C 2001/INF/23


Conférence

Trente et unième session

Rome, 2 - 13 novembre 2001

Rapport d'évaluation sur EMPRES (Système de prévention et de réponse rapide contre les ravageurs et les maladies transfrontières des animaux et des plantes)

Table des matières



i.     À partir des travaux entrepris par la FAO pour lutter contre le fléau que représentent les maladies animales épidémiques et les organismes nuisibles aux plantes, l'Organisation a lancé en 1996 le Système de prévention et de réponse rapide contre les ravageurs et les maladies transfrontières des animaux et des plantes (EMPRES). Le programme comporte donc deux volets: l'un concernant la santé animale et l'autre les organismes nuisibles aux plantes, en particulier les criquets pèlerins.

ii.     Il a été jugé utile de procéder à une évaluation de ce programme prioritaire, au terme de six années de fonctionnement. Cette évaluation a été entreprise par des consultants indépendants et par le personnel du Service de l'évaluation de la FAO. Un rapport préliminaire est diffusé pour information aux personnes participant à la Conférence et au SMA: caa.

iii.     L'évaluation sera mise au point et soumise pour examen aux organes directeurs selon les modalités habituelles, de même que les observations de la direction sur les conclusions et les recommandations de l'équipe d'évaluation. La composante santé animale d'EMPRES devrait être intégrée à une évaluation par programme de plus grande ampleur des activités de la FAO en matière de santé animale (y compris une évaluation par thème des projets du PCT réalisés dans ce domaine). L'évaluation du volet criquet pèlerin d'EMPRES sera examinée séparément. Les deux évaluations devraient être présentées au Comité du Programme à sa session de mai 2002; elles seront soumises à un examen extérieur par des pairs avant d'être publiées.  

iv.     Il est encourageant de noter que, d'après les résultats préliminaires de l'évaluation générale d'EMPRES, les activités de la FAO ont un impact durable même s'il apparaît par ailleurs que certains secteurs peuvent être renforcés ou améliorés.

 

ÉVALUATION D'EMPRES

1. Lorsqu'il a pris ses fonctions en janvier 1994, le Directeur général a choisi de privilégier plus particulièrement deux domaines au sein du programme de la FAO, à savoir l'amélioration de la sécurité alimentaire mondiale et la diminution de la fréquence des cas d'attaques de ravageurs et de maladies transfrontalières des animaux et des plantes. Il a donc sollicité un mandat du Conseil et de la Conférence pour créer deux nouveaux programmes spéciaux en vue de traiter les problèmes fondamentaux en jeu. Le premier d'entre eux est le Programme spécial pour la sécurité alimentaire et le second le Système de prévention et de réponse rapide contre les ravageurs et les maladies transfrontières des animaux et des plantes (EMPRES). En 1994, le Conseil a approuvé à sa cent sixième session la création d'EMPRES proposée par le Directeur général.

2. Les objectifs d'EMPRES ont été approuvés par le Sommet mondial de l'alimentation, dont le Plan d'action (objectif 3.1 de l'Engagement trois) stipule notamment que les institutions internationales "s'efforceront d'assurer une prévention efficace et une maîtrise progressive des infestations de ravageurs et des maladies des animaux et des plantes, notamment lorsqu'elles sont de nature transfrontière ..., là où l'apparition de foyers peut provoquer des pénuries alimentaires importantes, déstabiliser les marchés et déclencher des mesures commerciales; et encourageront parallèlement une collaboration régionale dans le domaine de la lutte contre les maladies des plantes, les ravageurs et les maladies des animaux, ainsi que la mise au point et l'utilisation généralisées de méthodes de lutte intégrée contre les ravageurs".

3. De même, l'objectif 5.2 de l'Engagement cinq indique notamment que les organisations internationales "maintiendront, encourageront et établiront au plus tôt, en collaboration avec les organisations non gouvernementales et les autres organisations, selon qu'il conviendra, les stratégies et mécanismes de préparation convenus lors de la Conférence sur la nutrition (CIN), notamment en ce qui concerne l'élaboration et l'utilisation des prévisions météorologiques pour la surveillance et l'alerte rapide, notamment en cas de sécheresses, d'inondations, d'autres catastrophes naturelles, d'infestations et de maladies".

4. Bien que son mandat couvre divers problèmes liés aux ravageurs transfrontaliers des plantes, le programme EMPRES de lutte contre les ravageurs des plantes a mis l'accent dans un premier temps sur le volet criquets pèlerins. Le volet maladies animales traite de différents problèmes liés aux maladies transfrontalières, mais l'accent a été mis en premier lieu jusqu'à présent sur les moyens d'éradiquer la peste bovine d'ici à 2010. Les deux volets sont théoriquement similaires, mais ils mettent en jeu des disciplines et des services différents, tant au sein des administrations qu'à la FAO, et sont appliqués en grande partie de façon séparée.

5. Un comité directeur d'EMPRES, présidé par le Directeur général et composé de Sous-Directeurs généraux à la tête de départements clés, ainsi que de directeurs de division, s'est réuni tous les ans jusqu'en 1996 pour imprimer une orientation lors de la mise en place du programme. En ce qui concerne le volet santé animale d'EMPRES, la FAO a constitué au sein du Service de la santé animale une unité de direction, qui est chargée de l'application continue du programme, notamment de la liaison avec la Division mixte FAO/AIEA (AGE). Le volet d'EMPRES relatif aux criquets pèlerins est exécuté par le Service de la protection des plantes (AGPP) de la FAO, les progrès accomplis étant analysés chaque année par un comité consultatif (composé de représentants de haut niveau des pays concernés, d'autres organisations, des donateurs et d'AGPP). Les chargés de liaison d'EMPRES tiennent en outre une réunion annuelle, au cours de laquelle un plan de travail est établi pour l'année suivante. Chaque pays participant, de même que l'Organisation de lutte contre le criquet pèlerin dans l'Est africain (OLCP-EA), nomme un chargé de liaison.

6. Le programme EMPRES étant appliqué depuis six ans environ, le Directeur général a jugé qu'il était opportun d'analyser en profondeur les résultats obtenus à ce jour par le programme et de partager les conclusions de l'étude avec les membres de la FAO1. Dans l'évaluation ci-après, les deux volets sont examinés séparément.

I. EMPRES - SANTÉ ANIMALE

A. Introduction

7. Le volet santé animale d'EMPRES est destiné à répondre à la menace que représentent pour les pays en développement les maladies infectieuses du bétail, notamment celles qui revêtent une grande importance économique et commerciale et du point de vue de la sécurité alimentaire. L'objectif recherché est de "promouvoir l'enrayement efficace des épidémies les plus graves frappant le bétail, ainsi que la lutte contre ces maladies et contre les nouvelles maladies émergentes par leur élimination progressive à l'échelle régionale et mondiale grâce à une coopération internationale fondée sur l'alerte précoce, l'intervention précoce ou rapide, la recherche à vocation pratique et la coordination". Au sein de ce volet, l'accent a d'abord été mis sur l'élimination de la peste bovine.

8. Des consultations d'experts chargées de donner des avis ont lieu chaque année depuis 1996. La Consultation tenue en 1997 a recommandé de faire procéder par des évaluateurs indépendants à une analyse du programme, qui a été conduite en 1998 et qui a consisté à évaluer les opérations réalisées au siège de la FAO et à évaluer les progrès enregistrés en ce qui concerne les organisations internationales présentes en Europe intervenant de façon déterminante dans la mise en oeuvre du programme. L'analyse a révélé les avantages comparatifs que présentait la FAO dans la lutte contre les maladies transfrontalières du bétail, notamment le niveau d'appui dont bénéficie le programme ainsi que la compétence du personnel responsable de son exécution. Elle a également recensé certaines carences, affirmant notamment la nécessité de rationaliser les rôles et les méthodes de fonctionnement du programme et soulignant les conséquences d'une charge de travail excessive, qui sont accentuées par la nécessité d'accorder en matière d'opérations la priorité aux situations d'urgence dans le domaine de la santé animale aux dépens des activités normatives. L'étude a fait apparaître que les progrès accomplis étaient spectaculaires et elle a souligné la nécessité constante d'assurer une mise en oeuvre efficace au niveau national du volet santé animale d'EMPRES. Il a été estimé que les facteurs déterminants pour le succès du programme sont notamment les suivants:

9. À la suite de l'évaluation, un secrétariat du PMEPB investi de responsabilités mieux définies a été mis en place au sein du Groupe des maladies infectieuses d'AGAH. L'introduction de nouvelles procédures de planification des programmes au sein de la FAO a par ailleurs permis une amélioration de la gestion et de la planification des activités en rapport avec EMPRES. Des objectifs documentés, des prévisions de résultats et une budgétisation transparente permettent de mieux suivre l'avancement des activités.

10. Récemment, les épidémies de fièvre aphteuse et de peste porcine classique, qui ont entraîné de graves perturbations et de lourdes pertes en Europe et ailleurs dans le monde, de même que les conséquences de l'ESB, dont on sait maintenant qu'elle peut aussi se transmettre à l'homme, ont rendu plus apparent le risque d'une dissémination des maladies du bétail. Les pays de l'OCDE reconnaissent l'incidence sur les pays en développement des maladies transfrontalières du bétail, qui causent dans ces pays des pertes considérables et contribuent à les priver des avantages potentiels de la mondialisation des échanges de produits d'origine animale.

11. L'évaluation en cours du volet santé animale d'EMPRES avait principalement pour objet d'en analyser le bien-fondé et de déterminer dans quelle mesure ledit volet, généralement appliqué avec l'appui du PCT, avait facilité l'adoption de l'approche suivante:

12. L'évaluation porte en priorité sur les activités de portée nationale, mais elle s'appuie aussi sur l'examen effectué en 1998. Elle a pu être réalisée grâce à l'organisation de missions dans 15 pays d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique de l'Est et d'Afrique australe, du Proche-Orient et d'Asie2; elle a également donné lieu à la réalisation d'activités au siège et dans les Bureaux régionaux pour l'Afrique, le Proche-Orient, ainsi que l'Asie et le Pacifique.

B. Éléments du volet santé animale d'EMPRES

13. Les quatre éléments d'EMPRES qui ont été définis sont les suivants: alerte rapide et intervention rapide face à l'apparition de foyers de maladies, recherche à vocation pratique et mise en place d'une coordination en vue de l'élimination progressive des maladies sur un plan régional et mondial.

    1. Alerte rapide - Cet élément correspond aux activités de lutte contre les maladies fondées essentiellement sur une surveillance épidémiologique destinée à assurer une meilleure connaissance de la répartition des maladies et à permettre ainsi d'anticiper toute évolution du foyer détecté.
    2. Intervention rapide - Cet élément porte sur l'enrayement des cas de maladies, dont il est ainsi possible de limiter la propagation et d'atténuer les conséquences. Cet élément suppose également des plans d'intervention et une prévision des situations d'urgence.
    3. Recherche à vocation pratique - Dans le cadre de la coopération entre la FAO et les centres scientifiques d'excellence, les efforts de recherche sont axés en priorité sur la résolution des problèmes de lutte contre les maladies transfrontalières.
    4. Coordination - Cet élément couvre les activités de lutte contre les maladies de portée internationale et régionale, qui sont coordonnées grâce à toute une série de mécanismes, dont le plus important est le Programme mondial d'éradication de la peste bovine (PMEPB).

14. Les crédits alloués au titre du Programme ordinaire s'élèvent respectivement à 625 000 et 640 000 dollars par an pour les dépenses de personnel et les autres dépenses (exercice biennal en cours). Depuis 1994, les crédits d'origine extrabudgétaire se sont élevés à 15,7 millions de dollars, dont 6,3 ont été débloqués par l'UE (appui aux programmes PARC/PACE et PANVAC) et 5,4 par l'Autriche pour un projet de lutte contre la fièvre aphteuse mené aux Philippines. Les autres donateurs sont notamment le Japon, l'Irlande, le FIDA et le PNUD. Le financement au titre du PCT de projets liés à EMPRES a atteint un montant de l'ordre de 1,6 million de dollars depuis 1994, comme l'indique le tableau ci-dessous:

Volet santé animale d'EMPRES: Financement au titre du PCT depuis 1994

Total 1994

1 417 000

Total 1995

2 922 700

Total 1996

2 814 000

Total 1997

2 261 000

Total 1998

3 295 500

Total 1999

3 409 000

Total 2000

2 516 000

Total 2001

1 978 000

Total 1994 - 2001 (jusqu'en septembre) 20 613 200

C. Réalisations du programme

Alerte rapide

15. En matière d'alerte rapide, les activités liées à EMPRES ont principalement porté sur la gestion des informations (collecte, évaluation et adoption de décisions). L'un des principaux outils conçus dans ce domaine est un logiciel destiné à servir de système d'information sur les maladies animales transfrontalières (TADinfo). Le programme consiste à enregistrer et analyser les données sur les maladies extraites de rapports sur les foyers d'infection, d'activités de surveillance structurées et d'autres sources.

16. Il existe toute une série d'options pour les pays qui ressentent la nécessité d'acquérir une base de données sur les maladies, notamment concevoir leurs propres bases de données ou adapter un autre produit. TADinfo présente un important avantage pour les pays en leur offrant un système conçu spécialement qui peut être exploité et amélioré pour un coût minimum, puisque l'essentiel du travail est effectué par la FAO.

17. Plusieurs pays ont adopté TADinfo comme base de données nationale sur les maladies animales, en particulier l'Arabie saoudite, le Ghana, le Malawi, la Namibie, le Pakistan et la Tanzanie. D'autres pays envisagent ou sont sur le point de l'adopter, comme le Kenya, l'Ouganda, la Thaïlande et le Viet Nam. Le programme est conçu dans une version régionale et nationale; d'ores et déjà utilisé de façon centralisée par la SADC, il le sera également au sein d'un réseau ANASE, dans les deux cas avec une aide financière du PCT. Sa traduction en français, qui est en cours, devrait en faciliter l'adoption dans les pays d'Afrique de l'Ouest. Bien que la normalisation du système sur le plan interrégional et intrarégional présente des avantages, le succès de TADinfo n'est pas conditionné à son application à une échelle universelle, les données pouvant être transférées d'une base de données à l'autre. TADinfo contribue de façon déterminante à renforcer les systèmes d'alerte rapide. Il est recommandé que sa promotion soit poursuivie comme prévu, de sorte qu'il soit très largement adopté et qu'il devienne une composante essentielle des réseaux d'information sur les maladies transfrontalières.

18. Néanmoins, pour le personnel d'EMPRES, la collecte de données sur le terrain constitue depuis toujours et de loin le principal défi à relever, en particulier dans le cas des pays en développement. La mise en place de systèmes de surveillance, de type passif et actif, a été encouragée, notamment en ce qui concerne le PMEPB, dans le cas des pays où la maladie a provisoirement disparu, des pays où il existe un risque de dissémination à partir de foyers résiduels et des pays où une détection précoce est indispensable. Ces activités relèvent de la composante épidémiologie financée par l'UE et mise en oeuvre par la FAO dans le cadre du programme PACE; elles occupent également une place de choix dans les projets du PCT ayant pour principal objectif l'éradication de la peste bovine. Les systèmes de surveillance figurent également parmi les composantes d'autres activités liées aux projets du PCT telles que la lutte contre la fièvre aphteuse. EMPRES a produit de très nombreux instruments de surveillance des maladies, qui sont tous de qualité et utiles aux pays qui rencontrent fréquemment des difficultés pour obtenir les informations disponibles.

19. Plusieurs pays ont bénéficié d'une assistance qui leur a permis de se doter de systèmes d'alerte précoce. Dans ce domaine, les efforts ont surtout consisté à définir des moyens appropriés pour réunir et communiquer des informations sur les maladies, y compris grâce à des programmes visant à dispenser en matière de santé animale des prestations élémentaires à caractère privé, dans les pays où le secteur public est très peu présent dans ce domaine, plus particulièrement là où, en raison du nomadisme, il est difficile d'avoir accès au bétail. Dans ce type de programme, la collecte d'informations sur les maladies et leur transmission à une unité centrale de planification sont à considérer comme un bien public devant bénéficier de financements appropriés. On ne saurait attendre des services vétérinaires privatisés aux moyens limités qu'ils réunissent les informations requises à titre gracieux.

20. Le Réseau régional de surveillance et de contrôle des maladies animales pour l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et la péninsule arabique est une composante essentielle des systèmes d'alerte rapide. Ce réseau, créé par la FAO en partenariat avec le FIDA en 1996, a pour objectif de renforcer la surveillance des maladies ainsi que la communication à l'intérieur des pays et au niveau international. Alors que cette composante est actuellement renforcée avec l'introduction de TADinfo, son avenir demeure précaire puisqu'elle est financée par un don pour les services techniques du FIDA qui n'est pas renouvelable et qui a été prorogé pour 2001. Il est recommandé de reconnaître l'utilité du Réseau régional de surveillance et de contrôle des maladies animales et de tout faire pour lui assurer un financement continu jusqu'à ce qu'il puisse accéder à l'autonomie financière.

Intervention rapide

21. Il a été décidé de mettre l'accent sur les dispositifs d'intervention et la planification préalable aux catastrophes afin de disposer d'une capacité d'intervention rapide en cas d'apparition de la maladie. Des guides pour l'élaboration de plans d'intervention de qualité ont été conçus sur une base générique et spécialement pour la peste bovine et la peste porcine africaine. Un logiciel multimédia, disponible sur la toile et en CD, et intitulé "Bonnes pratiques de gestion des urgences", a récemment été élaboré et diffusé auprès des autorités vétérinaires des pays membres de la FAO. Il est destiné à promouvoir un code de conduite EMPRES pour traiter des situations d'urgence en matière de santé animale. Des ateliers sur les plans d'intervention ont eu lieu en Afrique, en Europe centrale et en Asie et l'établissement de plans d'intervention pour la peste bovine a bénéficié d'une assistance dans le cadre de plusieurs PCT spécialisés, notamment ceux concernant l'Ouganda, le Kenya et la Tanzanie. Dans certains des pays visités, les plans d'intervention existants ont été améliorés. L'apparition récente de foyers de fièvre aphteuse en Afrique du Sud a contraint les autorités nationales et provinciales à reconsidérer leurs plans d'intervention. En Thaïlande, la nécessité de mettre en place un tel plan pour la fièvre aphteuse a été reconnue, bien que la maladie soit endémique. Le plan prévoit une intervention en cas d'apparition d'un nouveau type de virus ou une augmentation du nombre des cas prenant la dimension d'une épidémie.

22. Le concept de plan d'intervention n'a pas été facile à promouvoir. Dans les pays où les ressources sont limitées et les structures de gestion et de planification peu développées, les préoccupations des autorités se limitent à l'avenir immédiat. Les plans d'intervention qu'a pu examiner la mission d'évaluation étaient généralement conformes au modèle EMPRES, qui est perçu comme un type de réaction idéal, ne tenant pas compte des contraintes évidentes avec lesquelles doivent compter les services vétérinaires dans les pays en développement. Cette réaction semble indiquer que, dans de nombreux pays, le personnel concerné a du mal à considérer le principe même des plans d'intervention comme un processus dynamique consistant d'abord à recenser les contraintes puis à les classer par ordre de priorité et à les surmonter progressivement afin d'améliorer les capacités d'intervention. Il est recommandé de renforcer la présence du programme sur le terrain à l'échelon national afin de susciter un véritable engagement en faveur des plans d'intervention et de pouvoir en appuyer de façon soutenue la conception durant les premiers stades. Compte tenu de la situation financière actuelle de la FAO, cette aide devrait être financée par des fonds extrabudgétaires.

Recherche à vocation pratique

23. L'évaluation ayant surtout privilégié le travail effectué sur le terrain, les possibilités de procéder à une analyse détaillée de cette composante ont été limitées. Il ne fait toutefois pas de doute que l'aide à la recherche axée sur les maladies jugées prioritaires et aux laboratoires de référence apportée par la FAO dans le cadre des programmes de lutte contre les maladies est très appréciée par les pays concernés. L'Institute for Animal Health de Pirbright (Royaume-Uni), laboratoire mondial de référence pour la peste bovine et la fièvre aphteuse, joue un rôle particulièrement important puisqu'il vérifie les analyses effectuées par les laboratoires nationaux et facilite le recours à l'épidémiologie moléculaire pour suivre la prolifération des agents pathogènes. Le laboratoire de l'Institut d'élevage et de médecine vétérinaire de Montpellier a été désigné laboratoire mondial de référence pour la péripneumonie contagieuse bovine; il a par ailleurs coopéré avec le Centre panafricain de vaccins vétérinaires, en vue de normaliser les nouvelles souches vaccinales pour la peste des petits ruminants et la péripneumonie contagieuse bovine. Un projet financé par le Japon a permis à EMPRES de promouvoir, par l'intermédiaire du Centre panafricain de vaccins vétérinaires, le transfert de technologies vaccinales, la standardisation des vaccins et l'adoption de principes en matière d'assurance de la qualité pour les vaccins en Afrique. Récemment, le Centre panafricain de vaccins vétérinaires a publié un document définissant une méthode de production de vaccins thermostables. Bien que cette technologie présente un grand intérêt pour l'Afrique et l'Asie du Sud, la poursuite des travaux menés au Centre dans ces domaines est menacée faute de financement, l'aide du Japon prenant fin en 2001.

24. La Division mixte FAO-AIEA des applications de l'énergie nucléaire à l'alimentation et à l'agriculture a largement contribué à la mise en place de moyens d'établir des diagnostics ou au renforcement des moyens existants dans les pays en développement, l'accent étant mis tout d'abord sur la peste bovine et sur l'adoption du test ELISA (essai d'immuno-absorption enzymatique) en tant que technologie appropriée. Le programme a par la suite été étendu à la peste des petits ruminants, la fièvre aphteuse, la péripneumonie contagieuse bovine, la fièvre porcine et d'autres maladies. La gamme des techniques diagnostiques a elle aussi été étendue aux techniques basées sur la réaction en chaîne de la polymérase pour la détection et la définition des caractéristiques des agents pathogènes. Les activités de la Division mixte font l'objet d'une coordination étroite avec l'appui du programme, de sorte qu'un lien direct a été établi entre la mise en place de moyens d'établir des diagnostics dans les laboratoires et la satisfaction des besoins en matière de lutte contre les maladies. Les responsables du programme choisissent généralement de n'apporter une assistance qu'à un seul laboratoire par pays, estimant qu'il s'agit là du moyen le plus efficace d'assurer la durabilité du processus. Un tel choix est judicieux, des coûts de fonctionnement élevés et un manque de personnel qualifié limitant souvent l'activité les laboratoires.

Activités de coordination

25. Le programme ayant privilégié l'éradication de la peste bovine à l'échelle planétaire, c'est le Secrétariat du Programme mondial d'éradication de la peste bovine qui a assumé une part importante des activités de coordination. La FAO a par ailleurs fourni des services de secrétariat à la Commission européenne pour la lutte contre la fièvre aphteuse. En Asie, elle coordonne les travaux de la Commission régionale de la production et de la santé animales pour l'Asie et le Pacifique, organisant des ateliers et d'autres moyens d'échange en Asie et communiquant des informations sur la production et les maladies animales. En Asie du Sud-Est, l'OIE joue un rôle de coordination dans la lutte contre la fièvre aphteuse. La FAO travaille en étroite liaison avec cette unité pour faciliter l'adoption d'une démarche de portée régionale. Les travaux du Réseau régional de surveillance et de contrôle des maladies animales devraient aboutir à la création prochaine d'une Commission de la santé animale pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord.

Campagne mondiale d'éradication de la peste bovine

26. Il est satisfaisant de constater qu'une part importante des activités d'EMPRES a porté sur la coordination du Programme mondial d'éradication de la peste bovine. Le lancement de la campagne a représenté un tournant, aux initiatives isolées prises en matière d'éradication de la peste bovine au niveau régional faisant place un programme qui s'inscrit dans une perspective de portée véritablement mondiale. Dans plusieurs cas, il a été fait appel avec des résultats très concluants à des financements au titre de PCT, ceux-ci ont permis de lutter rapidement et efficacement contre les foyers qui s'étaient déclarés. Peu d'autres donateurs disposent d'une capacité d'intervention aussi rapide et cette spécificité est très appréciée des pays bénéficiaires. Les PCT ont permis d'enrayer et d'éliminer la maladie lorsque des foyers se sont déclarés au Kenya et dans le nord de la Tanzanie (dans ce dernier cas, le PNUD participait au financement des activités) et en Afghanistan en 1996/97. Ils ont permis d'améliorer sensiblement la situation au Pakistan, pays où l'éradication de la maladie est en bonne voie, l'UE finançant par ailleurs des études épidémiologiques sur la peste bovine, et d'aider l'Ouganda à demeurer indemne sur le plan clinique et à progresser sur la voie de l'accession au statut de pays provisoirement indemne. D'autres foyers d'infection résiduels ou potentiels ont été recensés au Soudan et en Somalie et des plans de lutte sont actuellement mis en place dans des conditions difficiles.

27. La FAO a également assumé des responsabilités dans la mise en oeuvre de la campagne panafricaine de lutte contre la peste bovine et de la campagne panafricaine contre les épizooties. Les activités ont consisté notamment à apporter un appui sur le plan épidémiologique, ainsi qu'une assistance technique au Centre panafricain de vaccins vétérinaires. Les liens complexes existants entre l'UE, entité donatrice, le Bureau interafricain pour les ressources animales de l'OUA, agent d'exécution, et la FAO, qui fournit l'assistance technique nécessaire à ces deux programmes, ont suscité un débat sur les responsabilités en matière de gestion. Il va de soi que le maintien de bonnes relations entre les différentes entités concernées est indispensable au succès de la campagne mondiale d'éradication de la peste bovine.

28. Des objectifs permettant d'évaluer les progrès réalisés ont été fixés en ce qui concerne le Programme mondial d'éradication de la peste bovine pour la période 1998-2003. Dans tous les secteurs géographiques considérés, les activités sont conformes aux prévisions, quand les objectifs ne sont pas dépassés, la Somalie méridionale constituant la seule exception.

29. Il est apparu que, dans l'attente de la mise en place à l'échelle mondiale de moyens de sérosurveillance destinés à prouver que la région considérée est indemne de maladies, les problèmes de sécurité existant dans certaines zones interdiraient de progresser conformément à la procédure OIE de vérification du statut de région indemne indispensable pour procéder à des échanges sur le plan international. Il a été proposé, pour éviter de devoir procéder à cette vérification au niveau national, de retenir une méthode qui consisterait à définir sept zones agroécologiques pour vérifier que la région considérée est indemne.

30. Le Secrétariat du Programme mondial d'éradication de la peste bovine a élaboré un plan d'action devant permettre de vérifier de façon définitive l'absence de maladies à l'échelle mondiale qui prévoit de réaliser l'objectif d'une éradication totale d'ici à 2010. Le plan comporte les composantes suivantes: élimination des réservoirs d'infection résiduels, arrêt de la vaccination et mise en place des mécanismes de vérification. La sensibilisation du public constitue un élément essentiel des dernières étapes de la vérification.

31. Le Programme mondial d'éradication de la peste bovine est entré dans une phase critique dans la mesure où, d'une part, une action ciblée est nécessaire pour éliminer les trois derniers foyers de peste bovine suspectés, tandis que, d'autre part, il doit appliquer un programme continu sur six ans destiné à vérifier l'éradication de la maladie à l'échelle mondiale. Si le financement du premier objectif est actuellement organisé, il ne permet d'affirmer que la réalisation du second objectif est acquise. Il est recommandé de tout faire pour assurer le financement du processus de vérification, qui risque d'accroître la probabilité d'une réapparition de la peste bovine

D. L'avenir d'EMPRES-santé animale

32. Le programme EMPRES bénéficie d'un appui important dans les pays dans lesquels se sont rendues les missions. La FAO est reconnue comme le chef de file et la principale source de compétences techniques pour favoriser l'alerte rapide et la planification d'une réponse rapide en cas de situations d'urgence dues à des maladies animales. Cependant, les missions ont identifié quelques problèmes relatifs au programme qu'il faudra aborder. Il s'agit des points suivants:

    1. comment améliorer les systèmes de surveillance des maladies, en particulier au plan national, alors que les donateurs sont déçus par nombre de services publics;
    2. il ne faudrait pas, pour d'autres maladies transfrontalières, tabler sur une réussite équivalente à celle obtenue pour la peste bovine;
    3. accorder les priorités en matière de lutte tactique contre les maladies transfrontalières, en fonction de la situation, plutôt que des maladies;
    4. souligner l'importance de la surveillance de la maladie pour des raisons autres que la prévention des situations d'urgence;
    5. s'efforcer d'accroître le financement d'activités EMPRES, notamment en travaillant plus directement avec les pays au renforcement des capacités d'alerte rapide et de réaction en se fondant sur les possibilités propres à chaque pays.

33. Les pays en développement agissent en tenant compte des concepts actuellement préconisés par la FAO. Dans un environnement dans lequel la prestation des services vétérinaires centraux (et autres services de l'État) a été très décevante, les donateurs ont été de plus en plus enclins à favoriser la prestation de services locaux. Cependant, les autorités vétérinaires des pays bénéficiaires et les donateurs qui financent les activités de lutte contre les maladies transfrontalières reconnaissent qu'il doit y avoir un service centralisant les informations épidémiologiques, grâce à la diffusion d'informations jusqu'au niveau national et au-delà, pour une planification stratégique appropriée. Il importe que le programme EMPRES-santé animale insiste sur la nécessité de la surveillance de la maladie, et notamment de systèmes de communication des informations du terrain vers les autorités nationales chargées de la lutte contre les maladies. Il est recommandé à la FAO de continuer à favoriser l'amélioration des systèmes de surveillance des maladies, à la fois au plan national et par un dialogue avec les partenaires de la communauté des donateurs.

34. La nécessité d'établir des plans d'intervention d'urgence est indéniable dans les pays qui sont menacés d'introduction de la peste bovine et qui se trouvent provisoirement indemnes lorsque la vaccination a cessé, de même que la surveillance pour l'identification rapide d'une incursion. Le PMEPB a donc été un excellent moyen de promouvoir EMPRES. Ici, il y a deux éléments différents mais importants qu'il faut garder à l'esprit. D'abord, l'efficacité de l'établissement de plans d'intervention d'urgence est compromise par les ressources très limitées et la médiocre capacité technique de nombre de services vétérinaires, ce qui signifie souvent qu'ils ne peuvent que se borner à parer au plus pressé. Ensuite, la lutte contre la peste bovine et l'éradication de celle-ci ont été d'autant plus aisées que l'on disposait de vaccins très efficaces. Il y a un risque que les parties prenantes nourrissent des attentes de réussite analogue à celle du PMEPB, dans la lutte contre d'autres maladies stratégiques pour lesquelles on ne dispose pas de vaccin à effet prolongé et pour lesquelles la lutte dépend davantage d'autres facteurs, notamment du contrôle des déplacements des animaux. Il sera beaucoup plus difficile de lutter contre d'autres importantes maladies transfrontalières, telles que la péripneumonie contagieuse bovine ou la fièvre aphteuse.

35. En ce qui concerne la promotion de l'établissement de plans de prévention des situations d'urgence pour la plupart des autres maladies, il y a quelques difficultés conceptuelles. Lorsqu'une maladie transfrontalière est endémique, la lutte contre celle-ci n'a en général pas le caractère d'urgence qui est sous-entendu dans l'expression "prévention des situations d'urgence". Il est difficile au personnel compétent, dans un pays où la fièvre aphteuse est endémique, de comprendre les raisons pour lesquelles il devrait établir des plans d'intervention d'urgence (même s'il y a des cas dans lesquels il devrait le faire, par exemple, l'introduction d'un nouveau type de virus), alors qu'il y a toutes chances qu'il se préoccupe davantage de la planification des activités de lutte habituelles. Il était recommandé, dans l'examen d'EMPRES de 1998, que l'on établisse des critères pour que de nouvelles maladies soient prises en compte dans le programme. Plutôt que des listes de maladies, il est recommandé que l'on identifie des maladies stratégiques en vue de leur éradication mondiale ou régionale (par exemple, la peste porcine classique sur le continent américain), mais que, pour la plupart des interventions, on identifie de préférence des événements ou des situations de maladies transfrontalières, dans lesquels la menace qui pèse sur un pays provient d'une source externe et qu'on favorise l'alerte rapide et les activités d'intervention rapide dans ces cas. Par exemple, il semble qu'à l'heure actuelle en Thaïlande, le virus Nipah, qui n'est pas reconnu comme une maladie prioritaire EMPRES, suscite des préoccupations en tant que maladie transfrontalière prioritaire.

36. Autre problème conceptuel possible: la corrélation manifeste entre la nécessité de la surveillance et l'alerte rapide. En effet, la surveillance est indispensable pour toutes les activités de lutte contre les maladies et EMPRES estime qu'il est nécessaire d'améliorer les mécanismes de surveillance, de notification et d'analyse épidémiologique des maladies pour une bonne planification des activités de lutte. Par conséquent, ce qui est nécessaire et ce qu'EMPRES préconise est de ne pas se limiter à la "prévention des situations d'urgence" et cela aboutit à la confusion sur l'étendue exacte du mandat d'EMPRES. On peut même estimer que les rôles que joue EMPRES en faveur de la recherche à vocation pratique et de la coordination de la lutte contre les maladies sont tout aussi appropriés en dehors de cas de prévention des situations d'urgence provoquées par les maladies transfrontalières. Il est recommandé à AGAH de s'efforcer de redéfinir EMPRES pour qu'il soit clair, si cela est vraiment le cas, que son mandat n'est pas limité à la "prévention des situations d'urgence" et qu'il englobe le renforcement ou la mise en place de plans et politiques de surveillance, d'épidémiologie, de lutte et d'éradication pour les situations où les maladies ont une dimension transfrontalière.

37. Une bonne partie de la mise en oeuvre des principes d'EMPRES a été effectuée par des projets du PCT relatifs à la réponse aux maladies provoquant des situations d'urgence. C'est là un bon moyen d'assurer la promotion d'EMPRES, qui se trouve être ainsi placé dans un contexte précis. Cependant, en raison d'un manque chronique de personnel du groupe EMPRES-maladies animales, il est difficile, au point de vue de la gestion, de maintenir des activités normatives prévues sous la pression des interventions opérationnelles d'urgence imprévues. Il faudrait soit remédier au manque d'effectifs, soit être plus sélectif dans l'acceptation des demandes de projets du PCT, en fixant un ordre de priorité des activités des projets du PCT compte tenu des activités normatives programmées en cours. Mais il y a un autre problème. L'application à grande échelle d'EMPRES au niveau des pays ne progressera pas très rapidement grâce aux seuls projets du PCT et exigera que la FAO convainque les gouvernements et les donateurs de la nécessité de disposer de capacités d'alerte rapide et de réaction et obtienne des investissements dans ces domaines. À ce jour, les progrès réalisés auprès des donateurs ont été décevants. Il est recommandé à la FAO d'intensifier considérablement ses efforts en vue d'obtenir des financements extrabudgétaires en faveur des activités d'EMPRES. On pourrait par exemple travailler avec les pays et les donateurs concernés par le renforcement des services vétérinaires en général, pour veiller à ce que les besoins de planification des interventions d'urgence et de réponse rapide soient pris en compte de façon réaliste, en fonction des capacités des pays, d'une façon qui ait toutes chances d'être durable.

II. EMPRES - CRIQUET PÈLERIN

A. Introduction

38. L'élément criquet pèlerin d'EMPRES concerne trois régions: la région centrale (qui couvre la zone de la mer Rouge), la région occidentale (EMPRES/RO, pays d'Afrique du Nord et du Sahel) et la région orientale (quatre pays d'Asie du Sud-Ouest). Il a été décidé que l'accent serait mis initialement sur la région centrale, dans laquelle on pensait qu'avaient pris naissance nombre d'infestations acridiennes. Le programme EMPRES/RC, formulé en 1994-95 pour une mise en oeuvre en plusieurs phases, est devenu opérationnel en 1997 après une période prolongée de consultations avec les pays concernés et les donateurs. L'EMPRES/RO a été initialement formulé en 1997, la Conférence ayant recommandé en 1995 que le volet criquet pèlerin d'EMPRES soit étendu à cette région. Bien que le programme relatif à la région occidentale prévoie un appui substantiel des donateurs - quelque 8,5 millions de dollars É.-U. - cet appui ne s'est pas encore matérialisé et des négociations se sont poursuivies avec des bailleurs de fonds potentiels: dans l'intervalle, le programme a été révisé avec la participation des pays concernés en 1998 et 2001.

39. Cette évaluation a été effectuée par une mission composée d'un spécialiste de l'évaluation de la FAO et d'un spécialiste indépendant du criquet pèlerin, qui se sont rendus dans six pays participants (Égypte, Érythrée, Éthiopie, Mauritanie, Soudan et Yémen) et ont eu des entretiens à Rome avec un responsable du Centre national de lutte antiacridienne du Maroc et avec le Secrétaire de la nouvelle Commission de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale (CLCPRO). Bien que la mission n'ait pu se rendre dans tous les pays d'EMPRES/RC et d'EMPRES/RO ou dans les institutions donatrices, l'évaluation tient compte des réponses aux questionnaires envoyés à tous les collaborateurs EMPRES, aux bailleurs de fonds et aux chercheurs travaillant sur le criquet pèlerin avant la mission. Elle tient également compte de l'évaluation de l'EMPRES/RC effectuée en 1999.

B. EMPRES/RC

40. La première phase d'EMPRES/RC (1997-2000) a été évaluée en 1999, ce qui a débouché sur d'importantes modifications des modalités de mise en oeuvre. Ainsi, un descriptif révisé du programme a été préparé, qui identifiait plus clairement les deux grands axes de la stratégie du programme, c'est-à-dire une forte caractéristique de prévention et un important élément d'enseignement. La prévention doit être réalisée grâce à l'amélioration du système d'alerte rapide et de prévision et au renforcement de la capacité des services de lutte antiacridienne dans la région pour le suivi, la prospection et la lutte. L'élément d'enseignement concerne les recherches effectuées pour combler plusieurs lacunes des connaissances de l'écologie du criquet pèlerin et de la lutte intégrée contre celui-ci et l'adoption éventuelle de nouvelles technologies. La phase I s'est achevée à la fin de 2000 et une deuxième phase de trois ans a commencé en 2001.

41. La phase I a bénéficié d'un appui financier du budget ordinaire de la FAO (notamment un projet du PCT pour une infestation acridienne en Érythrée) et des projets financés par des fonds fiduciaires alimentés par l'Allemagne, les États-Unis d'Amérique, la Norvège, les Pays-Bas et la Suisse. Elle a également bénéficié de fonds affectés à EMPRES de façon globale par la Belgique, la France et le Japon, ainsi que d'un appui bilatéral du Royaume-Uni. Compte non tenu de la contribution bilatérale, le financement total de la phase I était de l'ordre de 5,5 millions de dollars É.-U. Pour la phase II, on dispose de quelque 4,4 millions de dollars É.-U. versés par quatre bailleurs de fonds (États-Unis d'Amérique, Pays-Bas, Suède et Suisse). Le Royaume-Uni et l'Allemagne fournissent un appui bilatéral.

42. Le descriptif du programme pour la phase II indique comme objectif général "le renforcement des capacités des éléments nationaux, régionaux et internationaux du système de lutte intégrée contre le criquet pèlerin afin de mettre en oeuvre des stratégies de lutte préventive efficaces et efficientes fondées sur l'alerte rapide et sur des interventions de lutte respectueuses de l'environnement, rapides et effectuées en temps utile". Les principales réalisations attendues sont les suivantes:

    1. renforcer la coordination des activités de surveillance, de prospection et de lutte antiacridienne dans la région centrale en facilitant l'établissement d'un réseau entre les organisations nationales, régionales et internationales et en renforçant les systèmes d'échange d'informations;
    2. mettre en place un système d'alerte rapide amélioré pour le criquet pèlerin fondé sur la réunion et l'analyse de données météorologiques, de télédétection et de terrain;
    3. renforcer et améliorer les capacités nationales de lutte préventive grâce à a) l'amélioration de la planification, de la formation, de la fourniture de matériel et de ressources opérationnelles; b) des essais de terrain de nouvelles technologies de lutte;
    4. formuler des améliorations de la stratégie de prévention des situations d'urgence dues au criquet pèlerin par l'évaluation de l'efficacité, de l'efficience, du bien-fondé économique et écologique des approches actuelles et des nouvelles technologies.

C. EMPRES/RO

43. Comme il a été noté plus haut, le programme n'est pas encore pleinement opérationnel, les contributions des donateurs n'ayant pas encore été reçues. Cependant, des activités pilotes ont commencé dans le cadre du financement du budget ordinaire de la FAO et d'un projet financé par un fonds fiduciaire Norvège/FAO intitulé "Améliorer les techniques d'application des pesticides pour la lutte antiacridienne" (GCP/INT/651/NOR). En outre, quelques projets du PCT ont été mis en oeuvre dans la région et EMPRES/RO a bénéficié de la même façon qu'EMPRES/RC de projets interrégionaux financés par la Belgique et les États-Unis et bilatéralement par le Royaume-Uni. La France et les Pays-Bas ont également financé une partie des activités préparatoires.

44. Ce programme a pour objet "de mettre en place un système de lutte antiacridienne préventive grâce au renforcement et/ou à la création d'unités nationales et d'une unité régionale de lutte, et de définir les conditions permettant d'assurer la durabilité". Les réalisations spécifiques attendues sont analogues à celles d'EMPRES/RC.

D. Réalisations

45. Les pays dans lesquels s'est rendue la mission d'évaluation d'EMPRES continuent à considérer la lutte préventive contre le criquet pèlerin comme une importante priorité nationale. Les avantages sociaux, économiques et écologiques perçus d'un programme efficace de lutte antiacridienne préventive sont considérés par les gouvernements concernés comme faisant partie des "intérêts nationaux". Cette opinion a été confirmée par les réponses aux questionnaires envoyées par les pays EMPRES. Dans certains pays, l'importance de la lutte antiacridienne préventive s'est traduite par un accroissement des ressources financières allouées par l'État depuis la mise en oeuvre du programme EMPRES. De même, une collaboration régionale sous forme de prospections conjointes a été renforcée entre certains pays. Ces initiatives sont considérées comme d'importantes étapes de la mise en place d'un programme durable de lutte préventive. Cependant, il reste encore beaucoup à faire, même dans la région centrale où EMPRES est opérationnel depuis cinq ans, pour parvenir à une lutte préventive durable contre le criquet pèlerin.

46. Dans la région centrale, des progrès ont été faits en matière de réalisation des objectifs d'EMPRES/RC, mais parfois, les résultats dans tel ou tel pays ont été moins bons que prévu pour diverses raisons, en particulier du fait de facteurs externes tels que la guerre et de facteurs internes tels que l'insuffisance des crédits budgétaires. De même, les retards d'adoption de textes législatifs peuvent compromettre l'efficacité de la coordination centrale des prospections antiacridiennes. En définitive, dans certains pays, l'élaboration et l'adoption de systèmes de mise en oeuvre d'une alerte rapide et d'une lutte antiacridienne efficaces progressent de manière satisfaisante, tandis que dans d'autres, elles se sont heurtées à divers obstacles.

47. Au plan stratégique, d'importantes mesures ont été prises pour l'élaboration d'un programme durable de lutte préventive antiacridienne, en particulier une meilleure coordination et une harmonisation entre les pays participants. À cet égard, on peut signaler les progrès suivants:

48. La phase II en cours d'EMPRES/CR est essentiellement une phase de consolidation et une amélioration considérable a été apportée à la gestion du programme pendant les deux dernières années (il s'agissait d'une question cruciale identifiée par la mission précédente d'évaluation en 1999). À cet égard, des facteurs importants ont été l'établissement de plans de travail rigoureux et des procédures internes de suivi et d'évaluation. La collaboration avec la Commission a été renforcée grâce à l'établissement de plans de travail conjoints et à la mise en commun de certaines activités de formation, et le réseau de communication entre les pays, qui est crucial, a été amélioré. EMPRES/CR a aussi amélioré considérablement les compétences des agents chargés du criquet pèlerin dans la région, grâce à une série de cours de formation spécialisés et a également créé un cadre de formateurs nationaux en mesure de transmettre ces compétences à beaucoup d'autres personnes.

49. Cependant, la mission d'évaluation s'est demandé si les objectifs de la phase actuelle seraient pleinement atteints d'ici à l'achèvement de cette phase. Certains pays ont progressé dans l'examen et la transformation de leurs systèmes de lutte antiacridienne avec l'appui d'EMPRES/RC, d'autres sont - pour diverses raisons - encore peu enclins à s'engager dans une analyse et une planification systématiques comme celles qui sont envisagées par EMPRES, retardant considérablement la mise en place de systèmes d'alerte rapide et de lutte. En particulier, la mission d'évaluation est préoccupée par la persistance de retards considérables en matière de mise en place d'activités importantes dans un pays au moins, malgré plusieurs tentatives de responsables de la FAO (AGPP) pour trouver des solutions. Il est recommandé à la FAO de suivre de près les progrès faits par les pays qui connaissent des retards de mise en oeuvre et, au cas où les problèmes ne seraient pas résolus rapidement, d'étudier les solutions possibles, y compris l'intervention de hauts responsables de la FAO.

50. De même, la mission est préoccupée par des retards de mise en oeuvre des programmes axés sur les pays, qui ont été mis en place dans trois pays pendant la première phase. Ces programmes analysent les principales caractéristiques du système de lutte intégrée contre le criquet pèlerin, des plans de développement et des stratégies pour une action future dans un pays. Ils doivent constituer un important outil d'analyse pour améliorer les procédures de prospection et de lutte et également un mécanisme propre à renforcer l'identification aux objectifs d'EMPRES. Il est recommandé que l'élaboration de programmes axés sur les pays continue à être considérée comme prioritaire en tant qu'outil important et qu'EMPRES/RC redouble d'efforts pour aider les pays à élaborer des programmes de ce type.

51. Autre sujet de préoccupation: les effectifs. Le programme de la région centrale est à la fois ambitieux et complexe et la mission estime que les effectifs sur le terrain (deux fonctionnaires recrutés sur le plan international, un cadre associé, deux fonctionnaires recrutés sur le plan national) sont à leur minimum. Compte tenu du volume de travail prévu pour la période restante, il serait tout à fait souhaitable de renforcer les ressources humaines dans les domaines de l'évaluation des campagnes, de l'élaboration de stratégies et de l'économie. Il est recommandé à la FAO d'envisager la création d'un poste technique afin d'aider à la mise en oeuvre des activités d'EMPRES/RC.

52. Dans la région occidentale, le principal objectif d'EMPRES est le renforcement de l'alerte rapide et de la lutte préventive dans les pays sahéliens de la région. Les pays du Maghreb ont leurs propres unités antiacridiennes qui sont en général correctement financées et équipées. Cependant, sauf en Mauritanie, le programme EMPRES/RO ne peut pas être considéré comme pleinement opérationnel faute d'appui financier des donateurs. Malgré cette limite, des progrès importants ont été faits dans deux domaines.

53. D'abord, la mise en place d'une structure régionale unifiée de lutte antiacridienne en élargissant la composition de la CLCPANO (Commission FAO de lutte contre le criquet pèlerin en Afrique du Nord-Ouest) et en créant la CLCPRO (nouvelle Commission FAO de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale), est considérée comme une étape importante dans le domaine d'une lutte préventive durable contre le criquet pèlerin dans la région. L'accord portant création de la CLCPRO devrait être ratifié prochainement par un nombre suffisant de pays.

54. Ensuite, la mission d'évaluation reconnaît que des progrès exceptionnels ont été faits dans l'élaboration d'un système efficace de prospection antiacridienne et de lutte en Mauritanie. Les activités en Mauritanie ont bien montré qu'EMPRES pourrait, en ce qui concerne le programme, atteindre les objectifs principaux que sont une alerte rapide, une prospection et une intervention rapides, efficientes et efficaces et une recherche opérationnelle de qualité. La mission d'évaluation estime que le modèle mauritanien est exemplaire pour d'autres pays du Sahel et qu'ils devraient le suivre si des financements de donateurs deviennent disponibles. Cependant, malgré les résultats impressionnants de la Mauritanie, l'avenir d'EMPRES/RO en général est incertain, à moins que l'on ne parvienne à mobiliser un financement extérieur.

55. Au moment de la rédaction du présent rapport, un seul donateur apporte un financement limité à EMPRES/RO (USAID), un seul finance un projet spécifique (Norvège) et un seul a indiqué qu'un appui financier important serait consenti (UE). Cet appui serait fourni aux pays sahéliens de la région occidentale pour une période de deux ans, mais ne semble pas comprendre d'apports d'assistance technique, ce qui préoccupe la mission d'évaluation. Selon celle-ci, on ne connaît pas encore les raisons possibles du manque de réaction des donateurs à EMPRES/RO. Il est recommandé à la FAO de redoubler d'efforts auprès des donateurs en vue d'obtenir des financements d'activités d'EMPRES/RO.

56. Enfin, l'avenir d'EMPRES - programme de lutte antiacridienne - dépendra de la disponibilité de financements. À en juger par les ressources annoncées jusqu'ici, il n'est pas certain que la communauté internationale des donateurs considère la lutte préventive contre le criquet pèlerin comme une question suffisamment prioritaire pour justifier l'expansion du programme à la région occidentale et le maintien du programme pour la région centrale au-delà de 2003. L'une des raisons possibles de cette difficulté de mobilisation de financements des donateurs pourrait bien être l'absence d'avantages clairement démontrés découlant de la lutte préventive. En outre, l'absence générale, ces dernières années, de populations significatives de criquets pèlerins dans les régions centrale et occidentale a peut-être fait passer au second plan la menace acridienne. C'est pourquoi il n'y pas eu beaucoup de possibilités d'entreprendre des recherches de terrain pour élaborer des techniques et stratégies améliorées de lutte préventive. Certes, la FAO s'efforce d'obtenir les vues des donateurs au sujet du volet criquet pèlerin d'EMPRES au sein de différentes instances (Comité consultatif EMPRES-région centrale, Comité de lutte contre le criquet pèlerin, ateliers de planification d'EMPRES), mais il est recommandé d'intensifier le dialogue avec les donateurs afin d'obtenir leur appui, en particulier en menant d'autres recherches sur les avantages économiques de la lutte préventive contre le criquet pèlerin3.

57. Il existe bien des liens et une coopération entre EMPRES/RC et EMPRES/RO, mais il faut les renforcer. Cela dépendra presque entièrement de l'avenir d'EMPRES/RO et de l'élargissement du projet norvégien. Si le projet financé par la Norvège est élargi, la mission d'évaluation estime qu'il serait souhaitable que les deux programmes renforcent leurs liens. Il est recommandé que l'on envisage d'élaborer des activités de recherche et programmes de formation conjoints entre EMPRES/RO et EMPRES/CR afin d'assurer une utilisation efficace des ressources, une unification des approches et un échange plus général d'idées.

58. Enfin, la FAO étudie actuellement l'éventuelle participation des pays de la région orientale (Afghanistan, Inde, Iran et Pakistan) dans le cadre d'EMPRES. La FAO prévoit de solliciter auprès de donateurs le financement d'activités d'EMPRES dans la région. Il est recommandé d'envisager la possibilité d'améliorer l'accès aux informations d'EMPRES, notamment sur les résultats des recherches et les activités de formation en utilisant Internet.

III. CONCLUSIONS RELATIVES À L'ENSEMBLE DU
PROGRAMME EMPRES

59. Les deux volets d'EMPRES ont des priorités et des méthodes de fonctionnement différentes. Néanmoins, quelques thèmes communs aux deux évaluations sont à signaler.

60. Dans les deux évaluations, on a noté une amélioration de la structure de gestion et une plus grande clarté des priorités, qu'il s'agisse du volet santé animale ou du volet criquet pèlerin. Cela est encourageant. On le doit à la suite qui a été donnée par les responsables des deux volets à des évaluations précédentes et à la nouvelle méthode de programmation de la FAO qui exige la fixation d'objectifs plus clairs.

61. Il a également été noté, dans les deux évaluations, que les gouvernements ont des difficultés à préparer des plans d'intervention d'urgence. Il s'agit d'un problème complexe, qui ne peut être réglé rapidement; en effet, il est nécessaire de renforcer des capacités de planification généralement faibles et on hésite à consacrer des ressources rares à la préparation à des situations hypothétiques.

62. Autres caractéristiques communes: les deux programmes ont de faibles effectifs par rapport aux tâches dont ils doivent s'acquitter. Étant donné la situation financière actuelle de la FAO, ce problème n'a guère de probabilité d'être résolu dans un proche avenir et va probablement compromettre l'élargissement d'EMPRES à des zones non encore couvertes.

63. Enfin, le financement des deux programmes par les donateurs a été très inégal. L'élément criquet pèlerin a mobilisé un appui financier approprié des donateurs en faveur du programme initial de la région centrale, mais le financement est incertain pour l'expansion du programme à la région occidentale et pour l'avenir. L'élément santé animale n'a reçu que des financements relativement faibles des donateurs et le renforcement des efforts visant à mobiliser des financements de donateurs devrait être une importante priorité pour l'avenir.

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1 L'évaluation a été réalisée par trois consultants indépendants et par trois membres du Service de l'évaluation de la FAO.

2 Afrique de l'Ouest: Bénin, Ghana, Mali, Togo; Afrique de l'Est et Afrique australe: Afrique du Sud, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Zimbabwe; Proche-Orient: Égypte; Asie: Afghanistan, Pakistan, RDP lao, Thaïlande et Viet Nam.

3 Voir également partie III Impact économique des ravageurs des plantes et des maladies animales transfrontières, SOFA 2001, p. 197 à 280, FAO 2001.