IDENTIFICATION DE PROJETS POUR LES RESSOURCES GENETIQUES ANIMALES DANS LES PAYS D'AFRIQUE FRANCOPHONE SUB-SAHARIENNEPLANCHENAULT D. BOUTONNET J.P. |
ETUDE DE LA BIODIVERSITE DES ANIMAUX DOMESTIQUES (inventaire)
DIVERSITE DES MODELES D'ELEVAGE
EVOLUTION DE L'ELEVAGE ET DES RACES
ACTIONS DANS LE DOMAINE DE LA BIODIVERSITE
- Intensification de l'élevage villageois
- Réponse des races locales au développement de l'élevage périurbain
La Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement (CNUED), qui s'est déroulée à Rio de Janeiro en juin 1992, a reçu différents surnoms "Conférence de Rio", "Sommet de la Terre". Elle faisait suite à la Conférence de Stockholm de 1972 qui avait permis d'alerter l'opinion mondiale sur la dégradation de l'environnement du globe. Vingt ans après, cette Conférence de Rio était importante, non seulement par la rareté d'une telle réunion mais surtout par les conclusions qui devaient en ressortir. Les problèmes se sont aggravés, mais la prise de conscience est maintenant bien réelle. Il était fondamental de réagir.
Le Comité préparatoire a dégagé différents thèmes d'action rassemblés dans un document de 800 pages intitulé "Agenda 21" qui constitue un programme pour le XXIe siècle. Son objectif est de réaliser une véritable mobilisation des pays pour maîtriser les problèmes d'environnement. Les pays du Nord s'engagent à mobiliser des moyens importants pour aider les pays du Sud à se développer et à protéger leur environnement en contrepartie de positions fermes dans les divers domaines. La biodiversité est l'un des principaux thèmes environnementaux traités au sein de la section intitulée : "Conservation et gestion des ressources aux fins du développement". Cette dernière aborde directement les problèmes liés à la préservation de la diversité biologique, mais aussi ceux liés à la gestion des écosystèmes fragiles ( lutte contre la sécheresse et la désertification et mise en valeur des montagnes) ainsi que ceux se rapportant à la promotion d'une agriculture et d'un développement rural durables. A présent, il apparaît à l'évidence que l'environnement et le développement sont intimement liés.
L'idée d'élaborer une convention globale sur la biodiversité avait été lancée en 1985 par l'Alliance mondiale pour la nature (UICN). Le programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), reprenant à son compte la proposition de l'UICN, réunissait à cet effet un premier comité d'experts en novembre 1988. Les premières consultations purent débuter avec de nombreux experts et notamment ceux du groupe de conservation des écosystèmes PNUE-UNESCO-FAO-UICN. Après bien des péripéties, la convention sur la biodiversité a pu être présentée à la Conférence de Rio et signée par 153 pays plus la CEE. Cette convention doit être ratifiée et mise en application.
La convention sur la biodiversité entérine le principe de la souveraineté nationale sur les ressources biologiques, y compris les ressources génétiques. La notion de patrimoine commun de l'humanité a été catégoriquement refusée par de nombreux pays du Sud. Ces derniers, détenteurs d'un patrimoine génétique important dans le domaine des animaux domestiques, entendent ainsi se réserver l'accès aux technologies développées par les pays du Nord leur permettant de conserver et d'utiliser durablement la biodiversité .
Visant tout d'abord à protéger la faune et la flore sauvages et leurs habitats naturels, le champ de la convention de Rio s'est, au fur et à mesure, étendu à l'ensemble du monde vivant , excepté l'homme, mais y compris les micro-organismes.
Cette démarche globale, bien qu'intéressante, a accru la complexité des problèmes à traiter et des intérêts en jeu ( M. CHAUVET).
Malgré une histoire déjà longue, la conservation des ressources génétiques animales apparaît comme le parent pauvre dans le domaine de la préservation des ressources vivantes, malgré le nombre des actions ponctuelles qui ont été réalisées dans le passé, principalement entre 1980 et 1990. La stratégie élaborée a pour objet d'inventorier et de décrire l'ensemble des races animales utilisées, d'identifier et de protéger les races menacées de disparition, et d'améliorer la productivité des races locales menacées d'être remplacées ou absorbées par des races plus performantes. Dans cette philosophie, la FAO a produit en novembre 1993 le "WORLD WATCH LIST" for domestic animal diversity. Ce document montre que 27 p.100 des races d'animaux domestiques répertoriées à ce jour, forment des populations considérées comme présentant des risques d'extinction. Si la race caractérisée comporte moins de 1000 femelles reproductrices (ou moins de 20 mâles reproducteurs), cette population est considérée comme en danger. Avec moins de 100 femelles reproductrices (ou 5 mâles reproducteurs), elle est considérée comme en voie de disparition. L'état suivant est l'extinction. Cette liste d'alerte mettait l'accent sur les races en péril et aidait les Etats directement intéressés à promouvoir une politique de conservation. C'est dans cette continuité que se situe le présent travail.
A la lumière des différentes questions posées lors des réunions préparatoires à la mission et à la synthèse de l'étude tenues au CIRDES (Centre International de Recherche Développement sur l'Elevage en zone Sub-humide) à Bobo-Dioulasso et à l'IRZV (Institut de Recherches Zootechniques et Vétérinaires) de Garoua, il est apparu important de faire le point sur ces aspects et de replacer notre mission dans un cadre beaucoup plus large que celui qu'il serait facile de dessiner à travers une problématique stricte d'inventaire du bétail d'Afrique francophone. Avant ce travail, il y a eu tout un cheminement, toute une réflexion et gageons qu'après lui cela se poursuivra. Cette démarche est irrémédiablement lancée, elle intéresse tous les pays dans le respect des souverainetés nationales.
Le continent africain est détenteur d'une partie importante de la diversité des animaux domestiques. Il abrite les espèces domestiques les plus représentatives (bovins, ovins, caprins, porcins, équins, asins, camelins) sans omettre les volailles (poules, pintades, canards, dindons, oies) et certains rongeurs (lapins et aulacodes). Quelque 400 espèces ou variétés d'animaux domestiques sont reconnues en Afrique. Quelques-unes de ces espèces ont été remarquablement étudiées, mais une grande majorité d'entre elles n'a fait l'objet que de peu d'investigations. L'étude récente, publiée dans le World Watch List, n'a pu rassembler une information significative que sur 180 des 400 races (ou variétés) connues mais parfois uniquement décrites par leur nom et leur répartition géographique.
Avant d'aller plus loin dans ce rapport, il convient de faire une mise au point sur l'emploi de certains termes. Dans le contexte actuel, le terme de race sera employé dans un sens extrêmement large. Il pourra s'agir de véritables races isolées, parfaitement connues et étudiées (comme le bovin Kouri du Tchad), ou de populations, isolats, familles, sous-familles qui ont été décrits dans certains documents, mais pour lesquels les travaux de caractérisation sont peu avancés ou non réalisés. Deux exemples illustrent parfaitement cette situation. Les chèvres Arabe, Maure, Touareg, du Sahel voltaïque, du Kanem etc. sont-elles toutes différentes ? Le porc de Korhogo de Côte d'Ivoire est-il différent du porc de Dapaong du Togo ? Dans tous les cas, le terme de "race" sera employé.
Pour le terme de conservation, nous utiliserons la définition donnée dans la "Stratégie mondiale de la Conservation" qui a été préparée par l'Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources (UICN), en collaboration avec l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et le World Wildlife Fund (WWF). La conservation, c'est la gestion, en vue de l'utilisation par l'homme, de la biosphère, dans le but de retirer le maximum d'avantages pour la génération actuelle, tout en maintenant son potentiel, afin de pouvoir satisfaire les besoins et les aspirations des futures générations. La conservation est donc un concept positif qui couvre la préservation, l'entretien, l'utilisation durable, la restauration et l'amélioration de l'environnement naturel. Cette définition a été donnée au cours de cette mission lors de la réunion de Garoua afin de bien montrer l'ampleur du travail à réaliser.
La préservation proprement dite est la partie de la conservation qui consiste à isoler un échantillon d'une population de souches génétiques animales pour l'entretenir dans un environnement exempt des forces humaines qui risquent de provoquer une modification génétique. Ce procédé peut être effectué in situ, les spécimens étant alors des animaux vivants, dans leur environnement naturel, ou ex situ, les échantillons étant préservés par exemple par stockage cryogénique. Ce concept est beaucoup plus statique que le précédent puisqu'il parle d'isolement mais il n'exclut pas des actions de
valorisation. Seules les actions de l'homme pouvant entraîner des modifications génétiques sont rejetées. Le problème de l'évolution en fonction des contraintes de milieu n'est pas abordé.
A un stade intermédiaire, la conservation par la gestion consiste à soumettre un échantillonnage, ou l'ensemble d'une population animale, à une modification génétique contrôlée dans le but d'entretenir, d'utiliser, de restaurer ou d'améliorer les ressources génétiques animales en vue de la production d'aliments, de toison, de force de travail ou de traction. En effet, la manière souvent la plus efficace de conserver les ressources génétiques, est d'aider les agriculteurs à mettre en valeur leurs races et à les utiliser. Les critères d'amélioration sont le plus souvent quantitatifs, dans le cas de l'Afrique où la productivité des animaux reste faible. Les critères de qualité en vigueur dans les pays développés (composition du lait, forme et état d'engraissement des carcasses) n'ont pour le moment pas d'intérêt puisque aucun circuit commercial n'est capable de les valoriser. En revanche, certains critères doivent être conservés au cours de l'amélioration génétique sous peine de faire perdre tout débouché au produit. Il en va ainsi de la couleur des ovins de Tabaski, des poulets destinés au sacrifice. Le format des animaux est également important en production de viande car il détermine le type de préparation culinaire. Des porcs de 80 kg n'ont aucune chance d'être vendus si la population a l'habitude de consommer des porcs de 20 kg !
C'est dans ce contexte du Programme de Conservation et de Gestion des Ressources Génétiques Animales dans le monde que la FAO a entrepris d'identifier et de décrire les différentes races d'animaux domestiques reconnues et de repérer les principaux problèmes liés à la conservation de la biodiversité. Compte tenu des différences importantes qui peuvent exister entre les milieux, les conditions climatiques, les systèmes d'élevage, les systèmes de production ou les conditions socioculturelles, les objectifs attendus devaient rechercher une meilleure adéquation possible entre le développement de l'animal et son maintien dans l'écosystème qu'il valorise. Pour rendre l'ensemble compréhensible, il était essentiel d'uniformiser le mode de collecte de l'information sur les différentes races. C'est dans cet esprit que fut créé le système d'information sur la diversité des animaux domestiques (GIS-DAD ou Global Information System for Domestic Animal Diversity) dont la partie visible actuellement, outre les questionnaires, est représentée par le World Watch List. Ce document essentiel doit être mis à jour de façon permanente grâce à une base de données en liaison directe avec les modifications du milieu ou des connaissances. L'ensemble doit servir à mieux orienter les projets de développement, de maintien ou de sauvegarde de la biodiversité des animaux domestiques.
Sous ces contraintes, neuf missions ont été planifiées à travers le monde pour identifier et sélectionner un ensemble de projets pouvant contribuer de façon significative à la conservation de la diversité des différentes espèces d'animaux domestiques. Pour des raisons pratiques, deux missions d'identification ont été retenues en Afrique, l'une pour la zone anglophone, l'autre pour la zone francophone.
Le présent document relate le travail effectué par la Mission d'Identification de Projets pour les Ressources Génétiques Animales dans les pays d'Afrique francophone sub-saharienne.
Le travail proprement dit a été préparé lors d'une mission de concertation qui s'est déroulée à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) du 4 au 7 mai 1994. Au cours de cette réunion, 13 pays étaient représentés (Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d'Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo). Le questionnaire principal y a été élaboré avec l'ensemble des participants. Il sera présenté un peu plus loin.
Après validation, par les responsables de la mission, du questionnaire préparé lors de cette réunion, ce dernier a été expédié à la FAO-Rome le 5 juillet 1994. L'envoi de l'ensemble du questionnaire à tous les correspondants nationaux a été réalisé par la FAO, par courrier ou télécopie, au cours du mois de juillet. Il fut envoyé à tous les pays présents lors de la réunion de Bobo-Dioulasso, en y ajoutant l'Angola. La réception des réponses débuta au cours du mois d'août. La date de clôture avait été fixée au 1er octobre. Les dernières données furent reçues le 24 octobre 1994. Les pays ayant répondu sont les suivants : Angola, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo.
Trois pays furent visités par la mission, le Mali, le Tchad et le Togo entre le 20 mars et le 2 avril 1995. Ce sont des problèmes d'organisation qui ont retardé le déroulement de ces visites. Au cours des différentes rencontres furent abordés principalement les problèmes liés aux aspects économiques, au déroulement de programmes en cours dans le domaine de la génétique et de la biodiversité et aux possibilités d'héberger de futures réalisations.
Une réunion de synthèse s'est déroulée à Garoua du 26 au 29 avril 1995. Elle regroupait 10 pays : Angola, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Guinée, Mali, Mauritanie, Sénégal, Tchad, Togo. Au cours de cette réunion furent présentés les résultats issus du questionnaire et des diverses visites. A la suite des discussions, une série de projets a été isolée et proposée aux divers pays pour approbation et information complémentaire. Ces documents ont été expédiés le 19 mai 1995 et les réponses ont été considérées comme terminées le 15 juin.
Deux éléments essentiels sont à retenir de cette méthodologie : le premier questionnaire établi lors de la réunion de Bobo-Dioulasso et la liste des projets retenus à l'issue de la réunion de Garoua. Cette dernière constitue directement l'objet de la présente mission. Elle sera étudiée plus avant dans ce document. Le questionnaire forme l'ossature du travail effectué et a permis de dresser un véritable état des lieux des connaissances et travaux réalisés dans le domaine de la biodiversité dans les pays francophones d'Afrique sub-saharienne. Il est important de mieux le préciser.
Ce questionnaire était composé de deux feuilles de couleur différente qui pouvaient être dupliquées autant de fois que nécessaire. Les feuillets de couleur bleue servaient à caractériser les principales races des divers pays. Un changement de feuille était demandé lors du passage à une autre espèce. Les feuillets de couleur jaune servaient à décrire quatre ou cinq situations clés choisies avec pertinence parmi les énumérations données dans les feuilles précédentes. Ces différents feuillets sont donnés ci-après à titre d'exemple.
Pour chacune des espèces considérées (bovins, ovins, caprins, équins, asins, porcins, camelins, volailles), il était demandé de donner le nom de la race de façon aussi précise que possible. La précision se réfère à l'emploi local qui est fait de cette race. Ainsi le zébu White Fulani est enregistré sous ce terme si cette désignation correspond à un emploi courant. Le terme Akou ou Fulani peut être réservé à la description d'une autre race dans un autre environnement. Si, communément, il n'est pas fait de différence dans l'emploi de ces différents termes, ces derniers sont placés en synonymes. Tous les synonymes orthographiques sont notés (Azawak, Azawa, Azawal, Azaouak). Ce premier énoncé prend déjà en compte la définition de la race qui a été donnée antérieurement. Le sens très large de cette définition permet de considérer l'emploi usuel d'un terme comme pouvant caractériser une race particulière. Au sein d'une espèce, l'action de l'homme ou d'autres facteurs (climatiques, géographiques, géologiques, sociologiques, etc..), qu'elle soit génétique ou non, a créé des races qui ont été modifiées, modelées par ces mêmes éléments. Cette approche particulière des espèces domestiques centrées sur l'homme et son action a été explicitée lors de la réunion de Bobo-Dioulasso. La possibilité de considérer comme deux races, deux populations très proches et pouvant porter des noms très semblables, n'est pas apparue comme un obstacle à la compréhension du questionnaire. A l'évidence, le principe de poser comme différentes, deux populations d'animaux domestiques pouvant porter le même nom dans des sites différents, ne présage en rien sur la conclusion finale de l'existence ou non d'une différence réelle. A l'inverse, deux races classiquement considérées comme différentes pourront très bien être jugées identiques à l'issue d'études spécifiques sur des critères de production, de phanéroptiques, de composition sanguine ou enzymatique ou de structure chromosomique. Les outils d'investigation utilisés par l'homme déterminent à l'évidence, là encore, la vision qu'il est possible d'avoir à un instant donné, sur les races d'animaux domestiques.
Pour isoler des races, divers éléments pouvaient être retenus au sein du questionnaire. La localisation est certainement un des facteurs essentiels au processus de création et de maintien des races. Les hommes au cours de leurs migrations ont emmené avec eux leurs animaux et créé des isolats qui portent, soit le nom du lieu de migration (mouton du Macina), soit le nom de l'ethnie ayant effectué ce déplacement (mouton Mossi). Ces races ont été modifiées et adaptées au système d'élevage mis en place par les éleveurs. Le mode d'élevage intensif ou extensif, sédentaire, transhumant ou nomade influe certainement sur le choix primitif des races. Toutefois, il est difficile de dire si l'existence d'une race déterminée a contraint l'éleveur à un mode d'élevage spécifique ou si ce dernier a été obligé de façonner sa race afin de répondre aux contraintes techniques que lui imposait le milieu. Seules, des études phylogénétiques nous permettraient de répondre à cette question.
La même remarque peut être faite pour la détermination des aptitudes de certaines races. Contrairement à ce qui peut se passer en Europe par exemple, il est certain qu'en Afrique certaines spécificités comme, pour les races bovines, la production de lait ou de viande, ne sont pas aussi nettement déclarées. Mais il faut se garder de porter une conclusion trop hâtive qui serait de considérer la majorité des races bovines africaines comme mixtes. En fait, la spécificité d'une race est déjà le signe d'un travail d'amélioration génétique réalisé par l'homme, soit de façon empirique, soit de façon plus organisée. Il y a alors mise en place d'un programme de sélection plus ou moins déclaré et utilisation de critères de sélection qui, dans tous les cas, constituent le support de l'action humaine. Ce terme est celui donné par les scientifiques. Il correspond au caractère P de l'animal sur lequel est basée la sélection. Dans le cas d'un objectif d'amélioration de croissance d'un animal, le critère et l'objectif de sélection se rejoignent puisqu'il est possible, pour atteindre l'objectif, de sélectionner directement sur la croissance. La définition de ce critère de sélection est beaucoup plus compliquée lorsque le plan d'amélioration est, lui-même, plus sophistiqué (utilisation des ascendants, des descendants, des collatéraux, sélection multiple). L'objectif a orienté le choix du critère et a finalisé la race.
Bien que rien ne nous autorise à le faire, il est possible d'admettre que les ancêtres de nos éleveurs africains actuels n'avaient pas les méthodes suffisantes pour effectuer une sélection comme nous la concevons aujourd'hui. Mais ce serait bien mal les considérer que de ne pas leur reconnaître la capacité d'avoir choisi judicieusement un critère de sélection en accord avec leur objectif. Il est alors préférable de s'interroger sur notre propre faculté à concevoir des critères qui n'entrent pas dans la problématique de notre société d'aujourd'hui. Il ne faut pas oublier que, dans l'histoire de certaines grandes races productives actuelles, seulement une poignée d'hommes, dynamiques, décidés et sans doute visionnaires, ont amené une race à grande spécialisation qui correspondait aux objectifs actuels. Les outils développés se rapportent bien évidemment à leurs besoins. La génétique africaine est entachée de cette histoire. Il est facile, dans ces conditions, de parler de finalité lait ou viande. Mais rien n'interdit de penser à des aptitudes à l'exploitation de certains pâturages, à la résistance à certaines pathologies, à la valorisation de certains milieux, à la thésaurisation, à la confection d'une dot ou à la célébration de rites sociaux ou religieux. Il faut bien avouer que nos outils d'aujourd'hui sont bien mal adaptés pour répondre à une telle demande ou plus simplement à une mesure de ces critères. Ces aspects sont souvent éludés faute de référence mais il n'en demeure pas moins qu'ils ont, sans doute, été à l'origine de la création de certaines races.
Les races sont donc pour nous des ensembles d'animaux qu'un groupe humain reconnaît comme faisant partie de cette race. Le principe d'appartenance peut être fondé sur des critères phanéroptiques héritables (taille, cornage, couleur, toison,...) ou sur des performances, ou sur l'ascendance. La diversité des races existantes à un moment donné répond à la diversité des contraintes de l'élevage et à celle des objectifs de l'élevage. Elle est accrue par le poids de l'histoire : chaque population animale est le résultat d'une longue évolution des systèmes d'élevage.
Homogènes sur les critères d'appartenance sur lesquels chaque race est construite, les différentes races d'animaux peuvent être hétérogènes sur d'autres critères. C'est d'ailleurs ce qui fait qu'on peut améliorer la production moyenne d'une race par sélection. La préservation de la biodiversité concerne alors autant la préservation des différentes races, que celle de la diversité à l'intérieur de chaque race.
Dans ce contexte, le croisement ne porte atteinte à la biodiversité que si l'une des races entrant dans sa réalisation voit son importance relative diminuer au cours du temps, et si les gènes présents chez cette race sont absents dans les autres races. Au contraire, dans certains cas, la pratique du croisement peut préserver des gènes, soit grâce à une nouvelle race fixée, soit grâce au maintien obligé des races parentales à qui les troupeaux croisés fournissent un débouché rémunérateur.
Il est possible, alors, de considérer les races d'animaux d'élevage comme des "construits sociaux" réalisés autour d'un ensemble de contraintes d'élevage et d'un ensemble d'objectifs d'utilisation des animaux. Les races qui ont connu une grande expansion ne doivent pas seulement leur succès à des qualités biologiques particulières (performances de production élevées et adaptation aux modes d'élevage les plus répandus). Elles le doivent aussi au dynamisme d'un groupe humain particulier (collectif d'éleveurs, ou firme privée) qui organise la sélection des animaux, la maîtrise du potentiel génétique, la promotion et la vente des reproducteurs, et enfin la répartition de la rente générée entre tous les acteurs. Cela signifie qu'il doit être possible de trouver, dans d'autres races, d'aussi bonnes qualités que dans les races dites "améliorées " si un bloc social prend en charge le long travail d'organisation que cela nécessite.
Mais les races évoluent dans leurs caractères sous la pression des changements qui se produisent soit dans les conditions d'élevage, soit dans les objectifs de production. Cette évolution peut se faire par tri des reproducteurs à l'intérieur de la race (sélection) ou par introduction de reproducteurs extérieurs (croisement). La plupart des races sont de fait issues de croisements. Ce raisonnement aboutit à exclure la notion de race pure. Aucune race n'est "pure", au sens de sans mélange. Car cela signifierait, à l'extrême, qu'elle serait issue d'un seul individu (clone !). Il nous semble difficile de nier l'existence et le grand intérêt des brassages de gènes. Dans ce questionnaire, il était demandé de caractériser la race considérée par au moins 3 critères principaux habituellement reconnus.
La quatrième colonne abordait simplement la caractérisation proprement dite. Pour les critères de croissance les facteurs retenus, à titre d'exemple, étaient : le poids à la naissance, le poids au sevrage, le gain moyen quotidien (GMQ) avant le sevrage, le gain moyen quotidien après le sevrage, le poids adulte. Pour les critères de reproduction, il y avait : la fertilité, l'intervalle entre les mises bas, la précocité. Pour la production laitière, la durée de lactation et la quantité de lait produit avaient été retenues.
Tous ces éléments avaient été donnés à titre d'exemple. A l'évidence, ils ne couvraient pas les aptitudes propres à certaines espèces. Chez les porcins, la prolificité est un critère important comme l'aptitude à faire du gras ou du maigre. Chez les équins, les asins et les camelins, il fallait, dans certains cas, considérer l'aptitude au travail (traction, transport) sans oublier des rôles particuliers dans les relations sociales (prestige, combat). Pour les volailles, les possibilités sont grandes ; elles vont de la production de poulets de chair, de poules pondeuses, de pintades couveuses à l'existence de souches particulières répondant à un rite religieux (coloration du plumage par exemple).
Enfin, il était important de replacer ces races dans un contexte économique. La prise en considération d'une race quelconque par un éleveur, et par là même son maintien et son développement, ne peut être effective que si ce dernier a un intérêt certain à s'engager dans cette voie. Cet avantage peut être immédiatement perçu lorsque l'animal intervient directement dans l'autoconsommation familiale ou plus indirectement lorsque les produits ont une forte valeur commerciale. Dans tous les cas, il y a entre l'homme et l'animal partage de l'espace et des ressources du sol. Les races bovines adaptées à un élevage extensif sont délaissées au profit des cultures céréalières lorsque l'augmentation de la population le nécessite ou lorsque cette spéculation est plus rentable. Les modifications sont alors importantes. L'éleveur peut abandonner certaines espèces d'animaux domestiques pour rechercher des espèces mieux adaptées aux nouvelles donnes. Il peut aussi modifier la race utilisée antérieurement pour répondre aux contraintes que lui indiquent les circuits commerciaux. La conservation d'une race en l'état ne peut s'entendre alors que dans un milieu relativement fermé où l'autoconsommation du service ou du produit peut permettre son maintien à long terme. Dans tous les autres cas, il y a évolution du cheptel fournissant une réponse aux besoins. Il doit y avoir une véritable gestion qui autorise le développement sachant que de tout temps l'animal s'est adapté à l'homme. Il semble utopique aujourd'hui de penser pouvoir arrêter ce processus. Il est préférable de le gérer en tentant de minimiser les pertes.
La deuxième partie du questionnaire permettait de décrire quatre ou cinq situations clés. Le choix devait être opéré parmi la liste établie précédemment. la pertinence pouvait s'appliquer à une race, une localisation, une caractéristique ou un système particuliers. La situation choisie se devait d'avoir un rôle à jouer ou une place bien définie dans la structure de l'élevage du pays considéré.
Dans un premier temps, il est essentiel de décrire la situation de façon claire et précise sachant qu'il est possible de s'attacher à un animal de race donnée (cas par exemple du mouton du Macina, du porc de Dapaong), à une production particulière (bouf de travail, pintade couveuse, chamelle laitière par exemple), à une localisation bien déterminée (chèvre de Maradi, pintade de Dori, porc de Korhogo) ou à un système d'élevage caractéristique (système sédentaire extensif en Mauritanie, potentialités d'élevage dans le delta intérieur du Niger au Mali). Dans tous les cas, les productions actuelles pouvaient être chiffrées. Il était aussi intéressant de pouvoir replacer cet élevage dans le système agraire où il s'insère (principales productions animales et
végétales associées). En accord avec ce qui a été dit antérieurement, il importait d'avoir une évaluation aussi précise que possible de l'impact économique que peut avoir une production animale dans le développement d'une région.
Des opérations de conservation ne peuvent être entreprises que dans un contexte économique parfaitement rentable pour l'éleveur et dans des conditions sociales acceptables. Les facteurs favorisants et limitants étaient donc indiqués. Il était possible ensuite d'envisager une évolution probable qui devait être fixée dans le temps et décrite. Cette situation particulière retenue pouvait donc évoluer favorablement grâce à la mise en oeuvre d'actions spécifiques s'appuyant sur les facteurs positifs précédemment décrits et veillant à contrôler les facteurs défavorables. Il était alors possible de mettre en jeu les acteurs avec des propositions concrètes pour assurer la préservation, l'amélioration ou la sauvegarde de l'espèce ou de la race concernée.
En conclusion, ce questionnaire reposait sur une méthodologie relativement compliquée. C'est pourquoi il était important qu'elle fût expliquée clairement et comprise lors de la première réunion. Au cours des différents entretiens et réunions, il est apparu que la notion primitive d'invariabilité des espèces présentes et des races utilisées pouvait facilement être supplantée par une idée beaucoup plus évolutive. Cette fixité initiale a prôné l'utilisation universelle, dans la plupart des conditions de production, de quelques races d'animaux domestiques dites "supérieures". Elle développait des campagnes de croisements, de vente d'animaux améliorateurs ou d'insémination artificielle. Elle générait des échecs dans des milieux mal adaptés ou en évolution. En prenant comme base de réflexion non plus l'animal mais le milieu qui évolue en interaction avec l'homme, il est possible de considérer l'animal comme un ensemble de gènes organisés pour valoriser une situation temporaire. Le problème réside, uniquement de ce fait, dans la gestion de la durée. La notion même de race est liée à celle de son milieu. Au point de vue de l'évolution des animaux, une espèce ou une race se forme lorsqu'elle subit un ISOLEMENT. Le plus souvent, il s'agit d'un isolement géographique. Parfois, il est comportemental. Il apparaît alors comme extrêmement paradoxal que, dans de nombreux pays, une différence importante puisse être faite et qu'une séparation nette puisse être établie entre l'élevage et l'environnement. Cette réalité est le fruit de l'histoire. Il n'est plus possible d'être l'avocat d'une telle situation. L'animal domestique comme l'animal sauvage interfère sur l'environnement et sur la gestion que peut en faire l'homme. C'est une nouvelle philosophie.
Avant de débuter véritablement ce rapport, nous tenons à remercier toutes les personnes de tous les pays qui nous ont aidés au cours de ce travail. Nous pensons à Messieurs les Responsables de la FAO, division de la Production et de la Santé Animales, à Messieurs les Représentants de la FAO des divers pays, à Messieurs les Consultants nationaux et à toutes les personnes rencontrées lors de nos visites, sans oublier les nombreux éleveurs.
A la lumière des réponses au questionnaire et à la suite des différents entretiens organisés lors des visites dans les divers pays ou lors des réunions de Bobo-Dioulasso et de Garoua, il est possible d'obtenir une visualisation momentanée de la diversité et de la répartition des races d'animaux domestiques.
Le catalogue des races est impressionnant puisque 44 races bovines, 28 races ovines, 19 races caprines, 7 races asines, 11 races équines, 7 races camelines, 17 races porcines et 13 races de volailles ont été décrites. Il faut, cependant, moduler cet inventaire puisque l'étude est placée systématiquement au niveau des pays. Il peut y avoir redondance d'information. Une même race, avec la définition qui a été donnée antérieurement, peut se trouver décrite dans divers pays sans qu'il soit possible de dire s'il y a ou non de véritables différences. Par exemple, les bovins N'Dama du Mali et de Guinée sont sans doute identiques. Mais, au Mali, une coloration fauve et sans tache est admise. Les robes tachetées y sont quasiment inexistantes. La couleur "froment ordinaire" ne représente que 16 p.100 de la population. En Guinée, toutes les couleurs, du blanc au noir en passant par le marron, sont admises. De la même façon, les N'Dama de Guinée et du Sénégal se différencient par une taille plus élevée chez ce dernier. Une même race peut avoir un nom différent d'un pays à l'autre et avoir été considérée plusieurs fois.
Pour des raisons d'homogénéité, toutes les déclarations de race ont été gardées bien que, par la suite, seuls quelques grands types ont été conservés. Ces descriptions intéressent 12 pays de l'Afrique sub-saharienne francophone. Les pays n'ayant pas pu ou n'ayant pas voulu participer à cette étude ne sont pas pour autant délaissés puisque certaines races caractéristiques et bien décrites dans la littérature ont été prises en considération dans la monographie donnée en annexe.
Pour les races bovines, les renseignements obtenus concernent par pays les races suivantes :
- Angola : Humbi, Mucubal, Kwaniama, Mocho de Malange, Mocho de Tshilengue (5).
- Bénin : Somba, Lagunaire, Borgou (3).
- Burkina Faso : Peul soudanien, Azawack, Baoulé (3).
- Cameroun : Namchi, Bakossi, Bakweri, Kapsiki, Goudali, Red Fulani, White Fulani (7).
- Côte d'Ivoire : Peul soudanien, N'Dama, Baoulé, Lagunaire (4).
- Guinée : N'Dama (1).
- Mali : Peul Toronké, Maure, Touareg, Azawack, N'Dama (5).
- Mauritanie : Maure, Peul (2).
- Centrafrique : Djafoun, Akou, Goudali, Baoulé, N'Dama (5).
- Sénégal : Gobra, Guzérat, N'Dama (3).
- Tchad : Kouri, Toupouri, Arabe, M'bororo (4).
- Togo : Lagunaire, Somba (2).
Pour les races ovines, les renseignements obtenus concernent par pays les races suivantes :
- Angola : (pas de renseignement).
- Bénin : Djallonké (1).
- Burkina Faso : Sahélien, Mossi (2).
- Cameroun : Peul, Massa, Djallonké (3).
- Côte d'Ivoire : Djallonké (1).
- Guinée : Djallonké (1).
- Mali : Maure à poil long, Maure à poil ras, Peul, Touareg, Macina, Djallonké (6).
- Mauritanie : Maure à poil long, Maure à poil ras, Peul (3).
- Centrafrique : Peul, Djallonké (2).
- Sénégal : Touabire, Peul, Waralé, Djallonké (4).
- Tchad : Arabe, Peul Houda, Kirdi (3).
- Togo : Djallonké, Vogan (2).
Pour les races caprines, les renseignements obtenus concernent par pays les races suivantes :
- Angola : (pas de renseignement).
- Bénin : Djallonké (1).
- Burkina Faso : Sahélien, Mossi (2).
- Cameroun : (pas de renseignement).
- Côte d'Ivoire : Djallonké (1).
- Guinée : Djallonké (1).
- Mali : Maure, Touareg, Arabe, Djallonké (4).
- Mauritanie : Sahélien, Guéra, Djougre (3).
- Centrafrique : Sahélien, Djallonké (2).
- Sénégal : Sahélien, Djallonké (2).
- Tchad : Sahélien, Kirdi (2).
- Togo : Djallonké, (1).
Pour les races porcines, les renseignements obtenus concernent par pays les races suivantes :
- Angola : Ganda I, Ganda II, Ganda III (3).
- Bénin : Locale (3 types décrits) (3).
- Burkina Faso : Locale (1).
- Cameroun : Locale (1).
- Côte d'Ivoire : Locale, Korhogo (2).
- Guinée : Locale (1).
- Mali : Locale Somo (1).
- Mauritanie : (pas de description).
- Centrafrique : Locale (1).
- Sénégal : Locale (1).
- Tchad : Locale (1).
- Togo : Locale, Dapaong (2).
Pour les races équines, les renseignements obtenus concernent par pays les races suivantes :
- Angola : (pas de renseignement).
- Bénin : (pas de renseignement).
- Burkina Faso : (pas de renseignement).
- Cameroun : (pas de renseignement).
- Côte d'Ivoire : (pas de renseignement).
- Guinée : (pas de renseignement).
- Mali : Arabe, Dongolaw, Barbe, Minianka, Bandiagara (5).
- Mauritanie : Barbe, Arabe (2).
- Centrafrique : (pas de renseignement).
- Sénégal : Barbe, Foutanké, Mbayar, Mpar (4).
- Tchad : (pas de renseignement).
- Togo : (pas de renseignement).
Pour les races asines, les renseignements obtenus concernent par pays les races suivantes :
- Angola : (pas de renseignement).
- Bénin : (pas de renseignement).
- Burkina Faso : Locale (1).
- Cameroun : Locale (1).
- Côte d'Ivoire : Locale (1).
- Guinée : (pas de renseignement).
- Mali : Locale (1).
- Mauritanie : Locale (1).
- Centrafrique : (pas de renseignement).
- Sénégal : Locale (1).
- Tchad : Locale (1).
- Togo : (pas de renseignement).
Pour les races camelines, les renseignements obtenus concernent par pays les races suivantes :
- Angola : (pas représentée).
- Bénin : (pas représentée).
- Burkina Faso : Locale (1).
- Cameroun : (pas représentée).
- Côte d'Ivoire : (pas représentée).
- Guinée : (pas représentée).
- Mali : Azaouad, Hohd, Bérabiche (3).
- Mauritanie : Bérabiche, Réguebi (2).
- Centrafrique : (pas représentée).
- Sénégal : Locale (1).
- Tchad : (pas de renseignement).
- Togo : (pas représentée).
Pour les volailles, les renseignements obtenus concernent par pays les races et les espèces suivantes :
- Angola : Locale (1)
- Bénin : Locale (1).
- Burkina Faso : Poule locale, Dindon local, Pintade de Dori (3).
- Cameroun : Locale (1)
- Côte d'Ivoire : (pas de renseignement).
- Guinée : Locale (1).
- Mali : Locale (1).
- Mauritanie : Locale (1).
- Centrafrique : Locale (1).
- Sénégal : Locale (1).
- Tchad : Locale (1).
- Togo : Locale (1).
A la lecture de cette liste, qui est le strict reflet des réponses au questionnaire, il apparaît que dans tous les cas (exception faite pour le Bénin), il n'y a pas d'évaluation des effectifs par race. Cette situation est importante. Les estimations du cheptel sont faites, lorsqu'elles existent, par espèce et/ou par région. Il est rare de pouvoir disposer d'une évaluation par race. Lorsque celle-ci existe, elle est souvent fantaisiste. Elle procède généralement d'une première estimation faite par un sondage grossier où la caractérisation de l'animal est approximative. Par la suite, les réajustements annuels sont établis en appliquant un taux de croît constant et décidé parfois sans relation directe avec la réalité ou en gardant le même pourcentage de races. Il est impératif que, dans le cadre d'un programme prenant en compte la conservation du matériel génétique des animaux domestiques, il soit possible de connaître avec une bonne précision l'état des effectifs d'une race. Si la mise en place d'un recensement n'est pas du domaine de cette étude, il est important d'y signaler que l'identification des animaux domestiques est un préalable à toute connaissance du cheptel, au moins pour les grandes espèces (bovins, camelins, équins). Elle nécessite une volonté politique qui peut être le premier engagement marqué d'un pays pour le respect de l'Agenda 21.
Chez les bovins, l'extrême éclatement des races permet de mieux comprendre la position prise par la mission. Celle-ci consiste à tenter de faire apparaître en permanence la correspondance entre la position de l'homme (positions géographique, sociale, économique, religieuse) et son choix pour une race qu'il transforme et améliore. Les bovins de race Peul sont rencontrés en Mauritanie. Au Mali, il existe un zébu Peul Toronké qui est très proche du précédent. En Côte d'Ivoire, se rencontre le zébu Peul soudanien. Ce bovin est caractéristique mais sans doute voisin des précédents car fortement lié aux éleveurs que sont les Peul. Au Sénégal, le zébu Gobra est aussi appelé le Senegal Fulani qui est une terminologie aussi employée pour le Red Fulani et pour le White Fulani du Cameroun. Ces deux dernières races sont aussi appelées respectivement Red Mbororo et White Mbororo. Elles sont distinguées du zébu Goudali de l'Adamaoua qui est aussi un zébu Peul du Cameroun. Il apparaît donc bien difficile, en l'état actuel de nos connaissances, d'établir des frontières entre les races. Il ne serait pas logique de considérer le zébu Peul, le Gobra, le Toronké, le Goudali, le Mbororo et le Peul soudanien puis de ne reconnaître qu'un seul type de bétail N'Dama.
A cet ensemble de races bovines se surajoute l'ensemble des croisements qui ont pu être effectués dans les pays. Le plus traditionnel et le plus facile à reconnaître est celui qui est pratiqué à la frontière des zones à glossines et des zones sans glossines. Ce croisement zébu / taurin est appelé Djakoré au Sénégal, Bambara au Mali (on trouve aussi le terme de Djakoré, ou taurin du Kaarta). Un peu partout, on utilise le terme de Méré. Dans tous les cas, il est fait référence au N'Dama ou au Baoulé mais rarement à un type particulier de zébu. De cette relative uniformité, il semble difficile de vouloir y reconnaître une seule "race" de N'Dama, tout en admettant plusieurs types de zébus. Il est plus judicieux de vouloir respecter l'usage des éleveurs qui ne différencient pas le zébu intervenant dans le croisement avec le N'Dama. Cela ne signifie pas qu'il n'y a qu'une seule race de zébu ou de N'Dama mais qu'il n'y a qu'une seule population Méré répondant aux besoins et aux caractéristiques recherchés par l'éleveur.
A ce croisement particulier, il faut ajouter tous les croisements issus de l'utilisation de races exotiques. Ils sont principalement localisés à proximité des grands centres urbains et répondent aux besoins particuliers de production (lait ou viande). Ils peuvent aussi se situer près des centres de recherches zootechniques et correspondent à un "échappement" de certains types en fin d'expérimentation. En Côte d'Ivoire, on note les croisements N'Dama x Abondance, N'Dama x Simmental, N'Dama x Jersiais. Au Mali, on trouve à la périphérie de Bamako des croisements de zébus avec des Montbéliard et des Rouge des Steppes. Il est intéressant de noter qu'au Bénin et au Togo, les Borgou sont considérés comme une race alors qu'ils sont issus d'un croisement N'Dama et zébu (sans doute White Fulani). Au Sénégal, les croisements laitiers réalisés à la périphérie de Dakar avec des zébus pakistanais (Sahiwal et Red Sindhi) et des bovins Montbéliard n'ont pas été signalés. Ils intéressaient pourtant à terme les zébus Gobra et Maure.
Pour les ovins, des remarques très similaires peuvent être faites. En Mauritanie et au Mali, une distinction est faite entre les moutons Maure à poils longs et les moutons Maure à poils ras. Cela correspond à une utilisation particulière de ces moutons par les éleveurs (confection de cordes, tentes et couvertures). Il y a eu sélection d'un type particulier pour une production de poils. Au Sénégal, où le mouton Maure à poils longs n'est pas retrouvé de façon aussi caractéristique, on parle du mouton Touabire qui est très proche du mouton Maure à poils ras. Cette différence de vocabulaire ne signifie pas une différence de race, mais bien une autre considération de la part de l'éleveur. Comme pour les bovins, le mouton Peul se retrouve un peu partout dans les différents pays. On trouve le mouton Peul Toronké en Mauritanie, le Peul-Peul sénégalais au Sénégal, le Peul voltaïque au Burkina Faso, le Peul Houda au Cameroun et au Tchad . Ce même mouton Houda est appelé mouton Bali-Bali au Niger et au Mali bien que dans ce pays il prend plus communément le terme générique de mouton Peul.
Pour le mouton Djallonké, la situation est aussi confuse. Le terme de Djallonké est reconnu partout. Il est remplacé au Burkina Faso par le terme de Mossi qui correspond à l'attache d'une ethnie. De même au Tchad, pour ce même mouton, les éleveurs parlent de mouton Kirdi qui est retrouvé au Cameroun. Dans ce pays, les éleveurs effectuent des croisements Kirdi x Djallonké et différencient les races. Ils isolent aussi deux types de Kirdi, le Kirdi des plaines et celui des montagnes. Trois races sont donc différenciées. Il reste à savoir ce que donne le croisement. Dans toute cette partie de l'Afrique, un seul mouton à laine est signalé au Mali. Il est intéressant de noter que le mouton Vogan du Togo est considéré comme une race bien isolée. Sa fixation n'est pourtant pas encore assurée. Les croisements grand mouton Sahélien x Djallonké servent à produire cet animal.
Chez les caprins, la situation est très proche de celles des ovins. On trouve un terme générique qui caractérise la chèvre du Sahel. Elle prend le nom de chèvre Maure et chèvre Touareg au Mali, chèvre du Sahel voltaïque au Burkina Faso et chèvre Arabe au Tchad. Dans ce pays, il est intéressant de noter l'influence des travaux de recherche effectués actuellement sur la caractérisation des races caprines qui tendent à montrer la grande uniformité des races dans cette espèce. Les réponses au questionnaire ne fournissent que les deux grands types (Sahélien et Djallonké) et ne font plus référence aux races traditionnellement décrites (chèvre du Kanem, chèvre de Massakori, chèvre du Batha, chèvre du Lac, chèvre du Mayo Kebbi) qui reflétaient plus une répartition géographique qu'une véritable différence génétique. En Mauritanie, il faut remarquer deux types particuliers déclarés, la chèvre du Guéra (ou chèvre espagnole) et la chèvre Diougry ( ou chèvre naine de l'Est = Djougre) en plus de la chèvre du Sahel ou Maure. Pour les chèvres Djallonké, les mêmes remarques que pour les moutons peuvent être faites. Enfin, compte tenu de la non-participation du Niger à cette enquête, la chèvre de Maradi n'apparaît pas dans ces résultats. Cependant, elle ne peut être passée sous silence puisqu'elle représente le schéma type d'une sélection en vue d'une production spécifique (la peau). Elle sera signalée dans le descriptif mis en annexe.
Chez les porcins, en général, il n'y a pas de description bien menée des races qui pourrait aboutir à une différenciation de certains types. Les porcs sont de race locale. L'intérêt pour cette espèce est limité du fait, sans doute, de l'influence de l'islam. Seul au Mali, le porc local semble porter un nom (porc Somo). Dans les autres pays, seuls les croisements sont nommés à partir de la région où ils sont effectués (porc de Dapaong au Togo, porc de Korhogo en Côte d'Ivoire).
Chez les chevaux, les renseignements obtenus sont très faibles et reflètent le peu d'intérêt qui est porté à cette espèce trypanosensible. Seuls, trois pays (Mali, Mauritanie, Sénégal) décrivent les équins présents sur leur territoire. Ce sont essentiellement des animaux de prestige, rarement signalés pour le transport ou le labour. Il est étonnant que certains pays comme le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso ou le Tchad n'aient pas signalé cette espèce. La littérature est pourtant riche dans ce domaine. On peut relever le cheval de Banamba, le poney Kirdi, le cheval de Bobo, le cheval Foutanké, le cheval Fulani (variété du cheval de Dongolaw), le cheval Gondo (variété du cheval de Bandiagara), le cheval de Barouéli, le cheval Haoussa, le cheval du Hohd (Mali, Mauritanie, variété du Barbe), le poney Cotocoli (Bénin), le poney du Logone, le cheval Sonraï et le cheval Torodi (Niger). Les renseignements sont à rechercher. Il peut s'agir soit d'isolats particuliers, soit de croisements propres à une ethnie ou à une région.
Pour les asins et les camelins, les renseignements sont encore plus rares. Toutefois, l'importance des asins est notée dans tous les pays, notamment pour tous les transports (récolte, bois, eau, lait). Les effectifs sont mal connus. Seule la dénomination "race locale" est utilisée. Il semble qu'une seule race ait été décrite ici (animal gris cendré ou bai-brun, avec raie cruciale foncée). Cependant, près du fleuve Niger, des ânes blancs ont été notés. Les camelins sont présents dans 5 des 12 pays enquêtés. Seuls, 2 pays les ont décrits. Leur importance dans la valorisation de certaines zones n'est pas à démontrer. Dans le cadre d'une production laitière, des travaux de recherche sont à développer.
Comme les ânes et les dromadaires, les volailles ont une place importante au sein de l'agriculture africaine. Il semble qu'elles soient touchées par ce vaste syndrome d'abandon qui frappe toutes "ces choses tellement courantes" qu'elles sont oubliées. Pour les 12 pays enquêtés, il y une seule souche locale de poule. Il est peu probable que sur plus de 150 millions d'individus déclarés et n'ayant jamais fait l'objet d'un travail de sélection, il n'y ait qu'une seule variété. Il y a, plus certainement, une population primitive qu'il faut essayer de comprendre. Il est très significatif dans ce contexte de ne trouver que des souches exotiques amélioratrices dans les programmes d'aviculture villageoise. On note la place particulière qui est faite à la pintade de Dori au Burkina Faso.
Après cet inventaire, il est apparu intéressant de regarder comment les différentes races relevées étaient caractérisées. Le premier travail a été de classer l'ensemble des éléments communiqués en deux rubriques capables de recevoir la plus grande partie des critères zootechniques caractérisant la race. A l'évidence, les critères phanéroptiques étaient trop variables pour être homogénéisés. Ils seront donc repris intégralement avec quelques modifications provenant de la littérature. Pour les données zootechniques, il a été possible de les regrouper après modifications afin d'harmoniser les résultats. En effet, pour certaines races bovines notamment, le poids des animaux est relevé, par exemple, à 10 jours, 20 jours, 1 mois , 6 mois. Pour d'autres, ces mesures sont relevées à 1 semaine, 2 semaines, 3 semaines, etc. Les éléments retenus sont les suivants :
- pour la croissance
la hauteur au garrot (HG), le périmètre thoracique (PT), la longueur scapulo-ischiale (LSI), le poids à la naissance (Pnais), le poids au sevrage (Psev), l'âge au sevrage (Age sev), le poids à 1 an (P 1an), le poids adulte (P adult), le gain moyen quotidien avant sevrage (GMQ pré) et le gain moyen quotidien après sevrage (GMQ post).
- pour la reproduction
la fertilité (Fert), la fécondité (Fec), la prolificité (Prol), l'âge à la première mise bas (Age 1mb), l'intervalle entre les mises bas (Int.vel), la production laitière journalière (P. lait), la durée de lactation (Dur. lact), la production laitière totale (Pt lait), le rendement viande (Rdt. v) et l'aptitude globale (Apt.). Ces deux derniers éléments ont été mis dans cette rubrique du fait qu'ils représentent un jugement global.
Tous ces éléments issus des réponses au questionnaire ont été mis en annexe. Avant adjonction de données provenant de la bibliographie, il est apparu intéressant de voir, à travers ces réponses, quelle était la perception première des différentes races retenues pour les bovins, les ovins et les caprins.
Les commentaires sont faits à l'aide des schémas 1 à 6 qui représentent, pour chacune des espèces considérées, la répartition du nombre de races pour lesquelles le critère de croissance ou de reproduction est connu, ou plus exactement a été donné dans les réponses au questionnaire. A l'extrême droite des schémas, le total des races considérées a été donné. Cette représentation n'a pas de valeur scientifique. Elle permet de visualiser simplement un état des connaissances à un instant donné.
Chez les bovins, sur les 30 races citées et pouvant être considérées comme différentes à l'heure actuelle, il apparaît que dans les critères de croissance, les données comme le poids de naissance et le poids adulte des animaux (25 fois sur 30, soit 83 p.100) sont bien connues. Il est étonnant de voir que les données attachées aux femelles sont plus nombreuses que celles des mâles. Cela peut se comprendre dans le cas des critères de reproduction, mais en aucun cas pour des paramètres de croissance. On doit donc admettre une erreur. L'étude bibliographique complémentaire permettra de la combler. Il est tout de même significatif d'avoir une telle distorsion pour les bovins et de ne pas la retrouver dans les espèces ovines et caprines. Il n'est pas interdit de penser que, dans ces pays à forte dominance élevage, on réfléchit et on se place avant tout en éleveur soucieux de maintenir son troupeau grâce à une gestion plus attentive des femelles. Cette interprétation est certainement abusive et dépasse le cadre de cette étude.
La description des races bovines s'appuie principalement sur des mensurations. La hauteur au garrot était très utilisée autrefois pour définir la silhouette de l'animal. Cette donnée a une valeur historique puisqu'elle provient des premiers travaux zootechniques faits sur les chevaux des armées qui devaient avoir une taille supérieure strictement à 1,40 m pour servir dans la cavalerie. Cette habitude a été étendue aux autres espèces sans véritable raison scientifique. Il n'en demeure pas moins que cette mesure reste facile à effectuer. Aujourd'hui, avec le développement de la barymétrie pour les suivis des troupeaux villageois, il semble préférable de préconiser la prise du périmètre thoracique qui est mieux corrélé avec le poids de l'animal et qui est aussi très facile à mesurer. Cet aspect n'est pas retenu puisque cette donnée n'est retrouvée que dans moins de 30 p.100 des cas. Les données concernant la croissance pré-sevrage sont faibles. Le poids à la naissance est bien connu. Le poids au sevrage, l'âge au sevrage et le gain moyen quotidien avant le sevrage ne sont pas des données recherchées (20 p.100 des cas). La même remarque peut être faite pour la croissance après sevrage. Certains GMQ n'étaient pas fournis dans les réponses et ont été calculés. Il faut donc admettre que l'animal est, en moyenne, grossièrement connu par sa taille, son poids à la naissance et son poids adulte. Ceux-ci peuvent varier beaucoup d'un pays à l'autre. Comme indiqué en annexe, seule la phanéroptique permet de bien différencier les races.
Cependant, à ce niveau, une réflexion s'impose. La couleur n'est pas toujours choisie comme un critère racial : cas des chevaux "pur-sang" arabes ou anglais par exemple. Mais elle est fréquemment utilisée par les éleveurs pour confirmer l'appartenance à une race. Une robe différente de celle des autres populations animales de la même espèce permet de distinguer les animaux de deux tribus utilisant les mêmes pâturages (prévention contre les vols). Des robes bariolées ou tachetées, toutes différentes d'un animal à l'autre, peuvent permettre à chaque propriétaire d'identifier chacun de ses animaux sans contestation possible, et beaucoup plus efficacement qu'avec une boucle ou un tatouage. Cela peut être le cas des caprins africains.
Mais au niveau d'une race, une robe ou un cornage particuliers permettent d'authentifier dès le premier coup d'-il, au cours de toute transaction, l'appartenance à une race, donc la garantie de certaines performances. Dans tous les cas où les échanges de reproducteurs sont fréquents, et où chaque éleveur ne peut pas connaître individuellement l'ensemble des animaux des autres éleveurs, les caractères phanéroptiques sont nécessaires à la clarté des transactions. Ils deviennent moins nécessaires - mais sont toujours utilisés même dans les pays développés - si les transactions se basent sur des "papiers" indiquant l'ascendance et les index génétiques des reproducteurs.
Par ailleurs, les critères phanéroptiques ont une extrême importance pour les consommateurs, même s'ils n'ont rien de rationnel (mais les goûts des consommateurs sont-ils rationnels ?). C'est ainsi qu'on ne peut pas vendre d'oeufs blancs en France, ni d'oeufs beiges en Allemagne. En Afrique, où la plupart des animaux sont vendus vivants aux consommateurs, la couleur de la toison ou du plumage, le cornage des béliers, font partie des critères d'achat, selon des modalités propres à chaque culture. Les producteurs qui souhaitent fournir les marchés urbains doivent obligatoirement tenir compte de ces exigences des consommateurs.
Pour les données de reproduction, il est surprenant de constater que pour trois races seulement (10 p.100), la fertilité est donnée comme une caractéristique. Les éleveurs sont pourtant très demandeurs de ce type d'information. Cependant, l'âge à la première mise bas apparaît dans plus de 50 p.100 des cas. Les valeurs laitières sont bien définies en règle générale. Malgré la relative imprécision de l'ensemble de ces données, dans tous les cas, l'aptitude générale de la race considérée est indiquée. Tout se passe comme si la race était plus ou moins bien connue de la part des zootechniciens, mais que traditionnellement, par connaissance ancestrale, on attribuait à cette race une aptitude particulière, bien reconnue par les éleveurs. Nous reparlerons par la suite de cette dualité qui existe entre la connaissance des éleveurs et celle des zootechniciens ou des généticiens.
Chez les ovins, des remarques similaires peuvent être faites avec une silhouette bien définie des différentes races, des poids de naissance et des poids adultes bien connus. Mais les vitesses de croissance ne sont que peu connues avant le sevrage et pratiquement pas après le sevrage. Les paramètres de reproduction ne sont que peu signalés (30 p.100 des cas). Les données sur la production laitière sont pratiquement inexistantes. Il faut noter que, dans les pays considérés dans ce travail, les moutons ne sont pas à vocation laitière. Cette caractéristique est corroborée par l'existence d'une bonne connaissance des rendements en viande. Les aptitudes globales sont déclarées.
Chez les caprins, il y a une connaissance plus nettement axée sur l'animal adulte. Les paramètres de croissance ne sont que peu considérés. Cette constatation peut rejoindre la remarque faite antérieurement qui donnait une vocation plus laitière aux chèvres.
Cela se trouve confirmé à l'examen des critères de reproduction : la fertilité, la fécondité et les paramètres laitiers sont mieux connus.
Il était difficile de faire ce type d'études sur les autres espèces où les données sont trop disparates. Elles ont un intérêt qualitatif et descriptif. Elles nous ont permis d'approcher deux éléments essentiels qui auront une importance certaine dans la définition des futurs programmes de recherche.
Il existe une dualité entre une connaissance des diverses races admise par les éleveurs en général et celle définie par les chercheurs. Il semble que les centres d'intérêt ne soient pas les mêmes. Les éleveurs ont utilisé et forgé, au cours des siècles, des races adaptées à leurs besoins. Elles sont reconnues comme laitières, bouchères ou répondant aux critères de thésaurisation (viabilité, fertilité, résistance). Mais les chercheurs n'ont pas pris en compte ces diverses solutions. Ils avaient des critères de jugement prédéfinis et les ont appliqués sans discernement. Dans la description des races bovines européennes, par exemple, la fertilité n'est pas un paramètre souvent retenu puisque les éleveurs contrôlent la reproduction. Chez les éleveurs traditionnels africains, en élevage extensif et en l'absence de contrôle de la reproduction, ces paramètres sont essentiels pour le développement du troupeau, sa gestion et la capitalisation assurée au propriétaire. A posteriori, il va donc falloir comprendre si l'éleveur et le chercheur (ou le développeur) ont la même perception d'une race donnée. Au Tchad, cette approche a été adoptée dans un travail sur le bétail Kouri. Pour l'identification des animaux "pure race", la comparaison du choix des éleveurs se basant sur des critères qui leur sont propres avec celui des chercheurs se référant à la littérature (cornage important, robe blanche ou isabelle, grande taille) a montré une divergence significative dans l'évaluation des effectifs. La confirmation par des techniques modernes d'identification donnait raison aux éleveurs. La physionomie de cette race a changé et les éleveurs étaient, sans aucun doute, les ouvriers de cette évolution, comme en témoigne la pertinence de leur jugement. L'évaluation des effectifs est peut-être à revoir. Sans parler de grands effectifs, il est possible qu'il ne faille plus parler de races en voie de disparition et faire des programmes de sauvegarde mais de races en évolution et faire des programmes de gestion-amélioration. Des études plus poussées devraient permettre de prendre une décision.
L'autre aspect concerne la caractérisation et le choix des races. Globalement, cette étude a montré les lacunes importantes qui existent dans l'évaluation zootechnique des races. La prise en compte de critères purement phanéroptiques, ethniques ou géographiques ne permet pas d'affirmer ou d'infirmer avec certitude l'existence de races différentes au sein d'une même population. C'est le cas fréquent chez les bovins où une homogénéité de robe a souvent été recherchée. A contrario, chez les petits ruminants ou les volailles, l'absence de sélection sur la coloration ne permet pas de conclure en l'existence d'une seule race locale par exemple. Si nous regardons un peu plus finement certaines données, nous nous apercevons qu'il y a un déséquilibre important dans les connaissances de certaines races. Ainsi, au Mali, pays qui détient environ 6 000 000 de bovins dont 6 p.100 de N'Dama et 12 p.100 de croisés N'Dama x zébu, les connaissances sur le N'Dama sont importantes, celles sur les zébus sont moyennes et celles sur les croisés quasi nulles. Il est certain que l'étude sur
la résistance du N'Dama à la trypanosomose est fondamentale et intéresse une part importante de la communauté scientifique internationale. Mais, il est tout aussi certain que des travaux d'identification, de caractérisation et d'amélioration des zébus intéresseraient largement un nombre tout aussi grand d'éleveurs maliens.
En résumé, il faut retenir deux points essentiels :
- la recherche d'une adéquation entre la définition des races ressentie par les éleveurs et celle faite par la communauté scientifique ;
- la recherche d'une homogénéisation des moyens permettant la caractérisation des races en donnant aux éleveurs et aux développeurs la capacité de faire un choix judicieux.
C'est l'objet des projets regroupés sous le terme "Les éleveurs et leurs races".
La diversité des types d'animaux utilisés dans l'élevage est à mettre en rapport avec la diversité des modalités selon lesquelles l'homme exploite l'animal. On peut rendre compte de cette diversité en considérant d'une part la nature de la ressource fourragère utilisée, d' autre part la diversité des produits attendus de l'élevage
(figure 1).
La plupart des produits non alimentaires de l'élevage n'ont plus aujourd'hui qu'une place mineure, à l'échelle mondiale, dans leurs diverses utilisations. La plupart de l'énergie provient du pétrole et du charbon, la plupart des engrais proviennent de l'industrie chimique, la plupart des textiles proviennent de végétaux ou de la chimie. Cependant ces produits de l'élevage sont encore très utilisés et représentent, dans certains types d'élevage, une part importante de la production attendue des animaux.
Les produits alimentaires (lait, viande, oeufs) n'ont pas de substitut d'origine chimique. Ils tendent à devenir le principal produit de l'élevage. Ils sont pourtant partiellement substituables par des produits végétaux, si bien que les niveaux de consommation sont très variables d'un groupement humain à l'autre, selon le revenu, les disponibilités du produit, et les habitudes de consommation.
Dans les pays d'Afrique subsaharienne enquêtés, la plupart des types d'élevage
sont orientés vers plusieurs produits simultanément (viande et lait, viande et travail, viande et oeufs, viande et peau).
Du point de vue de la ressource fourragère utilisée, on peut distinguer trois grands types :
a. Les pâturages non cultivés (steppe, savane, forêt). Les animaux prélèvent eux-mêmes des végétaux spontanés. Cette ressource n'a nécessité aucune intervention productive de l'homme. Elle n'a aucun coût de production. Sa mise en valeur nécessite que les territoires où elle est prélevée ne soient pas utilisés à d'autres fins, notamment l'agriculture, la chasse ou l'exploitation forestière. Cette ressource est d'autant plus abondante et facile d'accès que la densité de population est plus faible. Les superficies consacrées au pâturage sont partout en régression en Afrique devant la croissance des surfaces labourées qui accompagne la croissance démographique.
b. Les sous-produits et résidus agricoles et domestiques. Un grand nombre d'animaux sont élevés avec les résidus culinaires (peaux de fruits et de légumes) ou agricoles (pailles et sons de céréales, fanes de pois, etc.). Cette ressource est le sous-produit d'une activité orientée vers d'autres produits. Elle n'a donc pas de coût de production. Cette ressource est proportionnelle à la production agricole elle-même. Elle est donc d'autant plus abondante que l'agriculture est plus intensive. Elle est en croissance en Afrique avec la croissance de l'agriculture.
c. Les fourrages cultivés. Il s'agit de produits cultivés spécialement pour l'alimentation des animaux : céréales, tubercules, fourrages grossiers. Ils ne sont utilisés que si l'augmentation de production animale obtenue est supérieure au coût de cette culture, ou au prix d'un autre produit végétal qui pourrait être obtenu avec les mêmes facteurs (terre, travail, intrants). Très répandue dans les pays développés où le prix des céréales est très bas par rapport au prix des produits animaux, l'utilisation de fourrages cultivés est encore très marginale en Afrique subsaharienne.

La combinaison des types de ressource végétale, des logiques de fonctionnement des éleveurs, et des différents produits permet de caractériser cinq modèles d'élevage (tableau 1).
1. Les modèles pastoraux n'utilisent que de la végétation spontanée. Souvent mobiles, ils ont besoin d'un accès garanti aux terrains de pâturage. N'étant pas agriculteurs, ils doivent vendre une partie de leurs produits pour se procurer ce qu'ils ne peuvent produire. Leurs animaux doivent avoir une bonne aptitude à la marche, et une forte capacité de croissance des effectifs après les fréquentes catastrophes (sanitaires, climatiques). La productivité individuelle des animaux n'est pas très élevée, elle est compensée par le nombre.
A l'état pur, ce modèle est en régression en Afrique, sauf dans les régions les moins densément peuplées. L'augmentation des effectifs de cheptel et l'expansion des terres labourées conduisent la plupart des pasteurs à acheter de plus en plus souvent des fourrages aux agriculteurs, ou même à commencer eux-mêmes à pratiquer l'agriculture pour mieux subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs animaux.
2. Les modèles de basse-cour utilisent les résidus domestiques et agricoles. Ils sont présents dans toutes les exploitations agricoles, le plus souvent avec des petits animaux (oiseaux, rongeurs, porcins, ovins, caprins). Ils produisent plusieurs produits, principalement pour l'usage de la famille. Les effectifs sont très petits, ce qui rend aisé leur remplacement, en cas de mortalité, par achat dans le voisinage. En revanche ces animaux peuvent avoir une productivité individuelle élevée, étant souvent très bien nourris et attentivement soignés.
3. Les modèles paysans utilisent une combinaison, très variable, de pâturages spontanés, de résidus, de fourrages cultivés, et de fourrages achetés. Ils sont l'un des éléments, avec les productions végétales, du système de production mis en oeuvre pour exploiter les ressources disponibles, en terre et en travail, en vue de fournir un revenu à la famille par l'autoconsommation et la vente de produits très divers. Les animaux doivent à la fois être productifs dans l'ensemble des produits que l'on attend d'eux, et adaptés aux conditions de leur élevage. Par la diversité des combinaisons de ressources et de produits, ces modèles abritent une grande diversité de types génétiques d'animaux. Ces modèles paysans sont actuellement les plus répandus en Afrique. Ils participent en effet à l'intensification générale de l'agriculture, conséquence de la hausse de la densité démographique rurale. Leur croissance n'est freinée que par les faibles progrès de la production végétale d'une part, et par l'étroitesse des marchés des produits, d'autre part.
4. Les modèles " ranch ", très répandus en Amérique et Océanie, sont anecdotiques en Afrique. Ils nécessitent de très grandes étendues de terres sans autre affectation et appropriées privativement.
5. Les modèles industriels sont déconnectés de la dimension territoriale : ils n'utilisent que des aliments achetés (résidus d'industrie agro-alimentaire ou fourrages cultivés). Orientés vers la production d'un seul produit, ils ne se développent que si le prix de ce produit permet de rémunérer, au prix du marché, l'ensemble des facteurs achetés. Le rapport de prix du produit animal (viande, lait, oeuf) à celui de l'aliment principal doit être supérieur à l'indice de consommation. Ils se développent en Afrique près des grandes villes sur la base d'une alimentation subventionnée ou importée. Mais ils restent encore minoritaires dans l'approvisionnement des pays en produits animaux.
Tableau 1 - Les différents modèles d'élevage
| Type de ressources | Pâturage | Résidus | Fourrage cultivé Fourrage acheté |
||
| Finalité de l'élevage |
Logique de fonctionnement |
||||
| Plusieurs co-produits |
Domestique (Autoconsommation) |
Basse-cour | |||
| Plusieurs co-produits |
Marchand (Autoconsommation) + vente (Revenu familial) |
Pastoral | |||
| Paysan-Villageois | |||||
| Un seul produit | Industriel* (Vente) (Revenu du capital investi) |
Ranch | Industriel |
Elevés en milieu contrôlé, avec une alimentation stockée et maîtrisée, les animaux peuvent avoir des performances très élevées. La diversité génétique est donc réduite puisque les conditions d'élevage sont très homogènes et que son orientation tend vers un seul produit. Ces élevages tentent en Afrique d'utiliser un matériel génétique exotique, le plus souvent importé des pays développés, où il a été très sélectionné pour une seule production, dans des conditions de milieu et d'alimentation
bien particulières et peu reproductibles en Afrique. Les échecs sont fréquents, que ce soit du point de vue des conditions d'élevage (cas des vaches Montbéliard à Bamako) ou de l'adaptation du produit à la demande locale (cas du format des porcs Large White à Lomé ou de la couleur des poulets de chair pour les cérémonies dans plusieurs pays africains).
Dans la zone de l'étude, l'importance des différents modèles d'élevage est très variable selon les pays et selon les espèces animales. Mais les données économiques recueillies au cours de la mission et dans les questionnaires sont trop fragmentaires pour permettre une analyse quantifiée de la situation. Elles soulèvent plutôt des questions nouvelles : pourquoi le prix de la viande bovine est-il le même à Lomé et à N'Djaména ? Pourquoi le poulet est-il plus cher que le boeuf ? Seules des études approfondies par filière (offre, demande, prix, circuits, opérateurs) pourraient apporter un éclairage utile.
Le contexte démographique (tableau 2).
La croissance démographique de l'Afrique est bien connue. Dans les 19 pays de l'Afrique de l'Ouest étudiés par l'OCDE (Etude des perspectives à long terme de l'Afrique de l'Ouest, Paris, 1994), la population a doublé au cours des 30 dernières années et elle doublera encore au cours des 30 prochaines années. La croissance plus rapide de la population urbaine est également bien connue. Dans les 19 pays étudiés, il est prévu que la population urbaine qui représentait 15 p. 100 de la population totale en 1960, et 40 p.100 en 1990, représentera les deux tiers de la population en 2020. Ce phénomène d'urbanisation, semblable à l'évolution passée des pays développés, aura des conséquences sur les circuits d'approvisionnement alimentaires des villes. A moins d'un recours accru aux importations, les filières intérieures d'approvisionnement devront s'étoffer considérablement : croissance de la production en volume et développement des circuits commerciaux.
Tableau 2 - Evolution démographique de l'Afrique de l'Ouest (a) - 1960-2020
| 1960 (en millions) |
1990 (en millions) |
2020 (b) (en millions) |
1990/1960 (p. 100) |
2020/1990 (p. 100) |
|
| Population totale Population urbaine Population rurale |
88 13 75 |
194 77 117 |
431 271 160 |
220 592 156 |
222 352 137 |
| Population urbaine / Population rurale ( p. 100) |
17 | 66 | 169 | 388 | 256 |
Source = OCDE. Etude des perspectives à long terme de l'Afrique de l'Ouest.
(a) : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Cap Vert, République Centrafricaine, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Tchad, Togo.
(b) : Prévision.
Un phénomène est cependant resté peu remarqué : contrairement à ce qui s'est produit dans les pays développés, l'urbanisation s'est faite, et continuera à se faire, sans exode rural. La population rurale continue d'augmenter, certes moins vite que celle des villes. En conséquence, il y aura de plus en plus de paysans. L'augmentation de la production agricole par agriculteur (nécessaire pour nourrir la population urbaine croissante) devra se faire avec un nombre de plus en plus grand d'agriculteurs. Cela signifie à la fois la mise en valeur de terres jusqu'à présent non travaillées, le retour plus fréquent sur les jachères, et l'obtention d'une production accrue sur chaque parcelle cultivée.
Du point de vue de l'élevage, cette évolution entraînera la diminution absolue des modèles pastoraux, pratiqués dans les zones les moins densément peuplées et la diminution relative des modèles de basse-cour. Ces deux modèles vont évoluer vers des modèles paysans en incorporant des fourrages cultivés et/ou achetés dans la ration des animaux. Cette intégration de l'agriculture et de l'élevage est déjà largement pratiquée. Elle est souvent signalée dans la littérature (voir notamment les travaux de BONFIGLIOLI au Tchad) et a été constatée très souvent par la mission. Elle permet une augmentation de la production globale de chaque parcelle de terrain, par la mobilisation plus intense de la main-d'oeuvre disponible.
Cette intégration-intensification peut prendre des formes très variées : par transformation des modèles paysans acquérant des animaux ; par installation, éventuellement saisonnière, de pasteurs comme cultivateurs ; par échange de fourrages et/ou d'animaux entre pasteurs et cultivateurs. Le développement des modèles d'élevage paysans nécessitera une grande variété de types génétiques d'animaux adaptés aux conditions particulières très variées d'alimentation, de mode de conduite, et de types de produits demandés par le marché. Le bétail actuel n'est pas forcément adapté à ces besoins futurs et il est probable qu'il évoluera, comme il a déjà évolué, sans perdre de sa diversité à l'échelle du continent.
Il est cependant possible d'accompagner cette évolution par des actions collectives permettant de mieux l'orienter et de l'accélérer. C'est l'objet des projets proposés dans le 2e chapitre (Intensification de l'élevage villageois). Ces projets visent à :
- accompagner la réorientation de l'élevage vers de nouveaux produits ;
- aider les éleveurs à mieux mettre en valeur le potentiel de leurs animaux par une meilleure mise en commun de leurs actions de sélection ;
- accompagner la sédentarisation des troupeaux pastoraux.
Dans l'ensemble de ces projets, il s'agit d'aider les éleveurs à définir et à mettre en valeur le type d'animal qui correspond le mieux possible à leurs contraintes et à leurs objectifs, qui sont tous les deux en constante évolution. Il ne pourra donc s'agir que de projets très localisés, adaptés à chaque situation particulière, avec des méthodes qui pourront être mises en commun.
Ces différents modèles d'élevage paysan, très variés, ne se développeront que si des circuits de commercialisation adaptés se mettent en place. En effet, concernant une production très dispersée entre de multiples unités, et des produits très périssables, les quantités produites ne pourront croître que si un ensemble de circuits, souples et complexes, permet d'acheminer rapidement les produits vers les zones de consommation. Ces modèles se développeront d'abord dans les zones rurales peu éloignées des villes, ou le long des grandes voies de communication.
Les modèles paysans peuvent fournir des produits animaux à des prix relativement faibles, puisque la part des pâturages et des sous-produits reste significative dans l'alimentation des animaux, que le coût d'opportunité du travail est faible, et que plusieurs produits valorisent l'élevage. Il n'en est pas de même des modèles industriels, qui doivent rémunérer l'ensemble des fourrages au prix du marché, ainsi que de la main-d'oeuvre salariée, et qui ne valorisent bien qu'un des produits de l'élevage. Cependant, si la demande urbaine est forte et donc les prix des produits suffisamment élevés par rapport aux intrants, alors ces modèles, qui peuvent se localiser près des villes, peuvent devenir compétitifs par rapport aux modèles paysans, surtout si ceux-ci voient leurs prix de vente obérés par les coûts d'acheminement. Il semble donc qu'il y aura une certaine place, à l'avenir, pour des productions de lait, de viande et d'oeufs, dans des ateliers industriels à la périphérie des villes. Ils pourront être approvisionnés en fourrages par la production paysanne intérieure (s'agissant de produits non périssables, l'organisation des filières de commercialisation est plus facile), par les résidus d'industries agricoles locales (égrenage du coton, brasseries, meuneries, etc.) ou par des aliments importés. Ils se développeront d'autant plus que la demande (donc les prix) des produits animaux sera élevée, et que le prix des aliments sera bas.
Le choix du matériel génétique à utiliser dans ces ateliers pose de graves problèmes. Le matériel utilisé dans les pays développés pour ce modèle d'élevage résulte de plusieurs décennies de sélection. Les animaux ne sont pas adaptés aux conditions de milieu (climat, pathologie, alimentation), ni aux types de produits demandés par les marchés africains.
Il est donc important de préparer ce développement par des actions visant à trouver un matériel génétique performant à partir des populations locales, par sélection ou croisement. C'est l'objet des projets présentés dans le 3e chapitre (Réponse des races locales au développement de l'élevage périurbain) :
- tester la capacité de certaines populations locales à répondre favorablement à une amélioration de la conduite ;
- améliorer par sélection les races locales en vue d'une utilisation plus industrielle;
- permettre, en atelier industriel, la production de produits conformes à la demande, tels que les produits d'élevage pastoral ou paysan ;
- utilisation de croisements.
Par nature, ces modèles sont moins localisés que les modèles paysans. Le matériel génétique défini et développé pourra éventuellement être transposé ailleurs. Il faudra alors qu'un groupe d'éleveurs s'organisent pour gérer la création, la diffusion et l'exploitation des matériels testés ou sélectionnés.
Il n'a pas été possible de relever des données précises sur les prix des différents produits de l'élevage dans les pays visités. Mais les ordres de grandeur que nous avons pu observer nous font penser que des modèles d'élevage industriel pourraient se développer déjà pour la production de poulet à condition de maîtriser un approvisionnement régulier en poussins et en aliments, et de respecter les caractéristiques de la demande locale (couleur du plumage). La demande d'oeufs ne semble pas assez forte pour justifier actuellement une expansion de cette production. La production de lait, pour les populations qui en consomment, pourrait se développer. Mais il faudrait que soit mis au point un modèle (type d'animal + type d'aliment) de production et des circuits de collecte stables. Pour l'heure, le principal profit des éleveurs laitiers périurbains de Bamako par exemple, semble provenir de la vente, aux paysans de la région, des génisses et des taureaux issus de leurs vaches Montbéliard. Quant à l'engraissement de bovins en atelier industriel, il nécessite la mise au point d'un type génétique adapté à cette spéculation (en concertation avec les éleveurs pastoraux ou paysans), d'une méthode d'alimentation, et de circuits de commercialisation garantissant les différents partenaires contre les aléas du marché. Il est pour le moment anecdotique mais mérite d'être étudié (Douala).
Les modèles paysans et les modèles industriels sont appelés à se développer pour approvisionner la demande urbaine croissante. Par leur propre diversité de conditions d'élevage, les modèles paysans sont les mieux à même de servir de support au maintien de la diversité génétique des animaux, alors que les modèles industriels impliquent la diffusion d'un matériel génétique plus homogène. Mais les modèles paysans ne pourront prendre une part importante des marchés urbains que si, en plus d'un appui aux programmes génétiques, les éleveurs sont reliés à un réseau dense et souple de collecte, conditionnement et expédition de leurs produits vers les villes.
Les actions dans le domaine de la conservation du patrimoine génétique des animaux domestiques sont relativement de faible importance en Afrique francophone sub-saharienne. Cette situation est le reflet des circonstances économiques globales. Dans les différents pays, la part agricole représente de 20 à 40 p.100 du produit national brut. La part réservée à l'élevage reste faible. Elle demeure inférieure à 10 p. 100 sauf pour les pays traditionnellement "éleveur" où elle atteint la valeur de
25 p. 100 en Mauritanie, 18 p. 100 au Tchad, 17 p. 100 au Niger, 13 p. 100 au Mali et 11 p. 100 au Burkina Faso. Si, dans certains cas, la part revenant à l'élevage peut être importante, dans tous les cas les investissement réalisés par les différents pays dans le domaine de l'élevage demeurent de faibles à très faibles, si nous excluons la masse des salaires versés aux cadres et agents de l'élevage. Aucun pays ne se distingue vraiment.
Tableau 3 - Place de l'élevage dans les divers pays.
| Pays | Produit Nat. Brut (U.S $) |
p. 100 agricole | p. 100 élevage | Surface protégée (km2) |
p.100 protégé |
| Bénin | 2 181 000 000 | 32,5 | 4,5 | 8 400 | 7,5 |
| Burkina Faso | 2 790 000 000 | 32,5 | 11,5 | 26 600 | 9,7 |
| Cameroun | 10 397 000 000 | 18,9 | 3,1 | 20 500 | 4,3 |
| Côte d'Ivoire | 8 726 000 000 | 36 | 1 | 19 900 | 6,2 |
| Guinée | 3 233 000 000 | 28,5 | 4,5 | 1 600 | 0,7 |
| Mali | 2 827 000 000 | 28,7 | 13,3 | 40 100 | 3,2 |
| Mauritanie | 1 080 000 000 | 4 | 25 | 17 500 | 1,7 |
| Niger | 2 345 000 000 | 19,9 | 17,1 | 97 000 | 7,7 |
| Centrafrique | 1 251 000 000 | 41,1 | 2,9 | 61 100 | 9,8 |
| Sénégal | 6 277 000 000 | 14,4 | 4,6 | 21 800 | 11,1 |
| Tchad | 1 247 000 000 | 25,2 | 18,8 | 29 800 | 2,3 |
| Togo | 1 611 000 000 | 33,5 | 2,5 | 6 500 | 11,4 |
(Données Banque Mondiale 1992)
Si l'étude des investissements réalisés dans le domaine de l'élevage ne permet pas de différencier de façon significative les divers pays considérés, il peut être intéressant de regarder l'étendue des surfaces protégées. Bien qu'elles ne touchent que de très loin les animaux domestiques (ce sont généralement des parcs nationaux ou des réserves de faune), elles peuvent être une marque tangible d'une volonté d'action ou d'une sensibilité particulière d'un pays face aux problèmes de sauvegarde du patrimoine. Les chiffres donnés au tableau 3 sont intéressants, mais ils ne sont que des
indicateurs qui reflètent mal certaines actions faites dans le domaine des animaux domestiques, comme au Tchad vis-à-vis des bovins Kouri, en Guinée et au Mali vis à vis du bétail N'Dama, en Mauritanie vis-à-vis des dromadaires ou au Cameroun qui mettait sur pied, en 1994, un plan de sauvegarde du patrimoine génétique animal.
La conjoncture économique actuelle des différents pays et les situations géographiques particulières ne permettent pas de dégager des acteurs spécifiquement engagés dans le domaine de la conservation de la biodiversité des animaux domestiques. Dans tous les pays, soit par l'intermédiaire du questionnaire, soit lors des diverses rencontres de la mission, des structures nationales, s'occupant des aspects liés à la biodiversité, ont été mises en évidence. Elles n'ont jamais une spécificité dans ce domaine. Et, en règle générale, lorsqu'il est possible de les isoler, les financements permettant le fonctionnement des équipes travaillant sur la conservation des animaux domestiques proviennent d'organismes extérieurs. Les investissements réalisés par le pays ne sont pas négligeables puisqu'ils couvrent généralement une grande partie des besoins en infrastructures et en personnels. Cependant, ces derniers restent difficiles à évaluer du fait de l'attribution non spécifique des moyens et de la pluridisciplinarité des équipes.
Par pays, la recherche de programmes, de projets, d'actions, d'intentions ou de réalisations dans le domaine de la biodiversité des animaux domestiques n'apparaît pas comme une approche satisfaisante. En effet, il est souvent difficile de connaître la part exacte des investissements qui y sont consentis. De plus, la finalité réelle des actions entreprises est parfois mal connue. Il faut donc rester très prudents sur ce qui est observé et relativiser les faits en fonction des moyens économiques dont les pays disposent.
Si nous reprenons, par exemple, l'enquête faite par D. Chupin en 19921 sur les centres d'insémination artificielle (I.A.), il est possible de faire quelques remarques à partir du tableau 4. Sur les 12 pays considérés, sept n'utilisent pas l'insémination artificielle, ou déclarent ne pas l'utiliser. Il est paradoxal de trouver le Burkina Faso parmi ces sept pays. En effet, ce pays est le seul à posséder au CIRDES (Centre International de Recherche Développement sur l'Elevage en zone sub-humide) de Bobo-Dioulasso, une véritable banque de sperme, avec conservation des semences des taureaux Baoulé et N'Dama de différents pays. Il semble qu'il y ait une déconnexion importante entre ce centre et les autres organismes de recherche et de développement de ce pays. A priori, cette réponse nous semble mieux refléter la demande des éleveurs qui ne considèrent que de très loin l'utilisation de l'I.A. A terme, si des centres de contrôle des performances, de testage et d'insémination peuvent être développés dans chacun des pays afin de répondre aux besoins nationaux et respecter la souveraineté nationale vis-à-vis de l'utilisation des races d'animaux domestiques, il semble difficile de préconiser l'installation de plusieurs banques de conservation de sperme dans une même région. Cela risquerait d'obérer fortement les chances de mettre en place une véritable politique régionale de comparaison et d'utilisation rationnelle des diverses races d'animaux domestiques. De la même façon, les réponses positives peuvent avoir une signification particulière. Ainsi au Mali, il y a pour les races locales ou exotiques présentes, utilisation de semence fraîche, sans conservation. Seules les semences d'importation sont congelées et conservées. Uniquement pour ces semences, il y a gestion de stock.
Tableau 4 - Distribution des réponses sur l'état de l'insémination artificielle en Afrique.
| Pays | Pas d' I.A. |
Semence produite |
Semence importée |
| Angola | Réponse positive | ||
| Bénin | Réponse positive | ||
| Burkina Faso | Réponse positive | ||
| Cameroun | pas de réponse fournie | pas de réponse fournie | pas de réponse fournie |
| Côte d'Ivoire | Réponse positive | Réponse positive | |
| Guinée | Réponse positive | ||
| Mali | Réponse positive | Réponse positive | |
| Mauritanie | Réponse positive | ||
| Centrafrique | Réponse positive | ||
| Sénégal | Réponse positive | Réponse positive | |
| Tchad | Réponse positive | ||
| Togo | Réponse positive | Réponse positive |
Compte tenu de ces remarques, il semble beaucoup plus judicieux de ne pas considérer les institutions, centres, services ou autres organisations ayant une action dans le domaine de la biodiversité. Il semble plus sage de prendre en compte la totalité de ces acteurs qui peuvent avoir un rôle à jouer dans l'ensemble de ces questions posées par l'identification, l'inventaire, le recensement, la gestion, la protection ou la sauvegarde des diverses races d'animaux domestiques.
Des réponses au questionnaire, les organismes suivants peuvent être retenus :
- Angola Ministère de l'Agriculture et du Développement rural.2
- Bénin Institut National de la Recherche Agronomique du Bénin (INRAB).
Faculté des Sciences Agronomiques (FSA).
Projet de Développement de la Production Animale (PDPA).
Projet de Gestion des Ressources Naturelles (PGRN).
etc.
- Burkina Faso Centre International de Recherche Développement sur l'Elevage en zone Sub-humide (CIRDES).
Institut National d'Etudes et de Recherches Agricoles (INERA).
Projet de Développement de l'Aviculture Villageoise (PDAV).
- Cameroun Institut de Recherches Zootechniques et Vétérinaires (IRZV)
Institut de Recherche Agronomique (IRA).
- Côte d'Ivoire Institut des Savanes (IDESSA).
- Guinée Direction Nationale de l'Elevage (DNE).
Projet d'Aménagement de la transhumance en Guinée Maritime.
Projet d'Amélioration de la race N'Dama (Centre de Boké).
Projet d'Aménagement de la transhumance au Nord de la Guinée.
- Mali Institut d'Economie Rurale (IER).
Opération N'Dama de Yanfolila (ONDY).
Opération de Développement de l'Elevage de Mopti (ODEM).
Stations de recherche IER de Sotuba, Niono, Samé.
- Mauritanie Services régionaux du Ministère du Développement Rural et de l'Environnement (MDRE).
Centre National d'Elevage et de Recherche Vétérinaire (CNERV).
- Centrafrique Agence Nationale de Développement de l'Elevage (ANDE).
Institut Centrafricain de la Recherche Agronomique (ICRA).
Agence Centrafricaine de Développement Agricole (ACDA).
Fédération Nationale des Eleveurs Centrafricains (FNEC).
- Sénégal Institut Sénégalais de Recherche Agricole (ISRA).
Stations de recherche de Kolda, Dahra etc..
Ecole Inter-états des Sciences et Médecine Vétérinaires (EISMV)
- Tchad Laboratoire de Farcha.
Centre d'Etude et de Formation pour le Développement (CEFOD)
- Togo Centre de Recherche et d'Elevage Avétonou, Togo (CREAT).
Projet National Petit Elevage (PNPE) Atakpamé.
Ecole Supérieure d'Agronomie (Université du Bénin).
Direction Nationale de la Recherche Agronomique.
Compte tenu des chapitres précédents, il est possible de dégager trois thèmes principaux :
- la réaction des éleveurs face à leurs races,
- la nécessité d'une intensification des élevages villageois,
- l'intégration des races locales au développement périurbain.
Trente-et-un projets ont pu être dégagés à l'issue des diverses réunions. Il se répartissent de la façon suivante :
- Evolution des critères raciaux vue par l'éleveur et par le technicien
1) Situation des bovins Kouri à la périphérie du Lac Tchad : un site de formation pratique.
2) Situation des taurins de race Lagunaire.
3) Développement de la chèvre laitière du Guéra (Mauritanie).
- Convergence des décisions des éleveurs en réponse à l'évolution de l'environnement ou des marchés
4) Etude de l'évolution du mouton du Vogan au Togo.
5) Développement et évolution du boeuf Kouri à la périphérie du Lac Tchad.
6) Développement d'une race porcine pour une production adaptée.
- Caractérisation et choix des races
7) Caractérisation et situation des bovins du groupe Sanga en Angola (Humbe, Mucubal, Mocho, Tshilengue, Kwaniama).
8) Choix du Méré en Guinée, au Mali et en République Centrafricaine : Position et avancées extrêmes.
9) Caractérisation et choix de l'âne. Y a-t-il plusieurs populations ou plusieurs races ?
10) Place de la pintade de Dori au Burkina Faso, face aux pintades pondeuses.
- Réorganisation des filières et réorientation des objectifs de sélection
11) Le poney du Logone : cheval de guerre - cheval de trait.
12) Le mouton du Macina : de la laine à la viande.
13) Structuration de l'élevage laitier en milieu villageois.
14) La chèvre de Maradi : un nouveau devenir.
- Amélioration et valorisation des races locales
15) Organisation des reproducteurs bovins dans le Delta intérieur du Niger.
16) Méthode de valorisation des races Namchi et Kapsiki au Cameroun.
17) Résistance et adaptation du porc Ganda en Angola.
- Sédentarisation et choix des races
18) Situation du bétail N'Dama et valorisation des acquis au Mali et en Guinée.
19) Utilisation spécifique du White Fulani et du Red Fulani au Cameroun.
20) Comparaison régionale des productions des zébus lors de sédentarisation au Niger, Sénégal, Burkina Faso et Mali.
- Réponse immédiate à une amélioration du système de conduite
21) Valorisation du poulet "bicyclette" et contraintes économiques.
22) Valorisation du bovin Somba au Togo et au Bénin.
- Amélioration et sélection des races
23) Etude du mouton Djallonké en Côte d'Ivoire.
24) Contraintes à l'amélioration du mouton Touabire en Mauritanie.
25) Etudes des races bovines laitières locales à la périphérie de Bamako.
- Races locales et adaptation des produits à la demande
26) Valorisation et sauvegarde des chamelles laitières à la périphérie de Nouakchott.
27) Engraissement adapté des bovins de race locale à la périphérie de Douala.
28) Intégration de facteurs sociaux dans les critères de sélection. Cas de la chèvre en Guinée.
29) Coloration du plumage chez les poulets et facteurs socio-économiques en République Centrafricaine.
- Utilisation des croisements
30) Croisements bovins laitiers périurbains (Dakar, Bamako).
31) Place des races porcines locales. Cas du porc de Dapaong et du porc de Korhogo.
1 Chupin D., 1993. Résultats d'une enquête sur l'état de l'insémination artificielle en Afrique. In : "L'amélioration génétique des bovins en Afrique de l'Ouest.", Banjul, Gambie, 16-21 octobre 1992, 297 p.
2 En règle générale, nous n'indiquerons les ministères de tutelle des divers organismes que lorsque ceux-ci sont bien indiqués.