Chapitre 2 - Situation par région

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I. Régions en développement
Il. Régions développées

I. Régions en développement

Vue d'ensemble
Afrique du sud
Vue d'ensemble
L'Inde
Vue d'ensemble
Amérique centrale
Vue d'ensemble
Jordanie

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Vue d'ensemble

Evolution économique

La croissance économique de l'Afrique subsaharienne semble avoir décollé: alors qu'en 1993, elle n'avait pas dépassé 0,5 pour cent, elle a atteint environ 2 pour cent en 1994. Ce taux reste toutefois nettement inférieur à celui de la croissance démographique, de sorte que la baisse du revenu par habitant se poursuit; selon la Banque mondiale, cette baisse aurait atteint 15 pour cent en vingt ans.

Quoi qu'il en soit, dans beaucoup de pays de la région, les perspectives économiques à court terme sont meilleures qu'elles ne l'ont été depuis longtemps: l'environnement extérieur est plus favorable; les prix des produits agricoles se sont raffermis; certains conflits sont en voie d'apaisement notamment en Afrique australe; la dévaluation du franc CFA a eu des effets positifs; la stabilisation et la libéralisation de l'économie progressent; enfin, l'Afrique du Sud est de plus en plus intégrée dans l'économie mondiale (voir section suivante). Selon les projections de la Banque mondiale, la production augmentera de 3,8 pour cent par an entre 1995 et l'an 2000. La Banque mondiale reconnaît toutefois que ces projections sont peut-être optimistes. Leur réalisation dépendra pour beaucoup de trois facteurs d'ordre économique et politique: premièrement, les pays réussiront-ils à utiliser à des fins productives la manne que représente pour eux la hausse du prix des produits sans céder à la tentation de laisser la consommation s'envoler jusqu'à des niveaux insupportables? Deuxièmement, auront-ils la volonté politique de poursuivre la réforme à un moment ou les contraintes extérieures se relâchent et les pressions intérieures s'atténuent? Troisièmement, pourront-ils améliorer leur stabilité politique et sociale? Il ne faut pas se leurrer: le boom du prix des produits ne sera pas éternel et il est possible que l'assistance extérieure diminue beaucoup au C ours des années à venir.

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

PRODUCTION AGRICOLE ET PRODUCTION VIVRIÈRE PAR HABITANT

COMMERCE AGRICOLE

EXPORTATIONS AGRICOLES (Indice 1979-1981 = 100)

IMPORTATIONS AGRICOLES (Indice 1979-1981 = 100)

Performances de l'agriculture

Dans le secteur agricole, qui, d'une manière générale, fournit un tiers du PIB et emploie plus des deux tiers de la population active, le dernier quart de siècle a été caractérisé par une baisse régulière de la production par habitant. Après avoir culminé en 1975, elle n'a cessé de diminuer depuis lors, si ce n'est brièvement pendant la deuxième moitié des années 80, de sorte qu'elle était en 1993 de 20 pour cent inférieure à la crête de 1975. L'évolution de la production vivrière a été à peu près identique, avec une baisse globale par habitant qui a atteint 23 pour cent. Après une modeste amélioration en 1993, la production vivrière totale n'ayant augmenté que de 1,1 pour cent, la production par habitant a baissé de 2 pour cent en 1994. Pour 1995, les perspectives varient selon les sous-régions. Les approvisionnements alimentaires semblent en général satisfaisants en Afrique occidentale et centrale, car la plupart des pays ont engrangé des récoltes supérieures à la moyenne, à l'exception du Libéria, où la production et la distribution ont été perturbées par les troubles civils.

En revanche, l'Afrique australe est menacée en 1995/96 d'un vaste déficit céréalier suite aux sécheresses qui ont sévi dans de nombreux pays, notamment au Botswana, au Lesotho, en Namibie, en Afrique du Sud et dans certaines parties du Swaziland, du Zimbabwe, du Malawi, du Mozambique et de la Zambie. Les besoins d'importations céréalières de la sous-région flamberont et des interventions d'urgence seront nécessaires localement pour secourir les victimes de ces sécheresses. En Afrique de l'Est, d'importants secours seront aussi nécessaires pendant toute l'année 1995, bien que les récoltes n'aient pas été mauvaises partout. Au Burundi et au Rwanda, la production vivrière, dévastée par les troubles civils, n'est pas remontée au niveau antérieur, et un grand nombre de personnes déplacées à l'intérieur de ces pays ont encore besoin d'une aide alimentaire d'urgence. En Somalie, des problèmes de ravitaillement pourraient resurgir si la sécurité se dégrade à la suite du départ de l'Opération des Nations Unies en Somalie (ONUSOM).

Commerce agricole

Les nouveaux créneaux crées par l'évolution récente du marché des produits ont donné une impulsion sensible à l'économie de beaucoup de pays de la région. La hausse des prix des produits de base autres que le pétrole entre 1993 et 1994/95 a amélioré considérablement les termes de l'échange. Vingt pays, dont 13 sont des pays d'Afrique subsaharienne, ont vu leur PIB faire un bond de 4 pour cent en moyenne. Les gains résultant de l'amélioration des termes nets de l'échange ont atteint 12 pour cent du PIB en Côte d'lvoire, près de 7 pour cent au Ghana et de 4 à 5 pour cent au Tchad, au Cameroun et au Zaïre. A court terme, cela devrait être très bénéfique tant pour les producteurs et les exportateurs du secteur agricole que pour l'ensemble de l'économie (voir Chapitre 1). Toutefois, comme on l'a vu plus haut, il faut s'attendre à ce que les prix des principaux produits d'exportation de l'Afrique retombent graduellement.

Dévaluation du franc CFA

Le secteur d'exportation et l'économie en général des 14 pays de la zone franc ont aussi bénéficié de la dévaluation du franc CFA intervenue au début de 1994 et qui fut accompagnée d'une assistance financière internationale. Un an et demi après, les pronostics semblent favorables, en dépit de problèmes de gestion sociale et économique provoqués par l'effet immédiat de cette opération sur les prix et les incertitudes qui pèsent sur son succès à long terme. La dévaluation a aussitôt provoqué une augmentation brutale des prix des marchandises importées, y compris les aliments de base, ce qui a déclenché une vague de grèves et de manifestations dans plusieurs pays. Grâce à une rigoureuse austérité budgétaire et monétaire, les taux d'inflation ont été ramenés au cours des mois suivants à quelque 20 à 40 pour cent par an, donnant un démenti à ceux qui prédisaient une hyperinflation. Toutefois, des symptômes de dérapage de l'inflation sont apparus récemment dans quelques pays, ainsi que des brèches dans la discipline budgétaire. En outre, les séquelles de la dévaluation continuent de créer des problèmes sociaux. A l'issue d'une réunion organisée en février 1995 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'UNESCO, les participants ont conclu que dans les 14 pays concernés, les niveaux de vie avaient baissé dans les villes, que les services de santé s'étaient dégradés, que le budget de l'éducation avait beaucoup souffert.

D'un autre côté, la dévaluation a donné une forte impulsion aux recettes d'exportation et a beaucoup aidé à réduire les déficits extérieurs. Cela a soulagé les tensions économiques, mais il reste beaucoup à faire pour renforcer la compétitivité et équilibrer la balance courante. Les exportateurs de produits agricoles ont beaucoup gagné à cette dévaluation qui a coïncidé avec une période de forte hausse du cours mondial de plusieurs de leurs principaux produits d'exportation. Ainsi, l'activité économique de la Côte d'lvoire, enlisée dans la récession depuis le milieu des années 80, a progressé de près de 2 pour cent en 1994 et devrait augmenter encore de 5 pour cent en 1995, principalement grâce au dynamisme des exportations. Les gains sont attribuables à plusieurs produits, en particulier aux exportations de cacao. La croissance économique devrait s'accélérer aussi au Sénégal, pour atteindre 3,5 pour cent en 1 995 (contre 1,8 pour cent en 1994) grâce en grande partie aux exportations d'arachide qui ont bénéficié de la dévaluation tandis que les cours mondiaux se maintenaient au niveau le plus élevé enregistré depuis 1990. Dans les autres pays, la performance des exportations a été plus mitigée. Après une flambée initiale, les exportations agricoles du Burkina Faso, sauf celles de coton, ont perdu leur dynamisme. Diverses mesures ont été appliquées dans le secteur alimentaire pour amortir l'effet de la dévaluation sur les consommateurs (contrôle des prix, réglementation du commerce extérieur, filets de protection sociale, etc.).

Contrôle des prix. La première mesure prise par la plupart des gouvernements après la dévaluation a été de resserrer les contrôles ou de bloquer les prix. Des pénuries et des ruptures d'approvisionnements en ont résulté et les prix ont dû être relevés ou libérés, mais non sans à-coups. Il est difficile d'adapter les politiques de prix à des situations changeantes, le Cameroun en montre l'exemple: le 19 janvier, le gouvernement annonce un relèvement de 85 pour cent du prix du pain et de la farine de blé; trois jours plus tard, il annule cette décision et bloque les prix pour six mois; à la fin du mois, il est de nouveau contraint de renoncer à ce blocage et annonce que le prix du blé et de la farine de blé augmente de 30 à 40 pour cent; la hausse est considérable, certes, mais bien inférieure à celle qui avait été annoncée le 19 janvier. Le prix du pain a été maintenu au niveau d'avant la dévaluation, mais les boulangers ont été autorisés à réduire le poids des pains. En juin 1994, le gouvernement a abrogé le contrôle des prix de cinq aliments de base, y compris le riz et la farine.

Au Mali, le tableau est le même: les prix d'un panier d'aliments de base sont d'abord bloqués; peu après, ceux de 34 produits de première nécessité, y compris les céréales, sont relevés. Le stockage abusif et les pénuries continuant, une hausse modérée des prix est alors autorisée.

Au Congo, à la suite de la dévaluation, une hausse brutale des prix est aggravée par des troubles civils qui perturbent les transports ferroviaires. Pour parer aux effets des pénuries qui en résultent, les prix officiels du pain et de la farine sont bloqués jusqu'au début du mois de mars. Un prix plafond est ensuite fixé pour la farine de blé. Au Niger et au Togo, les prix ont également été bloqués, mais le contrôle s'est très vite assoupli.

Modifications du régime du commerce extérieur. Plusieurs gouvernements ont d'abord réussi à réagir à la crise en réduisant les droits de douane sur les denrées alimentaires et autres articles de première nécessité. Au Cameroun, les droits sur le blé et le riz ont été suspendus du 17 février au 30 juin et fixés à 5 pour cent après cette date. Au Congo, le gouvernement a cessé de percevoir les impôts sur les produits de base importés. La Côte d'lvoire avait importé des volumes considérables de riz et constitué des stocks avant la dévaluation, ce qui l'a aidée à amortir le choc sur les consommateurs urbains. Après la dévaluation, qui a fait doubler le prix c.a.f. (coût assurance, fret) du riz importé, les droits de douane sur la plupart des produits alimentaires et des boissons, y compris deux qualités de riz très consommées dans les villes, ont été réduits. Au Sénégal, les droits de douane sur tous les produits ont été ramenés de 15 à 10 pour cent en février, tandis que le riz et le blé ont non seulement été admis en franchise, mais exonérés de certains impôts intérieurs. Les droits d'importation ont aussi été beaucoup réduits au Niger et au Gabon.

Filets de protection sociale. La plupart des gouvernements ont mis en place des filets de protection pour préserver les populations pauvres, fût-ce à titre transitoire. Ces efforts ont été appuyés par une assistance internationale directement ou indirectement ciblée sur l'action sociale. En particulier, le gouvernement français a alloué 300 millions de francs français (51 millions de dollars) à des «fonds sociaux» pour les pays de la zone franc.

Les mesures de protection sociale ont varié selon les pays: programmes alimentaires et nutritionnels et programmes intensifs de travaux publics au Tchad; programme spécial de création d'emplois dans les travaux publics et l'entretien des infrastructures au Cameroun; accroissement du budget social et création d'une caisse de développement communautaire aux Comores; relèvement des traitements, salaires et pensions dans plusieurs pays, notamment en Côte d'lvoire, au Mali et au Niger. Au Gabon, des crédits ont été alloués au budget de 1994 pour subventionner temporairement les biens de consommation essentiels tels que le pain. En Côte d'lvoire, les subventions à la consommation, appliquées temporairement pour amortir le choc de la hausse des prix provoquée par la dévaluation, doivent être maintenues au moins jusqu'en octobre 1995.

Politiques agricoles

L'agriculture de l'Afrique subsaharienne est restée soumise à l'influence dominante des politiques générales de libéralisation économique, de privatisation et de désengagement de l'Etat. Toutefois, les mesures de libéralisation du secteur agricole ont été la plupart du temps partielles et fragmentaires et elles ont alterné avec des retours à un régime d'intervention qui a parfois pris des formes nouvelles. Cette discontinuité s'explique, dans certains cas, par les impératifs sociaux et économiques et par l'Etat du marché, mais dans d'autres cas, les crises à répétition témoignent d'une incapacité politique à maintenir un cadre cohérent pour installer la réforme. La libéralisation de marchés autrefois très réglementés, et qui le sont encore bien souvent, est particulièrement difficile dans la région. Les problèmes sociaux ne laissent qu'une marge étroite de manœuvre et l'efficacité des mesures est limitée par des contraintes financières, administratives et infrastructurelles. Les pays ont cherché de diverses façons à surmonter ces contraintes.

En ce qui concerne les interventions sur le marché, la Côte d'lvoire, a conclu avec la Banque mondiale un accord qui a amené à redéfinir le rôle de l'Office national des produits agricoles: le rôle de l'Etat dans la commercialisation diminuera, les exportateurs et producteurs privés jouiront de plus d'autonomie.

Au Kenya, l'Office national des céréales et des produits agricoles, ne pouvant pas payer les livraisons de blé et de maïs, a encouragé les producteurs a chercher d'autres débouchés. Au lieu de soutenir directement les prix à la production, le gouvernement oriente son aide aux populations rurales en améliorant les routes d'accès et en développant les services d'études de marché, de recherche et de vulgarisation; c'est une stratégie qui se répand largement dans la région. La privatisation du secteur caféier sera graduelle de façon à assurer le maintien de la qualité sur les marchés intérieurs. Ainsi, des licences sont désormais délivrées à des grilleries privées et les enchères se tiennent en dollars EU.

Au Sénégal, la subvention des engrais a été pratiquement supprimée et le crédit agricole réduit. Le contrôle du prix du riz de qualité a été supprimé mais l'Etat continue d'intervenir sur la production et la commercialisation du coton, du riz et de l'arachide. Une déclaration de politique de développement agricole a été promulguée en avril 1994: elle annonçait des programmes de libération des prix et de privatisation qui bénéficiaient d'un prêt d'ajustement structurel consenti par la France, l'Allemagne, le Fonds européen de développement et les Etats-Unis. La libéralisation du marché du riz se poursuivra, de même que la privatisation. Il a été décidé notamment de privatiser l'Office de l'arachide, mais les modalités de cette privatisation sont encore à l'étude.

En Ethiopie, une loi a été promulguée pour améliorer la gestion des entreprises publiques et supprimer le monopole et les pouvoirs de certaines sociétés publiques de commercialisation et de commerce extérieur. Depuis avril 1992, les entreprises privées peuvent commercialiser et distribuer les semences et les engrais.

Dans le domaine du commerce extérieur, la politique d'ouverture est maintenue, mais dans beaucoup de pays, la libéralisation procède par à-coups, avec des retours en arrière et des relâchements. Au Kenya, les importations de maïs et de blé, à l'exclusion des secours humanitaires, ont été suspendues pour six mois, au milieu de 1994. Pour le maïs, l'interdiction a été levée à la fin de 1994, mais des droits variables ont été mis en place. Ces mesures visaient à freiner les importations de maïs qui avaient atteint des proportions considérables à la suite d'une sécheresse grave et prolongée. Il fallait protéger les producteurs kényans contre la crise que risquait de provoquer la libéralisation de la commercialisation du maïs. Les problèmes financiers et les déséquilibres du marché résultant de la dépendance excessive à l'égard des importations ont amené le gouvernement à adopter pour le secteur alimentaire une stratégie officielle visant principalement à accroître le taux d'autosuffisance vivrière. Plusieurs mesures ont été adoptées à cet effet, notamment dans le domaine du commerce: exonération de l'impôt sur le revenu pour les producteurs de maïs; allocation prioritaire de devises et subventions aux importateurs d'engrais pour arrêter la baisse de la consommation de ces produits; crédit subventionné aux petits agriculteurs; renforcement du crédit agricole; protection de la production nationale de céréales vivrières de base, notamment par des droits d'importation.

Au début de 1994, le gouvernement du Nigéria a interdit les importations de maïs, d'orge et de riz. Cette mesure a été annulée au début de 1995 pour le riz, mais elle a été remplacée par un droit de douane de 100 pour cent.

A la fin de 1994, l'instabilité de l'offre en maïs dans la Copperbelt en Zambie a amené les autorités locales à en interdire la sortie hors de cette zone. On prévoit pour 1995 un déficit de 270 000 tonnes de maïs; la consommation nationale de cette céréale est de 212 000 tonnes par mois.

Les pénuries alimentaires aiguës provoquées par la sécheresse en Tanzanie ont amené le gouvernement à encourager les milieux d'affaires locaux à importer des vivres pour éviter la famine. Les exportations de produits alimentaires ont été interdites à la fin de 1994, car la contrebande provoquait une hémorragie de quelque 95 000 tonnes de céréales par an au profit des pays voisins.

La Sierra Leone, autrefois exportatrice nette de riz, a vu ses approvisionnements se détériorer sous l'effet de troubles civils et d'actions menées par les rebelles; elle est peu à peu devenue importatrice nette. Pour stimuler la production, le gouvernement a récemment institué un droit de douane de 15 pour cent sur cette céréale et exonéré le riz de production nationale de la taxe de 10 pour cent sur le chiffre d'affaires.


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