Chapitre 3 - Le commerce agricole: À l'aube d'une ère nouvelle?

Table des matières - Précédente - Suivante

Introduction
I. Le commerce des produits agricoles - nouvelles tendances et évolution des structures
Il. Nouvelles tendances et évolution des structures de commerce des produits agricoles
III. Les règles du commerce international: rétrospective
IV. Développement des accords commerciaux régionaux commerciaux régionaux
V. Commerce international, environnement et développement agricole durable

Introduction

L'essor du commerce agricole a aidé à mettre à la disposition de populations toujours plus nombreuses une alimentation plus abondante, de meilleure qualité, plus variée et moins coûteuse. Ce commerce est aussi directement et indirectement une source de bien-être et de revenu pour des millions de personnes. De nombreux pays en tirent l'essentiel des devises dont ils ont besoin pour financer leurs importations et leur développement; tandis que pour d'autres, la sécurité alimentaire dépend en grande partie de la capacité de financer les importations de vivres.

Comme toute activité faisant intervenir des vendeurs et des acheteurs, et peut-être plus qu'aucune autre, le commerce agricole est une source de conflits d'intérêts et d'affrontements internationaux. Cela tient en partie à ce que les politiques agricoles sont souvent influencées par les intérêts de groupes de pression plutôt que par les seules considérations d'intérêt national, international ou mondial. D'autres facteurs interviennent aussi: l'apparition de distorsions toujours plus graves sur les marchés agricoles internationaux, le rôle que joue le commerce agricole pour la sécurité alimentaire et qui lui confère une dimension politique, socioéconomique et stratégique considérable, et, depuis un certain temps, des divergences de vues à propos des effets du commerce agricole sur des problèmes écologiques d'intérêt transnational ou mondial.

Les politiques de commerce agricole ont longtemps été influencées par l'idée très répandue qu'en raison de son importance et de sa vulnérabilité, le secteur agricole ne saurait être exposé de plein fouet aux rigueurs de la concurrence internationale sans que cela ait des conséquences politiques, sociales et économiques inacceptables. Cette idée est à l'origine de la forte protection dont bénéficie un peu partout ce secteur, protection pour partie responsable du marasme et de l'instabilité des marchés des produits agricoles qui, à leur tour n'ont fait que renforcer les pressions en faveur du protectionnisme. Toutefois, ces dernières années, beaucoup de pays en développement ont pris unilatéralement des mesures de libéralisation de leur marché, et en particulier de leurs marchés agricoles. La plupart de ces mesures s'inscrivent dans le cadre de programmes d'ajustement structurel et d'accords de coopération régionale. Dans les ex-pays à économie planifiée, les réformes systémiques en cours s'accompagnent d'une ouverture sur l'extérieur; ce processus, en particulier le rôle croissant que jouera probablement la Chine dans le commerce international, aura d'importantes conséquences à l'échelles mondiale. Au contraire, dans un certain nombre de pays développés, y compris certains des principaux intervenants sur les marchés mondiaux tels que les Etats-Unis et la CE, les réformes des politiques agricoles suscitées par les pressions intérieures ou internationales, si elles ont un peu réduit les distorsions des échanges, n'ont pas encore entraîné de libéralisation significative.

C'est dans ce contexte de protectionnisme généralisé et de graves problèmes structurels pour le système mondial de commerce agricole qu'a eu lieu le Cycle de négociations commerciales multilatérales d'Uruguay menées sous l'égide du GATT. La conclusion de ces négociations et la création d'une nouvelle Organisation mondiale du commerce (OMC) marquent un important tournant dans l'histoire des relations commerciales internationales. Le Cycle de négociations d'Uruguay, il est vrai, a eu des résultats plus modestes qu'on ne l'escomptait, mais il reste malgré tout, en dépit de ses insuffisances, un événement de toute première importance pour le commerce agricole, ne serait-ce que du seul fait qu'il ait abouti, ce qui a permis d'éviter le pire. De plus, c'était la première fois qu'un volet important des négociations portait sur le secteur agricole; on peut également espérer une certaine libéralisation des marchés et une réduction des soutiens internes au secteur agricole; enfin, le Cycle d'Uruguay et la nouvelle OMC fournissent le cadre pour assurer une discipline plus stricte, une stabilité et une transparence du commerce, en particulier agricole, plus grandes. Toutefois, il se peut que son impact à court terme sur les marchés agricoles soit l'imité et que le protectionnisme, qui peut prendre des formes nouvelles, reste de mise à moyen terme et même à long terme, jusqu'à ce que de nouvelles négociations aient lieu.

Au moment où la communauté internationale élaborait de nouvelles réglementations commerciales multilatérales, de nombreux groupes de pays s'employaient à conclure des accords régionaux. Ces derniers temps, le nombre de dispositifs et de pays qui y participent ainsi que le dynamisme des ententes ont beaucoup augmenté; et une place de plus en plus grande est faite à l'agriculture. Cette tendance a amené à s'interroger sur la place et le rôle de ces accords dans le système commercial multilatéral, leur ouverture à l'égard des pays tiers et le risque de régionalisation des courants commerciaux.

Un autre problème complexe et controversé mobilise de plus en plus l'attention, car il pourrait avoir des effets profonds sur les relations commerciales futures. Il s'agit du rôle du commerce international dans la protection de l'environnement et la durabilité de la production. Le commerce peut avoir des effets bénéfiques sur l'environnement dans la mesure où il favorise une utilisation rationnelle des ressources. Toutefois, le commerce international et les activités connexes de production et de conquête de marché exercent des pressions sur les ressources naturelles. De bonnes politiques environnementales et commerciales peuvent aider à concilier les objectifs respectifs dans ces deux domaines. Toutefois, la limitation des ressources impose souvent des choix douloureux entre les besoins immédiats de développement et de sécurité alimentaire et les besoins à plus long terme de protection de l'environnement.

Les problèmes du commerce agricole et les pressions sous-jacentes qui inspirent les politiques en la matière ne peuvent être appréciés qu'à la lumière des transformations profondes qu'ont connues les marchés mondiaux au cours des dernières décennies. Le sous-chapitre I ci-après présente des données de base illustrant les principaux changements intervenus depuis le début des années 60 dans les domaines suivants: poids de l'agriculture dans l'ensemble des échanges; parts de marché des différentes régions et des différents pays; valeur réelle et pouvoir d'achat des exportations de produits agricoles; direction et composition des échanges agricoles. Le deuxième sous-chapitre situe le commerce agricole dans le contexte des profondes transformations politiques et économiques qui ont eu lieu au cours des dernières décennies et surtout depuis le début des années 80. Le sous-chapitre III présente les nouvelles réglementations du commerce agricole qui ont vu le jour en 1994 à l'issue du Cycle d'Uruguay et leur effet probable sur le commerce mondial des produits agricoles. Le sous-chapitre IV étudie la tendance à renforcer l'intégration économique régionale par des dispositifs appropriés et la place que ces derniers réservent au commerce agricole. Enfin, le sous-chapitre V présente les interactions entre le commerce agricole, l'environnement et le développement durable ainsi que les conditions dans lesquelles une synergie entre commerce et environnement pourrait se développer.

I. Le commerce des produits agricoles - nouvelles tendances et évolution des structures

Déclin de la part des produits agricoles dans les échanges mondiaux
Expansion des marchés agricoles et contraction de la part des pays en développement
Les pays en développement resteront-ils des exportateurs nets?
Diversification des marchés et renforcement des échanges intrarégionaux
Baisse des prix agricoles, accroissement du volume des exportations et déclin du pouvoir d'achat des exportations agricoles
Accroissement de la valeur ajoutée des exportations

L'importance économique, la structure, la direction et la composition des échanges mondiaux de produits agricoles ont profondément changé depuis 30 ans; au cours de cette évolution, divers phénomènes paradoxaux sont apparus. Le commerce agricole, même s'il représente une part moins grande des échanges totaux, est resté un élément crucial de l'économie de nombreux pays. Pourtant, ce sont en général les pays les moins tributaires de leurs échanges agricoles qui ont gagné le plus de parts de marché, tandis que ceux dont l'économie repose essentiellement sur ce secteur ont non seulement perdu les leurs, mais ils ont aussi vu leur balance agricole se détériorer, leur économie dépendre de plus en plus de leurs exportations agricoles et leur sécurité alimentaire reposer sur leurs importations de vivres.

Parmi les autres grandes tendances, on citera la baisse persistante du prix international réel des produits agricoles, ce qui a réduit leur contrepartie en pouvoir d'achat; une plus large diversification géographique des courants d'échange de produits agricoles, accompagnée d'une intensification des échanges intrarégionaux; et enfin la part croissante, dans les échanges agricoles, des produits à valeur ajoutée au détriment des produits bruts.

Déclin de la part des produits agricoles dans les échanges mondiaux

C'est le rapport entre le commerce et la production en général qui sous-tend l'accroissement de l'interdépendance et l'intégration mondiale des économies. Le secteur agricole n'échappe pas à cette règle.

A l'échelle mondiale, le taux de croissance à long terme du commerce des produits agricoles tendait à être plus élevé que celui de la production, mais cette tendance s'est inversée pendant une bonne partie des années 80, du fait du marasme des échanges des pays en développement, particulièrement de ceux de l'Amérique latine, des Caraïbes et de l'Afrique. En revanche, les échanges de produits agricoles des pays développés ont continué à s'accroître plus vite que leur production (figure 11).

Toutefois, malgré son dynamisme relatif, le commerce des produits agricoles est distancé par celui des produits des autres secteurs, et en particulier des articles manufacturés, dont les échanges sont stimulés par l'industrialisation. Les exportations agricoles mondiales représentent aujourd'hui moins de 10 pour cent du total des exportations de marchandises, contre environ 25 pour cent au début des années 60.

VOLUME DE LA PRODUCTION ET DES ÉCHANGES AGRICOLES MONDIAUX

Ce déclin de la part des échanges agricoles dans le commerce mondial s'observe dans toutes les régions, mais il a été particulièrement prononcé dans les régions en développement pendant les années 60 et au début des années 70 (figures 12 et 13).

Par la suite, la part de l'agriculture dans les exportations totales s'est stabilisée à quelque 2 à 7 pour cent dans la région Proche-Orient/Afrique du Nord et aux environs de 10 pour cent dans la région Asie/Pacifique. Cette part a davantage varié en Afrique subsaharienne ainsi que dans la région Amérique latine/Caraïbes, où la contraction de la part des produits agricoles dans le commerce total a été ponctuée par des reprises temporaires (notamment à la fin des années 70, époque de grand dynamisme du marché des produits de base, ainsi qu'en 1986, année où les prix du café ont flambé après la sécheresse qui a amené le Brésil à suspendre ses contingents d'exportation) (figures 14A et 14B).

EXPORTATIONS AGRICOLES MONDIALES

COMMERCE DE PRODUITS DE L'AGRICULTURE DES FORÊTS ET DE LA PÊCHE

On constate une évolution analogue pour les importations. La réduction de la part des produits agricoles dans les importations totales, qui est un bon indicateur du degré de développement d'un pays, a été très forte dans la région Asie/Pacifique; elle a été moins marquée dans les régions Proche-Orient et Amérique latine/ Caraïbes (mais dans cette dernière, le ratio importations agricoles/importations totales est relativement faible); et elle a été négligeable en Afrique subsaharienne.

Le rôle des exportations agricoles dans le financement des importations tend aussi à diminuer. Cette évolution à long terme s'est interrompue pendant des périodes exceptionnelles, par exemple à la fin des années 70, quand les conditions étaient particulièrement favorables aux exportations de produits agricoles et surtout pendant les années qui ont suivi la crise d'endettement qui a obligé beaucoup de pays en développement à comprimer sévèrement leurs commandes à l'étranger.

Toutefois, en Amérique latine/Caraïbes ainsi qu'en Afrique subsaharienne, les exportations agricoles financent encore environ un cinquième de la facture d'importation, et l'économie de nombreux pays continue à en être essentiellement tributaire (figure 15). En 1993, sur 46 pays d'Afrique, 17 tiraient de l'agriculture au moins la moitié de leurs recettes d'exportation. En Amérique latine/Caraïbes, 16 pays (dont neuf dans les Caraïbes) sur 40 étaient dans ce cas. La proportion des recettes d'exportation imputable au secteur agricole atteint ou dépasse 80 pour cent dans un certain nombre de pays, notamment Cuba et le Paraguay en Amérique latine et le Burundi, les Comores, la Guinée-Bissau, le Malawi, l'Ouganda et le Soudan en Afrique.

COMMERCE DE PRODUITS DE L'AGRICULTURE, DES FORÊTS ET DE LA PÊCHE

COMMERCE DE PRODUITS DE L'AGRICULTURE. DES FORÊTS ET DE LA PÊCHE

DESTINATION ET COMPOSITION DES EXPORTATIONS (millions de dollars EU constants - 1980)

Expansion des marchés agricoles et contraction de la part des pays en développement

La part des diverses régions dans le commerce mondial et dans le commerce agricole a beaucoup changé depuis le début des années 60. Si la part des pays en développement a augmenté pour l'ensemble des exportations de marchandises, passant d'environ 20 pour cent à plus de 25 pour cent du total mondial, elle a baissé pour les exportations agricoles, tombant de plus de 40 pour cent à environ 27 pour cent (figure 16).

PART DES PAYS EN DÉVELOPPEMENT DANS LES EXPORTATIONS MONDIALES (pour pourcentage)

A cette contraction de la part de marchés des pays en développement a fait pendant un accroissement du poids des pays développés, en particulier de la CE, sur les marchés agricoles mondiaux. Alors qu'au début des années 60, la CE-12 représentait à peine plus de 20 pour cent des exportations mondiales totales, sa part est aujourd'hui d'environ 45 pour cent. Cet accroissement tient en grande partie à l'intensification des échanges intracommunautaires. Toutefois, même en excluant ces derniers, les exportations de la CE représentent encore environ 13 pour cent du total mondial, contre 8 pour cent seulement au début des années 60. La CE est également restée de loin en tête des importateurs mondiaux, mais sa part des importations de sources extra communautaires tend à baisser.

Les Etats-Unis, qui avaient perdu des parts de marché à la fin des années 60, les ont reconquises après 1973, car leur secteur d'exportation a bénéficié de politiques budgétaires et monétaires libérales et de la faiblesse du dollar. Toutefois, après 1982, les politiques macroéconomiques plus rigoureuses et le renforcement du dollar sous l'effet du second choc pétrolier, ainsi que la récession mondiale qui s'est ensuivie, ont entraîné une nette décélération de la croissance des exportations américaines.

Toutes les régions en développement, sauf la région Asie/Pacifique, ont peu à peu perdu des parts sur les marchés d'exportation des produits agricoles. Le progrès de la région Asie/Pacifique depuis le milieu des années 70 est d'autant plus remarquable que cette région a réussi mieux que toute autre à diversifier ses exportations, dans lesquelles la part des produits agricoles diminue. A l'opposé, l'Afrique subsaharienne, dont le commerce extérieur reste pourtant dominé par les produits agricoles, perd du terrain sur les marchés agricoles internationaux depuis le début des années 70, et sa part est maintenant comparable à celle de la région Proche-Orient/Afrique du Nord. La région Amérique latine/Caraïbes a perdu beaucoup de parts de marché depuis la seconde moitié des années 80, qui a été une période de croissance paresseuse du volume des exportations agricoles et de forte contraction des prix à l'exportation (figures 17 et 18).

Les pays en développement resteront-ils des exportateurs nets?

Jusque vers la fin des années 70, l'excédent des exportations agricoles sur les importations du monde en développement bénéficiait d'une marge considérable et assez stable. La crise économique du début des années 80 a entraîné une forte contraction de la demande des produits exportés par ces pays, d'où une inversion temporaire du solde de leurs échanges agricoles. Cependant la crise persistante a créé des contraintes financières qui les ont obligés à réduire radicalement toutes leurs importations, y compris les importations de produits alimentaires, de sorte qu'ils sont redevenus exportateurs agricoles nets jusqu'en 1991. C'est le marasme général de leurs exportations au cours des deux années suivantes qui a fait de nouveau basculer leur balance commerciale.

Cette évolution d'ensemble du monde en développement masque toutefois de grandes différences entre les régions. Globalement, la balance agricole de la région Amérique latine/Caraïbes est restée nettement excédentaire, bien que, ces dernières années, les importations aient augmenté plus vite que les exportations. Le rapport entre les exportations et les importations de produits agricoles de l'Afrique subsaharienne a beaucoup fluctué. mais les résultats des dernières années indiquent que cette région a de plus en plus de mal à rester exportatrice nette. Si la région Asie/Pacifique est devenue importatrice nette de produits agricoles depuis le milieu des années 70, ceci s'inscrit dans le cadre d'une augmentation régulière de ses importations et de ses exportations globales (sauf pendant la première moitié des années 80). Enfin, les importations nettes de produits alimentaires de la région Proche-Orient/ Afrique du Nord, qui était exportatrice nette de produits agricoles pendant les années 60, sont montées en flèche pendant les années 70 et au début des années 80 et sont restées très élevées depuis. Le déficit du commerce agricole des pays exportateurs de pétrole de la région s'est creusé de façon spectaculaire, mais des déficits alimentaires structurels sont aussi apparus dans les pays non exportateurs de pétrole (figure 19).

PART DES RÉGIONS DANS LES EXPORTATIONS AGRICOLES MONDIALES (en pourcentage)

PART DES RÉGIONS DANS LES IMPORTATIONS AGRICOLES MONDIALES (en pourcentage)

Diversification des marchés et renforcement des échanges intrarégionaux

Le commerce agricole a été caractérisé au cours des dernières décennies par deux grandes tendances: premièrement, la diversification et la destination des échanges et deuxièmement, le renforcement des échanges intrarégionaux.

Ces deux tendances sont toutefois loin d'être uniformes et elles n'ont pas entraîné de modifications profondes dans la physionomie d'ensemble du commerce des produits agricoles. Les pays développés ont continué à échanger des produits agricoles essentiellement entre eux, et la part de leurs importations totales à partir des pays en développement n'a cessé de diminuer. Ces derniers, eux, continuent à dépendre des pays développés pour l'essentiel de leurs débouchés et de leurs fournitures.

L'Afrique est restée très dépendante des marchés des pays développés, en particulier de la CE. Actuellement, les pays développés absorbent les trois quarts des exportations agricoles africaines et assurent près de 70 pour cent des importations du même secteur. Entre 1970 et 1990, la part des échanges intrarégionaux dans les exportations agricoles totales des pays africains est passée de 5 à 11 pour cent: cela n'a toutefois guère réduit la forte dépendance de l'Afrique à l'égard des importations de produits alimentaires en provenance des pays développés.

BALANCES COMMERCIALES AGRICOLES (CULTURES ET ÉLEVAGE) (en milliards de dollars EU)

Dans toutes les autres régions en développement, on observe à divers degrés une diversification des marchés et une intégration régionale. En Extrême-Orient, la part des échanges intrarégionaux dans le commerce agricole, qui était déjà la plus forte du monde, s'est encore accrue tandis que la part des exportations totales destinées aux pays développés, et en particulier à la CE, a diminué. Les exportations de la région Amérique latine/Caraïbes sont restées assez bien réparties entre la CE, l'Amérique du Nord, les pays en développement et les ex-pays à économie planifiée; toutefois, on a observé un accroissement de la part destinée aux pays en développement en particulier des échanges intrarégionaux (depuis le développement de l'intégration économique régionale). Le Proche-Orient achète à la CE une part croissante de ses importations vivrières, tandis que la part de ses achats à l'Amérique du Nord et à l'Extrême-Orient est restée à peu près stable.

Les marchés agricoles très intégrés d'Europe orientale et centrale et de l'ex-URSS ont commencé à s'ouvrir plus largement aux importations, d'Amérique du Nord et de la CE notamment, et ceci avant même les réformes des années 90 et l'effondrement des systèmes tradition nels de commerce intrarégional. En 1990, la CE était aussi devenue le principal débouché pour les exportations agricoles de ces pays; elle absorbait plus de 31 pour cent du total, alors que les exportations intrarégionales tournaient autour de 23 pour cent. La part des exportations de la région vers les pays en développement est en augmentation. Ces toutes dernières années, la disparition du Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM) ainsi que la politique de renforcement des liens économiques et politiques avec les pays d'Europe orientale et occidentale ont encore érodé les échanges entre pays en transition. La création, en 1993, d'une zone de libre-échange centreuropéenne, comprenant la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, relancera peut-être dans une certaine mesure les échanges intrarégionaux de produits agricoles (tableaux 16 et 17).

Baisse des prix agricoles, accroissement du volume des exportations et déclin du pouvoir d'achat des exportations agricoles

Pendant les années 60 et 70, la valeur unitaire des exportations agricoles des pays développés et des pays en développement a augmenté de façon pratiquement identique. Les baisses de prix qui ont suivi la crise économique du début des années 80 ont touché également les deux groupes de pays. Mais tandis que pour les pays en développement les prix à l'exportation sont restés déprimés jusque tout récemment, ils ont recommencé à monter dès le milieu des années 80 pour les pays développés.

Faisant contraste avec cette évolution des prix, le volume des exportations a partout régulièrement monté. Toutefois, au début des années 80, les taux de croissance dans les deux groupes de pays ont divergé: la croissance des exportations a beaucoup ralenti dans les pays développés (principalement du fait des Etats-Unis, où le choc pétrolier de 1979 a été suivi par de profondes modifications de la politique économique) et s'est un peu accélérée dans les pays en développement (essentiellement grâce au dynamisme des exportations de la région Asie/ Pacifique et du besoin pressant de gagner des devises pour amortir la dette dans la région Amérique latine/Caraïbes). Toutefois, dans la mesure où les prix unitaires ont varié de manière différente, la valeur des exportations agricoles a augmenté beaucoup plus dans les pays développés (de quelque 50 pour cent entre 1979-1981 et 1991-1993) que dans les pays en développement (à peine plus de 20 pour cent) (figure 20).

TABLEAU 16 Destination des exportations agricoles par région (pourcentage)

Origine Destination   Pays développés à économie de marché CE Canada/ Etats- Unis Pays en développement Amérique latine/ Caraïbes Afrique Proche- Orient Extrême- Orient Europe centrale et orientale/ ex URSS
Monde 1970 73 42 15 17 4 3 2 8 9
1980 63 40 10 24 5 5 5 10 10
1990 71 45 11 21 4 4 4 11 5
Pays développés à économie de marché 1970 79 48 14 16 4 3 2 8 3
1980 69 47 8 23 6 6 4 8 6
1990 77 53 10 18 4 3 3 8 3
CE 1970 85 65 8 11 2 5 2 2 3
1980 78 66 4 17 3 7 5 2 4
1990 85 72 4 11 2 4 3 3 2
Canada/ Etats-Unis 1970 72 28 21 23 8 3 2 13 2
1980 58 25 12 29 12 4 2 15 7
1990 65 19 21 28 9 3 3 16 5
Pays en développment 1970 71 35 20 17 4 2 2 9 10
1980 58 31 15 26 5 4 6 13 12
1990 61 29 16 28 5 4 5 16 8
Amérique latine/ Caraïbes 1970 77 33 29 12 9 1 0 3 10
1980 60 30 24 19 10 3 3 4 18
1990 65 32 25 21 12 2 3 5 12
Afrique 1970 74 50 13 13 0 5 2 5 9
1980 74 58 9 14 1 7 3 4 7
1990 75 59 6 19 0 11 3 5 3
Proche-Orient 1970 55 36 7 24 0 2 19 3 18
1980 40 30 4 38 0 4 31 5 17
1990 50 37 6 40 1 5 29 4 9
Extrême-Orient 1970 58 22 15 31 1 2 3 24 9
1980 49 19 9 40 1 3 6 29 7
1990 52 15 10 37 1 3 4 29 6
Europe centrale et orientale/ ex-URSS 1970 41 27 1 9 4 3 2 4 46
1980 35 20 2 21 4 5 4 5 39
1990 50 31 2 21 5 5 2 3 23

Source: FAO, d'après les statistiques de la CNUCED.

Note: Les pourcentage, étant arrondis, un total des chiffres en grisé pour une même année peut ne pas être égal à 100.

 

TABLEAU 17 Origine des importations agricoles par région (pourcentage)

Origine Destination   Pays développés à économie de marché CE Canada/ Etats- Unis Pays en Développement Amérique latine/ Caraibes Afrique Proche- Orient Extrême- Orient Europe centrale et orientale/ ex-URSS
Monde 1970 58 23 20 32 13 8 2 11 8
1980 64 30 22 29 12 4 1 13 6
1990 69 39 19 25 10 3 1 13 4
Pays développés à économie de marché 1970 64 27 19 31 14 8 1 9 4
1980 69 37 20 27 il 5 1 10 3
1990 74 47 17 21 9 3 1 10 3
CE 1970 67 36 13 27 10 9 1 6 5
1980 74 50 14 22 9 6 1 6 3
1990 80 62 8 16 7 4 1 5 3
Canada/ Etats-Unis 1970 55 13 29 44 25 7 1 11 1
1980 53 13 28 45 29 4 1 11 1
1990 62 16 37 36 22 1 1 13 1
Pays en développment 1970 58 16 28 33 9 6 2 20 5
1980 60 21 27 30 9 3 2 21 5
1990 58 21 25 33 9 2 3 23 4
Amérique latine/ Caraïbes 1970 62 14 40 30 27 0 0 3 7
1980 70 14 52 25 22 1 0 3 5
1990 62 17 41 32 28 0 0 4 5
Afrique 1970 66 34 16 24 3 13 1 9 8
1980 73 44 18 20 6 6 1 8 6
1990 68 43 16 25 6 9 2 10 6
Proche- Orient 1970 51 22 17 39 3 6 16 15 8
1980 58 31 11 35 9 3 8 17 5
1990 61 33 17 36 8 2 11 15 2
Extrême- Orient 1970 53 6 30 36 4 5 1 31 3
1980 51 5 31 37 4 2 1 36 2
1990 52 9 27 37 4 1 1 35 1
Europe centrale et orientale/ ex-URSS 1970 20 8 5 36 14 8 3 11 41
1980 38 14 15 36 22 3 2 10 22
1990 40 17 16 36 22 2 2 15 17

Source: FAO, d'après les statistiques de la CNUCED.

Note: Les pourcentages étant arrondis, un total des chiffres en grisé pour une même année peut ne pas être égal à 100.

Après la crise alimentaire du début des années 70, la valeur unitaire des exportations alimentaires des pays en développement a aussi augmenté beaucoup moins vite que celle des autres produits entrant dans le commerce international, d'où une érosion prononcée presque ininterrompue des prix réels (ou termes nets de l'échange) des exportations agricoles sur les marchés internationaux'. Entre 1979-1981 et 1993, les termes nets de l'échange des pays en développement ont baissé de près de 40 pour cent. Cette détérioration a touché toutes les régions en développement, mais à des degrés divers (figure 21).

La baisse générale des prix des produits agricoles s'explique par de nombreux facteurs et notamment les suivants: la protection de l'agriculture et la distribution d'aides directes (en particulier dans les pays industrialisés) ont stimulé la production entraînant une offre souvent très supérieure aux besoins des marchés internationaux; pour compenser la baisse des cours mondiaux, de nombreux pays se sont efforcés d'accroître le volume de leurs exportations; les gains des bonnes années qui ont précédé 1980 ont fait accélérer les plantations et les investissements; enfin les politiques de stabilisation et d'ajustement structurel ont modifié les taux de change, la fiscalité et les systèmes de commercialisation, faisant dans certains cas monter artificiellement les prix à la production par rapport aux cours internationaux.

VALEUR UNITAIRE ET VOLUME DES EXPORTATIONS AGRICOLES, PAYS EN DÉVELOPPMENT ET PAYS DÉVELOPPÉS

INDICES DES EXPORTATIONS AGRICOLES, RÉGIONS EN DÉVELOPPEMENT (Indice 1979 - 1981 = 100)

TERMES NETS DE L'ÉCHANGE DES EXPORTATIONS AGRICOLES, REGIONS EN DEVELOPPEMENT (Indice 1979 - 1981 = 100)

TERMES DE L'ÉCHANGE-REVENU DES EXPORTATIONS AGRICOLES, REGIONS EN DEVELOPPEMENT (Indice 1979 - 1981 = 100)

L'amélioration de la productivité et, dans certains cas, l'expansion des superficies consacrées aux cultures d'exportation ont permis aux pays en développement de compenser dans une certaine mesure la baisse des prix. En effet, comme on l'a vu plus haut, le taux de croissance du volume des exportations de ces pays s'est un peu accéléré pendant la dépression des années 80.

Mais dans l'ensemble, la chute des prix a été telle que, malgré l'expansion de la production et du volume des exportations, le total des recettes d'exportations a baissé. Dans ces conditions, le pouvoir d'achat des exportations agricoles (termes de l'échange des revenus) s'est détérioré pour la plupart des pays en développement. En 1991-1993, l'indice des termes de l'échange des revenus du monde en développement pris comme un tout était inférieur de 8 pour cent aux niveaux de 1979-1981.

Ces tendances générales masquent des divergences entre les régions. La région Asie/Pacifique a bénéficié d'une part d'une chute moins brutale des prix réels à l'exportation et d'autre part d'une accélération considérable du volume des sorties (qui a presque doublé entre 19791981 et 1992-1993). A l'opposé, les pays d'Afrique subsaharienne ont souffert de l'effondrement de leurs prix à l'exportation et de la stagnation globale du volume exporté en dépit de fluctuations saisonnières. Quant à la région Amérique latine/Caraïbes, elle a réussi à maintenir la croissance du volume de ses exportations, mais elle a souffert de la baisse des prix unitaires.

Dans une large mesure, les différences constatées entre les régions s'expliquent par les caractéristiques du marché des principaux produits exportés par chacune. D'une façon générale, le cours international des produits exportés par les pays d'Asie a été moins déprimé et a connu des fluctuations moins amples que celui des produits tropicaux exportés par l'Afrique et la région Amérique latine/ Caraïbes. Ainsi, le prix nominal du riz en dollars a baissé de 13 pour cent entre 1979-1981 et 1989-1991, celui du caoutchouc d'environ 20 pour cent et celui de l'huile de palme de 46 pour cent; en revanche, celui du thé et surtout ceux du jute et du coton tendaient à se raffermir. Quant au café et au cacao, principales cultures d'exportation de nombreux pays d'Afrique et d'Amérique latine, leurs prix ont perdu respectivement 56 et 58 pour cent pendant la même période.

Accroissement de la valeur ajoutée des exportations

Un aspect très important de l'évolution des échanges est l'effort qu'ont fait les pays en développement, avec plus ou moins de succès, pour exporter des produits transformés à valeur ajoutée au lieu des produits primaires. Dans les deux régions Asie/Pacifique et Amérique latine/ Caraïbes. la part des produits transformés dans les exportations agricoles a atteint ces dernières années environ un tiers contre quelque 10 pour cent seulement au début des années 60. Dans certains pays relativement industrialisés de ces régions, elle est beaucoup plus forte encore: environ 50 pour cent pour l'Argentine et le Brésil et plus de 70 pour cent pour la Malaisie.

Au contraire, la part des produits transformés dans les exportations agricoles de l'Afrique subsaharienne stagne aux environs de 15 pour cent depuis une trentaine d'années, malgré quelques fluctuations dans certains pays: ainsi, au Kenya, alors qu'elle était relativement élevée (environ 17 pour cent) pendant les années 60 et au début des années 70, elle est par la suite tombée à moins de 10 pour cent. En Côte d'lvoire, elle a beaucoup augmenté entre 1960 et au milieu des années 70 (passant de quelque 3 pour cent à 22 pour cent) pour retomber à environ 15 pour cent pendant les années 80. Mais la plupart des pays de la région sont restés tributaires des exportations d'une gamme limitée de produits primaires. Si la part des produits à valeur ajoutée est assez élevée pour la région Proche-Orient/Afrique du Nord, cela tient à ce qu'un petit nombre de produits transformés ont un poids considérable dans le total des exportations agricoles, qui sont relativement peu importantes. Les produits de la mer et crustacés transformés ainsi que les conserves de fruits et de légumes représentent une grande partie de ce total. Dans certains pays en particulier, les principaux produits transformés sont, par exemple, le vin pour l'Algérie (même si l'importance de cette exportation a beaucoup diminué ces dernières années), les produits de la pêche et les pistaches conditionnés pour l'Iran, et, pour la Turquie, le tabac à fabriquer ou les confiseries à base de fruits secs et de fruits confits (figure 22).

POURCENTAGE DES EXPORTATIONS DE PRODUITS AGRICOLES TRANSFORMES DANS LES, EXPORTATIONS AGRICOLES TOTALES. ENSEMBLE DES RÉGIONS EN DÉVELOPPEMENT

II. Nouvelles tendances et évolution des structures de commerce des produits agricoles

Dérégulation de l'économie mondiale
Transformation des pays à économie planifiée
Prochaines années
Effondrement du CAEM
La Chine, un cas particulier

Dérégulation de l'économie mondiale

Le commerce international ne joue qu'un rôle relativement faible dans l'activité économique de la plupart des pays; c'est pourquoi sa réglementation et son fonctionnement dépendent beaucoup de la politique économique générale. La transformation radicale de l'économie de nombreux pays au cours des 10 dernières années, et surtout depuis la fin des années 80, aura sans doute des effets profonds et durables sur les politiques commerciales et sur l'organisation des échanges.

On a assisté pendant les années 80 à un désengagement de l'Etat, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement et les pays à économie planifiée. Les premiers ont commencé à réduire de diverses façons les interventions de l'Etat et ont supprimé les restrictions qui frappaient les mouvements de capitaux et les investissements étrangers. Les réformes ont été plus profondes encore dans les pays en développement qui ont désormais renoncé à leur politique de repli en matière de commerce et d'investissement: ils ont réduit cette intervention de l'Etat qui consistait à surévaluer les taux de change, atténué ou abrogé le contrôle des mouvements de capitaux et privatisé leurs entreprises publiques. Mais c'est dans les pays d'Eu rope orientale et de l'ex-URSS que les mutations ont été les plus profondes: leur système politique et économique s'est effondré et ils ont commencé à appliquer des principes de gestion économique basés sur les forces du marché. A partir de 1979, la République populaire de Chine a aussi entrepris de réformer profondément son économie intérieure. Ainsi, une partie importante de l'économie mondiale jusqu'alors assujettie à un système de planification étatique a commencé à s'intégrer dans le système de marché.

Avant les années 80 déjà, les pays développés avaient abandonné la plupart des mesures interventionnistes. Sûrs de la validité de leurs grandes orientations, ils signèrent en 1947 l'Accord général sur les tarifs douaniers et sur le commerce (GATT) et adoptèrent du même coup un ensemble de règles commerciales communes. Celles-ci interdisaient en particulier les restrictions quantitatives d'importations, sauf en cas exceptionnel, de sorte que les droits de douane étaient devenus l'unique moyen de protéger les produits non agricoles. L'Accord général interdisait également les subventions à l'exportation destinées à améliorer la compétitivité des produits, sauf pour les produits primaires. Mais l'Accord général de 1947 ne portait que sur le commerce des marchandises. Compte tenu de la diversité des politiques agricoles, l'Accord général prévoyait pour ce secteur des exemptions qui devaient persister pendant plus de 40 ans. La subvention des exportations de produits agricoles et la fixation de quotas étant autorisées, de nombreux pays ont pu ainsi isoler leur secteur agricole du marché mondial.

Les grandes réformes économiques des pays en développement ont commencé au cours des années 80. Leurs modalités et leur rythme ont varié d'un pays à l'autre, mais ont presque toujours inclus la suppression des contrôles et interventions sur les mouvements de capitaux et les taux de change. La plupart des entreprises d'Etat, dont le fonctionnement inefficace imposait un lourd fardeau aux finances publiques, ont été privatisées. Des mesures incitatives ont été mises en place pour attirer les investissements étrangers jusqu'alors souvent soumis à des régimes dissuasifs, et pour encourager le rapatriement des capitaux qui avaient fui à l'étranger pour échapper à l'instabilité économique, aux aléas politiques ou au contrôle de l'Etat.

A mesure que ces réformes intérieures se confirmaient, les pays en développement ont pu à leur tour réformer et libéraliser leurs politiques de commerce extérieur. La convertibilité des monnaies s'est libéralisée, les restrictions à l'importation et les droits de douane ont été réduits et les services publics de contrôle démantelés. Grâce à ces diverses réformes, les politiques économiques et commerciales nationales sont devenues plus compatibles avec les règlements du GATT et les pays en développement ont commencé à adhérer au GATT et ont pu participer activement aux négociations commerciales du Cycle d'Uruguay.

Les marchés internationaux des produits n'ont pas manqué de bénéficier de cette transformation des attitudes et des politiques (voir encadré 7).

Selon une étude récente, la libéralisation des échanges, contrairement à ce qui s'était passé pendant les périodes précédentes, a été unidirectionnelle et continue dans la plupart des pays en développement non africains. C'est en Amérique latine qu'elle a été le plus rapide; elle commence à s'accélérer également en Asie du Sud. Les pays d'Asie de l'Est, ont suivi un rythme inégal, mais on observe une tendance générale et continue à l'ouverture vers tous les pays sans discrimination. Seule l'Afrique n'a guère libéralisé ses échanges, et plusieurs pays du continent ont même abrogé les réformes amorcées lorsqu'ils ont dû faire face à de nouvel les pénuries de devises ou à la concurrence des produits importés.

ENCADRÉ 7
LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES DE COMMERCE ET LE MARCHE DES PRODUITS

La première Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a été organisée en 1964 pour examiner les problèmes de commerce et de développement des pays en développement. Les auteurs de cette initiative avaient des objectifs différents de ceux des membres du GATT. Les activités de la CNUCED visaient principalement à mettre en place un système d'échangés concernant les produits de base les plus importants pour les pays en développement, grâce à un système d'accords internationaux produit par produit. Des accords ont été négociés pendant les années 60 et 70 pour l'étain, le caoutchouc, le café, le cacao, le blé et le sucre. Le succès initial de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui avait réussi à faire monter et à stabiliser les prix du pétrole en créant un cartel des producteurs, a suscité un regain d'intérêt à l'égard de ce type d'accord.

Au cours des négociations commerciales du Cycle de Tokyo, les membres du GATT ont cherché à étendre au commerce international les systèmes d'intervention sur les marchés agricoles auxquels beaucoup de gouvernements avaient recours à l'échelle nationale. La CE proposa une série d'accords internationaux de produits visant à maintenir les prix mondiaux à l'intérieur d'une certaine fourchette et à garantir l'approvisionnement des pays en développement en cas de pénurie. Des accords ont été proposés pour les céréales, les graines oléagineuses, les produits laitiers et la viande.

En définitive, les régimes et les objectifs des divers pays étaient trop différents pour que ces derniers adhèrent à un système international d'accords de produits. C'est pourquoi le Cycle de Tokyo s'est soldé par un texte peu ambitieux sur le commerce agricole et n'a pas réussi à mettre en place d'accord international efficace sur aucun produit. Enfin, sous l'effet des pressions économiques des années 80, les accords sur le café et le sucre ont cessé de fonctionner.

A certains égards, la fin du Cycle de Tokyo a marqué un tournant dans les politiques d'intervention des gouvernements sur les marchés internationaux. Les systèmes de parité fixe des changes issus des accords de Bretton Woods de 1973, avaient déjà dû être abandonnés. A cause de l'inflation mondiale, à laquelle ont bientôt fait suite, pendant les années 80, une crise générale d'endettement et un effondrement des cours internationaux des produits, de nombreuses dispositions antérieures sont devenues soit inapplicables soit, dans bien des cas, trop coûteuses.

Les réformes économiques étaient déjà avancées dans les pays développés et les pays en développement à économie de marché avant que les pays à économie planifiée ne commencent à s'y attacher sérieusement. Comme le système économique était lié au système politique, celui-ci devait changer pour qu'une libéralisation économique de quelque importance soit possible. Des ébauches de réforme économiques avaient été esquissées à la fin des années 70 et au début des années 80. La Chine avait aussi entrepris certaines réformes à la fin des années 70. Elle avait notamment modifié son système agricole et s'était ouverte aux investissements étrangers. C'est vers la fin des années 80, lorsque le parti communiste a perdu son monopole sur le pouvoir politique dans l'ex-URSS ainsi que dans les pays d'Europe centrale et orientale, que le système d'économie planifiée a pris fin. Des réformes économiques plus ou moins ambitieuses ont été lancées avec plus ou moins de succès. D'une façon générale, elles ont comporté une réduction des interventions de l'Etat sur les marchés intérieurs et l'adoption de politiques commerciales faisant plus de place aux forces du marché.

Dans les pays développés comme dans les pays en développement, les interventions de l'Etat sur les marchés agricoles bénéficiaient d'un appui politique très important, de sorte qu'il a été particulièrement difficile d'y renoncer. Les agriculteurs des pays développés avaient un pouvoir politique disproportionné par rapport à la place qu'ils tenaient dans l'électorat. Ils ont lutté énergiquement pour maintenir les aides de l'Etat qui accroissaient leur revenu et les mesures qui, à leur avis, réduisaient la concurrence avec des producteurs plus efficaces ou plus subventionnés. Dans de nombreux pays en développement, les interventions de l'Etat consistaient essentiellement à réduire le coût des aliments de base pour les consommateurs des villes, électeurs dont dépendait la stabilité politique. Ce sont les dysfonctionnements des systèmes en place, leur coût excessif ou encore un changement de régime politique, qui ont finalement contraint ces pays à entreprendre des réformes dans le secteur agricole comme dans le reste de l'économie.


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