Previous Page TOC Next Page

SITUATION MONDIALE

III. Quelques questions importantes

LES FORÊTS DANS UN CONTEXTE PLANÉTAIRE9

A l’aube du troisième millénaire, les forêts du monde sont un enjeu crucial. La croissance de la population mondiale et la modification de sa répartition géographique, les pressions économiques, le souci de combattre le paupérisme et d’assurer la sécurité alimentaire incitent à s’interroger sur leur rôle actuel et potentiel dans le développement et sur l’avantage qu’il y a à les conserver plutôt qu’à convertir la terre à d’autres usages. Le principal défi à relever est de satisfaire la demande croissante de produits forestiers tout en protégeant la capacité des forêts de fournir toute une gamme de services environnementaux, et notamment de sauvegarder les ressources en sol et en eau, de protéger la terre contre la désertification, de conserver la diversité biologique et d’atténuer les changements climatiques. Il faut concilier des exigences contradictoires et des appréciations différentes de l’importance relative des biens matériels et immatériels fournis par les forêts. Des arbitrages difficiles doivent être faits entre les avantages économiques chiffrables que produit la forêt – production de bois et d’autres produits, création d’emplois, etc. – et les avantages environnementaux et sociaux, dont la valeur est incontestable mais peut rarement se mesurer en termes monétaires. Le souci de répartir équitablement les avantages que produit la forêt, de protéger les droits des habitants de la forêt et des populations autochtones et de faire participer plus largement les intéressés à toutes les décisions concernant la forêt accroîtra encore la complexité et l’importance de l’aménagement des forêts et des politiques forestières au cours des prochaines années.

Les forêts ne sont pas sans se ressentir des grandes mutations qui caractérisent notre époque: poursuite de la croissance démographique et de l’urbanisation, accélération de la croissance économique mondiale après le marasme des trois premières années de cette décennie, développement de l’économie de marché dans la plupart des pays qui autrefois avaient un régime d’économie planifiée et libéralisation des échanges. La structure et la fonction des administrations publiques, en particulier de celles qui s’occupent des forêts, ont continué à se transformer ces dernières années. La tendance à la décentralisation, à la privatisation de fonctions autrefois réservées au secteur public et à l’établissement d’un environnement plus pluraliste et plus participatif s’est confirmée. Dans les pays développés comme dans les pays en développement, les services des forêts ont été touchés par des coupes budgétaires. Le souci de protéger l’environnement influe de plus en plus sur les politiques et les pratiques concernant les ressources naturelles et même, jusqu’à un certain point, sur le commerce international. Enfin, «la mondialisation» continue. Les instances politiques ont pris conscience des interactions entre le développement et les problèmes environnementaux et sociaux à l’occasion des quatre grands sommets internationaux des deux dernières années: le Sommet mondial du développement social (Copenhague, mars 1995); la quatrième Conférence mondiale sur les femmes (Beijing, septembre 1995); Habitat II – la deuxième Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Istanbul, juin 1996) et le Sommet mondial de l’alimentation (Rome, novembre 1996). L’importance qu’attache la communauté internationale aux forêts est attestée par la décision qu’a prise en avril 1995 la Commission du développement durable des Nations Unies (CDD) de créer le groupe intergouvernemental sur les forêts pour promouvoir un consensus international sur les grands problèmes concernant les forêts. La Commission, qui a pour mandat de suivre la mise en œuvre des accords conclus lors de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et développement (CNUED, Rio de Janeiro, juin 1992), a rendu compte en juin 1997 à une session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies des progrès accomplis au cours des cinq dernières années. Cette session extraordinaire, à laquelle ont participé beaucoup de chefs d’Etat, a contribué à maintenir la question du développement durable en bonne place dans les préoccupations des gouvernements.

L’évolution passée de la consommation illustre clairement les effets de la croissance démographique sur la demande de produits alimentaires et forestiers. Entre 1960 et 1995, la population mondiale a presque doublé et l’économie mondiale (mesurée par le PIB réel) a triplé. Pendant la même période, la production mondiale de céréales a plus que doublé tandis que celle de bois de feu a été multipliée par deux et celle de papier par plus de trois. Le monde compte aujourd’hui 5,7 milliards d’habitants et on prévoit qu’il en comptera 7 milliards en 2010. Presque toute l’augmentation se situera dans le monde en développement, où l’accroissement de la production agricole et forestière se heurte à des contraintes particulièrement rigides et où les ressources naturelles sont déjà soumises à une dure épreuve à cause des impératifs économiques nationaux et de la répartition inégale des revenus. Ces facteurs influeront certainement sur l’aptitude des pays à réaliser la sécurité alimentaire à long terme et à maintenir la productivité de leurs ressources naturelles, et en particulier de leurs forêts.

A la suite du Programme d’évaluation des ressources forestières, la FAO a publié en 1997 de nouvelles informations sur le couvert forestier mondial: superficie des forêts en 1995; variation de la superficie forestière entre 1990 et 1995; et estimation révisée de la variation de la superficie forestière entre 1980 et 199010. On estime qu’en 1995, 3 454 millions d’hectares, soit 26 pour cent des terres émergées du globe, portaient des forêts (peuplements naturels et plantations) dont 57 pour cent se trouvaient dans des pays en développement. La figure 4 fait apparaître la répartition des forêts entre les grandes régions.

La superficie des forêts du monde a diminué de 56 millions d’hectares entre 1990 et 1995. Ce recul est l’effet net d’une réduction de 65 millions d’hectares dans les pays en développement et d’un accroissement de 9 millions d’hectares dans les pays développés. Si on prend en considération uniquement les forêts naturelles des pays en développement, où se situent l’essentiel des déboisements, les estimations révisées indiquent que:

Bref, même si le déboisement est encore très rapide dans les pays en développement, il semble ralentir. Cette constatation est encourageante, mais il est difficile de savoir s’il s’agit de l’amorce d’une nouvelle tendance tant que l’on ne disposera pas des données de l’Evaluation des ressources forestières 2000 actuellement en préparation à la FAO.

Selon des informations récemment publiées11 sur les causes du déboisement entre 1980 et 1990, les principaux déterminants de la destruction du couvert forestier sont la croissance de la population rurale, conjuguée avec l’expansion de l’agriculture (surtout en Afrique et en Asie) et les grands programmes de développement comportant des déplacements de populations, l’expansion de l’agriculture et le développement de l’infrastructure (en Amérique latine et en Asie). L’exploitation forestière n’est généralement pas la cause directe du déboisement, mais elle le facilite dans certaines zones, notamment parce que la construction des routes forestières ouvre à la colonisation agricole des zones jusqu’alors inaccessibles.

Les forêts continueront de subir des pressions du fait de la demande de produits alimentaires pour nourrir la population croissante de la planète. Selon les estimations de la FAO, l’augmentation de la production vivrière mondiale nécessaire pour satisfaire cette demande, principalement dans les pays en développement, sera probablement de l’ordre de 1,8 pour cent par an d’ici 2010. Dans certains pays, l’accroissement des approvisionnements sera assuré par des importations ou par une intensification de la production sur les terres agricoles actuellement exploitées. Dans les pays où ni l’une ni l’autre de ces options n’est possible et où il existe des possibilités d’accroître les superficies cultivées (c’est-à-dire principalement en Afrique subsaharienne et en Amérique latine), de nouvelles terres seront mises en culture pour produire davantage d’aliments. La nécessité d’accroître la production alimentaire et d’améliorer l’accès aux vivres dans les pays en développement amène à s’interroger sur la façon dont les forêts et les arbres peuvent contribuer à la sécurité alimentaire des ménages et des pays et notamment sur leur rôle de protection des ressources naturelles dont dépend l’agriculture.

Au contraire, dans certains pays développés, la saturation des marchés des produits agricoles et l’intensification croissante de la production permettent de libérer des terres agricoles marginales qui deviennent ainsi disponibles pour le reboisement.

Malgré les résultats économiques encourageants obtenus ces dernières années dans une bonne partie du monde en développement (voir Environnement économique mondial, page 37), le paupérisme, la faim et la malnutrition persistent dans plusieurs régions du monde et parmi plusieurs groupes de population à cause de la répartition inégale des richesses et de l’accès aux ressources. Beaucoup des pauvres du monde habitent dans la forêt ou à proximité et en dépendent pour vivre. Les forêts jouent et continueront à jouer un rôle particulièrement important en fournissant à ces populations forestières des produits et des revenus. La concurrence entre ces besoins locaux et la demande croissante des industries forestières, qui sera stimulée par l’augmentation des revenus, risque fort de s’intensifier.

L’effet combiné de l’expansion économique et de la croissance démographique sur la demande de produits forestiers risque d’être considérable, d’autant plus que l’élasticité de la consommation de produits des industries forestières est particulièrement forte quand les revenus sont bas. La consommation de produits forestiers a augmenté de 36 pour cent entre 1970 et 1994. Un peu plus de la moitié de la production annuelle de bois est consommée sous forme de bois de feu, le reste étant destiné aux industries forestières. La demande de bois de feu continue d’augmenter à raison d’environ 1,2 pour cent par an (taux moyen d’accroissement en 1992-94). La demande des produits des industries forestières semble plafonner dans les pays développés mais continue d’augmenter régulièrement dans les pays en développement. Le prochain numéro de l’Etude des perspectives mondiales de la production, de la consommation et du commerce des produits forestiers (EPM 96) contient des chiffres préliminaires indiquant que la demande totale de bois (bois de feu et bois d’œuvre et d’industrie) augmentera de quelque 20 pour cent entre 1990 et 2010, principalement sous l’effet de la croissance démographique et de l’expansion économique dans les pays en développement.

Les forêts du monde pourront-elles produire assez de bois pour répondre à la demande croissante des générations futures sans que cela entraîne des coûts sociaux et environnementaux inacceptables? C’est là une des plus graves questions concernant l’avenir du secteur forestier. Plusieurs facteurs influent sur l’offre de produits forestiers, notamment l’expansion des plantations et l’amélioration des techniques de transformation (qui pourraient atténuer les problèmes), et la chute brutale des quantités enlevées en Fédération de Russie au cours de la présente décennie (qui a eu d’importantes répercussions sur la production mondiale de bois rond). En outre, l’offre de bois rond industriel diminue dans plusieurs pays en développement à cause des restrictions imposées à l’exploitation forestière pour des raisons environnementales.

Dans les régions en développement, la superficie des plantations a doublé entre 1980 et 1995 (elle est passée de 40 à 81 millions d’hectares) et la production de bois d’œuvre et d’industrie provenant des forêts de ferme et des systèmes agroforestiers gagne de l’importance dans plusieurs pays. Ces tendances s’accentueront probablement sous l’effet de la demande croissante de produits forestiers.

Le progrès des industries forestières a permis d’améliorer considérablement le rendement-matière (quantité de produits finis par unité de matières premières utilisées). Les industries ont notamment diversifié leur source de matière première (par exemple, elles consomment davantage de troncs de cocotier et d’hévéa comme matière première, elles utilisent plus de résidus de bois et de vieux papier et elles ont adopté des procédés plus efficients). Beaucoup de pays auront de plus en plus recours au commerce international (dont le volume – voir figure 6 – et la valeur augmentent régulièrement) pour combler leur déficit de bois. Les pays développés continuent à dominer le marché mondial des produits forestiers, qu’il s’agisse des importations ou des exportations, mais les pays en développement, en particulier ceux d’Asie et d’Amérique latine, y jouent un rôle de plus en plus important. On prévoit que certains pays d’Asie importeront beaucoup plus de produits du bois car ils auront de gros déficits de bois.

Le démantèlement de l’URSS et les efforts que font depuis les pays nouvellement indépendants pour passer à l’économie de marché ont de profondes répercussions sur le secteur forestier. D’abord, les systèmes d’aménagement et de production ont été gravement perturbés dans certains de ces pays, de même que les industries du bois et du commerce des produits forestiers. La désorganisation a eu des effets particulièrement notables en Fédération de Russie, où se trouve plus du cinquième des forêts du monde et qui est un des principaux pays producteurs de bois d’œuvre et d’industrie. La chute brutale de la production de bois d’œuvre et d’industrie dans les pays de la CEI et les Etats baltes (les quantités enlevées enregistrées ont baissé de moitié entre 1990 et 1994) a contribué à la réduction d’environ 15 pour cent de la production mondiale de bois d’œuvre et d’industrie pendant la même période. Deuxièmement, une grande réorganisation est en cours dans le secteur forestier des pays en transition d’Europe centrale et orientale et de la CEI, comportant notamment la restructuration des politiques et des institutions forestières, la privatisation des activités forestières et des entreprises forestières d’Etat et la restitution des forêts nationalisées à leurs anciens propriétaires ou à leurs héritiers.

Les effets du développement rapide des infrastructures et de l’urbanisation sur l’utilisation des terres, le couvert forestier et l’environnement dans les zones urbaines et périurbaines sont évidents dans beaucoup de régions du monde, mais surtout en Afrique et en Asie, où l’urbanisation est plus rapide qu’ailleurs. Toutefois, les effets de l’urbanisation sur la demande globale de produits forestiers et sur l’utilisation des terres rurales ont été moins étudiés et moins bien compris que les relations entre les ressources forestières et la croissance démographique ou l’expansion économique; on ne sait pas très bien si l’évolution observée dans les pays développés quand ils se sont urbanisés se reproduira dans les pays en développement, dont l’urbanisation avance beaucoup plus vite et où les revenus sont bien inférieurs. Ce qui est certain, c’est que la foresterie peut beaucoup pour améliorer l’environnement et les moyens de subsistance des citadins et que, dans certains endroits, les plantations périurbaines pourraient aider à approvisionner les populations urbaines en produits du bois. Dans la plupart des pays développés, l’urbanisation rapide ne pose plus de problèmes mais on s’est rendu compte ces dernières années des avantages environnementaux et sociaux que peuvent présenter les forêts et les arbres urbains, ce qui a incité à lancer d’importants programmes de foresterie urbaine dans beaucoup de pays tels que les Etats-Unis, ainsi qu’en Europe.

Le souci de l’environnement et la pression de l’opinion publique ont continué à influer sur tous les aspects du secteur forestier, qu’il s’agisse de l’aménagement, de l’exploitation ou des activités ultérieures de la filière bois, des marchés ou du commerce des produits forestiers. Pour garantir que les forêts soient aménagées de façon à assurer la durabilité à long terme de leur productivité et de leurs fonctions environnementales et sociales, des critères et indicateurs d’aménagement forestier durable ont été mis au point12.

De plus en plus, on tend à aménager les forêts comme des écosystèmes polyvalents ayant de multiples fonctions économiques et environnementales et les objectifs d’aménagement font plus de place à la protection de l’environnement et à la conservation de la diversité biologique. On se préoccupe plus qu’autrefois des avantages environnementaux et sociaux que pourrait rapporter le développement des produits non ligneux de la forêt. Des restrictions ont été imposées à l’exploitation forestière en Amérique du Nord ainsi que dans certains pays tropicaux d’Asie et du Pacifique Sud. On cherche à promouvoir des systèmes d’exploitation «doux», respectueux de l’environnement, pour réduire les dégâts que provoque la récolte du bois. Diverses initiatives ont été prises pour assujettir le commerce international à des règles dictées par le souci de protéger l’environnement forestier, par exemple l’établissement d’une liste d’essences forestières figurant en appendice à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

L’importance croissante qui est attribuée aux fonctions environnementales de la forêt et à leur intégration dans l’aménagement durable des forêts est soulignée au chapitre 11 d’Action 21 (Lutte contre le déboisement) et dans les «Principes forestiers» adoptés par la CNUED. Elle a aussi inspiré plusieurs conventions internationales conclues récemment, notamment la Convention internationale pour lutter contre la désertification, la Convention sur la diversité biologique et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Ces conventions devraient stimuler les activités concernant les forêts entreprises à l’échelon national, régional ou international.

Les fonctions socioculturelles de la forêt et les conséquences sociales de la répartition des avantages qu’elle produit continuent à mobiliser l’attention internationale et les initiatives nationales. On se préoccupe aussi bien du point de vue particulier des besoins et des droits des populations autochtones qui habitent la forêt et qui en vivent que du point de vue plus large des exigences des groupes d’intérêts très divers auxquels il faut fournir les produits et services qu’ils demandent. Ces préoccupations ont inspiré le développement et la mise en place de divers systèmes d’aménagement participatifs, l’attribution de droits de propriété sur les ressources forestières et la reconnaissance du droit d’accès des communautés et groupes d’usagers locaux. Dans beaucoup de pays en développement notamment, les communautés locales jouent un rôle de plus en plus important dans les activités quotidiennes d’aménagement et de protection de la forêt; dans le cas des populations autochtones, on s’efforce de perturber le moins possible les pratiques traditionnelles d’aménagement des ressources. Tant dans les pays développés que dans les pays en développement, on cherche de plus en plus à mettre au point des formules permettant de tenir compte de l’opinion de tout un éventail de groupes d’intérêts dans la politique forestière et les décisions d’aménagement.

Le secteur forestier connaît actuellement une évolution dynamique dans un monde en pleine mutation. L’état des forêts et du secteur forestier est déterminé autant par les tendances économiques, politiques, démographiques et sociales que par les forces actives au sein du secteur forestier lui-même. Le présent et l’avenir des forêts doivent être envisagés dans le contexte plus large du développement, dont l’objectif ultime est l’amélioration du bien-être des générations présentes et futures.

COMMENT ACCROÎTRE LA PRODUCTIVITÉ DES AGRICULTRICES

Introduction

Les femmes, qui représentent quelque 40 pour cent des actifs agricoles en Amérique latine et dans les Caraïbes et entre 60 et 80 pour cent en Asie et Pacifique et en Afrique13, jouent un rôle extrêmement important dans le développement agricole. Faute de recherches suffisantes sur la question, les estimations de leur contribution aux activités agricoles sont très sujettes à caution. Très peu représentées dans les organes qui élaborent les politiques nationales et régionales, invisibles dans les statistiques nationales et absentes des services de vulgarisation (à l’exception des programmes d’économie domestique), elles sont le plus souvent oubliées lors de la planification, de l’examen, de l’exécution, de la gestion et de l’évaluation des politiques et programmes de développement rural, et leurs problèmes spécifiques ne sont pas pris en considération. La persistance d’une telle situation tient aussi à la sous-représentation des femmes aux postes de décisions et au manque de ressources dans les pays bénéficiaires, ainsi qu’aux préjugés antiféminins dans les organismes donateurs14. Cet abandon des femmes freine les progrès de la productivité et la croissance économique.

La nécessité d’intégrer les femmes dans le développement a été soulignée d’abord par la Conférence mondiale sur les femmes de Mexico en 1975, puis par celle de Copenhague en 1980. A la suite de la Décennie des Nations Unies pour la femme (1975-1985), de nombreuses initiatives internationales ont contribué à faire prendre conscience du rôle déterminant des femmes dans le développement et en particulier le développement rural. La quatrième Conférence mondiale sur les femmes, tenue à Beijing en 1995, a confirmé une fois de plus que la promotion de la femme était un objectif majeur pour la communauté mondiale.

Depuis lors, beaucoup de gouvernements ont signé divers accords, traités et conventions, s’engageant à s’intéresser davantage aux besoins des femmes et en particulier des femmes rurales et à consacrer plus d’efforts et de ressources à l’amélioration de leur productivité. La communauté officielle du développement a pris conscience de la problématique hommes-femmes et comprend mieux le rôle des femmes dans l’agriculture et la sécurité alimentaire. Beaucoup de gouvernements et d’institutions ont créé des services chargés spécifiquement de l’intégration des femmes dans le développement et de la condition féminine en général et ont recruté des spécialistes de la question. On établit maintenant des statistiques ventilées par sexe et la recherche sur les ménages ayant à leur tête une femme, sur le rôle des femmes dans l’agriculture et sur les moyens d’inclure les activités des femmes dans la comptabilité nationale s’est beaucoup développée. Des associations féminines efficaces aident les agricultrices à accéder aux crédits et aux ressources.

Malgré toutes ces déclarations publiques, le progrès est lent et la plupart des femmes restent à l’écart des activités de développement. Lorsqu’une action est ciblée sur elles, c’est généralement dans l’optique de leur fonction de procréation ou en tant que bénéficiaires d’interventions sociales. Jusqu’à tout récemment, on ne s’est occupé de leur rôle de productrices agricoles que dans le cadre de petits projets ou composantes de projets ponctuels, visant exclusivement les femmes, et qui n’étaient pas intégrés dans la planification et la politique agricoles nationales. Or, étant donné le rôle crucial des femmes dans la production vivrière et le ravitaillement, l’accroissement de leur productivité est un enjeu crucial pour la sécurité alimentaire mondiale. Un des moyens essentiels d’y parvenir est de leur faciliter l’accès à l’éducation, à la vulgarisation et à la formation agricoles car il est prouvé que la valorisation du capital humain est une condition essentielle à l’accroissement de la productivité dans l’agriculture. Pour obtenir des résultats immédiats, il est indispensable que les femmes participent aux projets pilotes du Programme spécial pour la sécurité alimentaire ainsi qu’aux analyses des contraintes.

Rôle des femmes dans le développement agricole

Il n’y a pas un modèle unique de la structure de la production des ménages, mais partout dans le monde les femmes jouent un rôle prédominant dans la sécurité alimentaire des ménages par leurs activités de production agricole et vivrière. On estime que dans les pays en développement, les femmes consacrent jusqu’aux deux tiers de leur temps à l’agriculture traditionnelle et à la commercialisation, et qu’elles travaillent en général plus d’heures par jour que les hommes. Les paysannes du tiers monde sont à l’origine d’au moins 50 pour cent de la production vivrière mondiale. Elles travaillent à toutes les opérations culturales: semis, repiquage, dépressage, sarclage, fumure, récolte ainsi qu’aux activités après récolte telles qu’entreposage, manutention, stockage, commercialisation et transformation. Elles élèvent de la volaille et du bétail. Les potagers des femmes de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique ainsi que d’Amérique latine sont parmi les systèmes agricoles les plus complexes de la planète. Les femmes assurent presque toute la production vivrière de subsistance et jouent aussi un rôle non négligeable dans la production des cultures de rente.

Un projet d’accroissement de la productivité des agricultrices réalisé conjointement par le PNUD et la Banque mondiale au Burkina Faso, au Kenya, au Nigéria et en Zambie a révélé qu’étant donné le rôle vital que jouent les femmes dans l’agriculture africaine, toute initiative visant à accroître la productivité dans ce secteur est vouée à l’échec si elle ne tient pas compte des femmes. En Afrique subsaharienne, les femmes produisent les trois quarts des aliments de base et elles commencent à entreprendre des activités traditionnellement réservées aux hommes telles que la production de café et d’autres cultures de rente ou le défrichage et à prendre elles-mêmes des décisions sur la gestion au jour le jour des exploitations et des ménages15. Cela tient en partie à ce que les hommes émigrent pour chercher des activités plus rémunératrices ailleurs que dans l’agriculture.

Dans les pays en développement, ce sont principalement les femmes qui assurent le ravitaillement et c’est sur elles surtout que reposent la production vivrière et l’approvisionnement des familles; toutefois, leur productivité est en général faible et elles doivent travailler de longues heures pour tirer de quoi vivre d’exploitations exiguës. Elles n’ont guère accès à la formation, à la technologie, aux crédits et aux intrants et la plupart utilisent des méthodes agricoles traditionnelles et rudimentaires. La réalisation du potentiel de productivité inexploité est peut-être le moyen le plus efficace de promouvoir le développement agricole. La phase pilote du Programme spécial pour la sécurité alimentaire explore les possibilités d’y parvenir dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier.

L’investissement dans l’éducation: effets sur la productivité

Un des moyens les plus efficaces de combattre le paupérisme est de stimuler une croissance économique durable et d’investir dans le capital humain. Selon certaines études, l’augmentation d’un an de la durée moyenne de la scolarité de la population active fait croître le PIB de 9 pour cent; il en va de même d’une deuxième et d’une troisième années supplémen-taires; si la scolarité moyenne augmente de trois ans, on peut s’attendre à une augmentation de 27 pour cent du PIB16.

Pratiquement toutes les études sur la productivité dans le secteur agricole indiquent que plus les agriculteurs sont instruits, plus les bénéfices qu’ils tirent de la terre sont élevés. Selon une étude17, quatre ans d’école primaire accroissent la productivité des agriculteurs de 8,7 pour cent globalement, et de 10 pour cent dans les cas où l’environnement est en cours de modernisation (essentiellement en Asie). Un environnement moderne est caractérisé par la disponibilité de nouvelles variétés de plantes, des méthodes novatrices de culture, des mesures de lutte contre l’érosion et l’accès aux intrants fongibles (insecticides, engrais) et aux biens d’équipement (tracteurs, machines agricoles). Une production agricole régie par les forces du marché et la présence de services de vulgarisation sont aussi des indicateurs de modernité. Jamison et Lau18 estiment que l’allongement d’un an de la scolarité produit en moyenne une augmentation nette de la production agricole de 5,1 pour cent en Malaisie, de 2,8 en Thaïlande et de 2,3 pour cent en République de Corée.

Selon une étude de la Banque mondiale, le taux de rentabilité des investissements dans l’éducation des filles est de l’ordre de 12 pour cent (sous forme d’accroissement de la productivité). Aucun investissement dans le monde en développement n’est aussi rentable. Les auteurs estiment que, si les femmes avaient la même instruction que les hommes, les rendements agricoles au champ augmenteraient de 7 à 22 pour cent. Rien qu’en améliorant la scolarisation des femmes dans le cycle primaire, on obtiendrait un accroissement de 24 pour cent de la production agricole19.

Un autre effet important de l’éducation est qu’elle améliore la condition de la femme, la nutrition des familles et la production vivrière nationale. L’éducation des femmes est extrêmement rentable sur le plan social. elle s’accompagne d’une amélioration de la santé et de la nutrition des ménages, d’une réduction de la morbidité et de la mortalité néonatales et infantiles et d’un ralentissement de la croissance démographique. En général, elle se traduit aussi par l’accroissement des salaires, et donc des revenus des ménages20. Selon un rapport récent du BIT, une année supplémentaire de scolarité permet d’accroître le gain des femmes de 15 pour cent (contre 11 pour cent pour les hommes)21.

Dans le secteur agricole, l’éducation des femmes est cruciale pour accroître la productivité et favoriser l’application des mesures de protection de l’environnement. Ses effets sur la productivité et la production globales sont particulièrement sensibles quand l’accès aux intrants techniques, à la formation et à l’information est facile. Pour accroître la production agricole, il faut donc non seulement améliorer l’éducation, mais aussi assurer aux femmes l’accès à la vulgarisation, au crédit agricole et aux autres intrants ainsi qu’aux services de soutien sur un pied d’égalité avec les hommes.

Vulgarisation agricole: situation actuelle

Les programmes de vulgarisation agricole permettent de valoriser au champ les connaissances techniques. Ce sont en général des services publics gratuits, mais des redevances sont parfois perçues et il existe des services de vulgarisation privés. De nombreuses études montrent que le rapport coût-efficacité de la vulgarisation est généralement excellent. les agriculteurs apprennent beaucoup et adoptent de nouvelles techniques, ce qui fait progresser la productivité agricole et les revenus ruraux. En l’absence d’assistance technique, d’information et de formation, les paysans n’ont guère de moyens d’adopter de nouvelles techniques ni d’utiliser des variétés améliorées. Ils peuvent être obligés de se contenter des techniques à faible apport d’intrants et à faible productivité, ce qui limite l’intensité de culture. Cela réduit les rendements et cela peut être un facteur de dégradation de l’environnement.

Etant donné le rôle important que jouent les femmes dans le secteur agricole, il importe d’intégrer les agricultrices dans les programmes de vulgarisation et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, si elles restent à l’écart des programmes de vulgarisation, ceux-ci risquent d’être inefficaces et peu rentables et la réalisation des objectifs de développement à long terme peut être compromise. Deuxièmement, des activités de vulgarisation excluant les femmes risquent d’avoir sur elles et sur leur famille des effets négatifs. Pour maximiser la productivité et le bien-être des ménages ruraux, il convient que les agricultrices, comme les agriculteurs, participent à des activités de vulgarisation qui soient en rapport avec leurs rôles dans la production agricole.

Malheureusement, l’information agricole n’est pas transmise aux femmes ou si elle l’est, celles-ci n’en bénéficient pas. Selon la FAO, les femmes ont 20 fois moins de possibilités d’accéder à la vulgarisation que les hommes22. Beaucoup de gens croient encore qu’elle leur parvient indirectement parce qu’elle circule dans les ménages; mais des études effectuées en Asie et dans le Pacifique, en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes montrent que cette transmission est souvent inefficace23.

Selon une enquête de la FAO (1989), environ 5 pour cent de l’effort de vulgarisation agricole s’adressent aux agricultrices et 15 pour cent des agents de vulgarisation sont des femmes; ces pourcentages sont hors de proportion avec le travail agricole qu’effectuent les femmes (tableau 2). Que cette disproportion soit voulue ou non, toujours est-il que les systèmes de vulgarisation agricole transmettent la formation, les techniques et l’information agricoles dans un monde purement masculin.

Le manque de vulgarisatrices est un des principaux obstacles qui empêchent les Africaines de s’informer et de se former. La FAO a constaté que moins de 11 pour cent du personnel de vulgarisation africain est féminin. Parmi les vulgarisatrices, rares sont celles qui ont une formation agricole. La plupart sont spécialisées en économie domestique. Sept pour cent seulement des services de vulgarisation agricole s’adressent aux femmes et 1 pour cent seulement des ressources ont été allouées aux services traditionnellement destinés à celles-ci, à savoir la formation en économie domestique24.

TABLEAU 2

Part des femmes dans les travaux agricoles et pourcentage de femmes dans le personel de vulgarisation

Pays

Part des femmes dans le travail

Pourcentage de vulgarisatrices


(........................... pourcentage ...........................)

Bénin

60-80

8

Congo

60

10

Maroc

50

9

Namibie

59

9

Philippines

26

44

Soudan

49-57

22

République-Unie de Tanzanie

54

16

Tunisie

24

4

Zimbabwe

70

8

Source: Fiches documentaires sur les femmes, l’agriculture et le développement (pour les pays respectifs).

Selon un rapport récent de la FAO sur la région Proche-Orient, où les femmes sont une composante importante de la main-d’œuvre agricole, la majorité des agents de vulgarisation sont des hommes qui s’adressent à des hommes25. En Egypte, 53 pour cent du travail agricole est effectué par les femmes, mais il y a moins de 1 pour cent de vulgarisatrices dans le personnel de vulgarisation agricole. La vulgarisation qui s’adresse aux femmes est souvent limitée aux activités ménagères – santé, hygiène, économie domestique. En Inde, les femmes, qui représentent 40 pour cent des actifs agricoles, ne sont pratiquement pas touchées par les services de vulgarisation. On a constaté des disparités analogues en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Obstacles sexo-spécifiques dans le domaine de la vulgarisation et de la formation

Les messages de vulgarisation qui ne tiennent pas compte de la spécificité des rôles, des responsabilités et de la charge de travail des agricultrices ne conviennent pas à ces dernières. Selon un rapport de la FAO sur les femmes, l’agriculture et le développement en Afrique, les services de vulgarisation sont axés sur les cultures de rente, qui sont traditionnellement l’apanage des hommes, et non sur les cultures vivrières et de subsistance, qui relèvent principalement des paysannes et qui sont la clé de la sécurité alimentaire. Les femmes qui travaillent dans l’agriculture ont en général un éventail très large d’activités et ont donc besoin d’une information et d’une formation plus diversifiées que les hommes. La plupart des programmes ont un contenu trop limité pour intéresser la majorité des femmes et leur être utiles.

Un autre résultat de la prédominance des hommes dans les services de vulgarisation est qu’il n’est tenu aucun compte des contraintes spécifiques auxquelles sont assujetties les femmes. Dans beaucoup de pays, les vulgarisateurs oublient que les femmes doivent concilier leurs tâches ménagères avec leurs activités agricoles et organisent les réunions et les démonstrations dans des endroits et à des heures qui ne sont pas pratiques pour les agricultrices. Faute de garderies, et parce qu’elles doivent s’occuper de leur ménage, les femmes sont souvent exclues. Les réunions de vulgarisation sont parfois aussi en conflit avec les activités lucratives. Ainsi, dans l’est du Nigéria, les marchés locaux sont ouverts cinq jours par semaine et rares sont les femmes qui peuvent renoncer aux recettes d’un jour de marché pour une séance de vulgarisation.

La distance peut aussi empêcher les femmes de participer aux activités à cause du coût des transports et des restrictions culturelles limitant leur mobilité. Par exemple, dans l’est du Népal, les femmes, peu habituées aux interactions sociales, participent rarement aux cours de formation. Dans les communautés, ce sont principalement les hommes qui assurent les relations avec le monde extérieur26. Dans certains cas, les femmes ne peuvent pas modifier leurs programmes de travail sans l’autorisation des anciens du village.

L’inadaptation des services de vulgarisation est due à ce que l’on ne tient pas compte du fait que les tâches des femmes sont souvent différentes de celles des hommes; elles ne cultivent pas les mêmes plantes, n’élèvent pas les mêmes animaux, n’ont pas les mêmes fonctions ni les mêmes activités lucratives et n’ont donc pas les mêmes besoins en matière de vulgarisation. Cette méconnaissance des sexo-spécificités est illustrée par l’exemple de la Zambie, où les vulgarisateurs ont distribué aux hommes des bechers spéciaux pour doser les engrais, alors que la fumure est une opération traditionnellement féminine. Les femmes n’ont donc pas de bechers pour mesurer les doses et celles-ci restent incorrectes27.

Le manque de vulgarisatrices freine sérieusement la diffusion d’informations vitales pour les femmes, car dans de nombreuses sociétés, celles-ci seraient mal vues si elles s’entretenaient en tête à tête avec des vulgarisateurs hommes. Même dans les pays où elles peuvent parler aux hommes, les vulgarisateurs peuvent avoir des difficultés particulières avec elles et les esquiver, comme cela est arrivé dans un projet forestier au Honduras28. Mais quand on engage des vulgarisatrices, celles-ci sont souvent moins bien payées et défavorisées aussi sur d’autres plans. En outre, les vulgarisatrices peuvent être gênées par des restrictions socioculturelles qui les empêchent par exemple de circuler en motocyclette ou d’accepter un poste situé loin de leur famille et de leur village.

Le manque de vulgarisatrices tient en partie à ce que les organismes de vulgarisation et de recherche sont dominés par les hommes et ne comprennent pas la nécessité de cibler les services directement sur les femmes. Le «plafond de verre» qui limite la promotion des femmes dans ces organismes aggrave encore la situation. Une étude cite les cas du Département de la vulgarisation agricole au Bangladesh, où 5 pour cent seulement du personnel de niveau universitaire est constitué par des femmes et de l’Institut de recherche et développement agricoles des Caraïbes, dont le personnel ne compte que 22 pour cent de femmes. Ces organismes ont de plus en plus de mal à recruter des femmes en raison des restrictions budgétaires et de la réduction des effectifs29.

Le plus difficile est peut-être de recruter pour les services de vulgarisation des femmes qualifiées sortant d’établissements d’éducation agricole. Il est vrai qu’il y a moins de femmes que d’hommes dans ces établissements, mais leur proportion y est nettement supérieure à ce qu’elle est dans les services de vulgarisation. Par exemple, au Liban, la proportion de femmes parmi celles qui obtiennent des diplômes universitaires en agriculture et sciences vétérinaires est de 47 pour cent dans le premier cycle et de 59 pour cent dans le deuxième cycle. Au Pérou, 30 pour cent des diplômés en agriculture sont des femmes. Au Zimbabwe, la proportion de femmes parmi les étudiants des premier et deuxième cycles universitaires est de 22 pour cent à la faculté d’agriculture et de 18 pour cent à la faculté de sciences vétérinaires. En Tunisie, 12 pour cent des étudiants en agriculture sont des femmes. Au Honduras, les femmes constituent 12 à 42 pour cent des étudiants dans les diverses disciplines agricoles. Au Soudan, où il y a très peu d’étudiants du troisième cycle en sciences agricoles ou vétérinaires, un tiers d’entre eux sont des femmes.

Les services de vulgarisation qui s’adressent aux femmes tentent à viser exclusivement leur fonction de procréation. Ils leur donnent une formation dans les activités ménagères traditionnelles telles que la puériculture et l’économie domestique, mais ne leur apprennent pratiquement rien dans le domaine des activités lucratives telles que les cultures et l’élevage, les agro-industries et l’agriculture durable. Dans les programmes de réinstallation au Sri Lanka et en Malaisie, par exemple, on apprend aux femmes à faire des gâteaux et à broder, alors qu’elles jouent un rôle considérable dans les activités agricoles. Pourtant les femmes ont plus que jamais besoin de vulgarisation agricole. Une étude de la Banque mondiale sur le Burkina Faso, la Gambie, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal a révélé que le rôle des femmes dans la production agricole augmente dans la région sahélienne à cause de l’émigration des hommes, de l’évolution des responsabilités de chaque sexe, de l’intensification de l’agriculture et de la dégradation de l’environnement. L’accès des femmes aux ressources et aux services ne s’est pas amélioré en proportion de cet accroissement de leur responsabilité30. Une des principales causes de cet état de chose est que les enquêtes rurales sont conçues et administrées pour recenser les hommes chefs de famille si bien que les ménages ayant une femme à leur tête ne sont pas comptés et sont exclus des projets et des financements. C’est d’autant plus grave que dans certaines régions d’Afrique, 60 pour cent des chefs de famille sont des femmes.

Dans la région Asie et Pacifique, où les femmes ont bénéficié de beaucoup d’activités de vulgarisation depuis une vingtaine d’années, de sérieux obstacles limitent encore leur accès à l’information et à l’assistance technique. Par exemple, les femmes qui élèvent de petits animaux – ce qui est une activité importante dans presque tous les pays d’Asie – se plaignent du manque de services de vulgarisation zootechnique et de services vétérinaires31.

Même lorsqu’elles sont en contact avec les vulgarisateurs, les femmes peuvent rarement appliquer leurs recommandations, faute d’accès à la terre, au crédit, aux intrants, à la technologie et aux marchés. Ainsi, parmi les programmes de crédit existant au Proche-Orient, rares sont ceux qui s’adressent spécifiquement aux femmes et seule une infime minorité de femmes demandent des crédits. Cette situation est due aux carences des institutions, à l’illettrisme, au bas niveau d’instruction et au manque de collatéral. Dans beaucoup de pays en développement, les femmes, analphabètes ou quasi-analphabètes et n’ayant aucune notion de gestion, n’ont pas le minimum d’instruction et de compétence nécessaire pour comprendre les messages de vulgarisation et participer utilement aux activités.

Les donateurs et les gouvernements mesurent-ils la perte de productivité et de production qu’entraîne ce manque d’accès aux intrants et aux services agricoles? Ces dernières années, l’accès des femmes à la vulgarisation a un peu progressé, mais cela a eu moins d’effet sur la production que dans le cas des hommes, ce qui prouve bien qu’il ne suffit pas de multiplier les messages de vulgarisation à l’intention des agricultrices, il faut aussi les améliorer.

Amélioration des services de vulgarisation à l’intention des femmes

Plusieurs stratégies peuvent être utilisées, ensemble ou séparément, pour améliorer considérablement la qualité des services de vulgarisation destinés aux femmes et accroître le nombre des participantes. Il suffit souvent d’adaptations relativement simples et économiques pour obtenir des progrès spectaculaires: on trouvera dans l’encadré 3 un certain nombre de suggestions pour améliorer les programmes et les rendre plus efficaces.

Plusieurs pays ont pris des initiatives encourageantes. Ainsi, en Egypte, un service central a récemment été créé au Ministère de l’agriculture pour donner des orientations et coordonner les activités en vue de résoudre les problèmes décrits plus haut. Des efforts ont été faits au Burkina Faso, au Kenya et au Maroc pour recruter davantage de vulgarisatrices et améliorer leurs compétences. En Gambie, grâce au ciblage des activités sur les femmes, la proportion de participantes est passée de 5 pour cent en 1989 à 60-70 pour cent en 1994. Au Zimbabwe, la mise au point de messages adaptés aux agricultrices et la possibilité qui leur a été donnée de se voir décerner un certificat de mérite agricole a fait progresser le taux de participation féminine de 44 pour cent en 1990 à plus de 60 pour cent en 1993.

Dans la région Asie et Pacifique, le ciblage de services de vulgarisation agricole sur les femmes a coïncidé avec une augmentation du nombre des agricultrices. Vers la fin des années 80, des publications de vulgarisation à l’intention des femmes ont été éditées dans presque tous les pays de la région; on citera notamment l’importante collection de manuels produite par l’Institut international de recherche sur le riz (IRRI) aux Philippines.

Conclusion

Les agricultrices sont loin de constituer un groupe homogène. Leur situation socioéconomique et leurs besoins en matière de vulgarisation peuvent être très divers. La nature et l’ampleur de leurs activités agricoles varient beaucoup d’une région à l’autre. Pourtant, on peut affirmer qu’il n’est pratiquement aucune opération agricole à laquelle les femmes ne participent pas.

Dans le secteur agricole, il est incontestablement très rentable d’investir dans l’éducation des femmes. Education, formation et vulgarisation sont d’importants facteurs d’accroissement de la productivité; l’action en faveur des femmes rurales doit être menée simultanément sur ces trois fronts pour profiter des effets de synergie. Une femme instruite est mieux armée pour acquérir des compétences techniques et pour obtenir du crédit et d’autres ressources. Les femmes qui ont accès à la vulgarisation acceptent plus volontiers les technologies nouvelles et ont plus de chances d’adopter des techniques respectueuses de l’environnement. Une femme qui a reçu une formation peut transmettre son savoir à d’autres et diffuser ainsi d’utiles informations techniques.


ENCADRÉ 3

AMÉLIORATION DES SERVICES DE VULGARISATION À L’INTENTION DES FEMMES

Accroître les effectifs de vulgarisatrices en recrutant davantage de femmes dans les services de vulgarisation et en leur assurant l’accès à la formation, aux ressources et au soutien logistique sur un pied d’égalité avec leur collègues masculins.

Créer un gisement de vulgarisatrices potentielles en développant la formation scientifique et technique des femmes, en orientant des étudiantes vers les établissements d’enseignement agricole et en équipant ces établissements pour les accueillir.

Recycler et réaffecter à des activités de vulgarisation agricole des vulgarisatrices des services d’économie familiale ou de développement rural, etc. Au Nigéria, le transfert au service de vulgarisation de spécialistes de l’économie domestique, qui connaissaient bien les paysannes et pratiquaient elles-mêmes l’agriculture à temps partiel, a donné de bon résultats et n’a pas coûté très cher, puisqu’elles émargeaient déjà au budget public.

Accroître le nombre de femmes en contact avec les vulgarisateurs en fixant des objectifs. Au Burkina Faso, le ciblage a permis de porter de 15 000 à 299 000 le nombre des femmes en contact direct avec les vulgarisateurs.

Modifier les critères de sélection des agriculteurs de liaison, de façon à admettre davantage de femmes. Au Kenya, par exemple, les vulgarisateurs ont reçu l’instruction de s’adresser aux épouses des hommes désignés comme agriculteurs de liaison mais qui ne travaillaient à la ferme qu’à temps partiel.

Fournir des services de vulgarisation aux groupements féminins dans les situations où cela est plus efficace que les contacts individuels et lorsque les femmes elles-mêmes manifestent une préférence pour les activités collectives. Au Kenya, d’après certaines études, les activités collectives atteignent jusqu’à deux fois plus d’agricultrices, et ce au même prix que les contacts individuels.

Utiliser plus efficacement les maigres effectifs de vulgarisatrices en les encourageant à familiariser les groupes féminins avec les services et les programmes de vulgarisation ainsi qu’avec les vulgarisateurs hommes affectés dans leur zone.

Améliorer le contenu des services de vulgarisation à l’intention des agricultrices en veillant à transmettre des informations agricoles et des messages et recommandations techniques qui soient en rapport avec les activités de production des femmes. Adapter les technologies agricoles aux femmes.

Organiser les réunions et séances de formation à des heures et dans des lieux pratiques pour les femmes, par exemple le soir, au marché ou au moulin. Il peut également être utile de prévoir des modules plus courts et d’organiser des tournées d’unités mobiles de formation dans les villages

Former les vulgarisateurs hommes pour qu’ils soient capables de travailler avec des femmes et les sensibiliser aux sexo-spécificités. Ainsi, au Nigéria les vulgarisateurs examinent régulièrement avec les techniciennes spécialisées les messages de vulgarisation du point de vue des agricultrices.

Mettre en place un système d’incitations pour encourager les vulgarisateurs à s’adresser aux agricultrices. Au Nigéria, l’appui des donateurs aux femmes et le retour d’information positif ont donné aux vulgarisateurs le sentiment qu’ils étaient un élément essentiel d’une stratégie novatrice et efficace.

Diagnostiquer les besoins des femmes en matière de vulgarisation en réunissant et en analysant les données ventilées par sexe, et se servir de ces informations pour préparer et mettre en œuvre les politiques et les interventions.

Surveiller et évaluer les programmes de vulgarisation en utilisant l’information en retour provenant des participantes et des vulgarisateurs sensibilisés à la problématique homme-femme pour vérifier si les programmes aident effectivement les agricultrices comme prévu.

Source: K. Saito, op. Cit., note 15, p. 60.


La corrélation entre le niveau de la productivité et de la production et l’accès des agricultrices à l’éducation, à la formation et à la vulgarisation prouve qu’il est très rentable d’investir dans les femmes. Il est certainement utile de supprimer les subventions, les régimes fiscaux, les règlements et les entreprises publiques inefficaces qui faussent le fonctionnement du marché comme le prévoient les programmes de réforme structurelle des dernières décennies; mais quand des défaillances ou des distorsions du marché ont créé une situation de sous-investissement, les pouvoirs publics doivent intervenir pour améliorer le fonctionnement du marché et le bien-être social.

Si des services de vulgarisation subventionnés sont maintenus, ils devront s’adresser à la partie de la population agricole qui a le plus d’influence sur la sécurité alimentaire des ménages, des pays et du monde: les agricultrices. Il faudra donc intensifier les contacts avec les paysannes et en améliorer la qualité. A cet effet, il convient d’accroître la proportion de vulgarisatrices, de sensibiliser et de former les vulgarisateurs et d’inclure des informations à l’intention des agricultrices dans les messages que transmettent aussi bien les vulgarisateurs que les vulgarisatrices. Par ailleurs, l’accès aux intrants complémentaires, au crédit et à la technologie est essentiel pour accroître la production.

PRÉVENTION DU CHANGEMENT CLIMATIQUE: LE POINT DE VUE DES PAYS EN DÉVELOPPEMENT

Introduction

Il est aujourd’hui généralement reconnu que l’accumulation de gaz à effet de serre risque de provoquer des changements indésirables du climat mondial. Conscients de la nécessité de réduire les émissions de ces gaz, les signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (FCC)32 sont convenus que les pays développés s’efforceraient dans un premier temps de ramener d’ici l’an 2000 les émissions aux niveaux de 1990; certains pays sont toutefois exemptés de ces engagements. Il apparaît clairement que les pays en développement devront aussi à un moment ou à un autre prendre des mesures pour réduire les émissions. Etant donné que l’agriculture joue un rôle dominant dans ces pays, qu’elle est tributaire du climat et qu’elle émet des gaz à effet de serre, elle mérite qu’on s’y intéresse tout particulièrement.

La FCC établit une distinction entre les pays développés et les pays en développement. Les parties dont la liste figure à l’annexe 1 (37 pays développés et pays européens en transition) s’engagent à «ramener individuellement ou conjointement à leurs niveaux de 1990 ... les émissions anthropiques de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre...» En outre, les pays développés parties à la Convention ont l’obligation de «... fournir des ressources financières nouvelles et additionnelles pour couvrir la totalité des coûts convenus encourus par les pays en développement du fait de l’exécution de leurs obligations...» De plus, la Convention prévoit qu’il sera pleinement tenu compte du fait que «le développement économique et social et l’éradication de la pauvreté sont les priorités premières et essentielles des pays en développement».

Dans son préambule, la Convention-cadre fait une place particulière au rôle du secteur agricole et, rappelant que les «zones arides ou semi-arides et les zones sujettes aux inondations, à la sécheresse et à la désertification ... [sont] ... particulièrement vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques» dispose que les pays développés doivent «aider à protéger» et remettre en état ces zones (Article 4), dont beaucoup sont situées dans des pays en développement, particulièrement en Afrique33.

Toutefois, même si la Convention insiste sur l’obligation pour les pays développés de réduire leurs émissions et d’aider les pays en développement, ces derniers devront s’attaquer aux problèmes au cours des prochaines années. L’essentiel de la croissance des émissions de carbone leur sera imputable34, à telle enseigne qu’en l’absence d’une réforme des politiques, même si les pays de l’OCDE réduisaient leurs émissions à zéro, les émissions de dioxyde de carbone dépasseraient en 2010 le niveau de 1990 (22 milliards de tonnes) à cause de l’augmentation rapide des émissions dans certains pays en développement. Il ne sera donc pas possible de freiner le réchauffement du climat mondial si les pays en développement ne s’attaquent pas eux aussi au problème. Comme tous les secteurs utilisent de l’énergie, tous s’en ressentiront, en bien ou en mal. Pour le secteur agricole et forestier, qui, d’une part émet du carbone, du méthane et de l’oxyde nitreux et d’autre part fournit des puits à carbone qui absorbent ou retiennent le carbone, mais qui par ailleurs bénéficie de l’effet de fertilisation par le CO2, les répercussions seront particulièrement complexes.

Une modalité qui intéresse particulièrement les pays en développement est la mise en œuvre conjointe ou en association. La Convention-cadre prévoit que les pays peuvent remplir leurs engagements individuellement ou conjointement. Deux ou plusieurs pays peuvent donc coopérer pour réduire leurs émissions totales ou accroître la capacité des puits, par exemple en reboisant, de façon à absorber la quantité voulue de gaz à effet de serre. Selon des modèles quantitatifs, il semble que le coût de la dépollution tende à être plus bas dans les pays en développement tels que la Chine et l’Inde. Ces pays pourraient donc s’associer à d’autres pour des projets conjoints de réduction des émissions.

Troisième aspect de la FCC qui intéresse particulièrement les pays en développement: l’impact que peuvent avoir sur eux les politiques qu’appliqueront les autres pays. Les spécialistes ont proposé diverses estimations de ce qu’il en coûterait de ramener d’ici l’an 2000 et au-delà des émissions à leurs niveaux de 1990 (c’est-à-dire d’assurer la «stabilisation» comme le prescrit la Convention-cadre selon l’interprétation la plus courante) dans les pays de l’annexe 1, mais certains craignent que le ralentissement de la croissance et la réduction de la demande des produits qu’exportent les pays en développement ne soient préjudiciables à ces derniers, même si eux-mêmes n’appliquent pas de politique de dépollution et s’ils bénéficient de la délocalisation des industries qu’entraînera la modification de la compétitivité relative des divers pays. Pour toutes ces raisons, les politiques d’atténuation des changements climatiques sont importantes aussi bien pour les pays en développement que pour les pays développés.

Changements climatiques et agriculture

Des incertitudes plus ou moins grandes persistent au sujet de plusieurs aspects techniques des changements climatiques (voir encadré 4). Il est généralement reconnu que les émissions anthropiques de dioxyde de carbone (CO2), de méthane (NH4), d’oxyde nitreux (N2O), de chlorofluorocarbures et de certaines autres substances réchauffent la planète, mais l’ampleur probable de cet effet ainsi que son impact sur le réchauffement du climat mondial sont très controversés. De combien les précipitations et le niveau de la mer varieront-ils et comment ces changements et leurs effets seront-ils répartis dans le temps et dans l’espace? Dans certaines régions du monde, il est possible que le réchauffement du climat et l’effet fertilisant de l’augmentation de la teneur de l’atmosphère en dioxyde de carbone soient bénéfiques. D’autres pourront au contraire en souffrir de diverses façons: inondations provoquées par le relèvement du niveau de la mer, accroissement de la fréquence et de l’ampleur des catastrophes naturelles telles que tempêtes, inondations et sécheresses; recrudescence des maladies humaines et animales comme le paludisme; et réductions de la diversité biologique. Tous ces facteurs font peser une grande incertitude sur l’ampleur et la répartition des avantages qu’entraînera la réduction des émissions. Malgré tout, les conséquences probables du changement du climat sont assez inquiétantes pour que les responsables aient décidé de faire des efforts considérables pour freiner la croissance des émissions.

L’impact que pourrait avoir le changement du climat sur l’agriculture et les forêts revêt une importance particulière parce qu’il influe directement sur la production. En outre, les cultures et les forêts font fonction de puits, car elles absorbent du carbone qui autrement viendrait s’ajouter au CO2 atmosphérique et accroîtrait l’effet de serre35.


ENCADRÉ 4

RÉCHAUFFEMENT DU CLIMAT: PRINCIPALES CAUSES, FACTEURS QUI EN MODIFIENT L’AMPLEUR ET EFFETS PHYSIQUES

CAUSES

Utilisation des combustibles fossiles

Production de CFC

Modification de l’utilisation des terres

Croissance démographique

FACTEURS QUI MODIFIENT L’AMPLEUR DU PHÉNOMÈNE

Concentration et persistance des gaz

Nuages

Océans

Glaces

Couvertures végétales

EFFETS PHYSIQUES

Changements de la température

Changements des précipitations

Changements du niveau de la mer

Répartition dans le temps et dans l’espace des changements de la végétation


D’après les modèles de circulation générale du climat mondial, la température moyenne à la surface du globe pourrait augmenter de 1 à 3,5 oC au cours du siècle prochain, ce qui entraînerait un déplacement des zones climatiques vers des latitudes plus élevées, un relèvement du niveau de la mer (probablement de moins d’un mètre d’ici 2100) et un accroissement de la probabilité de tempêtes, d’inondations et de sécheresses. Les changements de la température et de la pluviométrie sont particulièrement importants pour l’agriculture, mais d’autres facteurs qui influent sur les rendements interviendront également, par exemple la réduction de l’humidité des sols et l’accroissement de l’évapotranspiration. De plus, l’augmentation de la concentration de CO2 devrait accroître la photosynthèse et faire monter les rendements quand les conditions sont favorables.

L’augmentation de la température moyenne sera plus forte près des pôles qu’à l’équateur. Dans les zones tempérées, le réchauffement devrait déplacer les zones climatiques de 200 à 300 km par degré. Ainsi, quand la température est le facteur limitant de la croissance végétale, la production pourrait augmenter sous les hautes latitudes: l’allongement de la période végétative permettrait d’étendre les cultures de blé vers le nord au Canada, en Scandinavie et en Fédération de Russie, et vers le sud en Argentine.

Pour beaucoup de cultures, notamment sous les tropiques, le facteur limitant est les précipitations. Il est probable que l’emprise des moussons s’élargira, mais les modèles climatiques ne permettent pas une prévision fiable de la répartition régionale des pluies. Si le surcroît de précipitations tombe dans des zones marginales (terrains fragiles, montagnes, etc.) ou sur la mer, il ne permettra pas d’accroître la production suffisamment pour compenser les réductions provoquées dans d’autres régions par la réduction des précipitations ou de l’humidité du sol.

Le réchauffement du climat pourrait réduire l’humidité des sols. Dans les latitudes moyennes, il accroît l’évaporation d’environ 5 pour cent par degré Celsius. Les cultures des régions arides peuvent être très sensibles à ce facteur. Selon certaines estimations, les rendements pourraient beaucoup baisser dans certaines zones. Mais ces estimations ne tiennent pas compte de la possibilité d’adopter des variétés ou des cultures plus adaptées ni du fait que l’augmentation du CO2, en réduisant l’évapotranspiration, accroît le rendement de l’eau, particulièrement pour les cultures de type C4 telles que le maïs ou la canne à sucre.

Il faut aussi tenir compte de l’effet de la concentration de CO2 sur la productivité: quand la concentration double, la photosynthèse peut elle aussi dans certains cas doubler, de sorte que les plantes poussent plus vite et deviennent plus grandes36 . Cela vaut particulièrement pour le blé, le riz, le soja, et aussi, dans une moindre mesure, pour les cultures de basse latitude telles que le maïs, le sorgho, le mil, la canne à sucre et les graminées fourragères.

Un autre gaz visé par la Convention et qui concerne particulièrement l’agriculture est le méthane. On ne s’est guère penché sur cette question jusqu’à présent parce qu’on manque de données, parce que toute l’attention s’est portée sur le carbone en raison de son importance primordiale pour la croissance économique (qui dépend de l’énergie) et parce que les émissions de méthane augmentent assez lentement. La Convention-cadre prescrit toutefois de les réduire et les mesures qui seront prises à cet effet peuvent être particulièrement importantes pour les nombreux pays en développement qui vivent de la riziculture et de l’élevage.

Après le CO2, le méthane est le principal gaz en cause: il est à l’origine de plus de 15 pour cent de l’effet de serre. Selon des estimations récentes, les émissions atteignent environ 380 millions de tonnes par an, contre 80 millions avant l’ère industrielle37. Mais le méthane reste beaucoup moins longtemps dans l’atmosphère que le carbone. Les principales sources anthropiques d’émissions de méthane sont l’élevage, la production de gaz naturel et de pétrole, l’extraction de charbon, la riziculture, la combustion de la biomasse, les décharges et les eaux usées. Les ongulés, principalement les bovins, sont à l’origine d’environ le quart des émissions anthropiques, environ 100 millions de tonnes38. Le volume d’émission par animal est très variable selon le régime alimentaire, l’espèce, l’âge, le poids et l’état de santé. En moyenne, les bovins élevés dans les pays en développement, dont l’alimentation est peu abondante, produisent probablement plus de méthane et d’oxyde nitreux par unité de viande et de lait que les animaux des élevages intensifs.

On estime que la riziculture aquatique produit quelque 60 millions de tonnes de méthane par an, mais cette estimation est très incertaine. Le riz est en majeure partie produit dans les pays en développement, la Chine et l’Inde en tête.

Les politiques de réduction des émissions de méthane ont des chances de frapper particulièrement durement les pays en développement, qui ont en général un secteur agricole important dans lequel la riziculture et l’élevage tiennent une grande place. A mesure qu’ils consommeront plus de viande, ces pays devront probablement accroître leur production animale, et donc leurs émissions de méthane, à moins d’importer davantage en provenance des pays développés.

Par ailleurs, il existe des moyens – d’efficacité limitée – de réduire les émissions de méthane. On peut par exemple donner au bétail des additifs alimentaires dont l’effet peut n’être pas négligeable, surtout dans les élevages intensifs. Il est plus difficile de réduire les émissions dues à la riziculture; on peut toutefois envisager de mettre au point des cultivars qui n’ont pas besoin de rester aussi longtemps submergés ou de remplacer le riz par le blé.

L’agriculture émet aussi un autre gaz à effet de serre, l’oxyde nitreux. Les émissions proviennent principalement des forêts, des marécages et des termitières ainsi que des activités de l’homme telles que la combustion de la biomasse, le défrichement, la fumure azotée des pâturages et des cultures, les cultures de légumineuses, les élevages intensifs de bovins, les déchets animaux et l’utilisation des combustibles fossiles. Comme le carbone, les oxydes nitreux persistent longtemps dans l’atmosphère mais contrairement au méthane, leur concentration n’est pas très supérieure à ce qu’elle était avant l’ère industrielle et augmente relativement lentement. Environ 90 pour cent des émissions mondiales sont imputables à l’agriculture.

Politiques de réduction des émissions: transfert des émissions de carbone, termes de l’échange et effets sur le bien-être

Les initiatives visant à réduire les émissions sont actuellement pour l’essentiel concentrées dans les pays développés car ce sont eux qui sont responsables de la concentration actuelle de gaz à effet de serre d’origine anthropique. Toutefois, ces initiatives, du fait qu’elles suscitent des transferts d’émissions et une modification des termes de l’échange, peuvent avoir des retombées importantes sur les pays en développement ainsi que sur leur agriculture, même s’ils n’appliquent aucune politique de dépollution.

On dit qu’il y a transfert d’émissions de carbone quand la réduction des émissions dans un pays est partiellement ou entièrement compensée par un accroissement des émissions dans un autre, dont la compétitivité s’améliore du fait qu’il continue à utiliser des techniques utilisant beaucoup de combustibles fossiles. Un taux élevé de transfert réduit manifestement l’efficacité globale des politiques de réduction des émissions, mais les pays qui n’appliquent pas de telles politiques peuvent en bénéficier. Les modèles quantitatifs aboutissent à un large éventail d’estimations de l’ampleur des transferts qui se produiraient si des politiques de réduction des émissions étaient systématiquement appliquées dans les pays développés. Les estimations vont d’un transfert presque nul à un transfert total et même un accroissement du volume global des émissions; toutefois, les valeurs les plus probables vont d’environ 10 pour cent à 35 pour cent39.

Deuxièmement, les politiques de réduction des émissions entraîneront une modification des termes de l’échange (ratio entre les prix des exportations et ceux des importations). Quand les termes de l’échange d’un pays se détériorent, celui-ci a besoin d’exporter davantage pour financer une quantité donnée d’importations. Les politiques de réduction des émissions auront probablement des effets sur les prix des importations et des exportations de tous les pays, y compris ceux qui n’appliquent aucune politique de ce genre. Les prix des produits dont la production consomme beaucoup de combustibles fossiles (produits chimiques, caoutchouc, matières plastiques, fer, acier, métaux non ferreux et articles manufacturés) augmenteront parce qu’ils incorporeront l’impôt explicite sur la combustion. Toutefois, les prix des combustibles fossiles baisseront parce que l’impôt réduira la demande. Enfin la demande d’importation diminuera dans les pays appliquant des politiques de réduction des émissions, parce que ces politiques freineront leur croissance économique; les exportations de tous les pays, et notamment les exportations agricoles des pays en développement, en souffriront. L’effet global de tous ces facteurs dépendra de la composition des importations et des exportations. Normalement, les termes de l’échange devraient se détériorer pour les pays exportant beaucoup de combustibles fossiles (par exemple les membres de l’OPEP) ou des marchandises dont la production nécessite de grandes quantités de combustibles fossiles, et s’amélioreront probablement pour les pays qui importent ces marchandises (par exemple le Japon).

La modification des termes de l’échange peut compenser les déplacements de production associés aux transferts d’émissions. En d’autres termes, les avantages que pourraient tirer les pays en développement de ces transferts pourront être plus qu’annulés par la baisse de la demande des pays développés pour les produits qu’ils exportent.

La possibilité de transférer les facteurs de production agricole à d’autres branches de production, dans le même pays ou à l’étranger, est aussi un facteur important. Il se peut que dans les pays en développement le capital et la main-d’œuvre soient attirés par des industries plus compétitives sur le plan international et plus rentables, mais qui utilisent beaucoup de combustibles fossiles, telles que les fonderies et les aciéries, aux dépens du secteur agricole. L’ampleur de ces transferts dépendra de l’importance relative des différentes branches de production dans le pays.

Optimisation de la politique antipollution

Indépendamment des avantages ou des pertes que pourraient entraîner les politiques d’atténuation des changements climatiques pour les pays en développement, il convient de se demander s’il existe d’autres politiques qui pourraient être avantageuses pour tous les pays. Le thème central des négociations internationales récentes entre les parties à la Convention-cadre et les Nations Unies sur les changements climatiques a été la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans une proportion correspondant à la croissance des émissions dans chaque pays depuis une date de référence, 1990. Or cette politique de stabilisation d’ici l’an 2000 aux niveaux de 1990 fait abstraction d’un aspect fondamental du problème, à savoir que les changements de climat sont un phénomène véritablement planétaire. Les analystes sont généralement d’accord pour reconnaître que l’effet de serre est un problème planétaire en ce sens que son impact sur l’environnement ne dépend pas du lieu d’émission. Ces gaz sont des polluants qui s’accumulent – c’est leur concentration dans l’atmosphère qui produit l’effet de serre, et non leur flux. Dans ces conditions, les gaz émis sous les tropiques auront le même effet que ceux qui sont émis dans les climats tempérés.

L’effet environnemental de la réduction des émissions ne dépend donc pas de l’endroit où se situe cette réduction. En revanche, le coût de la réduction varie considérablement d’un pays à l’autre selon les technologies utilisées, la disponibilité d’autres sources d’énergie, la structure de l’industrie, la répartition des ressources énergétiques et des marchés de l’énergie, la dépendance à l’égard des exportations, etc. Même à la marge, les coûts peuvent varier dans une fourchette très large.

Un fait qui a peut-être encore plus d’importance dans une perspective planétaire est que le coût de la réduction des émissions tend à être plus bas dans les pays en développement que dans les pays développés, car il est possible dans les premiers d’améliorer considérablement le rendement énergétique en modernisant les techniques40. Par exemple, la Chine possède beaucoup de petites usines fonctionnant au charbon et ses fonderies et aciéries sont relativement inefficientes et surannées. Selon certains modèles quantitatifs, le coût marginal de la réduction des émissions en Chine pourrait être inférieur au cinquième du coût marginal dans l’ensemble de l’OCDE41.

Un raisonnement analogue s’applique aux puits. Le coût de la création de puits tels que des forêts varie selon les ressources en terre et les autres utilisations possibles de ces terres. La valeur de la terre et le coût de la création de puits varient énormément selon les endroits, mais c’est généralement dans les régions où la terre est utilisée de la façon la plus intensive qu’ils sont le plus élevés. C’est probablement dans des pays tels que l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Brésil et l’Argentine qu’il y aurait le plus de possibilités de développer les puits.

Etant donné le caractère planétaire de l’effet de serre, les différences considérables qui existent entre les pays – qu’il s’agisse du coût de la réduction des émissions ou des taux de croissance économique et d’augmentation des émissions – il n’est pas économiquement rationnel de vouloir ramener les émissions au niveau d’une date de référence quelconque comme le voudrait la politique de stabilisation. A l’échelle mondiale, la stratégie la plus économique pour atteindre l’objectif, quel qu’il soit, est d’exploiter d’abord toutes les possibilités les moins coûteuses de réduire les émissions. La façon la plus efficiente d’atteindre les résultats voulus serait de concentrer l’essentiel de la réduction des émissions dans des pays en développement.

Selon certaines estimations, la perte de bien-être résultant d’une politique efficiente de réduction des émissions d’ici l’an 2020 s’élèverait à 47 milliards de dollars (en dollars constants de 1988), soit 40 pour cent seulement de ce qu’il en coûterait si les pays développés devaient réduire les émissions sur leur propre territoire 42. Selon une étude antérieure de l’OCDE, la solution efficiente ne coûterait que 20 pour cent43.

Mais cela ne veut pas dire que le coût de la réduction des émissions doit retomber entièrement ou principalement sur les pays en développement. S’il est vrai que la réduction coûte moins cher dans ces pays, il est vrai également qu’ils ont une moins grande marge de manœuvre pour financer la réduction des émissions, qu’il s’agisse de leur compétitivité ou des pertes de revenus. Mais il reste vrai qu’il s’agit d’un problème planétaire et que tous les pays se partagent la responsabilité de le résoudre.

Bilan et conclusions

L’effet de serre est un problème environnemental dont l’ampleur n’est égalée par aucun autre. Les causes comme les effets ont une assiette planétaire, et la réduction des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère exigera la coopération de nombreux acteurs, sinon une coopération universelle. Le problème semble insoluble. Dans la plupart des pays développés, on a compris qu’il était nécessaire de réduire le volume des émissions à l’échelle mondiale et, pour des raisons politiques aussi bien qu’économiques, il est essentiel que ces pays donnent l’exemple. Mais nombre d’entre eux n’ont pas encore fait preuve de la volonté politique nécessaire pour parvenir à des résultats. Beaucoup de pays en développement, considérant que le problème est une conséquence directe du développement industriel qui a permis aux pays avancés de s’industrialiser à un moment où l’effet de serre n’était pas ressenti comme un problème, se sont fixé d’autres priorités qu’ils considèrent plus urgentes, même s’il est vrai que l’essentiel de l’accroissement futur des émissions sera imputable aux pays qui sont actuellement en développement. Pourtant, il sera nécessaire à un moment ou à un autre que les pays qui ne se sont pas encore engagés à réduire leurs émissions participent à l’effort international.

Bien que la nature et l’importance du problème soient encore imparfaitement connues, il est certain que les politiques d’atténuation des émissions auront des retombées sur les pays en développement. Ces retombées seront dans certains cas positives – les pays en développement bénéficiant de la délocalisation des industries émettant beaucoup de carbone et de métal – mais elles risquent d’être dans d’autres cas négatives, si la demande des produits qu’exportent les pays en développement diminue. Il est très probablement possible de limiter les effets négatifs en encourageant des solutions efficientes et équitables. Il est sans doute dans l’intérêt des pays en développement de participer individuellement et collectivement aux processus de négociation et aux projets exécutés conjointement. Tout au long du processus prolongé de négociation, il apparaîtra que la prudence conseille d’utiliser l’énergie de façon plus efficiente et de tirer un meilleur parti des techniques permettant des économies d’énergie. Il serait souhaitable de supprimer toutes les subventions de la consommation d’énergie.

L’agriculture et les forêts resteront au cœur du débat sur les changements climatiques parce que c’est dans ces secteurs que leur impact physique est le plus apparent. En l’état actuel des connaissances, il est difficile d’évaluer l’impact du changement du climat sur la productivité nette de l’agriculture à l’échelle mondiale, car d’un côté, l’utilisation de cultures adaptées et l’effet fertilisant du CO2 se traduiront dans certains cas par une augmentation des rendements, mais de l’autre côté, la réduction de la pluviosité et de l’humidité des sols entraînera dans d’autres cas une baisse des rendements. L’effet des politiques mondiales de réduction des émissions sur le secteur agricole sera différent selon les régions et selon les pays; en tout état de cause, la limitation des émissions de méthane et d’oxyde nitreux risque de freiner la croissance de l’agriculture.

Dans ces circonstances, il faudra envisager d’adopter dans le secteur agricole une politique de réduction du déboisement et de promotion des races améliorées de bétail et des pratiques de gestion des cultures propres à réduire les émissions de carbone, de méthane et d’oxyde nitreux. L’amélioration des pratiques d’aménagement des terres – meilleure utilisation des eaux, des engrais et des carburants, conservation de la matière organique – outre qu’elle permettra de réduire les émissions, aura probablement des effets bénéfiques pour les pays en développement.

9 Les données chiffrées dans la présente section sont tirées du rapport biennal de la FAO, Situation des forêts du monde 1997. Rome. Ce rapport présente un tableau d’ensemble de la foresterie mondiale et de son évolution récente dans l’optique des politiques forestières.

10 Ces données sont publiées dans FAO, op. cit., note 9, p. 50. Cet ouvrage présente aussi une analyse des chiffres et des données par pays sur le couvert forestier.

11 FAO. 1996. Forest resources assessment 1990: Survey of tropical forest cover and study of change processess. Etude FAO Forêts no 130. Rome.

12 Les efforts qui ont été faits à l’échelle mondiale, régionale et nationale pour mettre au point des critères et des indicateurs de l’aménagement forestier durable sont présentés en détail dans Situation des forêts du monde 1997.

13 D’après les estimations des Commissions économiques régionales de l’ONU: Commission économique pour l’Afrique (CEA); Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP); et Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC). Ces estimations sont des agrégats de chiffres provenant d’études au niveau micro prenant en considérant la totalité des systèmes agricoles et pas seulement les statistiques de la main-d’œuvre agricole. Cité dans R.L. Blumberg. 1989. Making the case for the gender variable: women and the wealth and well-being of nations. USAID, Washington.

14 M. Snyder, F. Berry et P. Mavima. 1996. Gender policy in development assistance: improving implementation results. World Development, 24(9): 1481-1495.

15 K. Saito. 1995. Raising the productivity of women farmers in sub-Saharan Africa. Document d’information de la Banque mondiale no 230, Africa Technical Department Series. Banque mondiale, Washington.

16 Après la troisième année, l’augmentation du PIB n’est plus que de 4 pour cent par année de scolarité supplémentaire, soit 12 pour cent pour trois années (Banque mondiale. 1991. World Development Report 1991. Oxford University Press, New York).

17 Lockheed, D. Jamison et L. Lau. 1980. Farmer education and farm efficiency: a survey. Economic Development and Cultural Change, 29(1): 37-76.

18 D. Jamison et L. Lau. 1982. Farmer education and farm efficiency. The Johns Hopkins University Press for the World Bank, Baltimore, Etats-Unis.

19 K. Saito, op. cit., note 15, p. 60.

20 K. Subbarao et L. Raney. 1995. Social gains from female education: a cross-national study. Economic Development and Cultural Change, 44(1).

21 L. Lim. 1996. Women swell ranks of working poor. World of Work, Vol. 17. OIT, Genève.

22 FAO. 1996. Farmers’rights in the conservation and use of plant genetic resources: who are the farmers? Par S. Bunning et C. Hill. Rome.

23 B. Hertz. 1989. Bringing women into the mainstream. Finance and Development, (décembre): 22-25.

24 FAO. 1995. Women, agriculture and rural developmnent – a synthesis report of the Africa region. Rome.

25 FAO. 1995. Women, agriculture and rural development – a synthesis report of the Near East region. Rome.

26 P.P. Bhattarai. 1989. Women’s roles - a case study of Tankhuwa Panchayat. PAC Occasional Paper No. 1. Pakhnibas Agricultural Centre, Katmandu.

27 V. Nayak-Mukeherjee. 1991. Women in the economy – a select annotated bibliography of Asia and the Pacific. Asian and Pacific Development Centre, Kuala-Lumpur.

28 Ibid.

29 Ibid.

30 Banque mondiale. 1996. Rural women in the Sahel and their access to agricultural extension – sector study. Rapport no 13532. Washington.

31 V. Nayak-Mukeherjee, op. cit., note 27, p. 65.

32 ONU. 1992. Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. New York.

33 Ibid.

34 Banque mondiale. 1995. World Development Report 1995. Oxford University Press, New York; BAsD. 1993. Electricity Utilities Databook. Manille.

35 Une analyse des effets possibles du changement du climat sur l’agriculture, les forêts et les pêches est fournie dans FAO. 1994. La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 1994, p. 55-62. Rome.

36 PNUE. 1996. http:/www.unep.ch/ipcc/fs101.html.

37 D. Stern et R. Kaufman. 1995. Estimates of global anthropogenic methane emissions, 1860-1993. Document de travail no 4. Center for Energy and Environmental Studies, Boston, Etats-Unis.

38 PNUE. 1996. http:/www.unep.ch/ipcc/fs032.html.

39 ABARE/Gouvernement australien 1995. Global climate change: economic dimensions of a cooperative international policy response beyong 2000. Canberra; A. Manne et J. Oliveira-Martins. OECD Model Comparison Project (II) on the Costs of Cutting Carbon Emissions. Economics Department Working Paper No. 146. OCDE, Paris.

40 AISE. 1994. World Energy Outlook. Paris, OCDE.

41 Z.X. Zhang. 1996. Macroeconomic effects of CO2 emissions limits: a computable general equilibrium analysis for China. Wageningen Economic Papers 1996-1. Université d’agriculture de Wageningen, Pays-Bas.

42 ABARE/Gouvernement australien, p. 112 op. cit., note 39 page 77.

43 J.-M. Berniaux, J.Martin, G. Nicoletti et J. Martins. 1991. The cost of policies to reduce CO2 emissions: initial simulation results with GREEN. Document de travail no 103. OCDE, Paris.

Previous Page TOC Next Page