PROCHE-ORIENT ET AFRIQUE DU NORD

Vue d'ensemble

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Tendances de l'économie et de l'agriculture en 1994/95

La conclusion du traité de paix entre Israël, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et la Jordanie ainsi que les négociations de paix en cours, ont fait naître une vague d'optimisme prudent dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord. Ces événements ouvrent de meilleures perspectives à l'expansion des échanges, des investissements et du tourisme et à la réduction des dépenses militaires dans la région. Il est toutefois reconnu que les dividendes de la paix seront plus élevés pour les pays qui ont réussi à réduire leur déséquilibre macroéconomique grâce à de sages politiques économiques et financières.

Le bas cours du pétrole, la faiblesse du dollar et la hausse des prix des produits non pétroliers ont porté un dur coup à l'économie des pays de la région, en particulier aux exportateurs de pétrole. En 1994, le prix réel du pétrole est tombé au niveau le plus bas depuis 1973 et un raffermissement sensible semble peu probable, du moins à court terme. Ces problèmes ont déterminé l'orientation des politiques économiques; celles-ci visent principalement à améliorer la productivité et à réduire le déficit des finances publiques et les comptes courants. Dans les pays de la région dont l'économie est relativement diversifiée, notamment l'Egypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie, le programme de réformes économiques s'est poursuivi avec des résultats variables. En Egypte, une nouvelle réduction du déficit budgétaire et une meilleure maîtrise de l'inflation ont permis de stabiliser les conditions macroéconomiques, mais la croissance reste modeste. Au Maroc et en Tunisie, où l'ajustement est relativement avancé, les taux de croissance sont de l'ordre de 4 pour cent. La fin de la sécheresse qui sévissait depuis deux ans au Maroc a donné un coup de fouet à l'économie.

En République arabe syrienne, où le taux de croissance était monté jusqu'à 11 pour cent l'année précédente, l'affaiblissement de la demande des consommateurs et la réduction des entrées de capitaux ont ralenti l'activité économique, et la croissance du PIB est tombée à 7 pour cent en 1994. En Turquie, la croissance économique a été paresseuse dans un contexte de forte inflation, d'accroissement des déficits budgétaire et extérieur et de dépréciation de la monnaie. Ces problèmes ont amené à adopter au milieu de 1994 un programme de stabilisation.

PROCHE-ORIENT ET AFRIQUE DU NORD

PRODUCTION AGRICOLE ET PRODUCTION VIVRIÈRE PAR HABITANT

COMMERCE AGRICOLE

EXPORTATIONS AGRICOLES (Indice 1979-1981 = 100)

IMPORTATIONS AGRICOLES (Indice 1979-1981 = 100)

L'agriculture de la région a continué à être caractérisée par d'amples variations d'une année à l'autre et d'un pays à l'autre. La production agricole totale de la région a augmenté de 3,3 pour cent en 1992, de 1,5 pour cent en 1993 et est estimée à 1 pour cent pour 1994. Le taux de croissance démographique est élevé et la population a crû plus vite que la production alimentaire en 1993 et 1994, si bien que la production vivrière par habitant a baissé.

La production de céréales est en moyenne de 91 millions de tonnes par an depuis trois ans (de 1992 à 1994), soit 11 pour cent de plus qu'au cours des trois années précédentes, malgré une chute de la production en 1994. La production de blé a diminué en Algérie, en Tunisie et en Turquie (dans ce dernier pays la réduction a atteint 18 pour cent) parce que les pluies se sont mal échelonnées, mais ce déclin a été compensé par la moisson record engrangée au Maroc (5,5 millions de tonnes) après deux ans de graves sécheresses.

En Algérie, la privatisation des fermes d'Etat a transformé la structure de la production agricole et amélioré la productivité et la compétitivité de l'agricuIture. Le gouvernement a radicalement changé de politique et diverses mesures de libéralisation ont été prises en avril 1994 dans le secteur agricole: le soutien des prix à la production pour les céréales, les légumes secs et certains autres produits agricoles ont été diminués, les taux d'intérêt relevés et la subvention directe et indirecte des intrants réduite.

En Egypte, d'amples réformes du secteur agricole ont été opérées pour rationaliser l'utilisation des ressources et améliorer la productivité des activités agricoles. Ces dernières années, la production et la commercialisation des intrants et de la plupart des produits agricoles ont été libéralisées. Presque toutes les subventions des engrais, des semences, des aliments du bétail et des pesticides ont été supprimées. En 1994, la libéralisation de la commercialisation du coton a été confirmée par l'ouverture d'une bourse du coton à Alexandrie et les négociant ont été autorisés à acheter le coton-graine directement aux producteurs et aux coopératives pour la premières fois depuis plus de trente ans. La production de blé a toutefois baissé en 1994, après trois ans de croissance remarquable. Cette contraction est attribuée à la réduction des apports d'eau d'irrigation provoquée par la longue fermeture d'hiver du Haut Barrage. Les débits livrés aux irrigants sont été diminués afin de pouvoir détourner davantage d'eau vers les terres nouvellement mises en valeur. La valeur des exportations de coton d'août 1993 à juillet 1994 a atteint 220 millions de dollars contre 90 millions pendant la campagne précédente.

Le Soudan s'est lancé dans une série de réformes économiques: le cours de la livre soudanaise est désormais flottant et les subventions de certains produits de première nécessité ont été supprimées. A cause des graves difficultés budgétaires et de la réduction de l'aide alimentaire, les autorités appliquent une stratégie d'autosuffisance en blé. On estime que la production céréalière a augmenté d'environ 55 pour cent 1994, d'où une baisse spectaculaire des besoins d'importations. La politique actuelle vise à accroître les rendements grâce à un effort intégré de vulgarisation à l'appui de l'adoption des nouvelles technologies. Des études récentes ont montré que les nouvelles technologies pourraient être encore plus rentables pour le blé que pour le coton, mais les producteurs de blé restent encore réticents.

En Arabie saoudite, la récolte de blé de 1994 devrait atteindre 2,5 millions de tonnes contre 3,6 millions en 1993, à la suite de nouvelles mesures visant à limiter les excédents. Les quotas d'achat de blé de l'Etat aux petits agriculteurs sont strictement limités; l'objectif est de faire baisser la production pour qu'elle entre en équilibre avec la consommation.

Utilisation des ressources et perspectives d'expansion de l'agriculture

Le potentiel agricole varie beaucoup d'un pays à l'autre, mais il est en général limité par des contraintes qui sont les mêmes pour tous les pays de la région. En 1994, la Conférence régionale de la FAO pour le Proche-Orient a fait ressortir les graves problèmes que rencontre la production agricole dans cette région de terres arides et semi-arides. Le problème le plus grave est l'insuffisance et l'irrégularité des pluies qui limitent beaucoup la production de cultures vivrières. La variabilité annuelle de la production agricole est plus grande dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord que dans aucune autre région en développement. Par exemple, le coefficient de variation de la production céréalière dépasse 50 pour cent en Jordanie, en Mauritanie et en Arabie saoudite et 25 pour cent dans dix autres pays de la région. Presque partout, le morcellement des exploitations et le manque d'infrastructures matérielles et institutionnelles en milieu rural dans des domaines comme les transports, les communications, la recherche, la vulgarisation et la commercialisation, sont aussi des facteurs limitatifs. La grave dégradation des ressources naturelles - érosion, désertification, engorgement et salinisation des sols -freinent aussi la croissance et menacent la durabilité de la production vivrière. L'accroissement de la production vivrière est en outre ralentie par les tensions sociales et l'instabilité politique qui sévissent depuis longtemps à l'intérieur des pays et entre ceux-ci.

Malgré la limitation des ressources et le climat souvent défavorable, un potentiel reste inexploité. Selon les projections de la FAO, la production vivrière devrait augmenter de presque un tiers entre 1990 et 201047. Toutefois, cette croissance de la production resterait, comme par le passé, concentrée entre l'Egypte, la République islamique d'Iran, le Maroc et la Turquie. Environ 70 pour cent de l'augmentation projetée de la production céréalière serait attribuable à l'accroissement des rendements. Ce pourcentage est le même dans presque toute la sous-région, sauf dans la péninsule arabique, où l'Arabie saoudite obtient déjà des rendements moyens de plus de 5 t à l'hectare.

Les grandes différences de rendement existant actuellement attestent du potentiel d'accroissement, mais les pays où la production est très élevée sont peu nombreux, la majorité a des rendements très bas. Bien que de nombreux facteurs soient en jeu, les résultats obtenus là où ils sont les meilleurs laissent à penser qu'il reste une marge considérable pour accroître la productivité, même si on utilise déjà partout des variétés à haut rendement. Il faudra pour ce faire appliquer des politiques économiques efficaces, rationaliser la gestion des terres et des eaux ainsi que l'utilisation d'intrants modernes, utiliser de bonnes pratiques culturales et des semences adaptées.

La Conférence régionale de la FAO pour le Proche-Orient a aussi examiné les possibilités de modifier la structure de la production agricole des pays en introduisant de nouvelles cultures telles que le soja ou le tournesol. Des pays comme l'Egypte, les Etats du Golfe persique, la Jordanie, la Jamahiriya arabe libyenne et le Maroc ont déjà fait des progrès considérables dans la production horticole en milieu contrôlé ou en serre, pour le marché intérieur ou pour l'exportation. Ces systèmes d'exploitation ont de multiples avantages: ils sont une source de devises et d'emplois saisonniers et ils sont caractérisés par une forte productivité, une meilleure maîtrise de l'usage des produits agrochimiques et de l'eau.

L'augmentation des effectifs du cheptel devrait permettre d'accroître la production de viande de 35 pour cent pendant les 20 prochaines années. Cet objectif élevé exigera le développement des ressources fourragères par un usage plus intensif des parcours et des pâturages et par le recours aux aliments concentrés et aux sous-produits de l'agriculture. Un équilibre durable entre le cheptel et les ressources en fourrage et aliments du bétail est essentiel pour conserver l'environnement naturel et maintenir des systèmes d'élevage viables dans les conditions semi-arides de la région. En Egypte et dans la sous-région occidentale, la possibilité d'étendre les pâturages est limitée, de sorte que la croissance dépendra pour beaucoup de l'accroissement du rendement par tête de bétail.

Consommation et sécurité alimentaires

A l'échelle de la région, la consommation alimentaire augmente rapidement depuis 20 ans et cette tendance devrait se poursuivre dans l'avenir prévisible. L'accroissement projeté de la consommation alimentaire résultera de plusieurs facteurs. Le taux de croissance démographique est parmi les plus élevés du monde: il a été de 2,7 pour cent pendant les années 70 et de 3,1 pour cent pendant les années 80; pour les deux décennies suivantes, on prévoit qu'il s'établira respectivement à 2,7 puis à 2,3 pour cent. La population urbaine a quadruplé entre 1960 et 1990, passant de 57 à 210 millions d'habitants. Sa part dans la population totale atteignait 55 pour cent en 1993, contre 30 pour cent au début des années 60. Du fait de cette urbanisation, la majeure partie des anciens ruraux, autrefois producteurs nets de vivres deviennent consommateurs nets; comme les revenus sont en général plus élevés dans les villes, la demande d'aliments augmente et le modèle alimentaire se transforme.

La ration calorique moyenne était de 2 898 kilocalories dans la région en 1990-1992; ce chiffre n'est atteint dans aucune région en développement. La FAO estime que la proportion de la population de la région qui souffre de malnutrition est, comme pour la région Amérique latine et Caraïbes, de 13 pour cent, alors que la moyenne pour l'ensemble des pays en développement atteint 20 pour cent. Ce taux relativement faible de la sous-alimentation tient essentiellement à l'abondance des disponibilités alimentaires; toutefois, il ne faut pas oublier que ceci signifie qu'en chiffres absolus, environ 60 millions d'individus ne mangent pas à leur faim. On prévoit que l'incidence de la sous-alimentation chronique tombera à 9 pour cent en 2010, mais étant donné l'accroissement de la population, le nombre absolu des mal nourris ne diminuera pas par rapport à 1988-1990.

En dépit de ces chiffres globaux assez rassurants, les pays à bas revenu de la région continueront à connaître de graves problèmes de sécurité alimentaire. En 19881990, la ration alimentaire moyenne était, dans les pays à bas revenu, Djibouti, Mauritanie, Soudan et Yémen, comprise entre 1 764 et 2 447 kilocalories par personne et par jour, ce qui est bien inférieur à la moyenne régionale et à celle de l'ensemble des pays en développement.

Dépendance à l'égard des importations alimentaires

La région est très tributaire de ses importations pour nourrir sa population. Les importations de céréales sont passées de 8,1 million de tonnes en 1969-1971 à 44,3 millions de tonnes en 1988-1990 et atteindront, selon les projections, 78,7 millions de tonnes en 2010. Le blé tient la première place dans ces importations: 6,6 millions de tonnes en 1969-1971 (soit 82 pour cent du total), 29 millions de tonnes en 1988-1990, chiffre qui s'élèvera sans doute à 44 millions de tonnes en 2010. Les importations de riz (8 pour cent du total) sont passées de 0,7 million de tonnes en 1969-1971 à 3,1 millions de tonnes en 19881990 et pourraient encore augmenter de 2 millions de tonnes entre cette date et 2010. Les importations de céréales secondaires augmentent beaucoup plus vite que celles de blé et de riz, du fait de la demande croissante du secteur de l'élevage en plein essor. Entre 1969-1971 et 1988-1990, les importations de céréales secondaires ont été multipliées par 13, pour atteindre 13,3 millions de tonnes; on prévoit qu'elles atteindront 20,3 millions de tonnes en 2010.

Les importations d'autres denrées alimentaires, produits de l'élevage, huile végétale, sucre, par exemple, ont aussi beaucoup augmenté. Entre 1969-1971 et 1988-1990, les importations de viande ont été multipliées par neuf, passant de 121 000 à 1,12 million de tonnes; elles pourraient atteindre 1,9 million de tonnes en 2010. Les importations de lait ont quintuplé (de 1,2 à 6,1 millions de tonnes) et pourraient encore doubler pour atteindre 13 millions de tonnes également en 2010. Le taux d'autosuffisance en produits de l'élevage a beaucoup baissé, tombant de 99 à 86 pour cent entre 1969-1971 et 1988-1990; selon les projections, ce déclin se poursuivra. Une forte proportion des importations dans ce domaine est absorbée par les pays à haut revenu producteurs de pétrole: par exemple, la part de la péninsule arabique dans les importations régionales de produits de l'élevage est passée de 16 pour cent en 1969-1971 à 27 pour cent en 1988-1990.

Cette forte augmentation du volume des importations de denrées alimentaires a fait beaucoup monter la facture régionale en ce domaine. Sa valeur totale a plus que quintuplé en 20 ans, passant de 3,6 milliards de dollars en 1969-1971 à environ 16,6 milliards en 1988-199049. Les céréales restent le principal poste de dépenses en devises, et représentent plus de 35 pour cent de la valeur totale des importations de denrées alimentaires. Les importations de produits animaux ont suivi un rythme exceptionnellement rapide: leur valeur a presque sextuplé, passant de 566 millions en 1969-1971 à 3,5 milliards en 1988-1990. Cet accroissement considérable prévu ne créera peut-être pas de difficulté pour les pays producteurs de pétrole, mais aggravera certainement les problèmes de balance des paiements d'autres pays de la région, en particulier des pays à bas revenu et à déficit vivrier. Pour l'ensemble de la région, les importations alimentaires équivalent à quelque 10 à 12 pour cent des recettes d'exportations de marchandises, mais pour les pays à bas revenu, cette proportion dépasse 25 pour cent.

ENCADRÉ 4
EFFETS DU CYCLE D'URUGUAY SUR L'AGRICULTURE DANS LA RÉGION

Les effets de la libéralisation des échanges sur l'économie des pays de la région seront peut-être négatifs à court terme. La région est très tributaire des importations alimentaires, de sorte que la réduction des subventions des produits agricoles européens (qui peuvent représenter jusqu'à 75 pour cent des coûts de production) accroîtra le coût budgétaire des importations alimentaires. En 1993, la région a importé pour 26,4 milliards de dollars de produits agricoles et n'en a exporté que pour 8,8 milliards.

L'érosion des accords préférentiels dont bénéficient les pays de la région se traduira par un accroissement des coûts du fait que l'allocation des ressources sera modifiée pour rendre les produits agricoles de la région plus compétitifs avec les produits de qualité des pays industrialisés. A l'heure actuelle, la CE absorbe 11 pour cent des exportations de fruits et légumes frais des pays du Maghreb. L'Egypte, la Jordanie, le Liban et la République arabe syrienne jouissent du traitement de la nation la plus favorisée et ont conclu des accords économiques avec la CE. Les concessions accordées aux pays d'Europe orientale auront un effet négatif sur les exportations de la région.

Jordanie

Rôle de l'agriculture

La Jordanie est un petit pays, où les ressources naturelles, et l'eau en particulier, sont limitées. Elle tire environ 7 pour cent de son PIB directement de l'agriculture. Mais compte tenu des effets multiplicateurs en amont et en aval, on estime qu'environ le tiers du PIB est imputable à ce secteur. En outre, l'agriculture emploie environ 7 pour cent de la population active: sa croissance, qui a atteint de 1987 à 1991 le taux remarquable de 12,5 pour cent par an, s'est maintenue au chiffre respectable de 6,2 pour cent de 1991 à1993. Malgré cette forte croissance, la production agricole ne suffit pas pour satisfaire les besoins de la consommation: la demande alimentaire augmente en effet rapidement depuis 40 ans, car les niveaux de vie s'améliorent et la population s'accroît de 3,4 pour cent par an. En 1989, la facture d'importations alimentaires atteignait 252,4 millions de dollars; en 1993, elle est montée à 471,3 millions (soit + 87 pour cent).

Environ 96% des terres de la Jordanie reçoivent moins de 300 mm de pluie par an. La plupart des terres cultivables sont en altitude, sauf 390000 dunums (39 000 hectares) situés dans la vallée du Jourdain et dans le Ghor méridional, où se trouvent 50 pour cent des terres irriguées. Les terres irriguées de la vallée du Jourdain, qui ne représentent que 15 pour cent de la superficie cultivée, produisent environ 65 pour cent des légumes, 60 pour cent des fruits et 10 pour cent des cultures de plein champ du pays.

Les principaux produits potagers (tomates, aubergines, courgettes, concombres, choux, choux-fleur et pommes de terre) sont exportés vers l'Arabie saoudite et les autres Etats du Golfe persique ainsi que, en moindre quantité, vers les pays européens en hiver. La superficie des vergers et surtout des oliveraies tend à augmenter, tandis que la plupart des cultures potagères autres que la pomme de terre et la pastèque perdent du terrain. Dans le désert, au sud de la vallée du Jourdain, et parfois dans la vallée elle-même, le blé et l'orge, produits en assolement avec d'autres cultures, sont irrigués.

La production agricole a beaucoup augmenté depuis vingt ans sous le triple effet du développement de l'irrigation, de la diffusion des technologies modernes et de l'accroissement des investissements. La superficie irriguée a plus que triplé depuis vingt ans grâce aux investissements publics et privés. Cette expansion compense plus ou moins l'amenuisement de la superficie cultivée par habitant et affranchit en partie la production des aléas inhérents à l'agriculture pluviale.

Dans les zones pluviales, les investissements dans les cultures maraîchères ainsi que la progression de la culture de l'orge et de l'arboriculture aux dépens de la culture traditionnelle du blé se sont traduits par un accroissement de 20 pour cent par an de la valeur de la production. Ce bond en avant, imputable surtout aux vergers et aux vignes, a été favorisé par un programme public de distribution de plants d'arbres fruitiers et de vigne ainsi que de matériaux pour la construction de terrasses dans les zones d'altitude.

Environ 90 pour cent de la superficie agricole de la Jordanie consistent en parcours réservés au bétail et en particulier aux moutons. L'accroissement rapide de la demande de viande et de produits de l'élevage depuis dix ans a stimulé la culture de l'orge dans les zones marginales et submarginales.

Problèmes et défis

Conservation des ressources. Depuis quarante ans, l'occupation des sols et la demande en eau augmentent sous l'effet de la pression démographique et de l'extension des zones urbaines et industrielles. Cela entraîne une érosion du potentiel de production vivrière.

Les gros investissements dans l'irrigation effectués dans la vallée du Jourdain et en altitude pendant les années 70 et 80 ont provoqué une forte augmentation de la production agricole. Le secteur agricole utilise environ les trois-quarts de la consommation d'eau. La forte subvention de l'eau dans la vallée du Jourdain a favorisé le gaspillage. Jusqu'à une date récente, le coût de l'eau d'irrigation fournie à la Jordan Valley Authority, y compris les dépenses de fonctionnement et d'entretien, se montaient à 23 fils le m³ (1 000 fils = un dinar), mais le prix de vente aux agriculteurs n'était que de six fils le m³. On estime par. ailleurs le coût marginal à long terme de l'eau à 230 fils le m³. La subvention de l'eau tout comme les mesures de protection commerciale sont les causes des distorsions dans l'utilisation des ressources. C'est ainsi que la production de bananes, qui demande beaucoup d'eau, a quintuplé entre 1982 et 1992. Dans le cadre du programme récent d'ajustement structurel, le gouvernement a introduit des tarifs progressifs pour l'eau.

Il faudrait transporter de l'eau de la vallée du Jourdain aux zones d'altitude en exploitant à pleine capacité l'aqueduc existant et en rationalisant l'utilisation des ressources hydriques et leur répartition entre les différents secteurs. Des économies d'eau peuvent être réalisées en améliorant la gestion de l'irrigation des exploitations agricoles, par exemple en remplaçant la distribution à canaux ouverts par un réseau sous pression; mais l'entretien et l'utilisation corrects du nouveau système impliquent un effort de formation et de vulgarisation.

Les ressources en eaux souterraines s'amenuisent à un rythme inquiétant. Si cette tendance se maintient, elles seront épuisées dans 39 ans. Pour écarter cette menace, le gouvernement a créé des «unités de protection de bassins» chargées de percevoir des redevances plus élevées sur les eaux souterraines utilisées par l'industrie et de mettre fin au gaspillage en exerçant un contrôle plus strict. Un exemple classique de mauvaise gestion des ressources est la subvention de la production de blé irrigué à partir de l'eau de la nappe fossile de Disi. Cette eau pourrait être utilisée de façon beaucoup plus rentable.

Les politiques appliquées dans le passé ont beaucoup favorisé l'accumulation d'un cheptel excessif et le surpâturage. Ceci a entraîné une dégradation généralisée des parcours et menace gravement les pâturages naturels de la steppe. En l'absence d'une réglementation des droits d'usage, le système de subvention de l'élevage qui, certes, a été bénéfique pour ce secteur, a en même temps accéléré la dégradation des ressources naturelles. Pour sauver le patrimoine naturel du pays, il faut arrêter la désertification et restaurer les terres dégradées.

Politique alimentaire. Depuis la fin des années 60, un des principaux objectifs de la politique agricole jordanienne a été d'assurer l'autosuffisance en produits agricoles d'importance stratégique. En même temps, les prix des aliments de base étaient contrôlés pour empêcher l'augmentation du coût de la vie. Ces deux objectifs souvent contradictoires ont inspiré un ensemble d'interventions mitigées qui, dans certains cas, ont provoqué une utilisation inefficace des ressources et un accroissement des importations alimentaires. Les principales dispositions sur lesquelles reposaient ce régime de régulation ont été: la subvention des prix à la production, en particulier pour le blé et l'orge, le bas prix de l'eau dans la vallée du Jourdain, la subvention du crédit agricole, la réglementation des cultures dans les zones irriguées et des subventions spéciales pour encourager la plantation d'arbres fruitiers.

Les subventions ont provoqué une croissance rapide de la production de fruits et légumes grâce à laquelle la Jordanie a pu non seulement satisfaire ses propres besoins, mais exporter. Mais la subvention des intrants et de la production ainsi que les restrictions à l'importation se sont traduites par une trop grande protection de certains produits, d'où une mauvaise utilisation des ressources. La subvention de l'orge, par exemple, a incité à utiliser cette céréale pour nourrir le bétail et a accru la rentabilité de l'élevage des ovins et des caprins. La production de ce dernier a quadruplé depuis 1962 et ceci a provoqué une surcharge des parcours. Autre conséquence: entre 1981 et 1992, pendant que les cultures d'orge augmentaient de plus de 40 pour cent, la superficie cultivée en blé diminuait d'un tiers. Les vergers, favorisés par une irrigation supplémentaire provenant du pompage des eaux souterraines ou collectées, ont progressé aux dépens de l'autosuffisance alimentaire en blé.

Le ministère du ravitaillement est le seul importateur de nombreux produits de base tels que le blé, la farine de blé, le riz, le sucre et le lait en poudre. Jusqu'en 1993, les importations de pommes, d'oignons, de pommes de terre et d'ail faisaient aussi l'objet d'un monopole d'Etat. Grâce à ce monopole d'achat et de distribution, les autorités publiques pouvaient contrôler les subventions à la production et à la consommation et stimuler la production intérieure en protégeant les agriculteurs de la concurrence étrangère.

Les subventions à la production ont été graduellement réduites ou supprimées dans le cadre des programmes récents de réforme économique, mais les subventions à la consommation ont été maintenues. Le prix au détail de la farine de blé, des lentilles, des pois chiches et de l'orge est subventionné. En 1994, le coefficient de protection nominal de la farine de blé vendue aux boulangeries était de 2,9, c'est-à-dire que le prix intérieur n'équivalait qu'au tiers du cours mondial.

Pour relancer la croissance de l'agriculture jordanienne, il faudra prendre des mesures durables: appliquer une politique d'ouverture sur l'extérieur et accroître la productivité en rationalisant l'utilisation de la terre et de l'eau. Beaucoup de problèmes du secteur agricole tiennent à l'absence d'une politique intégrée en ce domaine. Actuellement, les effets d'une gestion insuffisante de la de mande sont encore aggravées par la prolifération d'organismes publics concurrents dans le secteur agricole. Ces institutions devraient être regroupées dans le cadre d'une stratégie agricole globale dans laquelle les terres et les eaux seraient la préoccupation dominante.

Les réformes

La Jordanie connaît difficultés économiques depuis le milieu des années 80. La chute du prix du pétrole a beaucoup réduit les virements des émigrés et l'assistance fournie par les pays du Golfe persique. L'accroissement de la dette extérieure et de son service a encore aggravé les difficultés de la Jordanie pendant la récession mondiale des années 80. A la fin de la décennie, le ralentissement de la croissance, l'inflation et l'accroissement de la dette extérieure exigeaient une reprise en mains très stricte.

En 1989, le gouvernement demanda le rééchelonnement de sa dette et entreprit, avec l'appui du FMI et de la Banque mondiale, un programme d'ajustement structurel d'ensemble en vue de corriger les déséquilibres macroéconomiques, de réduire les distorsions sectorielles et de relancer la croissance. Le dinar jordanien a été dévalué en 1989, et la réforme économique s'est notamment traduite par la libération des prix agricoles, alimentaires et industriels, la restructuration du tarif douanier et du régime de commerce, la déréglementation des taux d'intérêt, la suppression des subventions à la consommation et la création de mesures d'incitations au secteur privé afin de rétablir l'efficience économique.

La guerre du Golfe a compromis le nouveau programme de réformes; la perte de débouchés d'exportation dans le Golfe et le rapatriement de plus de 300 000 travailleurs émigrés ont coûté cher à l'économie jordanienne. Toutefois, les objectifs macroéconomiques de la réforme ont été atteints. Après une période de ralentissement de la croissance, qui a parfois été négative à la fin des années 80, l'économie est repartie et la production a augmenté de 5,8 pour cent en 1993.

Grâce à une stricte austérité budgétaire et à une hausse des recettes publiques en 1993, le déficit budgétaire a été ramené à 6 pour cent du PIB en 1993; le taux d'inflation, qui avait culminé en 1989 à 21,5 pour cent, est tombé à 5 pour cent. Dans le cadre des réformes, le gouvernement a adopté un programme d'ajustement agricole pour améliorer la productivité et la durabilité tout en assurant une répartition plus équitable. La suppression des subventions, qui est au coeur de cette réforme, doit permettre de faire jouer plus librement les forces du marché et la concurrence dans un secteur respectant désormais la durabilité des ressources naturelles. Le rééquilibrage des prix relatifs des produits agricoles et la participation accrue du secteur privé devraient aider à relever les revenus ruraux et à assurer le développement durable de l'agriculture.

Pour ce qui est des ressources hydriques, le gouvernement a pris diverses initiatives en vue de rationaliser la répartition de l'eau: développement de plans de gestion pour le système d'irrigation par les eaux de surface dans la vallée du Jourdain et pour les bassins de pompage des eaux souterraines (par exemple, exploitation à pleine capacité des stations de pompage de Deir Allah et conservation de la nappe fossile de Disi), modernisation et amélioration des systèmes de surveillance des eaux de surface et souterraines; prévention de la pollution des eaux; gestion des eaux souterraines pour assurer le renouvellement des nappes phréatiques; adoption d'un système de prix progressif pour assurer la viabilité financière des organismes chargés de la distribution d'eau; enfin, création d'un cadre institutionnel structuré chargé d'appliquer les politiques de gestion de l'eau. Une proposition de loi instaurant des tarifs progressifs pour l'eau a été présentée au parlement en 1994.

La subvention de la production est supprimée pour toutes les cultures. Le prix du blé et de l'orge pour 1994 et 1995 ne bénéficie plus d'aucune subvention. Il est prévu de libéraliser le commerce de l'orge et de le dégager graduellement de toute tutelle publique.

Le gouvernement a commencé à supprimer les subventions à la consommation en libérant les prix de certaines denrées. Le prix des pois chiches est libre depuis 1994. Le contrôle des prix et des marges bénéficiaires doit être supprimé pour les principaux produits agricoles frais ou transformés. Doivent suivre la levée du contrôle de la marge des détaillants sur les fruits et les légumes frais, ainsi que celle de la taxation de la volaille congelée, de la viande réfrigérée, des concentrés de tomate et des lentilles, de la volaille fraîche, de la viande rouge, des œufs destinés à la consommation directe et du lait frais.

Un programme de libéralisation des échanges a été lancé et le monopole de l'Etat sur le commerce extérieur, la commercialisation et la distribution des produits agricoles doit disparaître. Le monopole d'importation dont bénéficiait la Société de commercialisation et de transformation des produits agricoles (AMPCO) pour les pommes de terre, les pommes, les oignons et l'ail, a été supprimé, de même que le régime de licences d'importation et d'exportation auquel étaient assujettis beaucoup de produits agricoles frais et transformés. La moyenne pondérée des droits de douane a été ramenée de 34,4 pour cent en 1987 à 27 pour cent en 1992.

Autre symptôme de libéralisation, la Jordanie prévoit son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce; ceci implique des mesures nouvelles de libéralisation de son régime commercial, notamment la suppression des obstacles non tarifaires et du monopole d'Etat sur les importations d'autres produits alimentaires; la promotion de la production et des échanges agricoles devra désormais respecter le principe de l'avantage comparatif.

Conséquences de la paix sur les ressources en eau et la production agricole

La conclusion traité de paix avec Israël devrait permettre l'augmentation du débit du Yarmouk et du Jourdain à l'entrée sur le territoire jordanien; ceci améliorerait le bilan hydrique du pays tant dans l'immédiat qu'à plus long terme et favoriserait le développement agricole.

A la suite du traité, les ressources hydriques dont la Jordanie dispose chaque année devraient s'accroître de 230 millions de m³, soit 63 m³ par habitant, ce qui représente une hausse de 25 pour cent.

L'amélioration rapide du niveau de vie et la croissance démographique ont provoqué d'énormes pressions sur les ressources hydriques limitées du pays. En 1993,3,7 millions d'habitants disposaient de 205 millions de m³ d'eau. La consommation moyenne d'eau à usage domestique, environ 85 litres par jour et par personne, est considérée comme un strict minimum, étant donné le niveau de revenu par habitant et celui du développement. Sur les 230 millions de m³ supplémentaires dont disposera le pays, 70 millions seront affectés aux usages domestiques de la population, car le gouvernement considère comme un objectif prioritaire de parer au déficit dans ce secteur.

En portant la consommation pour usage domestique de 85 à 120 litres par personne et par jour, on compte réduire de 30 pour cent la concentration de polluants dans les eaux usées et par conséquent le coût de leur transport et de leur traitement. En accroissant la quantité d'eau d'irrigation dérivée du Yarmouk dans le canal King Abdullah et en exploitant à pleine capacité les infrastructures d'irrigation, on espère améliorer la qualité des eaux usées traitées; ceci réduirait de 40 pour cent le coût unitaire de l'eau d'irrigation dans la vallée du Jourdain. Cette amélioration de la qualité de l'eau du Jourdain devrait aussi être bénéfique pour l'environnement: dans le fleuve vivait autrefois une faune piscicole riche et variée. La pêche nourrissait les villes et les villages de la région. Les abords verdoyants du Jourdain abritaient toutes sortes d'oiseaux migrateurs et de nombreux animaux sauvages qui pourraient à nouveau y trouver leurs gîtes.

L'accord de paix élargit le cadre des possibilités pour une intégration des ressources économiques et des échanges d'information entre les signataires et il fait bénéficier le développement agricole du principe de l'avantage comparatif. La coopération agricole régionale pourrait en effet couvrir aussi bien la libre circulation de l'information que le transfert des techniques de mise en valeur du désert, d'utilisation des eaux saumâtres et des nouvelles semences adaptées aux sols arides.

Une coopération trilatérale entre Israël, l'Egypte et le Maroc existe depuis un certain temps dans le domaine de l'agriculture en milieu désertique. Un projet pilote a été lancé dans les déserts d'Egypte et du Maroc avec les techniques israéliennes d'irrigation et d'utilisation de nouveaux types de semences. Au cours du récent Sommet de Casablanca au Maroc, un projet conjoint Jordanie-lsraël pour le développement intégré de la vallée du Jourdain a été examiné. Il concerne la construction d'un canal de liaison entre la mer Rouge et la mer Morte; ce projet permettrait d'exploiter la différence d'altitude pour produire de l'énergie hydro-électrique, et l'eau de la mer Rouge, en alimentant des projets de désalinisation de la mer Morte dont le niveau baisse de manière inquiétante, contribuerait à la protection de l'environnement de toute la région.

Le Traité offre un cadre de coopération et permet de définir des projets pour pallier la pénurie d'eau en Jordanie, mais il est essentiel pour le développement de la région qu'il leur soit donné suite. La coopération régionale doit servir à atténuer les disparités sur le plan du revenu national et du niveau de technicité. Les moyens matériels et financiers pour développer la recherche, une meilleure gestion de la demande d'eau et les réponses techniques pour sa conservation, seront fonction des efforts de coopération et d'intégration régionales constatés. Par ailleurs, la Jordanie ne pourra maximiser les avantages d'un climat économique favorable que si elle adopte des mesures intérieures propres à assurer la stabilité macroéconomique et la croissance et à rationaliser l'utilisation de ses ressources agricoles.


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