9.1. Les méthodes de l'études
9.2. Modelés de cultures et simulations de rendements
9.3. La modélisation du système alimentaire mondial
9.4. Une évaluation du système alimentaire mondial grâce a des scénarios alternatifs
9.5. Conclusions
Références
Günther FISHER
International Institute for Applied Systems Analysis, Laxenburg, Autriche
Klaus FROHBERG
Institut fur Agrarenwicklung in Mittel- und Osteuropa, Halle, Allemagne
Martin L. PARRY
Jackson Environment Institute, University College, Londres, Royaume-Uni
Cynthia ROSENZWEIG
Goddard Institute for Space Studies et Columbia University, USA
Depuis la fin des années 1950, la production agricole mondiale a crû à des rythmes et à des niveaux sans précédents dans l'histoire humaine. Pour une grande pan, l'augmentation de la productivité est attribuable à la reproduction de variétés de cultures à haut rendement, à l'utilisation intensive d'engrais inorganiques et de pesticides, à l'expansion de l'irrigation et à une gestion agricole à fort capital.
Dans les années 1970, l'euphorie qui a entouré la 'Révolution Verte' a été remise en question suite à la crise de l'énergie et de la prise de conscience des conséquences environnementales à long terme. La préoccupation à propos de l'érosion du sol, de la contamination de l'eau souterraine, de la compaction et de la baisse de fertilité naturelle du sol ainsi que de la destruction des systèmes sociaux traditionnels a conduit à une réévaluation de ce qui était considéré alors comme les techniques de production agricole les plus avancées. Depuis lors, la recherche en agriculture a élargi sa vision pour inclure des systèmes de cultures et des pratiques de gestion agricole durables et efficaces en ressources.
Depuis le début des années 1980, une autre menace pour l'agriculture a attiré l'attention. Nombre de climatologues prédisent, dans les prochaines décennies, un réchauffement global important dû à la hausse des teneurs en dioxyde de carbone et autres gaz en traces dans l'atmosphère. Par conséquent, il est aussi prévu que des modifications majeures des régimes hydrologiques vont avoir lieu. La grandeur et la distribution géographique de tels changements induits par le climat peuvent nous empêcher d'accroître la production alimentaire nécessaire pour nourrir une population de plus de 10.000 millions de gens prévue pour le milieu du siècle prochain. Le changement de climat risque d'avoir des effets très étendus sur les modes de commerce entre nations, le développement et la sécurité alimentaire.
Au-delà de ce qui est connu au sujet des gaz à effet de serre et du système climatique, il y a cependant de grandes incertitudes: Comment le réchauffement va-t-il se passer, à quelle vitesse et suivant quel mode géographique et saisonnier? Quels processus secondaires le réchauffement va-t-il induire et quels pourraient être les impacts physiques et biologiques de tels processus? Certaines régions en seront-elles bénéficiaires quand d'autres souffriront, et qui seront les gagnants et les perdants? Et si les dégâts ne peuvent être évités, que peut-on faire pour adapter et modifier nos systèmes pour les minimiser ou en venir à bout? Ce sont des questions importantes et complexes que nous commençons seulement à comprendre afin de développer des méthodes pour leur analyse.
Une recherche récente a mis l'accent sur des évaluations régionales et nationales des effets potentiels du changement de climat sur l'agriculture. La plus grande partie de ce travail a traité chaque région ou nation séparément sans relation avec des changements de production ailleurs et sans prêter attention aux effets du changement de climat sur le marché mondial et, leurs rétroactions. Des évaluations des impacts potentiels ont été réalisées dans des études nationales achevées aux Etats-Unis (Adams et al., 1990, 1994; Smith et Tirpak, 1989), en Australie (Pearman, 1988) et au Royaume-Uni (UK Department of the Environment, 1991). Des études régionales ont été faites dans des régions agricoles aux hautes latitudes et semi-arides (Parry et al., 1988). Ces études régionales et nationales ont été résumées dans les rapports du Groupe de Travail II de l'IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) (IPCC, 1990b, 1996).
En 1989, l'Agence de la Protection de l'Environnement (EPA) et l'Agence pour le Développement International (USAID) des Etats-Unis qui lui a apporté son soutien additionnel, ont commissionné une étude de trois ans à propos des effets du changement de climat sur l'approvisionnement alimentaire mondial. Ce chapitre est un premier essai d'évaluation intégrée globale des effets potentiels du changement de climat sur l'agriculture et le système alimentaire mondial. Le projet de collaboration fut géré conjointement par le Goddard Institute of Space Studies (GISS) et la Environmental Change Unit (ECU) avec l'International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA) et a impliqué environ 50 chercheurs dans le monde.
Le but de ce chapitre est de fournir une courte description de l'étude et une analyse des résultats obtenus à partir d'un ensemble de simulations faites avec le Basic Linked System of National Agricultural Models (Fisher et al., 1988) élaboré par le Programme pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAP) à l'IIASA. La recherche de l'IIASA forme un cadre d'analyse du système alimentaire mondial, considérant les systèmes agricoles nationaux au sein des économies nationales qui, à leur tour, interéagissent l'une avec l'autre au niveau international.
La mise en oeuvre de l'étude a impliqué une procédure en quatre étapes:
1. La sélection des scénarios du changement de climat.2. L'estimation des changements potentiels de rendements des cultures spécifiques au site.
3. L'agrégation des résultats de la modélisation des cultures en estimations des changements potentiels de la productivité nationale/régionale.
4. La simulation dynamique des impacts de rendement dus au changement de climat sur le système alimentaire mondial.
Les détails des méthodes sont décrits dans les articles de Rosenzweig et al. (1995), Rosenzweig et Parry (1994) et Rosenzweig et Iglesias (1994).
9.1.1. LES SCENARIOS DU CHANGEMENT DE CLIMAT
Les scénarios du changement de climat furent développés pour estimer ses effets sur les rendements des cultures et le commerce alimentaire. Un scénario de changement de climat est défini comme un ensemble physiquement consistant de changements de variables météorologiques basés sur des projections généralement acceptées de niveaux de CO2 (et d'autres gaz en traces). La gamme de scénarios analysés vise à appréhender la gamme des effets possibles et à établir les limites de leur incertitude. Un ensemble de scénarios pour cette étude fut créé en changeant les données observées du climat actuel (1951-1980) en fonction des résultats de simulation pour un doublement du CO2 avec trois Modèles de Circulation Générale (GCMs) (Tableau 9.1)
Les changements de températures de ces scénarios GCM (4,0 - 5,2°C) sont à ou près de la limite supérieure de la gamme (1,5 - 4,5°C) projetée pour un réchauffement dû à un doublement du CO2 par le IPCC (IPCC, 1990a, 1992). Cependant, les scénarios du GISS et du GFDL (Geophysical Fluid Dynamics Laboratory) sont proches du changement de température moyenne (3,8°C) des essais récents d'un doublement du CO2 documentés pour des GCMs atmosphériques avec un cycle saisonnier et une couche limite océanique mélangée (IPCC, 1992).
Actuellement, les GCMs sont les instruments les plus avancés pour prédire les conséquences climatiques potentielles futures d'une hausse des gaz en traces actifs sur le rayonnement. Ils ont assez bien simulé les températures actuelles mais pas de façon précise les précipitations; leur capacité à reproduire le climat actuel varie de régions à régions (IPCC, 1990a). Un fait spécialement important pour les impacts agricoles du changement de climat est le manque de consensus entre les GCMs pour prédire les modifications régionales de l'humidité du sol (Kellogg et Zhao, 1988). De plus, jusqu'à présent les GCMs n'ont pas été capables de fournir des projections fiables des changements de variabilité climatique telles que des altérations dans les fréquences des sécheresses et des tempêtes même si celles-ci peuvent affecter les rendements des cultures de façon significative.
Pour la partie de la modélisation des cultures dans cette étude, on a utilisé les changements de climat obtenus par simulation avec les GCMs pour un doublement du CO2 d'un niveau équivalent à 555 ppm CO2; le temps supposé des simulations avec le modèle alimentaire mondial est que ces conditions auraient lieu en l'an 2060. Les régimes des futures émissions des gaz en traces et le moment où leurs effets seraient complètement réalisés ne sont pas certains.
Tableau 9.1. Scénarios de changement de climat par doublement de la concentration en CO2 de trois modèles GCM
|
GCM |
Année¹ |
Résolution (lat. xlong.) |
CO2 (ppm) |
Changement moyen global |
|
|
temp. (°C) |
précip. (%) |
||||
|
GISS |
1982 |
7,83°x10° |
630 |
4,2 |
11 |
|
GFDL |
1988 |
4,4°x7,5° |
600 |
4,0 |
8 |
|
UKMO |
1986 |
5,0°x7,5° |
640 |
5,2 |
15 |
¹Moment de l'estimation.
Note: GFDL: Geophysical Fluid Dynamics Laboratory; UKMO: United Kingdom Meteorological Office.
Parce que, à coté du CO2, les autres gaz à effet de serre tels que le méthane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O) et les chlorofluorocarbones (CFCs) augmentent aussi, un 'doublement effectif du CO2' a été défini comme la contrainte radiative combinée de tous les gaz à effet de serre ayant la même contrainte que le doublement du CO2 (défini habituellement à ~600 ppm). Le niveau de CO2 est important pour estimer l'impact potentiel sur les cultures parce que la croissance des cultures et l'utilisation de l'eau sont avantagées par des niveaux accrus de CO2 (Cure et Acock, 1986). Un niveau de CO2 de 555 ppm était associé aux projections de climat avec un doublement effectif de CO2 pour des simulations à partir des modèles de cultures. Ceci était basé sur le scénario A, pour les gaz en traces en régime transitoire dans le GCM du GISS, décrit par Hansen et al. (1988) dans lequel le climat simulé s'est réchauffé au niveau du doublement effectif de CO2 d'environ 4°C d'ici 2060. Ce niveau suppose que les gaz en traces qui ne sont pas du CO2 contribuent pour -15% du changement de la contrainte radiative de 300 à ~600 ppm.
Deux autres scénarios de changement du climat furent testés. Le scénario GISS en transitoire consiste en un passage du GCM à des niveaux de CO2 atmosphérique graduellement croissants. Les concentrations en CO2 dans le scénario A en transitoire du GISS étaient supposées être de 405 ppm, 460 ppm et 530 ppm respectivement pendant les décennies 2010, 2030 et 2050. Les essais de modélisation des cultures furent menés séparément pour ces trois périodes.
Un autre scénario, appelé GISS-A, employa les changements de climat projetés pour la décennie 2030 à partir d'un passage en transitoire du GISS avec 555 ppm CO2 pour les simulations du modèle de cultures. Ce scénario servit pour tester les conséquences d'une plus faible sensibilité du système de climat à des concentrations croissantes de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Le scénario GISS-A prédit une hausse de température globale de 2, 4°C et une augmentation de 5% des précipitations.
9.1.2. ESTIMATION DES MODIFICATIONS POTENTIELLES SPECIFIQUES AUX SITES DANS LES RENDEMENTS DES CULTURES
Les modèles de cultures et un système d'aide à la décision développés par 1' International Benchmark Sites Network for Agrotechnology Transfer (IBSNAT, 1989) furent utilisés pour estimer comment le changement de climat et les niveaux croissants de CO2 peuvent altérer les rendements de cultures majeures. Les simulations comprennent à la fois les principales régions de production et celles qui sont vulnérables à basses, moyennes et hautes latitudes. Les modèles IBSNAT simulent la croissance et le rendement des cultures en fonction de la génétique, du climat, des sols et des pratiques de gestion. On a utilisé les modèles pour le blé, le maïs, le riz et le soja.
Les modèles de cultures tiennent compte des effets physiologiques bénéfiques des concentrations accrues de CO2 sur la croissance et l'utilisation de l'eau (Peart et al., 1989). La plupart des plantes poussant dans des environnements expérimentaux avec des niveaux accrus de CO2 atmosphérique montrent des vitesses accrues de photosynthèse nette et des ouvertures stomatiques réduites, ce qui réduit la transpiration par unité de surface foliaire tout en renforçant la photosynthèse. Les essais de simulation en modélisation des cultures furent conduits pour un climat de base (1951-1980) et des scénarios de changement du climat pour un doublement du CO2 obtenus à partir de GCMs avec ou sans effets physiologiques du CO2.
L'étude a testé aussi l'efficacité des adaptations au changement de climat au niveau de l'exploitation agricole, y compris les changements de la date de plantation, de cultivars, d'irrigation, d'engrais et de cultures. Ces mesures furent alors groupées en deux niveaux d'adaptation. Le Niveau 1 implique peu de modifications aux systèmes agricoles existants, ce qui reflète une réponse relativement facile et peu coûteuse du fermier au changement du climat. Le Niveau 2 implique des changements plus substantiels des systèmes agricoles nécessitant peut-être des ressources qui dépassent les moyens du fermier. Il faut noter que les coûts d'adaptation et la disponibilité en eau future pour l'irrigation dans les scénarios de changement de climat ne furent pas pris en compte dans cette étude.
9.1.3. AGREGATION DES RESULTATS DE LA MODELISATION DES CULTURES
Les données sur les modifications de rendement des cultures attendues dans les divers scénarios de changement du climat ont été compilées pour tous les produits de cultures et groupements géographiques représentés dans le modèle alimentaire mondial IIASA/FAP, le Basic Linked System (BLS).
Les résultats du modèle de cultures pour le blé, le riz, le maïs et le soja de sites sélectionnés furent agrégés par pondération des modifications de rendement régional, sur base de la production actuelle, pour estimer les changements dans les rendements nationaux. Les estimations des rendements régionaux représentent l'assortiment actuel des productions pluviales et irriguées, des variétés de cultures, de gestion de l'azote et des sols. Les données de production furent rassemblées par les scientifiques participant à l'étude, la FAO, l'USDA Crop Production Statistical Division et l'USDA International Service.
Les changements des rendements nationaux des autres cultures et groupes de produits ainsi que des régions non simulées avec les modèles de cultures furent estimés sur base des similarités avec les cultures et les conditions de croissance modélisées ainsi que des études, publiées ou non, sur les impacts du changement de climat. Les estimations de modifications de rendement furent faites dans trois scénarios de GCM, avec ou sans effets directs du CO2. Les modifications de rendement avec effets directs du CO2 étaient basées sur les réponses moyennes au CO2 des différentes cultures dans les simulations du modèle de cultures.
Au total, 12 scénarios d'impact du changement de climat sur les rendements furent développés: pour chacun des trois modèles de climat (GISS, GFDL, UKM), quatre scénarios sont spécifiés (GCM sans effets directs du CO2 sur les rendements; avec effets directs du CO2 sur les rendements; avec effets directs du CO2 et le Niveau 1 d'Adaptation; avec effets directs du CO2 et le Niveau 2 d'Adaptation).
9.1.4. SIMULATION DES IMPACTS DU CHANGEMENT DE CLIMAT SUR LES RENDEMENTS DANS LE SYSTEME ALIMENTAIRE MONDIAL
Les composantes de production agricole des modèles nationaux dans le BLS furent modifiées pour inclure les changements projetés des rendements et de la productivité des cultures. Les impacts furent évalués pour la période 1990-2060 avec une croissance de la population et des tendances technologiques projetées jusqu'à cette année. Les résultats de simulation obtenus avec chacun des scénarios d'impact du climat sont comparés à un point de départ 'neutre', un scénario de référence du BLS qui suppose que les politiques restent plus ou moins inchangées, surtout celles qui affectent le développement économique et technologique. Le scénario de référence projette un futur possible basé sur un ensemble d'hypothèses intrinsèquement cohérentes. La différence entre le scénario de référence et les simulations du changement de climat est l'effet dynamique induit par le climat. Il faut noter que les résultats de cette étude sont considérés comme des projections à long terme et non comme des prévisions. La longueur considérable de la période de projection rend impossible d'éviter un jugement concernant certaines des hypothèses du système.
Les modèles de cultures de l'IBSNAT furent utilisés pour estimer comment le changement de climat et les niveaux croissants de CO2 peuvent altérer les rendements de cultures mondiales dans 112 sites de 18 pays (Figure 9.1). Les modèles de cultures utilisés furent CERES-Blé (Ritchie et Otter, 1985; Godwin et al., 1989), CERES-Maïs (Jones et Kiniry, 1986; Ritchie et al., 1989), CERES-Riz (Godwin et al., 1993) et SOYGRO (Jones et al., 1989).
Les modèles IBSNAT contiennent des paramètres d'importants processus physiologiques responsables de la croissance et du développement des plantes, de l'évapotranspiration et de la répartition des photoassimilats pour produire des rendements économiques. Les fonctions simplifiées permettent la prédiction de la croissance des cultures lorsqu'elles sont influencées par les principaux facteurs qui affectent les rendements, c.-à-d., la génétique, le climat (rayonnement journalier du soleil, les températures maximum et minimum et la précipitation), les sols, et les pratiques culturales. Les modèles comprennent un sous-modèle pour le bilan d'humidité du sol afin qu'ils puissent prédirent les rendements des cultures pluviales et irriguées. Les modèles de céréales simulent les effets de l'engrais azoté sur la croissance des cultures et ceux-ci furent étudiés dans plusieurs pays dans le contexte du changement climatique. Cependant, pour la majeure partie, les résultats de cette étude supposent des niveaux optimum de nutriments.
Les modèles de l'IBSNAT furent sélectionnés pour être utilisés dans cette étude parce qu'ils ont été validés dans une large gamme d'environnements (par ex., Otter-Nacke et al., 1986) et ne sont pas spécifiques à une localisation particulière ni à un type de sol. La validation des modèles de cultures dans divers environnements améliore aussi leur capacité à estimer les effets des changements de climat. En outre, parce que les pratiques culturales telles que le choix de variétés, de la date de plantation, des applications d'engrais et de l'irrigation peuvent être modifiées dans ces modèles, ils permettent des essais qui simulent l'adaptation des fermiers au changement de climat.
Figure 9.1. Les sites de modélisation des cultures
9.2.1. LES EFFETS PHYSIOLOGIQUES DU CO2
Des taux furent calculés entre la photosynthèse mesurée quotidiennement et les flux d'évapotranspiration d'un couvert végétal exposé à des valeurs élevées de CO2 basées sur des résultats publiés (Allen et al., 1987; Cure et Acock, 1986; Kimball, 1983). Ces taux furent appliqués jour par jour à la variable appropriée dans les modèles de cultures (voir Peart et al., 1989 pour une description détaillée des méthodes). Les taux de photosynthèse (550 ppm CO2/330 ppm CO2) pour le soja, le blé, le riz et le maïs étaient respectivement de 1,21, 1,17, 1,17 et 1,06. Basées sur les résultats expérimentaux de Rogers et al. (1983), les modifications de la résistance stomatique étaient fixées à 49, 7/34, 4 s/m pour les cultures C3 et à 87, 4/55, 8 s/m pour les cultures C4. Tels qu'ils ont été simulés dans cette étude, les effets directs du CO2 peuvent biaiser les modifications de rendements dans une direction positive puisqu'on n'est pas sûr que les résultats expérimentaux seront observés au champ dans les conditions d'opération probables de gestion des cultures par les fermiers. Les plantes qui poussent dans des installations expérimentales sont souvent sujettes à moins de stress environnementaux et moins de compétition avec les mauvaises herbes et les ennemis des cultures que ceux vraisemblablement rencontrés dans les champs des fermiers. Des études récentes à l'air libre au champ ont trouvé des effets du CO2 en gros positifs chez le coton dans les conditions climatiques actuelles (Hendry, 1993).
9.2.2. LES SIMULATIONS DU RENDEMENT DES CULTURES
Les essais de simulations par modélisation des cultures furent effectues pour un climat de base (1951-1980) et suivant des scénarios de changement du climat obtenus avec des GCMs pour un doublement du CO2, avec et sans ses effets physiologiques. Ceci impliquait les tâches suivantes:
· Pour les pays étudiés, les limites géographiques furent définies pour les régions de production des cultures majeures; les systèmes agricoles (par ex., production pluviale ou irriguée, nombre de cultures par an) furent décrits et les données de production, pluviale ou irriguée, régionale et nationale des principales cultures furent rassemblées.· Les données d'observation du climat sur les sites représentatifs de ces régions furent obtenues pour la période de base (1951-1980) ou pour autant d'années durant lesquelles les données journalières étaient disponibles; on a spécifié le sol, la variété et les données de gestion nécessaires pour faire tourner les modèles de cultures aux sites sélectionnés.
· Les modèles de cultures furent validés, autant que possible, avec des données expérimentales d'essais au champ.
· Les modèles de cultures ont tourné avec les données de base et les scénarios de changement du climat provenant des GCMs, avec ou sans effets directs du CO2 sur la croissance des cultures. Les simulations en pluvial et/ou irrigué furent faites de façon appropriée aux pratiques culturales actuelles.
· Les altérations aux pratiques culturales au niveau de l'exploitation agricole qui diminueraient les conséquences contraires du changement de climat furent identifiées et évaluées en simulant une production irriguée et d'autres réponses d'adaptation, par ex., des déplacements de la date de semis et la substitution de variétés culturales.
9.2.3. LES ADAPTATIONS AU NIVEAU DE L'EXPLOITATION AGRICOLE
Dans chaque pays, les chercheurs en agriculture utilisèrent les modèles de cultures pour tester les réponses possibles au pire scénario de changement du climat (ce fut d'habitude, mais pas toujours, le scénario UKMO, United Kingdom Meteorological Office). Ces adaptations comprenaient les changements de la date de semis, de cultivars, de cultures, d'irrigation et d'engrais. Les simulations de l'irrigation dans les modèles de cultures supposent une irrigation automatique jusqu'à la capacité au champ lorsque l'eau disponible pour la plante chutait à 50% et une efficience de l'irrigation de 100%. Toutes les possibilités d'adaptation ne furent pas simulées à chaque site et dans chaque pays: les scientifiques participants ont choisi les adaptations à tester en fonction de leur connaissance des systèmes agricoles actuels (Tableau 9.2).
Tableau 9.2 Adaptations testées dans l'étude de modélisation des cultures
|
Pays |
Culture testée |
Changement de la date de semis/plantation |
Changement du cultivar/culture |
Irrigation complémentaire |
Engrais azoté complémentaire |
|
Argentine |
m |
x |
xc,xz |
x |
|
|
Australie |
r, b |
xx |
x |
xx |
|
|
Bangladesh |
r |
|
x |
|
|
|
Brésil |
b, m, s |
xx |
x, xc |
x, xx, xxx |
x |
|
Canada |
b |
x |
|
x, xx |
|
|
Chine |
r |
x |
xp, xz |
|
|
|
Egypte |
m, b |
x |
x |
x |
|
|
France |
m, b |
x,xz |
x |
x |
|
|
Inde |
b |
|
|
x |
|
|
Japon |
r, b, m |
xx |
|
xx |
|
|
Mexique |
m |
x |
xc |
xxx |
x |
|
Pakistan |
b |
x |
|
x |
|
|
Philippines |
r |
xp |
xp |
|
|
|
Thaïlande |
r |
|
x |
|
|
|
Uruguay |
o |
x |
x |
x |
x |
|
Etats-Unis |
b, m, s |
x |
x |
x |
|
|
Ex-URSS |
b |
x, xz |
x |
|
|
|
Zimbabwe |
m |
xp |
|
x, xp |
|
b=Blé, m=maïs, r=riz, s=soja, o=orge.
xc=nouveau cultivar hypothétique; xp=nouveau cultivar et changement de la date de semis ou de plantation (riz);
xx=: irrigation et changement de la date de semis ou de plantation (riz);
x=simple changement xxx=irrigation et complément d'engrais azotés;
xz=déplacement proposé dans la zone de production.
Les simulations des adaptations ne couvrirent pas toutes les combinaisons possibles de réponses des fermiers car toutes ne pouvaient être testées à chaque site. Les analyses spatiales des cultures, du climat et des ressources en terres sont nécessaires pour tester complètement les possibilités de substitution des cultures. Ni la disponibilité des apports d'eau pour l'irrigation ni les coûts d'adaptation ne furent considérés dans cette étude; ce sont deux besoins critiques pour plus de recherche.
9.2.4. LES EFFETS SUR LES RENDEMENTS DES CULTURES
En fonction des conditions présentes, le réchauffement global et l'enrichissement en CO2 peuvent avoir des impacts positifs ou négatifs. Les accroissements des rendements simulés aux latitudes moyennes et hautes sont essentiellement causés par:
· Les effets physiologiques positifs du CO2. Aux sites avec des régimes de températures initiales plus froides, la photosynthèse accrue fait plus que compenser le raccourcissement de la période de croissance causé par le réchauffement.· Les effets de l'allongement de la saison de croissance et l'amélioration des effets de températures froides sur la croissance. Dans certains sites aux limites des latitudes élevées de production agricole actuelle, une hausse des températures étend la saison de croissance sans gel et met en place des régimes plus propices à une plus grande productivité des cultures.
Les causes essentielles des réductions des rendements simulés sont:
· Le raccourcissement de la période de croissance. Des températures plus élevées pendant la période de croissance hâtent les cultures annuelles dans leur développement (surtout le stade de remplissage des grains), ce qui entraîne une moindre production de grains. Ceci s'est passé à tous les sites à l'exception de ceux où les températures de la saison de croissance sont les plus froides comme au Canada et dans l'ex-URSS.
· Une diminution de la disponibilité en eau. Celle-ci est due à une combinaison de hausses des flux d'évapotranspiration en climat plus chaud, de pertes accrues d'humidité du sol et, dans certains cas, d'une diminution projetée des précipitations dans les scénarios de changement du climat.
· Une vernalisation médiocre. La vernalisation est une exigence de certaines cultures de céréales tempérées, par ex., le blé d'hiver, de subir une période de basses températures hivernales pour initier ou accélérer la floraison. Une faible vernalisation résulte en une initiation ralentie des bourgeons floraux et, en fin de compte, de rendements réduits. Des chutes de rendements en blé d'hiver à certains endroits au Canada et dans l'ex-URSS sont dues à un manque de vernalisation.
9.2.5. LES RENDEMENTS DES CULTURES SANS ADAPTATION
Le Tableau 9.3 montre des modifications de rendements modélisés du blé pour les scénarios de changement du climat des GCMs avec doublement de CO2 (les modifications de rendements comprennent les résultats de simulation en pluvial et en irrigué, pondérés par le pourcentage actuel de la pratique correspondante). Les changements de climat sans effets physiologiques directs du CO2 font diminuer les rendements simulés en blé dans tous les cas, alors que les effets directs du CO2 atténuent les effets négatifs surtout aux moyennes et hautes latitudes.
Les grandeurs des modifications de rendements estimés varient de culture en culture. Les modifications du rendement global en blé, pondéré par la production nationale, sont positives avec les effets directs du CO2 tandis que le rendement en maïs est affecté plus négativement, ce qui reflète sa plus grande production dans les régions de basses latitudes où les diminutions de rendements simulés sont les plus grandes. La production de maïs chute le plus sous les effets directs du CO2, vraisemblablement à cause de sa réponse inférieure aux "effets physiologiques du CO2 sur la croissance des cultures. Les rendements simulés en soja sont les plus réduits sans les effets directs du CO2 mais sont moins affectés dans les scénarios de changement du climat moins sévères du GISS et du GFDL quand les effets directs du CO2 sont simulés. Le soja répond positivement à une hausse du CO2 mais est la culture la plus affectée par les hautes températures dans le scénario UKMO.
Les différences entre pays dans les réponses simulées de rendement des cultures au changement de climat sans effets directs de CO2 sont essentiellement liées aux différences dans les conditions de croissance actuelle. A basses latitudes, cependant, les cultures croissent habituellement à plus hautes températures, produisent des rendements plus bas et sont plus proches des limites de tolérance de température pour les stress thermique et hydrique. Le réchauffement aux basses latitudes résulte donc pour les cultures en des périodes de croissance accélérée, de stress thermique et hydrique plus intenses et des chutes de rendements plus grandes qu'à plus hautes latitudes. Dans beaucoup de régions de moyennes et hautes latitudes où les régimes habituels de températures sont plus froids, des températures accrues, tout en raccourcissant encore les périodes de remplissage des grains, donc en exerçant une influence négative sur les rendements, n'accroissent pas les niveaux de stress de façon significative. Dans certains sites près des limites de hautes latitudes de production agricole normale, des hausses de températures peuvent avantager les cultures qui, autrement, seraient limitées par des températures froides et des saisons de croissance courtes quoique l'extension de superficie de sols propices à la production agricole dans ces régions n'avait pas été explicitement étudiée. L'expansion de sols cultivés est intégrée dans le modèle BLS de commerce alimentaire mondial et est reflétée dans des glissements de production calculés par ce modèle.
Tableau 9.3. Production actuelle et modification du rendement simulé du blé dans les scénarios du changement de climat par doublement du CO2, avec et sans effets directs du CO2¹
|
Pays |
Production actuelle |
Changement dans les rendements simulés (%) |
||||||||
|
Rendement |
Surface |
Production |
changement de climat seul |
avec effets physiologiques |
||||||
|
(tonnes/ha) |
('000 ha) |
('000 tonnes) |
%. |
GISS |
GFDL |
UKMO |
GISS |
GFDL |
UKMO |
|
|
Australie |
1,38 |
11546 |
15574 |
3,2 |
-18 |
-16 |
-14 |
8 |
11 |
9 |
|
Brésil |
1,13 |
2788 |
3625 |
0,8 |
-51 |
-38 |
-53 |
-33 |
-17 |
-31 |
|
Canada |
1,88 |
11365 |
21412 |
4,4 |
-12 |
-10 |
-38 |
27 |
27 |
-7 |
|
Chine |
2,53 |
29092 |
73527 |
15,3 |
-5 |
-12 |
-17 |
16 |
8 |
-0 |
|
Egypte |
3,79 |
572 |
2166 |
0,4 |
-36 |
-28 |
-54 |
-31 |
-26 |
-51 |
|
France |
5,93 |
4636 |
27485 |
5,7 |
-12 |
-28 |
-23 |
4 |
-15 |
-9 |
|
Inde |
1,74 |
22876 |
39703 |
8,2 |
-32 |
-38 |
-56 |
3 |
-9 |
-33 |
|
Japon |
3,25 |
237 |
722 |
0,2 |
-18 |
-21 |
-40 |
-1 |
-5 |
-27 |
|
Pakistan |
1,73 |
7478 |
12918 |
2,7 |
-57 |
-29 |
-73 |
-19 |
31 |
-55 |
|
Uruguay (barley) |
2,15 |
91 |
195 |
0,0 |
-41 |
-48 |
-50 |
-23 |
-31 |
-35 |
|
Etats-Unis |
2,72 |
26595 |
64390 |
13,4 |
-21 |
-23 |
-33 |
-2 |
-2 |
-14 |
|
Ex-USSR |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Hiver |
2,46 |
18988 |
46959 |
9,7 |
-3 |
-17 |
-22 |
29 |
9 |
0 |
|
Printemps |
1,14 |
36647 |
41959 |
8,7 |
-12 |
-25 |
-48 |
21 |
3 |
-25 |
|
Monde2 |
2,09 |
231 |
482 |
72,7 |
-16 |
-22 |
-33 |
11 |
4 |
-13 |
¹Les résultats de chaque pays représentent les résultats pondérés du site suivant la production régionale. Les estimations mondiales représentent les résultats par pays pondérés par la production nationale.
2 La superficie mondiale et la production x 1 000 000.
Les scénarios du changement de climat GISS et GFDL ont produit des modifications de rendements de +30 à - 30%. Les effets avec le scénario GISS sont en général plus néfastes aux rendements des cultures qu'avec le scénario GFDL dans des parties de l'Asie et de l'Amérique du Sud, alors que les effets avec le scénario GFDL donnent des rendements plus négatifs aux Etats-Unis et en Afrique et moins positifs en ex-URSS. Le scénario du changement de climat UKMO qui donne le plus grand réchauffement (une hausse globale de la température de l'air à la surface de 5,2°C) fait chuter les rendements nationaux moyens des cultures quasi partout.
9.2.6. LES RENDEMENTS DES CULTURES AVEC ADAPTATION
Les études d'adaptation menées par les scientifiques participant au projet suggèrent que la facilité d'adaptation au changement de climat varie probablement avec la culture, le site et la technique d'adaptation. Par exemple, maintenant, beaucoup de producteurs mexicains ne peuvent s'offrir que de petites doses d'engrais azotés au semis; si l'engrais devient plus disponible à plus de fermiers, certaines réductions de rendements dans les scénarios de changement de climat pourront être compensées. Cependant, étant donné les contraintes économiques et environnementales actuelles dans des pays comme le Mexique, un futur sans limites en eau et en nutriments est improbable (Liverman et al., 1994). Par contre, passer du blé de printemps à celui d'hiver aux sites de modélisation en ex-URSS donne une réponse favorable (Menzhulin et al., 1994). Ceci suggère que la productivité agricole peut y être réhaussée grâce à un glissement relativement facile vers des variétés de blé d'hiver.
Le Niveau 1 d'adaptation, simulant des modifications mineures dans les systèmes agricoles existants, n'a apporté qu'une compensation incomplète dans les scénarios de changement du climat, particulièrement dans les pays en développement. Le Niveau 2 d'adaptation, impliquant des modifications majeures des systèmes agricoles courants, a compensé presque complètement les impacts négatifs du changement de climat dans les scénarions GISS et GFDL. Avec le niveau élevé de réchauffement global projeté par le scénario de changement de climat UKMO, ni le Niveau 1 ni le Niveau 2 d'adaptation n'ont compensé complètement les effets négatifs du changement de climat sur les rendements des cultures dans la plupart des pays, même lorsque les effets directs du CO2 furent pris en compte.
Le système alimentaire mondial comprend beaucoup d'acteurs, certains puissants et d'autres dépendants. Les producteurs et les consommateurs interagissent sur les marchés nationaux et internationaux. Quoiqu'il y ait une tendance à l'internationalisation du système alimentaire mondial, seulement -15% de la production mondiale des céréales traversent actuellement les frontières nationales (Fisher et al., 1990). Les gouvernements nationaux façonnent le système en imposant des règlements et en investissant dans la recherche agricole, l'amélioration des infrastructures et l'éducation. Bien que le système ne garantisse pas la stabilité ni l'équité, les aliments et les fibres sont produits à la longue avec des moyens de plus en plus efficaces. Cette efficience a fait chuter réellement les prix des principaux produits alimentaires.
9.3.1. LE SYSTEME INTERCONNECTE DE BASE DES MODELES AGRICOLES NATIONAUX
Le Système Interconnecté de Base des Modèles de Politique Agricole Nationale (BLS) consiste en 35 modèles nationaux et/ou régionaux: 18 modèles nationaux, 2 modèles pour des régions de coopération économique proche (UE et Europe de l'Est + l'ex-URSS¹), 14 modèles agrégés de groupes de pays et une petite composante qui prend en compte les déviations et les déséquilibres statistiques pendant la période historique. Les modèles individuels sont interconnectés au moyen d'un module de marché mondial. Une description détaillée du système complet se trouve dans l'article de Fisher et al. (1988). Les premiers résultats obtenus avec ce système sont discutés dans les articles de Parikh et al. (1988) et de Fisher et al. (1990, 1994).
Le BLS (Basic Linked System) est un système de modèles en équilibre général. Cela signifie que toutes les activités économiques sont représentées dans le modèle. Les flux financiers et de matières premières au sein d'un pays et au niveau international sont cohérents dans le sens où ils s'équilibrent.
Les modèles de pays sont liés à travers le commerce, les prix du marché mondial et les flux financiers. Le système est résolu en incréments annuels simultanément pour tous les pays. On suppose que l'approvisionnement ne s'ajuste pas instantanément aux nouvelles conditions économiques. Seul l'approvisionnement qui sera mis sur le marché l'année suivante est affecté par des modifications possibles de l'environnement économique. Un premier tour des exportations de tous les pays est calculé pour un ensemble initial des prix mondiaux et une compensation du marché international est vérifiée pour chaque produit. Les prix mondiaux sont alors revus en utilisant un algorithme d'optimisation, et de nouveau transférés dans les modèles nationaux. Ensuite, ils créent un nouvel équilibre domestique et ajustent les exportations nettes. Cette procédure est répétée jusqu'à ce que les marchés mondiaux soient compensés dans chacun des produits. A chaque étape de l'itération, les marchés domestiques sont en équilibre. Puisque ces étapes se font d'année en année, il en résulte une simulation dynamique récurrente.
Une limite supérieure des terres disponibles pour la culture et pour le pâturage est déterminée par la disponibilité des ressources en terres et par les conditions économiques; par ex., par les bénéfices économiques des terres. Les limites de la ressource physique dans les pays en développement furent obtenues à partir de l'évaluation par la FAO du potentiel des terres arables (FAO/UNFPA/IIASA, 1983; FAO, 1988). La réaction à combien de terres peuvent être cultivées suite à une modification des conditions économiques est plutôt lente puisqu'il faut du temps et des investissements pour mettre de nouvelles terres sous culture.
Le développement technologique est supposé être largement déterminé par des facteurs exogènes. Le progrès technique est compris dans les modèles tout comme le progrès biotechnologique dans les fonctions de rendement des cultures et de l'élevage. Les taux de progrès technique furent estimés à partir de données historiques et montrent, en général, une baisse dans le temps. Le progrès mécanique fait partie de la fonction qui détermine le niveau de superficies récoltées et d'élevage. Le progrès technique induit (endogène) n'est considéré dans aucun de ces cas ni pour la production non agricole.
L'information générée par les simulations avec le BLS consiste en un nombre de variables. Au niveau du marché mondial, elles comprennent les prix, les exportations nettes, la production et la consommation globale. Au niveau d'un pays, l'information inclut: les prix au producteur et à la vente, le niveau de production, l'usage de facteurs de production primaire (les terres, le travail et le capital), l'usage d'intrants intermédiaires (aliments, engrais et autres produits chimiques), le niveau de consommation humaine, les stocks et la transaction nette, le produit intérieur brut et l'investissement par secteur, la population et le monde du travail, les mesures de sécurité sociale telles qu'un revenu équivalent, et le niveau des mesures politiques prises par le gouvernement (par ex., les taxes, les tarifs).
9.3.2. LES PROJECTIONS DE REFERENCE BLS SANS CHANGEMENT DE CLIMAT
Un ensemble de scénarios de référence a été conçu pour étudier les effets relatifs du changement de climat en relation avec la technologie, la population et la croissance économique. Le scénario de référence standard que nous décrivons est appelé le scénario REF-M. Il suppose les 'affaires courantes' dans le sens où il n'y a pas de glissements radicals dans les tendances techniques et politiques. Cependant, les mesures de protectionisme en agriculture sont supposées être abaissées à la moitié des niveaux historiques observés. La transition vers une protection aussi réduite des secteurs agricoles est prise en compte entre le début de la période de simulation et l'an 2020. Par après, les données politiques respectives sont maintenues constantes.
Une autre projection de référence, le scénario REF-H, suppose une croissance économique plus rapide que celle du scénario de référence standard. Dans le BLS, la dynamique de croissance économique peut être influencée par l'ajustement du taux d'investissement jusqu'à concurrence du progrès technique. Dans le scénario REF-H, la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) est beaucoup plus élevée que celle du scénario REF-M. De même, un essai de simulation à croissance plus faible, le scénario REF-L, a été créé pour restreindre les investissements en faveur de la consommation.
Avec le BLS, des projections de référence supplémentaires furent basées sur le scénario de référence standard REF-M. Deux projections traitent de la sensiblilité du système alimentaire mondial par rapport au développement du territoire et à la disponibilité des intrants agricoles. Dans le scénario REF-MA, l'expansion des terres arables après l'an 2000 est restreinte à la moitié de celle du scénario REF-M. Un autre essai de simulation, le scénario REF-MF, met une limite à l'utilisation des engrais en instaurant une taxe de 50% sur les engrais dans les pays développés et de 33% dans les pays en développement. De plus, un plafond sur l'utilisation des engrais par hectare était imposé. Ces deux scénarios furent simulés pour tester l'impact de politiques agricoles possibles en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'agriculture (spécifiquement, le dégagement de CO2 dû à la déforestation et les émissions de N2O des engrais azotés).
Enfin, la projection de référence REF-MP utilise les hypothèses économiques de celle de référence standard REF-M mais modifie les projections démographiques d'une croissance de population moyenne à une croissance basse.
Toutes les simulations sont faites sur base annuelle depuis 1980 jusqu'à 2060.
9.3.3. LES HYPOTHESES SUR LA POPULATION
Les taux de croissance de la population viennent des Prospectives de la Population Mondiale des Nations-Unies (NU). La Variante Moyenne (UN, 1989) fut utilisée dans toutes les simulations à l'exception du scénario REF-MP où ce fut la Variante Basse. Puisque les niveaux de population nationale ne sont projetés par les NU que jusqu'en 2025, le restant de la période de projection fut couvert par les taux de croissance extraits des projections de population à long terme de la Banque Mondiale (Tableau 9.4) (World Bank, 1990). Les taux de participation des travailleurs viennent des projections du Bureau International du Travail. La répartition du nombre total des travailleurs entre les secteurs agricoles et non agricoles fut faite par rapport aux prix et aux revenus.
Pendant les deux dernières décennies, la population globale a crû à un taux moyen d'à peu près 1, 8% par an, de 3.600 millions en 1970 à environ 5.300 millions en 1990. Dans la projection de référence standard du BLS, le taux de croissance annuel moyen de la population est prévu de baisser graduellement de 1, 7% par an de 1980 à 2000 à environ 0, 5% par an pendant la période de 2040 à 2060. Ceci porterait les chiffres de la population globale à 6.100 millions en 2000 et à environ 10.300 millions en l'an 2060. La plus grande partie de l'accroissement de la population a lieu dans les pays en développement, en augmentant leur part dans la population mondiale d'à peu près 73% en 1980 à 78% en 2000 et à quelque 86% en l'an 2060. En 2060, près de 9.000 millions de personnes vivraient dans des pays en développement dont approximativement 5.000 millions en Asie et 2.200 millions en Afrique. Avec une croissance plus basse de la population dans le scénario REF-MP, la population atteint 7.200 millions en l'an 2020 et presque 8.600 millions en 2060, soit environ 17% de moins que dans le scénario REF-M.
9.3.4. LA CROISSANCE ECONOMIQUE
Les taux de croissance dans la plupart des modèles du BLS furent déterminés sur la base de trois éléments: (a) l'accumulation de capital par l'investissement et la dépréciation liée à une fonction d'épargne qui dépend des niveaux de PIB inférieurs, de la balance commerciale et des flux d'aide financière, (b) la dynamique du monde du travail résultant des changements démographiques et (c) le progrès technique. Le Tableau 9.5 présente quelques indicateurs du développement économique dérivés des résultats de simulation des projections de référence.
Toutes les régions, développées ou en développement, affichent une baisse du taux de croissance du PIB en accord avec les développements historiques. La baisse des taux de croissance de la population (et la baisse relative de la croissance du monde du travail) ainsi qu'un ralentissement général des hausses de productivité contribuent à ce développement.
Tableau 9.4. Estimation de la population et croissance annuelle moyenne, année 1980-2060
|
Région |
1980 mill. |
2000 mill. |
2020 mill. |
2060 mill. |
1980-2000 % p.a. |
2000-2020 % p.a. |
2020-2040 % p.a. |
2040-2060 %p.a. |
|
VARIANTE MOYENNE | ||||||||
|
MONDE |
4378 |
6125 |
7883 |
10315 |
1,7 |
1,3 |
0,8 |
0,5 |
|
Pays Développés |
1186 |
1340 |
1445 |
1470 |
0,6 |
0,4 |
0,1 |
-0,0 |
|
Amérique de Nord |
810 |
915 |
980 |
970 |
0,6 |
0,4 |
0,1 |
-0,1 |
|
Europe Occidentale et autres à économie de marché développée |
428 |
472 |
501 |
505 |
0,5 |
0,3 |
0,1 |
-0,1 |
|
Europe de l'Est+ Ex-URSS |
374 |
424 |
465 |
500 |
0,6 |
0,5 |
0,3 |
0,1 |
|
Pays de l'OCDE du Pacifique |
134 |
151 |
156 |
145 |
0,6 |
0,2 |
-0,1 |
-0,2 |
|
Pays en Développement |
3193 |
4786 |
6437 |
8843 |
2,1 |
1,5 |
1,0 |
0,6 |
|
Afrique |
412 |
757 |
1274 |
2240 |
3,1 |
2,6 |
1,7 |
1,1 |
|
Amérique Latine |
351 |
522 |
695 |
878 |
2,0 |
1,4 |
0,9 |
0,3 |
|
Asie Occidentale |
188 |
325 |
485 |
777 |
2,8 |
2,0 |
1,4 |
1,0 |
|
Asie du Sud |
898 |
1396 |
1889 |
2541 |
2,2 |
1,5 |
0,9 |
0,6 |
|
Asie Centrale |
1086 |
1419 |
1637 |
1843 |
1,4 |
0,7 |
0,4 |
0,2 |
|
Pays Asiatiques du Pacifique |
258 |
366 |
458 |
564 |
1,8 |
1,1 |
0,7 |
0,4 |
|
VARIANTE BASSE | ||||||||
|
MONDE |
4380 |
5968 |
7215 |
8565 |
1,6 |
1,0 |
0,5 |
0,3 |
|
Pays Développés |
1185 |
1319 |
1364 |
1348 |
0,5 |
0,2 |
-0,0 |
-0,0 |
|
Pays en Développement |
3195 |
4649 |
5851 |
7217 |
1,9 |
1,2 |
0,6 |
0,4 |
Dans le scénario de référence standard, le PIB global croît à une moyenne annuelle de 2,4% de 1980 à 2040. En gros, le PIB global est multiplié par 4,4 pendant la période de simulation en comparaison avec une augmentation des chiffres de population multipliés par 2,4. Ceci résulte en une augmentation moyenne annuelle du PIB par habitant de 1,4 et de 1,1%, respectivement en pays développés et en développement, au cours d'une période de 80 ans de 1980 à 2060. Cependant, il faudrait noter que les indicateurs par habitant sont plus élevés aux niveaux régionaux et nationaux que les chiffres globaux à cause d'un effet d'agrégation induit par le développement démographique donnant plus de poids aux pays en développement plus pauvres.
Tableau 9.5. Indicateurs de croissance économique sous différentes projections de référence (pourcentage de changement annuel moyen)
|
|
REF-L* |
REP-M* |
REF-MP* |
REF-H* |
||||||||
|
Monde |
Développés |
En Développements |
Monde |
Développés |
En Développements |
Monde |
Développés |
En Développements |
Monde |
Développés |
En Développement |
|
|
PIB¹ |
||||||||||||
|
1980-2020 |
2,2 |
2,0 |
3,1 |
2,4 |
2,2 |
3,3 |
2,3 |
2,1 |
3,1 |
2,7 |
2,2 |
4,0 |
|
1980-2060 |
1,7 |
1,5 |
2,3 |
1,8 |
1,6 |
2,4 |
1,7 |
1,6 |
2,3 |
2,2 |
1,7 |
3,2 |
|
PIB/CAP2 |
||||||||||||
|
1980-2020 |
0,8 |
1,5 |
1,3 |
1,0 |
1,7 |
1,5 |
1,1 |
1,8 |
1,6 |
1,3 |
1,8 |
2,2 |
|
1980-2060 |
0,7 |
1,3 |
1,0 |
0,8 |
1,4 |
1,1 |
0,9 |
1,4 |
1,2 |
1,2 |
1,5 |
1,9 |
|
AGRICULTURE3 |
||||||||||||
|
1980-220 |
1,5 |
0,7 |
2,0 |
1,5 |
0,7 |
2,0 |
1,4 |
0,7 |
1,9 |
1,6 |
0,7 |
2,1 |
|
1980-2060 |
1,2 |
0,5 |
1,5 |
1,2 |
0,5 |
1,6 |
|
0,4 |
1,4 |
1,2 |
0,5 |
1,6 |
|
PRODUCTION ALIMENTAIRE |
||||||||||||
|
1980-2020 |
1,5 |
1,0 |
1,8 |
1,5 |
1,0 |
1,9 |
1,4 |
0,9 |
1,7 |
1,6 |
1,0 |
2,0 |
|
1980-2060 |
1,1 |
0,7 |
1,4 |
1,1 |
0,7 |
1,4 |
1,0 |
0,6 |
1,2 |
1,2 |
0,7 |
1,5 |
1Produit Intérieur Brut.
2 Produit Intérieur Brut par capita
3 Produit Intérieur Brut de l'agriculture
* Les termes REF-L, REF-M, REF-MP, REF-H sont décrits dans la section 9.3.2 sur les projections de référence sans changement de climat. des modèles BLS (Basic Linked System)
Avec le scénario REF-H, la croissance économique est plus rapide, surtout dans les pays en développement. Le PIB mondial est multiplié par 5, 6 entre les années 1980 et 2060 comparé à 3, 9 seulement dans le scénario REF-L de projection de croissance plus lente. Notons que, même avec des variations relativement mineures dans les hypothèses économiques de base, le résultat en l'an 2060 varie de quelque 40%. De même, la production alimentaire (mesurée en termes d'énergie alimentaire nette, c.-à-d., la production moins les aliments pour bétail, les semences et les déchêts) ainsi que la croissance agricole dépasseraient la croissance de la population au cours de la période de simulation.
9.3.5. PRODUCTION, DEMANDE ET COMMERCE
La projection de référence standard, le scénario REF-M, présente la perspective d'un monde dans lequel la demande alimentaire effective croît de façon substantielle du fait de revenus plus élevés et de populations plus grandes. Le progrès technologique et le développement économique supposés dans le scénario de référence permettent de rencontrer cet accroissement de la demande à des prix légèrement décroissants des produits agricoles sur le marché mondial et cohérents avec les tendances historiques. Le Tableau 9.6 montre la production mondiale des produits agricoles dans le scénario REF-M de référence standard et dans le scénario REF-H de revenus plus élevés.
Le commerce global dans le scénario de référence croît un peu plus vite que la production agricole globale. Pour les céréales, la pan des exportations nettes dans la production globale est estimée croître de 13% en 1980 à 15% en 2060, avec le blé et les gros grains croissant presque trois fois et le riz quatre fois aux niveaux du commerce. En général, la part du commerce global dans la production globale des agrégats de produits croît graduellement dans le temps, ce qui indique une spécialisation croissante dans la production. La demande accrue dans les pays en développement, due à la hausse des revenus et des populations, aboutit à une détérioration du niveau de l'auto-suffisance agricole pour ce groupe de pays qui change d'un surplus net d'environ 3% en 1979/81 à un déficit de 1% d'ici l'an 2060 à cause de déficits croissants en céréales, viande et lait.
9.3.6. LE RISQUE DE LA FAIM
Finalement, on se demande où tout cela laisse celui qui a faim. Pour évaluer l'impact de scénarios alternatifs sur la pauvreté dans divers pays, il était nécessaire de créer un indicateur cohérent de la faim dans le BLS. Des estimations par pays du nombre de personnes sous-alimentées ont été faites par la FAO (1984, 1987). Pour condenser la méthode de la FAO afin de la rendre utilisable dans les modèles de simulations, une régression à travers les pays a été faite explicitant la proportion de personnes menacées de faim par une mesure de la disponibilité d'énergie alimentaire par rapport aux besoins nutritionnels. A son tour, la disponibilité alimentaire dépend des niveaux de revenus et de prix.
Tableau 9.6. Production Globale de deux projections de référence des modèles BLS (Basic Linked System)
|
Produit |
Production de année |
Production de l'année |
Unité de mesure |
|||||||
|
|
Scénario REF-H¹ |
|||||||||
|
1980 |
2000 |
2020 |
2040 |
2060 |
2000 |
2020 |
2040 |
2060 |
||
|
Blé |
441 |
603 |
742 |
861 |
958 |
658 |
811 |
911 |
1056 |
million de tonnes |
|
Riz2 |
249 |
367 |
480 |
586 |
659 |
415 |
545 |
661 |
749 |
million de tonnes de riz usiné |
|
Gros grains |
741 |
1022 |
1289 |
1506 |
1669 |
1065 |
1349 |
1587 |
1772 |
million de tonnes |
|
Viande bovine+ ovine |
65 |
83 |
105 |
123 |
136 |
84 |
107 |
125 |
139 |
million de tonnes de poids de carcasse |
|
Laiterie |
470 |
613 |
750 |
877 |
997 |
616 |
758 |
893 |
1021 |
million de tonnes équivalent lait entier |
|
Autre viande |
17 |
25 |
33 |
41 |
48 |
25 |
34 |
42 |
49 |
million de tonnes équivalent protéine |
|
Aliments protéinés pour bétail |
36 |
52 |
64 |
76 |
85 |
52 |
65 |
77 |
87 |
million de tonnes équivalent protéine |
|
Autres aliments |
225 |
326 |
433 |
538 |
629 |
326 |
436 |
545 |
640 |
million de dollars US 1970 |
|
Non-alimentaire |
26 |
34 |
41 |
47 |
52 |
34 |
41 |
48 |
53 |
million de dollars US 1970 |
|
Agriculture |
370 |
522 |
676 |
821 |
942 |
533 |
696 |
848 |
977 |
million de dollars US 1970 |
¹Les termes REF-M et REF-H sont décrits dans la section 9.3.2 sur les projections de référence sans changement de climat des modèle BLS (Basic Linked System)
2 Production est en équivalent de riz usiné; le facteur de conversion du riz paddy est 0, 667.
Tableau 9.7. Population menacée de faim¹ (millions)
|
|
REF-M |
REF -MP |
REF -MA |
REF -MF |
REF -L |
REF -H |
||
|
Année |
Année |
Année |
Année |
Année |
Année |
Année |
Année |
|
|
1980 |
2020 |
2060 |
2060 |
2060 |
2060 |
2060 |
2060 |
|
|
PAYS EN DEVELOPPEMENT |
501 |
715 |
641 |
395 |
727 |
722 |
757 |
498 |
|
Afrique |
116 |
291 |
415 |
305 |
447 |
446 |
441 |
375 |
|
Amérique Latine |
36 |
39 |
24 |
13 |
34 |
33 |
32 |
20 |
|
Asie de l'Ouest |
28 |
55 |
72 |
46 |
84 |
85 |
78 |
68 |
|
Asie du Sud |
265 |
319 |
128 |
30 |
160 |
157 |
202 |
35 |
|
Asie2 à Planification Centralisée |
26 |
33 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Pays Asiatiques du Pacifique |
30 |
6 |
2 |
0 |
3 |
2 |
4 |
0 |
¹ Le terme 'menacée de faim' est utilisé suivant la méthodologie de la F.A.O. du manque d'aliments ou de revenus pour arriver à un régime alimentaire 1, 4 fois supérieur au taux métabolique de base
2 L'estimation n'inclut pas la Chine.
Dans le scénario de référence standard, l'incidence de la faim décroît nettement d'un pourcentage estimé de 23% de la population dans les pays en développement (Chine exclue) en 1980 à quelque 9% en l'an 2060. Pourtant, malgré cette remarquable amélioration, le nombre estimé de personnes menacées de faim augmente quand même depuis environ 500 millions2 en 1980 à presque 720 millions en l'an 2020 et quelque 640 millions en l'an 2060. Le nombre projeté de personnes sous-alimentées dans les pays en développement est illustré dans le Tableau 9.7. On n'a pas tenté d'estimation dans les pays développés. Bien entendu, le nombre projeté de personnes menacées de faim est sensible aux hypothèses du scénario et varie de moins de 400 millions dans l'essai à faible population, de l'ordre de 500 millions en supposant un développement économique plus rapide à environ 760 millions dans le scénario à croissance plus lente.
(2 La FAO a estimé récemment (FAO, 1993) que le nombre de sous-alimentés dans les pays en développement valait 941 millions de personnes en 1979/81 et 843 millions en 1988/90. Ces estimations sont basées sur un seuil d'énergie alimentaire de 1, 54 fois le Taux Métabolique de Base (TMB). Les estimations du BLS suppose un seuil inférieur de 1, 4 fois le TMB.)
Alors que les estimations montrent une amélioration de la situation de la sécurité alimentaire dans les pays asiatiques, à la fois en termes relatifs et absolus, le continent africain connaît une issue mélangée due surtout à la hausse dramatique de la population. La proportion estimée de personnes menacées de faim dans la population africaine chute de 28% en 1980 à 18% d'ici 2060. Cependant, le nombre d'affamés va plus que triplé, d'environ 120 millions de personnes en 1980 à 415 millions en 2060, faisant ainsi de l'Afrique la région au plus grand nombre de sous-alimentés. Dans le scénario REF-MP avec une croissance de la population plus basse, le niveau estimé de personnes menacées de faim est réduit de plus de 25%; avec un développement économique plus élevé, le scénario REF-H réduit le nombre d'affamés de quelque 40 millions, soit, approximativement 10% de moins.
L'évaluation de l'impact potentiel du changement de climat sur la production et le commerce des produits agricoles, en particulier les aliments de base, est faite en comparant les résultats des scénarios de changement du climat et les projections de référence. Divers aspects de ces projections de référence furent présentés dans le paragraphe précédent.
Les scénarios d'impact du changement de climat sur le rendement élaborés dans le projet impliquent un grand nombre d'expériences liées à:
· différentes simulations avec une teneur doublée en CO2 dans les GCMs;· différentes hypothèses relatives aux impacts du changement de climat sur les niveaux de croissance de la plante et de rendement tels que les effets physiologiques de 555 ppm CO2, ou le pas de temps de l'impact;
· différentes hypothèses concernant l'adaptation au niveau de l'exploitation agricole pour compenser les impacts du rendement;
· des changements de politiques pour modifier à la fois les essais de référence et ceux de changement du climat, par ex., la croissance de la population, les politiques commerciales, la croissance économique et les politiques de réduction d'émissions de gaz à effet de serre de l'agriculture telles que la limitation de l'expansion des terres arables, la culture du riz ou l'usage d'engrais chimiques.
Bien au-delà de 70 expériences ont été simulées. Les résultats de six ensembles d'essais de simulation sont rapportés ici:
1. Des simulations sans effets physiologiques de 555 p