3. Analyse technique des principales productions non ligneuses de la région méditerranéenne


a) Le liège. C'est l'écorce particulière que produit le chêne-liège (Quercus suber L.), plante typique de la forêt naturelle de la région méditerranéenne occidentale. Sans rentrer dans les détails, il est opportun de rappeler que les particularités chimiques et histologiques de ce produit sont dues à la composition des parois cellulaires et à la conformation de ces cellules-mêmes qui font du liège un puissant isolant thermique, acoustique et vibratoire, capable d'exercer une action isolante, même sur les solutions gazeuses.

Par ailleurs, à la différence des produits de synthèse, tels que le polystyrène expansé et les polyuréthannes, qui avec le temps perdent progressivement leur pouvoir isolant, le liège est capable de maintenir ce pouvoir pendant longtemps (phénomène désormais confirmé dans le temps).

Sur le plan technique, on utilise surtout le liège pour la fabrication de produits isolants dans le secteur du bâtiment (agglomérés noirs et blancs), de bouchons pour la fermeture des bouteilles de vin (utilisation la plus répandue), et de produits artisanaux (ustensiles, etc.). Du point de vue commercial, on a remarqué qu'au niveau mondial, on produit de nos jours seulement 10% environ des besoins industriels.

b) Les résines. Ce sont des substances complexes; elles sont le produit de l'action métabolique de certains organismes végétaux. Les plantes productrices sont représentées par quelques pins méditerranéens (Pinus halepensis, P. pinaster, P. leucodermis, P. brutia) et par Pistacia lentiscus. Avec la résine des conifères, par un procédé de distillation, on obtient la "térébenthine", et comme résidu de ce processus la colophane, tandis qu'avec le lentisque on obtient "la gomme mastic".

La térébenthine est une oléorésine qui représente la fraction liquide des résines naturelles; elle est utilisée dans la fabrication industrielle de l'essence de térébenthine (alcool de térébenthine); par conséquent, elle sert tout le secteur industriel des vernis.

La gomme mastic est parmi les résines les plus anciennes, quant à sa découverte et à son utilisation; c'est un produit complètement transparent et il est utilisé dans l'industrie pour la préparation des vernis et pour la protection des tableaux.

c) Le sylvo-pastoralisme. Dans le milieu méditerranéen, on entend par sylvo-pastoralisme toutes les activités d'élevage nomade d'animaux qui ont caractérisé le comportement des populations méditerranéennes.

Sur le plan historique, ce type d'activité a marqué les pays de la Méditerranée et du Moyen-Orient, à tel point que l'histoire socio-économique de ces régions a été fortement influencée par les différentes formes de gestion sylvo-pastorale utilisées par l'homme, qui se traduisaient par différentes typologies du rapport entre animaux d'élevage (consommateurs) et organismes végétaux (producteurs). Avec le temps, l'activité en question s'est en fait articulée sur des modèles socio-économiques différents.

Le modèle initial, le plus ancien du point de vue historique, était basé sur un prélèvement en équilibre avec la capacité de régénération totale de la ressource, selon des rythmes biologiques définis et imposés par l'écosystème naturel; il est évident que dans cette optique, la quantification de la production animale était fixée par les besoins familiaux ou tout au plus par ceux du village.

Par la suite, ce modèle a évolué de façon progressive et diversifiée au cours d'une très longue période historique, du fait d'un rapport hommes/ressources déterminé par des conditions politiques en mutation constante et caractérisées principalement par des luttes politico-militaires entre communautés organisées ainsi que par le phénomène de colonisation.

Ces scénarios socio-politiques ont créé un déséquilibre entre la production et la consommation dû à des prélèvements toujours croissants sur le capital biogénétique, au point de provoquer un effondrement général du système végétal, et en particulier de la forêt méditerranéenne.

La croissance démographique que l'on a connue au cours des siècles a par ailleurs provoqué un essor des processus de production agronomique, qui ont progressé de manière souvent irrationnelle pour devenir cause de désertification.

Le rapport hommes/ressources s'est ensuite altéré à cause de l'avènement de la société industrielle et avec les nouvelles doctrines économiques qui s'imposaient. Les nouvelles conceptions, fondées sur des valeurs non naturelles (l'argent), et sur le fait de vouloir tirer profit de tout processus productif, en excluant la conservation et la régénération des ressources exploitées, eurent un impact négatif considérable sur le sylvo-pastoralisme: d'un côté, les exigences industrielles ont soustrait des terres aux écosystèmes naturels, les transformant en systèmes à productivité spécifique (bois de feu, traverses de chemin de fer, charbon végétal); de l'autre, les nouvelles théories visant à une productivité maximale ont eu pour résultat: une augmentation des troupeaux et du nombre de têtes au sein du troupeau, une concentration élevée d'animaux par unité de surface, des cycles de feu moins espacés conduisant à un dépérissement de la végétation, naturellement irréversible.

Le sylvo-pastoralisme nomade, jusqu'à présent largement conditionné par le modèle industriel, doit absolument se recentrer dans son contexte naturel, (i) par l'utilisation de consommateurs naturels (caprins, bovins, ovins et porcins sauvages) adaptés à l'utilisation du type de biomasse produite par l'écosystème naturel, et (ii) par une quantification des prélèvements calés sur les capacités de régénération naturelle des ressources.

Les animaux qui jouent un rôle économique en matière sylvo-pastorale sont:

- les bovins de race rustique (indigènes au territoire, races locales); dans des conditions de liberté (pâturages naturels) et en nombre équilibré par unité de surface, leurs habitudes alimentaires sont représentées par 50% de biomasse lignifiée (arbustes et plantes forestières), et par 50% de biomasse non lignifiée (plantes herbacées);

- les caprins (chèvre domestique); c'est le seul herbivore d'élevage qui a normalement deux gestations par an; son régime alimentaire, dans des conditions identiques à celles décrites pour les bovins, est constitué à 85% de substances lignifiées et à 15% de substances herbacées;

- les ovins (espèce Ovis domestica, races locales); ils consomment 85% de leur propres besoins en biomasse herbacée;

- les porcins: ils ont deux gestations par an et dans certains cas trois; ce sont des animaux omnivores, et dans des conditions de liberté, leur choix alimentaire se porte en général sur les graines des plantes naturelles, celles des chênes en particulier, et sur les racines tubériformes, tandis que la consommation carnivore est occasionnelle.

d) La faune sauvage. Elle se définit comme une libre association de consommateurs organisée selon des rapports intra et inter-spécifiques entre les individus, et selon des typologies et des quantifications établies par sélection naturelle dans le temps. Les prémisses de cette définition sont le libre mouvement des animaux de toutes les espèces sur le territoire, selon leurs propres habitudes, et la réorganisation ou reconstruction du niveau naturel des producteurs (végétaux) articulé dans l'écosystème "Forêt naturelle méditerranéenne" selon les diverses variantes écologiques.

Il s'avère opportun de faire remarquer que "l'option faune sauvage" impose des choix qui contrastent ceux du sylvo-pastoralisme, ce qui implique des activités et des options qui sont interchangeables ou tout au plus partiellement intégrables, mais en aucun cas entièrement superposables.

Les animaux les plus représentatifs, aussi bien sur le plan écologique qu'économique, sont les suivants:

- Le cerf (Cervus elephus): sa présence est "fragmentaire" dans la région méditerranéenne et limitée à de petits peuplements à la limite de la survie, au sud de la Sardaigne; sur le territoire étudié, c'est l'animal le plus grand, du point de vue taille; sa nature particulière le rend très vulnérable à la pression humaine; ses habitudes alimentaires ressemblent à celles des caprins et s'orientent vers des matières végétales lignifiées; une espèce analogue que l'on rencontre dans la partie africaine du bassin méditerranéen est le mouflon qui est cependant plus petit que le cerf.

- Le mouflon (Ovis musimon): présent en Corse et en Sardaigne en peuplements modestes; ses exigences alimentaires sont semblables à celles des moutons.

- Le chevreuil (Capreolus capreolus): il est considéré comme étant l'espèce analogue au mouflon, écologiquement parlant et il préfère les matières végétales herbacées.

- L'addax (Addax masomaculata): en Afrique méditerranéenne, il est considéré comme l'espèce écologiquement analogue au mouflon et au chevreuil; semblable à ceux-ci pour son cycle de reproduction et pour ses préférences alimentaires.

- Le daim (Dama dama): il est bien entendu présent sur toute la région méditerranéenne; à même de supporter la présence voisine de l'homme, il effectue un prélèvement alimentaire équitablement réparti en biomasse lignifiée et herbacée.

La présence de ces espèces animales dans l'environnement méditerranéen est nettement au dessous de la potentialité territoriale; ceci est dû à l'occupation sylvo-pastorale de beaucoup de zones, mais surtout à la profonde dégradation du système végétal naturel.

Il en résulte que le développement de la faune sauvage est indissociablement lié à la reconstitution ou à la restauration de l'équilibre des écosystèmes végétaux naturels, à commencer par l'écosystème forestier.

e) Plantes médicinales. On peut définir la production de plantes médicinales comme "L'ensemble de tous les organismes végétaux capables de produire des principes actifs, librement associés et naturellement présents dans la forêt naturelle, et géré de façon naturelle, tant au niveau des plantes herbacées, des arbustes que des arbres". Ce type de production est également dépendant de l'écosystème.

On peut classer les plantes médicinales sous deux grandes catégories, sur la base des principes actifs présents dans la plante et par rapport à l'utilisation qu'en fait l'homme: plantes médicamenteuses, et plantes commercialisables (aromatiques et phyto-cosmétiques).

On citera ci-dessous les espèces médicamenteuses les plus importantes, sans rentrer dans la description de leurs principes actifs, de leurs actions et de leurs préparations: la belladonne (Atropa belladonna), l'aubépine (Crataegus oxyacantha), la réglisse, (Glycyrrhiza gleba), l'oignon maritime (Urginea maritima), la digitale (Digitalis purpurea), la valériane (Valeriana officinalis), l'ail sauvage (Allium sativum).

Parmi les espèces ayant un intérêt commercial, pour leur utilisation aromatique ou phyto-cosmétique, on peut citer: le laurier (Laurus nobilis), la sauge (Salvia sclarea), le serpolet (Tymus serpillum), la menthe (Mentha puleggium), l'origan (Origanum vulgare), le fenouil sauvage (Foenicolum vulgare).

f) Le miel. C'est un produit né du métabolisme des abeilles (Apis mellifica en est la principale espèce productrice, et on la rencontre dans la région méditerranéenne) dont la consistance crémeuse est due à un procédé d'élaboration opéré par les abeilles après avoir butiné le nectar des fleurs. Du fait que les abeilles vivent en colonies extrêmement nombreuses, la quantité de miel produite est élevée.

Dans la nature, ce produit se trouve de façon dispersée, et c'est pour cela que l'homme a cherché à en contrôler le cycle, afin d'obtenir une ressource productive. Sa valeur est déterminée par ses caractéristiques alimentaires, diététiques, médicamenteuses et par ses qualités cosmétiques.

La valeur alimentaire du miel est caractérisée par un contenu élevé en sucres (le glucose et le fructose, et à un moindre degré le saccharose) et par la présence des vitamines A, B et C. Le miel prend sa saveur et son odeur en fonction de la qualité des fleurs disponibles dans la région butinée; par exemple, dans la région méditerranéenne, la production de miel à saveur amère est déterminée par la présence d'arbousiers dans cette région.

Le miel est utilisé dans l'industrie alimentaire, cosmétique et pharmaceutique.

g) Champignons comestibles. Les champignons sont des organismes qui vivent en symbiose mycorhizienne; ils tirent les hydrates de carbone des organismes végétaux et libèrent des sels minéraux et de l'eau par démantèlement de la roche mère. Ils ont la caractéristique d'être très sensibles à tout changement, même minime, de l'écosystème naturel dans lequel ils sont insérés, se transformant en parasites destructeurs de la végétation forestière, et ne produisant plus de corps fructifère. C'est une production également très dépendante de l'écosystème.

Les champignons se présentent sous deux formes, hypogée et épigée, selon que le carpophore, corps fructifère qui fait l'objet du prélèvement humain, pousse respectivement au dessous ou au dessus du niveau de la terre.

Leurs habitats de prédilection sont les chênaies méditerranéennes, moins chaudes et plus humides et dans lesquelles le développement du carpophore intervient aux équinoxes.

Les principales espèces de champignons épigés ayant un intérêt économique sont: le bolet royal (Boletus edulis), le bolet noir (Boletus aereus), l'amanite césarienne (Amanita caesarea), l'amanite vineuse (Amanita rubescens), les pleurotes (Pleurotea ostreatus et P. ferulae).

Les champignons hypogés les plus importants sont les truffes et les "terfezia" (ces dernières sont présentes en milieu africain); les espèces les plus importantes sont les suivantes: la truffe blanche (Tuber magnatum), la truffe noire (Tuber melanosporum), la truffe estivale (Tubur aestivum), Terfezia arabica, Terfezia mafizi, Terfezia africana.

h) Productivité du milieu. La réhabilitation de l'écosystème forestier, dans le but d'une fonctionnalité maximum, a pour conséquence l'amélioration du milieu, qui de ce fait devient lui aussi un produit de l'intervention. Il faut savoir que les effets obtenus provoquent une action à effet "de régime" sur le macro-climat, mais surtout permettent la formation d'un micro-climat à l'intérieur du territoire forestier, caractérisé par des valeurs de la température et de l'humidité plus constantes, c'est-à-dire plus indépendantes du cycle des saisons. Une stabilité thermique et hydrique de ce type est caractéristique d'un écosystème équilibré et fonctionnel, et dénote en outre un caractère d'exception dans le milieu méditerranéen, où l'eau représente l'élément indispensable du cycle de l'écosystème.

i) Productivité paysagère. Elle est la conséquence de la restauration des écosystèmes naturels, et atteint ses valeurs maximales grâce à la ré-édification du système plus évolué que représente la "forêt naturelle méditerranéenne feuillue mixte". Durant cette phase d'évolution maximale, les formes de la végétation, variables dans leur composition et leur structure, se dessinent selon la morphologie du terrain, estompant les lignes accidentées. Ceci donne naissance à une richesse esthétique, où les lignes, les formes et les couleurs se fondent dans l'harmonie sans pareil du paysage naturel. A tout ceci, s'ajoute la présence de la faune sauvage qui donne une touche singulière au paysage et à la nature.