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Avant-propos du Directeur GÉNÉRAL

La demande que m'a adressée le Conseil à sa cent vingt-huitième session en juin 2005 en vue de l'élaboration d'un scénario supplémentaire pour le Programme de travail et budget prévoyant un niveau de croissance réelle plus élevée de 9,25 pour cent pour l'exercice, est à l'origine du présent supplément au PTB 2006-07. Ce supplément contient, toutefois, une proposition de réforme de l'Organisation de grande envergure qui va bien au-delà d'un scénario d'accroissement des ressources. Je tiens donc à expliquer pourquoi je présente ce document, et surtout, pourquoi je le fais maintenant, à ce stade du processus d'adoption du budget.

La réponse est très simple: en effet, depuis que mes propositions pour le Sommaire du Programme de travail et budget ont été élaborées au début de l'année, il y a eu de nombreux événements marquants d'une telle importance que je me vois dans l'obligation de m'expliquer devant vous aujourd'hui.

L'année qui s'est écoulée a été marquée par une succession de faits importants ayant un grand retentissement pour la FAO. Certains d'entre eux confirment que nous sommes dans la bonne voie, mais devons redoubler d'efforts, tandis que d'autres indiquent que nous sommes loin d'agir comme nous le devrions et qu'il convient de rectifier le tir sans plus attendre.

Parmi les événements positifs, je noterai les préparatifs du Sommet du Millénaire + 5 des Nations Unies qui ont mis encore plus vivement en lumière la nécessité d'agir en vue de réaliser les objectifs convenus au niveau international, et en particulier l'objectif primordial du Millénaire pour le développement qui reconnaît explicitement les liens entre la faim et la pauvreté et la nécessité impérieuse d'éradiquer ces deux fléaux. Ce message était au coeur de l'action de la FAO durant les deux Sommets qu'elle a organisés au cours de la dernière décennie et il demeure au centre de nos préoccupations: le fait qu'il soit reconnu dans le cadre plus vaste de ces objectifs de développement au niveau international est la consécration de l'oeuvre d'information de la FAO en faveur des populations souffrant d'insécurité alimentaire. Cependant, nous ne pouvons en rester là: s'il est primordial d'énoncer un objectif, cet objectif est loin d'être atteint, le plus dur reste donc encore à faire. L'ensemble du système des Nations Unies, dont nous faisons partie, doit contribuer à cet effort.

Un autre facteur encourageant est la reconnaissance par la communauté internationale, exprimée tout récemment dans le rapport de la Commission pour l'Afrique et dans le Communiqué du G8 à Gleneagles, de l'importance d'un accroissement de l'aide et d'un allègement de la dette, du renforcement du soutien à l'Afrique et du règlement de problèmes mondiaux pressants comme le changement climatique. Le rôle de l'agriculture, des forêts et des pêches dans la promotion du développement durable a été trop longtemps sous-estimé. Ces dix dernières années, la FAO s'est efforcée de promouvoir un accroissement des investissements dans ces domaines, notamment à Québec en 1995, à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'Organisation, à Monterrey en 2002, à Maputo en 2003 et à l'ECOSOC cette année. À l'approche du soixantième anniversaire de la FAO, la tendance à la baisse des ressources semble finalement enrayée. Nous devons saisir cette occasion pour aider encore plus concrètement nos États Membres en développement à formuler des stratégies et des politiques de gestion des problèmes les plus immédiats que sont la pauvreté et l'insécurité alimentaire et à mobiliser des ressources intérieures et extérieures pour mettre en oeuvre des programmes d'une ampleur appropriée.

Dans d'autres domaines, en revanche, nos résultats ne sont pas satisfaisants. La FAO, qui est une des plus anciennes institutions spécialisées des Nations Unies, doit examiner sérieusement la situation dans laquelle se trouve l'ensemble du système des Nations Unies à l'heure actuelle. Il doit faire face à des appels pressants l'invitant à une réforme fondamentale qui permettra d'éliminer les chevauchements dans les activités et les mandats et d'assurer davantage de cohérence et d'efficacité pour renforcer l'ensemble du système. On considère actuellement que les Nations Unies n'évoluent pas assez rapidement pour s'adapter aux changements qui caractérisent aujourd'hui le cadre élargi de la coopération pour le développement. Les études entreprises récemment par des pays donateurs indiquent que les institutions spécialisées sont à la traîne.

J'ai compris clairement qu'il était urgent que la FAO agisse de façon énergique, à l'occasion des entretiens qui ont eu lieu au Conseil des Chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies pour examiner les Objectifs du Millénaire pour le développement ainsi que la réforme du système. Les premières conclusions de notre étude de la contribution de la FAO aux Objectifs du développement pour le Millénaire, qui ont été publiées en mai, montraient que la FAO devait « procéder à un nouvel examen critique de son propre rôle au sein du système et indiquer clairement comment elle comptait faire face aux défis qui l'attendent ». Cette étude précise également que l'effort devra être déployé essentiellement au niveau national et que la FAO devra indiquer où et comment ses capacités seront le plus utilement employées à ce niveau dans le cadre de la contribution globale du système des Nations Unies à ce processus.

La préparation de ce document a coïncidé avec l'examen des résultats de l'Évaluation indépendante de la décentralisation de la FAO. Les recommandations de l'évaluation ne nous ont pas véritablement surpris, car nous nous efforcions déjà d'affronter certains des problèmes évoqués, mais leur franchise et leur clairvoyance nous ont donné à réfléchir. Il apparaît clairement que le processus de décentralisation - un des principaux aspects du réaménagement de l'Organisation en 1994 qui a été poursuivi durant les exercices suivants - n'a pas encore donné les avantages escomptés. Concrètement, la mise en application des recommandations de l'Évaluation indépendante doit être renforcée par des modifications simultanées de la structure de l'Organisation au Siège et par des mesures destinées, comme l'a indiqué le Conseil, à modifier radicalement les pratiques de l'Organisation.

L'évaluation reconnaissait que le contexte de réduction des ressources dans lequel la décentralisation avait eu lieu avait eu des répercussions majeures sur son efficacité. Après cinq exercices successifs de réduction budgétaire, il n'était guère possible d'envisager de relever des défis d'envergure par le biais d'une approche prudente de statu quo et, de fait, la réaction des Membres à notre réponse initiale à l'évaluation montrait clairement que cette approche n'était pas satisfaisante.

Durant ces débats, certains Membres se sont déclarés clairement préoccupés par notre système de planification et de programmation. Afin d'assurer, comme il nous l'a été demandé, une plus grande transparence, nous avons considérablement modernisé et systématisé nos processus de planification, de mise en œuvre, de surveillance et d'évaluation, augmentant le volume de données fiables et d'informations détaillées que nous sommes en mesure de fournir. Paradoxalement, cela pourrait avoir renforcé l'impression de fragmentation du programme et de l'affectation des ressources, rendant plus difficile de discerner l'objet de notre action. En nous demandant de rationaliser et de simplifier nos procédures, le Conseil nous invitait non seulement à réduire le volume de la documentation, mais aussi à obtenir une structure du programme et une forme de présentation qui permettent aux Membres et au Secrétariat de centrer leur attention sur les grandes priorités.

L'idée de formuler un programme qui permettrait de répondre aux propositions exprimées avec vigueur par les Membres et d'accroître sensiblement la capacité de l'Organisation à assumer le rôle qui est le sien, conformément à la demande formulée par le Conseil en juin en vue d'élaborer un scénario de croissance réelle plus élevée, était une invitation à sortir des sentiers battus. Mes collaborateurs les plus expérimentés auxquels je me suis adressé pour répondre aux défis en matière de gestion et aux priorités en matière de programme pour la FAO à l'avenir, se sont exprimés avec franchise et sincérité. Mes propres réflexions et les leurs ne laissent aucun doute, un changement est nécessaire, non pas un changement marginal, mais un véritable réaménagement de l'Organisation, de ses programmes et de sa structure de gestion.

Il est intéressant de constater que ce processus de réflexion interne a permis de conclure que les améliorations fondamentales des méthodes de travail et des systèmes de gestion étaient largement favorisées par les nouvelles technologies que nous avions mises en oeuvre, mais que le réaménagement du programme et de l'organisation permettrait d'accélérer le processus de rationalisation, d'apporter une réponse cohérente aux défis qui se posent et de saisir les possibilités offertes. Il n'en fallait pas moins pour conclure à la nécessité d'une mise en œuvre immédiate de cette proposition de réaménagement.

Le Règlement général de l'Organisation invite le Directeur général à établir et soumettre des propositions de programme de travail et de budget à la Conférence sur la base des observations du Comité du Programme et du Comité financier, des autres organes compétents de l'Organisation et du Conseil. Le projet de PTB pour 2006-2007, établi à partir du Sommaire dont le Conseil était saisi, a été préparé et soumis conformément aux procédures habituelles. J'ai consulté les Membres et le personnel, mais je dois en dernier ressort exercer un arbitrage entre des opinions souvent divergentes pour esquisser un véritable projet pour l'avenir. J'ai donc pris l'initiative d'insérer ces propositions supplémentaires dans le document dont sont saisis les organes directeurs de l'Organisation. Cette initiative va au-delà de la proposition budgétaire de croissance réelle plus élevée de 9,25 pour cent pour le présent exercice biennal formulée par le Conseil, car je démontre que mes propositions de réforme sont tout à fait viables avec une croissance réelle de 2,5 pour cent seulement du budget.

J'agis avec la conviction que mes propositions ne peuvent qu'être bénéfiques pour nos Membres. Je ne cherche ni à anticiper ni à préjuger des résultats des autres examens en cours, notamment de l'Évaluation

externe indépendante de l'Organisation que le Conseil a entreprise. J'estime en fait que la mise en œuvre de mes propositions créera des conditions favorables à une telle évaluation.

Les stratégies et objectifs à long terme de l'Organisation et son Plan à moyen terme ont été examinés en détail et approuvés par les Membres et je n'ai pas l'intention de m'atteler à cette vaste tâche, car des modifications de cette envergure nécessiteraient un examen et des débats beaucoup plus approfondis. Ce qui m'intéresse actuellement, c'est l'exercice biennal 2006-2007, dont le Programme de travail et budget constitue le plan de travail. Les Membres confient au Directeur général la responsabilité de la mise en œuvre d'un programme et de la gestion des ressources de l'Organisation. L'objet de mes propositions est de rendre son action plus précise et plus efficace. La mise en œuvre de ces propositions à partir de 2006 permettra de renforcer l'unité du Secrétariat de la FAO qui agira de manière plus cohérente et décentralisée, avec des finalités plus précises et des capacités renforcées pour mettre en œuvre les stratégies et atteindre les objectifs que les Membres ont fixés pour la FAO ou qu'ils fixeront à l'avenir.

Les critères et le contenu des deux scénarios budgétaires proposés sont exposés dans le présent document. En gros, les propositions par chapitre et par programme s'articulent autour de trois grandes orientations interdisciplinaires:

Systèmes alimentaires et agricoles durables réunissant: agriculture, biosécurité, nutrition, protection du consommateur, forêts, pêches et aquaculture et ressources naturelles, technologies et développement durable.

Échange de connaissances, politiques générales et activités de plaidoyer réunissant: développement économique et social, Alliances et moyens d’existence en milieu rural et enfin échange de connaissances, communication et renforcement des capacités.

Décentralisation, coopération à l’échelle des Nations Unies et exécution du Programme réunissant: coordination et décentralisation, programmes tournés vers l’extérieur et Programme de coopération technique.

Les services de gouvernance, de gestion et de supervision de l'Organisation, les dépenses pour imprévus, les dépenses d'équipement et de sécurité sont traités sous des chapitres distincts.

Étant donné que la structure d'une organisation permet de définir les responsabilités pour la mise en œuvre de ses programmes, je propose une structure qui corresponde étroitement aux différents chapitres et programmes. Il faudra opérer un rééquilibrage entre les départements et les divisions au Siège, un réaménagement en profondeur de la structure décentralisée, afin d'assurer plus d'unité et une répartition claire et un appui mutuel entre les différentes fonctions du Siège, des bureaux régionaux, sous-régionaux et de pays. L'amélioration de l'efficience et de l'efficacité passera aussi par une meilleure utilisation des ressources humaines de l'Organisation et un recours accru aux capacités techniques présentes dans les pays membres en développement.

Les réformes du programme et de la structure de l'Organisation que je propose sont soumises aux organes directeurs de la FAO pour examen et décision. Une analyse plus approfondie permettra de préciser ultérieurement les allocations de ressources nécessaires, mais je suis convaincu que les réformes proposées pourront être mises en œuvre dans le cadre d'une croissance réelle des ressources de 2,5 pour cent. Le scénario de croissance réelle plus élevée permettrait de répondre plus largement aux besoins d’équipement et d'accroître les ressources allouées au Programme de coopération technique jusqu'à un niveau de 17 pour cent des affectations totales, conformément à la Résolution 9/89 de la Conférence. Bien évidemment, le rythme et l'efficacité du réaménagement de l'Organisation ne peuvent être dissociés du niveau du budget 2006-07 qui sera approuvé par la Conférence. Toutefois, je suis fermement convaincu que les réformes proposées arrivent à point nommé et qu'elles méritent le soutien des Membres quel que soit le niveau du budget qui sera adopté par la Conférence.

Les propositions d'affectation de ressources aux chapitres et aux programmes dans ce scénario de réforme maintiennent les accroissements budgétaires prévus pour les domaines hautement prioritaires, en particulier le renforcement des capacités pour la mise en application des cadres réglementaires internationaux, les ressources génétiques et les priorités spécifiquement identifiées dans les programmes relatifs aux pêches et aux forêts. La part des ressources globales allouées au réseau décentralisé reste approximativement la même que celle qui est prévue actuellement et je tiens à rappeler la conclusion de l'Évaluation de la décentralisation selon laquelle « l'action décentralisée de la FAO au service direct des États Membres pourrait mériter une augmentation absolue du budget sans aucune réduction des ressources destinées aux activités normatives ».

Ce bref aperçu montrera clairement, j'en suis certain, que je m'efforce d'orienter plus délibérément l'action de nos programmes techniques en faveur des principaux domaines prioritaires pour nos Membres, de renforcer nos fonctions d'échange de connaissances, d'assistance aux politiques, de renforcement des capacités et de sensibilisation, et d'adopter une approche qui garantisse une synergie absolue avec nos partenaires des Nations Unies dans le cadre du système multilatéral élargi, en particulier au niveau des pays. Mes propositions reposent sur ma conviction que la FAO est une organisation au service de ses États Membres, où chaque pays est partie prenante. Nous devons être précautionneux dans l'utilisation de nos ressources et je suggère l'application des critères reconnus au niveau international, mais cela ne doit nullement nous empêcher d'assumer notre responsabilité essentielle qui est de garantir que tous les Membres participent à la vie de l'Organisation et en tirent avantage en fonction de leurs possibilités. En ciblant notre action sur les domaines prioritaires et en la plaçant au niveau où elle pourra être le plus efficacement mise en œuvre, nous respectons le principe fondamental selon lequel l'Organisation doit servir tous ses Membres, dans la mesure du possible, en fonction de leurs besoins.

Je sais bien que les Membres et le Secrétariat ne disposent pas du temps nécessaire. En effet, il nous faudra pouvoir travailler encore pour mettre au point ces propositions sur la base de consultations plus approfondies au sein du Secrétariat afin d'en définir les détails. Toutefois, nous sommes dès à présent prêts à fournir tous les éclaircissements et toutes les informations complémentaires que les Membres pourraient souhaiter obtenir d'ici à la date de la Conférence.

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Jacques Diouf

Directeur général

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