race ou de l'espèce mais aussi de l'individu puisque, de toute évidence, plus le nombre de piqûres augmente plus le risque d'infection croît. Les principales institutions qui s'occupent de cette question sont l'ICIPE, le TRL, le Tropical Development and Research Institute (TDRI) au Royaume-Uni, la Division de lutte contre les glossines et la trypanosomiase des services vétérinaires du Zimbabwe et, plus récemment, le groupe de lutte antiglossines du Centre de Recherche sur les Trypanosomoses animales (CRTA) au Burkina Faso.

Les chercheurs impliqués dans le Réseau Africain d'Etudedu Bétail Trypanotolérant s'efforcent également d'appréhender lesdifférents facteurs déterminant la pression glossinaire et laprévalence trypanosomienne dans le bétail.

2.3.2. L'étude du parasite

Le LIRMA travaille activement à approfondir les connaissances actuelles sur le trypanosome, ses caractéristiques, son évolution et sa capacité de modifier sa structure. L'objectif de ces recherches est d'essayer de freiner la multiplication des trypanosomes, ce qui pourrait aboutir à la production d'un vaccin.

Les infections trypanosomiennes, particulièrement chez les animaux trypanotolérants, donnent souvent lieu à des parasitémies basses et sporadiques. Il est donc nécessaire de mettre au point des méthodes plus sensibles de diagnostic applicables sur le terrain, particulièrement là où on ne peut réaliser des prélèvements qu'à faible fréquence. De telles méthodes contribueront à améliorer la précision du diagnostic de la trypanosomose et les recherches sur la trypanotolérance.

Le CRTA étudie également le trypanosome, mais surtout pour surveiller et comparer son évolution chez les animaux trypanotolérants et les animaux trypanosensibles.

2.3.3.La réponse des hôtes définitifs

Deux axes de recherche bien distincts sont actuellement explorés: l'étude des mécanismes impliqués dans le phénomène de la trypanotolérance et la caractérisation de la trypanotolérance et des animaux les plus trypanotolérants.

De nombreux centres de recherches en Afrique et dans le monde se penchent actuellement sur la définition de la trypanotolérance, les moyens de la mesurer, ou au moins de l'évaluer, et les critères de sélection qui pourraient être utilisés.

La trypanotolérance apparait associée à au moins trois caractères apparemment liés mais dont le contrôle génétique est indépendant, c'est à dire l'aptitude à contrôler la parasitémie, l'aptitude à résister au développement de l'anémie et l'aptitude à développer une réponse immunitaire efficace (MURRAY, 1988).

Concernant les mécanismes impliqués dans la résistance aux trypanosomes, des études très détaillées du développement des chancres qui peuvent se créer à l'endroit de la piqûre de la glossine ont été entreprises par le LIRMA et le CRTA mais aucun résultat convaincant n'a été trouvé (LIRMA, 1986).

Les recherches entreprises notamment par infections expérimentales à la seringue suggèrent que les différences de parasitémie peuvent être le résultat de différences innées au niveau de la réponse immune et que, au sein de celle-ci, la réponse en anticorps serait le mécanisme le plus important. Plusieurs autres facteurs comme la capacité de l'hôte à stimuler le pléomorphisme chez le trypanosome ou certains facteurs physiologiques peuvent également être impliquée dans ces mécanismes de résistance aux trypanosomes. Une synthèse complète sur ce sujet a été écrite par MURRAY, MORRISON et WHITELAW (1982) et une autre, plus spécifique sur l'immunologie de la trypanosomose africaine par ROELANTS et PINDER (1984). Le LIRMA (LIRMA, 1986) et le CRTA sont les deux principaux organismes qui s'occupent de cet aspect de la réponse de l'hôte.

De nombreux facteurs individuels et extérieurs empêchent souvent de comprendre ce phénomène de trypanotolérance, le rendant aussi difficile qu'intéressant à étudier En effet, la trypanotolérance peut être affectée par l'âge et le sexe de l'animal, l'immunité transmise par la mère, les infections antérieures, les stresses tels que ceux dus, par exemple, à une mauvaise alimentation, à un surcroît de travail, à une maladie intercurrente ou à l'état physiologique (sevrage, parturition, lactation) et par la sensibilité de l'animal à d'autres maladies. Elle peut également être compromise par l'intensité du risque trypanosomien et la virulence de la souche de trypanosome en cause. L'état des connaissances sur l'influence de tous ces facteurs sur la trypanotolérance a été dressé par MURRAY et al. (1982) et plus récemment par TOURE et HOSTE (1986).

Dans le domaine de la génétique de la Trypanotolérance, les chercheurs du Réseau Africain d'Etude du Bétail Trypanotolérant se limitent principalement à l'approche traditionnelle de l'amélioration génétique de la résistance aux maladies qui pourra fournir des informations qui auront des applications pratiques immédiates sur la sélection animale. Des résultats prometteurs les ont conduits àdéployer des efforts importants pour calculer l'héritabilité et les corrélations génétiques entre les critères liès aux caractères décrits par MURRAY (CIPEA, 1988).

Par ailleurs le complexe majeur d'histocompatibilité (CMH) a été associé à la résistance aux maladies dans quelques espèces d'animaux domestiques et de laboratoire. Une association entre le CMH et la trypanotolérance, et l'identification d'individus disposant d'une trypanotolérance supérieure grâce à cette association, pourrait constituer un pas en avant vers l'élaboration économique de programmes pratiques de sélection sur la trypanotolérance (TEALE et al., 1988).

Des efforts importants sont également dirigés vers l'identification de marqueurs génétiques qui puissent caratériser les animaux trypanotolérants et trypanosensibles. Idéalement il faudrait que ces marqueurs soient également faciles à utiliser, bon marché et puissent servir de critères de sélection pour la trypanotolérance. Deux centres qui étudient cet aspect de la trypanotolérance sont situés en Afrique de l'ouest: le CRTA au Burkina Faso et le Centre de recherche et d'élevage d'Avetonou au Togo (CREAT). Des chercheurs du LIRMA sont également impliqués dans ce type de recherche ainsi que d'autres instituts européens, notamment l'Animal Breeding Research Organization (ABRO) d'Edinbourg, Ecosse (Royaume-Uni), l'Institut de médecine tropicale (IMT) d'Anvers (Belgique) et l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Jouy-en-josas (France).

Bien qu'aucun paramètre définitif et simple n'ait encore été trouvé, il semblerait que l'on ait obtenu des résultats prometteurs en comparant les hémotypes d'animaux trypanotolérants et trypanosensibles, à savoir le polymorphisme des protéines sériques (albumine, transferrine), les erythrocytes (groupes sanguins, hémoglobine, purine nucléoside phosphorylase, anhydrase carbonique, malate déhydrogénase) et les leucocytes (système d'histocompatibilité majeur, adénosine désaminase)(CRTA, 1986).

En conclusion à ce chapitre sur les activités de recherche qui ont été entreprises depuis la publication des volumes 1 et 2 de cette étude, il faut remarquer que des progrès décisifs ont été réalisés tant au niveau des pays que des organismes de recherche.

La quasi-totalité des pays d'Afrique occidentale et centrale confrontés au problème de la trypanosomiase animale ont pris conscience de l'intérêt des races trypanotolérantes pures et de la nécessité d'entreprendre des recherches sur celles-ci. L'enthousiasme avec lequel les organismes de recherche nationaux ont accepté d'intégrer ou souhaitent faire partie du réseau d'étude du bétail trypanotolérant en est la meilleure preuve.

La création et l'implantation, au cours de la même période, de ce “réseau africain d'étude du bétail trypanotolérant” qui couvre ou prévoit de couvrir à très court terme 16 sites dans 10 pays (CIPEA, 1988b) traduit bien le dynamisme des deux grands centres internationaux de recherche que sont le CIPEA et le LIRMA. Le montage financier qui a permis au Centre international sur la trypanotolérance (le CIT/ITC) de voir le jour traduit également la volonté de la communauté internationale de participer aux efforts de recherche sur le bétail trypanotolérant.

Tous ces résultats sont évidemment encourageants. Toutefois, il faut prendre conscience de l'immensité du travail qu'il reste encore à accomplir et ne pas relâcher les efforts qui ont déjà été consentis. Une des caractéristiques de la dernière décennie aura été une meilleure communication entre les institutions nationales et internationales de recherche. Il en est résulté une large concertation voire même dans certains cas une conception intégrée des programmes. Les agences de financement l'ont compris et encouragent désormais cette étroite liaison. Les réunions biannuelles du Conseil Scientifique International de Recherches sur les Trypanosomiases et leur contrôle de l'Organisation de l'Unité Africaine (ISCTRC-OUA) ont largement contribué à la communication et à la concertation entre les chercheurs.


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