III. Quelques constats qui s'imposent

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Evolution des importations et des exportations alimentaires des pays à bas revenu et à déficit vivrier ayant le plus de mal à financer leurs importations
Le consommateur face aux réformes

Evolution des importations et des exportations alimentaires des pays à bas revenu et à déficit vivrier ayant le plus de mal à financer leurs importations

Introduction

Bien que leurs économies soient en général dominées par l'agriculture, beaucoup de pays en développement à faible revenu sont depuis longtemps importateurs nets de produits alimentaires, et dans la plupart d'entre eux, la balance du commerce des produits vivriers tend à se détériorer depuis 20 ans. Ni la production, ni les ressources financières nécessaires pour payer les importations n'ont augmenté aussi vite que la demande de denrées alimentaires. La capacité de payer ces importations est étroitement conditionnée par les recettes d'exportation, qui sont souvent insuffisantes. Le problème est particulièrement aigu dans les 31 pays étudiés ci-après qui ont le plus de mal à financer leurs importations vivrières sur les 88 pays classés par la FAO dans la catégorie des pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV).

La dépendance excessive de beaucoup de pays pauvres à l'égard des importations alimentaires occupe depuis toujours une place importante dans le débat sur le développement, mais elle est particulièrement d'actualité depuis la conclusion récente du Cycle d'Uruguay: la libéralisation des échanges devrait en principe faire monter les cours mondiaux des produits agricoles. En outre, plusieurs des pays considérés devront payer une part croissante de leurs importations aux prix du marché à mesure que leurs fournisseurs réduiront leurs subventions à l'exportation. Peut-être cela donnera-t-il aux pays importateurs l'occasion d'améliorer la production agricole et l'emploi rural, mais il faut pour ce faire que les hausses de prix soient répercutées sur les producteurs. Quels que soient à long terme les avantages en termes de production intérieure, le fait de favoriser les produits d'exportation et de substitution des importations, créera des problèmes immédiats d'accroissement de la facture d'importation alimentaire et d'une probable hausse des prix à la consommation.

Nombre de pays ayant des difficultés à financer leurs importations alimentaires reçoivent un volume important d'aide alimentaire et autres secours d'urgence. Ils bénéficient aussi d'une aide financière extérieure et de divers apports non liés à l'exportation. Mais il faudra trouver des solutions plus durables car les perspectives de l'aide extérieure ne sont guère prometteuses et les ressources disponibles pour l'aide alimentaire, qui déclinent déjà depuis plusieurs années, pourraient, dans le sillage du Cycle d'Uruguay, diminuer encore en raison de la réduction probable des stocks de produits alimentaires. Les pages suivantes sont consacrées à l'évaluation de certains des facteurs déterminants qui serviront de base à l'élaboration de politiques à long terme.

Evolution et structure des importations de produits alimentaires

Parmi les 88 pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV), 31 pays ont consacré au moins le quart de leurs recettes totales d'exportations en 1988-1990 aux importations alimentaires. C'est le critère retenu pour cette étude des pays qui ont le plus de mal à financer leurs importations alimentaires (ci-dessous dénommés PDV, pays à déficit vivrier).

Le tableau 2 présente quelques données de base sur ces pays. La plupart sont relativement petits: 10 d'entre eux seulement ont plus de 10 millions d'habitants. Toutefois, leur population globale est passée de 270 millions d'habitants en 1972 à 400 millions en 1991, signe d'un taux de croissance démographique généralement élevé. Ce sont en outre, par définition, des pays à faible revenu où le PNB par habitant en 1991 était inférieur à 1 000 dollars. Au Mozambique, en Guinée-Bissau, en Somalie, en Sierra Leone, en Ethiopie et au Népal, il ne dépassait pas 200 dollars.

L'ampleur du problème du financement des importations est très variable (tableau 3). En 1989-1991, la valeur des importations alimentaires exprimée en pourcentage des recettes d'exportation allait de 24,2 pour cent (Maldives) à 493,5 pour cent (Cap-Vert). Parmi les pays dont les recettes d'exportations totales étaient insuffisantes pour financer la facture d'importation, on peut citer la Gambie (où la valeur des importations alimentaires correspond à168,8 pour cent de celle des exportations), le Lesotho (173,7 pour cent), la Guinée-Buissau (109,9 pour cent) et Samoa (166,5 pour cent). Au vu de tels chiffres, on peut se demander comment ces pays parviennent à financer leurs importations alimentaires, pour ne parler que de celles-ci. La réponse est à chercher dans les sources de financement non liées aux exportations; par exemple les transferts publics nets (très importants pour beaucoup de PDV et notamment le Cap-Vert et la Guinée-Bissau); les transferts de salaires des émigrés (par exemple les travailleurs migrants du Lesotho, qui sont pour la plupart en Afrique du Sud); les recettes provenant du tourisme (secteur florissant dans certains PDV comme Samoa ou la Gambie); la non-prise en compte des réexportations dans les statistiques officielles (par exemple en Gambie), et enfin, dans bien des cas l'aide alimentaire entrant pour une part importante dans les importations vivrières totales. En dehors de ces cas extrêmes, beaucoup de pays consacrent un pourcentage très élevé de leurs recettes d'exportation à leurs importations alimentaires. Pour les PDV dans leur ensemble, ce pourcentage est un peu supérieur à 50 pour cent en moyenne; il atteint 82,4 pour cent au Proche-Orient et en Afrique du Nord; 47,7 pour cent en Afrique subsaharienne et environ 33 pour cent clans les deux autres régions.

TABLEAU 2
Population et PNB habitant dans les PDV

  1972 1991
  Population PNB par habitant Population par habitant PNB
  (milliers d'habitants) ($EU) (milliers d'habitants) ($EU)
Cap-Vert 273 150 380 750
Gambie 489 130 958 340
Lesotho 1 110 110 1 812 580
Djibouti 198 ... 467 ...
Mozambique 9 845 ... 16 108 80
Guinée-Bissau 551 160 1 001 200
Somalie 4 559 90 7 805 120
Comores 279 110 510 510
Sierra Leone 2 760 160 4 243 200
Ethiopie 30 476 70 52 954 120
Burkina Faso 5 848 70 52 954 120
Togo 2 121 150 3 770 410
Sénégal 4 405 230 7 624 730
Bénin 2 800 140 4 886 380
Rwanda 3 954 80 8 707 250
Mali 5 564 80 8 707 250
Mauritanie 1 277 180 2 024 510
Haïti 4 677 100 6 593 380
Nicaragua 2 204 370 3 773 300
République dominicaine 4 672 430 7 197 940
Samoa ... ... ... ...
Bangladesh 80 000 80 112 000 210
Cambodge 7 114 ... 8 774 ...
Afghanistan 14 356 ... 19 062 ...
Népal 11 890 80 19 401 180
Laos 2 844 ... 4 384 250
Sri Lanka 12 861 190 17 247 500
Maldives 127 ... 227 ...
Egypte 34 253 260 53 571 610
Yémen 6 549 ... 12 999 520
Soudan 15 167 230 25 812 ...

Sources: Banque mondiale. Tableaux mondiaux, 1994; et documentation FAO.

TABLEAU 3
Valeurs des importations alimentaires et part dans les échanges totaux des PDV (par région)

  Valeurs des importations alimentaires Importations alimentaires en pourcentage des importations totales Importations alimentaires en pourcentage des recettes d'exportation Importations alimentaires par habitant
1961 -63
Afrique sub-saharienne 136 132 19,0 27,9 2,2
Amérique latine et Caraïbes 29 091 11,7 10,2 3,2
Asie et Pacifique 237 337 24,1 27,6 2,5
Proche-Orient et Afrique du Nord 256 547 19,6 29,9 5,8
TOTAL 659 107 20,2 26,5 3,2
1975-77
Afrique sub-saharienne 604 016 18,8 32,6 6,7
Amérique latine et Caraïbes 188 456 12,1 13,2 14,9
Asie et Pacifique 652 072 28,2 46,0 4,9
Proche-Orient et        
Afrique du Nord 1 419 944 22,8 61,9 23,3
TOTAL 2 864 488 21,5 41,0 9,7
1989-91
Afrique sub-saharienne 1 626 928 20,8 47,7 13,1
Amérique latine et Caraïbes 452 089 15,9 36,7 26,1
Asie et Pacifique 1 197 395 14,9 31,2 6,6
Proche-Orient et Afrique du Nord 3 144 237 25,3 82,4 35,2
TOTAL 6 420 685 20,6 52,2 15,6

Plus inquiétante encore que les pourcentages eux-mêmes est la rapidité de leur augmentation. En 1961-1963, les PDV consacraient en moyenne 26 pour cent de leurs recettes d'exportation à leurs importations vivrières, soit moitié moins qu'aujourd'hui. Dans une certaine mesure, cette tendance pourrait être accentuée par l'accroissement des recettes non liées aux exportations et par les apports non officiels de ressources.

Une autre façon d'évaluer les importations alimentaires des PDV serait de calculer la part qu'elles représentent dans leurs importations totales de marchandises; c'est là un indicateur important des priorités et des besoins d'un pays en matière d'importation. Si les produits alimentaires occupent une grande place dans les importations totales, on peut penser qu'au delà de la difficulté à financer ces importations de survie, le pays concerné ne peut pas importer les intrants nécessaires à son développement. Cette situation est typique dans les PDV, où les produits alimentaires représentent en moyenne un cinquième des importations totales, et ce de façon assez constante depuis 30 ans; pour l'ensemble des pays en développement, cette proportion est d'environ 10 pour cent. La gravité du problème varie beaucoup selon les pays. En Mauritanie et en Sierra Leone par exemple, les produits alimentaires représentent plus de la moitié des importations totales.

Près de la moitié des importations alimentaires des PDV sont des céréales (tableaux 4 et 5). Cette proportion est assez stable depuis 30 ans, à l'exception du milieu des années 70 où, après la crise alimentaire mondiale, elle avait provisoirement atteint 60 pour cent. Si elle suit une courbe générale ascendante en Afrique subsaharienne, elle reste inchangée en Amérique latine et clans les Caraïbes, ainsi qu'au Proche-Orient et en Afrique du Nord, mais elle diminue dans la région Asie et Pacifique.

Provenance des importations

Le tableau 6 présente la provenance des importations totales et des importations de produits alimentaires de l'ensemble des pays en développement (voir aussi: diversification des marchés et intensification des échanges intrarégionaux, page 214). Il n'existe pas de statistiques indiquant spécifiquement la provenance des importations des PDV, mais on peut assumer qu'elles se répartissent à peu près comme celles de l'ensemble des pays en développement.

En 1991, les importations de produits alimentaires provenaient à 57 pour cent des pays développés à économie de marché, à 35 pour cent des pays en développement et à 8 pour cent des pays d'Europe centrale et orientale et des pays socialistes d'Asie. La part provenant des pays développés à économie de marché était un peu plus élevée en 1970 et 1980, mais il faut noter que les pays en développement dépendent désormais encore plus étroitement des pays développés à économie de marché pour les importations non alimentaires.

Composition des exportations et exportations agricoles

Comme on l'a vu, les PDV sont fortement tributaires de leurs importations de produits alimentaires ainsi que des recettes d'exportation fournies par le secteur agricole (tableau 7A et 7B).

TABLEAU 4
Part des céréales dans les importations alimentaires (par pays)

  1961 1975 - 1977 1989 - 1991

pourcentage

Cap-Vert 49,0 46,5 48,4
Gambie 50,0 50,1 30,5
Lesotho 2,7 23,1 14,4
Djibouti 54,4 25,0 28,8
Mozambique 37,2 70,9 67,7
Guinée-Bissau 40,5 60,0 73,0
Somalie 45,8 62,9 74,5
Comores 84,9 65,7 57,5
Sierra Leone 25,3 22,6 54,3
Ethiopie 19,4 61,4 75,5
Burkina Faso 15,8 34,9 48,6
Togo 14,4 14,7 43,6
Sénégal 3,2 45,5 47,5
Bénin 21,6 38,8 51,8
Rwanda 0,0 10,8 24,1
Mali 7,7 41,6 32,1
Mauritanie 40,8 37,1 35,3
Haïti 48,0 64,0 48,3
Nicaragua 43,7 30,5 50,8
République dominicaine 44,3 64,8 42,2
Samoa 23,3 23,4 18,7
Bangladesh 96,1 93,3 52,6
Cambodge 17,7 88,5 80,4
Afghanistan 33,6 6,4 38,0
Népal 3,4 0,5 3,7
Laos 88,5 92,3 44,3
Sri Lanka 46,4 85,2 40,5
Maldives 29,7 41,8 54,2
Egypte 66,8 68,7 54,9
Yémen 23,9 31,3 42,3
Soudan 18,2 16,8 56,9

Source: FAO

TABLEAU 5
Part des céréales dans les importations alimentaires (par région)

  1961-1963 1975-1977 1989-1991

pourcentage

Afrique Subsaharienne 32,1 43,6 48,4
Amérique latine et Caraïbes 45,1 56,9 45,8
Asie et Pacifique 63,2 82,1 42,9
Proche-Orient et Afrique du Nord 52,1 57,8 52,6
TOTAL 51,1 60,3 49,2

Source: FAO.

TABLEAU 6
Provenance des importations (importations totales et produits alimentaires)

Provenance

Total

Total Produits alimentaires

1970 1980 1991 1970 1980 1991
Pays développés à économie de marché 72,2 62,7 63,5 61,4 62,7 57,1
Pays en développement 19,0 29,6 29,2 28,5 27,7 34,9
Europe centrale et orientale 6,9 5,9 1,7 4,6 3,9 1,6
Pays socialistes d'Asie 1,8 1,8 5,6 5,5 5,6 6,4
TOTAL 100.0 100.0 100.0 100.0 100,0 100,0

Source: CNUCED Manuel de statistiques du commerce international et du développement 1993.

En 1990, les produits agricoles représentaient plus de 80 pour cent des exportations totales dans 10 des 26 pays pour lesquels on disposait de données. Dans cinq autres, cette part dépassait 60 pour cent. Mais d'une façon générale, elle tend à baisser depuis 30 ans, à cause du manque de dynamisme de la production agricole destinée à l'exportation.

Les articles manufacturés représentaient plus de 20 pour cent des recettes totales d'exportation dans il pays seulement sur les 26 qui sont à l'étude. Dans trois d'entre eux, l'Afghanistan, l'Egypte et dans une moindre mesure le Sénégal, les combustibles tiennent une place importante dans les exportations.

Dans beaucoup de PDV, l'essentiel des exportations concerne un seul produit agricole, parfois quelques-uns (tableau 8 page 50). Parmi ceux pour lesquels on peut dégager une tendance entre 1961 et 1992 environ 60 pour cent ont diversifié leurs exportations; ceux qui ont accru leur dépendance à l'égard d'un seul produit ou d'un petit nombre de produits sont minoritaires.

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