Portrait de la réforme de l'agriculture au Kazakhstan

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Géographie Histoire

S'étendant sur une superficie presque équivalente aux trois-quarts de l'Europe occidentale, le Kazakhstan est, après la Russie, la plus grande des 15 républiques de l'ex-URSS. Il est situé au sud de la Russie, avec laquelle il partage une frontière de 6 000 kilomètres.

Son Histoire et son économie sont étroitement liées à celles de la Russie. Elle fut colonisée au dix-neuvième siècle par les Russes qui fondèrent, en 1854, sa capitale, Alma-Ata, rebaptisée Almaty lors de l'indépendance, à la fin de 199153.

C'est la seule république de l'ex-URSS à laquelle soit attachée une nationalité qui n'est pas majoritaire, puisque les citoyens d'origine kazakh ne représentent que 40 pour cent environ de la population totale de la République, proportion qui descend à moins de 30 pour cent dans la plupart des oblasts (provinces) frontalières de la Russie. Toutefois, ce pourcentage est en augmentation à cause de l'émigration des nationaux d'origine européenne. En 1994, le Kazakhstan a perdu plus de 1,5 pour cent de ses quelque 17 millions d'habitants.

Ressources agricoles

Terres. Plus de 80 pour cent du territoire du Kazakhstan est classée terre agricole; 80 pour cent de cette superficie sont des pâturages, pour cent (35 millions d'hectares) sont des terres arables et 2 pour cent (4,5 millions d'hectares) sont des prairies. Les vergers et les vignes occupent quelque 120 000 hectares, et environ deux millions d'hectares sont irrigués. Le Kazakhstan possédait la moitié des pâturages de l'ex-URSS, mais seulement 15 pour cent des terres arables.

Les précipitations moyennes ne dépassent pas 250 mm par an. Les deux principales zones agricoles sont situées dans le Nord, plus arrosé, et dans le Sud, où les cultures doivent être irriguées. Les tchernozioms fertiles du Nord sont cultivés en céréales de printemps depuis le dix-neuvième siècle. La Campagne de colonisation des terres vierges (1954-1960, voir encadré 5) a étendu les cultures sur des terres marginales.

Dans les zones agricoles plus chaudes du Sud, l'eau qui descend du Tyan'-Shan et de l'Altaï permet de produire aussi bien des céréales de printemps que des céréales d'hiver. L'agriculture s'est développée dans ces zones en grande partie grâce aux grands projets d'irrigation de l'époque soviétique. On y produit un peu de coton, des céréales de printemps et d'hiver, des fruits et des légumes, du tabac, de la betterave à sucre, des pommes de terre, du soja, du riz et du maïs.

ENCADRES 5
DEUX SCÉNARIOS DE RÉDUCTION DES CULTURES SÈCHES DANS LE NORD DU KAZAKHSTAN

Pendant le Programme de colonisation des terres vierges (1954-1960), 25,5 millions d'hectares de terres vierges ont été labourées et ensemencées dans les steppes fragiles du Kazakhstan. En quelques années, l'étendue cultivée en blé de printemps dans la république a augmenté d'une superficie équivalente à la totalité des cultures de blé du Canada et de l'Australie.

DEUX SCÉNARIOS DE RÉDUCTION DES CULTURES SÈCHES DANS LE NORD DU KAZAKHSTAN

Après avoir atteint une crête de plus de 25 millions d'hectares au milieu des années 80, la superficie des emblavures a diminué (ce recul s'est accéléré en 1991) et elle ne dépassait plus 20,7 millions d'hectares en 1994. Selon une étude théorique de l'Académie des sciences agricoles du Kazakhstan, elle devrait diminuer encore sous l'effet des nouvelles relations économiques, pour s'établir autour de 16,3 millions d'hectares. La céréaliculture disparaîtrait ainsi presque complètement dans la région III de la carte.

Les sols maigres et brun clair de la région, qui reçoivent en moyenne moins de 300 mm d'eau par an, ont un rendement de moins de cinq quintaux à l'hectare. L'Institut d'aménagement des sols a proposé un autre scénario, selon lequel la céréaliculture non irriguée n'est considérée viable que sur 13 millions d'hectares dont la plupart sont situés dans les tchernozioms de la région I qui reçoivent 350 à400 mm de précipitations.

Sources: Glavnoe upravlenie geodezii i kartografii; et Institut Zemeldelia Akademii Nauk Republiki Kazakhstana.

ENCADRÉ 6
LES RÉPUBLIQUES D'ASIE CENTRALE: AGRICULTURE, TRANSITION ET DÉVELOPPEMENT

Depuis des siècles, les cinq républiques d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan) sont unies par une Histoire et une géographie communes. Etant donné l'aridité qui caractérise cette zone, les grands fleuves qui prennent naissance dans les hautes montagnes à la frontière nord-ouest du sous-continent indien et vont se déverser dans la mer d'Aral ont une importance vitale. Une bonne partie de la population vit dans les oasis qui bordent les cours d'eau. Grâce à l'irrigation, de grandes civilisations se sont autrefois développées dans cette région située sur la route des grands voyages vers l'Extrême-Orient.

Pendant les 70 ans d'existence de l'URSS, les cinq républiques étaient étroitement intégrées dans le système de planification soviétique; elles produisaient et traitaient des matières premières destinées à l'exportation. Chacune était une république autonome, mais elles étaient gérées comme un ensemble, depuis Moscou où se prenaient toutes les décisions concernant l'emplacement des activités économiques, les réseaux de transport ou la gestion de l'eau.

Depuis leur accession à l'indépendance, en 1991, elles ont deux préoccupations communes: le passage à l'économie de marché et le développement économique. Elles ont les mêmes problèmes que tous les pays qui doivent s'adapter à l'économie de marché: comment à la fois maintenir la stabilité macroéconomique et encourager la propriété et l'entreprise privées, comment à la fois stabiliser le niveau global des prix et permettre aux agents économiques de recueillir le fruit de leurs efforts. Mais ce qui les distingue des autres pays, c'est le rôle particulièrement important d'une agriculture héritée du passé et au présent précaire.

Le modèle de planification soviétique avait collectivisé et spécialisé l'agriculture, et fondé l'économie des cinq républiques sur la monoculture du coton, sauf au Kazakhstan où la céréaliculture s'était beaucoup développée dans le cadre du Programme de colonisation des terres vierges. En application des plans, entre 1960 et le début des années 80, la superficie irriguée a augmenté de quelque 3 millions d'hectares (soit plus de 60 pour cent) consacrés presque exclusivement au coton. Les républiques d'Asie centrale, principalement l'Ouzbékistan, le Turkménistan et le Tadjikistan fournissaient 80 pour cent de la production du coton.

Cette monoculture sous irrigation a eu des conséquences économiques et écologiques désastreuses. Par exemple les prélèvements d'eau pour l'irrigation ont réduit de 90 pour cent le débit des fleuves à leur embouchure dans la mer d'Aral, depuis les années 50. Entre 1960 et 1990, le volume de la mer d'Aral a diminué de plus des deux tiers et sa superficie de 45 pour cent; évidemment, sa teneur en sel a triplé et cette salinisation est la principale cause de la baisse des rendements. Malgré l'intensification des apports d'engrais, le rendement moyen du coton dans les cinq républiques est tombé de plus de 2 800 kilos à l'hectare à la fin des années 70, à 2 300 kilos dix ans plus tard. Tout en n'arrêtant pas la baisse des rendements, l'amendement a accéléré la pollution des eaux souterraines.

Le principal problème du développement agricole est de concilier la création nécessaire d'emplois pour une population qui augmente avec la préservation des fragiles ressources naturelles; ce problème se pose dans chacune des cinq républiques et ne trouvera de solution que concertée. Par exemple, ne serait-ce que pour stabiliser la mer d'Aral à son état actuel, il faudra réduire les prélèvements d'eau pour l'irrigation dans toute la région. Or, La production n'a cessé de baisser dans les cinq républiques depuis 1990, et un accroissement du chômage sera difficile à affronter.

D'autres aspects du développement durable de l'agriculture appellent aussi des décisions immédiates qui semblent cependant poser des problèmes moins insurmontables. Par exemple, la productivité du bétail dans la région est deux fois plus faible qu'en Europe occidentale; ceci donne à penser qu'elle peut être largement améliorée. Mais étant donné la dégradation d'une grande partie des pâturages, il faudra ramener le cheptel à un effectif plus compatible avec la préservation de l'environnement.

Source Pomfret 1995. The economies of Central Asia. Princeton, Etats-Unis, Princeton University Press l'auteur analyse la politique, la structure et les résultats de l'économie de la région dans son ensemble, puis de celle chacune des républiques, avant et après l'indépendance

Elevage. Riche en pâturages, le Kazakhstan possède un vaste cheptel bovin et ovin. La structure de la consommation de viande y est restée assez stable: elle se compose à 46 pour cent de viande bovine (contre 44 pour cent dans l'ex-URSS), 18 pour cent de viande ovine (5 pour cent dans l'ex-URSS), 4 pour cent de viande chevaline et 13 pour cent de volaille (16 pour cent dans l'ex-URSS).

L'agriculture avant les réformes (organisation, démographie, structure).

Au début des années 80, le Kazakhstan comptait environ 2100 fermes d'Etat d'une superficie moyenne de 80 000 hectares dont 14 000 arables. En 1991, une ferme d'Etat ou collective «moyenne» possédait 90 tracteurs, 35 moissonneuses-batteuses, 50 camions, plusieurs milliers de bovins, 10 000 ovins et 7 à 800 porcins. En ce qui concerne les 400 fermes collectives, la plupart d'entre elles avaient succédé à des exploitations existant avant la révolution.

En 1993, l'agriculture occupait directement à plein temps 1,3 millions de personnes, soit un peu plus que l'industrie. Le Kazakhstan se classait au huitième rang des républiques soviétiques (après la Transcaucasie et l'Asie centrale) pour ce qui est de la part de la population employée dans l'agriculture; elle tenait la deuxième place (après la Moldova) pour ce qui est de la part de l'agriculture dans le produit social brut (25,8 pour cent).

Place du Kazakhstan dans la production et le commerce agricoles de l'ex-URSS

Dans les années 80, le Kazakhstan produisait un peu plus de 7 pour cent du produit brut de l'agriculture soviétique; il se classait tout de suite après la Russie et l'Ukraine. Il produisait 12 à 13 pour cent des céréales, mais pour les variétés supérieures de blé durum et de blé dur de printemps servant à fabriquer des pâtes alimentaires, la proportion était plus élevée. Toutefois, les rendements céréaliers n'ont dépassé une tonne à l'hectare qu'une année sur trois depuis 1954. Outre que le rendement était instable et souvent bas, la production céréalière du Kazakhstan n'était pas toujours de bonne qualité et son transport posait souvent des problèmes. C'est en partie pour cette raison que l'URSS était restée tellement tributaire des importations de céréales.

Le Kazakhstan exportait autrefois environ 10 pour cent de sa production de viande, soit presque 1,5 millions de tonne, en majeure partie vers les républiques voisines, très peuplées, d'Asie centrale. La laine et les cuirs et peaux représentaient aussi une partie importante des exportations provenant du sec teur de l'élevage. Le Kazakhstan importait des protéines d'oléagineux, de l'huile végétale, du sucre, des conserves et des denrées transformées, ainsi que des produits laitiers.

Le Kazakhstan faisait partie du système soviétique très intégré de production d'intrants. Il produisait des équipements pour l'aridoculture et environ 10 pour cent de la production d'engrais phosphatés de l'ex-URSS. Il importait des équipements (tracteurs, moissonneuses-batteuses, etc.) ainsi que des tourteaux, des produits vétérinaires et phytosanitaires, notamment de grandes quantités d'herbicides pour la céréaliculture du nord.

Le pétrole produit par le Kazakhstan est exporté vers l'Oural; l'essentiel des produits pétroliers nécessaires à l'agriculture dans le nord de la république provient de Sibérie occidentale. La réduction de l'écart entre le prix du pétrole russe et le cours mondial est le facteur qui a le plus affecté l'agriculture du Kazakhstan; elle a directement entraîné une réduction des superficies emblavées et moissonnées.

Contexte politique et macroéconomique de la réforme de l'agriculture et de la politique agricole

Contexte politique. L'instance politique la plus haute au Kazakhstan est la Présidence. A l'encontre de la Russie, où la Banque centrale dépend du Parlement, la Banque nationale du Kazakhstan est directement rattachée à la Présidence, ce qui a donné au Président une certaine liberté pour entreprendre des réformes économiques. En octobre 1994, quand le Parlement a refusé la confiance à l'ancien gouvernement, le Président a nommé Premier ministre un Kazakh de formation occidentale. Le nouveau gouvernement semble décidé à maintenir une ferme politique d'austérité monétaire, de privatisation accélérée et de marché concurrentiel.

Le Kazakhstan était un partisan convaincu du maintien de liens économiques et politiques plus étroits entre les pays de l'ex-URSS. Disposé à signer le Traité de l'Union, qui aurait maintenu l'ex-URSS, le Président demanda que le Kazakhstan soit membre fondateur de la Communauté des Etats indépendants (CEI) quand l'URSS a éclaté, en 1991. En 1993, le Kazakhstan créa sa monnaie nationale, le tenge, parce que le Parlement n'avait pas accepté les conditions exigées par la Fédération de Russie pour le maintien dans la zone rouble. Il constitua une union douanière avec l'Ouzbékistan et le Kirghizistan en 1993, et une autre avec la Russie et le Bélarus au début de 1994.

Politique de stabilisation : Au deuxième trimestre de 1994 le taux mensuel d'inflation a atteint une moyenne de 35 pour cent, et il monta à 40 pour cent en juin; le tenge tomba au dixième de sa valeur de janvier. Au milieu de 1994, le Président se déclara favorable à une «thérapie de choc». Grâce a une politique macroéconomique restrictive, l'inflation mensuelle tomba à 10 pour cent en décembre 1994, 8 pour cent en février 1995 et 3 pour cent en avril. Pendant le deuxième semestre de 1994, le tenge, convertible depuis sa création, ne perdit en moyenne que 4 pour cent par mois de sa valeur aux enchères interbancaires.

Pour contenir le déficit budgétaire, qui atteignait 7 pour cent du PNB, le gouvernement ramena les dépenses publiques à 17 pour cent du PNB en 1994, contre 25 pour cent en 1993. Presque toutes les subventions à l'agriculture, y compris la subvention du pain et des aliments composés du bétail, furent supprimées. La Banque nationale du Kazakhstan renonça à sa pratique de refinancer les arriérés inter-entreprises par l'expansion de la masse monétaire, ce qui avait été une des causes de l'inflation au premier trimestre de 1994. Elle avait institué dès 1992 la pratique de mettre le crédit aux enchères, et en 1994, 70 pour cent des crédits furent attribués selon cette procédure. A la fin d'avril 1995, le taux des enchères bancaires, sur lequel était aligné le taux de refinancement, était de 140 pour cent. En février 1995, les crédits dirigés, en grande partie destinés à l'agriculture, furent supprimés. Le PIB aux prix constants avait baissé d'un quart en 1994, et le taux réel de chômage était estimé à 7,4 pour cent au début de 1995. Toutefois, les chiffres officiels indiquent que la maîtrise de l'inflation s'est accompagnée d'une reprise de la production industrielle, qui augmenta de 1 à 3 pour cent par mois pendant le dernier trimestre de 1994. On prévoit que le PIB baissera encore en 1995, mais moitié moins vite qu'en 1994. Le gouvernement affirme que les niveaux de vie, évalués d'après le salaire moyen réel, se sont stabilisés aux troisième et quatrième trimestres de 1994 (tableau 12, page 183).

Privatisation et création de marchés

La répartition des droits de propriété est un processus difficile; elle se situe dans un contexte politique qui n'est pas encore entièrement libre et démocratique. De plus, la présence de citoyens de l'ex-URSS amplifie les problèmes sociologiques que pose la transition. L'Etat soviétique avait établi entre les classes dirigeantes, les travailleurs et les consommateurs, des liens d'interdépendance particuliers, qui expliquent les attitudes mitigées d'aujourd'hui face à la privatisation des biens fonciers et aux prises de responsabilités individuelles. L'agriculture planifiée reposait principalement sur deux mécanismes complémentaires, la livraison obligatoire de contingents de production à l'Etat et, en réciproque, la fourniture d'intrants et de matériels à des prix fixés par le plan, accompagnée d'un crédit à taux préférentiel. Désormais, l'austérité budgétaire est le mot d'ordre qui conditionne le processus de privatisation de l'agriculture et les divers problèmes qui en découlent examinés ci-après.

La production agricole: prix et rentabilité. La production agricole du Kazakhstan pour 1994, en baisse de 23 pour cent par rapport à 1993 (en valeur réelle), s'est montée à 98,8 milliards de tenge (environ 2 milliards de dollars). Elle avait déjà diminué de 10 pour cent en 1993 et de 2 pour cent en 1992. Si l'on peut établir que la production céréalière a baissé de 24 pour cent en 1994, il est de plus en plus difficile de donner un chiffre pour la production animale dont la privatisation progresse constamment; selon des estimations officielles, la production de viande aurait diminué de 20 pour cent et celle de lait de 6 pour cent en 1994. La réduction considérable du cheptel (les effectifs de bovins auraient baissé de 8 pour cent, ceux de porcins de 19 pour cent et ceux de caprins et d'ovins de 27 pour cent en 1993) fait présager un nouveau recul de la production en 1995. Ce désinvestissement s'explique en partie par la crise de liquidités qu'ont connue les ouvriers agricoles qui, payés essentiellement en nature, ont été obligés de brader leurs bêtes.

Dans un contexte d'inflation galopante, le chiffrage des coûts et de la rentabilité n'a guère de sens. Toutefois, les statistiques de 1993 indiquent que la rentabilité (bénéfices exprimés en pourcentage des coûts intégrant une marge normale de profits) des fermes d'Etat et collectives aurait été négative (-1,3 pour cent); elle aurait été positive dans le secteur de la production végétale. La chute des bénéfices agricoles tient surtout au fait que le coût des intrants a augmenté plus vite que les prix des produits agricoles depuis la libéralisation de 1991/92. Par exemple, en 1992, il fallait 1,2 tonne de blé pour acheter une tonne de carburant; en 1993, il en fallait 3,6; le rapport est resté à peu près le même l'année suivante. Les prix industriels et les prix agricoles ont augmenté à peu près dans la même proportion (ils ont été multipliés respectivement par 20,4 et par 19,0) et les termes de l'échange agricole semblent s'améliorer en 1995, du moins pour les produits de l'élevage, parce que l'offre diminue alors que les revenus des consommateurs se stabilisent.

TABLEAU 12
Indicateurs macro-économiques

Indicateur 1992 1993 1994 1995 (estimation)
PIB à prix constants: (pourcentage de variations) -13.0 -15.6 -25.0 -11.0
Prix à la consommation pourcentage moyen de variation sur l'année 1 381 1 571 1826 165
Pourcentage moyen de variation en fin d'année 2 567 2 166 1048 40
Salaires et prestations sociales (tenge, fin d'année)
Salaire, pension, indemnité de chômage (montant nominal minimum) 2 30 260 900
Montant réel minimum
(déc. 1991 =100)
10 7 5 13
Salaire moyen 27 384 3392 4 291
Salaire moyen réel
(déc. 1991 =100)
110 70 60 59
Taux de change (tenge / dollar EU) (moyenne pour l'année) ... 2.8 36.1 69.4
(en fin d'année) ... 6.3 54.3 78.0

Sources: Comité national des statistiques; Ministère des finances du Kazakhstan, et estimations de la Banque mondiale, mai 1995.

Budget public, subventions et crédit. Selon le Ministère de l'économie, les subventions à l'agriculture ont coûté au budget public plus de 600 millions de tenge (environ 2 à 3 pour cent du PIB) en 1993, dont à peu près la moitié pour les intérêts, les dépenses d'exploitation et le carburant et le reste pour compenser les pertes du secteur de l'élevage. En 1994, il n'y avait pratiquement plus de subventions, si ce n'est celle qui était distribuée à certains éleveurs pour les aliments composés du bétail, ainsi que la subvention virtuelle que représentait les achats de l'Etat maintenus pour les seules céréales. En octobre 1994, ces dernières subventions ont été supprimées et le prix du pain au détail a immédiatement décuplé.

En 1993, l'agriculture a bénéficié environ du tiers des crédits dirigés de la Banque nationale du Kazakhstan, crédits qui sont assortis de taux d'intérêt très favorables (de 25 à 90 pour cent par an, alors que le taux d'inflation était à l'époque de 2 000 pour cent). En février 1994, la Banque nationale du Kazakhstan a bloqué le taux d'intérêt sur environ 10 milliards de tenge (alors à peu près 500 millions de dollars) de crédits à l'agriculture et a refinancé cette dette. En septembre 1994, la dette agricole dépassait 26,8 milliards de tenge; l'essentiel des créances étaient entre les mains des fournisseurs; les fermes d'Etat devaient 1,5 milliard de tenge (représentant alors 30 millions de dollars) à leurs employés. En août 1994, le Président publia un décret aux termes duquel le Ministère de l'agriculture et la Banque agricole devaient identifier les fermes d'Etat et les agro-industries chroniquement déficitaires et les vendre aux enchères à des repreneurs qui assumeraient leur passif. Au début de 1995, environ 1 200 entreprises avaient été ainsi identifiées, et 256 devaient immédiatement être vendues aux enchères. Un Fonds de restructuration de l'agriculture a été créé pour assurer la liquidation des dettes irrécouvrables de façon à permettre la réforme de la Banque agricole qui devait désormais être gérée sur une base commerciale.

Privatisation. En 1991, quand l'URSS éclata, le Kazakhstan indépendant entra dans une phase de privatisation rapide entreprise au niveau des provinces. Au cours de cette première phase, les gouvernements des oblasts acquirent un pouvoir excessif et ceux du Nord menacèrent de faire sécession pour s'unir à la Russie. Au cours de la deuxième étape du programme national de privatisation, annoncée en 1993 et qui devait durer jusqu'en 1995, la privatisation fut assujettie à des procédures plus strictes placées sous le contrôle du Comité de la république chargé des biens de l'Etat et de ses comités territoriaux (distincts des oblasts). Un amendement de la constitution supprima les biens publics qui étaient entre les mains des gouvernements des oblasts et il n'y eut plus que deux types de propriété: les biens de l'Etat et la propriété privée.

Des procédures distinctes de privatisation ont été mises en place, d'une part, pour les petites entreprises de moins de 200 employés et, d'autre part, pour celles qui emploient de 200 à 5 000 personnes; quant aux entreprises nationales susceptibles d'attirer des investissements étrangers (principalement dans le secteur minier), leur privatisation se fait au cas par cas. Le Comité chargé des biens de l'Etat ayant été mis en cause, le Président lui retira ses fonctions en matière de privatisation et celles-ci ont été réparties entre divers autres organismes publics.

A la fin de 1994, environ 10 pour cent des quelque 30 000 petites entreprises avaient été adjugées aux enchères ou vendues par appels d'offres Le programme de privatisation massive a commencé plus tard qu'en Russie, ainsi la distribution de coupons de privatisation aux ressortissants nationaux n'a débuté qu'en 1994, toutefois, elle était presque achevée à la fin de l'année. Un quart des coupons avaient été investis dans un peu moins de 200 fonds de placement qui, en avril 1995, avaient acquis la propriété d'environ 500 grandes entreprises.

A la fin de 1995, le Premier ministre se déclara favorable à une procédure de privatisation démocratique par le système des coupons; cette procédure devait rapporter moins à l'Etat mais elle permettait d'accélérer la vente des biens publics; le gouvernement espérait ainsi liquider en 1995 la participation de l'Etat dans une petite douzaine de sociétés agricoles en commandite par actions ou de portefeuille.

La privatisation des grandes entreprises agricoles et des agro-industries relève aussi du Comité chargé des biens de l'Etat, mais entre dans un cadre particulier. Le programme national qui réglemente la privatisation de ce secteur comporte des dispositions spécifiques:

TABLEAU 13
Progrès de la réforme agraire au Kazakhstan entre 1991 et 1994: occupation des sols par mode d'exploitation (milliers d'hectares)

  janvier 1991 janvier 1992 janvier 1993 janvier 1994 juin 1994 janvier 1995
Nombre d'expoitations paysans   2480 8 877 16 020 20 110 22 512
Superficie 104.0 1 615.1 5 355.2 6 424.9 7 123.5 7 828.4
Vergers (milliers) 743.0 998.5 1 280.7 1 286.4 1 294.9  
Superficie 59.0 81.9 107.6 112.3 113.3  
Potagers (milliers} 499.3 790.2 962.4 989.6 1 099.0  
Superficie 42.6 68.2 83.7 86.5 102.8  
Parcelles privées (milliers) 1 883.0 1 949.4 2 028.0 2 164.1 2 225.5  
Superficie 193.6 199.0 231.3 246.5 250.0  
Coopératives agricoles et petites entreprises 16 132 919 872 916  
Superficie 16.5 275.8 21 505 4 172.4 4 288.8  
Autres entreprises agricoles non étatiques       646 727  
Superficie       42 671 47 782.3  
Entreprises annexes du secteur agricole         1 367 1 418
Superficie       1 880.9 1 918.7  

Sources: Ministère de l'agriculture, et Comité national des statistiques du Kazakhstan.

TABLEAU 14
Privatisation des termes d'Etat dans la République du Kazakhstan

Nombre de fermes d'Etat

début de période = 2 120

1er juillet 1994 1er janvier en 1995
Nombre de fermes privatisées 923 1 363
Dont: privatisées en 1993 et 1994 (1ère phase) 473 891
Nombre de créations d'entreprises indépendantes:
Total 1 355 4 344
Petites entreprises 296 2 331
Coopératives agricoles 32 487
Sociétés par actions 122 295
Entreprises collectives 698 1 082
Sociétés en forme juridique simplifiée 56 148
Autres 151 1
Fermes d'Etat non privatisées 1 197 757

Source: Ministère de l'agriculture de la République du Kazakhstan.

Suppression des achats publics et naissance d'un marché des produits agricoles. Le système de subventions et d'achats de l'Etat a été supprimé en décembre 1993 pour les produits de l'élevage. Le tableau 15 fait apparaître les effets de la suppression des subventions et de la libération des prix de détail. En décembre 1993, les prix moyens à la production versés par les organismes d'Etat dépassaient les prix du marché de 30 à 100 pour cent; en juillet, cette marge avait pratiquement disparu. Selon le Comité national des statistiques, le volume de pro duits agricoles acheminés par des filières autres que le circuit de commercialisation public entre janvier et octobre 1994 avait augmenté de 34 pour cent pour la viande et de 57 pour cent pour le lait et il n'était resté à peu près stationnaire que pour les œufs, alors que le volume global du commerce avait baissé de 20 pour cent par rapport aux neuf premiers mois de 1993.

Les achats de céréales par l'Etat, qui atteignaient environ 15 millions de tonnes en 1990/91, sont tombés à 7 millions de tonnes en 1993, puis à 5 millions en 1994. A la fin de 1993, certaines exploitations souffraient des effets de l'inflation et des retards de paiement des offices publics de commercialisation. En 1993, le Ministère des finances refusa de débloquer des crédits pour la totalité du programme d'achats publics de céréales. On a entendu dire que les céréaliculteurs, n'ayant pas pu vendre leur production à l'Astyk (l'Office national de commercialisation et de traitement) au prix affiché, l'auraient vendue au comptant au secteur privé, à moitié prix. En octobre 1994, le gouvernement supprima la subvention du blé et de la farine au détail. Pour 1995, tous les contingents obligatoires d'achats de l'Etat sont supprimés et le gouvernement prévoit de n'acheter aux prix commerciaux que quelque 700 000 tonnes de céréales qui doivent assurer notamment les stocks de sécurité.

Transformation et entreposage des aliments. De nombreuses entreprises parallèles de transformation et d'entreposage ainsi que de petites agro-industries (moulins, charcuteries, fromageries) se sont développées au niveau des fermes mais l'essentiel de la capacité de transformation et d'entreposage reste concentré dans la filière publique dont la privatisation est particulièrement importante.

Au début de 1995, le gouvernement prévoyait de vendre aux enchères avant le mois de septembre tous les silos de l'Astyk (à l'exception de 19 d'entre eux) et la moitié de ses minoteries et fabriques de pâtes alimentaires. La mise aux enchères d'autres industries agro-alimentaires, particulièrement dans les secteurs de la viande et des produits laitiers, devenues intéressantes pour les investisseurs privés depuis la libération des prix, est à l'étude. Le programme national de privatisation prévoyait qu'une partie du capital des entreprises agro-alimentaires serait offert à des conditions favorables aux exploitations agricoles qui sont leurs fournisseurs, mais le Comité des biens de l'Etat a abandonné cette politique d'intégration verticale, au début de 1995.

Cette clause avait été réclamée par les agriculteurs persuadés que le refus d'acheter les excédents (de lait par exemple) qui s'était développé depuis 1992. tenait au pouvoir monopolistique des transformateurs et non à la baisse de la demande du marché. Mais l'explosion des stocks excédentaires et les pertes financières des transformateurs ont, depuis, fait comprendre à quel point il était dangereux de ne pas tenir compte de la rentabilité; la privatisation et l'établissement d'un régime de concurrence entraîneront probablement de fortes compression des coûts et l'application de prix commerciaux.

TABLEAU 15
Valeur moyenne, à l'exploitation, des produits agricoles, par filière de commercialisation, avant et après la libération des prix, décembre 1993 - juillet 1994

 

Tenge/tonne

pourc. de variation

déc. 1993 jan. 1994 juil. 1994 jan/déc juil/déc
Bétail et volaille (poids carcasse)
Moyenne, toutes filières1 1 949 ... ... ... ...
Organismes publics d'achat 2 103 3 292 11 558 157 550
Marché vert 986 2 536 10 636 257 1 079
Produits laitiers
Moyenne, toutes filières 336 704 2 366 210 704
Organismes publics d'achat 381 681 2 388 179 627
Marché vert 293 1 324 2 439 452 832
Œufs
Moyenne, toutes filières 99 292 1 078 295 1 089
Organismes publics d'achat 104 292 1 092 281 1 050
Marché vert 181 285 1 037 157 573
Pommes de terre
Moyenne, toutes filières 292 ... 1 910 ... 654
Organismes publics d'achat 315 ... 2 339 ... 743
Marché vert 401 ... 2 203 ... 549
Céréales2
Moyenne, toutes filières 109 1783 441 1633 405
Organismes publics d'achat 138 1903 1 100 1383 797
Marché vert 97 1553 632 1603 652
Taux de change tenge/dollar EU 5.7 9.3 45    

Source: Ministère de l'agriculture de la République du Kazakhstan. Les filières sont: les organismes publics traditionnels, les marchés «verts» (urbains), le troc et les ventes aux restaurants. Les prix réels des filières publiques sont inférieurs aux chiffres cités, à cause des retards de paiement et de la forte inflation.
1 Estimé à partir du prix du poids vif, avec un coefficient moyen de conversion en poids carcasse de 0,59 pour tous les types de viande au Kazakhstan, 1990-1992.
2 Contrôlés jusqu'en octobre 1994.
3 Février 1994

Commerce agricole avec les partenaires «voisins et «éloignés». Entre 1986 et 1990, le Kazakhstan exportait environ 9 millions de tonnes de céréales par an. Selon le Département de l'agriculture des Etats-Unis, il aurait exporté quelque 7,7 millions de tonnes de la récolte exceptionnelle de 1992, 6 millions de tonnes de celle de 1993 et 5 de celle de 1994. Les statistiques officielles ne font apparaître aucune exportation à destination de pays «éloignés» (pays autres que ceux de l'ex-URSS); mais d'autres sources, notamment les accords commerciaux rendus publics, font état de ventes à la Pologne, à la Lituanie, à la République populaire de Chine, à l'Afghanistan, à l'Iraq, à la République islamique d'Iran et à la Turquie. Certaines de ces exportations passent par des négociants occidentaux qui procurent le crédit.

En l'absence de statistiques fiables, du fort taux d'inflation et des coûts incertains des transports, il est difficile de déterminer le prix moyen des céréales à la production pour le comparer avec les cours mondiaux. La Banque mondiale a tenté d'estimer, en 1993, les prix d'achat de l'Etat par rapport aux prix mondiaux qui étaient alors d'environ 130 dollars la tonne: pendant la récolte (septembre-octobre) l'Etat aurait payé environ 65 dollars la tonne, mais compte tenu du retard de paiement et de l'inflation, le montant effectivement touché ne devait pas représenter plus du quart environ du cours mondial". Il est particulièrement difficile de connaître le prix des céréales cédées par les filières privées, soit parce qu'il s'agit souvent d'échangés de troc, soit parce que le prix déclaré est, pour des raisons fiscales, inférieur au prix facturé. En 1994, le gouvernement a demandé une enquête sur les prix contractuels à l'exportation pour combattre à la fois la fraude fiscale et la pratique des ventes au rabais avec dessous-de-table aux directeurs des exploitations. Mais ces problèmes persisteront probablement tant que la privatisation ne sera pas complète.

Les termes de l'échange agricole semblent s'améliorer. Tous les accords commerciaux conclus par le gouvernement dans le secteur céréalier et le système de licences délivrées par le Ministère du commerce et de l'industrie dont ils étaient assortis, ont été abrogés en novembre 1994; en janvier 1995 un décret présidentiel autorisa les particuliers à importer et exporter toutes les marchandises, à l'exception de quelques produits stratégiques. Selon un représentant de la bourse des produits agricoles d'Almaty, le prix moyen d'achat du blé franco silo ne descendait pas en dessous de 77 dollars la tonne et tournait autour de 90 dollars. Mais les gouvernements des oblasts du Nord continuent à taxer de diverses façons les exportations de céréales. De plus, même si l'Astyk a pratiquement disparu de la scène, les exportations de produits agricoles (qui comprennent désormais la laine, les peaux et le coton) sont assujetties à un régime de contrôle des prix et de taxation en devises fortes.

Objectifs à long terme

Maintenant que l'agriculture du Kazakhstan n'est plus isolée du marché mondial des produits et des intrants, le coût élevé de la structure de la production est devenu évident. Les mesures de restructuration qui seront appliquées détermineront la transformation du Kazakhstan en démocratie participative, dotée d'un secteur alimentaire et agricole économiquement viable, et caractérisée par une répartition rationnelle des fonctions entre l'Etat et le secteur privé. Quelques questions primordiales ont fait l'objet de controverses dans le pays et d'observations de la part des organismes internationaux qui s'occupent de l'agriculture du Kazakhstan:

Restructuration et compression des coûts dans le secteur de l'élevage.

En 1991, la consommation de viande était au Kazakhstan de 71 kilos par habitant et par an, soit au même niveau qu'au Royaume-Uni: il se classait ainsi au sixième rang des républiques de l'ex-URSS. Cette consommation était bien supérieure à celle à laquelle on aurait pu s'attendre dans un pays à économie de marché avec un PIB par habitant égal au quart de celui du Royaume-Uni. Cela s'explique à la fois par le fait que la viande était subventionnée et par le manque de produits de consommation concurrents. La consommation de viande est tombée à 59 kilos en 1993 et 1994; elle baissera sans doute encore en 1995 parce que le cheptel est maintenant stabilisé et que le chiffre ne s'est vraisemblablement en 1994 que parce que les éleveurs appauvris ont été contraints d'abattre leurs bêtes.

Il importe, d'une part, que la consommation de produits de l'élevage s'établisse à un niveau correspondant à la demande solvable dans un régime de marché et, d'autre part, que la restructuration qui doit aboutir à ce nouvel équilibre permette de réduire les coûts de production et de transformation et d'améliorer la distribution. L'examen du secteur de l'aviculture est révélateur. Avant 1991, la politique des prix soviétique pénalisait la viande de volaille et subventionnait la viande rouge. Alors que l'augmentation des prix des céréales pour animaux avait rendu la plupart des autres productions de l'élevage déficitaires, l'aviculture était restée juste rentable grâce à un meilleur taux de conversion des céréales en viande. Les nouveaux prix de marché et en particulier la hausse du prix relatif des aliments du bétail et des taux d'intérêts réels devraient inciter à améliorer le rendement dans tout le secteur zootechnique et devraient favoriser principalement l'aviculture. Une industrie privée de production d'aliments du bétail travaillant aux prix de marché et se préparant à satisfaire une demande longtemps freinée semble déjà vouloir se développer.

Agriculture durable. Au Kazakhstan, l'érosion éolienne menace 28 million d'hectares; la salinité a interdit l'agriculture sur 80 000 hectares situés en partie dans le bassin de la mer d'Aral. On estime qu'avec les méthodes actuellement utilisées dans le nord du Kazakhstan, une tonne et demie d'humus disparaît pour chaque tonne de céréales produite. En 40 ans d'exploitation, les terres vierges ont probablement perdu un tiers de leur humus. Quelle serait la superficie optimale qui pourrait être ensemencée au Kazakhstan? Les divers instituts de recherche ne sont pas d'accord sur ce point (voir encadré 5, page 175). Le rééquilibrage du système des prix laisse prévoir que les superficies réensemencées en herbe continueront à s'étendre, ainsi que celles des jachères et des plantations de légumineuses en alternance.

Industries alimentaires. Le Kazakhstan doit développer les sous-produits d'origine animale, tels que la laine brute et les cuirs et peaux destinés à l'exportation, étendre son industrie de transformation non seulement pour le coton mais pour d'autres des ses produits et il doit améliorer le conditionnement. Ceci permettra de créer des emplois pour les populations rurales, de soutenir la concurrence des produits importés et de réduire le prix de détail des denrées alimentaires. La fin de la crise économique permet d'espérer que ces industries attireront des investissements étrangers privés à long terme; ceux-ci ne viendront que s'ils trouvent un marché libre dans un cadre juridique solide et efficace.

Propriété privée et investissement. L'agriculture, comme tous les autres secteurs de l'économie soviétique, était caractérisée par un fort coefficient de capital et une faible rentabilité, parce que tant les équipements que les intrants fongibles étaient fi nancés au moyen de crédits subventionnés. Un sondage a révélé que 75 pour cent des Kazakhs seraient favorables à la privatisation complète des terres et la disposition de la constitution qui l'interdit pourrait être remise en question par référendum en 1995. Cette privatisation de la propriété revêt d'abord une importance symbolique: elle rassure les entrepreneurs car elle montre que le système a vraiment changé; ensuite, elle enracine les Kazakhs d'origine russe dans un pays où le nationalisme grandissant les inquiète; enfin, elle stimule le développement du cadre financier dont l'agriculture a besoin. Selon des témoignages recueillis sur place, les entrepreneurs hésitent à investir leurs fonds propres dans l'agriculture s'ils n'ont pas de titres sur la terre. L'expérience des autres pays indique que la terre ne vaut pas cher dans les pays en transition et qu'elle ne représente donc pas un nantissement solide; il n'empêche que les emprunteurs disposés à gager la terre sur laquelle ils ont construit présentent une certaine garantie qu'ils seront de bons débiteurs.

Optimisation du rôle de l'Etat dans le secteur agricole et les communautés rurales

De nombreux départements ministériels du Kazakhstan sont ou vont être supprimés. Le Ministère de l'agriculture en tant que tel sera probablement maintenu, mais il subira de grandes transformations, avec une nette distinction entre les tâches techniques (khozyastennye) et les tâches de réglementation et d'information. Le Ministère couvrait jusqu'ici un vaste secteur, administrant les investissements et gérant les intrants et les produits conformément au plan, mais il était moins efficace dans les domaines qui devront désormais être prioritaire, notamment:

1) il devra absolument conduire des études de marché et établir des normes de qualité. L'ancien système d'achat par l'Etat occultait l'importance des normes et du suivi des récoltes. Avec l'ouverture sur l'extérieur, il devient nécessaire d'établir des normes appropriées pour les céréales, la laine, les peaux, etc., et d'en garantir l'application; ceci incitera la production de céréales de qualité supérieure, de laines plus belles, de peaux mieux traitées. Si les chefs d'exploitation doivent désormais commercialiser ce que jusqu'ici ils se sont contentés de produire, ils auront besoin d'informations et d'études de marché, tout comme leurs homologues occidentaux;

2) de véritables coopératives de commercialisation ou des associations d'agriculteurs situées sur le terrain pourraient assumer une bonne partie des fonctions ci-dessus. Dans ce domaine, la Russie est sans nul doute en avance sur le Kazakhstan où les associations privées d'agriculteurs sont moribondes.

Dans un Kazakhstan démocratique, le Ministère de l'agriculture pourrait s'efforcer d'encourager des coopératives démocratiques indépendantes;

3) l'étude des sciences agronomiques, comme dans tous les anciens pays communistes, sont concentrées dans l'Académie des sciences agricoles, distincte du ministère. Ces disciplines devraient être mieux intégrées dans l'enseignement et les divers départements devraient coopérer dans le cadre de programmes de recherche et de vulgarisation adaptés aux besoins de l'agriculture commerciale;

4) des mécanismes de soutien des prix et des revenus seront indispensables dès que le Kazakhstan aura réussi à accroître son revenu et ses recettes fiscales. Il a été forcé par la conjoncture de renoncer aux dépenses grâce auxquelles les exploitations avaient avantage à rester sous la coupe de l'Etat, sans se soucier de leur rentabilité ni de l'organisation des structures de production. La libéralisation des échanges avec les pays qui ont traditionnellement une économie de marché a été jusqu'ici bénéfique et le Kazakhstan cherche maintenant à développer un commerce libre avec les autres pays de la CEI. Toutefois, certaines tendances à l'autarcie transparaissent: le Kazakhstan s'efforce de réduire ses importations de denrées alimentaires pour lesquelles sa production est déficitaire, comme par exemple les huiles végétales et le sucre. Il serait important, à la fois pour le développement optimal du Kazakhstan et en prévision de son adhésion à l'Organisation internationale du commerce, que le régime de soutien de l'agriculture soit compatible avec l'Accord issu du Cycle d'Uruguay et ne comprenne que des mesures de la «case verte» (voir encadré 11, page 256), c'est-à-dire celles qui créent le moins possible de distorsions. En outre, la politique agricole devrait s'inspirer des quelques principes suivants:


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