0541-B4

Criblage génétique de souches d'Irvingia gabonensis dans le bassin du Congo.

Nérée Onguene Awana 1 , Norbert Ganga 2 , Jacques Paulus 3 , Violaine Margueret 4 et Damase Khasa 5 .


Résumé

Le manguier sauvage (Irvingia gabonensis Aubry Lecomte) est l'essence à produits forestiers non ligneux prioritaire pour les populations des forêts d'Afrique centrale et occidentale. Son fruit est très apprécié pour sa teneur élevée en vitamine C, en fer, en calcium et en fibres. Son amande séchée est une source de devises considérable et d'échanges commerciaux importants entre les pays de la sous-région. Ce qui fait d'Irvingia gabonensis une espèce de choix en agroforesterie pour concilier les objectifs globaux de changements climatiques et les intérêts locaux de réduction de la pauvreté pour les peuples riverains des forêts. Cependant, il existe peu d'informations sur le potentiel de biofixation de dioxyde de carbone par des variétés d'Irvingia gabonensis. L'objectif de cette étude est d'identifier des variétés d'I. gabonensis à haut pouvoir de séquestration de carbone â partir de tests de descendance. L'étude sera menée dans trois pays du bassin du Congo, Cameroun, Gabon, et République Démocratique du Congo (R. D. Congo). Des graines pré-germées de dix arbres sélectionnés dans dix sites, à travers chaque pays, seront transplantées dans des pots en pépinière. Les plants seront suivis pendant neuf mois. Les paramètres de croissance (diamètre au collet et hauteur) seront pris tous les trois mois. A la récolte, les biomasses aérienne et souterraine seront évaluées. Les descendances à forte biomasse seront retenues pour l'amélioration génétique, la domestication et la vulgarisation auprès des paysans.


I. Introduction

Le manguier sauvage (Irvingia gabonensis Aubry Lecomte) est l'essence à produits forestiers non ligneux prioritaire pour les populations des forêts d'Afrique centrale et occidentale (Ndoye et al., 1997). Les fruits sont consommés par l'homme et une gamme variée d'animaux sauvages qui assurent sa dispersion (éléphant, sanglier). Les fruits sont riches en vitamine C, en fer, en calcium, en fibres et en lipides. Ses amandes séchées font l'objet d'un commerce régional très intense (Ndoye et al., 1998). Localement, les amandes séchées sont écrasées pour préparer des soupes. L'écorce est utilisée dans les traitements contre la hernie, les diarrhées, et la fièvre jaune (Ayuk et al., 1997). A la suite d'une enquête semi-structurée auprès des paysans d'Afrique centrale et de l'ouest, Irvingia gabonensis a été choisi comme première espèce à produits forestiers non-ligneux à domestiquer (Anonyme, 2001). Cependant, peu d'informations existent sur le potentiel génétique de l'espèce, notamment sa production en biomasse.

La distribution naturelle d'Irvingia gabonensis s'étend du Libéria en Angola, en passant par le Togo, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Nigéria, la Guinée Equatoriale, le Gabon, et La R.D. Congo (Mayombé). Au Cameroun, le manguier sauvage pousse dans tous les écosystèmes forestiers sud du 6 e parallèle nord (Vivien et Faure, 1985). Il est généralement conservé in situ par les paysans dans les jachères et dans les champs de cacaoyers. En Afrique de l'ouest, il est déjà planté au Bénin, au Ghana et en Côte d'Ivoire (Harris, 1996 ; Ladipo et al., 1996). Par conséquent, il est possible de mener des études conjointes sur Irvingia gabonensis dans plusieurs pays du Bassin du Congo.

Depuis deux décennies environ, il apparaît de plus en plus que le climat global change. Les changements climatiques observés seraient causés surtout par les activités anthropiques liées à la production et à la consommation d'énergie en Occident, et à la déforestation accélérée en milieu tropical. Cependant, il est possible de mitiger ces perturbations climatiques en réduisant les émissions des gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, ozone, dioxyde nitreux) et/ou en constituant des «puits de carbone» par l'afforestation et/ou la reforestation. Le protocole de Kyoto a prévu à cet effet le marché de carbone où il est possible à un pays d'acheter des droits d'émission par l'entremise de la reforestation dans un autre pays. Afin concilier les objectifs globaux de changements climatiques et les intérêts locaux des peuples riverains des forêts de réduction de la pauvreté, la présente étude a pour objectif de sélectionner des variétés d'Irvingia gabonensis à partir des tests de descendance ayant un fort pouvoir de séquestration de dioxyde de carbone. De telles variétés seront par la suite domestiquées et vulgarisées auprès des paysans.

II. Objectif

Sélectionner des variétés d'Irvingia gabonensis à fort pouvoir de biofixation du dioxyde de carbone à partir de tests de descendance.

III. Méthodologie

3.1 Récolte des semences

Une dizaine de sites seront choisis en fonction des quatre points cardinaux, à travers chacun des pays participants (Cameroun, Gabon, et R.D.Congo). Ce qui permettra de tester l'hypothèse selon laquelle la productivité primaire des variétés d'Irvingia gabonensis est corrélée à leur localisation géographique. Leurs coordonnées géographiques (altitude, latitude, longitude) seront relevées ainsi que les caractéristiques bio-physiques.

Dans chaque site, dix arbres (ou plus) bien conformés, et distants d'au moins 1 km, seront sélectionnés. Les mensurations de chaque arbre porteront sur le diamètre à hauteur de poitrine d'homme (à 1,30 m), la hauteur estimée, et l'envergure du houppier. La qualité des fruits, leur poids frais, et la quantité de jus seront évalués.

La qualité de l'arbre choisi sera discutée avec les populations locales (étude ethno-botanique).

La fructification d'Irvingia gabonensis a lieu au Cameroun de septembre à avril-juillet (Vivien et Faure, 1996) et au Gabon, elle s'étend de septembre à décembre (Norbert Ganga, comm. pers. 2002). Environ vingt-cinq graines saines d'Irvingia gabonensis, de forme et de poids identiques, seront collectées autour de chaque arbre et ramenées en station (l'idéal serait de les cueillir, mais la hauteur des arbres ne pourrait peut être pas le permettre dans tous les cas). Il est aussi important de noter que la floraison et la fructification des arbres forestiers tropicaux fluctuent fortement d'une année à l'autre. Donc, ce facteur peut aussi influencer la quantité de fruits récoltés par site. Les graines seront dépulpées. Les pieds d'arbres récoltés seront clairement identifiés.

Au Cameroun, les dix sites suivants ont été retenus :

Pour la R.D. C, les sites seront choisis dans la forêt du Mayumbe.

Au Gabon, les dix sites suivants ont été retenus :

3.2-Essais de germination

Dix germoirs (1 m x 5 m x 50 cm) seront préparés avec du sable de rivière pour chaque localité. Les graines dépulpées seront traitées avec un fongicide et un insecticide, puis, enfoncées à plat à environ 10 cm et recouvertes de sable. La germination des graines d'Irvingia gabonensis est épigée et varie de 30 à 60 jours (Vivien et Faure, 1996) avec un taux de germination de 80 % (Anonyme, 2001).

3.3-Tests de croissance

Pendant la recherche des graines sur le terrain et la germination, des sachets plastiques noirs (5 kg) seront remplis d'un mélange de sol et de sable (50/50 volume). Dans chaque sachet étiqueté, un plant pré-germé d'Irvingia gabonensis âgé d'un mois, sera placé au centre et arrosé copieusement. Les plants seront suivis en pépinière pendant neuf mois. L'arrosage se fera en fonction des besoins des plants.

3.4-Evaluation des paramètres

Tous les trois mois, la croissance des plants sera évaluée en mesurant la hauteur et le diamètre au collet. La hauteur sera mesurée du collet au point d'insertion de la nouvelle feuille complètement déroulée. Le diamètre au collet sera mesurée à l'aide d'un «caliper». A la récolte, les biomasses aérienne et souterraine seront évaluées. La partie aérienne sera séparée de la partie racinaire, placée dans des sachets en papier, et séchées à l'étuve à 70 0 C pendant 72 heures. Les racines seront rincées sur un tamis de 0,5 mm, placées dans du papier aluminium, et séchées à l'étuve à 70 0 C pendant 24 heures. Les masses sèches aériennes et souterraines seront déterminées. La biomasse totale et le rapport biomasse souterraine sur biomasse aérienne seront calculés.

3.5-Analyse des données

Le logiciel SPSS (SPSS Inc., 1993) ou SAS sera utilisé pour l'analyse des données. Les données seront soumises à l'analyse de variance (ANOVA) et des paramètres génétiques (héritabilité, corrélations génétiques) seront déterminés. L'ANOVA permettra de déterminer les descendances dont la biomasse en carbone est statistiquement la plus élevée. L'analyse de régression multiple sera aussi effectuée pour établir les liens de productivité et les coordonnées géographiques.

IV. Conclusion

Le projet de recherche est en cours de réalisation. Il devrait nous permettre de faire la sélection génétique des variétés d'Irvingia gabonensis à haut potentiel fixateur de carbone qui pourront être vulgarisées dans des programmes d'agroforesterie répondant aux objectifs environnementaux tout en réduisant la pauvreté des populations locales.

V. Littérature consultée

1. Anonyme. 2001. Rapport d'activités annuelles 2000-2001. ICRAF, IFAD, DFID, WOB, 36p

2. Ayuk T, Duguma B, Franzel S, Mollet M, Tiki Manga T, Zenkeng P. 1997. Economic potential, uses and management of Irvingia gabonensis in humid lowland of Cameroon. Yaounde, Draft Report, ICRAF-Cameroon, 20p

3. Harris DJ. 1996. A revision of the irvingiaceae in Africa. Bull. J.Bot.Nat. Belgique 65:143-196

4. Ndoye O, Tchamou. 1997. Utilisation and marketing trends for Irvingia gabonensis products in Cameroon. In: Ladipo DO and Boland DJ (eds.). Bush mango (Irvingia gabonensis) and close relatives. Proceedings of a West African Pre-Germplasm Collection Workshop held in Ibadan, Nigeria, ICRAF.

5. Ndoye O, Ruiz-Perez M, Eyebe A. 1998. The markets of non-timber forest products. Commerce transfrontalier et intégration régionale en Afrique Centrale: cas des produits forestiers non-ligneux. OSTOM, Cahier des sciences humaines. ODI, Rural Development Forestry Network, Winter, 20p

6. Ladipo OD, Fondoun JM, Ganga N. 1996. Domestication of the bush mango (Irvingia spp): some exploitable intraspecific variation in west and central Africa. In: Leakey RRB, Temu AB, Melnyk M, Vantomme P. (eds.). Domestication and commercialisation of non-timber forest products in agroforestery systems. Proceedings of International Conference held in Nairobi, Kenya, 19-23 February 1996, pp193-204

7. SPSS Inc. 1993.

8. Vivien J, Faure JJ. 1985. Arbres et forêts denses d'Afrique Centrale. Ministère des relations extérieures. Coopération et Développement, ACT, Paris

9. Vivien J, Faure JJ. 1996. Fruitiers sauvages d'Afrique : espèces du Cameroun. CTA et Ministère Français de la Coopération, 416p


1 IRAD, Institut de recherche agricole pour le développement, Centre de Nkolbisson, B.P. 2067 Yaoundé. Cameroun. Tél. : 237-23-26-44. Email : nereeoa@yahoo.fr

2 ENEF, École nationale des eaux et forêts, Cap Esterias, BP 3960 Libreville, Gabon. Email : ganganorb@yahoo.fr

3 Université de Kinshasa, Département de l'Environnement, KIN XI, République Démocratique du Congo.

4 Université Laval, Faculté de foresterie et de géomatique, Québec (QC), Canada, G1K 7P4. Tél : (418) 656-2131, poste 12941 Email : violaine.margueret@ffg.ulaval.ca

5 Université Laval, Pavillon Marchand, Québec (QC), Canada, G1K 7P4. Tél : (418) 656-2131, poste 12587
Email  dkhasa@rsvs.ulaval.ca