ASIE ET PACIFIQUE

Vue d'ensemble

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Evolution économique

La région Asie-Pacifique est restée en 1994 la plus dynamique du monde; le taux de croissance économique s'est élevé à 8,2 pour cent. Un taux de croissance du PIB supérieur à 7 pour cent a été enregistré dans neuf pays, parmi lesquels certains sont les plus peuplés du monde: République populaire de Chine, Inde, Indonésie, République de Corée, Pakistan et Philippines. Les perspectives semblent également bonnes pour 1995 et 1996. La Banque asiatique de développement (BAsD) prévoit pour la région un taux moyen de croissance de 7,5 pour cent par an pour les deux prochaines années.

Les exportations de la région ont augmenté très vite: de 11 pour cent en 1993 et de près de 1 7 pour cent en 1994. Cette expansion s'explique en partie par la reprise dans certains pays de l'OCDE (en particulier les Etats-Unis), par les importants investissements effectués dans les industries de l'informatique et de l'électronique dans toute la région et par l'accroissement rapide des investissements étrangers, notamment en Asie du Sud.

Les échanges intrarégionaux ont continué à augmenter plus rapidement que le commerce avec le reste du monde tandis que la coopération économique, tant formelle qu'informelle, ainsi que l'intégration, se sont renforcées. En particulier, les pays cherchent à tirer les leçons de l'expérience positive des «triangles de croissance» afin d'encourager de nouvelles initiatives d'intégration économique sous-régionale. La récente dépréciation du dollar EU par rapport au yen est l'unique point noir. Comme la dette de nombreux pays de la région est majoritairement libellée en yens, les recettes d'exportation qui sont, elles, libellées en dollars, ne leur permettront pas d'en assurer le service aussi facilement que les années précédentes.

En Chine, le taux de croissance économique, qui avait atteint en 1993 le chiffre exceptionnel de 13,4 pour cent, a encore été de 11,8 pour cent en 1994. La Chine a accéléré ses réformes économiques, et a entrepris d'unifier les taux de change, de renforcer la banque centrale et de réorganiser les banques commerciales. L'abandon du double taux de change s'est traduit par une dévaluation de fait de 50 pour cent, ce qui est une des causes du bond de 30 pour cent des exportations observé en 1994. Le gouvernement a continué à supprimer graduellement les subventions aux agriculteurs, aux consommateurs et aux entreprises d'Etat.

ASIE ET PACIFIQUE

PRODUCTION AGRICOLE ET PRODUCTION VIVRIÈRE PAR HABITANT

COMMERCE AGRICOLE

EXPORTATIONS AGRICOLES (Indice 1979-1981 = 100)

IMPORTATIONS AGRICOLES (Indice 1979-1981 = 100)

En Inde, pays classé au deuxième rang des pays en développement de la région, le taux de croissance a atteint 5,3 pour cent, contre 4,3 pour cent en 1993. C'est en grande partie au programme de stabilisation et à la libéralisation du marché entreprise en 1991 qu'est imputable l'accroissement récent des investissements privés, de l'épargne intérieure et des apports de capital étranger. La stabilisation et la réforme ont aussi progressé dans d'autres pays d'Asie du Sud. Avec un taux de croissance de 7 pour cent, le Népal a enregistré les meilleurs résultats économiques de la décennie; au Bangladesh, le taux de croissance de l'économie a atteint, en 1994,4,6 pour cent sur le plan global et 13 pour cent dans le secteur manufacturier.

En Asie du Sud-Est, le dynamisme confirmé des trois pays de pointe, l'lndonésie, la Malaisie et la Thaïlande, a permis d'améliorer encore tous les résultats en 1994. Contrairement aux années passées, les Philippines ont aussi participé à cette forte croissance. La reprise économique est tirée par le secteur industriel, dont l'activité a augmenté de 6,1 pour cent en 1994 (contre 1,6 pour cent en 1993). Au cours des prochaines années, l'agriculture des pays d'Asie du Sud-Est se ressentira non seulement des résultats du Cycle d'Uruguay, mais aussi de l'Accord de libre échange de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) car les produits agricoles ne seront pas exclus des réductions tarifaires prévues.

La croissance du PIB dans les îles du Pacifique a ralenti, tombant à 1,4 pour cent en 1994 (contre 11,8 pour cent en 1993) et les exportations ont un peu diminué. C'est à la Papouasie-Nouvelle-Guinée qu'est imputable l'essentiel du ralentissement de la croissance et des exportations sous-régionales. Toutefois, cette chute brutale du taux de croissance s'explique en grande partie par les méthodes de comptabilité nationale et ne correspond pas à un grave ralentissement de l'activité économique. En 1993, le taux de croissance de l'industrie avait atteint 35 pour cent grâce à la mise en valeur de nouveaux gisements de pétrole; en faisant abstraction de cet effet, la croissance du secteur industriel, pour 1994, a ralenti de plus de 4 points. Parmi les autres îles, la croissance s'est accélérée à Fidji (3,2 pour cent) et à Tonga (4,7 pour cent) tandis qu'elle s'est maintenue aux environs de 4 pour cent dans les îles Salomon.

Les hauts et les bas du secteur agricole

En 1994, la production agricole a augmenté de 2,5 pour cent dans la région Asie-Pacifique. Toutefois, la production céréalière a baissé de plus de 5 millions de tonnes, principalement à cause des intempéries qui ont sévi en Chine. Globalement, les résultats de l'agriculture de la région restent bons. Entre 1990 et 1994, la production agricole a augmenté de 13 pour cent et la production vivrière par habitant de 7 pour cent. Le tableau 11 présente les taux de croissance du PIB agricole de 1992 à 1994 et des estimations pour 1995.

En Chine, la croissance du secteur agricole a été limitée à3,5 pour cent en 1994 à cause des intempéries: plus de 50 millions d'hectares de cultures ont été dévastés par des inondations ou des sécheresses. Pourtant, la production céréalière a à peine baissé par rapport au niveau record de 1993: elle a atteint 397 millions de tonnes contre 406. La production de coton a augmenté de plus de 13 pour cent, celle de graines oléagineuses de 10 pour cent et celle de fruits de 15 pour cent. Une progression de 12 pour cent a été enregistrée pour la viande, de 6 pour cent pour les produits laitiers et de 15 pour cent pour les produits de la pêche.

Les responsables de la politique agricole craignent que l'effet conjugué des prix d'achat relativement faibles des céréales livrées à l'Etat, de la forte hausse du prix des engrais et des autres intrants ainsi que de l'ouverture de nouveaux créneaux économiques dans les autres secteurs ne réduisent les investissements privés dans l'agriculture et la superficie consacrée à la céréaliculture. En outre, l'écart entre les revenus ruraux et les revenus urbains se creuse, ce qui accélère l'exode rural. Pour remédier à ces problèmes, le gouvernement prévoit pour 1995 d'améliorer l'approvisionnement en intrants et l'accès à ces intrants, de développer les réseaux d'irrigation et les infrastructures connexes, d'accroître les investissements dans la production d'engrais minéraux et de renforcer les services d'éducation, de recherche et de vulgarisation agricoles.

En Asie du Sud, l'Inde a engrangé une récolte céréalière record de 212,5 millions de tonnes en 1994, grâce à une bonne mousson (la politique agricole de l'Inde est présentée page 115). Au Sri Lanka, le PIB agricole a augmenté de 3,4 pour cent; s'il est vrai que la production de riz n'est qu'en légère hausse, celle de thé a dépassé de 4 pour cent le niveau de 1993 et de 35 pour cent celui de 1992. En octobre 1994, le nouveau gouvernement sri-lankais a rétabli le programme de subvention des importations d'engrais. Celui-ci a permis de réduire de 30 pour cent leur prix de vente, mais il a été remplacé par des subventions directes aux petits exploitants pour des raisons budgétaires.

TABLEAU 11
Taux de croissance du PIB agricole

Pays 1992 1993 1994 19951
Bangladesh 2.2 1.8 1.8 2.6
Cambodge 1.9 -2.0 1.4 ...
Chine 4.1 4.0 3.5 4.0
Inde 5.1 2.9 2.4 3.0
Indonésie 6.6 1.4 1.6 4.3
Laos 8.3 2.7 7.6 ...
Malaisie 4.3 3.9 0.5 2.3
Mongolie -3.9 -7.0 7.1 ...
Myanmar 10.5 5.1 6.4 ...
Népal -1.1 -1.4 7.7 -1.0
Pakistan 9.5 -5.3 2.6 2.8
Philippines 0.4 2.1 2.4 3.0
Sri Lanka -1.6 4.9 3.4 2.6
Thaïlande 4.2 -1.7 2.9 2.9
Viet Nam 7.2 3.8 3.9 3.5

1 Projections
Source: BAsD. Asian Development Outlook 1994, Manille.

Au Pakistan, le secteur agricole a enregistré en 1994 une croissance de 2,6 pour cent; la production de canne à sucre ainsi que de produits de la pêche, des forêts et de l'élevage a augmenté. Malheureusement le coton a été infesté par des maladies et des ravageurs. Or, le coton représente en moyenne quelque 50 pour cent des recettes d'exportation du Pakistan et la production de 1994 est inférieure de 30 pour cent au niveau record de 1991. Pour stimuler la production et les exportations, le gouvernement a autorisé le secteur privé à exporter du coton cette année et supprimé les taxes à l'exportation.

En Indonésie, la croissance du secteur agricole n'a pas dépassé 1,6 pour cent en 1994: la production de riz a diminué de 4 pour cent à cause des intempéries; la production de caoutchouc a souffert des incendies de forêts et d'une série de sécheresses dont la dernière a aussi affecté la crevetticulture. Selon un rapport du gouvernement, 10 pour cent des entreprises de crevetticulture ont également été victimes de pollutions industrielles en 1994. Inquiet de l'amenuisement des superficies agricoles, le gouvernement a interdit l'affectation de terres fertiles à des usages résidentiels ou industriels à Java et à Bali. Pour améliorer l'aménagement des forêts, une nouvelle législation sanctionne par la révocation des concessions toute vente ou entreposage de bois coupé illégalement, l'abandon d'une concession pendant deux années consécutives, le transfert d'une concession forestière à une partie tierce sans autorisation préalable et toute violation des lois sur la protection des forêts.

Au Viet Nam, bien que 200000 hectares de rizières aient souffert des inondations dans le nord et le sud du pays, le PIB agricole a augmenté de près de 4 pour cent. La réforme récente du régime juridique a suscité un accroissement notable des investissements étrangers dans l'agriculture, l'agroforesterie, les pêches et la production de sucre. En 1994, le gouvernement a pris plusieurs mesures en vue d'intégrer davantage l'économie nationale: le Viet Nam a acquis le statut d'observateur au GATT (aujourd'hui Organisation mondiale du commerce) il est devenu membre de plein droit de la Conférence de coopération économique du Pacifique et il a adhéré à l'ANASE.

Les risques et les espoirs

Bien que la part de l'agriculture dans le PIB ait régulièrement diminué depuis le milieu des années 80, tombant de 30 pour cent à quelque 20 pour cent, celle-ci reste le principal moteur de l'économie et la principale source d'emplois dans beaucoup de pays d'Asie. Plus de 65 pour cent des habitants de la région vivent encore en zone rurale et l'agriculture emploie plus de la moitié des actifs. D'une façon générale, la production vivrière et les disponibilités alimentaires globales se sont beaucoup améliorées. A l'échelle de l'ensemble de la région, la ration calorique moyenne est passée de 2 314 kilocalories en 1980-1982 à 2542 kilocalories en 1990-1992.

Grâce à une expansion économique rapide, à une croissance des revenus largement répartie et à l'essor des recettes d'exportation, beaucoup de pays de la région ont accru leur capacité d'importer des produits tels que la viande de bœuf et de volaille pour répondre à la nouvelle demande des consommateurs. Ainsi, la valeur des importations de viande augmente de plus de 6 pour cent par an depuis dix ans 1 "c pays de la région Asie - Pacifique sont le marché d'importations agricoles qui connaît plus forte croissance du monde. Ils absorbent 65 pour cent des importations agricoles du monde en développement. Mais, grâce au dynamisme de la production alimentaire, dans beaucoup de pays, notamment en Chine, en Inde, en Indonésie et en Thaïlande, les importations vivrières peuvent augmenter suffisamment pour faire face à l'évolution des habitudes alimentaires et à la croissance démographique sans que le ratio importations: consommation augmente.

La mesure dans laquelle la croissance de la production et des exportations agricoles pourra continuer à l'avenir dépendra beaucoup des possibilités de maintenir l'élan de la croissance économique malgré la limitation des ressources naturelles et la nécessité de sauvegarder l'environnement (voir dans l'encadré 3 une analyse des problèmes de dégradation des terres dans la région Asie-Pacifique).

Dans la plupart des pays de la région, la croissance économique a été soutenue par de sages politiques macroéconomiques qui ont freiné l'inflation et limité l'impasse budgétaire et le déficit de la balance courante. En outre, dans toute la région, y compris dans les ex-pays à économie planifiée, l'économie a été libéralisée par des réformes structurelles progressives qui ont permis au secteur agricole de s'adapter et de profiter de l'évolution de la conjoncture intérieure et extérieure. L'expérience des pays d'Asie où la réforme est la plus avancée montre l'importance des mesures d'accompagnement: suivi et évaluation attentifs; choix judicieux du calendrier et de l'échelonnement des nouvelles mesures; mise en place des institutions nécessaires pour appliquer sans délai des mesures correctives qui améliorent la sécurité alimentaire des groupes vulnérables touchés par la réforme.

Il est essentiel que ce processus d'ajustement visant à rationaliser l'utilisation des ressources et à stimuler l'investissement dans l'agriculture se poursuive dans la région. Selon plusieurs études récentes, il faut s'attendre à un déclin de la production agricole par habitant dans la région. Ce déclin sera plus marqué en Asie de l'Est qu'en Asie du Sud. Toutefois, une décélération de la croissance de la demande par habitant est également prévue. La demande de céréales devrait croître à peu près au même rythme que la production, notamment en Asie de l'Est, de sorte que les taux d'autosuffisance ne devraient guère changer globalement. Cependant, alors que les importations céréalières nettes pourraient n'augmenter d'ici l'an 2010 que de deux millions de tonnes en Asie de l'Est, elles pourraient doubler, pour atteindre 10 millions de tonnes en Asie du Sud.

Sur vingt ans, de 1990 à 2010, la FAO estime que les taux globaux d'autosuffisance céréalière se maintiendront aux environs de 96-97 pour cent en Asie de l'Est mais tomberont de 102 à 97 pour cent en Asie du Sud. il y a donc lieu de prévoir une augmentation régulière du volume des importations de blé dans les pays tropicaux, de riz dans les pays producteurs à coût élevé et de maïs dans les pays où le secteur de l'élevage se développe rapidement.

Dans certains pays, tels que la République de Corée, qui ne manquent pas de devises et où la production diminue, la dépendance à l'égard des importations céréalières augmentera probablement, notamment pour le blé et les céréales secondaires. Dans les pays à bas revenu et à déficit vivrier et dans la plupart des pays insulaires du Pacifique, l'évolution des habitudes alimentaires, l'accroissement des revenus et la stagnation de la production devraient se traduire par une augmentation des importations de céréales. Ailleurs, notamment en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines et au Sri Lanka, le coût élevé de l'entreposage a amené les gouvernements à réduire les stocks alimentaires. Si d'autres pays font de même, l'effet régulateur des stocks nationaux sur la stabilité des prix et de l'offre internationaux risque de s'éroder.

ENCADRÉ 3
RESSOURCES NATURELLES ET AGRICULTURE DANS LA RÉGION ASIE-PACIFIQUE

Dans les pays de la région Asie-Pacifique, la poursuite de la croissance de la production agricole et alimentaire sera conditionnée par deux problèmes connexes, la dégradation des terres et la pénurie croissante d'eau. Une proportion importante des terres cultivées de l'Asie sont fragiles, qu'il s'agisse des terres arides et des terres semi-arides d'agriculture pluviale, des zones où les pluies sont parfois capricieuses, ou encore des terres en forte pente ou des sols pauvres. C'est dans ces zones que la dégradation de l'environnement et le paupérisme rural sont les plus graves.

La FAO estime que la «réserve» de terres cultivables non exploitées en Asie du Sud, qui représente actuellement 0,51 hectare par personne, diminuera de moitié en 20 ans; en Asie de l'Est (Chine non comprise), elle diminuera d'un tiers, tombant à 0,103 hectare par personne. La possibilité d'accroître les terres cultivées est donc plus limitée qu'en aucune autre région si ce n'est au Proche-Orient et en Afrique du Nord. Faute de nouvelles terres à cultiver, et en raison des pertes constantes de terres agricoles fertiles au profit d'autres utilisations des sols, l'accroissement de la production ne dépendra plus que de l'augmentation des rendements. Mais comment accroître les rendements alors que l'érosion et l'épuisement des éléments fertilisants des sols s'accélèrent, alors que les ressources en eau souffrent de la salinisation, de la pollution et d'une réduction générale. L'ampleur et la gravité de la dégradation des terres et des pénuries d'eau sont difficiles à mesurer, mais deux estimations récentes du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) concernant l'Asie en donnent une idée:

Dans les zones où le cercle vicieux de la pauvreté et de la dégradation de l'environnement s'est installé, des pratiques agricoles non durables freinent l'accroissement des rendements. L'amenuisement des ressources disponibles par habitant a amené à intensifier encore leur exploitation et à empiéter sur des zones fragiles, d'où un appauvrissement continuel.

Cette dégradation est un problème suffisamment répandu dans la région pour devenir prioritaire. La stratégie d'attaque devra comporter une réorientation technologique qui favorise un modèle d'agriculture utilisant moins de moyens matériels et plus de connaissances (donc une meilleure information), qui établisse des droits de propriété ou d'usage bien définis sur les ressources publiques et privées, qui assure une participation populaire et une gestion décentralisée des ressources; enfin il conviendra d'internaliser les coûts écologiques directs et indirects dans les prix des produits agricoles.


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