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ASIE ET PACIFIQUE

VUE D’ENSEMBLE

Evolution économique

En 1996, les pays en développement de la région Asie et Pacifique ont de nouveau affiché un taux de croissance moyen supérieur à celui de toutes les autres régions, malgré la décélération observée dans certains d’entre eux. Le taux moyen de croissance du PIB réel, bien qu’en légère baisse (8,2 pour cent en 1996 contre 8,9 pour cent en 1995), est resté suffisant pour se traduire par une augmentation sensible des revenus par habitant. Globalement, l’activité économique de la région a progressé de 50 pour cent entre 1991 et 1996. Malgré un léger ralentissement, la République populaire de Chine – y compris Taïwan Province de Chine – avec un taux de croissance de 9,7 pour cent, a encore accru son poids dans l’économie mondiale. L’autre géant de l’Asie, l’Inde, a affiché un taux de croissance de 6,8 pour cent. Dans les économies nouvellement industrialisées (ENI) – Hong Kong, République de Corée et Singapour – les exportations, qui sont un des moteurs de l’économie, ont continué à ralentir et le taux de croissance global est tombé de 7,5 pour cent en 1995 à 6,3 pour cent en 1996. En raison du ralentissement des exportations et du renforcement de l’austérité monétaire et budgétaire, la croissance a aussi ralenti en Asie du Sud-Est, tombant à 7,1 pour cent contre 8,1 pour cent en 1995. En Asie du Sud, les réformes structurelles se sont poursuivies et le taux de croissance global a été de 6,5 pour cent en 1996. A l’échelle de toute la région Asie et Pacifique, le taux de croissance réel devrait se maintenir un peu au-dessus de 7 pour cent en 1997 et 199817.

Le commerce et l’investissement ont continué à jouer un rôle dominant dans la région. Celle-ci a non seulement conservé sa position en tête des régions en développement pour ce qui est des investissements étranger directs, mais l’a encore consolidée: en 1996, elle a reçu plus de la moitié des flux d’investissement vers les pays en développement. Dans les pays où le déficit de la balance courante s’est creusé, cela tient en général à un essor des importations de biens d’équipement résultant du taux élevé d’investissement plutôt qu’à un accroissement de la consommation. Pour l’ensemble des pays en développement de la région, le taux de croissance des exportations, qui avait atteint en 1995 le niveau insoutenable de 21,8 pour cent, est tombé à 4,6 pour cent seulement en 1996 essentiellement parce que la demande de certains des principaux produits qu’exporte la région, notamment les produits électroniques, a chuté dans les pays les plus industrialisés. Le ralentissement de la croissance économique et de la demande d’importation dans la région (qui, dans le cas de la Chine, est dû aux mesures prises pour combattre la surchauffe, qui ont eu des répercussions sur les exportations de Hong Kong) ainsi que les restrictions aux importations imposées pour maintenir les balances commerciales dans des fourchettes prescrites ont aussi contribué à ce recul des exportations.

On peut toutefois se demander, car c’est là une question cruciale pour les pays d’Asie en développement, dans quelle mesure cette chute des exportations tient aussi à une perte de compétitivité ou, en d’autres termes, dans quelle mesure elle est due à des facteurs structurels et non conjoncturels. Les taux élevés d’investissement, les progrès de l’éducation et la croissance économique rapide ne pouvaient pas manquer d’entraîner une modification des avantages comparatifs des pays. Dans le long terme, des pénuries spécifiques sur le marché intérieur, des modifications de la politique budgétaire, une hausse continue du taux de change effectif réel, des variations des prix relatifs des facteurs ou de la composition de la demande d’exportation peuvent, en l’absence d’ajustements structurels, se traduire par une détérioration des résultats à l’exportation. A l’instar d’autres pays industrialisés ou en voie d’industrialisation, certains pays tels que la Thaïlande, menacés par la concurrence de plus en plus vive des pays d’Asie produisant à bas coût comme la Chine ou le Viet Nam, ne pourront maintenir le dynamisme de leur croissance économique que moyennant un ajustement continu de leur gamme de produits et de leurs techniques de production.

Depuis presque 20 ans, la Chine a entrepris des réformes économiques; elle a connu une croissance économique extraordinaire et les conditions de vie de sa population – la plus nombreuse du monde – se sont améliorées. Le taux de croissance du PIB réel, qui avait culminé en 1992 à 14 pour cent, est peu à peu redescendu à 9,7 pour cent sous l’effet des mesures prises pour contenir l’inflation (austérité budgétaire et monétaire, application de règles plus rigoureuses aux banqueroutes d’entreprises d’Etat); c’est encore là un résultat enviable pour la plupart des autres pays. La Chine reste la principale destination des investissements étrangers directs dans le monde en développement et sa part des marchés mondiaux des vêtements, des textiles et de la petite mécanique continue d’augmenter.

En Inde, la libéralisation amorcée en 1991 a continué à porter ses fruits. La croissance réelle du PIB en 1996, tirée par un bond de 9 pour cent du secteur industriel et favorisée par la neuvième bonne mousson consécutive, s’est maintenue au taux satisfaisant de 6,8 pour cent. Si les moussons sont de nouveau bonnes, on s’attend à ce que le taux de croissance se maintienne aux environs de 7 pour cent au cours des deux prochaines années. A moyen terme, la mobilisation de ressources suffisantes pour répondre aux énormes besoins d’investissement dans l’infrastructure restera un défi important.

Dans les ENI, la croissance a un peu ralenti en 1996, principalement à cause de la faiblesse de la demande de produits électroniques aux Etats-Unis et en Europe, qui a fait baisser les exportations de la République de Corée, de Singapour et de Taïwan Province de Chine. La hausse du dollar EU, auquel est attachée la monnaie de Hong Kong, ainsi que la chute des exportations de la Chine (et des réexportations de Hong Kong) ont freiné les exportations et la croissance de l’ensemble du territoire. Toutefois, la demande intérieure a repris pendant le deuxième semestre de 1996, et la confiance des consommateurs et des entrepreneurs semble solide au moment où Hong Kong amorce sa transition vers le statut de Région administrative spéciale de la Chine. En République de Corée, le ralentissement de la croissance des investissements et des exportations et l’augmentation du déficit en compte courant, qui a plus que doublé, ont freiné l’expansion économique. Les mesures de libéralisation économique prises à l’occasion de l’accession de la Corée à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 1996 stimuleront de nouvelles réformes structurelles au cours des prochaines années. A Singapour également, la croissance a ralenti en 1996 en raison de la contraction de la demande d’exportation de produits électroniques et du marasme du secteur des services financiers et commerciaux.

Dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est, comme dans les ENI, la croissance est en général tirée par les exportations de produits manufacturés, mais la plupart de ces pays bénéficient de marchés intérieurs nettement plus vastes et de secteurs agricoles plus dynamiques. Au Cambodge, la croissance économique, tirée par les secteurs de l’électricité et du bâtiment et des travaux publics et appuyée par une forte expansion des investissements, en particulier des investissements étrangers, est restée dynamique: 6 pour cent en 1996. En Indonésie, la croissance du PIB réel a un peu ralenti en 1996, tombant à 7,8 pour cent sous l’effet des mesures d’austérité monétaire et budgétaire prises pour contenir l’inflation et réduire le déficit en compte courant. Toutefois, les perspectives restent excellentes pour l’avenir proche étant donné la vigueur de la demande intérieure, l’accroissement des flux d’investissements étrangers et le progrès de la déréglementation. Au Laos, la croissance est remontée à 7,2 pour cent car les investissements sont restés très actifs, les échanges et les recettes publiques ont augmenté et l’inflation est restée modérée. L’économie demeure dominée par l’agriculture, en particulier l’agriculture pluviale, de sorte que les résultats économiques dépendent des caprices du climat. En Malaisie, la croissance du PIB a ralenti lorsque des mesures d’austérité monétaire ont été prises, mais elle a tout de même atteint le taux respectable de 8,2 pour cent, et les grands projets d’infrastructures en préparation devraient la soutenir. Au Myanmar, un taux de croissance de 6 pour cent a été atteint en 1996 grâce aux bonnes conditions météorologiques qui ont permis d’engranger une excellente récolte et d’exporter des quantités considérables de riz. Grâce aux réformes appliquées depuis 1990, 1996 a été la cinquième année de vigoureuse croissance économique. Sous l’effet des réformes en cours aux Philippines, la croissance du PIB s’est accélérée, pour atteindre 5,5 pour cent en 1996; des flux financiers extérieurs et intérieurs ont permis d’atteindre des taux élevés d’investissement. Au Viet Nam, la croissance économique, tirée par le secteur industriel, s’est maintenue à 9,5 pour cent. La production agricole a atteint l’objectif prévu, malgré des intempéries dont a souffert une partie du pays; l’inflation a ralenti, tombant à 6 pour cent.

En Asie du Sud, la réforme économique a été amorcée plus tard que dans la plupart des autres sous-régions de l’Asie; les réformes sont encourageantes, mais elles ne sont pas achevées. Malgré tout, le taux de croissance réel du PIB s’est un peu accéléré, atteignant 6,5 pour cent en 1996 contre 6,4 pour cent en 1995. Au Bangladesh, l’application des réformes a pris du retard, les investissements et les décaissements d’aide n’ont pas atteint l’objectif et les exportations ont fléchi, de sorte que la croissance est restée modeste: 4,7 pour cent. Au Népal, la reprise de l’agriculture sous l’effet de l’amélioration des conditions météorologiques a stimulé la croissance économique, qui a été favorisée par une expansion de l’industrie et du tourisme. Au Pakistan, la croissance du PIB réel a atteint 5,9 pour cent en 1996, mais l’inflation est restée supérieure à 10 pour cent; le déficit budgétaire, dû une fois de plus à la difficulté de perception des recettes, a persisté. L’épargne intérieure s’est contractée, de même que la croissance des exportations, ce qui a suscité un nouvel effort de stabilisation. Le Sri Lanka a continué de souffrir de son lourd budget militaire et de la sécheresse. La croissance des exportations a été freinée par la baisse de la production agricole et le marasme du secteur industriel.

Grâce aux réformes entreprises dans toute l’Asie du Sud et à l’expansion des échanges préconisée par l’Association sud-asiatique de coopération régionale (ASACR), le sous-continent est bien parti pour poursuivre sa croissance. La possibilité de maintenir l’élan acquis dépendra de l’élargissement des réformes et de la persévérance dans leur application.

Figure 8A

Figure 8B

Résultats de l’agriculture

En 1996, pour la deuxième année consécutive, la Chine a engrangé une récolte céréalière record – 436 millions de tonnes – qui lui a permis de limiter le volume de ses importations de céréales, d’accroître ses stocks et de réduire l’écart entre les prix d’achat par le secteur public et les prix du marché. Les importations céréalières devraient tomber de 26,9 millions de tonnes en 1995/96 à environ 12,9 millions de tonnes en 1996/97. Toutefois, à cause notamment des très mauvais résultats des cultures non vivrières, l’ensemble de la production agricole n’a augmenté que de 3,4 pour cent, contre un taux moyen de 8,9 pour cent pendant la période 1993-1995. Favorisée par de bonnes conditions climatiques et stimulée par la hausse des prix d’achat pratiqués par le secteur public, la production alimentaire a augmenté de 4,2 pour cent. La récolte céréalière record et les dépenses importantes consenties par l’Etat dans le secteur agricole ont fait augmenter considérablement les revenus ruraux et freiné le creusement de l’écart entre ceux-ci et les revenus urbains. Les exportations de textiles ont diminué à cause de la mauvaise récolte de coton et de la hausse du prix de ce produit.

En Inde, l’accroissement de la production agricole en 1996 a été marginal: 0,5 pour cent; la production céréalière a stagné pratiquement au même niveau que l’année précédente: 214 millions de tonnes. Entre 1990/91 et 1996/97, elle n’a augmenté en moyenne que de 1,7 pour cent par an alors que le taux de croissance démographique était de 1,9 pour cent. En 1995/96, les exportations de riz ont atteint un volume record et l’Inde a aussi exporté du blé, pour la première fois depuis 1947; les exportations agricoles totales ont atteint 5,7 milliards de dollars tandis que les importations agricoles, limitées par les droits de douane, les régimes de licences et de commerce d’Etat et toutes sortes d’autres obstacles non tarifaires, sont tombées à 1,9 milliard de dollars, malgré un triplement des importations d’huile végétale. Selon les estimations, en 1996/97, l’Inde deviendra un importateur net de blé et il y aura une diminution des excédents de céréales. Dans son premier budget, le gouvernement de coalition du Front uni a relevé les subventions de l’irrigation, des engrais et de l’équipement agricole et renforcé le programme de distribution de céréales à moitié prix aux familles vivant en dessous du seuil de pauvreté. Il a également accru le crédit à l’investissement dans l’infrastructure rurale ainsi que dans l’horticulture, la floriculture et la transformation des produits alimentaires. L’agriculture emploie encore près de 70 pour cent de la population active et produit environ 30 pour cent du PIB.

Malgré les amples fluctuations des dernières années, la production agricole de la République de Corée a en général augmenté plus vite que la population, d’où un accroissement moyen de 1,6 pour cent par an de la production alimentaire par habitant pendant la période 1991-1996. Le marché des produits alimentaires de consommation est vaste et en pleine expansion. Les importations d’aliments destinés à la consommation, bien qu’en forte baisse, dépassaient encore 700 millions de dollars en 1996 (contre plus de 2 milliards en 1995). Les producteurs, qui sont majori-tairement de petites exploitations familiales à hauts coûts, sont protégés par des droits de douane élevés et des obstacles non tarifaires, la riziculture étant particulièrement favorisée. Toutefois, pour honorer les engagements d’accès minimum aux marchés pris dans le cadre du Cycle Uruguay, la République de Corée devra importer une quantité minimale de riz. Pour faciliter l’ajustement du secteur rural à la nouvelle donne qui résultera du Cycle Uruguay, le gouvernement a établi pour 10 ans un impôt extraordinaire dont le produit sera destiné aux villages les plus durement touchés, ainsi qu’un Plan quinquennal de développement agricole privilégiant la compétitivité internationale, l’industrie rurale et l’amélioration des conditions de vie des ruraux.

En République populaire démocratique de Corée, une série de mauvaises récoltes successives a rendu très précaire l’approvisionnement alimentaire (la production vivrière par habitant a baissé de 3 pour cent par an entre 1991 et 1996). A la suite des graves inondations qui ont ravagé le pays deux années de suite, les perspectives pour 1997 ne sont pas meilleures. La production céréalière a un peu augmenté en 1996, mais une bonne partie de la récolte a été consommée prématurément à cause de la grave pénurie alimentaire.

Conscient de l’intérêt que peuvent présenter des mesures unilatérales de libéralisation et soucieux de contenir l’inflation, le Gouvernement indonésien a déréglementé les importations de nombreux produits agricoles de base et réduit les droits de douane, pour commencer à donner effet aux engagements pris dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), du Conseil Asie-Pacifique pour la coopération économique, et du Tarif préférentiel commun effectif de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE). Il a également fixé des normes applicables à la teneur maximale en résidus de pesticides ainsi qu’à la manutention, l’étiquetage et la vente de tous les produits alimentaires. Les industries de la minoterie, des aliments pour animaux, de la transformation des produits alimentaires et du textile poursuivent leur expansion rapide. Bien que le secteur agricole ait eu un taux de croissance beaucoup plus élevé que la population pendant une bonne partie de la dernière décennie, sa contribution au PIB est tombée à environ 17 pour cent, contre 24 pour cent au début des années 80. Toutefois, l’agriculture emploie encore près de 45 pour cent de la population active.

En prise sur la vague de libéralisation économique de l’ANASE, le septième Plan de la Malaisie vise à stimuler l’investissement privé pour accroître la capacité et développer la mécanisation. Les objectifs de son volet agricole sont de réduire les coûts pour améliorer la compétitivité à l’exportation et d’accroître la production de marchandises de valeur. La production agricole augmente depuis quelques années à raison d’environ 2,8 pour cent par an; toutefois, sa part du PIB est tombée à 14 pour cent (contre 22 pour cent au début des années 80), parce que sa croissance est beaucoup plus lente que celle de l’industrie et des services.

Aux Philippines, le secteur agricole s’est rétabli: la production et les prix moyens ont tous deux augmenté en 1996. La hausse des revenus se traduit par un accroissement de la demande de viande et d’autres biens importés (produits alimentaires et intrants, notamment céréales fourragères). Les effets du déficit prolongé d’investissements publics dans les infrastructures rurales, les ressources humaines et la recherche-développement deviennent manifestes: la production intérieure est de plus en plus incapable de satisfaire les besoins alimentaires d’une population en expansion rapide. En 1996, le gouvernement a remplacé les restrictions quantitatives appliquées aux importations de produits agricoles par des droits de douane: c’est là un important pas en avant dans l’application des accords de l’OMC et dans l’intégration de l’agriculture philippine dans l’économie mondiale.

Les problèmes commerciaux de la Thaïlande se sont encore aggravés parce que la baisse des prix a réduit la valeur de ses exportations agricoles en 1996. Les importations agricoles ont augmenté, notamment celles de produits d’alimentation animale, bien que la période pendant laquelle les importations de maïs sont autorisées ait été limitée aux mois d’avril à juin et que le régime de contingents tarifaires ait été maintenu pour le maïs, le soja et les produits dérivés.

Au Pakistan, bien que la suppression de la subvention des engrais ait fait monter leurs prix et entraîné une pénurie, la croissance du secteur agricole, tirée par la production végétale et halieutique, qui avait déjà atteint 5,9 pour cent en 1994/95, est montée à 6,7 pour cent en 1995/96, grâce à de meilleures conditions climatiques, à la réduction des attaques de ravageurs et à la diffusion des techniques de production améliorées. La superficie consacrée au coton a augmenté aux dépens des cultures de canne à sucre et l’accroissement des exportations de coton brut a entraîné une augmentation de la part des produits primaires dans les exportations totales.

Problèmes et perspectives du secteur agricole dans la région

Pour la grande majorité des populations de la région Asie et Pacifique, la sécurité alimentaire dépend essentiellement des résultats de la céréaliculture. Le riz fournit 37 pour cent des calories alimentaires consommées et le blé 19 pour cent. Grâce aux résultats satisfaisants de la céréaliculture, le taux d’autosuffisance régionale en céréales est resté élevé, la contraction observée en Asie de l’Est (Chine comprise) entre 1969-1971 et 1988-1990 (le taux d’autosuffisance est tombé de 97,9 à 96,2 pour cent) ayant été compensée par une amélioration en Asie du Sud (le taux est monté de 98 à 102 pour cent). Comme ce taux élevé d’autosuffisance s’est accompagné d’une expansion des exportations totales, le pourcentage des recettes d’exportation de la région consacré aux importations alimentaires est tombé de 16,1 pour cent en 1970-1972 à 5,1 pour cent seulement en 1990-1992.

L’amélioration des disponibilités alimentaires a contribué à réduire la proportion de la population qui souffre de carences nutritionnelles; toutefois, environ 500 millions d’habitants de la région Asie et Pacifique sont encore victimes de sous-alimentation chronique et le nombre de ceux qui souffrent d’autres carences nutritionnelles est encore plus élevé. Les perturbations de l’approvisionnement provoquées par des événements naturels ou par les forces du marché peuvent être catastrophiques non seulement pour la sécurité alimentaire de ces malnourris, mais pour l’ensemble de la population de la région.

L’accroissement de la densité démographique, la dégradation de l’environnement, les migrations vers des zones vulnérables et l’instabilité du climat font que l’Asie et le Pacifique sont la région du monde la plus sujette aux catastrophes. Elle subit en moyenne 35 catastrophes naturelles par an, 60 pour cent du total mondial. Ainsi, au Bangladesh, les inondations de 1987 ont réduit de 35 millions de tonnes la production de riz, qui n’a atteint que 82 pour cent du niveau normal, et celles de 1991 ont emporté 4 000 silos d’Etat et en ont noyé 3 400, détruisant 5 pour cent de la récolte céréalière. En Chine, les sécheresses sont courantes dans le nord et les inondations dans le sud. Cyclones, tremblements de terre, éruptions volcaniques, incendies, infestations de ravageurs et autres phénomènes prélèvent aussi un lourd tribut. Selon la Banque asiatique de développement (BAsD), les pertes matérielles résultant de catastrophes naturelles dans la région se sont élevées à quelque 10 milliards de dollars en 1990-1991.

Les perturbations des systèmes de production, d’entreposage et de commercialisation ou de distribution provoquées par ces catastrophes ont des conséquences immédiates et à long terme qui peuvent être particulièrement graves pour les familles les plus pauvres. Les stratégies des ménages jouent un rôle important dans l’atténuation de leurs effets. Ainsi, pour parer aux conséquences de la sécheresse, les familles diversifient leurs sources de revenus, empruntent, mettent les ressources en commun, vendent leurs actifs et réduisent ou diversifient leur consommation.

Les stratégies nationales de prévention et de gestion des catastrophes résultant des inondations et des tempêtes comportent à la fois des travaux préventifs d’aménagement – construction de réservoirs, barrages, remblais submersibles et correction du lit des cours d’eau – et des mesures palliatives – établissement de stocks de réserve adéquats, systèmes nationaux efficaces d’information et d’alerte rapide, moyens de secours d’urgence et plans de secours alimentaires d’urgence. Les diverses mesures doivent souvent être intégrées dans les plans de développement rural. Dans les pays les plus pauvres, ces stratégies sont souvent insuffisantes ou même absentes, et mal intégrées. La protection à long terme peut consister à freiner la déforestation, à appliquer des mesures de conservation, notamment de reboisement, à réduire et réglementer le peuplement dans les zones sujettes aux catastrophes et à y faire des investissements dans des infrastructures matérielles, l’éducation, l’emploi et les activités lucratives.

Les systèmes publics de distribution sont un élément important du filet de protection des groupes vulnérables dans la région Asie et Pacifique: ils peuvent parfois représenter 25 pour cent de la consommation en Chine, 12 pour cent en Inde, 8 pour cent en Indonésie, 9 pour cent aux Philippines et jusqu’à 35 pour cent en Malaisie. A mesure que ces programmes sont réduits par mesure d’économie, il est plus important que jamais de mieux les cibler.

Dans beaucoup de pays à déficit céréalier, y compris ceux qui ne produisent pas de blé et certains pays qui ont traditionnellement de grosses importations de céréales tels que le Bangladesh, la Chine, le Pakistan et la République de Corée, les importations jouent un rôle important dans la stabilisation des approvisionnements. D’après les projections d’Agriculture mondiale: Horizon 201018, l’Asie aura besoin en 2010 d’importations considérables de blé dans les pays tropicaux, de riz dans ceux où les coûts de production sont élevés et où les engagements commerciaux multilatéraux limitent ou interdisent le protectionnisme, et de maïs dans ceux où la production zootechnique est en expansion rapide.

Les importations sont parfois le moyen le plus économique de satisfaire la demande, mais elles peuvent être menacées par beaucoup d’aléas: hausse des prix ou baisse de la production dans les pays fournisseurs, guerres, risques de transport, sanctions commerciales motivées par des raisons politiques ou détournements. De plus, même en temps normal, le commerce international est à la merci des fluctuations des taux de change, des pénuries de devises, de la capacité des ports et des problèmes d’entreposage et de manutention. Il est possible de réduire certains de ces risques en stimulant la constitution de stocks privés, en établissant d’avance des stocks publics dans les zones déficitaires, en élaborant des plans régionaux de sécurité alimentaire, en améliorant les systèmes d’alerte rapide et en négociant des accords à long terme d’importation. L’ANASE et l’ASACR ont déjà agi dans ce sens: elles ont créé des systèmes d’information sur les produits alimentaires, de prêts de produits alimentaires et de réserves alimentaires d’urgence sous-régionales.

Le volume minimum des réserves de sécurité pourrait être moins grand si des mesures étaient prises pour réduire les pertes et améliorer le contrôle des stocks. En outre, l’efficacité des systèmes de commercialisation des produits alimentaires pourrait être améliorée dans beaucoup de pays en développement de la région Asie et Pacifique. Le progrès des infrastructures de transport, commerciales et énergétiques serait déjà un pas en avant dans cette direction. En outre, la structure des incitations devient plus transparente et l’allocation des ressources plus efficace à mesure que les interventions de l’Etat diminuent.

Les principales mesures à prendre pour réduire le risque de chocs du côté de l’offre menaçant la sécurité alimentaire régionale sont d’accroître la production alimentaire, d’améliorer l’emploi et les revenus, de mieux maîtriser l’eau et de pallier les effets à court et à moyen terme des catastrophes naturelles sur la nutrition en appliquant les mesures décrites ci-dessus. Les systèmes de coopération régionale qui se développent rapidement dans toute la région Asie et Pacifique et le nouveau Centre asiatique de préparation aux catastrophes pourront jouer un rôle important dans la réduction des obstacles au commerce et la mise en commun des informations, des techniques et des secours alimentaires en vue d’atteindre ces objectifs.

BANGLADESH

Caractéristiques socioéconomiques

Malgré 20 ans d’importants progrès économiques et sociaux, le Bangladesh reste parmi les pays les plus pauvres du monde. Douze pays seulement sur les 133 que classe la Banque mondiale19 sont encore plus pauvres que lui. Le PNB n’y dépasse pas 220 dollars EU par habitant, contre 430 au Pakistan et 320 en Inde. La densité démographique est une des plus fortes du monde: 800 habitants au kilomètre carré. Le Bangladesh compte en effet 120 millions d’habitants sur une superficie émergée de 147 570 km2 seulement. On estime que si la croissance démographique se maintient au taux actuel (2,17 pour cent par an), la population pourrait atteindre 175 millions d’habitants d’ici 25 ans20. Bien que le taux d’accroissement de la population urbaine soit très élevé – 5,3 pour cent par an entre 1980 et 1993 – les ruraux représentent encore 83 pour cent de la population totale.

La moitié des Bangladais vivent en dessous du seuil de pauvreté21 et environ 40 pour cent des actifs sont sous-employés. Il existe au Bangladesh une forte corrélation négative entre la pauvreté et la propriété foncière. Soixante-cinq pour cent des pauvres sont fonctionnellement dépourvus de terres (moins de 0,2 ha) et 21 pour cent sont des propriétaires marginaux (de 0,2 à 0,6 ha). Le nombre des personnes vivant dans la pauvreté absolue et classées parmi les plus démunis parmi les pauvres a augmenté entre 1985 et 1992, particulièrement en milieu rural. Toutefois, selon des études récentes, le paupérisme serait en léger retrait ces dernières années: la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté serait tombée à 51,7 pour cent en 1994 contre 57,5 pour cent en 198722. L’incidence de la pauvreté extrême est encore plus forte parmi les ménages ayant à leur tête une femme, qui représentent une population totale pouvant dépasser 4 millions de personnes. Plus de 95 pour cent de ces ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté, et un tiers d’entre eux sont classés parmi les plus démunis parmi les pauvres23. En moyenne, leurs revenus sont de 60 pour cent inférieurs à ceux des ménages ayant un homme à leur tête. Plus de 62 pour cent de la population est analphabète et les taux de sous-nutrition et de malnutrition sont les plus élevés du monde. Les taux de mortalité néonatale et infantile ont diminué depuis le milieu des années 80, mais 84 pour cent des enfants de moins de cinq ans sont encore considérés comme mal nourris. Depuis des siècles, les femmes sont défavorisées par la culture dominante. Trop souvent, elles mangent les dernières et moins que tout le monde de sorte que, contrairement à la norme mondiale, leur espérance de vie est inférieure à celle des hommes. Les Bangladaises sont particulièrement vulnérables aux carences nutritionnelles, d’où un des taux de mortalité maternelle les plus élevés du monde – 490 pour 100 000 naissances vivantes dans les zones rurales – dû essentiellement à la mauvaise nutrition des femmes enceintes. L’état nutritionnel de la population indique une consommation très insuffisante.

Malgré ces indicateurs socioéconomiques décourageants, certains progrès ont été accomplis ces dernières années. Le taux de croissance économique est de 4 pour cent par an depuis 1992, contre une moyenne de 2,1 pour cent pendant les 12 années précédentes; le taux d’alphabétisation est encore faible, mais il est passé de 32 pour cent en 1991 à 38 pour cent en 1995; la scolarisation au niveau primaire a augmenté de plus de 50 pour cent depuis 1990, et près de la moitié de cet accroissement est imputable à la scolarisation des filles; le taux de mortalité néonatale est tombé de 94 pour 1 000 naissances vivantes en 1990 à 77 en 1994; le taux de fécondité a beaucoup baissé: de 4,3 enfants par femme en 1990, il est tombé à 3,4 en 1995; la planification familiale s’est développée de façon phénoménale: 45 pour cent des femmes mariées de moins de 50 ans utilisent maintenant des contraceptifs, contre 25,3 pour cent en 198524.

Politiques et résultats macroéconomiques

Pendant les années 70 et 80, la politique économique était définie par une série de plans quinquennaux. Les objectifs des divers gouvernements qui se sont succédé pendant cette période ont rarement été atteints, en partie parce qu’ils étaient irréalistes et en partie en raison d’un ensemble de problèmes dus à la hausse des prix mondiaux du pétrole, à des catastrophes naturelles et à des troubles politiques.

Des ajustements structurels sont en cours depuis la fin des années 80. Une politique de libéralisation et de développement de l’économie de marché est appliquée pour accélérer la croissance, en réduisant les interventions de l’Etat et en donnant des incitations au secteur privé.

Le Bangladesh a entrepris des réformes structurelles dans plusieurs domaines: politique budgétaire, financière, commerciale, institutionnelle et industrielle, gestion des ressources publiques et privatisation. Il s’emploie à restructurer ou privatiser les entreprises d’Etat dont la plupart tournent à perte. La politique budgétaire vise à accroître les recettes (en améliorant le code fiscal et en réformant la structure et la gestion de la fiscalité), à limiter et réorienter les dépenses publiques et à accroître les incitations à l’investissement privé. Le commerce extérieur a été libéralisé moyennant une réduction régulière des droits de douane. Pour améliorer la compétitivité sur le marché international, le gouvernement applique une politique de change souple. La politique monétaire vise aussi à gérer de façon souple et indirecte la croissance de la masse monétaire et du crédit. Les taux d’intérêt ont été déréglementés, sauf dans trois secteurs (agriculture, petite industrie et exportations).

Ces réformes ont produit d’importants progrès économiques depuis 10 ans. Jusqu’en 1993/94, l’économie a réagi dans le bon sens. Le taux d’inflation est tombé de 9,8 pour cent en 1985/86 à 5,3 pour cent en 1990/91 et à 1,8 pour cent25 en 1993/94. Le déficit en compte courant a beaucoup baissé grâce à une augmentation des exportations non traditionnelles (vêtements et produits de la pêche, par exemple) et à la faible progression des importations: il est tombé de 6,7 pour cent du PIB en 1984/85 à 4,5 pour cent en 1989/90 et au niveau sans précédent de 1,6 pour cent en 1993/94. Toujours en 1993/94, les réserves de devises s’élevaient à 3,2 milliards de dollars, soit plus de sept mois d’importations. En 1993/94, les recettes publiques ont atteint environ 12,2 pour cent du PIB contre 9 pour cent pendant les années 80, et le déficit budgétaire ne représentait plus que 6 pour cent du PIB contre 8,4 pour cent en 1986/8726.

Ces progrès ont été brutalement interrompus en 1994/95 et 1995/96, et le Bangladesh a connu des déficits catastrophiques de céréales vivrières. Le taux d’inflation est remonté à 5,2 pour cent, la croissance des exportations a ralenti, le déficit en compte courant a beaucoup augmenté à cause de l’accroissement des importations de céréales vivrières et les réserves de devises étaient tombées à 2,03 milliards de dollars à la fin de 1995/96. Depuis 1989, le taux annuel de croissance du PIB s’est maintenu dans une fourchette de 4 à 4,5 pour cent, inférieur au taux de 6 pour cent considéré comme nécessaire pour permettre une réduction sensible du paupérisme. La croissance est surtout imputable aux secteurs de la grande industrie, du bâtiment, des transports et services connexes et des services commerciaux. Malgré la croissance remarquable du secteur industriel pendant les années 90 (tirée par la production de vêtements pour l’exportation), ce secteur ne représentait que 11,5 pour cent du PIB en 1995/96 et 34 pour cent de sa production provenaient de petites industries, généralement traditionnelles.

Le principal objectif à court et moyen terme du nouveau gouvernement est de porter le taux de croissance à 6 ou 7 pour cent, tout en contenant l’inflation, en stimulant le secteur manufacturier, les services et les agro-industries. Les trois grands axes du programme de réforme entrepris pour atteindre ces objectifs sont: i) développement du secteur privé; ii) meilleure gestion du secteur public; et iii) réduction du paupérisme, développement du capital humain et valorisation des ressources naturelles.

Place de l’agriculture dans l’économie bangladaise

L’économie bangladaise est dominée par l’agriculture, qui est la principale source de revenus et de moyens de subsistance pour 80 pour cent de la population et qui emploie environ 66 pour cent des actifs; la production végétale emploie à elle seule 57 pour cent des actifs et produit environ 78 pour cent de la valeur ajoutée dans le secteur agricole. L’agriculture ne fournit plus que 35 pour cent du PIB, contre environ 57 pour cent pendant les années 70, mais elle reste le principal secteur de l’économie27. En outre, elle produit une bonne partie des matières premières utilisées par l’industrie, telles que le jute, et représente 32 pour cent de la valeur des exportations. Bref, c’est l’agriculture qui est le moteur de la croissance économique, si bien que l’accroissement de la production alimentaire et agricole est depuis toujours un objectif majeur de la politique bangladaise.

Le riz représente en moyenne 71 pour cent de la production végétale totale (riz, blé, légumineuses et jute). La croissance du secteur agricole est donc déterminée essentiellement par celle de la production de riz. La part de l’élevage et de la pêche dans la valeur ajoutée dans le secteur agricole, qui augmente régulièrement depuis quelques années, est actuellement de 22 pour cent.

Le Bangladesh est constamment menacé par des catastrophes naturelles. Il est et restera vulnérable aux inondations soudaines, aux cyclones et même aux sécheresses. Cette vulnérabilité, outre le fait que la récolte principale dépend en grande partie des pluies, provoque des fluctuations de la production et des prix des céréales vivrières, d’où une croissance très irrégulière du PIB. L’économie est souvent perturbée par la destruction des cultures vivrières et de rente de sorte que des importations de céréales imprévues deviennent tout à coup nécessaires. Le Bangladesh manque alors de devises pour importer les intrants essentiels aux industries manufacturières et autres, ce qui fait chuter les exportations. Le Bangladesh fournit pas moins de 25 pour cent de la production mondiale de jute; premier exportateur mondial, il est à l’origine de 85 pour cent des exportations de fibres de jute et de 44 à 55 pour cent des exportations de jute transformé. La part occupée par le jute dans l’agriculture du Bangladesh et dans son économie a baissé pendant les années 70 et 80, lorsque la concurrence des produits synthétiques a fait baisser la demande mondiale. Le secteur jutier qui en 1984/85 fournissait 54 pour cent des recettes d’exportation n’en fournissait plus que 11 pour cent 10 ans plus tard. En 1987/88, il a perdu sa première place dans les exportations bangladaises au profit de l’industrie du vêtement: celle-ci a fourni en 1994/95 quelque 57 pour cent des recettes d’exportation, contre 11 pour cent 10 ans plus tôt. Toutefois, comme elle nécessite des importations (tissus, fil, boutons), sa contribution nette à la balance commerciale ne dépassait pas 29 pour cent de ses recettes brutes d’exportation en 1994/9528. Le secteur semble s’essouffler et il est à craindre qu’il ne soit de plus en plus menacé par le développement de l’industrie du vêtement dans des pays tels que la Chine et le Viet Nam.

Le secteur halieutique fournit aussi d’importantes recettes d’exportation, en particulier les crevettes (voir encadré 8, Le secteur halieutique du Bangladesh, p. 148), ainsi que, dans une moindre mesure, l’industrie du cuir. La production de gaz naturel est de plus en plus importante et celle du principal produit dérivé, l’urée, a plus que doublé depuis 10 ans; le Bangladesh exporte maintenant des engrais, principalement vers les pays voisins. Dans le secteur agricole, le thé est la deuxième culture de rente et le deuxième produit d’exportation, mais il n’a fourni en 1994/9529 que 1 pour cent des recettes d’exportation du pays.

En dehors de son capital humain, le Bangladesh est pauvre en ressources. L’industrie est encore trop peu développée pour produire les recettes d’exportation ou l’emploi dont le pays a besoin. Les possibilités de diversifier la base économique sont limitées; le déficit commercial reste considérable en raison de la nécessité d’importer la plupart des biens essentiels – machines, équipement et produits pétroliers – et de la baisse du prix réel des exportations traditionnelles – jute brut et transformé et thé. L’épargne et l’investissement intérieurs ont augmenté pendant les années 90, mais restent insuffisants, ce qui freine la croissance économique et le développement.

Vers l’autosuffisance

Le Bangladesh a commencé à afficher un déficit alimentaire chronique vers la fin des années 50. Jusqu’alors, l’agriculture produisait de quoi nourrir la population et les importations n’étaient nécessaires qu’en cas de catastrophes naturelles, de très mauvaises récoltes, de guerre, etc. Mais la pression démographique a alors commencé à se faire sentir. A la suite de sécheresses et de graves inondations, la famine massive a été évitée de justesse à plusieurs reprises depuis l’indépendance; elle n’a frappé qu’une fois, en 1974, quand la production alimentaire mondiale est tombée au niveau le plus bas qui ait jamais été enregistré et les prix mondiaux des produits alimentaires ont monté en flèche. L’aide alimentaire a été insuffisante et le Bangladesh n’avait pas assez de devises pour acheter sur le marché mondial toutes les céréales dont il avait besoin. Par la suite, la famine massive a disparu grâce à l’augmentation des allocations d’aide alimentaire extérieure, au programme d’importation du gouvernement et à l’accroissement des moyens de financer des importations alimentaires. Malheureusement, la malnutrition généralisée et endémique persiste et la population rurale continue de souffrir de situations de quasi-famine. On a même observé, non seulement dans les zones rurales, mais dans l’ensemble du pays, une tendance à la baisse de la ration quotidienne de céréales, de légumes secs et frais, de fruits et de viande. Ainsi, la consommation de riz par habitant dans les zones rurales était tombée à 427 g par jour en 1995/96 contre 451 en 1981/82, 493 en 1975/76 et 505 en 1962-1964. En milieu urbain, la consommation de céréales par habitant était à peine supérieure en 1995-1996 au niveau de 1962-196430.

Pendant des années, le Bangladesh a dépendu, à un degré préoccupant, des importations alimentaires et en particulier de l’aide alimentaire. Aujourd’hui, les importations alimentaires représentent encore 18 pour cent des importations totales (contre 26 à 30 pour cent pendant les années 80) et absorbent 34 pour cent des recettes d’exportation (contre 50 à 70 pour cent pendant les années 80). L’aide alimentaire ne représentait plus en 1995/96 que 30 pour cent des importations totales de produits alimentaires, contre 98 pour cent en 1990/9131, grâce surtout aux importations du secteur privé, qui ont commencé en 1992/93.

Depuis l’indépendance, le principal objectif de la politique et du développement agricoles est l’autosuffisance en céréales vivrières, notamment en riz. Il s’agit en pratique d’accélérer la croissance de la production alimentaire et de réduire, puis éliminer le besoin d’aide alimentaire. Cette priorité accordée à la production alimentaire est motivée par la dépendance excessive à l’égard des importations alimentaires, la situation précaire de la balance des paiements et le sentiment que le Bangladesh a un avantage comparatif pour la production alimentaire: il possède des sols excellents, des aquifères régulièrement rechargés faciles à exploiter pour l’irrigation et dont la réalimentation est assurée, une main-d’œuvre rurale peu coûteuse et abondante et un climat qui permet les cultures tout au long de l’année.

Après l’avènement des variétés à haut rendement (VHR), la riziculture a beaucoup contribué au progrès de l’autosuffisance. Bien que le blé tienne une part croissante dans l’alimentation bangladaise, le riz demeure la céréale vivrière préférée. Une proportion importante du blé consommé dans le pays a été distribuée dans le cadre de programmes sociaux, si bien que la demande commerciale est restée limitée. De plus, le blé, qui est très sensible aux conditions météorologiques, exige des hivers longs et frais qui n’existent nulle part au Bangladesh. Principal aliment de base des Bangladais, le riz constitue 95 pour cent de la consommation de céréales. La grande majorité des agriculteurs du pays vivent principalement de la riziculture, qui occupe 74 pour cent des terres cultivées et 83 pour cent des superficies irriguées et qui absorbe 88 pour cent de la consommation d’engrais du pays32. Le riz fournit environ 68 pour cent des calories alimentaires et 54 pour cent de la ration de protéines. Son poids dans l’indice des prix à la consommation (IPC) est d’environ 62 pour cent. Le secteur rizicole a donc une énorme importance sociale, politique et économique au Bangladesh; il domine toutes les autres activités économiques et absorbe beaucoup de devises.

Le Bangladesh reste importateur net de denrées alimentaires; il importe en moyenne 1,5 million de tonnes de riz par an33, bien que la production de céréales vivrières ait beaucoup augmenté depuis 20 ans. L’intensité de culture s’est accrue sensiblement entre 1969/70 et 1992/93 et la production de céréales vivrières a presque doublé34. La production de riz, qui est la principale culture, est passée de 11,2 millions de tonnes en 1970 à une moyenne annuelle de 18,2 millions de tonnes au début des années 9035. Les récoltes de céréales vivrières des campagnes 1989/90 à 1992/93 ont été excellentes – 19,1 millions de tonnes par an en moyenne – et celle de 1992/93 a atteint le niveau record de 19,5 millions de tonnes (contre une moyenne de 16,4 millions de tonnes pendant les années 1985-1989). Pour la première fois dans l’histoire, le Bangladesh semblait près d’atteindre l’autosuffisance en céréales vivrières.

En 1993/94 et 1994/95, la production de céréales vivrières a baissé à cause des intempéries – sécheresses et inondations – et de l’effet dissuasif de la chute des prix du riz provoquée par la récolte record de l’année précédente. La superficie ensemencée a baissé de plus de 2 pour cent, la demande d’irrigation s’est contractée et la consommation d’engrais a diminué de plus de 4 pour cent36.

En 1994/95, en partie à cause de la grave pénurie d’engrais, le Bangladesh a enregistré un des plus graves déficits de céréales vivrières qu’il ait jamais connus, ce qui a fait monter le prix des céréales et a obligé le pays à recommencer à importer des quantités considérables de produits alimentaires. Pendant les deux campagnes 1994/95 et 1995/96, les importations de céréales vivrières (aide alimentaire, importations du secteur privé et importations commerciales du gouvernement) se sont élevées à 2,5 millions de tonnes. Le déficit a fait flamber les prix des céréales vivrières jusqu’en avril 1996; le marché s’est calmé alors, parce que la récolte de la campagne boro s’annonçait bonne.

Les tendances récentes de la production de céréales vivrières ne sont pas encourageantes. Les rendements de la plupart des cultures, y compris le riz, sont faibles et stagnent; le déficit s’est creusé (figure 9). Bien que la production de riz ait augmenté plus vite que la population au cours de la dernière décennie et bien que le secteur public et le secteur privé importent l’un et l’autre chaque année des céréales, la disponibilité de céréales vivrières par habitant est depuis 1991/92 inférieure aux 454 g par jour, qui sont considérés comme l’objectif de consommation (figure 10). Etant donné que les disponibilités ne sont pas également réparties, il est évident que pour les pauvres, la situation est plus grave que ces chiffres ne sembleraient l’indiquer.

Pratiquement toute la croissance de la production végétale au cours des 20 dernières années est imputable aux céréales vivrières, et plus particulièrement au riz boro (campagne de saison sèche), suivi du riz aman (campagne de saison des pluies); l’accroissement de la production de blé a joué un rôle moins important, bien que celle-ci soit passée d’environ 100 000 tonnes en 1971/72 à 1,3 million de tonnes en 1995/96. L’accélération de la production de riz pendant les années 80 est due presque exclusivement au remplacement des variétés locales par des variétés modernes à haut rendement et à la nouvelle politique agricole qui a stimulé l’adoption de techniques d’irrigation et de fumure permettant d’intensifier la production pendant la campagne boro.Du fait de la priorité accordée à la riziculture, les rendements des autres cultures – légumineuses, pommes de terre, graines oléagineuses et légumes – stagnent. Les terres autrefois cultivées en légumineuses ont été transformées en rizières. Le rendement des variétés locales de riz a un peu augmenté, mais il reste inférieur de moitié à celui des VHR. Toutefois, ces derniers temps, le rendement des variétés modernes plafonne.

Réforme de la politique agricole

Jusqu’ici, la politique agricole privilégiait la production de céréales vivrières. Au début des années 60, le gouvernement a lancé une campagne pour stimuler la production vivrière; il a adopté à cet effet un ensemble de mesures: achat et distribution directs d’intrants agricoles modernes à des prix très subventionnés, appui à la recherche et à la vulgarisation agricoles et investissements publics dans les aménagements hydrauliques. Les réformes récentes du secteur agricole font partie intégrante de la politique de libéralisation et de développement de l’économie de marché.

Elles visent à appuyer les principaux objectifs de la politique alimentaire du gouvernement, à savoir:

La mainmise de l’Etat sur les engrais, les pesticides et l’hydraulique agricole a graduellement été supprimée au cours des 20 dernières années. Les importations et la distribution de ces intrants sont maintenant entre les mains du secteur privé. Les droits de douane sur les autres intrants agricoles, ainsi que sur les machines et les pièces détachées ont également été peu à peu réduits. Sauf dans quelques grandes plantations de thé nationalisées, la production agricole relève maintenant entièrement du secteur privé. Une bonne partie de la transformation des produits agricoles, par exemple l’usinage du riz, a également été privatisée. Toutefois, certaines industries, telles que les usines de traitement du jute et les sucreries, restent contrôlées par l’Etat.

Le principal effet de la déréglementation et de la libéralisation a été de faciliter l’accès aux techniques améliorées, notamment à la petite irrigation, aux engrais, aux motoculteurs, aux pesticides et aux semences, dont le prix a beaucoup baissé, et de favoriser de gros investissements privés dans le machinisme agricole. L’essor de la petite irrigation (particulièrement au moyen de puits tubulaires peu coûteux) a été le facteur déterminant de la diffusion des variétés de riz à haut rendement. La proportion des terres cultivées irriguées au moyen de pompes à moteur est passée de 17 pour cent en 1979-1981 à 31 pour cent en 1989-1991 et à 40 pour cent en 1993-1994. Rien qu’entre 1989 et 1991, la superficie irriguée a augmenté de près de 700 000 ha, plus que pendant les huit années précédentes. Entre 1988/89 et 1994/95, 197 784 puits tubulaires peu profonds ont été forés. L’essor de l’hydraulique agricole moderne a aussi contribué à développer l’emploi en milieu rural.

La libéralisation du commerce des engrais a stimulé un progrès notable de la production de riz, mais l’actuelle politique de prix appliquée à l’urée va à l’opposé de la tendance générale à la libéralisation des échanges et du change. La production d’urée n’est pas encore privatisée. L’urée est produite par le secteur public (Bangladesh Chemical Industries Corporation) et vendue aux négociants à des prix inférieurs au coût de production; ainsi, elle reste meilleur marché que le superphosphate triple et le chlorure de potassium. Il semble qu’en conséquence, les agriculteurs utilisent des doses insuffisantes de superphosphate triple et de chlorure de potassium et des doses excessives d’urée, et que la fertilité des sols en souffre. Ce prix artificiellement bas de l’urée a provoqué des pénuries en incitant à accaparer les rations d’urée pour en tirer des superprofits. C’est ce qui fut la cause de la crise à la fin de 1995 et au début de 1996: bien que le gouvernement ait diminué le prix de vente de l’urée, les intermédiaires qui accaparaient les rations ont fait tellement monter le prix de détail de l’urée que les taux de fumure ont sensiblement diminué. D’où, cette année-là, une réduction de la production de riz qui a provoqué de graves pénuries alimentaires, fait flamber les prix des vivres et accéléré l’inflation. Cela a amené le gouvernement à refondre sa politique en matière d’engrais: il a recommencé à intervenir dans la distribution des engrais en surveillant la désignation des marchands, en leur allouant des contingents d’engrais, et en délimitant leurs secteurs de vente.

En application de la politique semencière approuvée à la fin de 1992, la responsabilité de la multiplication, du traitement et de la commercialisation des semences améliorées a été transférée de la Société bangladaise de développement agricole (BADC) au secteur privé. Même si la BADC continue à distribuer des semences, le secteur privé peut maintenant importer du matériel génétique amélioré à des fins de recherche-développement et s’équiper pour produire des semences de base. Il peut également importer des semences, sauf pour les cinq cultures «notifiées» (riz, blé, jute, canne à sucre et pomme de terre). Le secteur privé importe depuis plusieurs années des semences hybrides de maïs, de légumes, de tournesol, de sorgho et de colza. En outre, il produit des quantités limitées de semences de pommes de terre à partir des semences de base fournies par la BADC. Toutefois, il ne produit aucune semence de base, parce que cela exigerait un investissement trop élevé.

A la suite de la privatisation de la distribution des semences, la qualité et le rythme de renouvellement des semences sont problématiques. La qualité génétique et physique des semences se détériore. La qualité physique peut être assurée par des méthodes efficaces de traitement, de contrôle de la qualité, d’enrobage chimique, de manutention et d’entreposage37. Il est toutefois très difficile de la maintenir au niveau de l’exploitation, car les agriculteurs achètent très peu de semences certifiées: 95 pour cent des semences utilisées proviennent de la récolte précédente. La production et la distribution de semences de qualité sont insuffisantes pour satisfaire la demande. Le taux de renouvellement des semences indiqué par la BADC est actuellement de 3 pour cent alors que, selon les experts bangladais, il faudrait un taux de 10 pour cent au moins pour que la croissance de l’agriculture puisse continuer sur sa lancée et amener le Bangladesh à l’autosuffisance.

Le gouvernement a réduit ses interventions sur le marché des céréales vivrières; en août 1992, les restrictions à l’importation ont été levées pour la première fois. Les négociants privés ont immédiatement réagi: ils ont importé plus de 300 000 tonnes de blé avant la fin de l’année. En 1995 et 1996, plus du tiers des importations de céréales vivrières ont été faites par le secteur privé. En outre, le gouvernement a réduit le système public de distribution de vivres: les filières de distribution de rations très subventionnées en milieu rural ont été supprimées et le volume distribué a diminué. La subvention des rations rurales coûtait 60 millions de dollars par an et l’on estime que 70 pour cent des céréales vivrières ne parvenaient pas aux bénéficiaires visés. La privatisation partielle du commerce des céréales et le démantèlement partiel du système public de distribution ont permis de réduire l’enveloppe de la subvention et les achats publics de céréales vivrières sur le marché intérieur. Priorité a été donnée à des programmes ciblés et non monétisés: vivres-contre-travail, développement des groupes vulnérables, entretien des équipements ruraux et aliments pour l’éducation; les deux premiers de ces programmes bénéficient d’une importante aide alimentaire internationale.

Globalement, les réformes des politiques macroéconomiques et sectorielles ont permis de réduire plusieurs graves distorsions des prix et ont rendu les décisions prises dans le secteur agricole plus sensibles aux signaux de prix émis par les marchés extérieurs. Le rôle du secteur privé dans la fourniture d’intrants et de services agricoles a beaucoup augmenté. Si, dans l’ensemble, la plupart des mesures de privatisation ont donné de bons résultats, certains problèmes immédiats restent à résoudre, comme l’attestent la crise des engrais et le faible taux de renouvellement des semences. Même si la situation finit par se stabiliser sous l’effet des forces du marché, ce sont les paysans les plus pauvres qui seront probablement les plus durement touchés.

Les problèmes de l’agriculture bangladaise

Etant donné que le Bangladesh a une économie dominée par l’agriculture, une population en augmentation rapide et un des ratios terre/population les plus faibles du monde, le principal défi que doit relever son secteur agricole est d’accélérer et de maintenir la croissance de la production végétale. Le plus urgent est donc de mettre fin à la stagnation des rendements et au déclin de la productivité dans toute une gamme de cultures vivrières et non vivrières. Toutes les projections de l’offre et de la demande indiquent que le déficit de céréales vivrières est en train de s’accentuer.

Les possibilités d’accroître la superficie cultivée étant négligeables car la plupart des terres arables du Bangladesh sont déjà exploitées, la croissance devra continuer à dépendre de l’accroissement de la productivité du sol. C’est pourquoi on s’efforce sans relâche de mettre au point de nouvelles variétés améliorées. Il semble qu’en outre le potentiel de production végétale soit encore loin d’être pleinement réalisé et qu’il existe diverses possibilités d’accroître sensiblement l’intensité de culture. Quarante pour cent seulement des superficies irrigables sont effectivement irriguées et les variétés modernes ne sont utilisées que sur 55 pour cent des terres cultivées; surtout, il existe un large écart entre le rendement potentiel et le rendement effectif de toutes les cultures. Mais il est loin d’être facile de combler l’écart entre les rendements potentiels et les rendements réels car de nombreux facteurs et problèmes, qui ne sauraient être résolus par la technologie ou par une nouvelle révolution verte, réduisent la productivité. L’idée que le progrès technologique peut à lui seul assurer la croissance de la production et la réalisation de l’autosuffisance est non seulement erronée, mais nuisible au développement durable à long terme. Outre que le Bangladesh est sujet à de fréquentes catastrophes naturelles, de nombreux facteurs institutionnels et socioéconomiques jouent un rôle déterminant dans la productivité du secteur agricole et la sécurité alimentaire. Ce sont notamment:

Le problème foncier. Le principal problème du Bangladesh est la pénurie de terres. Comme la population rurale, déjà très nombreuse, continue d’augmenter, la taille des exploitations diminue rapidement et le nombre des sans-terre ne cesse de croître. Le droit successoral entraîne un morcellement extrême des terres, car celles-ci sont divisées également dans toute la fratrie, ce qui commence à avoir de graves répercussions. En général, le morcellement des terres fait obstacle à la modernisation parce que cela réduit l’efficience et rend plus difficile la fourniture de services. Plus les exploitations sont petites, moins elles ont accès au crédit, aux machines et aux autres intrants permettant d’accroître la productivité; les petites exploitations ont aussi moins de souplesse pour la commercialisation. L’amenuisement de la superficie disponible par habitant est donc une des causes de la persistance du paupérisme et de l’insécurité alimentaire. Alors que la taille de la grande majorité des exploitations tend à diminuer au Bangladesh, environ 10 pour cent des ménages agricoles possèdent et exploitent 51 pour cent des terres agricoles; les quatre derniers déciles n’en possèdent que 2 pour cent38. La catégorie des gros propriétaires fonciers est de plus en plus nombreuse et puissante. La majorité des agriculteurs bangladais sont des métayers ou des ouvriers agricoles qui se louent aux gros propriétaires. Il existe plusieurs régimes de tenure; le plus courant est le métayage, dans lequel tous les frais sont à la charge du preneur, qui remet la moitié (et dans certains cas les deux tiers) du produit brut au propriétaire. Dans certaines régions, le coût des engrais et de l’irrigation utilisés pour la production des variétés de riz à haut rendement est partagé également entre le propriétaire et le locataire; dans certains cas, le métayage recule devant un régime de fermage (avec loyer fixe) qui est plus favorable à l’introduction des VHR. Comme la plupart des agriculteurs n’ont pas de sécurité de jouissance, ils ne sont guère motivés pour se préoccuper de la durabilité du patrimoine foncier; ils n’investissent donc pas à long terme dans la productivité de la terre; les apports d’intrants visent uniquement les rendements immédiats et les pratiques culturales ne sont pas respectueuses de l’environnement.

Dégradation de l’environnement. Le patrimoine foncier bangladais présente des symptômes d’épuisement; le rendement des principales cultures plafonne. L’utilisation des variétés modernes a augmenté, mais leur rendement baisse depuis quelques années. Alors qu’un apport de 1 kg d’engrais azoté se traduisait pendant la révolution verte par un accroissement de 20 kg de la production de céréales, cet accroissement n’est plus que de 8 à 10 kg aujourd’hui. La baisse de productivité due à la dégradation du sol est maintenant un problème majeur. On a signalé que la teneur en éléments organiques est inférieure au niveau critique – 1,5 pour cent – dans plus de la moitié des sols cultivés du Bangladesh, et qu’elle continue à diminuer à un rythme alarmant39. Les pratiques agricoles telles que la fumure insuffisante et déséquilibrée et la monoculture du riz ont toutes sortes de conséquences néfastes pour le sol: salinité, érosion, déficit de micronutriments, engorgement et alcalinité. En l’absence d’un effort sérieux pour fournir au sol des apports équilibrés en engrais et matières organiques, il sera impossible d’accroître, voire de maintenir, la productivité.

Beaucoup d’observateurs s’inquiètent de l’exploitation des eaux souterraines et de l’avenir à long terme de l’irrigation par puits tubulaires dont dépendent 60 pour cent des superficies irriguées, et qui a été le principal moteur de la croissance de la production de riz. L’utilisation intensive et croissante de cette pratique a fait baisser la nappe phréatique dans beaucoup de zones du nord et du nord-ouest du pays. Un grande nombre de puits tubulaires tarissent maintenant pendant les sécheresses. La qualité des eaux souterraines se détériore à cause des applications excessives de pesticides chimiques. L’intensification des cultures, résultant de l’adoption des VHR, a fait proliférer les populations de ravageurs, ce qui constitue une menace directe pour la santé humaine.

Dans certaines zones, par exemple près des côtes, la crevetticulture et la riziculture sont en concurrence pour les terres. Les eaux salées nécessaires à la crevetticulture polluent les rizières adjacentes et dégradent les sols, qui deviennent impropres aux cultures. Une pratique courante et néfaste consiste à prendre des terres en location, y produire des crevettes pour l’exportation, et abandonner l’exploitation en laissant les terres salinisées.

Presque tout le monde au Bangladesh est conscient de la nécessité d’aménager les écosystèmes – c’est-à-dire de gérer les éléments fertilisants et l’eau – et des ONG telles que Proshika font énergiquement pression dans ce sens. Mais il sera difficile d’obtenir que les agriculteurs, dont les pratiques ont été radicalement transformées par la révolution verte, reviennent à des méthodes plus respectueuses de l’environnement, d’autant plus que la restauration des sols prend beaucoup de temps et que l’augmentation des rendements ne se fait pas sentir du jour au lendemain. Comme la plupart des agriculteurs exploitent des terres qui ne leur appartiennent pas, ils n’ont guère d’incitation à adopter de nouvelles pratiques. Tant qu’ils ne l’auront pas fait, ils continueront à investir de plus en plus dans les intrants, et obtiendront un rendement net décroissant.

Diversification des cultures. Le riz occupe 75 pour cent des superficies récoltées; viennent ensuite le blé, avec environ 4 pour cent et le jute avec quelque 3 pour cent. Il reste donc moins de 20 pour cent des superficies cultivées pour les autres cultures. Pourtant, on sait depuis longtemps qu’il y aurait intérêt à diversifier les cultures. Mais la riziculture semble avoir absorbé tous les efforts et la superficie disponible pour les cultures non céréalières n’a cessé de diminuer. Le gouvernement s’est rendu compte qu’il était urgent de diversifier l’agriculture et cette diversification s’est amorcée, mais à un rythme que certains qualifient de peu satisfaisant.

Plusieurs raisons militent en faveur d’une croissance de l’agriculture moins exclusivement axée sur les céréales vivrières et incluant plusieurs autres spéculations telles que le maïs, les légumineuses, les graines oléagineuses, les pommes de terre et d’autres légumes ainsi que l’aviculture, l’élevage et même la sériciculture. Il faut d’urgence s’attaquer au grave problème de la malnutrition. Si en moyenne la consommation d’hydrates de carbone des Bangladais est suffisante, le régime est beaucoup trop pauvre en protéines, en vitamines et en éléments minéraux. L’élargissement de l’éventail des cultures permettrait aux paysans bangladais d’optimiser l’allocation de leurs ressources productives et de maximiser leurs revenus. Il existe beaucoup de possibilités de diversifier les produits et les sous-produits pour approvisionner les agro-industries. L’actuel système d’exploitation dans lequel la riziculture occupe trop de terres tout au long de l’année réduit la fertilité des sols et accroît la vulnérabilité aux attaques de ravageurs. La diversification des cultures pourrait aider à améliorer la structure des sols et donc à assurer la durabilité à long terme du patrimoine agricole. Une bonne partie des produits agricoles actuellement importés pourrait être remplacée par la production nationale; c’est par exemple le cas du blé. Alors qu’au milieu des années 70, le blé n’était pas apprécié au Bangladesh, ce qui limitait les possibilités d’en accroître la production et la consommation, il est peu à peu devenu un élément intégrant du régime alimentaire des ruraux. Or, le blé a besoin de quatre fois moins d’irrigation que le riz, de sorte que sa production est moins coûteuse et beaucoup moins agressive pour l’environnement que la riziculture. Toutefois, compte tenu des contraintes climatiques, tout laisse à prévoir que la production de blé n’augmentera pas de façon significative. Etant donné la forte baisse de la production de jute et la concurrence intense qui existe sur les marchés d’exportation du riz, où la demande est limitée, la diversification est essentielle pour que l’agriculture bangladaise puisse conquérir des parts des marchés d’exportation et continuer à fournir une proportion appréciable du PIB.

La diversification de l’agriculture est compliquée par plusieurs problèmes auxquels il faut s’attaquer. Le développement des techniques modernes de riziculture et de production de blé s’est fait aux dépens de l’amélioration des semences d’autres cultures et a réduit la compétitivité des légumineuses et des oléagineux qui sont une source importante de protéines pour les pauvres. Un nouvel effort de recherche est nécessaire pour mettre au point des VHR appropriées, permettant de cultiver des légumineuses et des oléagineux, qui soient compétitives avec les variétés modernes de riz et de blé. De plus, en raison du manque de terres, les diverses cultures sont en concurrence pour le sol. Les conditions du Bangladesh sont propices aux pommes de terre, aux légumes, aux bananes, aux oignons et aux épices, mais les infrastructures de stockage et de transport sont encore insuffisantes pour inciter les agriculteurs à les cultiver massivement, d’autant plus que leur commercialisation comporte des risques de prix considérables et dissuasifs. En outre, il n’y a pas eu un effort suffisant de vulgarisation des techniques de gestion de l’eau à l’exploitation pour les cultures autres que le riz. Pour que le programme de diversification porte ses fruits, il faudra créer une demande solvable pour les nouveaux produits en appliquant des politiques appropriées de soutien des prix, d’éducation et de motivation des consommateurs et en assurant un marché viable au moyen de politiques efficaces d’importation et d’exportation.

Infrastructures sociales et physiques et services de soutien. Le monde rural bangladais souffre beaucoup de l’insuffisance des infrastructures sociales et matérielles et des services publics. En particulier, les services publics de vulgarisation sont très faibles et très bureaucratiques; ils sont inspirés par un souci technologique (maximiser la production de riz) et non humain (servir les intérêts des paysans). L’écart considérable entre les rendements qu’obtiennent les agriculteurs et ceux qu’obtiennent les parcelles de démonstration est un signe de la faiblesse de la vulgarisation des pratiques culturales. Il est très difficile de diffuser l’information en milieu rural, notamment en ce qui concerne les options technologiques, car la plupart des paysans sont analphabètes et ne disposent que de peu de moyens de communication. Des coopératives commencent à se former mais, dans l’ensemble, il y a très peu de transmissions des connaissances et des pratiques optimales.

L’accès aux services financiers est limité dans les zones rurales, surtout pour la grande majorité des petits exploitants. Faute de nantissement, les petits exploitants et les exploitants marginaux n’ont généralement pas accès au crédit bancaire. Pour remédier à cette situation, des ONG telles que la Banque Grameen et la Commission bangladaise du développement rural (BRAC) s’emploient à fournir un crédit ciblé sur les ménages ruraux pauvres, mais elles n’atteignent encore qu’une très petite minorité de ceux qui auraient besoin de leurs services.

D’autres problèmes courants sont le manque d’accès aux marchés organisés et l’insuffisance des infrastructures – routes de desserte, réseaux de transport fluvial, ponts, entrepôts et magasins réfrigérés – pour n’en nommer que quelques-uns. Quand la récolte est bonne, les paysans sont souvent obligés de vendre leurs produits en catastrophe à des prix très bas faute d’entrepôts.

Nouvelle étape du développement agricole

Si le Bangladesh est proche de l’autosuffisance alimentaire à l’échelle nationale, la sécurité alimentaire40 est encore loin d’être assurée, en particulier au niveau des ménages. Le manque d’accès aux vivres reste un grave problème car une proportion importante des ruraux souffre encore d’insécurité alimentaire chronique ou passagère. L’insécurité alimentaire au Bangladesh est étroitement liée à la pauvreté: près de la moitié de la population est tout simplement trop pauvre pour obtenir une part raisonnable des aliments disponibles sur le marché. La réduction du paupérisme est donc pour le Gouvernement du Bangladesh un impératif majeur.

Le secteur agricole du Bangladesh pourrait certainement contribuer puissamment à la croissance du PIB et à la dépaupérisation, d’autant plus que 62 pour cent du revenu des ménages est consacré à l’alimentation; toutefois, il ne suffit pas pour cela d’accroître la production de riz. Le Bangladesh se trouve aujourd’hui à un tournant décisif du développement agricole. Les problèmes des prochaines années seront très différents de ceux des deux dernières décennies, de même que les possibilités. Une modification des politiques, un effort d’investissement dans les infrastructures rurales et le progrès technologique permettraient d’atténuer beaucoup des obstacles qui freinent actuellement le progrès des rendements agricoles, des revenus, de la diversification et des exportations.

L’objectif de l’autosuffisance alimentaire doit être envisagé du point de vue de sa compatibilité avec la satisfaction des autres besoins de la population et de l’économie, et notamment du commerce extérieur. Il est temps de passer d’une croissance tirée uniquement par la riziculture à une production plus diversifiée, comprenant des légumes et des produits horticoles. Pour asseoir la croissance de l’agriculture sur une base plus large, il est essentiel de la diversifier en tirant meilleur parti des créneaux ouverts sur les marchés internationaux. Il faut réorienter la recherche agronomique et étudier les avantages comparatifs des divers produits agricoles dans l’optique de la diversification.


ENCADRÉ 8

LE SECTEUR HALIEUTIQUE DU BANGLADESH

Les pêcheries continentales du Bangladesh sont parmi les plus riches du monde. Le secteur halieutique est un puissant atout pour l’économie nationale puisqu’il contribue à la fois à la nutrition, à la création de revenus, à l’emploi et aux recettes d’exportation.

Le secteur halieutique est à l’origine d’environ 8 pour cent du PIB agricole, de 5 pour cent du PIB total et de 12 pour cent des recettes d’exportation. La pêche maritime et continentale emploie à plein temps environ 1,5 million de ruraux et, à temps partiel, plus de 11 millions. Bien que la consommation de produits de la pêche ait diminué depuis les années 70, elle représente encore 71 pour cent de la ration journalière de protéines animales. Le taux de croissance du secteur halieutique a été d’environ 2,3 pour cent par an au cours de la dernière décennie.

Une bonne partie du Bangladesh est occupée par le vaste delta des trois grands fleuves vers lequel convergent plus de 700 autres cours d’eau. La plaine d’inondation est très poissonneuse et le tiers du pays environ est submergé six mois de l’année. En outre, on trouve partout dans le pays des viviers et des étangs de pisciculture, qui fournissent environ 85 pour cent de la production aquacole. Cette abondance d’eau douce explique que la pêche continentale (pêche de capture et aquaculture) fournisse plus des trois quarts (77 pour cent) de la production totale de poissons du pays. Le reste provient de la pêche en mer.

Bien que l’importance de ces ressources soit reconnue, le secteur halieutique est menacé par la surpêche, la dégradation de l’environnement et des habitats et l’utilisation désordonnée des eaux de surface à des fins multiples. La pêche de capture a été perturbée et gravement menacée par la prolifération des ouvrages de maîtrise des crues, de drainage, d’aménagement des berges, par la construction de routes et de réseaux d’irrigation et par l’épandage de pesticides et d’engrais. Ainsi les principales espèces de carpes telles que katla, mrigal et rui, qui constituaient autrefois jusqu’à 20 pour cent des captures en eau libre, n’en représentent plus que 1 pour cent. Les grands travaux d’ingénierie n’ont pas épargné les marécages, dont la destruction compromet la production naturelle de poissons en provoquant l’envasement des canaux et des estuaires. Si la tendance actuelle se poursuit, on estime qu’il en résultera au cours de la prochaine décennie une réduction de 12 à 18 pour cent du volume des captures.

Paradoxalement, les politiques et projets agricoles qui ont permis d’accroître la productivité de la riziculture et aidé des paysans sans terre à trouver du travail n’ont souvent obtenu ces résultats qu’aux dépens de la pêche de capture en eau libre. Les aménagements hydrauliques conçus pour créer des conditions favorables à la riziculture ont souvent pour effet de réduire la durée des inondations et la superficie submergée. Les digues et les vannes régulatrices obstruent les migrations des poissons vers les frayères. Les ouvrages visant à prévenir les débordements et les inondations latérales provoquent la sédimentation en aval et nuisent à la production de poissons dans les cours d’eau.

La réduction des captures dans les eaux intérieures qui en résulte est particulièrement grave pour les Bangladais qui n’ont pas d’autres sources de protéines animales que celles qu’ils peuvent se procurer dans les eaux libres. La pratique de plus en plus courante de concéder en location le droit d’exploitation de l’eau a aussi eu de graves effets sur l’accès des ruraux pauvres aux pêches continentales. Les projets de développement halieutique qui imposent des systèmes de location privent les pauvres de leurs droits traditionnels de pêche et de leur héritage. La nouvelle politique d’aménagement des pêches tient compte du problème de l’accès des pauvres au patrimoine commun et vise à exclure les intermédiaires en octroyant des licences directement aux véritables pêcheurs.

Le secteur halieutique souffre de diverses contraintes environnementales et de problèmes d’infrastructure et socioéconomiques; toutefois, certains progrès ont été enregistrés récemment: si la production de la pêche industrielle en mer et de la pêche de capture dans les eaux continentales a diminué, les technologies aquacoles se développent régulièrement dans les exploitations de crevetticulture et les étangs de pisciculture; un gros effort a été fait pour introduire des techniques associant la riziculture et la pisciculture (une ONG, CARE, travaille activement dans ce domaine). Les activités du secteur privé – développement des écloseries, transformation, conservation et exportation du poisson – se sont beaucoup développées ces derniers temps, et le gouvernement applique graduellement des mesures visant à réduire les atteintes à l’environnement dont souffrent les pêcheries. Certes, il reste beaucoup à faire, mais ces progrès et ceux qui sont en préparation peuvent améliorer le potentiel de production halieutique pour le marché intérieur et pour l’exportation et contribuer ainsi au développement social et économique du pays.


Pour obtenir les résultats voulus, il ne suffit pas d’appliquer une stratégie de développement agricole fondée sur la suppression des subventions, la privatisation du système de fourniture d’intrants et la promotion prioritaire des semences de qualité et des techniques d’irrigation améliorées. Il est essentiel d’accélérer l’amélioration de l’infrastructure rurale non seulement pour intensifier la production de céréales vivrières, mais aussi pour faciliter la diversification et l’expansion des activités extra-agricoles. Le développement des infrastructures de transport permettra non seulement de créer des revenus, mais aussi de mieux relier les zones rurales aux principaux marchés. «La clé du développement agricole dans ce pays sera la transformation du paysannat traditionnel en une classe d’entrepreneurs agricoles. Ce n’est pas de motivation que manquent les agriculteurs, mais de compétences et de ressources»41. Dans ce contexte, il est essentiel de valoriser le capital humain et de généraliser l’éducation. Il faudra aussi fournir du crédit à des taux d’intérêt raisonnables et le mettre à la portée des petits exploitants, des marginaux et des femmes. Il est vital de renforcer les services de vulgarisation pour les cultures vivrières et non vivrières. Il faudra développer le système de commercialisation, qui est actuellement un des principaux goulets d’étranglement de l’agriculture bangladaise. Ce sont les ONG qui ont actuellement le plus de contacts avec les paysans, surtout les marginaux: la collaboration avec ces organisations faciliterait donc le développement dans tous ces secteurs. Il est également important de faciliter les investissements du secteur privé en milieu rural en fournissant les services d’appui nécessaires.

Le développement de l’infrastructure rurale peut puissamment contribuer à l’accroissement de la production agricole, mais il n’en faut pas moins intervenir dans d’autres domaines pour rendre l’économie rurale plus viable. Etant donné l’exiguïté de la taille moyenne des exploitations et le grand nombre de ruraux pauvres sans terres, il est essentiel de développer d’autres moyens de subsistance. Des emplois agricoles et extra-agricoles et d’autres activités lucratives, appuyés par les infrastructures et les services techniques et financiers nécessaires, doivent être créés pour compléter les revenus que les petits exploitants tirent de l’agriculture et permettre aux sans-terre de gagner leur vie. Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer le gisement que peut représenter le développement intégré des jardins familiaux.

Il faudra donc orienter les investissements vers des activités les plus susceptibles de donner naissance à une économie dynamique et efficiente exploitant les avantages comparatifs du pays et capable de réduire le paupérisme. A cet effet, une croissance orientée vers l’exportation et basée sur des techniques à fort coefficient de main-d’œuvre est essentielle pour assurer la croissance soutenue de l’économie et de l’emploi et réduire le paupérisme. Le développement d’industries manufacturières à fort potentiel de croissance, telles que le secteur du vêtement, pourrait avoir un effet de synergie en stimulant les apports de l’agriculture à la croissance économique.

17 Les données pour les pays et les projections de cette section sont tirées de la BAsD. 1997. Asian Development Outlook 1997 and 1998. Manille.

18 FAO. 1995. Agriculture mondiale: Horizon 2010. Sous la direction de N. Alexandratos. FAO, Rome et Wiley, Chichester, Royaume-Uni.

19 Banque mondiale. 1996. Rapport sur le développement mondial 1996. Oxford University Press, New York.

20 Gouvernement du Bangladesh. Bangladesh Food and Agriculture. Document établi pour le Sommet mondial de l’alimentation tenu en novembre 1996 à la FAO, Rome.

21 Le seuil de pauvreté (montant des dépenses)au Bangladesh est défini par l’Enquête de 1991-1992 sur les dépenses des ménages. Il correspond à la ration calorique minimale de 2 122 kcal par jour recommandée par l’OMS, plus 30 pour cent pour les besoins fondamentaux non alimentaires. La catégorie des plus démunis parmi les pauvres consomme moins de 1 805 kcal par jour (M.O. Hossain, 1991. Poverty Alleviation. In R. Sobhan (éd.), Report of the task forces on Bangladesh development strategies for the 1990s, Volume 1. Dhaka).

22 Economist Intelligence Unit. 1996. Bangladesh Country Profile, 1996-1997. Londres.

23 PNUD. 1996. Report on Human Development in Bangladesh: A Pro-Poor Agenda. Dhaka.

24 Gouvernement du Bangladesh, op. cit., note 20, p. 129.

25 Les taux moyens d’inflation étaient principalement imputables au prix du riz, qui constitue 62 pour cent du panier utilisé pour l’indice des prix à la consommation. (Cité dans Gouvernement du Bangladesh/FAO. 1996. Strategies and programme framework for agricultural development in Bangladesh – Draft.)

26 Gouvernement du Bangladesh/FAO, op. cit., note 25.

27 Gouvernement du Bangladesh, op. cit., note 20, p. 129.

28 Economist Intelligence Unit, op. cit., note 22, p. 129.

29 Ibid.

30 K. Jahan. 1996. Nutrition survey of Bangladesh, 1995-96 – a preliminary report. Institute of Nutrition and Food Science, Université de Dhaka, Dhaka.

31 PAM. 1997. Bangladesh Foodgrain DigestFebruary 1997. Dhaka.

32 M.M. Rashid. Achieve-ments, constraints and future activities in rice research and production in Bangladesh. Bangladesh Rice Research Institute. Document présenté à la dix-huitième session de la Commission internationale du riz, septembre 1994, FAO, Rome.

33 Z. Karim. Accelerating agricultural growth in Bangladesh. Document présenté au Seminar on Agricultural Re-search and Development in Bangladesh, février 1997. Bangladesh Agricultural Research Council, Dhaka.

34 Gouvernement du Bangladesh/FAO, op. cit., note 25, p. 131.

35 PAM. 1995. Ebauche de stratégie du pays – Bangladesh. CFA 40/SCP, 15/8/OMA/Add.1. Rome.

36 Gouvernement du Bangladesh/FAO, op. cit., note 25, p. 130.

37 Z. Karim, op. cit., note 33, p. 135.

38 M. Hossain. 1996. Rural income and poverty trends. In H.Z. Rahman, M. Hossain et B. Sen (éds), 1987-1994: Dynamics of rural poverty in Bangladesh. Bangladesh Institute of Development Studies, Dhaka.

39 Z. Karim, op. cit., note 33, p. 135.

40 La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vise saine et active. (FAO. 1996. Plan d’action du Sommet mondial de l’alimentation. Rome.)

41 M. Hossain. Food aid, food security and development. Document 7 présenté au Séminaire sur les stratégies alimentaires au Bangladesh, organisé par le Gouvernement du Bangladesh et la Communauté économique européenne. Octobre 1988. Dhaka.

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