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LECTURES ESSENTIELLES (Cont.)

IISD Commerce et développement. Rapport.№7

Savoir traditionnel et produits brevetables

1. Introduction

Le savoir traditionnel est représenté par les informations, les capacités, l'expérience et les produits- souvent associés aux autochtones - qui sont acquis, expérimentés, enrichis et passés de génération en génération. Le savoir traditionnel est profondément enraciné dans un contexte politique, culturel, religieux et environnemental spécifique; il fait partie de l'interaction que la communauté entretien avec l'environnement naturel.

Au niveau mondial, les normes minimum et les critères pour la protection d'un brevet sont établis par les accords de l'OMC sur les Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (accord ADPIC). Quoique l'accord ADPIC n'affronte pas directement le savoir traditionnel, le sujet et la nature des droits conférés aux détenteurs de brevets ont des implications pour les groupes autochtones au niveau de la protection du savoir traditionnel. Ces points seront explorés plus en détail ci-dessous.

L'Article 27 de l'accord ADPIC demande aux pays membres de rendre des brevets disponibles pour des produits ou des processus novateurs dans tous les domaines technologiques, à condition qu'un minimum de critères de nouveauté, d'esprit d'invention et d'applicabilité industrielle soient satisfaits. L'Article 27.3(b) exige aussi la protection des différentes variétés de plantes, soit sous la forme d'un système de brevet, soit par le biais d'une protection sui generis1. En économie industrielle, les brevets sont des instruments pour récompenser des comportements novateurs associés à un monopole lucratif temporaire. La délivrance d'un brevet sert de puissant encouragement pour entreprendre des recherches et en commercialiser les résultats. Étant donné que l'accord ADPIC permet aux pays membres de délivrer des brevets pour les plantes et les autres formes de vies, un fort encouragement existe pour les recherches conduites dans les régions du monde riches en biodiversité. Ceci est d'autant plus vrai depuis que les thérapies à base de plantes, les semences domestiques et les recherches et efforts novateurs qui y sont associés, sont apparus comme un élément important du succès de la médecine moderne/de la biotechnologie agricole. C'est ici que les effets d'encouragements des droits au brevet touchent plus directement au savoir traditionnel. Ce savoir en effet, comprend des pratiques agricoles/médicales fondées sur la connaissance de l'environnement naturel - et surtout des plantes - qui permet de soigner les membres de la communauté.

2. Quels sont les problèmes?

Il y a deux problèmes principaux dans la relation entre l'accord ADPIC et le savoir traditionnel.

  1. Droits de propriété, culture de possession et savoir traditionnel

    Au sein de certains groupes indigènes, le savoir traditionnel est systématisé et régularisé par certains membres du groupe. Fréquemment cependant, le savoir traditionnel n'est «possédé» par personne, dans le sens du monde de l'ouest. Il est utilisé et développé pour le bénéfice de la communauté toute entière et l'idée de l'utilisation exclusive d'un savoir pour un profit individuel est répréhensible pour de nombreux détenteurs de savoirs traditionnels.

    De plus, ceux qui s'opposent à la protection du savoir traditionnel par un brevet ont déclaré qu'une telle protection minera ultérieurement le processus selon lequel le savoir a été historiquement acquis, préservé et utilisé dans les communautés autochtones. La base historique pour le développement du savoir traditionnel représentait en effet un arrangement qui aurait été utilisé pour le bénéfice de la communauté. Le concept de bénéfices individuels et de propriété exclusive pourrait corroder cet arrangement, et le résultat serait l'arrêt du développement du savoir. La même préoccupation a été soulevée pour ce qui concerne la protection du savoir traditionnel par le biais de droits d'auteur et de marque de fabrique.

  2. Appropriation du savoir traditionnel

    Un autre problème à l'intersection du savoir traditionnel et du style de brevet de protection ADPIC, c'est l'appropriation du savoir traditionnel par les chercheurs, les érudits et les institutions externes à la communauté qui n'ont ni le consentement de la communauté ni les accords pour partager les bénéfices dérivant de l'utilisation du savoir. Ces acteurs proviennent généralement mais pas toujours, du monde développé. Même quand l'accès au savoir traditionnel a été autorisé, la question principale est de comprendre si les communautés qui sont la source de ce savoir ont été compensées, et s'il en est ainsi, si les niveaux de compensation étaient équitables. Trop souvent, les communautés ne sont pas équitablement dédommagées, bien quelles soient la source principale d'au moins certains des capitaux intellectuels et des matières premières utilisées dans le développement de produits ou de processus brevetables.

    Les communautés traditionnelles sont généralement désavantagées quand elles traitent avec les «bio-prospecteurs» - ceux qui cherchent et font la moisson de plantes médicales, de variétés de plantes agricoles et de ressources génétiques à des fins commerciales et qui demandent l'aide et le savoir des communautés. Les communautés n'ont pas toujours la faculté de comprendre la valeur commerciale du savoir qu'on leur demande de dévoiler, ni l'habileté de négocier, en termes équitables, pour que cette divulgation représente une opportunité de partage des bénéfices économiques de tout aboutissement de la commercialisation du savoir.

    Il serait souhaitable de remarquer que ces précieux services devraient être rémunérés, que le brevet soit ou ne soit pas en fin de compte accordé. Par exemple, le savoir traditionnel pourrait simplement informer les chercheurs de ce qui pourrait être une recherche qui n'a pas de chances d'aboutir. En effet, même un tel savoir négatif a une valeur économique dans la mesure où il peut donner à une entreprise un avantage dans la phase de recherche de développement du produit. Des décisions judiciaires dans certains pays développés ont reconnu la valeur de ce qu'on appelle des «impasses» dans le calcul des dommages monétaires pour le détournement des intérêts du propriétaire.

3. Alternatives au modèle ADPIC

L'accord ADPIC est seulement l'un des nombreux modèles institutionnels qui a comme objectif la protection et le traitement équitable du savoir traditionnel. En effet, l'une des difficultés principales rencontrée, est la multitude d'acteurs et d'institutions qui ont des approches et des mandats partiels qui quelquefois se chevauchent et qui ne sont pas coordinés entre eux. Cette section traitera plus en détail le nouveau Traité sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) et la Convention sur la biodiversité. D'autres organismes comprennent l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) (qui s'occupe des options judiciaires pour la défense et la protection positive du savoir traditionnel), l'Organisation mondiale de la santé (issue de la médecine traditionnelle), l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (qui s'occupe de la protection des traditions populaires et de l'héritage culturel), la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (s'occupe de la protection du savoir traditionnel en relation avec l'accord ADPIC) et le Sous-comité des Nations Unies sur les droits humains (qui examine les implications des droits humains dans l'accord ADPIC, y compris les questions de la protection du savoir traditionnel). Si l'objectif est un système multilatéral efficace et juste, cette dispersion de responsabilités institutionnelles représente l'un des plus grands obstacles.

Dans cette section nous allons analyser deux modèles alternatifs existants pour protéger et traiter équitablement le savoir traditionnel: la Convention sur la diversité biologique (CDB) et le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture de la FAO.

  1. La Convention sur la diversité biologique

    Il y a un débat en cours sur les relations entre les critères de brevets de l'accord ADPIC et les obligations de la Convention sur la diversité biologique (CDB). La CDB parmi autres choses, assure les droits souverains d'un pays sur ses plantes et sa faune, ainsi que sur ses ressources génétiques. La CDB assure également que l'accès aux ressources génétiques soit sujette au consentement préalable en connaissance de cause des autorités du pays (y compris le consentement de communautés traditionnelles) et qu'il y ait un juste et équitable partage des bénéfices qui dérivent de la commercialisation du savoir traditionnel ou des produits qui comprennent le savoir traditionnel.

    Ces deux dernières dispositions en particulier ne sont pas assurées dans l'accord ADPIC. Pendant la révision actuelle de l'article 27.3 (b) de l'accord, on a laissé entendre que là où le brevet implique l'utilisation du savoir traditionnel ainsi que la divulgation de ressources d'origine biologique utilisés ou incorporés dans les brevets pour des produits ou des processus, une condition préalable pour l'octroi du brevet devrait être la preuve de l'existence d'un consentement préalable en connaissance de cause et d'accords sur le partage des bénéfices.

    La plupart de ces propositions viennent des pays en voie de développement, mais il n'y a pas de consensus parmi eux sur l'avantage de renégocier de l'article 27.3(b).Cette renégociation en effet, pourrait comporter autant de risques que de bénéfices. Par exemple, les négociations actuelles pourraient bien résulter en l'effacement des exceptions à la brevetabilité et la réduction de la définition de ce qu'il faut entendre par système sui generis. Dans ces cas la plupart des pays en développement préféreraient l'ambiguïté flexible du langage présent.

    Face à ces propositions, les pays développés ont émis des objections, affirmant qu'ils chargeraient excessivement le processus de brevetage et que l'accord ADPIC est une mauvaise tribune pour ce genre de protection du savoir traditionnel. Ces arguments découlent en partie de la conviction que le savoir traditionnel n'est pas et ne devrait pas être couvert par l'accord ADPIC. Les pays soutenant cette position identifient un certain nombre d'obstacles à la protection de la propriété intellectuelle du savoir traditionnel, y compris la difficulté d'identifier les propriétaires (la plupart des savoirs traditionnels sont détenus par la communauté dans son ensemble), la longue période durant laquelle le savoir a existé (les droits de propriété intellectuelle sont protégés durant une période de temps limitée) et les normes légales requises pour la protection de la propriété intellectuelle (telle que la nouveauté et l'inventivité en matière de loi sur les brevets) auxquels certains savoirs traditionnels ne peuvent répondre facilement. Le contre -argument est que, en dépit des difficultés administratives, l'ADPIC devrait couvrir le savoir traditionnel qui, comme la propriété intellectuelle, est le produit d'une activité intellectuelle, d'innovation, de créativité et d'une forme rudimentaire de recherche.

    Plus généralement, les opposants à la protection du savoir traditionnel dans l'accord ADPIC déclarent que le fondement pour la protection de la propriété intellectuelle est de plus en plus utilitaire, tandis que la protection du savoir traditionnel devrait tenir en compte les aspects sociaux et religieux de ce savoir fondé sur la communauté traditionnelle. Ainsi, l'argument est que les objectifs de la CDB peuvent être facilités par une protection différente du savoir traditionnel par rapport à la propriété intellectuelle moderne, plutôt que par un considération holistique des objectifs de la CDB et de l'ADPIC.

  2. Le Traité international sur les ressources phytogénétiques et le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture

    En 1983, le Traité international sur les ressources phytogénétiques (IU), un instrument multilatéral administré par la FAO, a établi que les ressources phytogénétiques et les innovations concernant les plantes font partie du patrimoine commun de l'humanité. L'IU garantit le principe de libre accès aux banques internationales de gènes qui détiennent les semences en fidéicommis pour le bénéfice public. Ces banques de gènes assurent un accès aux échantillons de leurs collections à des fins de recherche mais elles empêchent les utilisateurs d'acheter des droits intellectuels de propriété sur les matériaux distribués. L'importance accordée aux droits de propriété intellectuelle par les pays développés pour stimuler la recherche et encourager les investissements privés dans des activités créatives empêche ces pays de signer l'IU.

    En 2001, un nouveau traité sur les ressources phytogénétiques a été créé: le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture (IT). Ce traité qui est soutenu par de nombreux pays développés et en développement, établit un nouveau système pour accéder aux semences de certaines cultures vivrières et de cultures pour le bétail, qui comprennent la majeure partie de la nutrition humaine. En échange, les groupes privés qui créent des produits commercialement viables à partir des semences de ces banques, doivent verser un certain pourcentage de leurs profits sur un compte en fidéicommis, à moins que le produit ne soit mis, gratuitement, à disposition pour des recherches futures. Les fonds du compte en fidéicommis doivent être utilisés pour faciliter le partage des bénéfices avec les agriculteurs et la conservation des ressources phytogénétiques dans les pays en développement. A ce propos, les accords du nouveau traité rendent de «domaine public» le matériel génétique spécifique et tentent d'établir un moyen de préserver les richesses génétiques de la terre.

    Le nouveau traité IT affronte les questions de savoir traditionnel sous plusieurs aspects. En premier lieu, il subvient aux besoins des droits des agriculteurs et de leurs savoirs traditionnels dans les pratiques agricoles. L'article 9.2 du traité IT stipule que les gouvernements ont la responsabilité de prendre des mesures appropriées pour protéger les droits des agriculteurs. Ces mesures comprennent, inter-alia : «(a) une protection du savoir traditionnel applicable aux ressources phytogénétiques pour la nourriture et l'agriculture ; (b) le droit à une participation équitable dans le partage des bénéfices qui dérivent de l'utilisation des ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture.» Il n'est pas clair, dans le paragraphe suivant, si ces droits sont vendus moins chers par le biais de l'accord ADPIC «Rien dans cet article ne doit être interprété comme limitant les droits que les agriculteurs ont de sauvegarder, utiliser, échanger et vendre des semences de l'exploitation/ matériel de propagation sujet à la loi nationale, de façon appropriée».

    Ensuite, il n'est pas clair si le savoir traditionnel est sujet aux informations des banques de données sur les ressources phytogénétiques qui font partie du nouveau système multilatéral. Si tel est le cas, alors le savoir traditionnel autour des ressources génétiques aurait été lancé dans le domaine public par les termes du traité. S'il en est ainsi, les propositions pour protéger le savoir traditionnel, soit par le biais d'accords sur les droits de propriété intellectuelle, soit par un système sui generis, auront à occlure le savoir qui est couvert par le système IT (en présumant que le traité soit en fin de compte ratifié).

    Enfin, le nouveau traité IT ne stipule pas spécifiquement que les bénéfices partagés iront directement aux communautés autochtones. Quoique l'objectif soit que les agriculteurs des pays en développement bénéficient du système, il n'est pas clair à travers quels les mécanismes cela se passera.

4. D'autres modèles

Une gamme d'autres mécanismes légaux pour la protection du savoir traditionnel a été proposée. Les plus importants d'entre eux sont les propositions pour un régime sui generis qui se compose d'un système de partage des bénéfices ou d'un «modèle de détournement». Le système des bénéfices partagés devrait pouvoir rendre une partie des profits effectués avec la commercialisation du savoir traditionnel aux «propriétaires» de ce savoir. Un modèle de détournement impliquerait la révocation des brevets, ainsi que des autres droits de propriété intellectuelle, sur le savoir traditionnel obtenu sans le consentement du détenteur en titre de ce savoir.

Les efforts d'harmonisation des brevets en cours auprès de l'Organisation mondiale sur la propriété intellectuelle (OMPI) pourrait rendre difficile d'affronter la protection du savoir traditionnel en utilisant le système de brevets. L'harmonisation substantive du droit des brevets, actuellement en phase de négociation, présentera un accord multilatéral sur la délivrance d'un brevet. Il existe actuellement une controverse sur le fait d'établir si le traité doit contenir des conditions concernant la divulgation de l'origine et des exceptions générales pour les brevets fondés sur la protection des intérêts publics (sur lesquels les autorités nationales doivent statuer). Si le problème n'est pas affronté durant les négociations (une éventualité quasi certaine) il éliminera - du moins dans un avenir prévisible - la perspective de conditions requises au niveau national pour que les candidats au brevet dévoilent les origines des plantes ou de tout autre matériel génétique et attestent du consentement préalablement informé. En outre, les pays qui incluent cette disposition dans leurs lois sur les brevets domestiques pourraient être forcés à l'éliminer comme condition à l'adhésion au traité.

5. Implications pour le développement durable

Le développement durable dans le contexte du savoir traditionnel et des brevets a à la fois un aspect institutionnel et substantif. En ce qui concerne les questions importantes, les capacités des pays en développement à régulariser l'accès et l'utilisation des ressources génétiques et la protection du savoir traditionnel, elles sont d'une importance fondamentale pour le développement sur plusieurs niveaux. Elles représentent une condition préalable à la rentabilité économique qui peut augmenter avec les arrangements concernant le partage des bénéfices - des arrangements qui peuvent permettre aux communautés traditionnelles de financer les ressources pour choisir de maintenir leur style de vie traditionnel. En fonction de l'arrangement en question, elles pourraient également aboutir au paiement des communautés traditionnelles pour qu'elles maintiennent la biodiversité en tant que régisseurs.

Du point de vue institutionnel, la forme actuelle des arrangements sur le partage des bénéfices sera fondamentale. On a affirmé que certains types d'arrangements, dépendent de la communauté dans laquelle ils ont été introduits et peuvent avoir pour effet de réprimer le processus traditionnel d'innovation informelle, ce qui agirait contre le bénéfice de la communauté. En général, tout système de bénéfices partagés a des effets sur les structures sociales de la communauté et sur la distribution du pouvoir et des ressources. Le fait que les sociétés traditionnelles aient une multitude de structures sociales différentes rend cette considération difficile à affronter lorsque l'on dessine un système de partage des bénéfices et cela n'a pas une importance secondaire du point de vue du développement durable.

Certains pays en développement ont déjà promulgué des lois domestiques en relation avec la protection du savoir traditionnel. Des efforts législatifs importants ont également été effectués aux niveaux régionaux. De même, le Sommet mondial pour le développement durable (SMDD) (paragraphe 42 (j)) prie les pays de «se soumettre à la législation nationale, de reconnaître les droits des communautés autochtones et locales détentrices du savoir traditionnel, des innovations et de l'expérience» et de «mettre en œuvre et de développer des mécanismes de partage des avantages sur la base d'accords mutuels sur l'utilisation de tels savoirs, innovations et pratiques».

Cependant, sans accords internationaux qui reconnaissent et permettent la protection de ces structures de savoir, les seuls efforts unilatéraux ne suffiront pas à exploiter la valeur du savoir traditionnel à des fins de développement. En fait, même les accords multilatéraux entre les pays en développement et les communautés traditionnelles ne suffiront pas, parce que c'est souvent les pays développés qui exploitent le savoir et les ressources traditionnels. L'absence d'un accord international influencera négativement les perspectives pour les pays en développement de contrôler, de gérer et de bénéficier du savoir traditionnel. Cela a été reconnu pour les ressources génétiques dans le Plan de mise en œuvre du SMDD, qui demande aux pays de négocier dans le cadre de la CDB «un régime international pour encourager et sauvegarder un juste et équitable partage des bénéfices provenant de l'utilisation des ressources génétiques».

On a largement reconnu que les questions de savoir traditionnel et de brevets doivent être affrontés comme une composante fondamentale du développement durable. Les complications des nombreux processus en cours qui se chevauchent, et la complexité des questions impliquées ne réduisent pas l'importance d'affronter ces questions de façon compréhensive en encourageant l'équité, les valeurs sociales et l'intégrité environnementale.

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Notes CA №23 (2000)

Graines de la vie:
Les femmes et la biodiversité agricole en Afrique

Le développement agricole au niveau mondial a eu des effets quelque fois négatifs lorsque les cultures commerciales ont remplacé bon nombre d'espèces végétales locales. Ceci a provoqué une réduction de la diversité du stock de semences. La disparition de plantes médicinales, particulièrement dans les régions dotée d'une grande biodiversité comme les forêts tropicales humides, est une des conséquences négatives qui a été souvent évoqué. La disparition de variétés comestibles naturelles, remplacées par des cultures standard commercialisables, quelquefois génétiquement modifiées, constitue un autre problème sérieux. Des efforts sont à présent développés pour constituer des réserves et des pools de variétés de cultures vivrières en voie de disparition. Les savoirs locaux en matière de plantes comestibles sont critiques pour la biodiversité en Afrique, et les femmes y jouent un rôle vital.

La culture des haricots au Kenya

La culture des haricots chez les kikuyus du Kenya constitue une bonne illustration du problème. Des informations probantes indiquent qu'à l'époque précoloniale une grande variété de haricots étaient cultivés dans la région des hautes terres du Kenya. Ces haricots en tant que source complémentaire de protéines constituaient, en outre du maïs, un élément essentiel du régime alimentaire des habitants des zones rurales. Les variétés locales de haricots noirs appelées “njahe” en langue kikuyu (lablab niger et dolichos lablab pour l'appellation scientifique) et “lablab beans” en anglais, cultivés par les femmes étaient parmi les plus consommées. En outre le haricot “njahe” avait une signification spéciale pour les femmes, car on considérait qu'il favorisait la fertilité et possédait des vertus curatives post-partum. C'était en même temps un aliment considéré comme presque sacré qui poussait sur la montagne Donyo Sabuk, le second lieu de résidence le plus important du créateur dans la religion kikuyu, et était très utilisée dans les cérémonies divinatoires. La culture des haricots au Kenya est pratiquée de manière prédominante par les petits propriétaires terriens, surtout par les femmes pour nourrir leurs familles. Traditionnellement, ces femmes cultivaient des variétés différentes dans un même champ et conservaient de multiple stocks de graines pour pouvoir faire face aux maladies et aux incertitudes climatiques. La base de plats locaux comme le “githeri” et l'“irio” était également constituée de plusieurs types de haricots.

Ces caractéristiques commencèrent cependant à changer durant la période coloniale. L'administration britannique étaient principalement intéressée par la culture du maïs, qui offrait la possibilité de nourrir les travailleurs du rail à moindre frais, et par l'introduction d'autres cultures commerciales telles que le coton et le sisal pour des raisons fiscales. Pour ce faire, les autorités coloniales offrirent des incitations financières et des prix favorables à la culture du maïs. En outre, des variétés nouvelles de haricots blancs et rouges avec un potentiel à l'exportation (vers l'Europe en particulier) furent introduites, afin de remplacer les espèces “autochtones”. Bien que de nombreuses variétés de haricots furent cultivées à titre d'expérience aux cours des ans dans le cadre des programmes de vulgarisation agricole britanniques, très peu se sont adaptés aux conditions locales ou furent intégrés dans les régimes alimentaires locaux. Ceux qui le furent-le haricot canadien et le phaseolus vulgaris en particulier-commencèrent à remplacer le njahe dans la production locale. Les services de vulgarisation agricole britanniques développèrent également des campagnes d'élimination de la culture de plusieurs variétés différentes sur une même surface agricole, au profit d'une variété dite “par lieu”, généralement une variété exportable. Les haricots d'une seule variété pouvaient être vendus à un prix deux à trois fois supérieur à celui des haricots de plusieurs types mélangés.

Le coût de la monoculture

Le phénomène a eu des conséquences réelles sur la nutrition, la biodiversité agricole des hautes terres du Kenya, la fertilité du sol, ainsi que pour les agricultrices elles mêmes. Le remplacement des haricots par le maïs dans les régimes alimentaires locaux a eu un effet négatif pour ce qui concerne l'apport alimentaire global. D'autre part, l'élimination de nombreuses variétés de haricots cultivés durant la période précoloniale a eu pour conséquence l'appauvrissement du stock génétique agricole développé sur des milliers d'années en Afrique de l'Est. La culture intensive du maïs tout en négligeant celle de plantes fixatrices d'azote comme le njahe, ont provoqué l'appauvrissement des sols. La monoculture du haricot a conduit à son tour à une plus grande susceptibilité aux maladies. Finalement, les femmes qui auparavant avait pour occupation économique la culture des haricots leur permettant de nourrir leur famille, ont dû émigrer vers les zones urbaines.

Les politiques coloniales ont continué à être appliquées après l'indépendance pour satisfaire les demandes à l'exportation. Elles ont aussi perpétué le fait que ces activités étaient monopolisées par les hommes. En outre, les diverses pressions économiques et les nécessités de l'existence (comme celles de l'acquittement des droits de scolarité pour les enfants) ont contribué à écarter les femmes de la production de haricots, ce qui les a ainsi empêché de poursuivre la conservation de graines de plusieurs types différents. Ce n'est que dans les années soixante dix que les préjugés contre les haricots traditionnels commencèrent à s'atténuer, lorsque la politique agricole kenyane commença à se “ré-africaniser”.

Autres exemples à travers l'Afrique

La situation décrite n'est pas un phénomène isolé. Ailleurs sur le continent africain des situations similaires existent, avec un appauvrissement graduel des stocks de graines dû à la pression de la pratique des cultures commerciales et à la négligence du rôle des femmes dans l'agriculture et de leur fonction clé en tant que gardiennes de la biodiversité. En fait, l'Afrique est une des régions du monde avec le taux le plus élevé de graines importées par rapport à celles d'origine locale -ce qui est une caractéristique des pays de colonisation comme l'Amérique du nord et l'Australie. Les stocks de graines et le plasme germinatif (patrimoine génétique) constituent une sorte de dépôt botanique des savoirs locaux. Parce qu'elles étaient responsables de la nourriture des familles, les femmes ont été pendant des siècles l'élément central de la surrégénération des graines des cultures vivrières, de leur préservation et domestication et de l'utilisation des plantes sauvages comestibles. Les préoccupations concernant la sensibilité à certaines maladies et l'assurance contre les récoltes déficitaires pour raisons climatiques ont conduit à la diversification des stocks de graines et des méthodes de culture.

Le rôle des femmes dans l'agriculture au plan mondial

Les femmes ailleurs dans le monde ont aussi assumé ce rôle de gardiennes de la biodiversité.

Renverser la tendance

Est-il encore possible pour des pays comme le Kenya de renverser la tendance? Oui, mais il reste trés peu de temps. Le stock des graines en diminution constitue un risque pour la sécurité alimentaire étant donné une plus grande vulnérabilité aux changements climatiques et autres problèmes d'ordre écologique. Pour y faire face, il semble qu'il faudra tenir compte des pratiques traditionnelles en la matière, plus spécialement celles des femmes.

Le haricot njahe a regagné le terrain qu'il avait perdu au cours du siècle dernier. Avec l'abandon des ambitions exportratices de haricots blancs, le goût africain pour les variétés rouges et noires semblent se réaffirmer. Cependant, la production de haricots secs, dont les femmes traditionnellement assuraient le maintien du volume et la diversité, restent encore relativement négligeable dans l'économie Kenyane. Un accroissement de la sensibilité du public aux questions de biodiversité, provoqué par la situation actuelle des forêts tropicales avec la disparition d'espèces médicinales significatives, a suscité de nouveaux espoirs pour l'Afrique et d'autres régions en développement. Le Centre international pour l'agriculture tropicale a Cali (CIAT) en Colombie effectue la coordination de plusieurs participants d'un programme de recherche participatif sur le rôle des femmes dans l'agriculture et la sélection végétale (Recherche Participative et Analyse de Genre «PRGA»: www.prgaprogram.org) Ce centre a aussi ouvert un bureau en Ouganda pour l'«African Highlands Initiative», pour la recherche sur le genre et le rôle des femmes en Afrique de l'Est. En même temps, le «West African Rice Development Association», dont le siège est a Bouaké, en Côte d'Ivoire, a permis qu'une plus grande attention soit donnée à la préservation de la biodiversité par les cultivateurs de riz de la région du Sahel, et a parrainé des recherches sur les pratiques en la matière au Mali du sud-ouest. (Voir www.cgiar.org/warda)

Cet article a été écrit par Peter Easton et Margaret Ronald, de Florida State University. Les recherches ont été efectuées sous les auspices du Club du Sahel/OCDE, du Comité Inter-Etat de lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS) et de l'Association pour le Développment de l'Education en Afrique.

Notes CA №30 (2001)

Le savoir local et le VIH/SIDA:
Le Ghana et la Zambie

En matière d'aide au développement, il a toujours été difficile d'atteindre les pauvres, en particulier, s'agissant du secteur de la santé, avec des hôpitaux présents principalement dans les zones urbaines et dont profite surtout la classe moyenne. Pour les pauvres des zones rurales et de plus en plus des zones urbaines, les seuls soins de santé accessibles et à un prix abordable sont ceux offerts par les guérisseurs traditionnels. La Zambie, avec un nombre de personnes séropositives estimé entre 20 et 25% de la population, compte seulement 900 médecins (dont 600 étrangers), mais possède 40 000 guérisseurs traditionnels enregistrés pour une population de 20 millions d'habitants. Ainsi, le rapport entre médecins et guérisseurs traditionnels est de 1,44 en Zambie et 1,42 au Ghana. Etant donné le rôle culturel central joué par les guérisseurs traditionnels au sein des communautés, ils constituent un espoir pour le traitement et le contrôle de la propagation du SIDA. Mais les guérisseurs dépendent des plantes médicinales qui sont en train de se raréfier à cause de la dégradation de leur milieu naturel dû à la déforestation, à l'agriculture, au sur-pâturage, au brûlage, à la sécheresse, à la désertification, etc… Ce problème a été exacerbé par le manque de gestion rationnelle de la demande nationale et internationale de plantes médicinales. En outre, les guérisseurs ont identifié comme problème important la perte des connaissances autochtones concernant la médecine traditionnelle qui font partie de l'héritage culturel des communautés locales et sont habituellement transmises oralement. Ce savoir est souvent sous-évalué par la jeune génération, en partie au moins parce que les savoirs locaux rapportent économiquement peu au praticien.

En reconnaissance de l'importance de la préservation et de la protection de ce avoir ethnomédical ainsi que des plantes sur lesquelles il est basé, les gouvernements e Zambie et du Ghana, avec l'appui de la Banque mondiale, sont en rain d'établir un pont entre environnement et santé dans la lutte contre le VIH/SIDA. En Zambie, l'organisme d'exécution est le «Traditional Health Practitioners Association ofZambia (THPZ)» (Association des praticiens de santé traditionnels de Zambie), dans le cadre du «Environmental Support Program (ESP)» (Programme d'appui pour l'environnement), sous les auspices du Ministère de l'environnement et des ressources naturelles. Au Ghana, le programme envi sagé fera partie du «Northern Savanna Biodiversity Conservation Project (NSBCP)» (Projet de conservation de la biodiversité de la savanne du nord), sous l'égide du Ministère de la terre, des forêts et des mines. Les deux projets ont pratiquement la même approche avec quelques différences mineures concernant la conception. En Zambie, l'initiative a été intégrée dans un programme déjà existant et au Ghana dans un projet en cours de conception. Ce qui suit est premièrement une courte description du projet zambien et deuxièmement une comparaison des résultats socio-culturels, particulièrement pour ce qui concerne les différences entre les sexes liées à la médecine traditionnelle dans les deux pays, et troisièmement quelques unes des difficultés rencontrées durant la réalisation de cette initiative intersectorielle impliquant le développement des secteurs agricole, de l'environnement, de la santé et rural.

Il y a trois composantes principales à l'initiative: «Protection and Sustainability of Biodiversity for Medical Value: An Initiative to Combat HIV/AIDS» (Protection et durabilité de la biodiversité pour usage médical: Une initiative pour combattre le VIH/SIDA). La première: Conservation de la biodiversité pour la prévention et le traitement du VIH/SIDA, comprend la création de jardins botaniques, d'un herbier et de réserves forestières pour plantes médicinales. Certains des plants viendront de «Spiritual Forests» où ils ont été préservé grâce aux règles et normes traditionnelles ainsi qu'aux tabous qui leur sont associés. La seconde composante: Formation et renforcement des capacités concernent les guérisseurs traditionnels, comprend une longue liste de sujets, dont certains concernent les changements de comportements nécessaires liés au VIH/SIDA; ainsi que la nécessité pour eux grâce à une formation de comprendre les écosystèmes, la nutrition, la toxicologie, les maladies contagieuses, les bases de la virologie et de l'immunologie. En plus des aspects médicaux et environnementaux on procédera également à la formation juridique des guérisseurs afin qu'ils n'enfreignent pas la loi (tel que le «Witchcfaft Act», loi sur la sorcellerie) et puissent mieux comprendre la question des droits de l'homme. La troisième activité (ou composante): Dissémination de l'information/connaissances sur la biodiversité et le VIH/SIDA, mettra en place une stratégie de la communication par le biais de tracts, de lettres d'information, de programmes radio et TV, et de pièces de théatre. Cette activité inclut aussi la création d'une base de données sur les plantes médicinales et la publication d'un manuel pour les guérisseurs traditionnels. Le matériel, les programmes et les publications pour la formation seront dans les langues locales et un programme d'alphabétisation de base sera ajouté pour que les guérisseurs (souvent analphabètes) puissent enregister leurs patients et documenter leurs connaissances.

L'analyse en termes de genre a été essentielle dans la conception du projet à la fois en Zambie et au Ghana où le rôle des femmes diffère. Généralement, la division du travail en fonction des sexes est apparue plus prononcée au Ghana qu'en Zambie. Ceci a des conséquences sur la position des guérisseuses traditionnelles ainsi que sur leur participation aux activités du projet. Certaines des différences socio-culturelles sont analysées ici. En Zambie, les guérisseurs traditionnels ont reçu l'aide des donateurs pour pouvoir s'organiser sur une base nationale et 60% d'entre eux sont des femmes. On dit même que ce nombre va en augmentant en réponse au nombre croissant de malades atteints par le VIH. Les gens appellent le VIH/SIDA «kalaye noko», ce qui signifie: «va et dit au revoirà ta mère», car la plupart des malades vont mourir chez leur mère. Bien qu'au Ghana se soient les femmes qui s'occupent des malades, le contraste est saisissant lorsqu'il s'agit de la pratique de la médecine traditionnelle. Il n'y a pas dans ce pays d'associations de guérisseurs traditionnels et les trois régions du nord ont moins d'un cinquième du nombre total de guérisseurs enregistrés. Parmi ces derniers, moins de 10 % sont des femmes, sauf dans une sous-région où elle constituent 49%. Cependant, ces chiffres réflètent plus les croyances locales que le nombre véritable de guérisseuses. En outre, l'initiative appuyée par la Banque mondiale a pu, sans que cela soi intentionnel, renforcer les préjugés existants contre les femmes, par exemple en formant seulement les guérisseurs enregistrés qui sont des hommes pour la plupart. D'aprés une guérisseuse, au Ghana, si les femmes pratiquent ouvertement la médecine traditionnelle, elles sont qualifiées de sorcières et tenues responsables des évènements malheureux qui arrivent à la communauté. Dans la plupart des cas ces femmes sont désavouées et exclues de leur société. Seule la reine des sorcières, qui est connue pour pouvoir guérir, échappe à ce sort, car elle est reconnue comme particulièrement puissante, au point qu'on ose pas la défier.

Dans les deux pays il est extrèmement rare de trouver des guérisseurs traditionnels qui cultivent des plantes traditionnelles et lorsque cela se produit, c'est parce que l'activité est financée par des donateurs. En Zambie, les guérisseuses se réfèrent souvent à un esprit qui les guide vers les plantes méicinales, qu'elles collectent et préparent elles-mêmes. Au Ghana, il existe des préjugés assez forts contre les femmes qui cueillent les plantes et préparent les médicaments. Les guérisseuses mariées sont bien moins nombreuses que les guérisseurs dans la même situation conjugale. Ceci a été expliqué par une guérisseuse qui a dit qu'elle ne pourrait pas exercer avec un mari vivant avec elle. D'autre part, les guérisseurs n'envoient pas leurs filles dans la forêt chercher des plantes à usage médical, car «les gens pourraient penser qu'elles sont des sorcières». En outre, les guérisseurs ne laissent pas leurs épouses les aider dans la préparation des médicaments car «les remèdes ne seraient pas efficaces». Une explication à cette situation est le mode de succession de type patrilinéaire qui existe dans les sociétés en question et qui veut qu'une femme lorsque mariée aille vivre dans la maison de son époux. Il faud donc éviter que les secrets médicaux de la famille puissent par là même être divulguées. Parmi les femmes, les accoucheuses traditionnelles (exclusivement des femmes) reçoivent une rémunération pour leurs services et la plupart des guérisseurs traditionnels tirent en fait l'essentiel de leurs revenus principalement de l'agriculture. En Zambie, le déclin de l'économie a conduit les guérisseurs à renoncer au paiement en nature et à demander un paiement standard pour chaque type d'intervention. Le prix le plus élevé concerne le traitement de l'infertilité, dont on s'acquitte lors de la naissance d'un garçon. La forte division du travail qui existe au Ghana peut constituer une opportunité pour le projet d'apporter un appui aux femmes et aux familles pour la prévention du VIH/SIDA et la réduction de la pauvreté, augmentant ainsi les chances de succès du dit projet dans son ensemble. D'autre part l'objectif à long terme de conservation de la biodiversité peut sembler plutôt abstrait pour des communautés souffrant de pénuries alimentaires et de famines. Cependant, un des effets indirects du projet pourrait être la génération à court terme de revenus grâce à la culture et à la vente de plantes médicinales conduisant à certaines améliorations, en particulier concernant la santé des enfants.

Les guérisseuses et guérisseurs traditionnels ont exprimé leur désir de formation pour améliorer leur pratique. Au Ghana le programme de communication de masse sur le VIH/SIDA a connu du succès en ce qui concerne la dissémination de l'information sur la transmission de la maladie par le sang, l'acte sexuel, les aiguilles infectées, etc… Mais les connaissances des communautés en la matière n'étaient pas toujours complètes ou exactes. Certaines d'entre elles considéraient que manger ou prendre un bain avec une personne infectée, ou même lui serrer la main ou porter les mêmes vêtements pouvaient les contaminer. Aucune des communautés en question n'a admis qu'il y avait des individus infectés par le virus du SIDA en leur sein. D'une manière générale, en Zambie et au Ghana, tout individu infecté était traité comme «un pestiféré». Ainsi, les gens étaient peu enclins à admettre qu'ils étaient affectés et à traiter le VIH/SIDA comme une maladie commune, mais sérieuse. La pauvreté et les normes cultuelles font également en sorte que l'Afrique est le continent avec le taux d'infection le plus élevé de femmes par rapport aux hommes. Dans la lutte contre le SIDA, les guérisseurs traditionnels ont besoin de formation car ils offrent des soins de santé à à peu prés 70% de la population. En outre, les accoucheuses traditionnelles mettent au monde, d'après l'Organisation mondiale de la santé, plus de 90% des bébés dans les zones rurales, ce qui en fait des pourvoyeurs de soins de santé trés importants mais aussi les rend vulnérables au VIH/SIDA. A long terme, l'infrastructure de santé offerte par les guérisseurs traditionnels et leurs organisations pourraient constituer le réseau de distribution des médicaments de traitement du SIDA lorsqu'ils seront disponibles à un prix raisonnable. Les guérisseurs traditionnels occupent une position unique comme éducateurs et comme distributeurs potentiels du médicament de traitement du SIDA - par exemple pour prendre en main la distribution des doses aux patients, et aucun gouvernement africain n'a les ressources en personnel nécessaire pour faire face à l'épidémie du SIDA.

Les gouvernements du Ghana et de la Zambie n'assistent pas les guérisseurs traditionnels financièrement comme ils le font pour les associations médicales, et la médecine traditionnelle ne fait pas partie des programmes d'enseignement des faculés de médecine dans les deux pays. A cet égard, les pays africains sont loin derrière des pays comme la Chine et l'Inde, où la médecine alternative fait partie intégrante de la médecine traditionnelle pratiquée dans les hôpitaux. Cependant, le Ghana et la Zambie ont tous deux des membres du personnel des ministères de la santé en charge de la coordination des politiques concernant les guérisseurs traditionnels, et les deux pays veulent que ces derniers soient enregistrés. Le Ghana a montré une attitude positive vis-à-vis de la conservation des plantes médicinales et a reconnu les guérisseurs traditionnels en l'an 2000, en passant une loi appelée «Traditional Medicine Practice Act». En Zambie, ce n'est que lorsque un cinquième de la population fut affecté par le virus du VIH/SIDA que les guérisseurs traditionnels furent invités à faire partie d'un comité technique sur les remèdes traditionnels et le VIH/SIDA appelé «Technical Committee on Natural Remedies for HIV/AIDS and other Related Diseases», placé directement sous la direction du Chef de l'Etat. Le Ministère de l'environnement et des ressources naturelles en charge du ESP était au départ défavorable à l'implication de la société civile dans la gestion des ressources naturelles et particulièrement à l'égard de THPAZ, l'ONG la plus importante du pays. Les guérisseurs traditionnels étaient considérés comme étranger à la modernité et donc à exclure du développment. Iniatialement la Banque mondiale était également réticente vis-à-vis de la prise en compte des pratiques de santé traditionnelles considérées non valides scientifiquement, donc sans légitimité. Ce sentiment était également largement partagé par les médecins occidentaux, bien que la médecine et la pharmacopée traditionnelles soient antérieures à la médecine et à la pharmacie modernes. Progressivement cependant cette attitude change et on reconnait à présent que les pauvres tirent bénéfice directement d'initiatives comme celles de la Zambie et du Ghana et qu'elles possèdent un potentiel considérable pour le traitement de maldies liées au SIDA.

L'auteure de cet article est Maja Naur, docteur d'Etat en sociologie et consultante à la Banque mondiale. Les études sociales pour les projets ont été effectuées par l'auteure et financées par le danish Trust Fund (Fonds fiduciaire danois).

Notes CA №44 (2002)

Contribution des légumes indigènes à la sécurité alimentaire des ménages

Beaucoup d'efforts ont été déployés par le gouvernement de l'Ouganda pour produire suffisamment de nourriture pour la population de l'Ouganda et avoir même un excédent pour l'exportation. Cependant, les légumes indigènes, souvent appelés légumes traditionnels, ont été sousestimés en faveur de légumes exotiques introduits dans le pays (Rubaihayo, 1995). Par conséquent, le potentiel des légumes traditionnels n'a pas été exploité.

Les légumes traditionnels sont périssables, ont un faible rendement et leur valeur comme cultures commerciales n'a pas été explorée. Cependant, la majorité des agriculteurs locaux ne peuvent pas toujours produire les légumes exotiques en raison de l'indisponibilité des semences et/ou des coûts élevés de production de ces légumes. Malheureusement, les populations urbaines et rurales sans grandes ressources n'ont pas toujours les moyens d'acheter les légumes exotiques dans les marchés locaux en raison de leurs coûts élevés. Ils dépendent donc des légumes traditionnels comme plat secondaire régulier ou sauce d'accompagnement des mets principaux tels que le maïs, le manioc, les patates douces, la banane, le millet, le sorgho et les ignames (Rubaihayo, 1994). Les mets principaux fournissent les calories nécessaires pour l'énergie du corps mais sont très pauvres en ce qui concerne les autres nutriments tandis que les légumes traditionnels ont une très haute valeur nutritive. Ils contiennent la vitamine A, B, et C, des protéines et des minéraux tels que le fer, le calcium, le phosphore, l'iode et le fluor en quantités variables mais adéquates pour la croissance normale et la santé. Par exemple, la vitamine A qui est nécessaire pour empêcher la cécité particulièrement chez les enfants est trouvée dans tous les légumes traditionnels feuillus vert-foncé tels que l'Amarantus (dodo), le solanum aethiopicum (Nakati), le Manihotesculenta (les feuilles de manioc) et le batatas d'Ipomea (les feuilles de patate douce). D'autre part, des légumes tels que Solanum indicum subsp. distichum (Katunkuma) sont supposés contrôler l'hypertension artérielle. Les légumes traditionnels satisfont donc aux principaux besoins nutritionnels en protéines-calories particulièrement chez les enfants, les malades, les vieilles personnes, les femmes enceintes et les mères qui allaitent (FAO, 1988).

Malheureusement, les consommateurs n'ont pas été sensibilisés à apprécier le rôle des légumes traditionnels dans la satisfaction des besoins humains cidessus énumérés. La plupart des légumes traditionnels sont produits partout dans les pays en voie de développement principalement dans les jardins potagers et les jardins familiaux. En raison de l'importance de ces jardins, un Atelier International sur les Projets de Jardins Familiaux s'est tenu à Bangkok, en Thaïlande en mai 1991 en vue de consolider les leçons apprises de l'expérience des projets de jardins familiaux. L'atelier a analysé la pertinence et l'efficacité de la production alimentaire par les ménages comme initiative de développement, ciblée sur les gens les plus nutritionnellement et économiquement désavantagés, et a identifié des stratégies viables d'exploitation des jardins familiaux (Midmore et al., 1991). Le but du présent article est d'inciter les décideurs en matière de politique et les gestionnaires du développement à réévaluer et donner plus de poids à la production et à la consommation négligées des légumes traditionnels afin d'améliorer la nutrition, la génération de revenus et la sécurité alimentaire pour les ménages de petite taille. Les points de vue exprimés dans le présent article résultent d'interviews effectués auprès de plusieurs personnes dans de nombreux pays parmi lesquels l'Ouganda, l'Ethiopie, le Kenya, la Tanzanie, le Zimbabwe, la Zambie, le Rwanda, le Cameroun, le Nigéria, le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Gabon, le Sénégal, etc. bien que l'accent soit davantage mis sur la situation en Ouganda.

Jardins potagers. Les jardins potagers sont courants dans les centres urbains et leurs banlieues. Ils se composent habituellement de très petites parcelles de terrain contenant habituellement de petites plates-bandes de légumes traditionnels uniquement faisant partie du jardin de la résidence. Les légumes sont produits à bon marché dans ces jardins par l'utilisation de compost plutôt que d'engrais commerciaux (Midmore et al., 1991). Les légumes traditionnels généralement cultivés comprennent, inter alia, les espèces feuillues d'Amaranthus, Basellaalba, Solanumaethiopicum, Solanum gilo, Solanum indicum sub sp distchum, Cqapsicum species Colocasiaesculenta, Phaseolus vulgaris, Gynendropsis gynandra, Vigna unguiculata, Bidens pilosa, Manihot esculenta, Corchorus olitoris, Solanum nigrum, Abelmoschum esculenta, Cucurbita maxima, et Acalypha biparlita. Les légumes exotiques tels que Brassica oleracea, B. oleracea et Daucus carota sont également couramment cultivés. Les rendements de certains légumes frais en Ouganda sont indiqués au Tableau 1 ci-dessous.

Jardins familiaux. Les jardins familiaux se rencontrent dans les villages. Les parcelles de terrain sont plus grandes que celles des jardins potagers et un nombre indéfini de légumes et d'autres cultures sont cultivés ensemble y compris des arbres fruitiers, des légumes, des plantes médicinales, des cultures vivrières de base et des arbres à ombrage. Les jardins familiaux dans les villages bordant les banlieues des centres urbains sont souvent plantés de choux, de chouxfleurs, de carottes, d'Amaranthus lividus (cultivé dans les marais et les sols détrempés), de Solanum gilo, de Solanum indicum subsp. dischum la plupart du temps en monocultures. Ces légumes sont vendus dans les marchés des centres urbains voisins et de leurs .

Tableau 1. Rendements en matière sèche des légumes couramment cultivés en Ouganda
RécolteRendement/haRéférence
Dolique de Chine11,1 t/haOcaya, unpubl.
Chou24 t/ha.Jabber, unpubl.
Amaranthus sp.20 t/ha.Rubaihayo, 1994
Solanum aethiopicum7,5t/haRubaihayo, 1994

Les jardins familiaux de légumes traditionnels dans les zones rurales sont caractérisés par des systèmes de culture intercalaire et de plantes spontanées durant les saisons de pluies. Dans beaucoup de pays en voie de développement, où ce type de jardins prédominent, la contribution des jardins de légumes traditionnels comme stratégie de production alimentaire été négligée par les décideurs et le personnel de vulgarisation en faveur des légumes exotiques qui sont principalement produit pour des buts commerciaux (Rubaihayo, 1994). Malheureusement, les ménages ruraux pauvres ne tirent aucun bénéfice de l'augmentation remarquable de la production commerciale des légumes exotiques en raison des coûts élevés des intrants agricoles chimiques nécessaires pour leur production efficace. En conséquence, il est extrêmement important de développer des stratégies de recherche et de production qui permettent directement aux plus pauvres parmi les pauvres de produire non seulement les légumes traditionnels mais également les aliments de base.

Bien que les contributions de ces jardins au bien-être de la famille soient de nature complémentaire, de telles contributions même modestes sont très importantes pour ceux qui ont très peu de ressources dans les zones rurales et urbaines. Ces pauvres gens n'ont souvent accès qu'à des terres marginales sous-utilisées et d'autres n'ont que de très petites parcelles de terrain. Un jardinage familial et potager intensif peut transformer ces terres en source productive de sécurité alimentaire et économique grâce à l'utilisation de pratiques agricoles narratives et des légumes traditionnels qui sont déjà adaptés à ces types de terrains.

Importance des légumes traditionnels.Une grande proportion de la population Ougandaise ne consomme pas des quantités adéquates de légumes traditionnels pour satisfaire à leurs besoins journaliers en vitamines, sels minéraux et protéines. Même dans ce qui est consommé, une grande proportion de ces nutriments est détruite ou perdue pendant la préparation et la cuisson. Il y a une efficacité réduite à assurer la sécurité alimentaire toute l'année en raison du fait que très peu des légumes traditionnels sont cultivés, la majorité étant cueillie dans la brousse ou les champs et les plantations. Dans certains des écosystèmes, ils sont considérés comme de mauvaises herbes et sont souvent sarclés et ne sont pas disponibles pendant la saison sèche (Rubaihayo, 1994). Mais cette situation peut être renversée par des efforts concertés du gouvernement pour éduquer la population en général et les services de vulgarisation à inclure la légumes traditionnels et à accroître les recherches dans le but de produire des cultivars et des méthodes améliorées de traitement, de marketing et de stockage de ces légumes. Cela amènera à une plus grande consommation des légumes traditionnels et leur contribution à la sécurité alimentaire sera renforcée. Les jardins familiaux sont beaucoup plus communs dans les ménages moins nantis, et constituent la principale ou la seule source de nourriture entre les récoltes ou lorsque celles-ci échouent. Ils fournissent une source essentielle d'énergie et de protéines, particulièrement aux enfants en âge de sevrage, aux malades et aux personnes âgées. Certains des légumes traditionnels peuvent continuer à être productifs même pendant la saison sèche bien qu'à un taux réduit en raison de la diminution de leur croissance. La destruction des habitats et la migration vers les zones urbaines signifient que les aliments sauvages ne sont plus disponibles aux paysans ruraux pauvres et sans ressources. En outre, la commercialisation de l'agriculture a déplacé de nombreuses cultures indigènes qui avaient l'habitude d'assurer un régime alimentaire équilibré aux populations rurales (Rubaihayo, 1992). Il est important de noter que les légumes traditionnels, particulièrement les légumes feuillus tels que Amaranthus, (dodo, Bugga) Solanum aethiopicum (Nakati) etc. peuvent être commodes dans les situations d'urgence et de difficultés découlant de conflits civils et de désordres naturels qui ont comme conséquence le déplacement des communautés. Ces légumes traditionnels commencent à produire peu de temps après le début des premières pluies et peuvent être cueillis trois à quatre semaines après leur plantation. Ces légumes feuillus peuvent être ensuite suivis par des cultures telles que les haricots qui prennent deux à trois mois, comme aliments cultivés de secours, de sorte que les aliments achetés ne sont que des mesures provisoires ou complémentaires (Rubaihayo 1995b).

Femmes et légumes traditionnels En Ouganda, bien que les femmes rurales soient responsables de nourrir leurs familles, elles ont pourtant un accès limité aux ressources nécessaires à cet effet. Le jardinage familial offre aux femmes des moyens importants de gagner des revenus sans aller ouvertement à l'encontre des restrictions culturelles et sociales à leurs activités. Les jardins potagers et familiaux peuvent accroître le pouvoir d'achat et la capacité de production alimentaire des femmes qui ont un impact direct sur la nutrition, la santé et la sécurité alimentaire des ménages. Là où les légumes traditionnels ont été commercialisés tels que, Malakwang (Hibiscus spp.) Nakati (solanum aethiopicum), Egobe (vigna unguiculata), Entula (Solanum gilo), Katunkuma (Solanum indicum subsp. Disticum), Doodo (Amaranthus dubious), Bbugga (Amaranthus lividus) particulièrement autour de la ville de Kampala et dans d'autres zones urbaines, c'est principalement les hommes qui les cultivent. Des intermédiaires achètent ces légumes aux agriculteurs (hommes) et les transportent aux marchés, et dans les marchés les femmes les achètent et les revendent en détail au grand public. La vente des légumes traditionnels sur les marchés accessibles aux femmes non seulement assure la sécurité alimentaire à celle qui ont un pouvoir d'achat, mais cela permet aux femmes marchandes d'éduquer leurs enfants, de les habiller et de fournir à leurs familles les articles essentiels au ménage leur évitant ainsi l'extrême pauvreté.

Jardins familiaux et potagers et environment. Bien qu'il n'y ait pas d'étude approfondie des effets du jardinage des légumes traditionnels sur l'environnement, on pense généralement que les jardins familiaux correspondent aux systèmes écologiquement sains de gestion des terroirs. La production alimentaire des ménages utilise des pratiques d'agriculture biologique qui ne nuisent pas à l'environnement. Le modèle traditionnel des jardins familiaux est également critique dans la conservation des différentes ressources génétiques végétales (Midmore et al.,1991).

Conclusion

Les légumes traditionnels constituent un aliment courant pour les ménages et contribuent de manière significative, bien que rarement reconnue, à la sécurité alimentaire des populations rurales dans de nombreux pays africains. C'est pourquoi une éducation de grande envergure au sujet de leur importance comme aliment nutritionnellement équilibré et comme source directe et indirecte de revenu, en particulier pour les familles sans ressources, devrait être entreprise par les gouvernements africains.

Références

FAO (Food and Agriculture Organization), 1988. “Traditional Food Plants.” FAO Food and Nutrition Paper 42. FAO, Rome.

Goode, P.M. 1989. “Edible plants of Uganda. The value of wild and cultivated plants as food.” FAO Food and Nutrition Paper 42/1. FAO, Rome.

Midmore, D.J., Vera Nines & Venkataraman, R. 1991. “Household gardening projects in Asia: past experience and future directions.” Technical Bulletin No. 19. Asian Vegetable Research and Development Center.

Rubaihayo, E. B. 1992. “The Diversity and potential use of Local Vegetables in Uganda.” Pages 109–114. In: The First National Plant Genetic Resources Workshop: Conservation and Utilization.

Rubaihayo, E. B. 1994. “Indigenous vegetables of Uganda.” African Crop Science Conference Proceedings 1,120–124.

Rubaihayo, E. B. 1996b. “Conservation and use of traditional vegetables in Uganda.” In: Proceedings on Genetic Resources of Traditional Vegetables in Africa: Option for Conservation and Use, 29–31 August 1995, ICRAF Kenya (en cours d'impression).

Cet article a été écrit par E.B. Rubaihayo, Kawanda Agricultural Research Institute, P.O. Box 7065, Kampala, et a été publié pour la première fois dans le African Crop Science Journal, Africa Crop Science Conference Proceedings, Vol. 3, pp. 1337–1340. La présente version a été légèrement modifiée et exclut le texte du résumé en anglais et en français.

1 Un système sui generis implique un système spécial. Sui generis signifie «de sa propre marque» dans ce cas il s'agit d'un système spécialement réalisé pour protéger les différentes variétés de plantes..

UICN/DFID Biodiversité en Bref 6

Biodiversité et sécurité alimentaire

L'agriculture et l'élevage, ainsi que le prélèvement de plantes et d'animaux sauvages, sont les piliers de la production alimentaire pour l'homme. À l'échelle mondiale, 840 millions d'êtres humains n'ont pas assez à manger - et la croissance démographique se poursuit. Cela signifie que pour nourrir la population mondiale, il faudra que la production alimentaire augmente de 50 pour cent d'ici 2020. La biodiversité, parce qu'elle porte l'information génétique qui sert à la sélection d'espèces végétales et animales, fait partie de la solution. En outre, elle renforce la résistance de moyens de subsistance vulnérables en offrant des choix qui permettent d'étaler les risques à travers une gamme d'espèces au lieu de les concentrer sur quelques espèces qui pourraient être sensibles aux maladies, aux ravageurs, aux changements climatiques et à l'effondrement du marché. Elle est également facteur de diversité pour un régime alimentaire varié.

L'iceberg de la diversité biologique

La majeure partie de l'approvisionnement alimentaire mondial est tributaire d'un très petit nombre d'espèces animales et végétales. Pour sa consomma-tion, l'homme a récolté ou cultivé environ 7 000 plantes (2,6 pour cent de l'ensemble des espèces végétales). À peine 200 de ces plantes ont été cultivées et une douzaine seulement fournissent à peu près 75 pour cent de l'apport mondial en calories d'origine végétale: la banane, les haricots, le manioc, le maïs, le millet, la pomme de terre, le riz, le sorgho, le soja, la canne à sucre, la patate douce et le blé. En ce qui concerne les espèces animales, plus de 95 pour cent de la consommation mondiale en protéines animales proviennent de la volaille, des bovins et des porcs. Environ 1 000 espèces de poissons sont commercialisées mais 12 seulement constituent le tiers des poissons débarqués et en aquaculture, moins de dix espèces dominent la production mondiale. Comme on le voit, la production alimentaire humaine repose sur la pointe de l'iceberg de la diversité biologique, la majorité des espèces étant peu exploitées, non cultivées et non domestiquées. Les espèces qui sont domestiquées ou cultivées depuis longtemps sont généralement très diverses: il existe par exemple, quelque 25 000 cultivars de blé, plus de 1300 races de moutons et plus de 20 variétés de carpes communes. Toutefois, depuis quelques années, l'érosion génétique a raison de cette diversité. On estime qu'en Chine, le nombre de cultivars de blé est passé de 10 000 à 1000 en 50 ans; que plus de 90 pour cent des variétés de choux, de maïs et de pois ont disparu; et que plus de 30 pour cent des races animales d'élevage sont menacées d'extinction. Les causes de cette érosion génétique sont multiples, mais le remplacement des variétés locales avec l'expansion de l'agriculture moderne est la cause la plus souvent invoquée.

Diversité biologique et nutrition
La qualité des aliments, notamment du point de vue de leur apport en vitamines essentielles et autres éléments nutritifs, joue un rôle central dans la sécurité alimentaire et la protection contre les carences alimentaires. Les cultures de base et le bétail fournissent, certes, la majeure partie des protéines mais ils sont souvent déficitaires en autres éléments nutritifs. Dans les pays consommateurs de riz, par exemple, on constate couramment des carences en fer, vitamine A, iode, thiamine, riboflavine, calcium, vitamine C, zinc, graisses et acide ascorbique. Beaucoup de ces éléments nutritifs sont contenus dans des aliments récoltés dans la nature et dans les jachères, dont dépendent des millions de personnes.Ainsi, les légumes à feuilles vertes, cuisinés et consommés avec le repas, sont d'importantes sources de suppléments de fer et de vitamine A. Parmi les autres produits secondaires, on compte les noix, les huiles, les insectes, le menu fretin, les oiseaux, les racines et tubercules qui apportent différentes graisses, vitamines, huiles et substances minérales.

Les espèces L'appauvrissement de l'agrobiodiversité comporte, pour toute la production alimentaire, des risques que l'on peut classer en trois types principaux:

Proportion de produits alimentaires naturels auprès des ménages très pauvres,moyennement pauvres et aisés
Site observéDateTrès pauvreMoyennement pauvresAisé
Wollo-Dega, Ethiopie19990–10%0–10%0–5%
Jaibor, Soudan199715%5%2–5%
Chitipa, Malawi19970–10%0–10%0–5%
Ndoywo, Zimbabwe19970–5%00
Source: Save the Children fund (ANA)

Ces risques sont particulièrement graves pour les agriculteurs pauvres qui, pour trouver des solutions, ont très peu accès à la technologie et aux génothèques, mais aussi pour les sélectionneurs commerciaux qui, pour leurs futurs programmes de sélection, dépendent de la biodiversité inhérente aux cultures et aux races locales ainsi qu'aux espèces sauvages apparentées aux animaux domestiqués et aux plantes cultivées. De nombreuses variétés ont été développées localement à l'instar des 3 000 à 5 000 cultivars de pomme de terre des Andes, qui sont la base vitale des futurs programmes de sélection.

Les régions où la diversité génétique des plantes cultivées et des animaux d'élevage est élevée, tout comme les génothèques ex situ, sont les principaux dépositaires de l'information génétique («points chauds» de la diversité génétique). Elles sont, par conséquent, au coeur de la tourmente relative à la propriété car les ressources génétiques ont été traitées comme un bien commun et les organismes multilatéraux qui ont créé les génothèques ont approvisionné les chercheurs du monde entier en graines, sperme et autres matériaux. La Convention sur la diversité biologique (CDB) invite les pays et les communautés à évaluer leur biodiversité et à établir leurs droits d'exploitation. L'accès aux ressources génétiques récoltées avant l'entrée en vigueur de la CDB reste très peu réglementé, ce qui tend à profiter aux économies qui disposent de la technologie et des ressources financières nécessaires pour les exploiter, et aux entreprises privées qui cherchent par tous les moyens à obtenir des brevets biologiques pour une gamme de cultures (la demande de brevet américain pour le riz Basmati, par exemple). Les pays en développement et les communautés locales peuvent contrer cette menace en établissant leurs propres inventaires des cultures et des animaux (voir BB3)

Petites exploitations et agriculturede subsistance

De nombreux agriculteurs pauvres, en particulier - ceux qui vivent dans des environnements où les variétés végétales et les races animales à haut rendement ne prospèrent pas, ont recours à la diversification des cultures et du bétail. Ce système leur permet de subsister face aux infestations d'agents pathogènes, aux pluies incertaines, aux fluctuations des prix des cultures de rapport, à l'instabilité socio-politique et à la disponibilité imprévisible des produits agrochimiques. Les cultures dites «mineures» («cultures d'accompagnement» serait plus juste) jouent un rôle disproportionné dans les systèmes de production vivrière au niveau local. Des plantes qui poussent sur des sols stériles ou érodés, du bétail qui se nourrit de végétation dégradée, jouent souvent un rôle vital dans les stratégies nutritionnelles des ménages. En outre, les communautés rurales, et les marchés urbains où ces communautés vendent leurs produits, font une utilisation intense des cultures d'accompagnement, comme les herbes potagères.

Dans les jachères, il y a de nombreuses espèces utiles aux agriculteurs. Autrefois, les Hanunoo du nord des Philippines utilisaient plus de 1 500 espèces végétales dont 430 étaient semi-cultivées et faisaient partie d'une rotation culture-jachère. Les habitats naturels peu gérés peuvent aussi être des sources alimentaires: les Thryonomys et des espèces de primates et d'antilopes sont chassés et piégés pour l'alimentation.

Il est possible que les politiques gouvernementales et celles des bailleurs de fonds, qui encouragent la production alimentaire par le biais des monocultures, ne tiennent pas compte de ces ressources, influent à mauvais escient sur le processus décisionnel des agriculteurs et menacent la biodiversité. L'introduction de nouvelles variétés ou espèces qui nécessitent un taux élevé d'intrants et les subventions accordées aux intrants chimiques sont un problème généralisé. Les programmes de production de maïs dans des milieux sujets à la sécheresse d'Afrique australe, par exemple, ont conduit à l'abandon de nombreuses variétés de cultures locales. Le détournement des eaux de l'Indus pour alimenter les systèmes d'irrigation agricole provoque la salinisation des mangroves du delta de l'Indus, région diverse et très productive qui fait vivre de nombreux habitants et qui est devenue une zone à la végétation éparse dominée par une espèce unique, Avicennia marina.

Écosystèmes perturbés: introductions et substances agrochimiques

Malgré les avantages de l'agrobiodiversité pour les agriculteurs locaux, les variétés indigènes ont évolué avec des ravageurs et des agents pathogènes et il se peut que leur rendement soit relativement faible. Dans ce cas, l'introduction d'espèces de plantes dont le centre d'origine est ailleurs s'est avérée extrêmement bénéfique et a contribué considérablement au développement agricole. Toutefois, certaines introductions, accidentelles et délibérées, ont eu des incidences marquées sur les écosystèmes locaux et des conséquences non moins graves pour la sécurité alimentaire.

En général, une culture qui vient d'être introduite est rentable au début puis son rendement diminue, soit parce qu'elle est agressée par les espèces locales qui évoluent, soit après l'introduction d'un ravageur ou d'un agent pathogène de sa région d'origine (voir BB7).

Autre équilibre vital pour la production alimentaire: celui des écosystèmes du sol où les invertébrés et les microbes décomposent la matière morte et recyclent les éléments nutritifs, jouant ainsi un rôle primordial dans les processus de formation du sol. Par ailleurs, certains liens qui unissent les végétaux au sol ne doivent pas être perturbés: certains mycorhizes (champignon qui forme une association symbiotique avec les racines d'une plante) renforcent l'absorption des nutriments du sol; les bactéries de Rhizobium produisent des nodules qui fixent l'azote sur les radicules des plantes. L'utilisation d'engrais organiques, tels que le fumier dans les systèmes agricoles mixtes, fortifient ces interactions et augmentent la fertilité du sol alors que la perte de matière organique et/ou l'utilisation massive d'engrais chimiques peuvent avoir l'effet inverse et polluer les masses d'eau.

Sélection et biotechnologie

Le succès de la Révolution verte est en grande partie imputable à l'utilisation de la diversité génétique pour produire de nouvelles variétés de cultures à haut rendement. La sélection moderne de plantes recherche généralement une grande adaptabilité et tente de développer des variétés insensibles à la durée de la lumière du jour (et qui peuvent donc pousser n'importe où). Souvent, on cherche à produire des variétés qui réagissent favorablement aux applications d'engrais et peuvent pousser là où engrais et pesticides sont disponibles. Il en résulte une augmentation de la production mais une diminution du nombre de variétés ainsi que des variétés auxquelles les agriculteurs pauvres peuvent avoir accès. Cette situation peut être la source des différents problèmes décrits plus haut et il importe detrouver un bon équilibre.

Une partie de la solution à ces problèmes réside dans les méthodes participatives de sélection de plantes et de nouvelles variétés. Il s'agit de décentraliser la sélection des plantes et de tenir compte plus rigoureusement, dans la sélection de nouvelles variétés, des priorités des agriculteurs et des obstacles qu'ils rencontrent. Les agriculteurs mettent les nouvelles variétés à l'essai, souvent avec peu ou pas d'engrais, et ne les adoptent que si elles se révèlent plus performantes que les plantes locales cultivées dans les mêmes conditions. Dans l'ouest de l'Inde, la sélection participative des plantes a permis de conserver des gènes végétaux en croisant des variétés indigènes de riz plus hétérogènes que celles issues de la sélection centralisée.

Les exemples les plus connus et les plus controversés de la biotechnologie sont les variétés de cultures transgéniques, ou organismes génétiquement modifiés (OGM). Ils sont le produit du transfert de gènes d'un organisme à un autre, qui aboutit souvent à un échange génétique entre espèces non apparentées (par ex., gènes de narcisse dans le riz). La plupart des OGM tolèrent les herbicides et sont résistants aux insectes et sont, en général, destinés à l'agriculture commerciale des pays du Nord. La possibilité de croisements entre les OGM et des espè ces sauvages apparentées aux espèces cultivées constitue une réelle préoccupation:si une des caractéristiques d'un OGM conférait à une espèce sauvage un avantage adaptatif, les populations de plantes qui servent de réservoir génétique pour les futures espèces cultivées pourraient être modifiées.

Conclusions

À consulter

FAO 1998. La situation mondiale des pêches et de l'aquaculture. FAO, Rome

FAO 1998 Rapport sur l'état des ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde.

Groombridge, B.& M.D. Jenkins 2000. Global biodiversity. Earth's living resources in the 21st century. Cambridge: WCMC & Hoechst

Hammond, K.& H.W. Leitch 1995. Towards better management of animal genetic resources.World Animal Review, 84/85: 48–53.

Base de données de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur les races d'animaux d'élevage: http://dad.fao.org

La réfèrence aux autres numéros de Biodiversité en Bref apparaît dans le texte comme suit: (voir BB#).

Site Web

Tous les documents du Projet sur la biodiversité dans le développement peuvent être
consultés sur le site
Web: http://europa.eu.int/comm/development/sector/environment

Ce numéro de Biodiversité en Bref s'inspire d'un projet de document rédigé par Roger Blench de l'Overseas Development Institute et a été révisé par l'équipe du Projet sur la biodiversité dans le développement et par Martyn Murray MGM Consulting Ltd). Robert Tripp et Elizabeth Cromwell de l'ODI y ont apporté leur expertise technique. Cette publication a été financée sur la ligne budgétaire B7-6200 de la Commission européenne et par le DFID (Royaume-Uni).
Ce numéro de Biodiversité en Bref a été traduit par Laura González Alberti et publié par Richard et Danièle Devitre. Les opinions exprimées dans ce document sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la Commission européenne, du DFID ou de l'UICN. Elles ne sont en aucune manière l'expression d'une opinion quelconque sur le statut juridique d'un pays, d'un territoire, ou d'une mer, ou sur la délimitation de leurs frontières.

Mujaju C., Zinhanga, F. & Rusike, E. (2003)

Banques de semences de la communauté pour l'agriculture semi aride au Zimbabwe

Le processus de la modernisation agricole au Zimbabwe a marginalisé de nombreux agriculteurs et augmenté les inégalité sociales et économiques. Les technologies de la Révolution verte ont provoqué l'érosion génétique et la disparition de variétés de cultures adaptées éco -géographiquement et ont ainsi limité les choix des agriculteurs. Le savoir des agriculteurs concernant la sélection des semences, leur traitement et leur entreposage ont été perdus de façon simultanée dans le processus d'adoption de variétés de cultures améliorées.

La pratique de systèmes agricoles fondés sur la biodiversité définit la productivité comme la capacité de fournir des réserves de nourriture stables d'une qualité alimentaire suffisante, ainsi que d'autres produits, en harmonie avec les réalités sociales et culturelles. Trois éléments sont essentiels pour optimiser la productivité durable des systèmes agricoles:
  • la biodiversité des écosystèmes agricoles;
  • la gestion intégrée des ressources; et
  • le savoir local traditionnel

Le développement agricole traditionnel local dépend de la micro adaptation de l'agro -écosystème. L'adaptation des cultures suit des modèles complexes en fonction du sol, de l'eau, du climat, de la topographie et de la diversité sociale et culturelle qui affectent également la production des cultures et leur destination. Cela a des implications directes sur l'intervention ou le développement de technologies. Les petit exploitants agricoles ont montré un grand intérêt pour les technologies novatrices et les nouvelles semences.

Qu'est-ce qui devrait être fait pour assurer la sécurité des semences des petits exploitants agricoles dans les régions marginales?

Les interventions devraient viser à permettre aux communautés d'accéder aux semences, de les conserver et de renforcer leurs ressources et leur savoir. Dans ce contexte, l'intervention d'une banque de semences de la communauté a été intégrée dans les systèmes agricoles traditionnels de l'agriculture semi-aride.

Objectif d'une banque de semences de la communauté

Le but de la banque de semences de la communauté est de satisfaire les droits des communautés rurales dans la conservation de la biodiversité agricole, la récupération et la restauration des matériaux et leur savoir associé, ainsi que l'utilisation de leur ressources phytogénétiques. Les banques servent de systèmes de secours pour que les matériaux perdu ou en voie d'extinction puissent être fait renaître; ils servent également pour atténuer les effets de la sécheresse et comme stratégie de gestion au niveau de la communauté.

Structure de la banque de semences de la communauté

La structure de la banque de semences de la communauté est établie après une consultation intensive avec les agriculteurs, en prenant en considération leurs préférences et leurs attentes des services qui devraient leur être fournis. La plupart des installations construites au Zimbabwe sont constituées des compartiments suivants

Salle de conservation du matériel génétique

Cette salle est utilisée pour conserver tous les matériaux génétiques locaux ou achetés pour assurer leur sauvegarde. Des échantillons du même matériel sont également déposés dans la Banque nationale des gènes

Salle de conservation des variétés de cultures préférées et sélectionnées

Les matériaux qui ont été évalués et sélectionnés par les agriculteurs sont stockés dans la salle. Ces matériaux sont composés de nouvelles variétés ou de celles qui sont localement disponibles et qui sont passées par la reproduction participative des plantes des agriculteurs.

Sala de armazenagem e Distribuição de Sementes

Toutes les semences multipliées pour la distribution et dans des objectifs de provisions sont entreposées dans la pièc

Salle de réunion des agriculteurs

C'est salle de cérémonie où les parties prenantes tiennent leurs réunions, leurs consultations et organisent leur formation.

Un bureau

Les transactions quotidiennes sont conduites dans ce bureau.

Gestion de la banque de semences de la communauté

Un comité de gestion, comprenant les agriculteurs des région du projet, est formé. Le comité est responsable des aspects tels que:

Le comité coordinateur des agriculteurs est responsable de la mise en œuvre de ces activités et de la prise de décisions

Formation des agriculteurs

La formation est conçue pour renforcer la capacité des agriculteurs à gérer les banques de semences de la communauté.

Les questions couvertes dans le programme de formation comprennent:

Bénéfices des banques de semences de la communauté

  1. Les banques de semences sont devenues le centre pour faire face aux besoins de semences des agriculteurs dans l'agriculture semi-aride. Elles ont renforcé et maintenu en vie la tradition de s'occuper de la diversité par le biais d'aspects tels que:

  2. La nouvelle biodiversité agricole des semences a permis la diversification des cultures qui peuvent facilement s'adapter à des climats, des sols et des modèles de pluviosité différents. L'impact de la diversification suit une approche graduelle, parce que l'incorporation d'une nouvelle variété est un processus lent. Cela prend plusieurs périodes de croissance avant d'obtenir un résultat, qui ne garantit pas que la nouvelle semence résistera.

  3. Le savoir et les informations sont échangés au sujet des caractéristiques et des spécificités de chaque variété.

Recommandations

L'intervention à travers une banque de semences de la communauté est reconnue comme une stratégie d'une grande portée pour réduire les effets de l'insuffisance de semences parmi les petits propriétaires agricoles dans les régions agro-écologiques semi arides du Zimbabwe. La disponibilité de différents matériaux génétiques dans les banques de gènes et le lien avec la banque nationale de gènes renforce l'accessibilité des semences pour la production de nourriture même pendant les années de sécheresse. Cependant, des recherches supplémentaires sont recommandées, notamment dans les aspects suivants:

Les aspects ci-dessus nécessitent du développement d'approches méthodologiques systématiques afin d'arriver à des pratiques techniques faciles à utiliser par les agriculteurs.

Réalisé par: Claid Mujaju, Freddy Zinhangan et Elijah Rusike
(email :ngbz@mweb.co.zw)
Source: CIP-UPWARD,
En partenariat avec GTZ GmbH, IDRC du
Canada, IPGRI et SEARICE

Lori Ann Thrupp (2003)


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