SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

RAPPORT  SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

DANS LE SUD DU SOUDAN

21 janvier 2008

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Faits saillants

  • En certains endroits du sud du Soudan, quelques 56 000 hectares de terres cultivées ont été inondés ou engorgés de mai à décembre 2007, ce qui a touché près de 90 000 ménages.
  • Toutefois, du fait des précipitations en général propices et des flambées de ravageurs et de maladies relativement limitées, associées à l'amélioration des conditions de sécurité, la récolte céréalière atteint environ 859 000 tonnes, résultat supérieur à la moyenne qui est pratiquement identique au bon niveau de l'an dernier.
  • S'agissant du sorgho, les prix relevés sur les marchés sont dans l'ensemble stables; le prix nominal accuse même une tendance à la baisse en certains endroits, suite à la bonne récolte de 2007 et à la croissance du commerce.
  • Les projections pour 2008 établissent la population à 10,22 millions, y compris les rapatriés, et un déficit global d'environ 93 000 tonnes est donc attendu jusqu'à la prochaine récolte, qui aura lieu vers la fin de l'année. Cette estimation ne tient pas compte des quelque 159 000 tonnes de céréales produites dans le secteur mécanisé, qui sont destinées au nord du Soudan.
  • Dans la plupart du sud du Soudan, l'état du bétail et des parcours a été satisfaisant et les termes de l'échange sont favorables aux éleveurs.
  • En dépit de la bonne récolte, les troubles civils, les déplacements de population, l'insuffisance de l'infrastructure et la faiblesse du réseau de commercialisation continuent d'exercer des contraintes matérielles et financières sur l'accès à la nourriture et rendent un grand nombre de personnes vulnérables tributaires de l'aide alimentaire. Par conséquent, des activités commerciales limitées naissent à partir des zones excédentaires vers les zones déficitaires voisines, mais faute de réseaux de commercialisation bien établis et plus simplement d'une infrastructure matérielle, il n'est pas possible d'opérer des transferts à grande échelle pour couvrir le déficit céréalier estimatif.
  • Selon les estimations de l'évaluation annuelle des besoins et des moyens de subsistance qui vient d'être effectuée, environ 1,2 million de personnes vulnérables seront exposées à l'insécurité alimentaire en 2008 et nécessiteront approximativement 76 000 tonnes d'aide alimentaire. En outre, environ 372 000 rapatriés sont attendus dans le sud du Soudan en 2008 et auront besoin d'environ 26 200 tonnes aux fins de réinstallation et réintégration.

1. VUE D'ENSEMBLE

Une Mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et de la sécurité alimentaire s'est rendue dans le sud du Soudan du 21 octobre au 7 novembre 2007 pour estimer la production céréalière et la situation des approvisionnements vivriers. La Mission a obtenu des renseignements à partir de sources secondaires, d'études de cas rapides et d'entretiens avec des interlocuteurs clés. En outre, les vols à basse altitude (300m) effectués par la Mission pour se rendre d'une zone à l'autre dans le sud du Soudan ont permis aux équipes de procéder à des observations aériennes détaillées et de prendre note de l'état des exploitations, des champs et des cultures.

Pour vérifier sur le terrain les observations aériennes, la Mission a recueilli des données sur les superficies et les rendements en prélevant des échantillons et en procédant à des inspections des champs, puis a recoupé ces informations avec celles fournies directement par les ministères au niveau central ainsi que par le personnel du Ministère de l'agriculture (Ministère du développement rural) au niveau du comté, par les exploitants, les négociants, les éleveurs, le personnel des ONG et celui des organismes internationaux.

La Mission a aussi effectué des enquêtes aléatoires sur les marchés et, là où la récolte était terminée, elle a estimé les quantités de céréales entreposées dans les silos sur les exploitations.

La Mission s'est rendue dans les endroits suivants: Bahr el Ghazal Nord- Aweil, Alek, Muatang et Ariek Weik; Bahr el Ghazal Ouest- Raja, Wau, Kor Malang et Akoi; Unité - Bentiu et Rubkona; Equatoria central- Yei, Terekeka, Juba, Kapuri et Gudele; Equatoria oriental- Ikotos, Kapoeta et Torit; Haut-Nil - Malakal, Mohamed el Jack, Obels 2 et 3, Dulip Hill, Nasir et Pagak; Jonglei - Akobo et Bor; Warrap - Tonj et Gogrial; Lacs - Rumbek et Cuibet; Equatoria occidental - Yambio et Tambura.

Parmi les 16 personnes que comptait la Mission se trouvaient des représentants du Gouvernement du Sud Soudan, du Ministère de l'agriculture et de la foresterie et de la Commission pour le secours et la reconstruction au Sud Soudan, de l'USAID-FEWS, du PAM et de la FAO. Des renseignements spécifiques sur le terrain ont été fournis par les ONG ci-après: Action contre la faim (ACF), German Agro Action, Oxfam-UK, Croissant rouge, NHDF, NCDA, NPA, LWF, SudanAid, Swedish Free Mission, Women’s Self Help, Catholic Relief Services (CRS), Tearfund, et VSF-Belgique.

La Mission a bénéficié de renseignements fournis par l'Unité des opérations d'urgence de la FAO à Juba, Food Security Information for Action (SIFSIA), ainsi que par Juba, Karthoum et l'Unité d'analyse et de cartographie de la vulnérabilité du PAM. Des communiqués récents publiés par le BCAH concernant la population et les inondations ont été rassemblés, des données sur les réfugiés ont été obtenues auprès du Comité chargé du rapatriement, de la réinstallation et l'Office humanitaire de la communauté européenne a donné à la Mission les rapports de situation de la Commission d'aide humanitaire sur les inondations. Un abrégé sur la situation macro-économique du secteur public a été fourni par le bureau de la Banque mondiale à Juba.

Conformément à la pratique de ces dernières années, la Mission a estimé la production céréalière (CP) de chaque comté en s'appuyant sur le modèle suivant:

CP= nombre de ménages d'exploitants x superficie céréalière par ménage d'exploitants x rendement par unité de surface

Le nombre de ménages d'exploitants est calculé à partir du dernier chiffre estimatif de la population installée divisé par 6 (taille moyenne des ménages selon les Nations Unies) révisé, cette année, pour tenir compte des pertes dues aux inondations. La superficie consacrée aux céréales est obtenue à partir de données historiques, ajustées chaque année en fonction des constatations de la Mission; les rendements par unité de surface sont quant à eux déterminés à l'aide des chiffres recueillis par les missions précédentes, revus pour tenir compte des conditions pour l'année considérée telles que constatées par la Mission. Outre la récolte actuelle, les estimations portant sur toutes les céréales comprennent celles qui seront récoltées dans les 2 ou 3 prochains mois, à savoir essentiellement le sorgho à cycle long mis en terre en juin dans le Haut-Nil et dans les Lacs ainsi qu'en certains endroits de l'Equatoria oriental, à récolter en janvier 2008. Ces champs sont encore vulnérables a) si les précipitations cessent prématurément et b) s'ils sont attaqués par les oiseaux migrateurs Quelea quelea. L'estimation comprend aussi le maïs et le sorgho à cycle court déjà récoltés, qui sont consommés avant de parvenir à pleine maturité. L'inclusion de ces dernières cultures dans le bilan céréalier pour déterminer si une zone est excédentaire ou déficitaire part du principe que les résultats des récoltes seront les mêmes l'année prochaine, hypothèse qui ne se vérifie pas toujours.

Grâce aux effets bénéfiques des précipitations, qui sont arrivées à temps et n'ont pratiquement pas cessé, la production a augmenté dans toutes les zones qui n'ont pas été touchées par les inondations (90 pour cent des ménages d'exploitants), et les estimations concernant les superficies cultivées ont été relevées, tandis que les rendements se sont accrus. La superficie cultivée a elle aussi probablement augmenté, du fait de la présence de 130 000 personnes rapatriées dans le cadre d'une opération organisée/bénéficiant d'une aide (22 000 ménages), qui sont arrivées avant 2007 et auraient travaillé les champs cette année1.

Toutefois à côté de ces bienfaits, il faut tenir compte des pertes de culture dans les champs inondés ou engorgés au niveau du pays, des États et des comtés. Selon les estimations faites entre mai et août 20072 dans les trois États les plus touchés, les eaux de crue couvriraient 7 955 km2 de terres, ce qui pourrait entraîner des pertes de récolte pour plus de 20 000 ménages3. La Mission a ventilé les données rassemblées dans les six États4 touchés reconnus par le Gouvernement du Sud Soudan, données qui comprennent les inondations et l'engorgement survenus après août et laissent entrevoir que quelque 56 000 ha de cultures et quelque 89 000 ménages ont été touchés. En outre, la Mission de cette année a revu les données démographiques sur lesquelles reposent les estimations de superficie, en réalignant la projection pour mi-2007 faite par la mission de 2006 avec la dernière carte de la population dressée par le BCAH, d'où une légère baisse de la population estimative des communautés rurales installées, ce qui se répercute sur la superficie cultivée.

Les résultats nets laissent entrevoir que la superficie récoltée en 2007 est similaire à celle estimée par la Mission de 2005, à savoir 849 000 ha produisant 859 000 tonnes par an, le rendement moyen étant de 1,01 tonne par ha. Il convient de noter que ces chiffres axés sur la production ne comprennent aucune des activités menées par les quelque 1 100 000 personnes qui sont rentrées chez elles de leur propre initiative (PDI et réfugiés), dont on ignore où elles se trouvent.5 Il est peu probable que ces rapatriés soient en mesure de cultiver dès la première année de leur retour, car ils doivent défricher et cultiver les parcelles à la main, ce qui prend beaucoup de temps et/ou d'argent si l'on veut constituer de la main-d'oeuvre selon le système nafeer. Même si les disponibilités de semences étaient adéquates parmi les agriculteurs installés, les PDI, les rapatriés et les familles vulnérables dans les zones d'accueil ont bénéficié de distributions de semences appuyées par la FAO.

Comme l'a constaté la Mission, les seules réserves disponibles sur l'exploitation sont celles détenues par les agriculteurs en Equatoria occidental. Elles peuvent aller jusqu'à 2 tonnes de céréales par exploitation familiale, du fait de la bonne campagne enregistrée l'an dernier. Comme ces stocks sont reportés d'une année sur l'autre, ils ne sont pas pris en compte dans le calcul de l'excédent/déficit éventuel. Ils se composent de céréales, de graines d'oléagineux et de légumineuses, à savoir principalement maïs, riz de montagne, mil rouge, sorgho, haricots et arachides, pour lesquels les débouchés sont limités et les pertes à l'entreposage élevées. Cette grande variété de céréales est donc utilisée à la maison et explique le chiffre élevé de la consommation annuelle par habitant qui figure dans le bilan, alors que dans cette zone, la denrée de base de prédilection est le manioc.

Les tentatives faites précédemment par des ONG pour promouvoir la production de maïs et de sorgho à des fins de commercialisation en Equatoria occidental ont échoué, lorsque l'achat de plus grandes quantités ne s'est pas matérialisé (en 2000). Toutefois, la région est réputée pour la capacité locale à produire tout au long de l'année, par ses agriculteurs. De nouvelles initiatives d'achats locaux sont fortement souhaitables pour promouvoir le développement; toutefois, en raison de la petite taille des exploitations et des promesses non tenues dans le passé récent, les initiatives devront être menées en concertation avec les associations d'agriculteurs (très répandues à Yambio, Tambura et Maridi) et au titre de contrats contraignants de longue durée (cinq ans). Il est peu probable que les expéditions de commercialisation ad hoc trouvent les excédents entreposés à la ferme si des négociations du type susmentionné ne sont pas menées.

L'estimation concernant la récolte se rapporte à un excédent céréalier de 3 200 tonnes pour la population installée dans les zones urbaines et rurales, à savoir 8,99 millions de personnes projetées pour mi-2008. Si l'on inclut dans le groupe de consommateurs les 1,23 million de réfugiés qui sont retournés chez eux de leur propre initiative et les personnes rapatriées dans le cadre d'une opération organisée et en considérant une consommation moyenne de 85kg par habitant et par an, il y aura un déficit de 93 200 tonnes . La production céréalière issue du secteur mécanisé est en hausse par rapport à l'estimation de l'an dernier et s'établit à 159 000 tonnes, en raison d'une augmentation des petites unités mécanisées à Renk (exploitations non délimitées), et sur une plus petite échelle, d'une hausse de la production (qui couvrait précédemment quelque 3 000 ha à Bentiu et 2 000 ha à Malakal). Jusqu'à présent, la menace de ravageurs a été soit minime soit contrée par l'unité de protection phytosanitaire du Ministère basée à Renk. Toutefois les Quelea quelea demeurent une menace pour les cultures mises en terre dernièrement, et ce jusqu'à ce qu'elles soient récoltées en janvier.

Selon l'Estimation des besoins annuels et des moyens de subsistance (ANLA), environ 1,2 million de personnes vulnérables et quelque 372 000 rapatriés attendus dans le pays auront besoin d'une aide alimentaire s'élevant à environ 102 000 tonnes (respectivement 76 000 tonnes et 26 200 tonnes).

Le présent rapport a été établi par Ian Robinson, Elijah Mukhalla, Yergalem Beraki, Billy Mwinga et Andrew Odero sous la responsabilité des Secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'informations, le cas échéant.

Henri Josserand
Chef, SMIAR, FAO
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Mél: giews1@fao.org
Kenro Oshidari
Directeur régional et Représentant, PAM Soudan
Fax: 00256-31242500
Mél: Kenro.Oshidari@wfp.org

Veuillez noter qu'il est possible d'obtenir le présent Rapport spécial sur le site Internet de la FAO à l'adresse suivante: http://www.fao.org/giews/

Il est également possible de recevoir automatiquement, par messagerie électronique, les Alertes spéciales et les Rapports spéciaux, dès leur publication, en souscrivant à la liste de distribution du SMIAR. À cette fin, veuillez envoyer un message électronique à l'adresse suivante: mailserv@mailserv.fao.org, sans rien écrire dans la ligne "sujet" et en indiquant le message suivant:

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1. MINUS rapatriés, réintégration et remise en état, août 2007.

2. Analyse des inondations du BCAH, mai et juillet 2007.

3. Appel d'aide humanitaire des Nations Unies, septembre 2007

4. Évaluations de l'UNHA dans les États du Haut-Nil, de l'Unité et de Jonglei; les autres États touchés sont ceux de Bahr el Ghazal Nord, des Lacs et de Warrap.

5. MINUS rapatriés, réintégration et remise en état, tableau récapitulatif, août 2007.