COAG/2005/INF/5


COMITÉ DE L’AGRICULTURE

Dix-neuvième session

Rome, 13 - 16 avril 2005

DESSALEMENT DE L’EAU À DES FINS AGRICOLES

Table des matières



I. Introduction

1. La disponibilité de ressources en eau de qualité médiocre, telles que les eaux souterraines salines, les eaux de drainage et les eaux usées traitées, représente désormais un enjeu important, notamment pour l'agriculture irriguée dans les zones arides et semi-arides des pays disposant de peu de ressources en eau. Le dessalement de l'eau est une technologie bien établie pour l'approvisionnement en eau des villes et constitue la principale source d'eau potable dans les pays du Golfe où les coûts de l'énergie nécessaire à ce procédé sont faibles. Les eaux saumâtres et l'eau de mer dessalées sont également employées dans certains pays pour l'irrigation des cultures à fort rapport économique.

2. Le dessalement de l'eau peut également s'avérer essentiel dans les situations d'urgence, lorsque les réserves d'eau ont subi des infiltrations d’eau salée, à la suite, par exemple, de marées salines, comme cela s'est dramatiquement produit lors des récents tsunamis en Asie du Sud et du Sud-Est. Le dessalement de l'eau peut alors être déterminant pour la fourniture aux populations concernées d'eau potable à usage domestique.

3. Le présent document vise à donner au Comité de l'agriculture (COAG) des renseignements concernant les technologies de dessalement de l'eau, leur coût, leur impact sur l'environnement et les perspectives d'application en agriculture, notamment pour l'irrigation. Il s'appuie sur les conclusions et les recommandations d'une Consultation d'experts sur le dessalement de l'eau à des fins agricoles, organisée par la FAO à Rome, les 26 et 27 avril 2004.1

II. Consultation d'experts de la FAO sur le dessalement de l'eau à des fins agricoles

4. La Consultation d'experts avait pour objectifs de comprendre et analyser les techniques actuelles de dessalement de l'eau et leurs coûts; leur impact sur l'environnement et leurs effets externes; leur faisabilité économique à des fins agricoles; et les mécanismes financiers institutionnels à envisager. La Consultation proposait également de comparer le rapport coûts/avantages du dessalement de l'eau et de la réutilisation des eaux usées traitées à des fins d'irrigation.

5. Cinq experts internationaux provenant de pays ou régions dans lesquelles la technologie de dessalement de l'eau a été mise en pratique, notamment des États-Unis, d’Afrique du Nord, d’Espagne et des pays du Golfe, ont participé à cette Consultation.

6. On trouvera ci-après une synthèse des conclusions de ces experts et de leurs recommandations sur les cinq points examinés.

Techniques les plus récentes de dessalement de l'eau et coûts

7. Les techniques de dessalement les plus courantes sont la distillation thermique – pour le traitement de grands volumes d'eau (55 000 m3/jour) – et la technologie des membranes, l'électrodialyse inverse et l'osmose inverse. La capacité de traitement par la technologie des membranes peut être adaptée en fonction de l'usage prévu (les grandes installations ont une capacité supérieure à 5 000 m3/jour, celle des installations moyennes se situe entre 500 et 5 000 m3/jour, tandis que les petites installations ont une capacité maximale de 500 m3/jour).

8. La distillation thermique permet de transformer l'eau salée en vapeur qui est alors condensée pour obtenir de l'eau dessalée. Avec le procédé d'électrodialyse inverse, les sels sont séparés de l'eau sous l'action d'une charge électrique. Enfin, l'osmose inverse prévoit l'application d'une pression sur l'eau introduite dans le système, qui est ainsi forcée à travers une membrane semi-perméable retenant la plupart des sels; la pression exercée doit être d'autant plus forte que la concentration en sel de l'eau est élevée. La technologie des membranes est utilisée pour le dessalement d'eaux saumâtres avec une concentration en sel inférieure à 10 g/l; tandis que les procédés d'osmose inverse et de distillation thermique sont appliqués pour dessaler l'eau de mer dont la concentration en sel est supérieure à 30 g/l.

9. Les coûts des différentes technologies sont fonction de la teneur en sel de l'eau de mer ou des eaux saumâtres. Ils se situent dans les fourchettes suivantes:

10. Alors que les tendances actuelles révèlent une baisse des coûts de la distillation thermique dans les grandes installations sous l’effet des économies d'échelle, ceux des procédés d'osmose inverse diminuent rapidement non seulement grâce aux économies d'échelle, mais aussi sous l'effet de l'évolution des techniques et de la concurrence. Les experts ont recommandé que le choix de la technologie la plus appropriée soit fondé sur une étude et une évaluation attentives de chaque cas particulier.

Impact sur l'environnement et effets externes associés aux techniques de dessalement de l'eau

11. Le dessalement de l'eau a un impact à la fois positif et négatif sur l'environnement. Le principal effet positif direct est un accroissement des disponibilités en eau. L'impact positif indirect sur l'environnement découle d'une salinisation réduite du sol grâce à une irrigation à base d'eau dessalée par rapport à l'utilisation d'eaux saumâtres. Les répercussions négatives sur l'environnement peuvent tenir à divers éléments: évacuation de la saumure ou des eaux résiduelles produites par le dessalement; additifs chimiques antisalissures ou anticorrosion; impact visuel au niveau du paysage; bruit; émission de gaz à effet de serre dérivant de la consommation d'énergie; etc. Par ailleurs, l'évacuation de la saumure résiduelle dans les zones côtières ou intérieures n'a pas la même incidence, l'opération étant plus complexe dans le second cas tandis que les rejets côtiers directs ont des retombées sur l'écosystème marin.

12. Bien qu'il existe quelques directives du PNUE concernant les options en matière de technologie et de gestion pour réduire ces effets, l'élaboration de normes et des évaluations complètes de l'impact sur l'environnement (EIE), ainsi qu'une analyse du cycle de vie des techniques, sont néanmoins indispensables. Un contrôle suivi des effluents et des travaux de recherche sur la saumure résiduelle s'impose également, tandis que les effets indirects des émissions de gaz à effet de serre dérivant de la consommation d'énergie doivent être pris en compte dans les évaluations d'impact. Des EIE doivent encore être intégrées dans les politiques de gestion des pays qui mettent déjà ces techniques en application.

Faisabilité économique et environnementale du dessalement de l'eau à des fins agricoles

13. L'eau dessalée est trop chère pour la plupart des cultures; elle n'est peut-être abordable que pour les cultures à fort rapport économique, en particulier lorsque les investissements sont subventionnés. Les eaux saumâtres étant moins salines que l'eau de mer, elles ont la préférence sur cette dernière, le cas échéant, pour le dessalement à des fins de production agricole. D'autre part, les installations de dessalement situées à proximité du point d'utilisation sont privilégiées pour réduire au minimum les coûts de transfert; cependant, en termes de fonctionnement et d'entretien, les petites ou moyennes installations tendent à être moins rentables que les grandes installations.

14. Les programmes de dessalement devraient être complétés par une bonne gestion des ressources en eau, avec l'application de meilleures pratiques de gestion de l'eau (exigences en matière de lessivage, méthodes d'irrigation améliorées) et le choix de cultures halophytes appropriées. Il conviendra de déterminer la taille optimale des installations et leur emplacement le plus approprié, tandis que la gestion opérationnelle des petites installations doit être améliorée (opérations automatiques; connaissances des exploitants agricoles concernant les processus opérationnels; formation d'opérateurs).

Partenariats entre le secteur public et le secteur privé

15. Il existe divers mécanismes financiers concernant les partenariats entre l'État et le secteur privé dans le domaine du dessalement de l'eau. Des progrès ont été faits au niveau de la participation et des investissements privés, accompagnés le plus souvent de garanties de l'État, pour le dessalement aux fins de la production d'eau potable. Les modèles de contrat évoluent, passant de contrats de construction-possession-exploitation (CPE) à des contrats de construction-exploitation-transfert (CET) et autres. Des problèmes institutionnels se sont toutefois posés au moment d'intégrer ces modèles dans les cadres stratégiques existants. Les experts ont recommandé un nouveau modèle de contrat, le contrat de conception-construction-exploitation (CCE), qui présente de nombreux avantages connexes, notamment en allégeant le poids de la dette, en transférant au secteur privé les risques de construction et d'exploitation, et en attirant les innovations technologiques.

Comparaison entre le traitement des eaux usées et le dessalement de l'eau à des fins agricoles

16. Le traitement des eaux usées et le dessalement de l'eau constituent l'un et l'autre une source potentielle d'eau pour l'agriculture et d'autres utilisations. Il existe des points communs au niveau des techniques entre le traitement complémentaire des eaux usées et le dessalement de l'eau. En règle générale, la réutilisation des eaux résiduelles traitées en agriculture revient moins cher que l'eau dessalée. Elle pose toutefois des problèmes en termes de perception du public et quant aux risques potentiels pour la santé et l'environnement. Aussi des programmes devraient-ils être mis en place pour informer le public des avantages de la réutilisation des eaux résiduelles traitées.

17. Des solutions hybrides, associant des installations de traitement des eaux usées et des installations de dessalement, pourraient avoir leur place dans l'agriculture urbaine et périurbaine. Il est toutefois très important d'élaborer des normes concernant la qualité de la production des installations de traitement des eaux usées et le contrôle connexe des effluents.

18. Bien que l'OMS et la FAO aient élaboré des directives sanitaires pour la réutilisation des eaux résiduelles traitées, aucune norme commune n'a été établie du fait des conditions différentes d’un pays à l’autre, avec des critères d’évaluation des rapport coûts/avantages du traitement de l’eau hétérogènes. Pour les raisons indiquées ci-dessus, les problèmes et les avantages de la réutilisation des eaux usées et du dessalement de l'eau méritent un examen attentif.

Conclusions

19. Le groupe d'experts est parvenu aux conclusions suivantes:

III. Implications possibles pour la FAO

20. La Consultation d'experts a exercé une action de sensibilisation quant au rôle du dessalement de l'eau en agriculture et a contribué à la mise à jour des informations dont on dispose à ce sujet. La FAO propose d'apporter une contribution de la façon suivante:

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1 Les résultats de la Consultation d'experts (un résumé technique contenant les principales conclusions et recommandations) et les documents présentés par les experts, seront publiés au cours du premier trimestre de 2005. Entre-temps, une note concernant la Consultation a été publiée dans le bulletin électronique de la FAO, Land-and-Water-L N°57, paru en juin 2004 (Land-and-Water-L@mailserver.fao.org).